Le bug de l'éléphant - Christophe Plisson - E-Book

Le bug de l'éléphant E-Book

Christophe Plisson

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Beschreibung

Le monde d'après la grande épidémie. Tout a changé. Deux sociétés cohabitent. L'une, dirigée par un seul homme avec l'appui des ordinateurs, a fait de ses citoyens des machines à produire qui vivent dans des cités bulles. L'autre, rebelle, s'est exilée dans la nature et a réinventé la vie en communauté. Y aurait-il un bug dans la machine ? Est-il possible de sortir du système ? Robert sent la mort arriver. Tel un vieux pachyderme qui part pour le cimetière des éléphants, il décide de s'exiler et de quitter la cité bulle où il vit pour aller passer ses dernières heures dehors.

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Seitenzahl: 97

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Pour tous ceux qui m'ont donné envie d'écrire

et ceux qui gardent espoir

Sommaire

Chapitre 1 : Robert

Chapitre 2 : le monde sous contrôle

Chapitre 3 : le paradis

Chapitre 4 : le guetteur

Chapitre 5 : Chasse à l'homme

Chapitre 6 : La vouivre

Chapitre 7 : une invitation au voyage

Chapitre 8 : bicéphale

Chapitre 9 : mise au point

Chapitre 10 : fin ?

Chapitre 11 : après la fin

Chapitre 1 : Robert

Robert a cent vingt quatre ans aujourd'hui mais il ne fêtera pas son anniversaire. Pas ici. C'est interdit.

Il est né dans l'ancien monde. Avant que tout ne change.

Il a connu l'école, les copains, les boums, les amis, l'amour, le travail, le chômage, les voitures à essence et diesel, la télé en noir et blanc, puis en couleur, le téléphone fixe, le minitel, le téléphone portable et tant d'autres choses qui n'existent plus.

Robert a bien été obligé de s'adapter au nouveau monde, mais il l'a fait à contrecoeur. Il est nostalgique de ce passé révolu.

Il l'a bien vu arriver ce grand changement mais il n'a rien pu faire d'autre que de s'y adapter, comme il a pu.

Robert se souvient très bien du jour de ses cinquante ans. C'était son dernier anniversaire officiel.

Depuis quelques mois, les médias tournaient en boucle sur un seul sujet : la grande épidémie. Tout était ramené à des chiffres. Les morts devenaient des nombres. Les difficultés que rencontraient les personnes devenaient des milliards.

Robert n'était pas dupe. Il avait gradé son esprit critique. Il savait bien que, contrairement aux mots, les nombres ne parlent pas. Il avait bien compris que les dirigeants inondaient les cerveaux de ces chiffres pour instaurer un climat de peur et manipuler le peuple, profitant d'une épidémie bien réelle mais bien moins dangereuse que ce qu'ils annonçaient.

Il y avait bien eu quelques récalcitrants, quelques lanceurs d'alerte, dont Robert se sentait très proche par la pensée. Certains avaient même manifesté dans les rues, mais entre la propagande, qui les faisait passer pour des fous complotistes, et la répression par la violence, le mouvement avait perdu l'adhésion du peuple et les dirigeants avaient pu imposer leurs règles.

Robert se rappelle très bien de son cinquantième anniversaire. Ce jour là, il avait enfreint la loi. Malgré l'interdiction de se rassembler à plus de six, il avait réuni une vingtaine d'amis chez lui, autour de quelques bonnes bouteilles et d'un magnifique gâteau à la crème. Faisant fi de l'obligation de porter un masque en toutes circonstances, ils avaient vécu une après-midi à visage découvert. Oubliant l'obligation de garder une distance de deux mètres entre chaque personne, ils s'étaient enlacés et embrassés dans une joie intense.

Aujourd'hui, Robert sourit en se remémorant ce dernier instant de liberté.

Il avait bien fait d'en profiter. Dès le lendemain, et les jours suivants, les règles avaient été durcies.

Au motif de protéger les plus fragiles, on avait instauré des périodes d'enfermement strictes. Puis le peuple en avait eu assez et on lui avait proposé un nouveau médicament miracle, à se faire injecter pour être autorisé à garder un semblant de liberté. Bien que ce traitement n'ait pas été suffisamment testé et que personne ne connaissait sa composition ni ses effets secondaires, le peuple avait majoritairement adhéré à cette proposition.

Il restait malgré tout quelques réfractaires à ce traitement. On avait donc instauré un fichage, puis un traçage, des personnes ayant reçu le traitement.

Robert, lui, avait refusé de recevoir cette injection. Il savait bien qu'il ne pourrait plus vivre comme avant mais il était conscient que son bien le plus précieux était sa santé.

Rapidement, suite à ces injections, il avait vu mourir des personnes. Jamais le lien n'était établi entre le traitement et les décès mais Robert, lui, savait bien qu'il y avait un lien de causalité et cela le confortait dans sa décision.

Plus tard, il avait vu apparaître de nouvelles maladies. Cette fois encore, aucun rapprochement n'était fait avec les injections. En revanche, les mêmes laboratoires, qui avaient fait des bénéfices records en vendant le traitement initial, s'enrichissaient encore en créant des traitements toujours plus nombreux, toujours plus innovants et toujours plus chers, pour soigner les nouvelles maladies. Robert avait vu tout cela et il était content d'avoir résisté.

Sa plus grosse difficulté arriva lorsque les gouvernants mirent en place le passeport biométrique informatisé, un document virtuel personnel regroupant toutes les informations de chaque personne. Il était devenu nécessaire pour tout et les contrôles étaient nombreux. Mis à part l'état civil, il contenait, entre autres, les renseignements concernant les traitements dont la fameuse injection. Celui qui n'avait pas reçu le traitement n'avais pas son passeport biométrique et était, par conséquent, considéré comme un paria dangereux pour la société.

À cette époque, Robert avait vu de nombreux réfractaires s'éloigner de la société et vivre en marge dans des lieux alternatifs. Lui n'avait pas voulu faire cette démarche et il avait eu une chance inimaginable.

Les dirigeants avaient demandé à une société privée de créer une application informatique pour gérer au départ des passeports sanitaires, puis pour les transformer ensuite en passeports biométriques, en vue d'un contrôle total de la population et de ses droits. Cette entreprise avaient reçu des subventions à la hauteur des attentes des dirigeants.

Robert avait travaillé quelques temps dans l'informatique et il savait très bien que les développeurs laissent parfois des bugs, mineurs, pour justifier de contrats de maintenance dont le coût est souvent plus rentable que la création initiale. Il savait également que si le logiciel plantait, il existait un forte probabilité pour que cela ouvre une porte imprévue sur le serveur où était hébergé le logiciel qui permettait de manipuler les fichiers. Certains auraient récupéré les données pour dénoncer les faiblesses du système, d'autres auraient tenté de les revendre au marché noir, d'autre encore les auraient détruites, juste pour freiner le déploiement de l'application. Robert, lui, s'était transformé en pirate intelligent. Il avait cherché pendant des jours et des nuits comment faire planter le logiciel. C'était risqué. Ses tentatives d'intrusions auraient pu être repérées et il aurait pu être emprisonné, mais il était rusé, il n'utilisait jamais ses vraies coordonnées, ni son mail, ni ses mots de passe habituels, ni ses codes individuels et il masquait son identité virtuelle jusqu'à trafiquer l'adresse de son ordinateur. Il était content d'avoir écouté son père et d'avoir étudié l'informatique. Heure après heure, il avait essayé une multitude de mots-clés informatiques, de combinaisons de touches toutes plus loufoques les unes que les autres et un beau jour, Robert avait ressenti un grand frisson dans sa colonne vertébrale. L'ordinateur venait d'afficher "erreur fatale" suivi de deux cases à remplir, l'une intitulée "utilisateur" et l'autre "mot de passe".

Robert s'en souvient encore. Il s'était levé de sa chaise, s'était étiré faisant craquer au passage une ou deux vertèbres, puis s'était dirigé vers le bar de son salon pour se servir un grand verre de whisky. Il était revenu s'asseoir sur son fauteuil de bureau, son verre à la main, pour contempler le début de son oeuvre. Il avait regardé les cases à remplir, levé son verre et bu une grande gorgée qui lui avait brûlé la gorge.

Il le savait, il n'aurait droit qu'à un seul essai. Il devait trouver les codes du premier coup. Il avait pris donc le temps de réfléchir élaborant mille et un scenarios et s'était mis dans la peau du créateur du logiciel. Plus il réfléchissait, plus il se mélangeait dans ses suppositions. Plusieurs fois l'ordinateur s'était mis en veille, provoquant chez Robert la peur que la porte se soit refermée mais lorsqu'il rallumait la machine, les petites cases à remplir réapparaissaient et attendaient qu'il saisisse les mots magiques.

Les heures avaient passé. Les verres s'étaient enchaînés. L'esprit s'était embrumé. La peur s'était estompée. Il n'avait aucune chance de trouver du premier coup les codes secrets. Perdu pour perdu il avait décidé de revenir aux bases de ce qu'il avait appris et d'utiliser les codes standards de tout administrateur débutant. La possibilité que cela fonctionne était minime mais il savait que plus les développeurs travaillent sur des projets grandioses moins ils pensent aux choses simples. Il avait donc saisi "admin" dans la case "utilisateur". Il lui restait le mot de passe. Il avait tapé successivement les lettres "a", "d", "m", "i" et "n". Il n'avait plus qu'à appuyer sur la grosse touche entrée. Il avait hésité un instant, positionné doucement son index sur cette touche, fermé les yeux, prié et appuyé. L'ordinateur avait émis trois notes puis plus rien. Robert avait rouvert les yeux. L'écran affichait "bienvenue admin" suivi du signe supérieur qu'il connaissait bien. Il était entré dans le système. Victoire !

La suite avait été simple pour Robert qui connaissait bien le langage informatique. Il avait recherché et trouvé le fichier des citoyens, étudié son contenu, créé une fiche à son nom et rempli les quelques champs qui lui semblaient importants. Il était devenu le citoyen X6504041.

Il avait ensuite éteint son ordinateur et avait vécu, jusqu'à ce jour, dans la crainte que l'on découvre sa supercherie.

Aujourd'hui Robert avait cent vingt quatre ans et personne n'avait jamais rien découvert. Robert était officiellement, depuis un demi-siècle, le citoyen X6504041.

Chapitre 2 : le monde sous contrôle

Au quatorzième étage du bloc V4R9-145, dans le box AP75 attribué au citoyen X6504041, une voix métallique et impersonnelle répète en boucle :

"Citoyen X6504041, il est six heure quinze. Veuillez vous réveiller et vous préparer. Votre collaboration active à notre belle société est attendue dans quinze minutes. Désinfection du box en préparation."

Robert est réveillé depuis déjà pas mal de temps mais il apprécie de prendre son temps à traîner au lit. De toute façon que ferait-il debout ? Sa combinaisons étanche a déjà été préparée, tout comme son petit-déjeuner et son casse-croûte du déjeuner.

Au fil des ans, il s'est créé un accès officiel au fichier central des citoyens et a modifié sa fiche à maintes reprises. Il s'est affecté le statut de résident non mobilisable, pour ne pas être déporté tous les trois ans dans un nouveau lieu comme la plupart de ses semblables, il s'est affecté des robots de service qui effectuent toutes les tâches quotidiennes à sa place, il s'est créé un travail fictif de prestataire d'état de services en maintenance robotique, lui permettant d'accéder à la majorité des quartiers de la ville. Il mène globalement une assez belle vie.

À six heures vingt, alors que la voix métallique recommence à seriner son laïus, le citoyen X6504041 lui coupe la parole.

"Ok ! Je suis levé."

Le ton change et la voix se modifie pour devenir celle d'une femme très agréable.

"Bonjour citoyen X6504041. Nous somme le Mercredi..."

Robert ne la laisse pas continuer et la coupe d'un "Ok" bien affirmé.

Après s'être habillé avec ses vieux habits d'autrefois, il prend machinalement les deux gélules qui trône sur la table et les fourre dans la poche de son pantalon.

"Petit déjeuner Ok" clame-t'il.

Puis il enfile sa combinaison étanche bleu pâle, modèle PR12, sur laquelle est brodé son QR code d'authentification. Il s'approche de la porte du box qui s'ouvre automatiquement.

"Bonne journée citoyen X6504041", lui lance la voix de son appartement.