La légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses, D’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs - Charles de Coster - E-Book
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La légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses, D’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs E-Book

Charles de Coster

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Beschreibung

La Légende d'Ulenspiegel incarne le cœur et l'esprit de la Flandre dont elle évoque le folklore, le climat et les traditions. Elle mêle l'histoire et le mythe, l'aventure d'une famille à celle d'un peuple. De Coster, écrivain francophone, reconstitue une époque en poète visionnaire et crée une langue nouvelle dans la grande tradition rabelaisienne.

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table des matières

LIVRE PREMIER

I

À Damme, en Flandre, quand mai ouvrait leurs fleurs aux aubépines, naquit Ulenspiegel, fils de Claes.

Une commère sage-femme et nommée Katheline l’enveloppa de langes chauds, et, lui ayant regardé la tête, y montra une peau. – Coiffé, né sous une bonne étoile ! dit-elle joyeusement. Mais bientôt se lamentant et désignant un petit point noir sur l’épaule de l’enfant : – Hélas ! pleura-t-elle, c’est la noire marque du doigt du diable. – Monsieur Satan, reprit Claes, s’est donc levé de bien bonne heure, qu’il a déjà eu le temps de marquer mon fils ? – Il n’était pas couché, dit Katheline, car voici seulement Chanteclair, qui éveille les poules. Et elle sortit, mettant l’enfant aux mains de Claes.

Puis l’aube creva les nuages nocturnes, les hirondelles rasèrent en criant les prairies et le soleil montra pourpre à l’horizon sa face éblouissante.

Claes ouvrit la fenêtre et parlant a Ulenspiegel : – Fils coiffé, dit-il, voici monseigneur du Soleil qui vient saluer la terre de Flandre. Regarde-le quand tu le pourras, et, quand plus tard tu seras empêtré en quelque doute, ne sachant ce qu’il faut faire pour agir bien, demande-lui conseil ; il est clair et chaud ; sois sincère comme il est clair, et bon comme il est chaud.

– Claes, mon homme, dit Soetkin, tu prêches un sourd ; viens boire, mon fils. Et la mère offrit au nouveau-né ses beaux flacons de nature.

II

Pendant qu’Ulenspiegel y buvait à même, tous les oiseaux s’éveillèrent dans la campagne. Claes, qui liait des fagots, regardait sa commère donner le sein à Ulenspiegel. – Femme, dit-il, as-tu fait provision de ce bon lait ? – Les cruches sont pleines, dit-elle, mais ce n’est pas assez pour ma joie. – Tu parles d’un si grand heur bien piteusement. – Je songe, dit-elle, qu’il n’y a pas un traître patard dans le cuiret que tu vois là pendant au mur.

Claes prit en main le cuiret ; mais il eut beau le secouer, il n’y entendit nulle aubade de monnaie. Il en fut penaud. Voulant toutefois réconforter sa commère :

– De quoi t’inquiètes-tu ? dit-il. N’avons-nous dans la huche le gâteau qu’hier nous offrit Katheline ? Ne vois-je là un gros morceau de bœuf qui fera au moins pendant trois jours du bon lait pour l’enfant ? Ce sac de fèves si bien tapi en ce coin est-il prophète de famine ? Est-elle fantôme cette tinette de beurre ? Sont-ce des spectres que ces enseignes et guidons de pommes rangés guerrièrement par onze en ligne dans le grenier ? N’est-ce point annonce de fraîche buverie que le gros bonhomme tonneau de cuyte de Bruges, qui garde en sa panse notre rafraîchissement ?

– Il nous faudra, dit Soetkin, quand on portera l’enfant à baptême, donner deux patards au prêtre et un florin pour le festin.

Sur ce, Katheline entra tenant un gros bouquet de plantes et dit : – J’offre à l’enfant coiffé l’angélique, qui préserve l’homme de luxure, le fenouil, qui éloigne Satan… – N’as-tu pas, demanda Claes, l’herbe qui appelle les florins ? – Non, dit-elle. – Donc, dit-il, je vais voir s’il n’y en a point dans le canal.

Il s’en fut, portant sa ligne et son filet, certain, au demeurant, de ne rencontrer personne, car il n’était qu’une heure avant l’ oosterzon, qui est, en Flandre, le soleil de six heures.

III

Claes vint au canal de Bruges, non loin de la mer. Là, mettant l’appât à sa ligne, il la lança à l’eau et il y laissa descendre son filet. Un petit garçonnet bien vêtu était sur l’autre bord, dormant comme souche, sur un bouquet de moules.

Il s’éveilla au bruit que faisait Claes et voulut s’enfuir, craignant que ce ne fût quelque sergent de la commune venant le déloger de son lit et le mener au Steen pour vacations illicites.

Mais il cessa d’avoir peur quand il reconnut Claes et que celui-ci lui cria : – Veux-tu gagner six liards ? Chasse le poisson par ici.

Le garçonnet, à ce propos, entra dans l’eau, avec sa petite bedondaine déjà gonflée, et s’armant d’un panache de grands roseaux, chassa le poisson vers Claes.

La pêche finie, Claes retira son filet et sa ligne, et marchant sur l’écluse vint près du garçonnet.

– C’est toi, dit-il, que l’on nomme Lamme de ton nom de baptême et Goedzak à cause de ton doux caractère, et qui demeures rue du Héron, derrière Notre-Dame. Comment, si jeune et si bien vêtu, te faut-il dormir sur un lit public ?

– Las ! monsieur du charbonnier, répondit le garçonnet, j’ai au logis une sœur plus jeune que moi d’un an et qui me daube a grands coups à la moindre querelle. Mais je n’ose sur son dos prendre ma revanche, car je lui ferais mal, monsieur. Hier, au souper, j’eus grand’faim et nettoyai de mes doigts le fond d’un plat de bœuf aux fèves dont elle voulait avoir sa part. Il n’y en avait assez pour moi, monsieur. Quand elle me vit me pourléchant à cause du bon goût de la sauce, elle devint comme enragée et me frappa à toutes mains de si grandes gifles que je m’enfuis tout meurtri de la maison.

Claes lui demanda ce que faisaient ses père et mère pendant cette giflerie. Lamme Goedzak répondit :

– Mon père me battait sur une épaule et ma mère sur l’autre en me disant : « Revanche-toi, couard. » Mais moi, ne voulant pas frapper une fille, je m’enfuis.

Soudain Lamme blêmit et trembla de tous ses membres. Et Claes vit venir une grande femme et, marchant à côté d’elle une fillette maigre et d’aspect farouche.

– Ah ! dit Lamme tenant Claes au haut-de-chausses, voici ma mère et ma sœur qui me viennent quérir. Protégez-moi, monsieur du charbonnier.

– Tiens, dit Claes, prends d’abord ces sept liards pour salaire et allons à elles sans peur.

Quand les deux femmes virent Lamme, elles coururent à lui et toutes deux le voulurent battre, la mère parce qu’elle avait été inquiète et la sœur parce qu’elle en avait l’habitude.

Lamme se cachait derrière Claes et criait : – J’ai gagné sept liards, j’ai gagné sept liards, ne me battez point.

Mais la mère l’embrassait déjà, tandis que la fillette voulait de force ouvrir les mains de Lamme pour avoir son argent. Mais Lamme criait :

– C’est le mien, tu ne l’auras pas. Et il serrait les poings. Claes toutefois secoua rudement la fillette par les oreilles et lui dit :

– S’il t’arrive encore de chercher noise à ton frère, qui est bon et doux comme un agneau, je te mettrai dans un noir trou à charbon, et là ce ne sera plus moi qui te tirerai les oreilles mais le rouge diable d’enfer, qui te mettra en morceaux avec ses grandes griffes et ses dents qui sont comme fourches.

À ce propos, la fillette n’osant plus regarder Claes ni s’approcher de Lamme, s’abrita derrière les jupons de sa mère. Mais en entrant en ville, elle criait partout :

– Le charbonnier m’a battue ; il a le diable dans sa cave.

Cependant elle ne frappa plus Lamme davantage ; mais, étant grande, le fit travailler à sa place. Le doux niais le faisait volontiers.

Claes avait, cheminant, vendu sa pêche à un fermier qui la lui achetait de coutume. Rentrant au logis, il dit à Soetkin :

– Voici ce que j’ai trouvé dans le ventre de quatre brochets, de neuf carpes et dans un plein panier d’anguilles. Et il jeta deux florins et un patard sur la table.

– Que ne vas-tu chaque jour à la pêche, mon homme ? demanda Soetkin. Claes répondit : – Afin de ne point devenir moi-même poisson ès filets des sergents de la commune.

IV

On appelait à Damme le père d’Ulenspiegel Claes le Kolldraeger ou charbonnier. Claes avait le poil noir, les yeux brillants, la peau de la couleur de sa marchandise, sauf le dimanche et les jours de fête, quand il y avait abondance de savon en la chaumière. Il était petit, carré, fort et de face joyeuse.

Si, la journée finie et le soir tombant, il allait en quelque taverne, sur la route de Bruges, laver de cuyte son gosier noir de charbon, toutes les femmes humant le serein sur le pas de leurs portes lui criaient amicalement :

– Bonsoir et bière claire, charbonnier. – Bonsoir et un mari qui veille, répondait Claes.

Les fillettes qui revenaient des champs par troupes se plaçaient toutes devant lui de façon à l’empêcher de marcher et lui disaient :

– Que payes-tu pour ton droit de passage : ruban écarlate, boucle dorée, souliers de velours ou florin pour aumônière ?

Mais Claes en prenait une par la taille et lui baisait les joues ou le cou, suivant que sa bouche était plus proche de la chair fraîche ; puis il disait :

– Demandez, mignonnes, demandez le reste à vos amoureux. Et elles s’en allaient s’éclatant de rire. Les enfants reconnaissaient Claes à sa grosse voix et au bruit de ses souliers. Courant à lui, ils lui disaient : – Bonsoir, charbonnier.

– Autant Dieu vous donne, mes angelots, disait Claes ; mais ne m’approchez pas, sinon je ferai de vous des moricauds.

Les petits, étant hardis, s’approchaient toutefois ; alors il en prenait un par le pourpoint, et, frottant de ses mains noires son frais museau, le renvoyait ainsi, riant quand même, à la grande joie de tous les autres.

Soetkin, femme de Claes, était une bonne commère, matinale comme l’aube et diligente comme la fourmi.

Elle et Claes labouraient à deux leur champ et s’attelaient comme bœufs à la charrue. Pénible en était le traînement, mais plus pénible encore celui de la herse, lorsque le champêtre engin devait de ses dents de bois déchirer la terre dure. Ils le faisaient toutefois le cœur gai, en chantant quelque ballade.

Et la terre avait beau être dure ; en vain le soleil dardait sur eux ses plus chauds rayons : en vain aussi traînant la herse, ployant les genoux, devaient-ils faire des reins cruel effort, s’ils s’arrêtaient et que Soetkin tournât vers Claes son doux visage et que Claes baisât ce miroir d’âme tendre, ils oubliaient la grande fatigue.

V

La veille, il avait été crié aux bailles de la maison commune que Madame, femme de l’empereur Charles, étant grosse, il fallait dire des prières pour sa prochaine délivrance.

Katheline entra chez Claes toute frissante : – Qu’est-ce qui te deult, commère ? demanda le bonhomme.

– Las ! répondit-elle, parlant par saccades. Cette nuit, spectres fauchant hommes comme faneurs l’herbe. – Fillettes enterrées vives ! Sur leur corps dansait le bourreau. – Pierre de sang suant depuis neuf mois, cassée cette nuit. – Ayez pitié de nous, gémit Soetkin, ayez pitié, Seigneur Dieu : c’est noir présage pour la terre de Flandre.

– Vis-tu cela de tes yeux ou en songe ? demanda Claes. – De mes yeux, dit Katheline. Katheline, toute blême et pleurant, parla encore et dit :

– Deux enfantelets sont nés, l’un en Espagne, c’est l’infant Philippe, et l’autre en pays de Flandre, c’est le fils de Claes, qui sera plus tard surnommé Ulenspiegel. Philippe deviendra bourreau, ayant été engendré par Charles cinquième, meurtrier de nos pays. Ulenspiegel sera grand docteur en joyeux propos et batifolements de jeunesse, mais il aura le cœur bon, ayant eu pour père Claes, le vaillant manouvrier sachant, en toute braveté, honnêteté et douceur, gagner son pain. Charles empereur et Philippe roi chevaucheront par la vie, faisant le mal par batailles, exactions et autres crimes. Claes travaillant toute la semaine, vivant suivant droit et loi, et riant au lieu de pleurer en ses durs labeurs, sera le modèle des bons manouvriers de Flandre. Ulenspiegel toujours jeune et qui ne mourra point, courra par le monde sans se fixer oncques en un lieu. Et il sera manant, noble homme, peintre, sculpteur, le tout ensemble. Et par le monde ainsi se promènera, louant choses belles et bonnes et se gaussant de sottise à pleine gueule. Claes est ton courage, noble peuple de Flandre, Soetkin est ta mère vaillante, Ulenspiegel est ton esprit ; une mignonne et gente fillette, compagne d’Ulenspiegel et comme lui immortelle, sera ton cœur, et une grosse bedaine, Lamme Goedzak, sera ton estomac. Et en haut se tiendront les mangeurs de peuple, en bas les victimes ; en haut frelons voleurs, en bas, abeilles laborieuses, et dans le ciel saigneront les plaies du Christ.

Ce qu’ayant dit, s’endormit Katheline la bonne sorcière.

VI

On portait Ulenspiegel à baptême ; soudain chut une averse qui le mouilla bien. Ainsi fut-il baptisé pour la première fois. Quand il entra dans l’église, il fut dit aux parrain et marraine, père et mère, par le bedeau schoolmeester, maître d’école, qu’ils eussent à se placer autour de la piscine baptismale, ce qu’ils firent.

Mais il y avait à la voûte, au-dessus de la piscine, un trou fait par un maçon pour y suspendre une lampe à une étoile en bois doré. Le maçon, considérant, d’en haut, les parrain et marraine debout roidement autour de la piscine coiffée de son couvercle, versa par le trou de la voûte un traître seau d’eau qui, tombant entre eux sur le couvercle de la piscine, fit grand éclaboussement. Mais Ulenspiegel eut la plus grosse part. Et ainsi il fut baptisé pour la deuxième fois.

Le doyen vint : ils se plaignirent à lui ; mais il leur dit de se hâter, et que c’était un accident. Ulenspiegel se démenait à cause de l’eau tombée sur lui. Le doyen lui donna le sel et l’eau, et le nomma Thylbert, qui veut dire « riche en mouvements ». Il fut ainsi baptisé pour la troisième fois.

Sortant de Notre-Dame, ils entrèrent vis-à-vis de l’église dans la rue Longue, au Rosaire des Bouteilles, dont une cruche formait le credo. Ils y burent dix-sept pintes de dobbel-kuyt et davantage. Car c’est la vraie façon en Flandre, pour sécher les gens mouillés, d’allumer un feu de bière en la bedaine. Ulenspiegel fut ainsi baptisé pour la quatrième fois.

S’en retournant au logis et zigzaguant par le chemin, la tête plus que le corps pesante, ils vinrent à un ponteau jeté sur une petite mare, Katheline qui était marraine portait l’enfant, elle fit un faux pas et tomba dans la boue avec Ulenspiegel, qui fut ainsi baptisé pour la cinquième fois.

Mais on le retira de la mare pour le laver d’eau chaude en la maison de Claes, et ce fut son sixième baptême.

VII

Ce jour-là, Sa Sainte Majesté Charles résolut de donner de belles fêtes pour bien célébrer la naissance de son fils. Elle résolut, comme Claes, d’aller à la pêche, non en un canal, mais dans les aumônières et cuirets de ses peuples. C’est de là que les lignes souveraines tirent crusats, daelders d’argent, lions d’or, et tout ces poissons merveilleux se changeant, à la volonté du pêcheur, en robes de velours, précieux bijoux, vins exquis et fines nourritures. Car les rivières les plus poissonneuses ne sont pas celles où il y a le plus d’eau.

Ayant assemblé ceux de son conseil, Sa Sainte Majesté résolut que la pêche se ferait de la façon suivante :

Le seigneur infant serait porté à baptême vers les neuf ou dix heures ; les habitants de Valladolid, pour montrer leur joie grande mèneraient noces et festins toute la nuit, à leurs frais, et sèmeraient sur la Grand’Place leur argent pour les pauvres.

Il y aurait à cinq carrefours une grande fontaine d’où jaillirait par flots, jusques à l’aube, du gros vin payé par la ville. À cinq autres carrefours seraient rangés, sur édifices de bois, saucissons, cervelas, boutargues, andouilles, langues de bœuf et autres viandes, aussi à la charge de la ville.

Ceux de Valladolid élèveraient en grand nombre, à leurs dépens, sur le passage du cortège, des arcs de triomphe représentant la Paix, la Félicité, l’Abondance, la Fortune propice et emblématiquement tous et quelconques dons du ciel dont ils furent comblés sous le règne de Sa Sainte Majesté.

Finalement, outre ces arcs pacifiques, il en serait placé quelques autres où l’on verrait peints en vives couleurs des attributs moins bénins, tels que aigles, lions, lances, hallebardes, épieux à langue flamboyante, hacquebutes à croc, canons, fauconneaux, courtauds à grosse gueule et autres engins montrant imagièrement la force et puissance guerrières de Sa Sainte Majesté.

Quant aux lumières à éclairer l’église, il serait permis à la gilde des ciriers de fabriquer gratis plus de vingt mille cierges, dont les bouts non consumés reviendraient au chapitre.

Pour ce qui était des autres dépenses, l’empereur les ferait volontiers, montrant ainsi son bon vouloir de ne pas trop charger ses peuples.

Comme la commune allait exécuter ces ordres, arrivèrent de Rome nouvelles lamentables. D’Orange, d’Alençon et Frundsberg, capitaines de l’empereur, étaient entrés en la sainte ville, y avaient saccagé et pillé les églises, chapelles et maisons, n’épargnant personne, prêtres, nonnains, femmes ni enfants. Le Saint-Père avait été fait prisonnier. Depuis une semaine, le pillage n’avait point cessé, et reiters et landsknechts vaquaient par Rome, saoûlés de nourriture, ivres de buverie, brandissant leurs armes, cherchant les cardinaux, et disant qu’ils tailleraient assez dans leur cuir pour les empêcher de devenir jamais papes. D’autres, ayant déjà exécute cette menace, se promenaient fièrement dans la ville, portant sur leur poitrine des chapelets de vingt-huit grains ou davantage, gros comme des noix, et tout sanglants, Certaines rues étaient de rouges ruisseaux où gisaient dépouillés les cadavres des morts.

D’aucuns dirent que l’empereur, ayant besoin d’argent, avait voulu en pêcher dans le sang ecclésiastique, et qu’ayant pris connaissance du traité imposé par ses capitaines au pontife prisonnier, il le força à céder toutes les places fortes de ses États, à payer 400.000 ducats et à demeurer en prison jusqu’à ce qu’il se fût exécuté.

Toutefois, la douleur de Sa Majesté étant grande, il décommanda tous les apprêts de joie, fêtes et réjouissances, et ordonna de prendre le deuil aux seigneurs et dames de son hôtel.

Et l’infant fut baptisé en ses langes blancs, qui sont langes de deuil royal. Ce que les seigneurs et dames interprétèrent à sinistre présage.

Nonobstant ce, madame la nourrice présenta l’infant aux seigneurs et dames de l’hôtel, afin que ceux-ci lui fissent, selon la coutume, leurs souhaits et dons.

Madame de la Coena lui appendit au cou une pierre noire contre le poison, ayant forme et grosseur d’une noisette, dont l’écale était d’or. Madame de Chauffade lui attacha à un fil de soie pendant sur l’estomac une aveline précipitative de bonne concoction d’aliments ; messire van der Steen de Flandre lu offrit un saucisson de Gand, long de cinq coudées et gros d’une demie, en souhaitant humblement à Son Altesse qu’à sa seule odeur elle eût soif de clauwert gantoisement, disant que quiconque aime la bière d’une ville n’en peut haïr les brasseurs ; messire écuyer Jacques-Christophe de Castille pria monseigneur Infant de porter à ses pieds mignons jaspe vert pour le faire bien courir. Jan de Paepe, le fou, qui était là, dit :

– Messire, donnez-lui plutôt le cor de Josué, au son duquel toutes les villes courraient le grand trotton devant lui, allant poser ailleurs leur assiette avec tous leurs habitants, hommes, femmes et enfants. Car Monseigneur ne doit pas apprendre à courir, mais à faire courir les autres.

L’éplorée veuve de Floris van Borsele, qui fut seigneur de Veere au pays de Zélande, donna à Mgr Philippe une pierre qui rendait, disait-elle, les hommes amoureux et les femmes inconsolables.

Mais l’infant geignait comme veau.

Cependant, Claes mettait aux mains de son fils un hoche d’osier à grelots et disait, faisant danser Ulenspiegel sur sa main : « Grelots, grelots tintinabulants, puisses-tu en avoir toujours à ta toque, petit homme ; car c’est aux fous qu’appartient le royaume du bon temps. »

Et Ulenspiegel riait.

VIII

Claes ayant pêché un gros saumon, ce saumon fut mangé par lui un dimanche et aussi par Soetkin, Katheline et le petit Ulenspiegel, mais Katheline ne mangeait pas plus qu’un oiseau.

– Commère, lui dit Claes, l’air de Flandre est-il si solide présentement qu’il te suffise de le respirer pour en être nourrie comme d’un plat de viande ? Quand vivra-t-on ainsi ? Les pluies seraient de bonnes soupes, il grêlerait des fèves, et les neiges, changées en célestes fricassées, réconforteraient les pauvres voyageurs.

Katheline, hochant la tête, ne sonnait mot. – Voyez, dit Claes, la dolente commère. Qu’est-ce donc qui la navre ? Mais Katheline parlant avec une voix qui était comme un souffle :

– Le méchant, dit-elle, nuit tombe noire. – Je l’entends annonçant sa venue, – criant comme orfraie. – Frissante, je prie madame la Vierge – en vain. – Pour lui, ni murs, ni haies, portes ni fenêtres. Entre partout comme esprit. – Echelle craquant. – Lui près de moi, dans le grenier où je dors. Me saisit de ses bras froids, durs comme marbre. – Visage glacé, baisers humides comme neige. – Chaumine ballottée par la terre, se mouvant comme barque sur mer tempêtueuse…

– Il faut, dit Claes, aller chaque matin à la messe, afin que monseigneur Jésus te donne la force de chasser ce fantôme venu d’en bas.

– Il est si beau ! dit-elle.

IX

Ulenspiegel étant sevré, grandit comme jeune peuplier. – Claes alors ne le baisa plus fréquemment, mais l’aima d’un air bourru afin de ne le point affadir.

Quand Ulenspiegel revenait au logis, se plaignant d’avoir été daubé en quelque rixe, Claes le battait parce qu’il n’avait point battu les autres, et ainsi éduqué, Ulenspiegel devint vaillant comme un lionceau.

Si Claes était absent, Ulenspiegel demandait à Soetkin un liard pour aller jouer. Soetkin, se fâchant disait : « Qu’as-tu besoin d’aller jouer ? Tu ferais mieux de demeurer céans à lier des fagots. »

Voyant qu’elle ne donnait rien, Ulenspiegel criait comme un aigle, mais Soetkin menait grand bruit de chaudrons et d’écuelles qu’elle lavait en un seau de bois, pour faire mine de ne le point entendre. Ulenspiegel alors pleurait, et la douce mère laissant sa feinte dureté, venait à lui, le caressait et disait : « As-tu assez d’un denier ? » Or, notez que le denier valait six liards.

Ainsi elle l’aima trop, et lorsque Claes n’était point là, Ulenspiegel fut roi en la maison.

X

Un matin, Soetkin vit Claes qui, la tête basse, errait dans la cuisine comme un homme perdu dans ses réflexions. – De quoi souffres-tu, mon homme ? dit-elle. Tu es pâle, colère et distrait. Claes répondit à voix basse, comme un chien qui gronde :

– Ils vont renouveler les cruels placards de l’empereur. La mort va de nouveau planer sur la terre de Flandre. Les dénonciateurs auront la moitié des biens des victimes, si les biens n’excèdent pas cent florins carolus.

– Nous sommes pauvres, dit-elle.

– Pauvres, dit-il, pas assez. Il est de ces viles gens, vautours et corbeaux vivant des morts, qui nous dénonceraient aussi bien pour partager avec Sa Sainte Majesté un panier de charbon qu’un sac de carolus. Que possédait la pauvre Tanneken, veuve de Sis le tailleur, qui mourut à Heyst, enterrée vive ? Une bible latine, trois florins d’or et quelques ustensiles de ménage en étain d’Angleterre que convoitait sa voisine. Johannah Martens fut brûlée comme sorcière et auparavant jetée à l’eau, car son corps avait surnagé et l’on y vit du sortilège. Elle avait quelques meubles chétifs, sept carolus d’or en un cuiret, et le dénonciateur voulait en avoir la moitié. Las ! Je te pourrais parler ainsi jusque demain, mais viens-nous-en, commère, la vie n’est plus viable en Flandre à cause des placards. Bientôt, chaque nuit, le chariot de la mort passera par la ville, et nous y entendrons le squelette s’y agitant avec un sec bruit d’os.

Soetkin dit :

– Il ne faut point me faire peur, mon homme. L’empereur est le père de Flandre et Brabant, et, comme tel, doué de longanimité, douceur, patience et miséricorde.

– Il y perdrait trop, répondit Claes, car il hérite des biens confisqués.

Soudain sonna la trompette et grincèrent les cimbales du héraut de la ville. Claes et Soetkin, portant tour à tour Ulenspiegel dans leurs bras, accoururent au bruit avec la foule du peuple.

Ils vinrent à la Maison commune, devant laquelle se tenaient, sur leurs chevaux, les hérauts sonnant de la trompette et battant les cimbales, le prévôt tenant la verge de justice et le procureur de la commune à cheval, tenant des deux mains une ordonnance de l’empereur et se préparant à la lire à la foule assemblée.

Claes entendit bien qu’il y était derechef défendu, à tous en général et en particulier, d’imprimer, de lire, d’avoir ou de soutenir les écrits, livres ou doctrine de Martin Luther, de Joannes Wycleff, Joannes Huss, Marcilius de Padua, Æcolampadius, Ulricus Zwynglius, Philippus Melanchton, Franciscus Lambertus, Joannes Pomeranus, Otto Brunselsius, Justus Jonas, Joannes Puperis et Gorcianus ; les Nouveaux Testaments imprimés par Adrien de Berghes, Christophe de Remonda et Joannes Zel, pleins des hérésies luthériennes et autres, réprouvés et condamnés par la Faculté des théologiens de l’Université de Louvain.

« Ni semblablement de peindre ou pourtraire, ou faire peindre ou pourtraire peintures ou figures opprobrieuses de Dieu et de benoîte Vierge Marie ou de ses saints ; ou de rompre, casser ou effacer les images ou pourtraitures qui seraient faits à l’honneur, souvenance ou remembrance de Dieu et de la Vierge Marie, ou des saints approuvés de l’Église.

« En outre, disait le placard, que nul, de quelque état qu’il fût, ne s’avançât communiquer ou disputer de la sainte Ecriture, mêmement en matière douteuse, si l’on n’était théologien bien renommé et approuvé de par une Université fameuse. »

Sa Sainte Majesté statuait entre autres peines que les suspects ne pourraient jamais exercer d’état honorable. Quant aux hommes retombés dans leur erreur ou qui s’y obstineraient, ils seraient condamnés à être brûlés à un feu doux ou vif, dans une maison de paille ou attachés à un poteau, à l’arbitraire du juge. Les hommes seraient exécutés par l’épée s’ils étaient nobles ou bons bourgeois, les manants le seraient par la potence et les femmes par la fosse. Leurs têtes, pour l’exemple, devaient être plantées sur un pieu. Il y avait, au bénéfice de l’empereur, confiscation des biens de tous ceux-ci gisant aux endroits sujets à la confiscation.

Sa Sainte Majesté accordait aux dénonciateurs la moitié de tout ce que les morts avaient possédé, si les biens de ceux-ci n’atteignaient pas cent livres de gros, monnaie de Flandre, pour une fois. Quant à la part de l’empereur, il se réservait de l’employer en œuvres pies et de miséricorde, comme il le fit au sac de Rome.

Et Claes s’en fut avec Soetkin et Ulenspiegel tristement.

XI

L’année ayant été bonne, Claes acheta pour sept florins un âne et neuf rasières de pois, et il monta un matin sur sa bête. Ulenspiegel se tenait en croupe derrière lui. Ils allaient, en cet équipage, saluer leur oncle et frère aîné, Josse Claes, demeurant non loin de Meyborg, au pays d’Allemagne.

Josse, qui fut simple et doux de cœur en son bel âge, ayant souffert de diverses injustices, devint quinteux ; son sang tourna en bile noire, il prit les hommes en haine et vécut solitaire.

Son plaisir fut alors de faire s’entre-battre deux soi-disant fidèles amis ; et il baillait trois patards à celui des deux qui daubait l’autre le plus amèrement.

Il aimait aussi de rassembler, en une salle bien chauffée, des commères en grand nombre et des plus vieilles et hargneuses, et leur donnait à manger du pain rôti et à boire de l’hypocras.

Il baillait à celles qui avaient plus de soixante ans de la laine à tricoter en quelque coin, leur recommandant, au demeurant, de bien toujours laisser croître leurs ongles. Et c’était merveille à entendre que les gargouillements, clapotements de langue, méchants babils, toux et crachements aigres de ces vieilles houhous, qui, leurs affiquets sous l’aisselle, grignotaient en commun l’honneur du prochain.

Quand il les voyait bien animées, Josse jetait dans le feu une brosse, du rôtissement de laquelle l’air était tout soudain empuanti.

Les commères alors, parlant toutes à la fois, s’entreaccusaient d’être la cause de l’odeur ; toutes niant le fait, elles se prenaient bientôt aux cheveux, et Josse jetait encore des brosses dans le feu et par terre du crin coupé. Quand il n’y pouvait plus voir, tant la mêlée était furieuse, la fumée épaisse et la poussière haut soulevée, il allait quérir deux siens valets déguisés en sergents de la commune, lesquels chassaient les vieilles de la salle à grands coups de gaule, comme un troupeau d’oies furieuses.

Et Josse, considérant le champ de bataille, y trouvait des lambeaux de cottes, de chausses, de chemises et vieilles dents. Et bien mélancolique il se disait : – Ma journée est perdue, aucune d’elles n’a laissé sa langue dans la mêlée.

XII

Claes, étant dans le baillage de Meyborg, traversait un petit bois : l’âne cheminant broutait les chardons ; Ulenspiegel jetait son couvre-chef après les papillons et le rattrapait sans quitter le dos du baudet. Claes mangeait une tranche de pain pensant bien l’arroser à la taverne prochaine. Il entendait de loin une campane tintant et le bruit que fait grande foule d’hommes parlant ensemblement.

– C’est, dit-il, quelque pèlerinage et messieurs les pèlerins seront nombreux sans doute. Tiens-toi bien, mon fils, sur le roussin, afin qu’ils ne te puissent renverser. Allons-y voir. Or ça, baudet, mange mes talons. Et le baudet de courir.

Quittant la lisière du bois, il descendit vers un large plateau bordé d’une rivière à son versant occidental ; du côté du versant oriental était bâtie une petite chapelle dont le pignon était surmonté de l’image de Notre-Dame et à ses pieds de deux figurines représentant chacune un taureau. Sur les degrés de la chapelle se tenaient, ricanant, un ermite sonnant de la campane, cinquante estafiers tenant chacun des chandelles allumées, des joueurs, sonneurs et batteurs de tambours, clairons, fifres, scalmeyes et cornemuses et un tas de joyeux compagnons tenant des deux mains des boites en fer pleines de ferrailles, mais tous silencieux en ce moment.

Cinq mille pèlerins et même davantage cheminaient sept par sept en rangs serrés, coiffés de casques et portant des bâtons de bois vert. S’il en venait de nouveaux coiffés et armes pareillement, ils se rangeaient en grand tumulte derrière les autres. Passant ensuite sept par sept devant la chapelle, ils faisaient bénir leurs bâtons, recevaient chacun des mains des estafiers une chandelle et, en échange, payaient un demi-florin à l’ermite.

Et leur procession était si longue que les chandelles des premiers étaient à bout de mèche tandis que celles des derniers manquaient de s’éteindre par excès de suif.

Claes, Ulenspiegel et l’âne, ébaubis, virent ainsi cheminer devant eux une grande variété de porte-bedaines, larges, hautes longues, pointues, fières, fermes ou tombant lâchement sur leurs supports de nature. Et tous les pèlerins étaient coiffés de casques.

Ils en avaient venant de Troie et semblables à des bonnets phrygiens, ou surmontés d’aigrettes de crin rouge ; d’aucuns, quoique mafflus et pansards, portaient des casques à ailes étendues, mais n’avaient nulle idée de volerie : puis venaient ceux qui étaient coiffés de salades dédaignées des limaçons à cause de leur peu de verdure.

Mais le grand nombre portaient des casques si vieux et rouillés qu’ils semblaient dater de Gambrivius, roi de Flandres et de la bière, lequel roi vécut neuf cents ans avant Notre-Seigneur et se coiffait d’une pinte, afin de n’être point forcé de ne pas boire faute de gobelet.

Tout à coup, tintèrent, geignirent, tonnèrent, battirent, glapirent, bruirent, cliquetèrent cloches, cornemuses, scalmeyes, tambours et ferrailles.

À ce vacarme, qui fut un signal pour les pèlerins, ils se retournèrent, se plaçant par bandes de sept, face à face, et s’entreboutèrent chacun, en guise de provocation, leur chandelle flambante sur la physionomie. Ce qui causa de grands éternûments. Et le bois vert de pleuvoir. Et ils s’entre-battirent du pied, de la tête, du talon et de tout. D’aucuns se ruaient sur leurs adversaires à la façon des béliers, le casque en avant, qu’ils s’enfonçaient jusqu’aux épaules, et allaient aveuglés tomber sur une septaine de furieux pèlerins, lesquels les recevaient sans douceur.

D’autres pleurards et couards se lamentaient à cause des coups, mais tandis qu’ils marmonnaient leurs dolentes paternôtres, se ruaient sur eux rapides comme la foudre, deux septaines de pèlerins s’entre-battant, jetant par terre les pauvres pleurards et marchant dessus sans miséricorde.

Et l’ermite riait.

D’autres septaines, se tenant comme raisins en grappes, roulaient du haut du plateau jusque dans la rivière où ils se daubaient encore à grands coups sans rafraîchir leur fureur.

Et l’ermite riait.

Ceux qui étaient demeurés sur le plateau se pochaient les yeux, se cassaient les dents, s’arrachaient les cheveux, le pourpoint et le haut-de-chausses. Et l’ermite riait et disait :

– Courage, amis, qui frappe chien n’en aime que mieux. Aux plus battants les amours de leurs belles ! Notre-Dame de Rindbisbels, c’est ici qu’on voit les mâles.

Et les pèlerins s’en donnaient à cœur joie. Claes, dans l’entretemps, s’était approché de l’ermite, tandis qu’Ulenspiegel riant et criant applaudissait aux coups. – Mon père, dit-il, quel crime ont donc commis ces pauvres bonshommes pour être forcés de se frapper si cruellement ? Mais l’ermite sans l’entendre criait :

– Fainéants ! vous perdez courage. Si les poings sont las, les pieds le sont-ils ? Vive Dieu ! il en est de vous qui ont des jambes pour s’enfuir comme des lièvres ! Qui fait jaillir le feu de la pierre ? Le fer qui la bat. Qu’est-ce qui anime la virilité des vieilles gens, sinon une bonne platelée de coups, bien assaisonnée de male rage ?

À ce propos, les bonshommes pèlerins continuaient à s’entrebattre du casque, des mains et des pieds. C’était une furieuse mêlée où l’Argus aux cent yeux n’eût rien vu que la poussière soulevée et quelque bout de casque.

Soudain l’ermite tinta de la campane. Fifres, tambours, trompettes, cornemuses, scalmeyes et ferrailles cessèrent leur tapage. Et ce fut un signal de paix.

Les pèlerins ramassèrent leurs blessés. Parmi ceux-ci, furent vues plusieurs langues épaisses de colère et qui sortaient des bouches des combattants. Mais elles rentrèrent d’elles-mêmes en leurs palais accoutumés. Le plus difficile fut d’ôter les casques à ceux qui se les étaient enfoncés jusques au cou et se secouaient la tête, mais sans les faire plus tomber que des prunes vertes.

Cependant l’ermite leur disait :

– Récitez chacun un Ave et retournez auprès de vos commères. Dans neuf mois il v aura autant d’enfants de plus dans le bailliage qu’il y eut aujourd’hui de vaillants champions en la bataille.

Et l’ermite chanta l’ Ave, et tous le chantèrent avec lui. Et la campane tintait. L’ermite alors les bénit au nom de Notre-Dame de Rindbisbels et leur dit : – Allez en paix !

Ils s’en furent criant, se bousculant et chantant jusqu’à Meyborg. Toutes les commères, vieilles et jeunes, les attendaient sur le seuil des maisons où ils entrèrent comme des soudards en une ville prise d’assaut.

Les cloches de Meyborg sonnaient à toutes volées ; les garçonnets sifflaient, criaient, jouaient du rommel-pot.

Les pintes, hanaps, gobelets, verres, flacons et chopines tintinabulaient merveilleusement. Et le vin coulait à flots dans les gosiers.

Pendant cette sonnerie, et tandis que le vent apportait de la ville à Claes, par bouffées, des chants d’hommes, de femmes et d’enfants, il parla derechef à l’ermite et lui demanda quelle était la grâce céleste que ces bonshommes prétendaient obtenir par ce rude exercice.

L’ermite riant lui répondit :

– Tu vois sur cette chapelle deux figures sculptées, représentant deux taureaux. Elles y sont placées en mémoire du miracle que fit saint Martin changeant deux bœufs en taureaux, en les faisant s’entre-battre à coups de corne. Puis il les frotta d’une chandelle sur le muffle et de bois vert pendant une heure et davantage.

Sachant le miracle, et muni d’un bref de Sa Sainteté que je payai bien, je vins ici m’établir.

Dès lors, tous les vieux tousseux et porte-bedaine de Meyborg et pays d’alentour, par moi patrocinés, furent certains qu’après s’être battus fortement avec la chandelle qui est l’onction, et le bâton qui est la force, ils se rendraient Notre-Dame favorable. Les femmes envoient ici leurs vieux maris. Les enfants qui naissent par la vertu du pèlerinage sont violents, hardis, féroces agiles et forment de parfaits soudards.

Soudain l’ermite dit à Claes : – Me reconnais-tu ? – Oui, répondit Claes, tu es mon frère Josse. – Je le suis, répondit l’ermite ; mais quel est ce petit homme me fait des grimaces ? – C’est ton neveu, répondit Claes. – Quelle différence fais-tu entre moi et l’empereur Charles ? – Elle est grande, répondit Claes.

– Elle est petite, répartit Josse, car nous faisons tous deux lui s’entre-tuer et moi s’entre-battre des hommes pour notre profit et plaisir.

Puis il les conduisit en son ermitage, où ils menèrent noces et festins durant onze jours sans trêve.

XIII

Claes, en quittant son frère, remonta sur son âne, ayant Ulenspiegel en croupe derrière lui. Il passa sur la grand’place de Meyborg il y vit assemblés par groupes un grand nombre de pèlerins qui, les voyant, entrèrent en fureur et brandissant leurs bâtons, tous soudain crièrent : « Vaurien ! » à cause d’Ulenspiegel, qui, ouvrant son haut-de-chausses, retroussait sa chemise et leur montrait son faux visage.

Claes, voyant que c’était son fils qu’ils menaçaient, dit à celuici : – Qu’as-tu fait pour qu’ils t’en veuillent ainsi ?

– Cher père, répondit Ulenspiegel, je suis assis sur le baudet, ne disant rien à personne, et cependant ils disent que je suis un vaurien.

Claes alors l’assit devant lui.

Dans cette posture, Ulenspiegel tira la langue aux pèlerins, lesquels vociférant, lui montrèrent le poing, et, levant leurs bâtons de bois, voulurent frapper sur Claes et sur l’âne.

Mais Claes talonna son âne pour fuir leur fureur, et tandis qu’ils le poursuivaient, perdant le souffle, il dit à son fils : – Tu es donc né dans un bien malheureux jour, car tu es assis devant moi, tu ne fais tort à personne et ils veulent t’assommer. Ulenspiegel riait.

Passant par Liége, Claes apprit que les pauvres Rivageois avaient grand’faim et qu’on les avait mis sous la juridiction de l’official, tribunal composé de juges ecclésiastiques. Ils firent émeute pour avoir du pain et des juges laïques. Quelques-uns furent décapités ou pendus et les autres bannis du pays, tant était grande, pour lors, la clémence de monseigneur de la Marck, le doux archevêque.

Claes vit en chemin les bannis, fuyant le doux vallon de Liége, et aux arbres près de la ville, les corps des hommes pendus pour avoir eu faim. Et il pleura sur eux.

XIV

Quand, monté sur son âne, il rentra au logis muni d’un sac plein de patards que lui avait donné son frère Josse et aussi d’un beau hanap en étain d’Angleterre, il y eut en la chaumière ripailles dominicales et festins journaliers, car ils mangeaient tous les jours de la viande et des fèves.

Claes remplissait de dobbel-kuyt et vidait souvent le grand hanap d’étain d’Angleterre. Ulenspiegel mangeait pour trois et patrouillait dans les plats comme un moineau dans un tas de grains. – Voici, dit Claes, qu’il mange aussi la salière. Ulenspiegel répondit :

– Quand, ainsi que chez nous, la salière est faite d’un morceau de pain creusé, il faut la manger quelquefois, de peur qu’en vieillissant les vers ne s’y mettent.

– Pourquoi, dit Soetkin, essuies-tu tes mains graisseuses à ton haut-de-chausses ?

– C’est pour n’avoir jamais les cuisses mouillées, répondit Ulenspiegel. Sur ce, Claes but un grand coup de bière en son hanap.

Ulenspiegel lui dit : – Pourquoi as-tu une si grande coupe, je n’ai qu’un chétif gobelet ? Claes répondit : – Parce que je suis ton père et le baes de céans. Ulenspiegel repartit :

– Tu bois depuis quarante ans, je ne le fais que depuis neuf, ton temps est passé, le mien est venu de boire, donc c’est à moi d’avoir le hanap et à toi de prendre le gobelet.

– Fils, dit Claes, celui-là jetterait sa bière au ruisseau qui voudrait verser dans un barillet la mesure d’une tonne. – Tu seras donc sage en versant ton barillet dans ma tonne, car je suis plus grand que ton hanap, répondit Ulenspiegel. Et Claes, joyeux, lui bailla son hanap à vider. Et ainsi Ulenspiegel apprit à parler pour boire.

XV

Soetkin portait sous la ceinture un signe de maternité nouvelle ; Katheline était enceinte pareillement, mais, par peur, n’osait sortir de sa maison.

Quand Soetkin l’allait voir : – Ah ! lui disait la dolente engraissée, que ferai-je du pauvre fruit de mes entrailles ? Le faudra-t-il étouffer ? J’aimerais mieux mourir. Mais si les sergents me prennent, ayant un enfant sans être mariée, ils me feront, comme à une fille d’amoureuse vie, payer vingt florins, et je serai fouettée sur le Grand-Marché.

Soetkin lui disait alors quelque douce parole pour la consoler, et l’ayant quittée, elle revenait songeuse au logis. Donc elle dit un jour à Claes :

– Si au lieu d’un enfant j’en avais deux, me battrais-tu, mon homme ? – Je ne le sais, répondit Claes.

– Mais, dit-elle, si ce second n’était point sorti de moi et fût, comme celui de Katheline, l’œuvre d’un inconnu, du diable peutêtre ?

– Les diables, répondit Claes, produisent feu, mort et fumée, mais des enfants, non. Je tiendrais pour mien l’enfant de Katheline.

– Tu le ferais ? dit-elle. – Je l’ai dit, repartit Claes. Soetkin alla porter chez Katheline la nouvelle. En l’entendant, celle-ci, ne se pouvant tenir d’aise, s’exclama ravie :

– Il a parlé le bon homme, parlé pour le salut de mon pauvre corps. Il sera béni par Dieu, béni par diable, si c’est, dit-elle toute frissante, un diable qui te créa, pauvre petit qui t’agites en mon sein.

Soetkin et Katheline mirent au monde l’une un garçonnet, l’autre une fillette. Tous deux furent portés à baptême, comme fils et fille de Claes. Le fils de Soetkin fut nommé Hans, et ne vécut point, la fille de Katheline fut nommée Nele et vint bien.

Elle but la liqueur de vie à quatre flacons, qui furent les deux de Katheline et les deux de Soetkin. Et les deux femmes se disputaient doucement pour savoir qui donnerait à boire à l’enfant. Mais, malgré son désir, force fut à Katheline de laisser tarir son lait afin qu’on ne lui demandât point d’où il venait sans qu’elle eût été mère.

Quand la petite Nele sa fille, fut sevrée, elle la prit chez elle et ne la laissa point aller chez Soetkin que lorsqu’elle l’eut appelée sa mère.

Les voisins disaient que c’était bien à Katheline, qui était fortunée, de nourrir l’enfant des Claes, qui, de coutume, vivaient pauvrement leur vie besoigneuse.

XVI

Ulenspiegel se trouvait seul un matin au logis et, s’y ennuyant, taillait dans un soulier de son père pour en faire un petit navire. Il avait déjà planté le maître-mât dans la semelle et troué l’empeigne pour y planter le beaupré, quand il vit à la demiporte passer le buste d’un cavalier et la tête d’un cheval.

– Y a-t-il quelqu’un céans ? demanda le cavalier. – Il y a, répondit Ulenspiegel, un homme et demi et une tête de cheval. – Comment ? demanda le cavalier. Ulenspiegel répondit.

– Parce que je vois ici un homme entier, qui est moi ; la moitié d’un homme, c’est ton buste, et une tête de cheval, c’est celle de ta monture.

– Où sont tes père et mère ? demanda l’homme. Ulenspiegel répondit : – Mon père est allé faire de mal en pis, et ma mère s’occupe à nous faire honte ou dommage. – Explique-toi, dit le cavalier. Ulenspiegel répondit :

– Mon père creuse à l’heure qu’il est plus profondément les trous de son champ, afin d’y faire tomber de mal en pis les chasseurs fouleurs de blé. Ma mère est allée emprunter de l’argent ; si elle en rend trop peu, ce nous sera honte ; si elle en rend trop, ce nous sera dommage.

L’homme lui demanda alors par où il devait aller. – Là où sont les oies, répondit Ulenspiegel. L’homme s’en fut et revint au moment ou Ulenspiegel faisait du second soulier de Claes une galère à rameurs. – Tu m’as trompé, dit-il ; où les oies sont, il n’y a que boues et marais où elles pataugent. Ulenspiegel répondit :

– Je ne t’ai point dit d’aller où les oies pataugent, mais où elles cheminent. – Montre-moi du moins, dit l’homme, un chemin qui aille à Heyst.

– En Flandre, ce sont les piétons qui vont et non les chemins, répondit Ulenspiegel.

XVII

Soetkin dit un jour à Claes : – Mon homme, j’ai l’âme navrée : voilà trois jours que Thyl a quitté la maison ; ne sais-tu où il est ? Claes répondit tristement :

– Il est où sont les chiens vagabonds, sur quelque grande route, avec quelques vauriens de son espèce. Dieu fut cruel en nous donnant un tel fils. Quand il naquit, je vis en lui la joie de nos vieux jours, un outil de plus dans la maison, je comptais en faire un manouvrier, et le sort méchant en fait un larron et un fainéant.

Cependant Ulenspiegel, avec ses camarades vauriens, était à Bruges, au marché du samedi.

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