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Trois contes de Noël pour s’émerveiller :
Émile partagera un peu de rêve grâce à une fabuleuse rencontre devant la pâtisserie. Une rencontre qui va le mener bien au-delà des frontières.
Marie et Léon offriront autour d’eux un peu d'espoir et de magie avec un mystérieux papillon qui, parfois, apparaît avant Noël.
Et que dire de Jules et Léa ? Seront-ils prêts à poser leur console de jeux pour sauver la magie de Noël ?
Ouvre ce recueil et viens vivre, avec ces jeunes héros, des moments magiques.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Cathie Ollier - Cathie vit à côté de Grenoble, au pied du Vercors. Toute petite, déjà, elle aimait inventer des histoires et les illustrer. Après quelques années à travailler dans le commerce, et la naissance de ses enfants, elle décide de se consacrer à sa passion. Aujourd’hui, elle laisse libre cours à son imagination débordante pour écrire des romans jeunesse. Et c'est avec humour et sensibilité qu'elle emmène les enfants dans des aventures pleines d’émotions.
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Seitenzahl: 78
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Cathie Ollier
Trois Noëls magiques
Recueil de Contes de Noël
ISBN : 979-10-388-0903-1
Collection Saute-Mouton
ISSN : 2610-4024
Dépôt légal : septembre 2024
© Couverture Ex Æquo
©illustrations Ex Æquo à partir d’images générées par IA
© 2024 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières-les-bains
www.editions-exaequo.com
Émile et le renne blanc
Émile se poste derrière la fenêtre de sa chambre. Dans la rue, de gros flocons virevoltent, portés par le vent. En cette fin de journée de décembre, les piétons se pressent afin de se mettre au chaud. Ici, une femme chargée de cadeaux s’engouffre dans un bus. Là-bas, près de la fontaine gelée, un petit garçon tire son papa par la manche. Une fine pellicule blanche recouvre déjà les trottoirs.
— Émile ! s’écrie une voix depuis la cuisine.
— Oui maman ? répond l’enfant en quittant son point d’observation.
— J’ai oublié d’acheter le pain, pourrais-tu y aller, s’il te plaît ?
Émile ne rechigne jamais pour accomplir cette mission. Sa gourmandise taquine ses papilles dès qu’il se rend à la boulangerie-pâtisserie. La plupart du temps, Émile ne fait que dévorer les gâteaux des yeux et, à chaque fois, c’est comme si les desserts l’emportaient dans de fabuleux voyages. Les meringues l’invitent au pays des icebergs sucrés, les Sphinx en Égypte, au pied de pyramides chocolatées. Les tartes aux fruits le déposent au beau milieu d’un verger aux senteurs d’été. Un délice de saveurs, de couleurs et de parfums.
Plus tard, Émile veut être pâtissier. Son souhait : amener une touche de sucré dans la vie de ses clients. Il n’en a jamais parlé à personne, mais ses parents doivent se douter de quelque chose, car ils le regardent toujours avec tendresse et lui enfoncent le bonnet jusqu’aux yeux dès qu’ils passent devant la vitrine d’une pâtisserie.
— Juste une baguette de pain mon chéri, insiste sa maman en lui donnant un peu d’argent.
Émile acquiesce, glisse l’argent dans sa poche et dévale les escaliers à toute vitesse. Dehors, le froid le saisit tout en s’amusant à lui jeter des cristaux de neige comme on lancerait des confettis un jour de fête. Le garçon avance lentement, se remémorant ses uniques vacances aux sports d’hiver. C’était il y a longtemps. Il n’était pas plus haut que ça, mais ses souvenirs restent gravés dans sa mémoire. Les cours de ski, ce n’est pas ce qu’il avait préféré. Non, ce qu’il avait aimé par-dessus tout, ce sont les longues balades à travers champs, les bonshommes de neige, l’igloo qu’il avait construit avec son père, sans oublier, bien évidemment, les pains au chocolat au petit déjeuner.
— Nous ne pouvons pas nous le permettre en ce moment mon chéri, avaient ensuite répété hiver après hiver, ses parents. L’année prochaine peut-être ?
Émile n’insiste plus. Il a compris. Parfois les parents ne font pas comme ils veulent. Et puis, il faut bien le dire : depuis quelque temps, Émile rêve plus grand. Il rêve d’aller dans le pays tout là-haut, plus au nord, cette île perdue au milieu de l’océan Atlantique que l’on nomme Islande. Il imagine s’aventurer dans les étendues blanches accompagné d’un troupeau de rennes. La nuit, il installera son camp au milieu de nulle part afin de contempler les aurores boréales. Il a récemment appris qu’elles se formaient lorsque certaines particules de gaz se rencontraient dans la haute atmosphère terrestre. Il paraît que c’est magnifique. Des étoiles plein les yeux, il rejoindra sa pâtisserie où il aura un sacré succès. Si ce n’est pas un super projet d’avenir, c’est à n’y rien comprendre.
Alors qu’il est perdu dans ses pensées, un klaxon le fait sursauter et revenir sur terre. Il enfonce ses mains dans les poches et accélère le pas. En cette période de Noël, les commerçants rivalisent d’ingéniosité. Rue Potin, c’est à celui qui aura la plus belle vitrine. La librairie a disposé de belles guirlandes autour des albums colorés. Le boucher a installé un petit père Noël qui répète inlassablement les mêmes gestes. Mais Émile en est persuadé, s’il y avait un concours de décorations de Noël, le prix reviendrait incontestablement à la boulangerie-pâtisserie. C’est simple, les glaçages colorés se suffisent à eux-mêmes. Pas de superflu. Et, oh, ça y est ! Ils ont enfin exposé les délicieuses bûches en prévision du réveillon ! Il y en a tant qu’Émile ne sait où donner de la tête.
Lorsqu’il entre dans le commerce, une odeur de cacao lui chatouille les narines.
— Une baguette pas trop cuite s’il vous plaît, demande-t-il timidement.
Petite moue plaquée sur les lèvres, la vendeuse se tend derrière le comptoir.
— Désolée jeune homme, mais il ne m’en reste plus. Nous nous sommes fait dévaliser aujourd’hui !
C’est bien la première fois qu’Émile se retrouve dans cette situation. Après une seconde d’hésitation, il comprend qu’il ne lui reste plus qu’à prendre congé. C’est alors qu’il s’entend prononcer à haute voix :
— Dans ce cas, je vais prendre une petite bûche au chocolat.
La vendeuse approuve d’un hochement de tête avant de le servir.
— Régalez-vous bien, jeune homme ! fait-elle en le regardant partir avec amusement.
Sur le trottoir, Émile regrette déjà son achat. Mais quel âne est-il d’avoir pris une bûche de Noël ! Que va dire sa maman ? Plus jamais elle ne lui fera confiance ! Que disent les adultes déjà ? La gourmandise n’est pas un vilain défaut. À moins que ce soit l’inverse…
— Ohé, mon garçon !
La voix a surgi de la pénombre. Là, tout près. Une voix grave et imposante. Émile n’ose plus bouger.
— Oui, toi, le garçon avec le petit paquet à la main, reprend la voix plus posément. Approche, je ne te veux aucun mal.
Une ombre se penche sous la lumière du réverbère. L’homme est assis à même le trottoir. Devant lui, une serviette protège du sol plusieurs feuilles de papier pliées. Que faire ? Rester ou partir ? Ses parents lui ont maintes fois répété de ne pas adresser la parole à un inconnu. Mais en découvrant son visage, Émile réalise qu’il l’a déjà croisé à plusieurs reprises dans le quartier. Du coup, est-ce vraiment un inconnu ? Le garçon s’approche lentement. Il comprend alors que ce qu’il a d’abord pris pour de vulgaires morceaux de papier c’est en réalité des origamis. Cette année, sa maîtresse leur a enseigné cet art du pliage japonais qui consiste à transformer une feuille en une superbe réalisation. Ici, celui représentant un flocon de neige est vraiment très réussi. Est-ce une colonie d’oiseaux en papier qui le côtoie ? Des perroquets peut-être. Et là, un animal majestueux qu’il connaît pour avoir emprunté tant de fois le gros livre sur l’Islande à la bibliothèque : un renne. L’homme a même pris le soin de rajouter au stylo deux petits yeux noirs qui semblent le scruter.
— Je n’ai pas d’argent, grogne Émile, prêt à reprendre son chemin.
— Je ne t’en demande pas, lui répond doucement la voix.
Le garçon veut rester poli avec ce monsieur qui n’a sûrement nulle part où aller. Beaucoup de sans-abri n’ont pas de logement et à peine de quoi s’acheter à manger. Offrir un peu de son temps, ce n’est pas grand-chose. Et même peut-être pas assez. Émile s’approche en lui tendant le petit paquet dans lequel la bûche est enveloppée. Après tout, c’est aussi ça la magie de Noël. Sa maman comprendra.
— Tu es très généreux, reprend la silhouette en ôtant l’emballage. Sais-tu qu’il y a fort longtemps, la bûche de Noël n’était pas un gâteau, mais réellement une bûche de bois que l’on déposait dans la cheminée ? Les familles choisissaient la plus grosse afin qu’elle réchauffe la maisonnée jusqu’au lendemain matin. Ensuite, elles prélevaient les cendres et les gardaient jusqu’au Noël suivant afin de les déverser dans la cheminée en même temps que la nouvelle bûche.
Émile se dit que le changement de tradition a du bon. Il préfère largement manger ces pâtisseries que de mettre un bout de bois dans la cheminée. De toute façon, il n’y a pas de cheminée dans son appartement.
L’homme déguste lentement la bûche en s’essuyant régulièrement la commissure des lèvres avec un mouchoir.
— Merci beaucoup, Émile, fait-il, une fois le dessert disparu. C’était délicieux !
— Vous connaissez mon prénom ?
— J’ai le temps d’observer les gens et de les écouter. Tu passes souvent par ici. Je te connais donc un peu.
Émile hoche lentement la tête tout en regardant les origamis posés à ses pieds.
— Choisis-en un, celui que tu veux, poursuit la voix grave. C’est simple, prends celui qui t’appelle.
Cet homme dit n’importe quoi. Tout le monde sait que les origamis ne parlent pas, alors de là à l’appeler… Étrange. Mais un cadeau, ça ne se refuse pas. Parmi les oiseaux et les flocons de neige en papier, le renne continue d’observer Émile de ses grands yeux noirs. Il est très beau, le cou tendu vers le ciel, les bois en arrière. La main de l’enfant survole les pliages avant de saisir l’animal qu’il n’a vu que dans les livres.
— Bon choix, fait la silhouette en hochant la tête. C’est Alba qui va être contente.
— Alba ? Qui est-ce ?
L’homme ne répond pas. À la place, il le contemple avec attention, semblant l’inviter à partager ses pensées. Émile expire longuement avant de lui confier un petit morceau de son rêve :
— J’adore les rennes. Mon rêve est de partir en Islande pour les voir, entre autres…
