la mémoire de salar - M.F. Edmond - E-Book

la mémoire de salar E-Book

M.F. Edmond

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Beschreibung

En 2016, M.F. Edmond a 50 ans. « La mémoire de Salar » est son premier roman. Dans ce thriller rythmé, il engage ses personnages dans une course effrénée à travers le monde. Au fil de son récit, l’auteur évoque aussi les processus créatifs qui ont mené à la genèse de son histoire. Il nous parle de ses inspirations, de ses doutes, et parfois encore, des difficultés qu’il a rencontrées pour mener à terme son projet. A ce titre, l’ouvrage qu’il propose tient autant du témoignage, de l’essai, ou du recueil de pensées, que du roman à suspense.

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Seitenzahl: 241

Veröffentlichungsjahr: 2016

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Sommaire

Genèse

Une idée de l’infini

Mais revenons à Salar

Toronto

Chapitre 1

Chapitre 2

Premières sensations

Chapitre 3

Dur !

Tout près du Paradis

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Petit à petit, chemin faisant…

Cupidon déprime

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Le romancier doit-il se justifier ?

Chapitre 13

Chapitre 14

Un dernier, pour la route

Gamin

Séjour en France

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Suivez le guide

Chapitre 4

Chapitre 5

Les gentils méchants

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Péché d’orgueil

Chapitre 13

Chapitre 14

Laponie norvégienne

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Vérité et fiction

Chapitre 6

Chapitre 7

Elle s’appelait Sarah

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Neuchâtel

Chapitre 1

Chapitre 2

Que c’est long !

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Moscou

Chapitre 1

Et c’est ici que mon récit se perd…

Fedor

Louise

Franck

Viktor

Avril 2014

Sergueï

Chapitre x

Stephan

Genèse

Il y a quelques années, j’ai entrepris d’écrire un roman.

L’ouvrage devait s’intituler « la mémoire de Salar ».

J’ai tissé une trame et mitonné une intrigue, puis je me suis laissé porter par le flow. J’ai griffonné dans toutes les situations ;

- durant mes escapades professionnelles, dans le train, dans l’avion ou à l’hôtel,

- à la maison, alors que le marchand de sable avait largement investi les lieux,

- en vacances, plus à l’abri du surmenage.

J’ai progressé lentement, chapitre après chapitre. Les quelques pages que j’ai fait lire ont parfois suscité la curiosité et cela m’a incité à poursuivre mon entreprise.

Mais le temps a passé, et, même si je n’ai pas vraiment connu de panne d’inspiration, j’ai fini par me lasser.

Il y a quelques années, j’ai entrepris d’écrire un roman et j’ai échoué.

Et puis un soir, dans l’avion, j’ai commis un petit texte inoffensif qui a réveillé mes velléités d’écriture.

Une idée de l’infini

S'il est un mot fascinant, c'est bien le mot « con ». Je n'évoque pas ici le sexe féminin mais une version plus populaire du terme qui désigne...

Mais qui désigne qui au juste ?

La question n'est pas simple puisque ces trois lettres, associées à l'adjectif qualificatif adéquat, peuvent faire référence à bien des personnages. Souligner la nuance ou préciser le caractère est, me direz-vous, le rôle premier d'un adjectif qualificatif. Certes !

Pourtant, lorsque l’on a affaire aux cons, toutes les règles sont bouleversées.

Mais étudions quelques cas.

Le jeune con par exemple. Peut-on affirmer qu'inexorablement, après quelques années, il deviendra un vieux con ? Rien n'est moins sûr.

Doit-on considérer que le petit con est la version miniaturisée du gros con? Certainement pas !

Du grand con alors ? Encore moins.

Je vous passe ici la comparaison fallacieuse du vrai con et du faucon. Et pourtant, à bien y réfléchir, on peut raisonnablement se demander lequel est le plus con des deux.

Ils sont vraiment bizarres tous ces cons.

Tantôt ils vivent en bande, tantôt ils sont seuls. Et, allez savoir pourquoi, on considère parfois, dans ce dernier cas, qu'ils sont pauvres.

Si certains d’entre eux sont trop cons, c'est en principe qu'ils sont très cons. Eh bien non.

Avec les cons, je vous le dis, il n'y a aucune certitude.

Vous avez probablement vos propres cons. Eh bien, croyez-le si vous le voulez, il y a probablement parmi eux des sales cons.

Tout est compliqué avec les cons.

La sagesse populaire nous apprend que nous sommes toujours le con d'un autre. Alors comment expliquer que cet autre, lorsqu'il nous désigne, ne dit pas « regardez, un de mes cons ! », mais s’exclame plus volontiers « regardez-moi l'autre con ». Pour ma part et pour ménager mon ego, j’ai tendance à penser du déclameur, lorsqu’il prononce ces mots, qu’il ne parle que de lui-même. Il doit considérer qu’il n’existe en son monde que deux cons ; et, dans son for intérieur, il sait que, des deux, il est le dernier.

C’est tiré par les cheveux me direz-vous. Sans doute ; mais accordez-moi que ce n’est pas si con !

Mais revenons à Salar

« La mémoire de Salar » est un thriller.

Disons les choses comme elles sont, ce n’est pas un chef-d’œuvre du genre ; ni dans la structure du récit, ni dans la forme du propos, ni même dans la teneur de celui-ci. C’est un ouvrage plein de maladresses, parsemé de phrases laborieuses, de dialogues approximatifs et de scènes discutables.

Pourtant d’un point de vue qui, puisqu’il est le mien, est très subjectif, tout n’est pas à jeter dans ce premier roman.

Toronto

1

Robert Cortes était un petit homme énervé.

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Anna son assistante, ne l’avait jamais vu serein. Mais ce matin-là, il battait tous les records. Il était arrivé tôt et s’était enfermé dans son bureau. Un autre jour, elle aurait été le saluer, mais aujourd’hui, elle savait qu’il était préférable de ne pas s’y risquer. Alors, depuis un quart d’heure, elle l’observait au travers de la baie vitrée. Elle le regardait s’agiter, consulter sa messagerie, téléphoner sur son mobile, raccrocher rageusement, bougonner, fouiller dans ses dossiers, tout en se demandant à quel moment il lui ferait profiter de ses angoisses.

Cela ne tarda pas.

Lorsqu’il s’aperçut de sa présence, il ouvrit brutalement la porte, et, sans préalable, ordonna :

- Trouvez-moi le numéro de Franck Werner

Imperceptiblement, Anna se redressa sur sa chaise, et, lui tendant une carte de visite, lança décidée :

- Bonjour Robert.

Il attrapa la carte et marmonna :

- Oui, oui, bonjour.

Mais ne parvenant pas à se calmer, il reprit de plus belle :

- J’ai déjà sa carte, ça fait une heure que j’essaye de l’appeler !

Puis faisant demi-tour, il rugit avant de claquer la porte :

- Trouvez-le-moi !

Levant les yeux au ciel, Anna émit un soupir et répondit agacée :

- Bien Robert. Tout de suite Robert.

***

Vingt minutes plus tard, Anna entrebâillait la porte du bureau de son patron, s’assurant qu’elle pouvait le déranger. Mais avant même qu’elle ait eu le temps d’ouvrir la bouche, Robert, impatient, la questionna :

- Vous l’avez eu ? Où est-il ?

Elle répondit calmement :

- Non, je ne le trouve pas. J’ai contacté le palais des congrès. Franck devait y rencontrer George Bleechwood hier matin pour préparer une conférence ; mais il ne s’est pas présenté au rendez-vous et n’a pas donné signe de vie. Maria, l’assistante de Bleechwood, m’a transmis les coordonnées de son hôtel. J’ai parlé au directeur, Franck n’est pas rentré hier ; ses affaires sont toujours dans sa chambre et le patron de l’hôtel s’inquiète du règlement de sa note.

Robert ne réagit pas ; Anna ajouta alors :

- Maria m’a aussi laissé le numéro privé de Franck Werner à Saint John’s. J’ai appelé mais là encore, pas de réponses. J’ai laissé un message.

Robert semblait préoccupé par cette disparition. Le regard perdu au loin et l’index sur les lèvres, il réfléchit quelques secondes ; puis relevant la tête il regarda son assistante et lui dit simplement :

- Merci Anna. Allez me chercher Gizmo s’il vous plaît.

2

Stephan Sorbier avait grandi à Toronto au 17 Picasso Street, tout près de Saint James Park. Ses parents, avocats d’affaires, y avaient installé leur cabinet au rez-de-chaussée d’un petit immeuble il y a une douzaine d’années. Ils avaient aussi acquis le vaste appartement du dessus pour y emménager avec leur fils. Stephan y avait fêté son dixième anniversaire au milieu des cartons.

Les premières semaines n’avaient pas été simples pour lui. C’était le début des vacances d’été et les gamins de son âge semblaient avoir déserté la ville. Julie et Fred Sorbier, très sollicités par leur installation, avaient eu peu de temps à lui consacrer.

Comme il détestait être enfermé, le jeune garçon passait ses journées au guidon de son vélo flambant neuf, à parcourir le large trottoir qui courait devant chez lui. Peu farouche, et manifestement à la recherche de compagnie, il engageait spontanément la conversation avec les passants du quartier. Sa sympathie et sa curiosité avaient fini par séduire quelques-uns d’entre eux.

C’est ainsi qu’il avait fait la connaissance de Louis Larcher, le fondateur de la société de production S&TTV, dont le siège était situé au numéro 11 de Picasso Street. Cet homme pressé, sollicité de toutes parts et de 65 ans son aîné, avait rapidement pris l’habitude de consacrer à Stephan quelques minutes par jour, pour vivre avec lui des échanges aussi drôles qu’attendrissants. Inquiet du manque d’attention qui lui était porté, Louis avait proposé à l’enfant de lui faire visiter les locaux de sa société. Ça avait été pour le vieil homme, l’occasion d’aller se présenter aux parents du gamin et de se rassurer partiellement sur la situation de ce dernier.

A la fin des vacances, Stephan était devenu la mascotte de l’entreprise. Tout le monde le connaissait et sa tignasse ébouriffée lui avait valu le gentil surnom de Gizmo, en référence au petit Mogwaï, héros du film de Joe Dante et Chris Columbus.

Depuis cette époque, le jeune Gremlin avait profité de chaque stage scolaire et de chaque job de vacances pour retourner rendre visite à ses copains de S&TTV. Et c’est tout naturellement que Robert Cortes, le successeur de Louis Larcher, lui avait proposé, près de douze ans après leur première rencontre, de rejoindre son équipe à l’issue de ses études de journalisme.

***

Avant de pénétrer dans le bureau du patron, Stephan s’arrêta pour embrasser Anna. Puis franchissant la porte, un gobelet à la main, il questionna Robert Cortes:

- Tu as demandé à me voir ?

- Oui, j’ai besoin de toi, j’ai un souci sur le projet Selva & Streams. J’avais rendez-vous hier soir avec Franck Werner, tu vois qui c’est ?

- Je l’ai croisé la semaine dernière à la machine à café du deuxième. C’est quoi Selva & Streams ?

- C’est le nom provisoire du programme que nous montons ensemble. C’est une série sur la nature, sans doute l’un des plus gros coups que nous ayons faits depuis la naissance de la boîte.

Intéressé, le jeune homme l’interrompit :

- Un gros coup ? Pour une émission sur la nature ?

Sur un ton jubilatoire, Robert argumenta :

- Oui, c’est un très gros morceau. Franck est un naturaliste de renom. Il est compétent et doué d’une capacité étonnante à vulgariser son savoir. Le grand public le connaît peu ; il a pourtant sillonné les cinq continents, donné des conférences dans le monde entier, publié de nombreux travaux et quelques magnifiques ouvrages. Nous sommes en train de monter avec lui une émission hebdomadaire dont il sera le chef d’orchestre et probablement l’animateur. Les principales chaînes d’Amérique du Nord sont déjà sur les rangs pour nous l’acheter. J’ai même déjà quelques contacts en Europe.

Amusé par tant d’enthousiasme, Stephan interrogea :

- Mais alors, tu es le roi du pétrole ! C’est quoi ton problème ?

- Mon problème comme tu le dis, c’est que je devais voir Franck ici hier soir et qu’il n’est pas venu. Ça ne lui ressemble pas. Anna a cherché à le joindre toute la matinée. Apparemment, il ne s’est présenté à aucun de ses rendez-vous depuis avant-hier soir. Cette disparition m’inquiète. J’aimerais que tu me le retrouves. Fais le point avec Anna et rends-toi à son hôtel. Si ça ne donne rien, fais le tour des hôpitaux de la ville et va voir la police. Et s’il le faut, va le chercher chez lui à Saint John’s … ou même à Tumbuctu.

Robert regarda Stephan dans le fond des yeux :

- Tu m’as compris Gizmo ? C’est important pour la boîte et c’est important pour moi. Je me suis engagé auprès des actionnaires à doubler le chiffre d’affaires l’année prochaine. A lui seul, le projet Selva & Streams devrait me permettre d’y parvenir. Aujourd’hui tous ces beaux messieurs m’assurent de leur soutien, mais crois-moi, si je ne tiens pas mes objectifs, ils n’auront aucun état d’âme sur mon avenir. Retrouve Franck Werner et ramène-le-moi ! J’avais prévu de t’associer à ce programme ; considère que c’est le début de ta mission.

Apparemment satisfait de cette première affectation, le jeune homme finit d’une traite son café, jeta le gobelet à la corbeille et se dirigea vers la porte en fanfaronnant :

- Ne t’en fais pas patron, je vais te le trouver ton bonhomme. Je t’appelle dès que j’ai du nouveau.

Premières sensations

Que de monde !

Je n’avais pas convié tous ces gens, mais ils se sont invités.

Le roman s’ouvre sur la disparition de Franck Werner. Ce garçon qui est au centre de l’intrigue, a approximativement mon âge. Il a passé son enfance là où j’ai grandi. Il a connu des situations et des émotions que j’ai, moi aussi, vécues.

J’ai su tout de suite que j’allais m’ennuyer avec lui. C’est pourquoi j’ai convoqué d’autres personnages plus pétillants.

Robert, pour commencer. J’ai parfois côtoyé des gens comme lui. C’est un petit bonhomme énervé et attachant, qui bouscule les endormis sans s’en apercevoir.

Le jeune Stephan ensuite, s’est imposé comme une évidence. Par son enthousiasme, il allait amener un peu de fraîcheur à mon récit. Mais voilà, pour le faire exister, il fallait que je lui invente une histoire ; et une histoire, cela impliquait des rencontres.

Et c’est ainsi que, petit à petit, chacun s’est installé entre mes lignes.

***

J’ai porté mon âme dans de nombreux lieux que nous visiterons dans cet ouvrage, mais je ne connais pas Toronto.

D’ailleurs, si vous cherchez Picasso Street dans le secteur de Saint James Park, vous risquez d’y passer du temps ; cette rue n’existe pas.

3

Franck Werner était arrivé tard à son hôtel ce soir-là.

Il avait passé la journée au Palais des Congrès du Toronto Métropolitain pour animer une conférence sur l’évolution des salmonidés de l’ère jurassique à nos jours. Cet aspect de son métier l’occupait désormais une partie de l’année et lui permettait, entre autres choses, de trouver des financements pour monter de nouveaux projets. Et plus les années passaient, plus il se sentait à l’aise dans cette activité.

En revanche, ce qu’il supportait beaucoup moins dans ces périodes de colloques, c’était la fréquence des déplacements et des nuits passées à l’hôtel. C’est pourquoi, lorsqu’il le pouvait, il s’arrangeait pour ne pas dîner seul, retardant ainsi le moment du retour dans sa chambre.

Si ces soirées prenaient parfois quelques tournures galantes, ce n’avait pas été le cas ce soir puisqu’il avait soupé en compagnie de George Bleechwood, son commanditaire du jour. Celui-ci s’était montré enthousiaste sur sa prestation et ils avaient convenu de se retrouver le lendemain matin à son bureau, pour programmer de futures interventions. Après le repas, George avait déposé Franck à son hôtel.

La suite qu’il y avait louée était agréable. Elle s’ouvrait sur une entrée spacieuse, habillée d’un discret placard encastré et d’un petit guéridon surmonté d’une lampe de chevet. A gauche, deux portes permettaient l’accès aux sanitaires. Le bref couloir débouchait ensuite sur la chambre, agrémentée d’un élégant bureau et d’un vaste lit carré. En face, une large ouverture permettait d’accéder à un petit salon composé d’un canapé, d’un fauteuil et d’une télévision posée sur une commode.

***

La journée avait été chaude.

Dès son arrivée, Franck rejoignit la salle de bains pour se passer de l’eau fraîche sur le visage. Il en ressortit rapidement pour récupérer dans sa valise quelques affaires de toilette. C’est alors qu’il remarqua le discret ronronnement de la climatisation. Il le savait, il ne parviendrait pas à s’endormir avec cette mécanique en fond sonore. Il se dirigea donc vers le boîtier de commande et la désactiva. Il éteignit ensuite les lumières pour se préserver des moustiques, s’en alla ouvrir les portes-fenêtres dans chacune des deux pièces et s’attarda une minute sur le balcon qui surplombait le parking réservé à la clientèle.

La nuit était douce. Incapable d’aller se coucher, il retourna dans la pénombre du salon pour se réfugier au fond du fauteuil et laisser calmement s’évaporer le stress de sa journée.

Un visage lui revint à l’esprit ; celui d’une jeune femme brune, venue assister à la conférence de ce jour.

Lorsqu’en début d’après-midi, il était arrivé au Palais des Congrès, il l’avait aussitôt remarquée. Elle se tenait sur le parvis à proximité de l’entrée principale. Un bref instant, il avait eu la sensation qu’elle l’attendait. Mais alors qu’il s’approchait, elle avait détourné la tête. Il s’était alors dirigé vers l’accueil où il avait été très efficacement pris en charge. Une demi-heure plus tard, alors qu’elle pénétrait dans le petit amphithéâtre où le colloque se déroulait, il avait croisé à nouveau son regard.

Au milieu de chacune de ses présentations, Franck avait pour habitude d’organiser un entracte. Cela lui permettait de retrouver ses auditeurs autour d’un café ou d’une boisson fraîche et de découvrir ceux qui s’intéressaient à ses travaux. Aujourd’hui, il avait espéré échanger quelques mots avec sa jeune apparition du début d’après-midi, mais elle était restée très en retrait. On eût dit qu’elle l’avait observé sans oser l’approcher.

Il en était là de sa somnolence lorsqu’un bruit familier le remit en éveil. La serrure magnétique de la porte d’entrée venait d’être actionnée.

Franck se raidit dans son fauteuil. Quelqu’un s’introduisait dans sa chambre. Ce ne pouvait être qu’un membre du personnel de l’hôtel. C’était peut-être un simple malentendu mais, compte tenu de l’heure tardive, cette hypothèse semblait peu crédible. Dans le reflet de la fenêtre, Franck distingua alors une silhouette qui se dirigeait d’un pas discret en direction de son lit. La vision qui suivit acheva de le tétaniser. Derrière la cloison, à moins de deux mètres de lui, un homme s’avançait en brandissant une arme de poing. Et la longueur de celle-ci donnait à penser qu’elle était équipée d’un silencieux.

La chambre était éclairée des lueurs de la ville et l’intrus n’eût pas à actionner l’interrupteur pour constater que le lit n’avait pas été défait. Il tourna la tête vers la porte du salon, hésita une seconde, puis décida de revenir sur ses pas. Le rai de lumière qui filtrait sous la porte de la salle de bains était maintenant devenu l’objet de son attention.

Dans un réflexe de survie, Franck bondit de son fauteuil pour se glisser sur la terrasse et enjamba la balustrade dans l’intention de sauter ; mais le sol se situait à quatre mètres en contrebas. Il se suspendit alors à bout de bras dans le vide.

Il allait se laisser tomber lorsque la lumière du salon éclaira les voitures stationnées à proximité. Son agresseur se rapprochait et fuir par le parking devenait une option hasardeuse. De plus sa réception sur le goudron allait être bruyante et le ferait repérer.

Il était piégé.

Après deux ou trois contorsions, il parvint à se suspendre par les mains et les pieds, aux poutres de fer situées sous le tablier du balcon. Quelques secondes plus tard, il ressentit distinctement les vibrations émises par les pas de celui qui le traquait. Il était là, à quelques centimètres, juste au-dessus de lui.

Franck était terrorisé. Son cœur battait à mille à l’heure. Qui était-ce ? Et que lui voulait-on ?

L’homme qu’il avait distingué dans la pénombre n’avait pas l’air d’un voyou. Ses vêtements sombres portés très près du corps soulignaient une silhouette élégante. Ses cheveux blonds coupés court et ses yeux clairs chaussés d’une discrète paire de lunettes à fine monture dorée ne démentaient en rien cette image harmonieuse. Seul le pistolet qu’il tenait dans sa main droite desservait quelque peu son allure engageante. Ce type avait pénétré dans la suite grâce à un double de la clé magnétique et n’était donc pas venu par hasard.

Et maintenant, il devenait urgent qu’il s’en aille.

Franck commençait à glisser. Et pour tout arranger, son portefeuille, conservé dans une poche de son pantalon, menaçait à tout instant de chuter sur le goudron.

Il fallait agir.

Il pencha la tête en arrière dans l’espoir d’apercevoir l’ombre de son poursuivant. Ne parvenant pas à le localiser, il supposa que l’homme avait fait demi-tour. Il lâcha donc prise et roula sur le sol. Puis il s’éloigna en prenant soin de longer l’immeuble pour demeurer hors du champ de vision de ses occupants. Il franchit l’angle du bâtiment et s’enfuit en courant pour disparaître dans une petite rue.

Tout en marchant, Franck fit le point sur sa situation. Il ne pouvait retourner à l’hôtel, c’était trop risqué. Il devait trouver de l’aide ainsi qu’un endroit sûr pour passer la nuit. Mais il n’avait à Toronto que des relations professionnelles et il était plus d’une heure du matin. Le mieux était d’appeler les services de secours. Son téléphone était resté à l’hôtel et il se mit en quête d’une cabine publique. Il hésitait à s’exposer sur les artères principales, mais il finit par s’y résoudre. En arrivant sur Dundas Street, il laissa sur sa gauche le musée des beaux-arts. Après une centaine de mètres, il distingua au loin un poste de police. Il força le pas. Arrivé devant l’entrée, il actionna l’interphone. Il était tiré d’affaire.

***

Vers trois heures du matin un taxi déposa Franck devant un hôtel de Mercer Street à proximité du Palais des Congrès.

Il avait passé près de deux heures chez les policiers. A son arrivée l’agent de permanence l’avait questionné sur les raisons de sa présence, avait vérifié son identité et complété la main courante. Puis le sergent Lindsay Chester s’était présenté et après lui avoir fait franchir le portique de détection des métaux, lui avait demandé de l’accompagner dans un bureau pour recevoir sa plainte.

Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne s’était pas senti aussi convaincant que lors de sa conférence de la matinée. A plusieurs reprises, son statut de victime avait été mis à mal par des questions qui l’avaient déstabilisé. La jeune femme avait notamment beaucoup insisté sur les raisons de son séjour à Toronto ainsi que sur les noms et coordonnées de ses interlocuteurs dans la ville. Lorsqu’elle lui avait demandé s’il avait consommé de l’alcool dans la soirée, il avait été contraint de répondre positivement et s’était soudain senti très mal à l’aise. A la fin de l’entretien, il avait pris conscience du manque de crédibilité de son histoire.

Quand la policière lui avait suggéré de rejoindre son hôtel, il avait compris qu’elle ne l’avait pas pris au sérieux. Devant ses protestations, elle avait quand même accepté de lui trouver un autre établissement et de lui appeler un taxi. Elle lui avait ensuite tendu un post-it où elle avait inscrit ses nom et numéro de téléphone, puis elle lui avait demandé de se représenter au poste le lendemain après-midi à partir de trois heures. Une patrouille l’accompagnerait sur les lieux supposés de l’agression pour effectuer quelques investigations.

Une enquête, quinze heures après les faits …

C’était tout de même mieux que rien; cela lui permettrait au moins de régler sa note et de récupérer sa valise en toute sécurité. Mais pour le moment, il n’avait plus qu’une envie, celle d’aller se coucher. Ce qu’il fit promptement.

Dur !

C’était fastidieux !

Et indigeste, comme un tournedos Rossini au saindoux sur un lit de crème fouettée ; mais l’intrigue est posée.

Il faudrait reprendre tout ça.

***

L’écriture est un sport qui m’est venu tardivement.

Je suis le dernier d’une fratrie de cinq enfants. Les trois aînés, nés dans les années cinquante étaient, je crois, des enfants lecteurs. Ca n’a pas été le cas de mon frère et moi, nés au cours de la décennie suivante et plus attirés d’emblée, par l’image ou par le son que par le mot.

Je ne suis sérieusement venu à la lecture que vers dix-huit ans ; un peu par la bande dessinée, un peu par la presse mais surtout par San Antonio. J’ai aujourd’hui, par bonheur, un peu élargi mon registre.

Un jour, je me suis mis à écrire de petits textes sans prétention. Il s’agissait tantôt, de pantalonnades d’inspiration « dardesque », tantôt de libres divagations.

Celle-ci par exemple.

Tout près du Paradis

Ils habitaient à 200 mètres du Paradis

Et vivaient bien au chaud dans un petit abri.

Ils s'étaient rencontrés, elle lui avait souri.

Il l'avait désirée, elle lui avait dit oui.

Ils vécurent le plaisir, les enfants, les amis,

Les moments de tendresse, les bonheurs de la vie.

Ils s'ébattaient parfois dans l'herbe ou les taillis.

Toujours l'un contre l'autre, on les voyait blottis.

Mais il y eut les impôts, la vaisselle, les soucis,

Les histoires de famille et les matchs de rugby.

Et puis vint l'autre garce, puis le grand abruti ;

Quelques larmes, quelques cris, beaucoup de jalousie.

Ils habitaient là-haut, sur un nuage gris,

Au milieu des orages et des intempéries.

Il n'y avait plus de ciel, il n'y avait que la pluie.

Un jour dans un virage, ensemble ils sont partis.

Saint Pierre, devant la porte, les vît, les accueillît.

Ils restèrent un moment, puis cherchèrent la sortie.

Tous deux, main dans la main, heureux, s'étaient enfuis

A 200 mètres d'ici, ils avaient leur abri.

4

Les lueurs de la matinée réveillèrent Franck Werner plus tôt qu’il ne l’aurait espéré. L’esprit encore très embrumé, il attrapa le téléphone pour appeler la réception. Il était en quête de dentifrice et de quelques vêtements propres. Par chance, l’hôtel proposait à la vente divers nécessaires de toilette pour voyageurs étourdis; mais en ce qui concernait les habits, le réceptionniste ne pouvait rien pour lui.

Il descendit donc jusqu’à l’accueil choisir sa brosse à dents, puis partit explorer le quartier à la recherche de magasins pour se dépanner. Il trouva son bonheur sur Peter Street, à quelques centaines de mètres de son point de départ. Une demi-heure plus tard, il était de retour, un sac de voyage à la main.

Arrivé dans sa chambre, il prit une longue douche puis se fit monter un petit déjeuner. Il était comme dans du coton. Son expérience de la nuit précédente avait été traumatisante et il se sentait maintenant comme déconnecté de la réalité.

Il avait pourtant bien à l’esprit les impératifs de sa journée.

Sa réunion avec George Bleechwood en fin de matinée lui permettrait de reprogrammer quelques jours de conférence d’ici à la fin de l’année. Ce n’était pas grand-chose, mais il lui semblait indispensable d’entretenir le réseau de contacts qui en partie le faisait vivre. C’était une condition nécessaire pour conserver la liberté de mener des missions de recherche sur le terrain, sans avoir à se soucier d’un retour financier immédiat.

Mais il avait un autre rendez-vous dans la soirée ; et celui-ci était à ses yeux, beaucoup plus important. Il devait en effet rejoindre Robert Cortes, le patron de la société de production S&TTV, pour travailler sur un projet d’émission télévisée. Si celui-ci aboutissait, cela lui apporterait des moyens d’action aussi démesurés qu’inespérés. L’idée générale était d’aller rencontrer des naturalistes de toutes cultures et de tous horizons sur le théâtre de leurs recherches. L’émission se déroulerait chaque semaine dans un autre coin du globe et serait dotée de moyens techniques exceptionnels.

Les deux hommes s’étaient rencontrés, quelques années auparavant, en Russie, sur la péninsule de Kola, au bord du fleuve Ponoï. Le businessman était venu y pêcher le saumon ; le chercheur était venu y étudier l’influence des cimetières de sous-marins russes sur la radioactivité des populations de poissons migrateurs. Séjournant tous deux à Acha camp, ils avaient rapidement sympathisé. Robert avait été très impressionné par les connaissances pléthoriques de Franck sur les salmonidés. Il était devenu un véritable admirateur de celui qu’il surnommait le Docteur Werner. Et bien qu’à cette époque, ni l’un ni l’autre n’avaient eut d’idée précise sur la forme qu’elle pourrait revêtir, l’hypothèse d’une collaboration était née durant ce séjour.

A son retour de voyage, la machine Cortes s’était mise en marche. Elle n’avait alors cessé de fonctionner jusqu’à ce que, il y a trois mois, en totale ébullition, l’ambitieux patron rétablisse le contact.

5

Ce matin-là, comme tous les autres matins, Sergueï Seleikhov semblait détendu. Il était pourtant dans une colère noire.

Depuis quelques jours, rien ne se passait comme il le voulait.

A Toronto depuis le début de la semaine, il était arrivé en compagnie de Fedor Krepov par un vol en provenance de New-York. Alors qu’il ne travaillait généralement qu’en solo, il s’était vu cette fois imposer un chaperon. Fedor était de quinze ans son cadet. C’était le fils du patron et il méprisait Sergueï.

Le tueur avait connu des conditions de travail plus favorables.