Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Ponpon, le lapin blanc, se retrouve seul au milieu de la Grande Forêt, lieu de tous les dangers. Sa rencontre avec l'enchanteur Makalibus va lui faire découvrir la magie. Mais sa méfiance le laissera seul face à sa destinée. Il vivra des aventures extraordinaires, rencontrera des amies qui l'accompagneront tout au long de ce récit. Ils devront échapper à la terrible Fée Poison qui les prendra en chasse pour les empêcher de rejoindre Fée des Ors. Cette histoire palpitante vous emmènera à travers un pays imaginaire peuplé de créatures inconnues jusqu'à la fin et progresse en intensité dramatique. L'écriture riche en vocabulaire permettra à l'enfant de s'attribuer de nouveaux mots dont le sens est expliqué en bas de page.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 293
Veröffentlichungsjahr: 2021
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Sommaire
LIVRE 1 LA MONTAGNE MAGIQUE
LIVRE 2 LE VOLCAN DES PERRUCHES
LA FÉE DES ORS
Livre 1
"La montagne Magique"
Textes de Jean Bénassy
Dessin première page Yen Abis
S.G.D.L. N° 2015— 08— 0076
À Valérie, Kevin, Aurore et Anne
Aux parents pour leurs enfants.
J’ai écrit ce conte, car à chaque soir de notre vie, pendant l'enfance de notre fille, ma femme ou moi allions raconter ce que ma fille appelait l’« HISTOIRE ». Nous ne regardions jamais la télévision à table, car nous avions vite constaté que cette boîte à images, non seulement nous transmettait, chaque soir, toutes les horreurs et tous les malheurs de la planète, mais surtout, beaucoup plus grave, que l'on ne se parlait plus. Les seuls vrais moments, quand la famille entière pouvait communiquer, nous étaient enlevés.
C’est pourquoi, d'un commun accord, et pour le plus grand bonheur de notre famille, nous avons relégué la « télé » hors de notre vue et l’avons remplacée par un tableau noir avec une craie. Nous parlions beaucoup de tous les sujets et, lorsque notre fille ne comprenait pas quelque chose, nous lui expliquions avec force dessins ou écritures.
Tous les soirs, comme certainement beaucoup de parents du monde, nous inventions une nouvelle histoire pour enchanter notre enfant et l'amener doucement à fermer ses yeux, par ces contes que nous créions, loin des séries télévisées, des films ou jeux électroniques d’enfants, violents, sanglants et meurtriers.
En voyage en voiture, en avion, pour lui faire passer quelques heures, sanglée à l'arrière de la voiture, on entendait « Papa ou Maman, une histoire ! »
Ma femme avait les siennes et moi, les miennes. Cela a duré des années pendant lesquelles il nous fallait trouver quelque nouvelle aventure, et évidemment, jamais la même, les enfants ont une mémoire excellente, c'est ainsi que j'ai inventé les histoires de la Fée des Ors.
J'ai essayé de m’en rappeler plusieurs, mais il y en a eu tellement que c'était impossible, c'est pourquoi, comme on dit maintenant, j’écris la saison 2.
Peut-être serez-vous surpris, dès les premières lignes, par une écriture classique, je dis classique avec beaucoup d’humilité et la plus grande prudence, car je n'ai aucune prétention en ce domaine, mais si j’emploie parfois des mots que les enfants sont censés ne pas encore connaître, j'ai pensé que ce serait, pour les parents, une excellente occasion pour enrichir le vocabulaire de leur enfant.
Ce petit livre a aussi une vertu pédagogique qui passe très bien avec les enfants, ils veulent toujours comprendre et il appartient aux parents, bien avant, et pendant l'école, de commencer ce travail en famille.
C'est pourquoi, pour chaque mot peu commun pour le langage d'un enfant, je vous rassure tout de suite, il n'y en a pas trop, un astérisque signalera sa signification.
Exemple : élytres : petites ailes de certains coléoptères.
Chers parents, pour donner plus de chaleur et d'animation, pour enchanter votre enfant, lorsque vous lirez ces pages, n'hésitez pas à mimer, à changer votre voix, à créer des bruits de votre invention, vous prendrez alors vous-mêmes un plaisir intense à partager ces moments de bonheur avec votre enfant.
Je vous souhaite de merveilleux petits moments intimes avec vos amours, car si vous vous êtes procuré ce livre, c'est qu'ils sont bien vos chéris !
L’auteur
Habillé d'un long manteau qui lui descendait jusqu'aux pieds, le vénérable* vieillard déambulait dans la nature, chacun de ses pas faisait bouger des centaines d'étoiles imprimées dans le bleu profond de cet étrange accoutrement*, sa barbe blanche pendait, elle oscillait d'un côté à l'autre au rythme de sa démarche, sa main droite tenait un long bâton noueux, son regard intense, pour ceux qui auraient pu le saisir, dénotait une vivacité insoupçonnable pour quelqu'un de son âge.
Mais, quel âge avait-il, en fait ? Le petit lapin blanc, qui l'observait, sans bouger une moustache, caché au pied d’un grand chêne, persuadé que personne ne pouvait l'apercevoir, se posait aussi la question. Soudain, un éclair frappa les yeux inquiets du petit lapin, il tressaillit violemment quand le regard de l'homme se posa sur lui. Incapable de détaler, bien que l'envie le démangeât, il resta figé, terrorisé quand la main de l'enchanteur s'approcha de sa petite fourrure. Le contact de cette longue main fine lui fit coucher les oreilles et se tasser un peu plus sur le sol et, quand la voix profonde du personnage s'adressa à lui, il crut qu'il vivait sa dernière heure.
— Eh bien, petit nigaud, tu pensais que je ne te voyais pas, hein ? Je vois tout, tu sais, et puisque tu te le demandes, sache que je m'appelle Makalibus, je suis un magicien et j'ai deux cent cinquante ans.
— Tu ne me crois pas, hein. Eh bien, Imagine-moi autrement, tiens, ouvre tes yeux, petite bestiole de rien du tout.
Sa main gauche, étonnamment rapide, fouilla dans une des profondes poches de son manteau. Il en sortit une baguette, une drôle de petite baguette qui n'avait pas de couleur, elle n'était ni en bois, ni en métal, ni longue, ni courte, mais transparente comme le cristal et, quand il la bougeait un peu, une étrange lueur bleue émanait alors de l'objet. Les yeux du petit lapin se dilataient déjà. L'enchanteur la fit tourner dans l'air, le temps d'un pet de grenouille, en prononçant un curieux son. Le lapin n'avait jamais entendu pareil bruit, la terreur s'empara de lui et le fit trembler comme la feuille d'automne au souffle des premiers vents d'orage.
Il ferma ses grands yeux quand une série d'étincelles sortit de l'étrange bâton, il se rendit compte alors qu'il avait fait pipi dans sa fourrure. Honteux de cette découverte, il les rouvrit, et là, son sang se glaça, car à la place du monsieur se trouvait un énorme renard, son nez pointu, sa fourrure rouge, sa longue queue retournée, la trépidation* de ses membres qui faisait vibrer ses horribles moustaches ne présageaient rien de bon. Ponpon, car c'était son nom, appela sa maman, mais aucun son ne pouvait plus sortir de sa petite gueule. Il osa quand même lever la tête sur le monstre, prêt à mourir, et tressauta quand il vit ses yeux, des yeux rieurs, malicieux, dont l'éclat le transperçait de part en part : il reconnut alors le regard de Makalibus.
— Alors petit malin, caché comme tu l'étais au milieu de tes trois champignons, enfoui dans tes brins d'herbe, le busard*qui plane au-dessus des bois ou le renard que je suis devenu n'auraient pas mis bien longtemps pour te trouver et te dévorer.
Ponpon n'en croyait pas ses oreilles, le renard parlait lapin couramment et ne le dévorait pas. L'envie furieuse de partir à toute allure le tenaillait toujours, mais une force invisible le clouait au sol. Il aurait bien voulu parler, mais aucun son ne pouvait plus sortir de sa petite gueule, seul le tremblement de ses dents, qui s'entrechoquaient, faisait un cliquetis semblable à celui d'un grillon.
— N'aie pas peur ! lui dit Makalibus, tout le monde t'entend trembler. Si j'étais un vrai renard, je serais déjà en train de te croquer rien que pour mon goûter, mais tu es là, en face de moi. Approche donc, c'est mon aspect qui te fait peur ?
Les pensées de Ponpon tournaient à toute vitesse dans sa tête.
— Est-ce qu'il s'approcherait d’un tigre, lui, se dit Ponpon? J'ai peur moi, nom d'un p’tit lapin.
Aussitôt, l'enchanteur, entendant la pensée de Ponpon, reprit sa baguette magique et, dans un feu d'artifice d’étincelles, redevint le grand personnage avec son manteau.
— Approche-toi, maintenant. Comment t'appelles-tu ?
Aucun son ne parvenait encore à sortir de sa petite gueule tremblotante, ses yeux regardaient Makalibus fixement, sa truffe et ses moustaches s'agitaient fébrilement.
— Voyons ! dit l'homme, tu t'appelles Ponpon, n'est-ce pas ?
— Comment il sait mon nom, celui-là, se dit Ponpon dans sa petite tête de lapin blanc, alors que des rayons verts sortaient des yeux de Makalibus et entraient sans frapper dans ceux du lapin.
— Alors petit voyou, tu vas quand même finir par parler avant que je te transforme en ver de terre ? dit Makalibus avec un sourire rusé.
À ces mots, car Ponpon ne savait pas s’il plaisantait ou s'il allait tout d'un coup être transformé en ver de terre poursuivi à coups de bec par une poule affamée, il s'arrêta de trembler et dit :
— Je m'appelle Ponpon, Ponpon la Riflette, c'est mon vrai nom et j'ai très peu-peur de vous (Ponpon bégayait toujours quand il avait peur), mais si vous me faites du mal, moi, je vous le dis, mes parents et mes frères et sœurs viendront vous mordre les pieds. À ces mots, le grand homme éclata de rire.
— Monsieur Ponpon la Riflette, n'aie pas peur, je vois que tu es courageux, mais tes parents sont loin maintenant. Tu es certainement perdu, je vais te protéger car, petit et mignon comme tu es, j'ai bien l'impression que les méchantes créatures de la forêt se pourlèchent déjà les babines et bavent en pensant à te manger ce soir ou cette nuit, quand tu seras tout seul dans les bois.
— Alors je vais te proposer quelque chose que tu dois accepter. Je connais une très gentille dame qui habite un château après la forêt. Elle s'appelle « Fée des Ors », elle aime beaucoup les animaux courageux comme toi et sera certainement très heureuse d'accueillir un lapereau de ton genre dans sa famille. Qu'en penses-tu ?
— D'abord, je n'suis pas un lapereau, ma maman m'a dit que je ressemblais à un vrai lapin, alors, et puis je n'ai pas envie d'aller dans un chapeau.
Makalibus riait de plus en plus, j’ai dit un château. Ponpon tu sais ce qu'est un château ?
— Ben, c'est un truc qu'on se met sur la tête, répondit le lapin.
— Mais non, répondit l'enchanteur entre deux hoquets. C’est une très grande maison avec des tours, des grands toits, plein de cheminées, des murs très épais et solides entourés de fosses remplies d'eau pour empêcher les méchantes bêtes d’entrer. Tu y serais bien protégé pour grandir et mon amie Fée des Ors ferait ton éducation.
— Mais moi, je ne veux pas y aller voir ta Fée des Zorts, j'veux retrouver ma famille, moi et j'irai tout seul, na !
— Très bien, mon petit, si c'est ton souhait, je vais te laisser ici et m'en aller. Mais quand même, tu vas me faire le plaisir de te mettre ça autour de ton cou de lapin.
— Qu'est-ce que c'est, ce truc ? demanda Ponpon.
Makalibus fit un geste ample et le « truc » vint se poser autour de la fourrure blanche de son cou.
— Cet objet est un « Makalipouêt ». Ce tout petit sifflet émet un son, quand tu souffles dedans, que seules mes oreilles peuvent entendre et, si tu es en danger et que tu veuilles m'appeler, souffle dedans, quelqu'un viendra t'aider.
Sur ces mots, ses mains firent un demi-cercle et il disparut dans un nuage bleu.
Après le départ de l'enchanteur, Ponpon se retrouva tout seul près de ses champignons, caché par les feuilles des grandes fougères qui frémissaient au moindre vent. Tous ces bruits n’étaient pas très rassurants, il y avait des arbres partout, des hautes herbes, de la mousse, des cris, des battements d'ailes, des sifflements furtifs dans tous les coins, plein de choses qu'il n'avait pas vraiment remarquées quand il jouait avec ses frères et sœurs sous la protection de ses parents. Il réalisa que, finalement, ce grand monsieur bizarre avec sa barbe blanche lui faisait un peu peur, évidemment, mais il avait quelque chose de rassurant, de puissant, et il se sentait protégé avec lui.
— Bon ! se dit-il, de toute façon, il faut manger.
Il leva ses grandes oreilles, pas encore très grandes en fait, car c'était un petit lapin, juste un lapereau, il les tourna dans tous les sens pour écouter la forêt, remua sa truffe rose pour sentir les odeurs des plantes, ses moustaches vibrèrent. Il ouvrit grand ses yeux, regarda voler les papillons de toutes les couleurs, les grillons qui sautaient d'une feuille à l'autre, quelques oiseaux qui voltigeaient gaiement dans les hautes branches, avança une patte, puis une deuxième et sortit prudemment de sa cachette sous les fougères, se dressa sur les pattes arrière, tourna la tête à gauche, à droite et cria de toutes ses forces :
— Papa, Maman, vous êtes là ? Coucou, c'est Ponpon je suis dans la forêt ! Hou ! Hou ! Venez me chercher, c'est moi Ponpon la Riflette, je suis perdu, où êtes-vous ? Hou ! Hou ! Moi je suis là !
Pauvre petit Ponpon, il avait beau se dresser de tout son corps sur ses pattes arrière, il était à peine plus grand qu’un chou-fleur.
Soudain une forme verte jaillit d'un fourré voisin avec une vitesse prodigieuse. Un grand lézard vert bondit sur une branche voisine, tira sa longue langue en regardant Ponpon et lui dit :
— T'es pas un peu fou, toi, de crier comme ça dans la forêt, tu veux nous faire repérer ? D'où arrives-tu d'abord, pour être si bête et si imprudent ? Tu ne sais donc pas où tu es ? Tu imagines que tu vas téter ta mère, là maintenant ? Tu es dans la Grande Forêt, mon petit père, et si tu continues à hurler comme ça, les lynx*, les renards, les loups, les ours vont t'entendre. Les serpents vont s'approcher de toi sans bruit, sans compter les sales bestioles qui planent là-haut, au-dessus des arbres, et qui n'attendent que ça pour te foncer dessus et t'emporter pour te manger. Et moi, Zardo la Malice, j'te jure que je n'ai pas l'intention de servir de sandwich à cette bande de carnivores* maniaques. Et il criait sans arrêt avec sa voix de dessin animé. Le lézard parlait en sautant de branche en branche, si vite que Ponpon le perdait de vue. Il reculait au fur et à mesure sous la fougère en tremblant de toutes ses pattes. Il se faisait tout petit, ouvrait ses grands yeux pendant que l'espèce de serpent à pattes continuait à le menacer de tous les malheurs qui pouvaient lui arriver, à lui qui n'avait jamais fait de mal à personne.
— Je n'ai pas fait exprès ! répondit-il au lézard, je ne savais pas, moi !
Tout à coup, la forêt lui sembla immense, dangereuse, pleine d'ennemis terrifiants, il imaginait déjà des monstres partout et dit au lézard, en bégayant sous l'émotion :
—J'ai un peu, peu, peu-peur, qu'est-ce que je vais faire moi, maintenant ?
—Creuse un trou avec tes pattes, petit nigaud, le plus vite possible, cache toi dedans et ne bouge plus jusqu'à demain matin. Je viendrai te chercher, et ne fais surtout pas de bruit.
Puis il disparut aussi vite qu'il était venu, laissant notre pauvre Ponpon désemparé, terrorisé à l'idée de passer la nuit comme ça, sans même imaginer que, là-haut dans les nuages, un grand faucon noir, très intéressé, avait suivi la scène de ses yeux perçants. Très vite, car même s'il était petit, Ponpon n'était pas bête du tout, comme pouvait le croire cette espèce d'excité de Zardo. Il chercha la plus grande fougère, au milieu de centaines d'autres. Pour ne pas se faire repérer, il fit semblant d'aller plus loin en courant dans la mousse, en zigzag, sous les fougères parmi les champignons, les hautes herbes, les fleurs, décoiffant un souriceau par ci, piétinant une grenouille par là. On pouvait voir sa petite queue blanche apparaître çà et là, parfois comme un éclair, entre deux fougères. Il revint se cacher sous celle qu'il avait choisie, puis, courageusement, avec ses petites pattes, il commença à creuser un trou, un terrier bien profond pour se cacher.
Bien sûr, il se croyait tout seul, abandonné, il ne savait pas encore que dans la Grande Forêt il y a toujours quelqu'un qui écoute et regarde. En fait, plein de petits animaux avaient suivi la conversation entre Zardo et Ponpon. Quand enfin il eut fini, tout essoufflé par l'effort, il alla vite ramasser quelques fleurs, des feuilles ou des fruits tombés des arbres, des salades sauvages pour se nourrir, puis enfin, il rentra son petit derrière en premier dans le trou en le tortillant de gauche à droite et, avec ses pattes de devant, ferma l'entrée du terrier par deux grandes feuilles d'érable tombées de l’arbre voisin.
Épuisé par tout ce qu’il venait de se passer, Ponpon ne tarda pas à fermer les yeux et, après un grand soupir de lapereau, il s'endormit subitement.
Une souris, qui avait tout entendu, souleva doucement une feuille, vérifia que Ponpon dormait bien et, soulagée, referma la feuille avec ses toutes petites pattes. Elle ajouta une touffe d'herbes fraîches pour bien masquer l'entrée du terrier, puis se retourna vers sa copine et dit :
— Ok Bradada, il dort, on va quand même le surveiller cette nuit !
— Pas de problème, répondit Titi, l'autre souris. Je prends le premier quart* et je siffle dans mes pattes si j'entends quelque chose.
— Pas question, dit Bradada c'est moi qui prends le premier quart, je m'endors toujours plus tard que toi et, en plus, c'est moi qui ai eu l'idée de surveiller ce lapin !
— Non mais ça va plus ! répondit Titi, ce n’est pas toi qui commandes, va plutôt faire ta ronflette ! De toute façon, je ne pourrai pas dormir avec le bruit que tu fais.
— Comment ça ? Avec le bruit que je fais, dis tout de suite que je ronfle, peut-être !
— Bon, d'accord, tu ne ronfles pas vraiment mais tu fais ton gein- gein, et pour moi, c'est pareil.
— Bah ! Qu'est-ce que c'est encore cette histoire de gein-gein ? dit Bradada.
— Eh bien, quand tu dors sur le dos, les pattes avant et arrière écartées, la truffe en l'air et la bouche ouverte, tu fais un bruit comme un petit soufflet, comme un tout petit âne qui ferait hihan, c'est ça que j'appelle le gein-gein.
— En tout cas, c'est moi qui commence !
— Non, c'est moi !
— Non, ce n’est pas toi, c'est moi !
À ce moment précis, l’hululement* d'une chouette se fit entendre au loin dans les bois. La chouette, la pire ennemie des souris. Titi et Bradada se regardèrent sans bouger, fixement, les yeux grands ouverts sans dire un mot de plus. Puis elles se mirent à chuchoter, effrayées à l’idée que la chouette eût pu les entendre.
— Chut, plus un mot ! dit Titi, tout doucement. Va dormir je te réveillerai dans un moment.
Quelques minutes plus tard, un petit grillon posé sur une feuille voisine pouvait entendre les ronflements discrets de Ponpon et Bradada qui rêvaient déjà dans les étoiles.
Un peu plus loin, au bord d'une petite clairière, adossée aux premiers arbres, il y avait une maison de bois et de pierres grises, les murs tellement recouverts de lierre qu'elle semblait faire partie de la forêt. De la cheminée, perchée de travers sur le haut du toit, sortait souvent une fumée verte, parfois malodorante et aussi des étincelles ou des éclairs. Certains jours, on entendait même un rire strident, hystérique*. C'était celui d’une créature inquiétante, redoutée dans toute la forêt, une grande femme habillée de noir qui avait été très belle jadis, mais que sa méchanceté avait rendu sévère maintenant. Elle s’appelait la Fée Poison, parce que dans cette maison sombre, dans laquelle les rayons du soleil ne pénétraient que rarement et où seuls quelques rayons de lune s’aventuraient, dont aucun animal de la forêt n’osait s’approcher sans trembler, elle fabriquait des produits magiques, des philtres*, des poisons pour se venger des êtres qu’elle n’aimait pas.
À l’intérieur de sa maison, on pouvait voir des animaux empaillés, des cornues*, des éprouvettes, des énormes bouteilles pleines de liquides de toutes les couleurs, des boites remplies de plantes qu’elle seule connaissait, une grande marmite continuellement pendue au-dessus du feu de la cheminée.
Les mains de la sorcière s’agitaient dans tous les sens pour inventer encore quelque nouveau breuvage qu’elle essaierait sur une pauvre bête capturée dans la forêt. Elle mélangeait des produits qu’elle collectionnait dans ses boites, dans ses bouteilles et parlait aux créatures qui étaient ses seules compagnes dans cette maison.
L’une d’elle était perchée, la plupart du temps, sur le bord de la cheminée. C’était un grand faucon pèlerin avec des ailes immenses, un bec si fort et si pointu qu’il pouvait couper une branche d’un seul coup. Des serres grandes comme une main d’homme lui permettaient d’attraper en vol un renard, un saumon dans la rivière ou un lièvre en pleine course. Il s’appelait « Laser », car son regard pénétrait dans la forêt comme un rayon laser. Il pouvait aussi bien détecter, au-dessus des arbres, un petit lapin qui se cachait, qu’un souriceau en train de fuir. Et, quand il chassait, on entendait dans la forêt son long et terrifiant cri, aigu comme un sifflet, lorsqu’il plongeait sur sa proie à travers les branchages. Je peux vous dire que personne n’osait bouger dans les environs quand Laser planait dans le ciel, sauf quelqu’un que vous connaîtrez plus tard, qui lui, ne redoutait rien de personne. Mais ce n’est pas encore pour maintenant.
L’autre créature, agrippée sur le dossier du grand fauteuil en corne de la Fée Poison, s’appelait « Infrarouge ». C’était un grandduc, un rapace nocturne qui ne se réveillait qu’à la nuit tombée et auquel Fée Poison faisait appel pour ses basses besognes quand le manque de lumière empêchait Laser de chasser. Lui aussi était redoutable car ses yeux immenses voyaient la nuit. Sa tête pouvait tourner à trois cent soixante degrés. Personne ne pouvait le surprendre, il restait tapi sur une branche sans bouger à attendre sa proie. Il entendait tout, il avait un bec et des serres presque aussi dangereuses que celles de Laser. Vous avez compris que pour toutes les petites bêtes de la forêt, il valait mieux faire très, très attention quand ils se baladaient. C’est pourquoi, lorsqu’on regarde les petits oiseaux, les souris, les écureuils, les lapins, tous ces petits animaux en liberté dans la nature, on est toujours étonné de les voir s’arrêter toutes les deux secondes pour écouter, regarder, tourner la tête çà et là. Ils font cela afin de guetter la présence éventuelle d’un prédateur* dans les environs.
Un troisième animal dormait, enroulé sur lui-même, sur un coussin épais, pas très loin de la sorcière, car elle détestait quand il s’éloignait d’elle. C’était « Sonar », un grand serpent de deux mètres cinquante de long qui veillait constamment sur sa maîtresse. Il captait les moindres vibrations du sol avec son ventre et, grâce à sa longue langue effilée, il pouvait sentir des odeurs très subtiles.
Fée Poison adorait son serpent, car il l’avertissait de tout ce qu’il se passait sur le sol tandis que ses gros volatiles, eux, se chargeaient du reste. Ils communiquaient entre eux par des sifflements bizarres afin que personne ne puisse les comprendre. Mais parfois, elle lui parlait comme aux autres et il comprenait tout aussi bien. Tout ce monde vivait dans la maison obscure sous la domination de la sorcière. Ils savaient très bien qu’il leur fallait obéir à ses ordres au risque de terribles punitions comme celle de se voir transformé subitement, selon son humeur, en n’importe quel petit animal comme un mulot, une sardine ou un cafard.
Ce soir-là Fée Poison venait de terminer un grand chaudron de potion à rapetisser. Son rire satisfait résonnait dans la maison. Chaque animal se recroquevillait ou se cachait dans l'espoir qu'elle n'essaie pas le nouveau produit sur lui quand, soudain, un bruit d'ailes se fit entendre près du toit.
— Glodule ouvre le toit ! hurla-t-elle, ce doit être Laser qui revient.
Glodule était une grande araignée tarentule*. Son corps était recouvert de poils rouges et marrons, ses huit pattes noires velues faisaient qu'elle se déplaçait très vite, elle pouvait fabriquer une toile en quelques minutes et tisser des grands fils très résistants. Mais elle était une gentille araignée, elle ne faisait que son travail : débarrasser la maison des insectes nuisibles, des moustiques, des méchantes mouches piquantes. Un petit problème quand même, mais qui donnait un aspect antique à cette demeure, il y avait des dizaines de toiles d’araignée qui pendaient dans tous les coins. Son vrai nom était Biglodule, car elle louchait un peu mais tout le monde l'appelait Glodule. En fait, elle habitait cette maison bien des années déjà, avant que la vilaine sorcière ne s'en emparât.
Car il faut que vous sachiez que la Fée Poison, il y a bien longtemps, était une belle femme avec de longs cheveux noirs. Elle était grande, autoritaire, le regard vif aux yeux couleur de geai*, mais pas gentille du tout. Un jour, lors de la Grande Réunion Annuelle des Magiciens, elle était tombée très amoureuse de l'enchanteur Makalibus. Et, comme celle-ci, à l’époque, habitait la Grande Forêt, elle avait décidé de venir, elle aussi, y habiter pour se rapprocher de lui et peut-être un jour le séduire. C'était une Fée qui ne savait pas se servir d'une baguette magique, mais, par contre, elle connaissait fort bien le secret des plantes et savait fabriquer des potions de toutes sortes.
Donc un soir, il y a bien longtemps, alors qu'elle se promenait dans cette forêt, elle vit cette maison, qui forcément était habitée, puisqu'une longue fumée blanche s'échappait paresseusement de la cheminée. Sans faire de bruit, elle s'approcha d'une fenêtre à petits carreaux. La lumière jaune d’une chandelle éclairait un homme seul qui préparait la cuisine pour le soir.
C’était Gaston, le bûcheron. Toc ! Toc ! Toc ! Elle cogna à la fenêtre, Gaston mit ses lunettes rondes sur son nez et aperçut cette belle femme dehors, qui lui dit avec un grand sourire :
— Monsieur, je me suis perdue, peut-être pourriez-vous m'indiquer comment retrouver mon chemin et m'ouvrir un instant pour me réchauffer ?
Gaston, qui était un brave homme, courut à la porte en se recoiffant vite avec ses doigts, très flatté et content d'avoir la visite d'une si belle femme, il lui proposa de venir s'asseoir un moment dans sa maison pour goûter un peu de cette soupe chaude qu'il avait préparée.
Une fois dans la maison, Poison en profita pour la visiter. Tout en parlant gentiment à Gaston, elle regarda les murs, le sol, le toit, et vit que c'était une belle et solide demeure, tout ce dont elle rêvait. Les murs étaient décorés par des sculptures en bois que Gaston fabriquait pendant les longues soirées d'hiver, sur le sol, un grand tapis épais de fibres de plantes séchées, empêchait l'humidité de monter dans la pièce. Une bonne odeur de soupe suffit à Poison pour se décider, elle aurait cette maison pour elle. Gaston s'approcha d'elle pour poser deux bols de soupe fumante et, pendant qu'il se tournait pour aller chercher une carafe de vin, elle sortit une petite fiole* d'une de ses poches et versa le contenu d’un puissant somnifère* dans son bol. Glodule, qui était là-haut, perchée dans un coin du toit, n'avait rien perdu de la manœuvre, mais ne put Intervenir quand Gaston avala d'un trait son bol de soupe.
Quelques minutes plus tard, il s'endormit profondément. Poison finit tranquillement son bol, poussa un grand cri de joie qui fit frissonner tous les animaux des environs, elle s'approcha de la cuisine et prépara un breuvage.
Quelques gouttes de Scaramboukitache, une infusion de Patranille et de Marchiplote, une pincée de Gripane noire, une cuillère à café de poudre de Carboniglube et, enfin, une goutte de venin de Ploumatis Serpenticus Rubinatis. Elle fit bouillir le mélange quelques minutes, jusqu'à ce qu'il devînt un sirop noir épais, puis versa le liquide dans une petite bouteille et attendit tranquillement qu'il refroidît pendant que Gaston ronflait dans son coin.
Dans ses rêves de bûcheron, Gaston sentit vaguement que quelqu'un lui versait un liquide sucré dans la bouche et sourit béatement quand il se sentit tiré par les pieds, hors de sa maison. Le lendemain à l’aube, un énorme animal, grand comme un mammouth, recouvert de longs poils noirs avec deux yeux rouges comme des rubis, des énormes pattes d’ours, deux oreilles pointues et velues, avec une longue queue fourchue, se promenait dans la Grande Forêt sans savoir d’où il venait, ni qui il était, car Poison avait pris soin de mettre cette goutte de venin pour effacer sa mémoire d'humain. C'est ainsi que naquit le monstre Ploumploum -les petits animaux de la forêt le surnommèrent entre eux Ploumploum à cause du bruit qu'il faisait en marchant avec ses grosses pattes velues-
Glodule, qui avait assisté à tout ce qu’il s'était passé, s’était promis de sauver un jour Gaston de cette terrible transformation. Elle avait donc décidé de rester dans la maison pour mieux surveiller la sorcière et, le jour venu, de le venger. Car Globule s'était beaucoup attachée à Gaston, d'abord parce qu'il était un brave homme, qu'il n'avait jamais cherché à la chasser et aussi parce qu'il ne se lavait pas souvent, donc ne sentait pas très bon, et les mouches qui le suivaient partout faisaient le régal de Glodule. C'est pourquoi elle fit tout ce qu’elle put pour que Poison ne la chassât pas, au contraire même, elle se débrouilla pour être tellement utile dans la maison que la sorcière la protégeait comme un trésor. Mais, revenons à notre histoire, quand Poison lui demanda d'ouvrir le toit.
L'araignée avait en effet tressé de longues cordes solides avec ses fils et, par un ingénieux système de poulies, elle pouvait ouvrir ou fermer une trappe sur le toit pour permettre aux deux volatiles, Laser et Infrarouge, de partir à la chasse ou en reconnaissance.
À peine eut-elle ouvert la trappe sur le toit que l'énorme bec de Laser apparut, la bête se laissa tomber en ouvrant ses ailes, attrapant le bord de la cheminée avec ses longues serres.
—Alors l'emplumé, tu m'as trouvé quelque chose ? lui demanda la sorcière.
— Oui Maîtresse, j'ai vu un petit lapin blanc accompagné de deux souris pas très loin d'ici, le lapereau semble jeune, frais et délicieux, dit le grand oiseau.
À ces mots, ses yeux brillants de gourmandise, un filet de bave coula du bec du rapace. Un petit grillon, qui dormait près de la cheminée, se retrouva tout éclaboussé par l'énorme goutte de salive du grand oiseau quand elle toucha le sol.
— Tu ne peux pas faire attention, toi, la gargouille*, là-haut, avant de cracher par terre ? dit le grillon.
Mais sa voix était si faible à côté des vociférations* de Poison que personne ne l'entendit, sauf Biglodule, qui, perchée pas très loin sur une de ses toiles, se tordait de rire le ventre en l'air et qui lui dit :
— Ah ! Le grillon ! Tu me fais trop rire ! Ça lui va tellement bien « la Gargouille* » que je l'appellerai toujours comme ça dorénavant. Tu vois, j'ai eu de temps en temps envie de te manger, mais tu es le seul qui me fasse rire, alors je ne te mangerai jamais.
Mais si j'étais toi, je me méfierais quand même de la grande saucisse venimeuse qui fait toujours semblant de dormir.
— Merci Glodule, lui répondit le grillon en allant se recoucher plus loin. Je retourne au dodo, tu me fais signe, mais ne t'inquiète pas quand il bouge, ne serait-ce qu'un anneau, ça fait vibrer mes élytres*, ils sont tellement sensibles.
— Eh bien, qu'est-ce que t'attends pour me les amener ici ? cria la sorcière. Tu veux que j'essaie mes nouvelles potions sur toi, hein ? J'ai envie de manger un bon civet de lapin bien tendre ce soir, quant aux deux souris j'en aurai besoin pour leur faire goûter quelque produit de mon invention. Ha ! Ha ! On va voir ce que ça donne quand elles vont se retrouver transformées en cafards. Va me chercher ça immédiatement, compris ?
Laser n'avait plus du tout envie de ressortir, il avait volé une grande partie de la journée au-dessus des bois, des montagnes, des vallées et était vite rentré, fourbu, après avoir localisé le lapin puis l’avoir perdu de vue quand ce petit bandit avait couru sous les fougères. Mais il savait très bien où les retrouver le lendemain car il avait aperçu les deux souris juste avant de partir.
— Mais, Maîtresse, la nuit tombe, il faudra attendre demain, ils se sont cachés, je ne les vois plus, je ne peux plus les attraper maintenant, répondit-il à Poison.
— Eh bien, pas de problème, on va demander à Infrarouge d'aller nous chercher le dîner, hein, Infrarouge ! Je meurs de faim moi !
Elle se retourna vers le grand-duc qui, malgré les cris de la sorcière, parvenait quand même à dormir et lui dit :
— T'as entendu, Infrarouge ? Ouvre tes mirettes et va travailler, fainéant ! Demande à Laser de te dire où sont ces bestioles. Va me les chercher immédiatement, je les veux dans une demiheure, tu entends ? Le temps de préparer la sauce du civet.
À ces mots, le grand-duc ouvrit ses grands yeux jaune-vert ; sa tête qui était tournée de l'autre côté pour ne pas voir Poison pivota de cent quatre-vingt degrés. Ses paupières endormies clignèrent plusieurs fois avant d'apercevoir sa maîtresse.
— Elle est vraiment casse-pieds, celle-là ! se dit-il en voyant la sorcière.
Il bâilla si fort qu'on aperçut le fond de sa gorge, sa luette vibra et il émit un hululement sinistre de grand-duc.
— Ça y est, se dit-il, ça lui reprend, va falloir y aller !
— Allume tes phares, tas de plumes, et dégage d'ici. Biglodule, ouvre-lui ! Cria la sorcière.
Sur ces mots, Biglodule se laissa glisser le long d'un de ses fils, grimpa sur la tête d'Infrarouge qui ne pensait qu'à la croquer. Elle le faisait exprès car elle savait très bien que la punition de la Fée serait terrible s'il lui faisait le moindre mal, et, comme elle adorait ça, elle en profita pour enfoncer une ou deux de ses huit pattes velues entre les plumettes de sa tête, ce qu'il détestait par— dessus tout, car ça lui donnait de l'urticaire*.
— Toi, tu ne perds rien pour attendre, espèce de serpillère à pattes, lui dit-il, un jour, je te les couperai, tes pattes et on verra si tu fais encore la maligne !
Du coup elle lui enfonça les autres pattes sur le crâne.
