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Rien ne laissait prévoir qu’entre sa passion pour les minéraux et ses vacances chez sa grand-mère, Nicolas serait plongé dans une incroyable aventure.
Tout a commencé lorsqu’il a accepté l’étrange pierre que son instituteur lui confiait. À moins que ce ne soit lorsque ce mystérieux phénomène est apparu dans le ciel, juste avant de découvrir la petite créature.
Et si, en fin de compte, tout était lié par une improbable prophétie ?
Une prophétie venue d’ailleurs, dont il serait lui-même le héros...
lecteurs 8/11 ans
À PROPOS DE L'AUTEURECathie Ollier vit à côté de Grenoble, au pied du Vercors. Toute petite, déjà, elle aimait inventer des histoires et les illustrer. Après quelques années à travailler dans le commerce, et la naissance de ses enfants, elle décide de se consacrer à sa passion. Aujourd’hui, elle laisse libre cours à son imagination débordante pour écrire des romans jeunesse. Et c'est avec humour et sensibilité qu'elle emmène les enfants dans des aventures pleines d’émotions.
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Seitenzahl: 105
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Cathie Ollier
La prophétie d’Élange
Roman Jeunesse
Illustration de couverture : Léane Kassa
ISBN :979-10-388-0615-3
Collection : Saute-Mouton
ISSN : 2610-4024
Dépôt légal : mars 2023
© Couverture Léane Kassa pour Ex Æquo
©2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières-les-Bains
www.editions-exaequo.com
Chapitre 1
La lumière
Monsieur Fritto disait souvent que la nature regorgeait de trésors. M. Fritto ? C’est l’instituteur que j’ai eu cette année. Il m’a enseigné le passé simple, les compléments d’objet ennuyeux, mais surtout, oui surtout, il m’a appris à écouter les pierres parler.
Dans sa classe, il y avait une grande étagère où étaient exposés des minéraux de toutes sortes : du quartz transparent comme de l’eau, des roses des sables venues du Sahara, un morceau de lave aussi sombre que la nuit, et tant d’autres roches que je ne saurais nommer. Dès que j’avais fini mon travail, je pouvais entendre les cailloux me raconter leurs histoires. C’est ainsi que j’ai appris que la turquoise, cette belle pierre bleue qui orne la bague de maman, tient son nom du pays où elle a été découverte, la Turquie. Captivant ! Tellement plus qu’un cours de grammaire.
Tout comme moi, M. Fritto est un passionné de minéraux. Il possède même un morceau de lune. Je ne sais pas pourquoi il a ri quand je lui ai demandé s’il y était déjà allé.
— Non, mon garçon, m’a-t-il gentiment répondu. C’est un bout de météorite que j’ai acheté lors d’une bourse aux minéraux. Cette roche a été éjectée de la surface de la lune à la suite d’un impact. Elle a ensuite traversé l’espace pour atterrir sur terre.
Ah, si tous les enseignants pouvaient être aussi intéressants que mon instituteur ! Mais pas le M. Fritto d’avant les vacances d’été. Il n’était plus le même. J’ai vite remarqué qu’il semblait de plus en plus perdu dans ses pensées. Plus soucieux. Moins disponible. On aurait dit qu’il redoutait quelque chose. Quoi ? Aucune idée.
Et puis, il y a eu ce dernier jour d’école. Il nous avait mis un dessin animé que j’avais déjà vu un million de fois avec mes parents (non, je n’exagère pas). Une histoire sans queue ni tête où tous les personnages courent dans tous les sens, sans but précis. L’ennui total. C’est alors que M. Fritto m’a fait signe de le rejoindre. Intrigué, je me suis furtivement frayé un chemin parmi les bureaux tandis que les élèves avaient les yeux rivés sur l’écran. Ou l’horloge. D’autres, comme Quentin, s’entraînaient aux lancers de boulettes de papier. Sans perdre de temps, M. Fritto a planté son regard dans le mien avant de sortir de sa poche une pierre d’un blanc si transparent qu’elle ressemblait à un glaçon.
— J’ai un service à te demander, m’a-t-il chuchoté tout en s’assurant que mes camarades de CM1 ne faisaient pas attention à nous. Pourrais-tu garder ce caillou quelque temps ?
Bizarre quand même. Une pierre, ce n’est pas comme une plante que l’on doit arroser régulièrement, ni comme un animal de compagnie qu’il faut nourrir. J’ai quand même accepté, tellement fier de la mission qui venait de m’être donnée. Et, je dois l’avouer, encore plus touché qu’il me le demande à moi et pas à Chloé, la première de la classe.
Ma main s’est refermée sur la pierre tiède et lisse tandis que M. Fritto jetait un énième coup d’œil par la fenêtre, en direction du portail où les parents commençaient à arriver.
— Garde toujours ce caillou dans ta poche. C’est un secret entre toi et moi. Je ne peux t’en dire plus aujourd’hui. Je sens que l’étau se resserre.
J’étais en train de me demander si M. Fritto n’était pas devenu toc-toc quand, au fond de la salle, Paul a pris son cahier pour une raquette afin de mimer son professeur de tennis.
— Rangez tout dans vos cartables, a fait notre instituteur en élevant la voix. Surtout, n’oubliez rien en classe, la cloche va bientôt sonner les grandes vacances !
Dans le tollé d’applaudissements qui a suivi, M. Fritto m’a murmuré d’une voix grave :
— Merci Nicolas. Surtout, ne la laisse jamais au soleil. C’est très important. Garde-la sur toi. Allez, maintenant, va rejoindre les autres !
Sont trop nombreux, les autres. Et bruyants avec ça ! Peut-être ne savent-ils pas écouter le silence. C’est alors que mon pouce a rencontré un léger relief sur la pierre. En louchant discrètement dessus, j’ai découvert une fine gravure représentant un soleil entrelacé avec une lune. Décidément, cette pierre est bien étrange.
Depuis cette journée, le caillou n’a jamais rejoint ma collection de minéraux. Comme promis, je le garde toujours sur moi. C’est un peu devenu mon porte-bonheur. Lorsque je suis triste ou angoissé, je le serre très fort dans mon poing. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai souvent l’impression que mes émotions se canalisent instantanément. Je sais que certaines pierres ont des vertus, mais quand même pas à ce point !
Ce caillou a beau receler sa part de mystère, je suis déçu que ce ne soit pas une météorite. Moi qui aimerais tant en posséder une ! Seulement, ce n’est pas facile à trouver. Surtout au fin fond de la campagne où je passe mes vacances. Mais aujourd’hui, c’est peut-être mon jour de chance. Pourquoi ? Tadam ! Parce qu’il va y avoir une magnifique exposition de minéraux. C’est comme si tous les passionnés de pierres se donnaient rendez-vous dans la petite ville du coin ! Quelle chance inouïe !
— Nicolas ! C’est l’heure ! s’élève soudain une voix depuis le fond du couloir.
— Cinq minutes, Mémie ! dis-je en replongeant aussitôt la pierre au fond de ma poche.
Pour venir en vacances chez Mémie, de ma collection de minéraux, je n’ai pu emporter que ce qui pouvait rentrer dans une boîte à chaussures. J’ai beau avoir choisi la plus grande, j’ai dû abandonner beaucoup de pièces à la maison. Je n’aime pas m’en séparer, mais c’était ça ou rien. Maman voulait absolument que je garde de la place pour tout plein de vêtements inutiles. Parfois les parents sont désespérants. Ils ne comprennent pas que ma passion est plus importante qu’un lot de slips supplémentaire.
— Tu auras autre chose à faire pendant ton séjour que de rester le nez collé à tes cailloux quand même ! s’était énervé mon père, le jour du départ.
— T’inquiète, il sera bien occupé avec les séances de Yoga de Mémie ! lui avait rappelé ma mère.
Mémie ? Ben, c’est ma grand-mère. Elle est rigolote et très spontanée. Parfois, on dirait que c’est mon négatif, mon contraire quoi. Elle dit tout haut ce qu’elle pense tout bas. C’est du direct. De la dynamite. Elle sait ce qu’elle veut. Et surtout ce qu’elle ne veut pas.
À ma naissance, quand mes parents lui ont demandé si elle préférait se faire appeler mamie ou mémé, elle leur a répondu :
— Aucun des deux. C’est moche et puis ça fait vieux. Nicolas n’aura qu’à m’appeler Mémie.
Elle est comme ça. À bientôt 89 ans, elle enseigne encore le Yoga. Non, non, ce n’est pas une blague. Elle est très souple. Un vrai élastique. Quand je fais du Yoga avec Mémie, on a le même âge. C’est comme de la magie. Oui, parce que j’ai oublié de dire que Mémie croit dur comme fer pouvoir m’aider à contrôler mes émotions avec le Yoga.
— Tu vas gagner en confiance, m’a-t-elle annoncé le premier jour de mon arrivée. “Yoga”, c’est un tout petit mot, mais ces quatre lettres vont t’ouvrir des portes !
“ces quatre lettres vont t’ouvrir des portes…” On dirait l’énigme d’un film d’aventures. Sauf que je tiendrais le rôle d’une éponge qui absorbe toutes les émotions pour les boulotter comme des Smarties. Eh oui, on n’a pas tous l’étoffe d’un héros. Déjà, je m’appelle Nicolas et pas Spiderman. Et au lieu de sauver la planète, je collectionne des cailloux.
Avant, je pensais que le Yoga était réservé aux gymnastes qui se contorsionnent dans tous les sens. En fait, c’est bien plus simple que ça. Suffit d’être bien concentré. Pas du tout comme aujourd’hui, je dois bien l’avouer.
Mémie m’observe en fronçant les sourcils. Je n’aime pas trop quand elle fait ça. Ses rides remontent pour former de petites vaguelettes juste au-dessus de ses pommettes. Ses cheveux, blancs comme la neige, lui donnent un air de savant fou.
— Tu en as mis du temps, dis-moi !
Le parquet grince sous mes pas lorsque je glisse jusqu’à ma carpette bleue, déjà installée dans son salon.
— Dis, Mémie, t’as pas oublié ? Tu m’emmèneras à l’expo, hein ? C’est aujourd’hui !
— Ah, ça, je ne risque pas d’oublier ! grogne-t-elle affectueusement. Tu me bassines avec cet évènement depuis que tu es arrivé. Allez, applique-toi s’il te plaît. Nous allons commencer par la posture du cobra.
Mémie s’allonge sur le ventre. Sans perdre de temps, je l’imite maladroitement. À l’unisson, nous tendons nos bras afin de soulever notre thorax.
— Nicolas, dis-moi, te souviens-tu dans quel pays le Yoga a été mis au point ? me questionne ma grand-mère, les yeux mi-clos.
— Fastoche, en Inde !
Je me garde bien de lui demander pour quelle raison les postures de Yoga ont presque toutes un nom d’animal. Il y a la posture de la cigogne, celle du sphinx, du poisson… Un vrai zoo ! En plus, il faut quand même avoir de l’imagination pour trouver une ressemblance entre ma position bancale et un serpent !
— Et sais-tu pourquoi la majeure partie des positions ont un nom d’animal ?
Patatras. Ça me pendait au nez.
— Heu… Non…
— C’est parce que les premiers yogi, en Inde, étaient vraiment en harmonie avec la nature. Ils reproduisaient des postures que les animaux adoptent instinctivement.
— Ben là, j’ai quasi l’impression d’imiter une otarie.
Mémie sourit tout en me sermonnant :
— Arrête de faire le pitre. On va continuer en silence. Fais le vide en toi.
Mon regard s’échappe par la fenêtre pour plonger dans un océan de sapins. Les rayons du soleil délaissent les bois noirs pour caresser le chemin caillouteux qui serpente jusqu’à la ferme de Lucas. C’est une grande bâtisse en pierre de granite rose. Ce matin, elle semble déserte. Normal, c’est la période des moissons. Lucas et son tracteur sont déjà au travail dans les champs.
La voix de Mémie me ramène dans le salon :
— Allez, fais-moi une jolie respiration ventrale. Parfait. Maintenant, nous allons rapprocher doucement nos genoux de nos bras tendus afin d’alterner la asana de la vache et celle du chat.
— C’est la posture qu’on a faite hier ? Celle où on se retrouve à quatre pattes en train de cambrer le dos puis de l’arrondir ?
Mémie m’observe en acquiesçant d’un hochement de tête. Essayer de garder l’équilibre. Je fixe un point lumineux dans le bleu du ciel. Sûrement un avion. Non, trop bas. Un hélicoptère ? Pas du tout. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Quelques étincelles suivies d’une traînée de fumée traversent l’air jusque dans la cour de la ferme.
Abandonnant la position du chat’vache, je me redresse illico pour sauter comme un ouistiti jusqu’à la fenêtre.
— Tu as vu Mémie ?
— Bon sang de bonsoir ! grogne-t-elle avant de me rejoindre. Qu’est-ce que c’est que ça encore ? Un feu d’artifice ?
— Mais on n’est pas le soir du 14 Juillet !
— Oh, tu sais, de nos jours, ça pète pour un oui ou un non. Pas plus tard que le week-end dernier, mes voisins en ont lancé un pour leur anniversaire de mariage.
Soudain, une image s’affiche en fluo sur le tableau noir de mes pensées. Incroyable ! Ça pourrait y ressembler.
— Et si c’était une météorite ?! C’est si rare ! Mémie, faut y aller !
Ma grand-mère me regarde, mi-surprise, mi-amusée. Puis le mi-amusé bascule légèrement vers le mi-agacé.
— C’est que Lucas n’a pas l’air d’être chez lui. Je ne vois pas le tracteur qu’il gare dans la cour. Et puis, on n’a même pas terminé notre séance de Yoga !
— S’te plaît, s’te plaît ! Si, si, tout de suite ! C’est hyper important ! On la finira en rentrant, promis !
Le regard de ma grand-mère s’adoucit. Je vois bien que j’ai gagné la partie. Elle a du mal à résister à mon charme. Je suis le roi des minéraux ! Youpi, youpi, youpi !
— De toute façon, tu n’es pas très réceptif aujourd’hui…
— Yes ! dis-je en sautant dans mes baskets.
