La Noirceur Des Etoiles - Camille Candès - E-Book

La Noirceur Des Etoiles E-Book

Camille Candès

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Beschreibung

"Dans l'éther qui nous entraine, les étoiles nous emmènent, Et la nuit qui s'effile sur la toile, Ne nous laisse que la noirceur des étoiles." Recueil de nouvelles et de poèmes.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Pour ma famille, Mes amis,

Mon grand-père, que ces mots

Arrivent jusqu’a toi.

Et à tous ceux,

Qui, comme moi, savent que la fin n’est écrite

qu’aux dernières pages.

« Rêve comme si tu vivais pour toujours,

Vis comme si tu allais mourir aujourd’hui. »

JAMES DEAN (1931-1955)

« En chaque chose, il y a une fissure.

C’est par là qu’entre la lumière. »

ROBIN BENWAY

Sommaire

LA NOIRCEUR DES ETOILES

LE SEL DE TES YEUX

LA DERNIERE SCENE

LES FINS DE SOIREES

LA CHUTE

JE VOUS VOIS

LE BRUIT DES LARMES

LA SILHOUETTE

LE CALME DU SILENCE

LES OMBRES DE LA NUIT

L’ECHO DE L’INDIFFERENCE

LES REFLETS DU CRÉPUSCULE

MOMENT GRATITUDE A MINUIT

LE PARFUM DES FLEURS

LA COULEUR DU DEUIL

LES EPINES DE LA LUNE

AUX AMES PERDUES

OUI

LA TIMIDITE

PRONOMS

PIRE QUE LA MORT

IL LEUR FAUDRA DES PREUVES

LE TEMPS DE L’HORLOGER

LE FROID DE LA NUIT

LA VALSE DE LA GRAVITE

SANS ELLE

LES MIROIRS

CONDAMNE

ET S’ILS NE FINISSAIENT PAS HEUREUX ?

L’ART DE MENTIR

LES PASSANTS

MOURIR

LES CAPRICES DES SAISONS

LE POISON DE MON CRAYON

LES PLAINTES DE L’HIVER

NOËL

PARLER POUR NE RIEN DIRE

LES QUATRE ELEMENTS

LES CRIS DE LA FORÊT

LES CAPRICES DU VENT

L’ODEUR DES CREPITEMENTS

LE BRUIT DES VAGUES

LA NOIRCEUR DES ETOILES

Je regarde les étoiles, allongée dans l’herbe fraîche. Le vent court sur ma peau pâlie par les nuits passées à regarder le ciel scintillant. Tout ce qui vit le jour s’est endormi, pour laisser la place au silence et au noir infini.

Avec le temps, les étoiles ont perdu leur éclat. Ou alors est-ce moi qui perds de l’intérêt pour ces diamants qui ornent le ciel ?

Est-ce les étoiles qui s’éteignent ? Ou moi qui vieillis ?

Est-ce qu’à force de les contempler j’ai fini par voir leur noirceur ? Ou est-ce moi qui pourris ?

Là où je voyais l’infini dans les points brillants triomphant de la nuit, je n’y vois maintenant que des milliers de morceaux de verre coupant.

C’est ça vieillir alors ? C’est ne plus voir l’infini dans le ciel ? C’est ne plus chercher à voler jusqu'à la lune ? C’est voir la noirceur des étoiles ? C’est avoir plus de souvenirs, que d’avenir.

Mais pourquoi les étoiles doivent-elles disparaître avec la vieillesse ? Si je voulais voir l’infini dans les battements d’aile d’un papillon ? Si je voulais atteindre les vagues du ciel ? Si je voulais chanter sous les rayons de lune.

Mais ces nuits m’ont pris bien plus que mon enfance. Elles ont volé mes rêves, emportés par le vent. Jamais je ne pourrai toucher ce ciel qui m’a toujours fascinée. Parce que les rêves ne sont faits que pour les dormeurs. Les étoiles ne m’ont jamais laissée les approcher et ça a fini par me détruire. J’ai dû abandonner, et j’ai vieilli sans jamais avoir pu retrouver mes rêves envolés.

Derrière toute cette lumière se cache une noirceur que l’on ne peut voir qu’en vieillissant. Vieillir c’est ça, c’est ne plus voir le monde coloré. C’est apercevoir l’ombre dans la lumière.

LE SEL DE TES YEUX

Le vent d’avril court sur les branches, joue sur les feuilles et s’écoule sur le tronc majestueusement posé sur l’herbe verte. Un rayon de soleil éclaire ce petit jardin abandonné.

Derrière ces petits arbres qui m’arrivent à la taille, maintenant, se trouve une large ligne grise, une route. Puis derrière cette bande grise se trouve un autre jardin, bien plus vivant que le mien. Dans ce beau jardin, rempli d’oiseaux chanteurs, tu es assis dans l’herbe et tu regardes les oiseaux.

Peut-être rêves-tu de t’envoler comme eux ?

Moi aussi j’aimerais survoler tous ces obstacles qui nous séparent. Mais toi, en aurais-tu envie ?

Tu te mets à sourire et je souris aussi. Ton sourire, est beau, franc, et lumineux. J’aimerais sourire comme toi. Je veux sourire près de toi et regarder les oiseaux, ma tête posée sur ton épaule.

Mais je sais que trop nous éloigne. Cette route, m’empêche de t’atteindre. Tu n’es qu’à quelques mètres de moi et pourtant j’ai l’impression qu’une vie nous sépare.

A ce moment-là, je suis heureuse. Puis tu baisses le regard sur ma fenêtre. Un frisson me parcourt l’échine. Des flammes me brulent les poumons. Mes joues se réchauffent. Mes yeux brillent. Mon cœur s’embrase. Je me laisse consumer par mes sentiments. Je ne suis plus que des flammes.

Tu me vois. Je souris encore plus. Peut-être qu’on arrivera à se retrouver ? Cette lueur d’espoir me ravive. Tu me vois. Mais me regardes-tu ?

Je te regardais, je te regarde, et te regarderai toute ma vie. Mais toi ? me vois-tu ? me regardes-tu ? Ou ne suisje qu’une ombre dans ce beau soleil de printemps ?

Ton regard croise le mien et je sens les flammes me brûler la colonne vertébrale. Mais je ne détourne pas le regard, non, je ne veux pas que les flammes s’envolent, même si elles sont ma souffrance. Ce feu que tu fais naître en moi est ma prison, pourtant je ne cherche pas à m’en échapper.

Tu me souris et cette fois je me consume toute entière. Si ton regard est brûlant, ton sourire est bouillant.

Sais-tu l’effet que tu produis en moi ? Le connais-tu ? Je rêverais que tu le saches, que tes doigts embrasent les miens. Je veux ressentir la chaleur suffocante de tes doigts. Je veux les voir danser sur ma peau gelée. J’ai froid depuis trop longtemps.

Le crépitement du feu, les chants des oiseaux, la douceur du vent, la beauté des arbres, la luminosité du soleil, la violence de tes flammes, me poussent à croire que je te toucherai, un jour.

Dans toute cette joie mortelle, je vois tous les murs opaques qui nous séparent s’écrouler sur le sol. J’ouvre alors la fenêtre, mais ton regard dévie de ma trajectoire, on t’appelle. La froideur de ma chambre me fait trembler.

Ou peut-être est-ce la froideur de la réalité qui glace mes rêves ? Le crépitement des flammes, autrefois assourdissant, n’est plus qu’un murmure.

Tes yeux me regardent de nouveaux et tu me souris. Ce sourire qui me tuera sur la durée, mais je te souris, parce qu’une nouvelle flamme naît dans mon cœur. Tu m’as regardée.

J’ai au fond de mon cœur,

Une éternelle déception,

Qui même en se cachant

Dans les recoins de mon être,

Ne cesse jamais.

LA DERNIERE SCENE

La salle est petite, l’éclairage reflète des lumières vertes sur les murs en pierre. Une grande table blanche en plastique orne la pièce, un frisson me parcourt l’échine quand je me souviens du rouge, de la couleur d’une rose, qui avait colorisé cette lugubre table. Il fait froid, j’ai froid avec ma chemisette de nuit blanche. Mais je n’ai pas eu le temps de m’habiller, il faut que je lui montre.

J’ai froid, mais je sais que ce froid n’est rien comparé à ce qu’il ressent.

Il est devant moi, tremblant. Peut-être a-t-il frais, lui aussi ? Ou est-ce un autre genre de froid, bien plus glacial ?

Ma requête lui pèse sur les épaules. Il braque le canon du pistolet sur ma poitrine.

Je suis stoïque, comme une pierre, même la pire des tortures ne pourrait m’ébranler. Je souffle, ferme les yeux et attends l’explosion de douleur imminente. Mais rien, je ne ressens rien, je n’entends rien. J’ouvre les yeux et le vois pleurer. Je n’en peux plus de cette attente qui joue avec mes entrailles.

- Tire ! Je lui ordonne.

- Non, non, je ne peux pas. Il pleure et rabaisse l’arme.

- Tire, je te dis ! Je m’énerve.

- Mais t’es folle !

- Tire ! je crie.

Il remonte l’arme en direction de mon cœur.

Il hésite, je le vois. Je sais que c’est dur pour lui, mais il le faut, il doit le voir.

- Tire, tire, ti…

Ma voix se noie dans le son assourdissant.

Ça y est je la ressens, cette douleur déchirante. Cette souffrance qui me prend la poitrine. Dans l’élan de la balle je tombe sur le sol.

Une couleur rouge, rouge comme l’aube, fleurit sur ma chemise de nuit blanche.

La douleur s’intensifie sur mon cœur, mais je la ressens partout, dans chaque parcelle de mon corps. Elle me fait mal, mais je ne souffre plus.

Ma respiration se bloque.

- Merde, mais qu’est-ce que j’ai fait. Il pleure, tout en me tenant dans ses bras.

« Qu’est-ce que j’ai fait » répète-t-il sans fin. Une de ses larmes tombe sur ma joue. Je veux lui dire que je vais bien, mais je n’arrive pas à ouvrir la bouche.

La douleur se dissipe, comme un courant électrique.

Je lui montre, alors, ma blessure, pour qu’il voit. Ses yeux révèlent un émerveillement qui me prouve que ça a marché. Ma poitrine se remet à monter et descendre au rythme des vagues. Ma respiration retrouve sa course entre ma bouche et les airs.

Je regarde à mon tour, la blessure se referme, comme les rideaux d’une scène.

- Ça a marché ! Murmure-t-il

- Oui !

Je souris, ça a marché.

A l’aube de tes yeux, le ciel promet une averse.

Dis-moi, aurais-je pu prédire ce qui allait se passer ?

Avais-tu laissé des indices dans tes gestes, dans ta vie, qui m’auraient avertie ?

Dis-moi, si j’avais su, m’aurais-tu abandonnée ?

Au crépuscule de ta peau, l’orage trahit ton visage.

Dis-moi, étais-je trop difficile à aimer pour toi ?

Si je n’avais pas été moi, m’aurais-tu laissée plus longtemps m’endormir dans tes bras ?

Dis-moi, si je n’en valais pas la peine pourquoi m’avoir laissée près de toi, le temps d’une tempête ?

A l’aurore de tes lèvres, la pluie arrose de ses doigts les débris.

Dis-moi, je t’en supplie, que j’aurais pu te sauver ?

Si j’avais vu ton visage se fermer, j’aurais pu te faire sourire une dernière fois ?

Dis-moi, est-ce que tu regrettes, quand tu me vois tous les jours réajuster les fleurs sur la dalle noire qui te recouvre ?

Dis-moi, m’aimes-tu encore ?

LES FINS DE SOIREES

Les fins de soirées sont souvent les pires ou les meilleures, selon les personnes.

C’est le moment où on est trop ivre pour faire quoi que ce soit de stable. C’est le moment où les couples s’échappent pour ne laisser que les cadavres de bouteilles et les étudiants accrochés à la solitude.

Toute l’ambiance de fête qui planait dans les airs, passant dans chaque corps, a laissé la place à une odeur d’amour.

Peut-être même que certaines personnes pleureront pour ne jamais revenir. Peut-être qu’une odeur de mort leur collera à la peau ; Peut-être que plus jamais ils ne respireront ces odeurs.

Les fins de soirées que beaucoup regretteront. Dont la plupart ne se souviendront pas.

Les fins de soirées, peut-être la pire invention des jeunes. Là où la tromperie a une odeur particulière. Là où la solitude se fait sentir, même entourée de ses jeunes ivres endormis sur le canapé.

Les fins de soirées qui offrent pour certaines neuf mois de souffrance, et pour la plupart elles renverront ces étoiles dans le ciel avant qu’elles n’aient pu briller. C’est la triste vie des fins de soirées.

Les fins de soirées de nos solitaires sont bien différentes. Pour eux, elles sont éprouvantes, terrifiantes, ennuyantes. Elles sont souvent suivies de claquements de portes et de départs précipités.

Il y a aussi les fins de soirées de ceux qui voudraient être comme les amants, mais que le train a laissés sur le quai.

Les fins de soirées sont mélancoliques pour eux, elles sont tristes, seules, sanglantes parfois, pluvieuses.

Ils attendent sur le quai que le train, raté ou en panne, revienne les prendre. Mais souvent le train est sur d’autres voies.

Les voyageurs attendent que l’heure de la fin, sur la pendule abîmée, arrive.

Les fins de soirées, pour les voyageurs brisés qui montent dans un autre train dérouté, sont regrettées ou alors une lumière dans la nuit. Même un cœur cassé peut aimer, comme une horloge cassée peut donner la bonne heure deux fois par jour.

Les fins de soirées ont une senteur qui leur est propre, pour la percevoir il vous suffit de respirer. Cette odeur est pesante, remplie de mots cachés et de promesses. Mais elle est aussi regorgée d’adieux, de brisures, de fins et de pleurs.

Les fins de soirées sont propres à chaque buveur. Mais la fin est toujours la même, ne restez pas dans les parages quand l’ouragan de fin de soirée gronde !

Je ne suis que l’ombre d’un toi qui m’a plu.

Tu voles les étoiles pour que seule la lune nous éclaire, car près de toi, c’est bien dans l’ombre que je suis le mieux.

LA CHUTE

Je me réveille, une douleur atroce me pique l’abdomen et me nargue les poings. Un picotement incessant me dévore la lèvre inférieure.

Je sens, alors, une masse lourde me cogner le dos. Je me retourne et vois des bras musclés me donner un uppercut dans la mâchoire. Mes sens se brouillent, je crache du sang, dans le noir de la nuit. L’homme me pousse à terre, ma tête danse dans le vent au-dessus du ravin. Je ne me souviens pas de qui il est, ni pourquoi nous nous battons, mais je sais qu’il faut que je me défende. Je pose ma main sur l’herbe et sens un bout de bois, je l’attrape tout en me prenant un crochet du droit en pleine joue, ce qui me déstabilise. Je donne un grand coup sur sa tête avec ma massue de fortune. Il se penche sur le côté sonné par le coup, ce qui me laisse le temps de me lever.

Il grogne et se lève en chancelant. Il lance un juron et sort un flingue de sa veste. Il veut me tuer, putain il veut me tuer. Il s’approche et je sens l’odeur et la froideur de la mort. Il enclenche le chien et braque le canon sur mon torse. Il veut me tuer et il va me tuer.

Il posse son doit sur la gâchette et commence à la presser. C’est bon je vais mourir.

C’est alors, que j’attrape le canon de ma main droite et pousse son bras de ma main gauche. Je fais le geste si subitement que je le désarçonne, je ne pensais pas que ça marcherait. Par peur qu’il le récupère je le jette dans le ravin. Je n’aurais jamais réussi à l’utiliser de toute façon, et comme ça aucune possibilité qu’il me menace de nouveau avec. Je vois un voile de rage se former sur son visage. Il se jette sur moi et me donne des coups de poings partout où mon corps n’a pas de cicatrices. Je hurle, je crache du sang, j’ai mal. Je prends mes dernières forces affaiblies et lui assène un coup droit dans le ventre et deux crochets dans la côte, il se replie sur lui-même. Il me saute dessus et me fait rouler jusqu’au ravin. Ma tête tourne, je suis fatigué, j’ai mal, je veux que ça s’arrête. Mais il sort de sa ceinture une dague, un poignard ou un couteau, je ne fais pas bien la différence vu comme je suis dans les vapes. Je tente de courir, mais je me prends une racine et tombe face contre terre. Je me retourne il est au-dessus de moi, il me bloque les jambes en se mettant à cheval sur mon bassin. Il frappe son couteau sur ma tête, mais je la décale et sa dague se plante dans la terre. Le temps qu’il récupère son couteau je le fais basculer et je me lève. Je pars me cacher derrière des arbustes.

L’homme me trouve très vite et me pousse sur le sol. Mon dos frappe la terre ce qui me fait extrêmement souffrir. Il s’agenouille à côté de moi et brandit son couteau, je roule sur le côté, il a de nouveau frappé la terre. Il revient à la charge, mais cette fois, je lui assène un coup de pied dans le ventre, il se plie en deux et lâche son poignard. Il me roue de coups et je lui en rends certains. Je vois sa main chercher sa dague, alors je donne un grand coup de pied dans l’objet pour l’éloigner.

Alors que je reçois le coup de trop, je pousse l’homme à la veste, qui roule jusqu'au ravin et qui commence à tomber. Affolé, je lui attrape la main.

Il me sourit et me lance.

- Si je tombe, tu tombes avec moi.

Il pose ses pieds sur la paroi de roche et se met à se balancer en sautant à l’horizontale sur le mur de pierre. Ce balancement me fait perdre l’équilibre et me propulse dans la chute de l’homme.

Je sens le vent me caresser la peau. La seule pensée qui me vient est que c’est enfin fini, je peux me reposer. Je me laisse porter par le vent et je trouve ça extrêmement agréable. Je ferme les yeux pour savourer cette chute et la dernière chose que je vois sont les étoiles qui brillent comme des lucioles dans le ciel et la lune magistralement posée dans le noir.

Il y a pire comme mort.

La dernière chose que je sens est la froideur du sol, et la dureté de la chute.

Comme la mer, tu laisses tes embruns de joie affluer sur mon corps.

Tels les océans, tes vagues m’arrosent les cotes de tes mains.

A la couleur de l’eau, ton sourire reflète sur le mien.

Aux aurores du sable, tes lèvres racontent les marins perdus dans la tempête de tes yeux.

Dans la tempête que je combats, la pluie que je bois, la tasse que je recrache.

JE VOUS VOIS

La lumière de la lune fleurit sur les murs, les étoiles illuminent le sol.

Dans toute cette lumière, je vous vois quand même. Je vous vois tapi dans l’ombre.

Vous me regardez, vous m’épiez, vous me contemplez.

Vous n’êtes que des ombres, mais je sens le poids de vos regrets dans vos yeux qui me perforent l’abdomen.

Je ferme les yeux pour vous faire partir, mais vous restez collés au mur. Je crie, mais vous vous bouchez les oreilles. Je chante, mais vous montez le son. Je pleure, mais vous souriez. Je pars, mais vous me suivez dans la nuit. Vous me volez mon sommeil.

Je suffoque, je transpire, je souffle, je tremble, je vous vois.

Je me débats de mes draps collants, et ouvre la porte, qui s’ouvre sur mon jardin. Je pose mes pieds sur l’herbe fraiche, vous ne me suivez plus, vous ne pouvez pas sortir. Je marche, je marche dans le vent. Je m’allonge dans l’herbe. La lune inonde de lumière mon visage. Les étoiles me piquent les yeux. Je souris, je ne vous vois plus.

Une voix manque de faire arrêter mon cœur. Je vous entends rire. Vous riez, comme je hurle.

- Toi aussi tu les vois ?

Ma petite sœur s’allonge à côté de moi. Elle pose sa tête sur mon épaule et je lui chuchote que oui.

Je n’aime pas que vous ayez ma sœur, elle a encore tellement à vivre.

Nous regardons la nuit, lovées dans l’herbe noircie par le peu de lumière que le ciel nous offre, et nous n’avons pas sommeil.

Vous ne pouvez pas nous atteindre.

- Ne t’inquiète pas on trouvera un moyen. On trouvera un moyen. La rassuré-je.

Mais combien de temps avons nous ? C’est tout ce que vous faites, vous nous prenez du temps, vous brûlez nos rêves, vous nous empêchez de dormir.

- J’en suis sûre. Me murmure-t-elle, elle me sourit.

Son sourire est bien plus éclatant, que vous êtes sombres.

C’est quand je la regarde que je le sais, on trouvera une solution.

Vous êtes là, vous me regardez, mais je ne vous vois plus. Même si je sais que ce n’est qu’éphémère, c’est extrêmement plaisant de ne plus vous entendre.

Ce n’est que, près d’elle et loin de vous, dans la nuit, que je trouve enfin le sommeil.

J’en ai vécu des sauts en mer, des chutes, des déchirures, mais aucune n’a été aussi douce que toi, aussi douloureuse que ton absence.

- Tu es ma plus belle histoire d’amitié, mon plus beau chagrin.

LE BRUIT DES LARMES

Je l’observe malgré moi.

Alors que je ne le devrais pas. Si je le regarde, je leur donnerai raison. Mais ce dessin, son dessin, m’appelle. J’ai beau tout faire pour détourner mon regard de cette fleur pleine d’épines. Mes yeux ne se détachent pas de ces lèvres remplies de mensonge. De ces yeux vides. De ce cœur noirci par le temps.

Il y a sur les murs tous les dessins des patients. J’aime les regarder, les admirer, les larmes me dévorent le visage. C’est si beau, toutes ces couleurs, tous ces dessins, toute cette vie.

Je ne voulais pas. Je n’ai jamais voulu.

Ma raison m’a lâchée, ne me laissant plus que les battements de mon cœur. Je le savais, je connaissais les risques. Mais je me suis laissé sombrer. Maintenant j’en souffre.

Mais, sache que ce fut un honneur d’avoir le cœur brisé par toi. Je savais et j’ai espéré.

L’espoir est un poison, qui nous emprisonne le cœur, enferme notre être dans des nuages d’illusions. Et pendant que je regardais l’espoir me brûler les entrailles, je n’ai pas vu, que ça allait être l’amour qui m’assènerait le coup de grâce.

Tu as animé chaque parcelle de moi, mes sentiments, depuis trop longtemps éteint.

Tu ma réveillés du sommeil brumeux qui m’enveloppait et tu as appris à mon corps toutes ces nouvelles sensations.

Maintenant que tu n’es plus là, il ne me reste rien. Plus que les fantômes de tes doigts sur ma peau.

Le pire c’est que c’est moi-même qui me suis infligé cela.

Je n’aurais jamais dû te revoir. Je n’aurais jamais dû te rendre visite. On n’aurait jamais dû être amis. Je n’aurais jamais dû t’embrasser. Et surtout, je n’aurais jamais dû t’aimer.

Une larme perle sur ma joue froide et me brule les poumons. Je veux crier, crier que je m’en veux. Que je ne te méritais pas. Mais je voulais croire qu’il y avait un moyen. C’est ça qui fait le plus mal, ce vide que tu as laissé en partant.

Je suis désolée, tu savais ce qui allait arriver. Tu es tombé amoureux de moi et tu as souffert. C’est ma faute.

Mais c’est peut-être ça aimer, s’accrocher à l’espoir, en sachant qu’il n’y a rien qui empêchera la vie de faire ces caprices.

Aimer, c’est croire que le meilleur reste à venir.

Mais l’amour est cruel, et destructeur.

L’amour est la rose et l’épine.

J’ai aimé ce voyage, même si je sais que je n’aurais pas dû.

J’ai aimé et maintenant j’en subis les conséquences.

Je me souviens quand je t’ai retrouvé et je ne peux m’empêcher de regarder ton dessin.

Je m’étais, alors, allongée près de toi et avais posé ma tête sur ta poitrine. J’avais l’habitude de le faire, tu te souviens ? Mais cette fois-ci, je n’entendais plus les battements de ton cœur. Tu avais les yeux vers le ciel, comme si tu pouvais voir les étoiles.

Un jour je toucherai les étoiles, avec toi. Je te le promets.

Sache que peu importe où tu te trouves, rien ne peut te résister. Tu as survécu à bien pire, crois-moi.

Je t’aime, tu auras mon cœur à jamais.

Je pleure, et le bruit de mes larmes résonnent dans ma tête, elles me crient que ce n’est pas possible, que tu vas te réveiller et venir me prendre dans tes bras. Je t’es attendu tu sais, je suis resté des heures assise parterre à t’attendre, dans le couloir de ta chambre blanche, mais tu n’es jamais sortie. Plus le temps s’écoulait, plus le son de mes larmes se fessait forte, indestructible, graver dans mes yeux.

Je m’assieds sur une chaise devant la table. Je prends un crayon et commence à tracer de petits traits timides. Puis ils deviennent de plus en plus grands, imposants et déterminés. Ils commencent à former quelque chose. Je dessine, je gomme, je redessine et j’arrange.

Traits après traits, j’écris ma destruction. Puis je l’habille de douleur, de tristesse et de fatigue.

Je regarde mon œuvre sombre. Une larme me roule sur la joue. Ce dessin n’est pas seulement la trace d’une fille de dix-neuf ans qui a perdu un être aimé. C’est un adieu. C’est la couleur de mes sentiments.

Je me lève, prends une punaise et place mon dessin à côté du tien. Celui-ci fait tache au milieu de toutes ces couleurs. Mais j’ai le sentiment qu’il est exactement à sa place.

Je m’éloigne pour mieux contempler ces deux œuvres, qui se complètent à merveille.

Des larmes coulent sur mes joues en feu. Je veux détourner le regard. Je sais que je me fais du mal. Mais je veux souffrir, pour toi.

Je continue, je regarde chaque détail, chaque courbe, chaque couleur.

Je l’observe malgré moi.

LA SILHOUETTE

Le jeune homme lève ses yeux sur la silhouette floue devant lui. Elle a la même taille que lui. Ses cheveux sombres luisent sous les rayons du soleil qui passe par la fenêtre. Sa peau est pâle, et ses yeux bleus dévastés par les larmes sont entourés de poches violettes. La fatigue lui dévore le visage. Ses joues sont creuses et ses pommettes n’ont plus d’éclat. Son buste n’a rien de majestueux et de puissant. Ses bras sont flasques et ses jambes des fils tremblants. Son corps est mou et sans vivacité.

Le jeune homme détourne le regard de la silhouette, tandis qu’elle l’imite.

- Bon allez, tu te dépêches de sortir ! Moi aussi j’ai besoin du miroir.

Crie une voix pressée derrière la porte.

- J’arrive !

Il dépose une dernière fois ses yeux sur la glace. Où était passé le petit garçon qui jouait à attraper les rayons du soleil ? Où était le garçon qui voulait être grand, mais qui avait peur du noir ?

Maintenant, il n’a plus peur de l’obscurité et ne chasse plus la lumière car il sait que c’est impossible.

Le noir n’est rien comparé à l’obscurité qu’est grandir.

Tes bras me bercent sur la mélodie de l’ennui.

LE CALME DU SILENCE

La neige tourbillonne autour de moi. Des flocons parsèment mes cheveux noirs de points blancs. Je rentre mon nez dans mon col et enfonce mes mains dans mes poches. Mes joues sont rouges, mes pieds glacés, et mon nez me pique, mais je continue de marcher dans le froid indissoluble de l’hiver.

Je marche, je marche inlassablement derrière le silence. Comment puis-je enfin l’entendre avec tout le bruit que vous faîtes ?

Je marche, mais je vous entends toujours. C’est peutêtre à cela que servent les souvenirs ? A vous entendre inlassablement, même quand je prie pour que vous me laissiez partir ?

Je marche, et rien ne vous arrête. A quoi cela sert-il de marcher derrière l’insaisissable ? Peut-être à nous faire croire qu’un jour on entendra le silence, et que là, on sera enfin en paix ?

Je marche. Mais si je marchais trop ?

Je ne connais aucune de ces réponses, mais je sais que je marche, que j’ai froid et que je ne veux pas m’arrêter.

Le vent fait parvenir à mes oreilles toutes vos paroles, vos moqueries, vos insultes.

Le vent me les fait parvenir et me charrie avec en dansant dans ma tête.

Je baisse le regard encore un peu plus, vaincue par votre voix tranchante. Etes-vous au moins au courant ? Savez-vous la violence de votre regard, la brutalité de vos mots, la connaissez-vous ?

Une joie cruelle me fait sourire, vous non plus vous n’entendez pas le silence.

Une joie mortelle m’envahit, quand je me souviens avoir été comme vous. Moi aussi j’ai été heureux.

Mais, une joie monstrueuse me brise, quand je me revois rire devant un autre en pleurs.

Maintenant, c’est moi qui pleure et lui qui rit.