Le 9e continent - Dominique Corazza - E-Book

Le 9e continent E-Book

Dominique Corazza

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Beschreibung

La vie à la campagne n'est pas si paisible que l'on pourrait le penser...Êtes-vous déjà entré dans une de ces serres en plastique qui couvrent nos campagnes ? Attention : danger ! Avez-vous déjà vu des maisons de vacances gardées par de vrais nains de jardin en chair et en os ? Non, vous êtes sûrs ? Méfiez-vous des visites organisées dans des villages idylliques où l’on reconstitue la vie d’autrefois : elles peuvent virer au cauchemar. Et si, au printemps, vous n’entendez plus le coucou chanter, ne vous étonnez pas, ça devait arriver…Sélectionnées pour le prix Choix des lycéens, ces quatre histoires donnent à voir un visage inquiétant de cette nouvelle ruralité qui bouleverse profondément nos paysages et nos vies.EXTRAIT« Ah ! ça y est, ça pue. Je sais où on arrive ! » s’exclama Paola.En effet, une centaine de mètres plus loin, elle aperçut un bâtiment vert en forme de tunnel. L’odeur venait de là. Ce bâtiment n’était pas seul, il y en avait huit en enfilade.Des canards apathiques s’entassaient dans la boue autour des tunnels. D’autres sortaient des bâtiments par de petites ouvertures régulièrement espacées au ras du sol et venaient s’agglutiner à leurs congénères sans bouger, comme si leurs pattes restaient désormais collées à la fange nauséeuse.La puanteur était insoutenable. Qu’est-ce que ça devait être à l’intérieur des tunnels !Paola avait vu des vidéos sur Internet à propos de l’élevage industriel des poules, des canards, des cochons… mais elle n’était jamais entrée dans un de ces élevages. Elle se doutait bien de l’accueil qu’elle recevrait si elle demandait au propriétaire des lieux l’autorisation de tourner une vidéo sur les conditions d’élevage de ses palmipèdes.CE QU'EN PENSE LA CRITIQUEAvec le 9ème continent, Dominique Corazza a voulu éveiller le sens critique du lecteur en posant un regard moqueur sur les comportements individuels et collectifs des hommes en milieu rural. - Nouvelles en FranceÀ PROPOS DE L'AUTEURAprès avoir été instituteur – et y avoir survécu sans trop de séquelles –, Dominique Corazza se consacre désormais à plein temps à l’écriture et au conte. Il a publié plusieurs albums pour les petits, des histoires dans la presse jeunesse, et se tourne à présent vers les plus grands à travers la nouvelle et le roman. On peut parfois le voir courir sur les chemins de son Périgord natal.À PROPOS DE LA COLLECTIONLa collection Rester vivant est constituée de nouvelles et de romans qui parlent du monde d’aujourd’hui, en abordant sans détour les questions écologiques, sociales et éthiques qui émergent au sein de la société dans laquelle nous évoluons. Elle s’adresse en priorité aux pré-ados, aux ados… et plus généralement à tous les lecteurs qui résistent encore à l’asservissement des esprits, quel que soit leur âge. Ces livres ont pour ambition, en plus d’attiser l’imaginaire du lecteur, d’éveiller son sens critique et de poser un regard incisif sur nos comportements individuels et collectifs.

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Seitenzahl: 65

Veröffentlichungsjahr: 2017

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LE 9E CONTINENT

Dominique Corazza

Dans la même collection

■ Faits d’hiver (Cathy Ribeiro)

■ Jours de neige (Claire Mazard)

■ Jours de soleil (Claire Mazard)

■ La peau noire des anges (Yves-Marie Clément)

■ Les mains dans la terre (Cathy Ytak)

■ Orient extrême (Mireille Disdero)

■ Phobie (Fanny Vandermeersch)

■ Pripiat Paradise (Arnaud Tiercelin)

■ Station Sous-Paradis (Jean-Luc Luciani)

■ Sur le dos de la main gauche (Anahita Ettehadi)

■ Traits d’union (Cécile Chartre)

■ Trouver les mots (Gilles Abier)

■ Virée nomade (Alain Bellet)

© Le muscadier, 2017 48 rue Sarrette – 75685 Paris cedex [email protected]

Directeur de collection : Christophe LéonCouverture & maquette : EspelettePhotographie de couverture : ©art_zzz/Fotolia-Sergei Vinogradov/123RFConversion numérique : Mariane Borie

ISBN : 979-10-96935-03-1 ISSN : 2493-6170

Table des matières

Le 9e continent

Le sales trader et les sept nains

Pass immersion

Une journée de printemps

La collection

L’auteur

Le 9e continent

Paola contourna l’église du xiie siècle. Elle descendit le petit chemin qui marquait le départ du sentier de randonnée – ce chemin, elle le connaissait pour l’avoir pratiqué plusieurs fois avec son père.

Une boucle de quinze kilomètres à travers des paysages calmes et sauvages, selon le topoguide édité par le conseil général, au milieu d’une flore et d’une faune riches et variées.

Quel bonheur!

Elle se retrouva rapidement dans un petit vallon sauvage. Le sentier, bordé de haies touffues, se rétrécissait et serpentait tranquillement à travers des prairies où paissaient quelques moutons à l’allure débonnaire.

À la route, prendre à gauche puis à droite dans les bois, disait le topoguide. Continuer, puis traverser pour arriver à la D26, prendre à gauche sur environ 450 mètres. Continuer à droite direction Le Mas. Longer l’élevage de canards à travers le bois.

Elle n’avait pas besoin de ces indications. Elle connaissait le chemin. Il n’y avait d’ailleurs qu’à suivre les balises jaunes. Mais son père avait insisté : « mets-le dans ton sac à dos, on ne sait jamais… » C’était la première fois qu’elle faisait le sentier toute seule et elle avait accepté de bonne grâce pour le rassurer.

Paola s’efforçait de reconnaître les arbres comme son père le lui avait appris. Pour les chênes, les châtaigniers, les noisetiers… c’était facile. Mais pour d’autres, comme les charmes ou les frênes, c’était plus dur. Elle avait du boulot devant elle!

Ça montait raide jusqu’à la D26 et ça redescendait ensuite en direction du Mas, par un petit chemin en lisière de la forêt, qui bordait de grandes prairies retournées peu à peu à l’état de friche.

« Ah! ça y est, ça pue. Je sais où on arrive! » s’exclama Paola.

En effet, une centaine de mètres plus loin, elle aperçut un bâtiment vert en forme de tunnel. L’odeur venait de là. Ce bâtiment n’était pas seul, il y en avait huit en enfilade.

Des canards apathiques s’entassaient dans la boue autour des tunnels. D’autres sortaient des bâtiments par de petites ouvertures régulièrement espacées au ras du sol et venaient s’agglutiner à leurs congénères sans bouger, comme si leurs pattes restaient désormais collées à la fange nauséeuse.

La puanteur était insoutenable. Qu’est-ce que ça devait être à l’intérieur des tunnels!

Paola avait vu des vidéos sur Internet à propos de l’élevage industriel des poules, des canards, des cochons… mais elle n’était jamais entrée dans un de ces élevages. Elle se doutait bien de l’accueil qu’elle recevrait si elle demandait au propriétaire des lieux l’autorisation de tourner une vidéo sur les conditions d’élevage de ses palmipèdes.

Après l’élevage de canards, tourner à gauche sur le chemin de terre jusqu’au transformateur électrique et suivre un autre chemin de terre jusqu’à la voie romaine qui reliait Bordeaux à Lyon.

Ouf! La perspective de rejoindre l’ancienne voie romaine lui redonna de l’énergie, et elle s’empressa de s’éloigner du cauchemar de ces canards embourbés dans leur marécage pestilentiel.

Le tronçon du sentier qui empruntait la voie romaine était très beau. D’un côté des prairies bordées de forêts, de l’autre une myriade de petits étangs protégés par des roseaux, d’où s’envolait parfois un héron ou un canard sauvage.

Au bout de la voie romaine, après un ancien relais de diligence, Paola prit une petite route sur la droite, puis un chemin qui conduisait au lieu-dit Les Garissoux.

Fidèle à son habitude, elle marchait d’un bon pas.

Sitôt après Les Garissoux, Paola retrouva le chemin de castine, qui montait régulièrement le long d’un muret de pierres et tournait dans un petit bois où croupissaient pêle-mêle une 4L, un tracteur et des engins agricoles rouillés, au milieu d’une montagne de bâches en plastique plus ou moins recouvertes par les ronces.

C’était le premier arrêt qu’elle avait prévu.

Paola sortit son caméscope du sac qu’elle portait toujours en bandoulière, et commença à filmer le dépotoir en se concentrant sur les plastiques. Elle pénétra dans le bois et chercha sous les taillis ceux qui étaient à moitié ensevelis sous la terre, sans doute parce qu’ils avaient été jetés là depuis plus longtemps que les autres.

Après avoir filmé la décharge sauvage, Paola ressortit du bois et reprit le chemin pour aboutir sur un vaste plateau couvert de serres en plastique. Le plateau avait visiblement été déboisé pour faire place aux serres. On n’avait pas perdu un seul centimètre carré, tant les tunnels étaient serrés les uns contre les autres.

Bienvenue au Pays de la fraise et du plastique! pensa Paola.

En effet, on ne pouvait pas nier que le Pays de la fraise, comme le nommaient fièrement les gens du coin, était aussi celui du plastique. Il suffisait de sillonner le coin en voiture pour s’en apercevoir. Mais le voir et le sentir de près était autre chose.

Au soleil de juin, les serres dégageaient une odeur à la fois suave, sucrée et écœurante. Qu’est-ce que ça doit être dedans! se disait Paola en imaginant les pauvres ramasseurs – des saisonniers portugais pour la plupart – obligés se suer sang et eau sous les tunnels en plein été, et sans doute pour un salaire dérisoire.

« Tu parles de paysages sauvages, toi! » pesta-t-elle en empoignant sa caméra pour faire un panoramique du plateau.

Bien sûr, les fraisiculteurs ont besoin de gagner leur croûte. Ils ont autre chose à faire qu’entretenir des paysages de campagne typiques et bucoliques pour des gens comme son père et elle, nostalgiques de la campagne d’autrefois.

Sans doute, les consommateurs sont contents de manger des fraises plusieurs mois par an.

Mais à quel prix!

Environ un kilomètre plus loin, elle tomba comme prévu sur un autre cimetière de plastique, annonciateur d’un autre champ de serres.

Des plastiques enfouis sous les fougères, recouverts par des pierres (pour qu’ils ne s’envolent pas?), entassés ça et là au bord du chemin, dans les prés, au pied des arbres… Quelle saloperie! pensa Paola comme à chaque fois qu’elle se retrouvait devant un spectacle aussi désolant. Comment peut-on laisser faire une chose pareille?

Au collège, avec son prof de SVT, elle avait vu des reportages sur ce qu’on appelait le 7e ou le 8e continent, ou le vortex de déchets du Pacifique Nord ou encore la soupe plastique, cet immense agglomérat de déchets translucide situé juste sous la surface de l’eau. On estimait la masse de plastiques concentrés au sein des océans à sept millions de tonnes. Ceux-ci, qui pouvaient mettre plusieurs centaines d’années à se dégrader, étaient ingérés par les poissons, les tortues, les méduses, les oiseaux marins… Un million d’oiseaux marins et cent mille mammifères marins mouraient chaque année de l’ingestion de ces plastiques.

Et ceux-là, qui va les bouffer? se demanda Paola.

La gorge nouée, Paola filma une nouvelle fois la montagne de plastiques.