La méta enquête - Paul Bisson - E-Book

La méta enquête E-Book

Paul Bisson

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Beschreibung

Charles Durant, un jeune autiste, est assassiné dans des circonstances troublantes à l’aube de ses vingt-six ans. Il fut atteint, mortellement, par une fléchette empoisonnée alors qu’il était assis sur son trône de fortune. Il logeait dans son loft aménagé au-dessus du garage détaché de sa mère, Jeannine Durant. Charles était courtier en cryptomonnaie, investisseur chevronné dans le Bitcoin et un voyageur assidu du monde virtuel.

Charles travaillait pour la compagnie, Clear Sentence, une plate-forme centralisée d’échange de cryptomonnaie. La compagnie connaissait des problèmes dernièrement étant surveillée de près par l’autorité américaine, la Securities Exchange Commission, à la suite de nombreuses plaintes d’investisseurs novices. On la soupçonnait de violation des lois américaines contre la manipulation des fonds générés par les investisseurs et à titre de facilitateur aveugle du blanchiment d’argent.

Jeannine, tourmentée par la mort de son fils, fait appel au major Maximilien Le Gardeur, ancien pilote de chasse au sein des forces armées canadiennes, pour élucider ce meurtre mystérieux. Le major a bâti sa réputation d’enquêteur à l’internationale en travaillant au sein d’organisation comme l’OTAN et l’INTERPOL. Pour son enquête dans le WEB 3.0, Maximilien s’associera à Manoé Duvalier, un jeune bollé fucké des nouvelles technologies de communication. De Québec, à Paris, en passant par Ho Chi Minh, au Vietnam, leur enquête dévoilera une alliance imprévoyable.




À PROPOS DE L'AUTEUR

Paul BISSON est un auteur québécois. Aujourd’hui consultant à l’international pour des projets de communication, Paul Bisson a travaillé dans le monde entier, comme réalisateur pour la télévision, fonctionnaire fédéral ou encore directeur du pavillon du Canada aux expositions universelles. Il fut chargé de cours dans le domaine des communications.

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Seitenzahl: 206

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Ähnliche


Table des matières

Citations

Conseil d’un père à son fils

Prologue

Chapitre Un

Chapitre Deux

Chapitre Trois

Chapitre Quatre

Chapitre Cinq

Chapitre Six

Chapitre Sept

Chapitre Huit

Chapitre Neuf

Chapitre Dix

Chapitre Onze

Chapitre Douze

Chapitre Treize

Chapitre Quatorze

Chapitre Quinze

Chapitre Seize

Chapitre Dix-sept

Chapitre Dix-huit

Chapitre Dix-neuf

Chapitre Vingt

Chapitre Vingt-et-un

Chapitre Vingt-deux

Chapitre vingt-trois

Chapitre Vingt-quatre

Chapitre Vingt-cinq

Épilogue

Note de l’auteur

Autres titres du même auteur

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre: La méta enquête / Paul Bisson.

Noms: Bisson, Paul, 1952- auteur.

Identifiants: Canadiana 20240013212 | ISBN 9782898093692

Classification: LCC PS8603.I872 M48 2024 | CDD C843/.6—dc23

Auteur : Paul BISSON

Titre : La Méta Enquête

Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire cet ouvrage en totalité ou en partie, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit sans l’autorisation écrite préalable de l’auteur, conformément aux dispositions de la Loi sur le droit d’auteur.

©2024 Éditions du Tullinois

www.editionsdutullinois.ca

ISBN version papier : 978-2-89809-369-2

ISBN version e-pub : 978-2-89809-370-8

Bibliothèque et Archives Nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Nationales du Canada

Dépôt légal version papier : 3e trimestre 2024

Dépôt légal version E-Pub : 3e trimestre 2024

Corrections grammaticales: Éditions du Tullinois

Illustration de la couverture : Mario ARSENAULT - Designgo

Imprimé au Canada

Première impression : Août 2024

Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) ainsi que le Gouvernement du Québec pour son programme de crédit d'impôt et pour tous les soutiens accordés à toutes nos publications.

SODEC - QUÉBEC

Citations

Entre le bit, unité de mesure informatique,

et les queues de sondage,

le circuit imprimé est

un peu sexiste.

Auteur anonyme

«Or, pour ces lumières, il n’est rien requis d’autre que la liberté; et, à vrai dire, la liberté la plus inoffensive de tout ce que peut porter ce nom, à savoir celle de faire un usage public de sa raison dans tous domaines.»

Emmanuel Kant (1724-1805)

Conseil d’un père à son fils

N’essaie pas d’être meilleur que ton père, essaye d’être le meilleur de toi-même et tu seras meilleur que ton père.

Prologue

Le mot «méta» dans «métavers» vient du grec (meta) et ça veut dire «au-delà» ou «après». Donc, quand on discute de métavers, on parle d’un genre de réalité virtuelle qui va au-delà de ce qu’on peut toucher et voir dans le monde réel. C’est un univers numérique où les gens peu-vent se retrouver et faire plein de choses ensemble, comme discuter, travailler, jouer, et même acheter et vendre des objets virtuels.

Dans ce métavers (et pour cette Méta Enquête), tout le monde peut créer sa propre version de soi-même appelée un avatar et explorer des mondes imaginaires créés par d’autres personnes. C’est comme si l’on s’adonnait à un jeu vidéo, mais beaucoup plus immense et complexe, évoquant presque une bande dessinée ou un manga.

Ce qui est accommodant avec le métavers, c’est qu’on peut y faire à peu près tout ce qu’on veut, tant qu’on peut l’imaginer. On peut se promener dans des parcs d’attractions virtuels, assister à des cours en ligne dans des salles de classe imaginaires, travailler avec des collègues qui sont à des milliers de kilomètres, ou même acheter des vêtements et des objets pour notre avatar. Dans le métavers, les expériences ne sont limitées que par l’imagination des créateurs et des utilisateurs.

En résumé, le métavers ouvre un monde de possibilités infinies dans lequel on peut repenser notre façon de vivre et d’interagir avec les autres, en utilisant la technologie pour créer des expériences qui vont bien au-delà de ce qu’on peut faire dans la vraie vie.

Voici quelques déclarations traduites de l’anglais à ce sujet-là :

« Le métavers n’est pas quelque chose qu’une entreprise construit. C’est le prochain chapitre d’Internet dans son ensemble. »

Mark Zuckerberg, Meta (Facebook).

-o0o-

« Le métavers est un terme que les scientifiques utilisent pour décrire l’idée selon laquelle au-delà de l’univers observable, d’autres univers pourraient également exister. »

National Geographic

4 mai 2022

-o0o-

«Le métavers et les mondes virtuels offrent de nouvelles opportunités d’immortalité numérique.»

Psychology Today

Chapitre Un

Québec, mercredi 20 juin 2018

Charles jeta un regard inquiet vers le ciel, craignant que la pluie ne s’abatte plus tôt que prévu. Au loin, le ciel grondait en cette soirée de juin marquant le début de l’été. C’était un soir de semaine, la Saint-Jean ( La Saint-Jean-Baptiste est la fête nationale des Québécois et elle vise à souligner la culture francophone au Canada)serait fêtée dans quelques jours.

Charles logeait dans son loft aménagé au-dessus du garage détaché de sa mère. Il y avait emménagé l’année précédente. Et comme à l’habitude, il s’apprêtait à terminer sa journée de travail sur sa chaise extérieure, qu’il avait installée à cheval sur la corniche de sa fenêtre. Il y accédait grâce à une corde et en escaladant des marches-planches clouées à la toiture. Sa mère désapprouvait fermement cette construction dangereuse, mais comme convenu avec son fils avant qu’il revienne habiter chez elle, elle devait respecter leur accord. Aucune règle, aucune restriction, aucune limitation ne devaient lui être imposées à son retour au bercail.

Charles Durant, vingt-cinq ans, était courtier en cryptomonnaie, investisseur chevronné dans le Bitcoin et un voyageur assidu du monde virtuel. Ses journées se déroulaient en symbiose avec the state of the art (Les plus récents développements et avancées technologiques d’une industrie – l’état de l’art)de la nouvelle technologie des communications.

Il rangea son joint et son briquet dans sa poche de chemise, puis escalada la toiture jusqu’à son trône de fortune. C’était son seul moment d’évasion, un débranchement total de la réalité virtuelle pour reprendre contact avec le réel. Il aimait regarder le ciel, les étoiles, fumer son joint tranquillement, être en totale communion avec la vraie vie.

Il l’alluma. Inhalant sa première bouffée et expirant la fumée lentement, Charles ne put s’empêcher de penser à ses dernières transactions financières sur la plateforme d’investissement de Clear Sentence (Plateforme centralisée d’échanges de cryptomonnaie), Himalaya. Les souvenirs de ces affaires virtuelles l’envahirent, s’entremêlant à ses souvenirs personnels.

Soudain, un bruit inhabituel capta son attention. Définitivement, il provenait d’un objet qui s’approchait douce-ment vers lui, du moins le pensait-il. Il chercha à identifier l’objet en scrutant à travers les branches de l’énorme chêne, mais son feuillage déjà en pleine croissance l’empêchait de bien voir. Soudain, il reconnut un drone. L’engin contourna le gros chêne et chercha à se stabiliser malgré les premiers vents annonciateurs de la tempête.

Là, devant lui, le drone était enfin stable, tel un oiseau-mouche figé à vingt pieds de lui. Charles se sentait observé par la caméra de l’engin, croyant naïvement qu’il s’agissait d’une plaisanterie orchestrée par l’un de ses amis virtuels. Il lui adressa un sourire et leva son bras en signe de bienvenue. Mais soudain, un étrange pincement le saisit au niveau du cou. Ses yeux s’élargirent de stupeur tandis qu’il tentait de tâter son cou de sa main. Son corps s’affaissa sur la chaise, laissant échapper son joint qui chuta négligemment au sol.

Une mini fléchette empoisonnée venait de le foudroyer sur son trône de fortune.

Chapitre Deux

Charles avait cinq ans lorsqu’il fut diagnostiqué comme étant une personne atteinte d’autisme. Le professionnel de la santé annonça à ses parents que selon une échelle d’autisme de fonctionnement, Charles se situait au premier degré (Premier degré : Nécessite un soutien. Deuxième degré : Nécessite un soutien important. Troisième degré : Nécessite un soutien très important).

— Il est important que vous sachiez que chaque personne autiste est unique et peut présenter un large éventail de symptômes selon le niveau de fonctionnement de sa structure autistique, précisa-t-il.

— Qu’est-ce que cela signifie pour notre fils ? demanda la mère.

— Charles serait atteint d’autisme sans déficience intellectuelle notable. Par contre, il pourrait avoir des difficultés sociales et de communication, tout en étant en mesure de fonctionner de façon autonome, lui répondit-il.

— Vous dites « sans déficience intellectuelle notable »… Pourra-t-il aller à l’école comme tous les enfants de son âge ? questionna le père.

— Oui, il pourra, éventuellement, intégrer les classes dites régulières, mais il devra profiter d’un suivi de la part d’un orthopédagogue. Au début, je recommande que Charles intègre une classe spécialisée avec un enseignant en adaptation scolaire et un éducateur spécialisé.

— Donc, toujours en retard dans son éducation scolaire, mentionna la mère avec consternation.

— Votre fils peut posséder des capacités intellectuelles supérieures à la moyenne, mais ne pourra les exprimer que dans un contexte particulier où il se sentira confortable, conclut le professionnel de la santé.

Malgré ce malheureux diagnostic, les parents de Charles voulurent demeurer optimistes pour leur unique enfant. Les deux œuvraient au sein de la fonction publique, le père au fédéral et la mère au provincial. Après consultation, ils décidèrent de déménager pour se rapprocher d’une institution scolaire reconnue pour leurs services d’orthopédagogie.

Dès la première rencontre avec l’enseignante en adaptation scolaire de l’école, ils furent réconfortés par son engagement professionnel et son approche pour enseigner aux personnes autistes. Elle préconisait l’usage de pictogrammes pour aider ses élèves-patients à exprimer leurs émotions et mieux comprendre leur environnement.

— Les pictogrammes les aident à communiquer leurs besoins et leurs désirs, leur mentionna-t-elle. J’utilise des logiciels adaptés pour ce genre d’enseignement.

— Mais qu’en est-il pour l’apprentissage des sciences et des mathématiques ? s’enquit le père.

— Les pictogrammes peuvent être utilisés pour apprendre des concepts abstraits tels que les mathématiques, lui répondit-elle.

Charles gardait un rythme d’apprentissage à l’école se situant au-dessus de la moyenne, tout cela grâce à l’utilisation des pictogrammes. Interagir avec des images et des signes le réconfortait, même s’il éprouvait toujours beaucoup de difficulté à interagir socialement avec ses compagnons de classe.

Son père, à l’inverse de sa mère, avait accepté de modifier sa façon de communiquer avec son fils. Il s’était inscrit à un parcours formateur pour les parents d’enfants autistes. Il utilisait une application de pictogrammes sur sa tablette Apple facilitant ses conversations avec lui. Sa mère ne pouvait accepter que Charles refuse tout contact physique, elle qui voulait tellement le prendre dans ses bras, le réconforter lorsqu’il exprimait de la peine !

Inconsciemment, elle perturbait son univers avec des gestes anodins tels que déplacer des objets personnels dans sa chambre ou lui acheter constamment de nouveaux vêtements. Avec le temps, un froid subtil s’installa tranquillement entre eux.

Vers l’âge de neuf ans, il intégra une classe dite régulière. L’orthopédagogue qu’il voyait huit heures par semaine utilisait la réalité virtuelle comme moyen de communication et de pédagogie. Charles y trouva son compte. Il considérait de plus en plus cet outil comme primordial pour exprimer ses émotions et découvrir le monde sans y être en présentiel, sans être en contact direct avec l’humain. Sa relation avec cette technologie l’émerveillait et l’accapara totalement. Chaque fois qu’il mettait son casque sur sa tête, ses yeux s’élargissaient en voyant l’environnement virtuel se matérialiser autour de lui. Il était facile et même naturel pour Charles de se laisser prendre au jeu et d’oublier le monde réel.

À quatorze ans, après avoir suivi en ligne des cours en modélisation 3D et en animation, il développa une application avancée pour faciliter l’apprentissage et la communication chez les personnes atteintes d’autisme sévère. Avec l’aide de son père, qui avait des connaissances en programmation, ainsi que de son orthopédagogue, il développa une expérience immersive en réalité virtuelle bien adaptée à la structure autistique des utilisateurs ciblés. L’interface était friendly user (Facile à comprendre, à utiliser) et la navigation avec un casque VR, très conviviale. Après plusieurs essais et rodages, l’application fut lancée sur une plateforme de distribution de RV (Réalité virtuelle).

Pour ses quinze ans, son père lui offrit l’équipement dernier cri de réalité virtuelle, comprenant un casque permettant d’être complètement immergé dans le monde virtuel et de se déplacer dans des environnements en trois dimensions. Le logiciel de simulation pouvait démontrer des aspects tels que la perspective, la rotation et l’interposition des objets.

Avec l’ordinateur, il pouvait accéder à des environnements de simulation 3D informatisés pour explorer des endroits à l’aide d’un avatar, visible des autres avatars. Le tout permettait des actions et des mouvements en temps réel pour qu’ils puissent interagir les uns avec les autres. Charles créa donc son propre avatar afin de parcourir le monde.

Un jour, il mit son casque et se retrouva transporté dans les grandes salles du Louvre. Il marcha tranquillement entre les œuvres d’art célèbres, admirant les toiles de maîtres telles que la Joconde et la Vénus de Milo. Soudain, une jeune femme apparut à ses côtés ; selon les caractéristiques de son avatar, elle semblait asiatique.

— Bonjour, dit-elle tout simplement.

Charles demeura figé et, en même temps, surpris de ne pas ressentir un malaise social de proximité. Le contact visuel avec l’avatar ne le terrorisait pas comme c’était le cas avec les humains dans la vraie vie.

— Mon nom est Mai Lan.

— Salut, moi, c’est Charles, dit-il, tout excité.

Ils se dirigèrent vers la salle des États, où ils admirèrent la collection de peintures du XIXe siècle. Mai Lan lui expliqua l’histoire et la signification de chaque œuvre, tandis qu’il écoutait attentivement, fasciné par ses connaissances. Finalement, ils se séparèrent, mais pas avant d’avoir convenu de se voir virtuellement de nouveau. Il lui confia ses coordonnées électroniques.

À dix-huit ans, Charles était de plus en plus fasciné par les nouvelles technologies et avait entendu parler de la monnaie électronique cryptée. Alors qu’il se promenait dans une ville virtuelle, il vit une affiche annonçant une conférence sur les cryptomonnaies. Intrigué, il décida d’y aller et il fit la connaissance d’experts en la matière qui lui apprirent tout ce qu’il y avait à savoir sur cet univers fascinant.

Aussitôt revenu à la réalité, il se rendit sur une plate-forme en ligne d’échange de cryptomonnaie. La plateforme exigeait qu’il crée un compte afin de vérifier son identité avant qu’il puisse acheter de la cryptomonnaie. Cela impliquait de fournir une pièce d’identité et une preuve de domicile, ce qu’il fit.

Une fois que son compte fut créé et vérifié, il fut autorisé à acheter des jetons avec l’aide d’une carte de crédit ou à la suite d’un transfert de fonds dans son compte électronique. Il opta pour un Bitcoin. Il entra ses informations de paiement et cliqua sur « acheter ». Il attendit anxieusement que la transaction soit conclue, regardant constamment l’écran de son ordinateur pour voir si tout se passait bien. Finalement, la transaction fut confirmée et Charles put constater que sa nouvelle monnaie se trouvait dans son portefeuille en ligne.

Il devint un véritable passionné de cryptomonnaies et continua à en acheter et transiger en vérifiant chaque jour le cours de ses investissements. Son enthousiasme ne s’arrêta pas là, il se renseigna sur le minage de Bitcoins. Charles comprit qu’il devait posséder sa propre ferme de machine à miner des Bitcoins. Une unité de minage, grosse comme une batterie d’automobile, coûtait dans les cinq mille dollars. Il en parla avec son père. Après maintes discussions dans un contexte de négociation alourdi par les difficultés de communication de Charles, le père accepta de lui avancer trente mille dollars pour mettre son projet en œuvre.

Charles fit l’acquisition de cinq machines, se gardant des fonds pour l’achat d’une carte graphique informatisée. Ce module dédié était nécessaire pour relier ses machines-mineurs à un site internet et les mettre à la disposition d’un système appelé blockchain. Lorsqu’ils étaient sollicités par le système pour faire un calcul, le propriétaire recevait une rétribution en monnaie Bitcoin.

À vingt et un ans, il avait non seulement remboursé son père, mais il avait accumulé une somme intéressante dans son portefeuille numérique. Il possédait une ferme de cinquante machines à miner, installées dans le garage familial. En plus de faire fructifier sa ferme, il achetait également de la monnaie cryptée par l’entremise d’un courtier, qu’il stockait ensuite sur son compte. Il s’en servait pour effectuer des achats en ligne en utilisant son portefeuille cryptographique. Le rendement de ces placements cryptés dépassait souvent ceux dits conventionnels, tels que la Bourse et autres fonds de placement.

Un jour, il vit une annonce de la compagnie principale avec qui il transigeait de la cryptomonnaie, une plateforme centralisée d’échange appelée Clear Sentence.

« Clear Sentence vit une croissance exponentielle depuis ses débuts sur le marché des institutions de placement et l’on recherche du personnel innovateur pour pourvoir des postes en communication et marketing numériques. Nous offrons des avantages compétitifs et nous favorisons le télé-travail. »

Le mot télétravail résonna dans sa tête. « Pourrais-je dénicher un premier vrai emploi ? se demanda-t-il. Je peux performer et communiquer quand il y a la machine entre moi et les individus. » La machine, c’était l’ordinateur, les logiciels et la réalité virtuelle. Il poursuivit sa navigation jusqu’à la page de postulation.

Charles fut engagé à la suite d’un certain nombre d’entrevues en ligne et par l’entremise d’un logiciel d’interview utilisant l’intelligence artificielle. Il était donc courtier en cryptomonnaie. Mais sa joie fut anéantie par un événement tragique, quelques semaines plus tard, quand son père succomba à un cancer du côlon. Il était au courant du combat que son père avait mené contre cette maladie dans la dernière année. Son père était son roc, son phare, le seul avec qui il avait établi une relation de communication efficace. Charles était désemparé.

— Je vais survivre pour toi, je vais te montrer que je peux être autonome, lui promit-il lorsqu’il se pencha vers lui pour déposer ses mains sur les siennes, lors des funérailles.

Il décida de vendre tout son arsenal de minage de Bitcoins et déménagea à la maison Cardinal, établie à Montréal. C’était une institution en partie subventionnée par le gouvernement pour héberger des adultes atteints de déficience tel l’autisme, mais pouvant fonctionner de façon autonome. Il le fit contre le gré de sa mère.

Malgré la réglementation et le personnel spécialisé de la maison Cardinal qui faisait tout pour rendre son séjour agréable en prenant en considération ses troubles du spectre de l’autisme, Charles était malheureux. Il avait beaucoup de difficulté à interagir avec ses colocataires. Quelques-uns ne respectaient pas toujours les règles établies pour lesquelles il en faisait une fixation maladive. Il commença à avoir des troubles du sommeil et à se montrer colérique envers les autres chambreurs de la maison.

La seule personne avec qui il pouvait manifester ses ressentiments était Mai Lan, son amie asiatique. Ils avaient toujours maintenu le contact grâce à la réalité virtuelle. En plus, à la suite des recommandations de Charles, elle avait postulé pour un poste chez Clear Sentence. Les deux travaillaient au sein de la même direction, celle qui échangeait de la cryptomonnaie sur les canaux de réalité virtuelle.

— Félicitations, Charles ! lui lança son directeur chez Clear Sentence.

Charles et ses collègues à l’international étaient en rencontre Zoom avec leur patron pour faire le bilan hebdomadaire. Pour le quatrième mois de suite, c’était dans les comptes clients se trouvant sous la gouverne de Charles qu’avaient été déposés le plus d’euros et de dollars canadiens et américains. Ces dépôts étaient nécessaires pour permettre aux clients d’acheter, par la suite, de la monnaie cryptographique.

— Bravo, le beau Charles, lui lança de façon narquoise sa collègue Mai Lan, basée à Hô Chi Minh.

Tous les autres courtiers de l’équipe émirent un sourire de consentement devant la taquinerie, autant Emmanuelle, de Paris, Ethan, de Boston, que Kai Saetang, de Bangkok.

— Mesdames et messieurs et, je vous en prie, Charles mérite toutes nos félicitations, mentionna le directeur pour reprendre le contrôle de la rencontre. J’ai une nouvelle à vous annoncer. Le mois prochain, Clear Sentence va lancer un fonds d’investissement en cryptomonnaie avec un taux de rendement très compétitif appelé Himalaya.

Le directeur leur expliqua les grandes lignes du nouveau fonds. Charles et ses collègues furent surpris du taux de rendement garanti offert par la compagnie.

— Gravir une montagne, un crypto à la fois, pour atteindre des sommets et connaître un rendement élevé, telle est la devise de ce nouveau fonds. Je vous ferai parvenir des documents avec de bons arguments de vente. Veuillez partager la bonne nouvelle parmi votre clientèle.

La réunion se termina et le scepticisme envers ce nouveau modèle d’investissement demeura présent au sein de l’équipe.

À l’aube de ses vingt-trois ans, le cas de Charles à la maison Cardinal devenait de plus en plus préoccupant pour le personnel. Sa mère fut contactée. On lui annonça que le conseil d’administration ne renouvellerait pas le bail de Charles. Madame Durant leur demanda quelque temps pour réfléchir, mais tenait à ce que ce soit elle qui transmettrait la décision à son fils.

La mère de Charles devait trouver une solution qui conviendrait à son fils. Elle demanda et obtint un entretien avec l’orthopédagogue qui l’avait suivi lorsqu’il était dans une classe dite régulière. La rencontre fut bénéfique et l’aida à élaborer son plan. Elle décida finalement de confronter son fils pour lui annoncer la mauvaise nouvelle et lui proposer une solution respectueuse de sa condition.

— Écoute-moi bien, Charles, je suis ta mère, et malgré nos différends, tu es la personne la plus précieuse dans ma vie. Sache que mon amour pour toi est inconditionnel.

Ils étaient tous les deux assis sur un banc de parc, côte à côte, sans se regarder. C’était en mi-matinée, une petite brise de fin de printemps balayait le parc, le soleil était radieux et un immense érable agissait comme parasol. Charles l’écoutait passivement, voire avec désinvolture.

— Voici ce que je te propose. J’espère que tu m’écoutes… Je vais faire construire un loft au-dessus du garage, ce sera ton endroit et on l’aménagera à ton goût. Tu y seras seul et personne ne pourra y avoir accès sans ton consentement, lui dit-elle en tournant la tête légèrement vers lui pour saisir une réaction.

Charles restait imperturbable, mais soudainement, tout en maintenant son regard droit devant lui, émit les commentaires suivants : « Je veux reproduire ma ferme de minage dans le garage… en plus gros… Cela va requérir plus de pouvoir, de la nouvelle technologie. Un système de lumière tamisée… Il faudra prévoir un escalier intérieur du garage au loft… Même toi, tu ne pourras pas y entrer sans mon consentement. Ce dernier commentaire, il le fit en tournant légèrement la tête afin de voir la réaction de sa mère. Elle avait détecté ce mouvement, mais elle garda son regard fixé droit devant elle.

— D’accord, dit-elle tout simplement.

L’entente fut conclue et, ensemble, par échanges de courriels, ils développèrent les plans. Elle lui promit que la construction du loft serait terminée d’ici un an. À vingt-quatre ans, Charles prit possession de sa nouvelle demeure.

Chapitre Trois

Québec, jeudi 21 juin 2018

Madame Durant se leva tôt en ce jeudi matin 21 juin, à quelques jours de la Saint-Jean. La veille, elle avait été inquiète pour son fils, car une tempête de grêle s’était abattue sur la région.

Jeannine Durant, quarante-neuf ans, actuaire de formation, était une femme à l’esprit rationnel. Elle se montrait très cartésienne dans toutes ses démarches et confiante devant les décisions qu’elle prenait. Elle travaillait à la fonction publique provinciale depuis l’obtention de son baccalauréat, à l’université de Sherbrooke, vingt-six ans plus tôt. Son mari était décédé depuis quelques années à la suite d’un long combat contre le cancer. Cela lui avait procuré beaucoup de tristesse, mais aussi une sécurité financière, car en plus de l’assurance vie, elle profitait d’une assurance hypothèque sur leur propriété et d’une partie de la pension de son défunt mari. En plus, elle avait été agréablement surprise de constater l’existence d’un compte bancaire de placement au nom de son mari contenant un montant non négligeable.

Jeannine ouvrit la porte-patio menant à la cour arrière. Elle jeta un regard vers le garage et le loft, mais son champ de vision était partiellement obstrué par le gros chêne. Elle enfila ses Crocs et sortit dans la cour. Son attention fut immédiatement attirée par la corniche de la fenêtre du loft.

— Charles… Charles, réveille-toi… Seigneur, qu’est-ce que tu fais là ?

Voyant qu’il ne réagissait pas, elle supposa qu’il était profondément endormi. Jeannine entra dans le garage et gravit les marches jusqu’au loft. Malheureusement, la porte était verrouillée à double tour. Elle revint dans la cour et cria à tue-tête le nom de son fils, et ce, à plusieurs reprises. Attiré par le bruit, son voisin arriva à ses côtés et vit le corps affalé sur la chaise.

— Il faut appeler le 911, lui dit-il.

— Quoi ? balbutia-t-elle, déconcertée.

Le voisin saisit son téléphone et composa le numéro d’urgence. Il revêtait une robe de chambre bleu, blanc et rouge, à l’effigie des Canadiens de Montréal (Équipe professionnelle de la Ligue nationale de hockey (LNH)), et portait un bandeau blanc pour retenir ses longs cheveux gris. Jeannine ne le connaissait que superficiellement. Ils avaient à peiné échangé quelques salutations et commentaires sur le temps. Après plus de vingt ans de voisinage, elle ignorait même son nom.

Trente minutes plus tard, après qu’il eut décrit la situation et les circonstances de la découverte, les policiers et les pompiers arrivèrent sur les lieux. Rapidement, les pompiers érigèrent une échelle et s’approchèrent du corps.

— Faites attention, je vous en prie, s’écria Jeannine, inquiète de voir les secouristes s’approcher de son fils, inerte.

Les pompiers ne retirèrent pas Charles de la chaise. Pendant que l’un maintenait le corps, l’autre accéda au loft par la fenêtre et descendit dans la cour pour parler aux policiers. Jeannine n’y comprenait rien. Au cours des heures qui suivirent, les inspecteurs de la Sûreté du Québec furent appelés sur les lieux ; la zone fut sécurisée ; la victime fut identifiée et le décès de Charles fut constaté. La scène fut analysée et photographiée, les indices furent récoltés et le corps transporté à la morgue.

Voyant que le voisin semblait rester pour écornifler plus que pour sympathiser, Jeannine lui demanda poliment de quitter les lieux. L’inspecteur en chef s’approcha alors d’elle et lui demanda de l’accueillir chez elle pour une conversation.

Assise dans son salon, Jeannine faisait face au lieutenant de la brigade criminelle, Gérard Coutu. Elle semblait dépassée par les événements. Qui ne l’aurait pas été ?

L’inspecteur Coutu était un homme d’une quarantaine d’années, trapu, aux cheveux quelque peu ébouriffés, de grandeur moyenne et affichant un air s’apparentant au fameux lieutenant Columbo (Lieutenant Columbo, incarné de 1968 à 2003 par Peter Falk dans la série télévisée policière du même nom).

L’inspecteur entama la conversation avec la mère de Charles avec une voix empreinte de compassion.

— Je suis profondément désolé pour la mort de votre fils, commença-t-il. Je comprends que cela doit être une période extrêmement difficile pour vous. Cependant, je dois vous poser quelques questions maintenant. Soyez assurée que je serai aussi rapide et efficace que possible pour que vous puissiez continuer à vivre votre deuil.

Jeannine, sanglotant quelque peu, le regarda en signe d’acquiescement.

— Ma première question est assez conventionnelle : est-ce que votre fils avait des ennemis ou avait-il eu récemment des problèmes avec quelqu’un ?

— Cette question est absurde, réagit promptement Jeannine. Mon fils menait une vie de reclus.

— De reclus ? répéta Coutu, perplexe.

Jeannine exposa les grandes lignes de la vie de Charles, marquée par le spectre de l’autisme. Elle mentionna son retour au bercail après quelques années passées à la maison Cardinal et son implication maladive dans les nouvelles technologies et la cryptomonnaie.

— Pouvez-vous me dire qui pourrait être impliqué dans la mort de votre fils ?

— Sincèrement, je ne sais pas du tout, répondit Jeannine, confuse.

— Avez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel ou de suspect dans les jours ou les semaines qui ont précédé la mort de Charles ? enchaîna l’inspecteur.

—