Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Dans ce roman qui sent surtout la poudre, Romain apprendra ce qu'est le goût de l'amertume. Une plongée dans une nuit sombre pendant laquelle les mensonges, la violence, le sang, les morts remplaceront la quiétude de la petite station balnéaire qu'est Concarneau
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 175
Veröffentlichungsjahr: 2021
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L122-5, deuxième et troisième (a) d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinés à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou ses ayants-droit, ou ayants-cause, est illicite » (art. L122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du code la propriété intellectuelle.
Tous droits d’adaptation, de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
À ma mère
Tu as subi les frasques de ma vie dissolue
À mon père
J’ai fait la paix bien avant que tu ne partes
CHAPITRE 1 : VINCENT
CHAPITRE 2 : ROMAIN
CHAPITRE 3 : DICK
CHAPITRE 4 : CLAIRE
CHAPITRE 5 : BALTHUS
CHAPITRE 6 : DIDIER
CHAPITRE 7 : ROMAIN
CHAPITRE 8 : DIDIER
CHAPITRE 9 : DICK
CHAPITRE 10 : BALTHUS
CHAPITRE 11 : CLAIRE
CHAPITRE 12 : ROMAIN
Sans pouvoir le retenir comme je le voudrais, je le sens monter. Je tente une dernière fois de le comprimer, de le contenir. Il monte en puissance, ce qui est pour moi synonyme d’une fin proche et inévitable. Je me crispe et le plaisir explose en un flux désordonné ; instantanément, mes muscles se détendent. Mon corps s’écroule d’une seule masse, bien que toujours secoués par des spasmes. Un bonheur divin m’enveloppe et je me love contre son épaule. Tendre baiser à la commissure des lèvres.
J’ai toujours préféré ce moment, celui où une douce moiteur vous prend et que tout en vous interdit le moindre mouvement tant vous êtes secoué de l’intérieur. J’arrive enfin à me soulever un peu pour pouvoir regarder son visage que la lune naissante me laisse deviner. Elle est vraiment belle quand elle vient de faire l’amour. Ses yeux me fixent, fous, alors que mes doigts crispés ne parviennent pas à démêler ses cheveux humides. Nos sexes, encore soudés, atténuent leurs spasmes, mais nous ne pouvons toujours pas prévoir quelques faibles sursauts. C’est ce qui rend le plaisir si intense chaque fois. Vagues de bonheurs indescriptibles…
« J’ai froid… sers-moi fort ».
Sa voix est douce, presque suppliante et de la sentir si vulnérable à ce moment précis me donne le sentiment que je pourrais la protéger pour toujours.
Elle est apparue dans ma vie sur une autoroute ensoleillée et embouteillée et depuis deux mois, nous ne nous sommes plus quittés. À chaque fois que j’y repense, je ne peux m’empêcher de trouver surprenant notre rencontre.
J’avais avant l’habitude de rencontrer des femmes, jeunes ou mûres, qui se greffaient à moi par touches successives et progressives. Le résultat de ce genre de relations avait pour moi autant d’attrait qu’un tableau impressionniste retouché par un peintre cubiste…
Avec Claire, notre liaison a tout de suite été brutale et entière. Chacun de nous prenant à l’autre autant qu’il lui donnait : Une relation totale dont je n’avais même jamais osé imaginer qu’elle puisse un jour exister, une de celle que l’on ne vit qu’en rêve.
Il commence à faire un peu frais. Une légère brise sèche la fine pellicule humide qui me couvrait le creux du dos et je frissonne de plaisir comme de froid ; ses cuisses sont glacées comme à chaque fois que nous faisons l’amour.
« On va se baigner ».
Je n’ai pas le temps de savoir s’il s’agit d’un ordre qu’elle s’est déjà dégagée de mon étreinte. Sa bouche colle sur mon front un baiser furtif, plein de tendresse. Je me lève péniblement, pris de vertiges. Mes jambes sont encore toutes frémissantes du plaisir que je viens de vivre mais en respirant profondément, j’arrive à me contrôler à nouveau. Je regarde vers l’horizon : je distingue péniblement la silhouette de Claire à une vingtaine de mètre de moi, déjà dans l’eau à micuisse.
Paresseusement, je me dirige vers la mer qui ne doit pas être bien chaude, à en juger par le sable sous mes pieds.
Glaciale.
La différence de température se fait tout de suite sentir. L’eau me mord les chevilles et je sens des milliers de petites dents froides sur les jambes. Malgré tout, je décide de continuer à avancer, plus attiré par Claire que par l’envie de me baigner. Alors que j’arrive à sa hauteur, elle me prend la main pour repartir, mais s’arrête brusquement après un pas. Je comprends vite pourquoi quand l’eau m’arrive en haut des cuisses. Sa respiration, comme la mienne, reste un moment en suspens et nous poussons ensemble un « ha ! » libérateur. Nous nous regardons un instant et Claire en profite pour se serrer contre moi avec tout ce qu’elle a de peau. Elle pose une main franche sur mon sexe recroquevillé par le froid et ce doit être mon air faussement désolé qui la fait partir d’un grand rire, aussi franc que sa main. Je l’agrippe fermement sous les aisselles et la force à plonger.
Nous hurlons sous l’eau. C’est l’unique moyen que nous ayons trouvé pour supporter ce choc glacial. Claire se libère de mes bras pour replonger immédiatement tandis que moi je nage vers le large, sûr qu’elle va bientôt me revenir par-dessous les flots. J’aime quand nous nous retrouvons là où nous n’avons plus pied, où nous pouvons nous enlacer et nous laisser porter par le roulis de la mer.
Après quelques secondes d’une brasse paresseuse, je regarde autour de moi mais m’aperçois qu’elle n’est toujours pas à mes côtés. Je reviens plus rapidement vers le rivage, à peu près à l’endroit où elle s’était séparée de moi avant de plonger sous l’eau. J’ai de nouveau pied et continue de regarder aussi profondément que peut me le permettre l’obscurité ambiante. Le silence tout autour de moi commence à m’oppresser et je sors rapidement de l’eau.
Un voile nuageux a diminué l’intensité lumineuse de la lune depuis que nous sommes allés nous baigner et je ne parviens déjà plus à percevoir le haut de la plage. À cette heure, il suffit de quelques minutes pour passer de la pénombre à une obscurité quasi complète. Le vent de terre me gèle instantanément tout le corps et je remonte à petites foulées vers l’endroit où nous avions posé nos affaires, bien décidé à me rhabiller pour attendre la suite des événements. Claire est bonne nageuse et ne doit pas être très loin. Du moins, c’est ce que j’espère…
J’arrive à l’endroit où nous avons fait l’amour, reconnaissable par la trace de nos corps toujours imprimée sur le sable. Comme je m’y attendais inconsciemment, il n’y a plus trace de nos vêtements. Même pas le moindre bout de tissus.
Je ne sais pas pourquoi mais depuis que je suis remonté sur le sable sec, je pensais à quelque chose de ce genre. Claire a dû revenir avant moi et tout prendre. En ce moment, elle doit être quelque part à analyser la moindre de mes réactions. Je dois dire que si j’y avais pensé avant elle, c’est ce que j’aurais fait. Je tente de regarder autour de moi, sans parvenir à discerner quoi que ce soit à plus de deux mètres ; je me pose par terre sûr qu’elle va se lasser avant moi.
Cinq minutes, dix minutes. Toujours rien…
« Si je ne me bouge pas maintenant, je vais finir par me geler l’arrière-train… ».
C’est ce que je me dis à haute voix en me levant péniblement. La situation pourrait être comique, mais j’ai de moins en moins envie de rire. Avec Claire, nous sommes souvent allés loin dans nos petits plaisirs. Cependant, c’est la première fois qu’elle me plante aussi longtemps dans une position gênante. Nos jeux sont souvent inoffensifs, mais aujourd’hui, je trouve le stratagème plus que douteux. Je suis maintenant persuadé qu’elle ne reviendra pas et qu’elle me laissera me débrouiller pour rentrer à la villa.
Dans le meilleur des cas, je suis bon pour une grosse dose de honte si je rencontre quelqu’un, sinon, c’est l’attentat à la pudeur si je croise des képis en patrouille.
Protégé par un mur, je me dis qu’en longeant la plage jusqu’au prochain immeuble, je limiterai la probabilité de me retrouver nez à nez avec quelqu’un. Arrivé là, il suffira que je traverse la route en courant pour me mettre à couvert dans les sous-bois qui bordent un chemin forestier. C’est un peu plus long, il faut franchir quelques haies peu épaisses, mais au moins, je ne passerai pas devant les clients en terrasse du pub Saint-Louis près de la villa.
Arrivé à la hauteur d’un hôtel transformé en appartements bon marché, je m’apprête à monter une longue dalle de béton qui donne sur la route lorsque j’entends des voix étouffées à une quinzaine de mètres de là.
Je me plaque contre le mur du bâtiment endormi et tente d’écouter ce qui peut se dire mais ne parviens à saisir que des syllabes étouffées. Il me semble qu’ils ne sont que deux mais le chuchotement indistinct ne me permet pas de savoir à qui j’ai affaire.
En m’approchant un peu, je peux enfin comprendre ce qui se dit tout bas.
« Il aurait dû arriver depuis longtemps ».
« C’est vrai, il est un peu plus vif d’habitude ».
« Ouais, mais là, c’est pas comme d’habitude, vu qu’il est à poil ».
Romain et Claire… J’aurais dû me douter qu’il était aussi dans le coup. Je me disais que Claire devait avoir eu du mal à me fausser compagnie tout en ayant le temps de reprendre nos affaires…
Ils vont me le payer…
La seule façon de leur rendre la monnaie de la pièce est de les prendre à revers. Je traverse rapidement une bonne moitié de la dalle de béton puis coupe pour arriver à une paroi en pierre de taille d’un peu plus d’un mètre cinquante de haut et qui donne sur un jardin d’enfant. Du sable, je saute une première fois sans toutefois parvenir à me hisser sur le haut du mur. À la deuxième tentative, j’y arrive mais me retourne un ongle. Je bloque ma respiration pour atténuer la douleur et surtout pour ne pas trahir ma présence, car j’ose à peine imaginer leur réaction s’ils me voyaient.
À la deuxième tentative, je m’aperçois que j’aurais dû m’offrir une ou deux séances de gym à la place de la sieste et c’est à force de tractions poussives que je parviens tant bien que mal à me retrouver sur le muret. Seulement, de là-haut, quand je regarde autour de moi, je ne vois personne.
Là où auraient normalement dû se trouver mes amis, il n’y a que le mur défraîchi du bâtiment. Alors que j’allais me lever, je n’ai que le temps de voir Romain se précipiter vers moi et me balancer en arrière. Nous tombons ensemble, lui sur moi, et le choc est si rude que je ne peux m’empêcher de pousser un cri.
Romain, qui s’est relevé rapidement est tordu de rire.
Pas moi.
Il ne doit pas se rendre compte que de tomber d’un mètre cinquante de haut n’est pas un exercice des plus joyeux.
« Alors Vincent, tu croyais nous avoir avec ta ruse de sioux ? ».
« T’es con ou quoi ! Je me suis fait un mal de chien à cause de tes conneries ».
« Qu’est-ce qui ce passe mon gros loup ! Tu n’es pas content de me voir ? ».
« Arrête s’il te plaît, je n’ai plus envie de rire ! En plus, tu refoules sérieusement du goulot C’est une infection. Aide-moi plutôt à me relever au lieu de me regarder avec ton œil bovin ».
C’est à ce moment que Claire fait son apparition.
« Tiens Vincent. Remets ton boxer. Tu auras l’air un peu plus présentable ».
« C’est toujours ça de gagné ».
Lorsque nous sommes arrivés avec Claire à Concarneau, nous nous sommes installés au camping des Sables Blancs, qui doit son nom à la plus grande plage de la cité balnéaire. L’endroit était assez calme et nous pouvions avoir notre intimité à prix raisonnable. Tous les midis nous partions par la route côtière qui mène jusqu’au centre-ville pour manger un morceau dans un restaurant de la Ville Close, la vieille ville fortifiée.
Parfois, quand la chaleur était trop forte, nous nous contentions d’une salade à la terrasse d’un bar. Après un café, nous revenions tranquillement vers la plage en milieu d’après midi, quand le soleil se faisait moins brûlant.
À ce rythme, cependant, nos finances n’ont pas tardé à fondre rapidement et à la place de nos repas de midi, nous nous sommes contentés d’un sandwich préparé et d’une pomme. Par contre, nous continuions à prendre notre café sur une terrasse quelconque pour attendre l’heure d’aller à la plage.
C’est lors de l’un de ces après midi que j’ai revu Romain. J’avais passé toute ma jeunesse à Concarneau et jusqu’à l’adolescence, Romain et moi avions été inséparables. Cependant, un peu après mes quinze ans, nous sommes partis vivre avec mes parents sur Orléans et j’ai brutalement perdu tout contact avec lui. On a fait semblant un certain temps de croire que l’on continuerait à s’écrire, qu’on se reverrait tous les deux mois aux vacances, que…
Mais le temps fait que rien de ce que l’on promet ne se réalise vraiment. On ne s’était jamais revu depuis. Il était resté identique à l’image que j’avais gardée dans mes souvenirs. En douze ans, il avait quelques cernes assez prononcés autour des yeux que je ne lui connaissais pas et qui trahissaient des nuits agitées, un menton plus épais, un ventre plus rond, mais rien de sa nature profonde n’avait vraiment changé. Je retrouvais le même Romain, toujours un peu taciturne, grinçant à souhait quand il s’agissait de vous mettre en boîte, aimant toujours la solitude et avec un cœur énorme quand on avait besoin de lui.
Nous avons bu plusieurs bières sur cette terrasse en nous remémorant certains de nos exploits passés. Claire a vraiment été sympa de rester nous écouter sans rien dire. C’est vrai que quand on est totalement étranger à une conversation, il est difficile de s’y raccrocher.
Lorsque Romain a appris que nous étions en camping, il nous a immédiatement proposé de nous héberger dans sa villa, non loin du camping où nous étions logés. « Comme ça, vous n’aurez pas trop à changer vos habitudes ». Nous étions gênés, mais il nous a malgré tout pressés d’accepter.
La première fois que nous sommes entrés dans la propriété, j’ai tout de suite été séduit par la villa. Elle reflétait le bon goût et la sensibilité que j’avais toujours prêtée à Romain. La terrasse était entourée de claustras recouverts de lierres et de passiflores et j’ai eu l’impression lors de cette première soirée que nous avions atteint le paradis.
Romain nous avait préparé des homards à l’armoricaine accompagnés d’un riz créole et en fin de repas, nous étions tous repus et heureux : lui de nous recevoir, Claire et moi de nous retrouver dans un cadre superbe. J’ai bien vu à ce moment qu’il était un peu porté sur la bouteille, mais enfin, c’est quelque chose qui ne me regarde pas.
Depuis maintenant plus d’un mois, nous sommes tous les trois dans la villa et celle-ci est largement assez grande pour que nous puissions vivre ensemble sans nous gêner mutuellement. Chacun a son indépendance et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes…
La soirée ne s’est pas trop mal passée. J’avais peur qu’à force de toujours manger ensemble sur la terrasse on ne se lasse et qu’on n’ait plus grand-chose à se dire, mais le repas a été animé et on s’est tapé comme pratiquement tous les soirs une bonne tranche de fou rire. À la fin, après le pousse-café, Vincent et Claire sont partis « faire une petite balade sur la plage ». Je n’ai trop rien dit, même si je leur en voulais un peu de me laisser en plan.
Ils sont sortis main dans la main, comme deux amoureux pendant que moi, je me suis resservi un Lagavulin pour boire à leur santé et à leur amour. Pas de la merde ce whisky. Un seize ans d’âge tout en malt, puissant et agréablement iodé. Une vraie merveille. J’en boirais jusqu’à plus soif. Rien à voir avec ces saloperies de bourbon ou de blend qu’on peut trouver dans n’importe quel troquet de quartier.
Quand j’ai revu Vincent, la première fois, j’ai ressenti comme un coup au cœur et toute ma jeunesse m’a reflué directement en pleine face. Il débarquait de son pôle universitaire je sais plus où, et faisait du camping avec une fille qui débarquait de nulle part. Comme ils commençaient à être en panne d’argent, je les ai invités à squatter la villa. Ils ne me l’ont pas dit tout de suite qu’ils étaient pratiquement à sec, mais j’ai bien senti qu’ils auraient dû écourter leurs vacances si je ne les avais pas dépannés.
J’ai essayé de les laisser le plus souvent pénards parce que je ne voulais surtout pas passer pour un boulet ou pour un dépressif à moitié névrotique. En fait, être seul ne me dérange pas plus que ça, j’ai toujours été plus ou moins solitaire. Seulement, quand je peux avoir de la compagnie, ce n’est que mieux.
Claire, je sais pas pourquoi, je l’ai trouvée un peu bizarre au début. Ça ne me semblait pas vraiment net son histoire. J’arrive, je tombe amoureuse et je m’installe avec l’éternel étudiant pour un été radieux et sans nuages. Vraiment bien ficelée, l’histoire. Peut-être même un peu trop. Ou alors c’est moi qui suis un peu jaloux… Ou alors je picole trop et je vois le mal partout.
Vincent, lui, quand on était jeune, aimait déjà les histoires d’amour un peu limite. Dès qu’une minette en manque d’affection et mal dans sa peau pointait son nez, c’était systématiquement pour lui. Claire a beau avoir l’air clean, il n’empêche qu’elle porte en elle un truc que je n’arrive pas à saisir. Je pense que Vincent a dû trop lire de ces romans de gare à trois balles et maintenant il semble envasé dans un mélo dramatico-concon.
Je ne peux pas lui en vouloir, moi aussi j’ai eu ce genre de maladie. Même un vaccin ne marcherait pas. Mais de là à faire Tarzan et Jane à onze heures du soir, faut pas pousser quand même.
En fait, lors de leurs crises amoureuses, et elles sont légions, je vais marcher ou boire jusqu’à plus soif. Ça dépend de l’humeur du moment. Le mieux, c’est encore de finir sur les rochers, une bouteille de n’importe quoi à la main.
Dans ces moments, surtout ne pas tenter d’être avec eux à faire le chandelier solitaire. C’est un rôle que Romain dans notre jeunesse ne m’avait jamais laissé endosser et plus d’une fois nous avions partagé nos conquêtes respectives.
Un soir, je ne sais plus exactement ce qu’on fêtait, Vincent était un peu plus bourré que d’habitude et s’était adressé à moi d’une voix chargée de rouge : « Je vous aime tellement, toi et Claire, que j’aimerais bien… enfin, tu vois… comme avant, quoi… ».
Je m’apprêtais à déboucher la quatrième bouteille de rouge et Claire était partie aux toilettes. Il me regardait d’un œil libidineux, mais je lui ai répondu : « Non, je crois pas ». Silence un peu gêné de part et d’autre. « Bon, tu l’ouvres, cette bouteille ? C’est toujours ça qu’on pourra boire ensemble… ».
J’étais resté avec mon Côte de Bourg dans une main, le tire-bouchon dans l’autre et on se regardait sans rien dire de plus. Son œil n’était plus libidineux et j’ai cru percevoir un je ne sais quoi de regret. « Dommage, ça aurait pu être pas mal ». Claire est revenue des toilettes, l’instant s’est brisé, la soirée a repris ses droits.
« On va faire une petite balade sur la plage ».
« OK. Allez-y sans moi, j’irai boire un coup chez Didier ».
Vincent m’a répondu d’un « bon » en suspension.
J’ai failli ne pas y aller. Ça doit être l’alcool qui m’a poussé au cul. Je pouvais très bien rester sur ma terrasse tiède bien abritée du vent à finir mon single malt et m’endormir dans un état éthylique avancé en attendant leur retour. Cependant, Je me suis dit après avoir fini mon verre qu’une marche sur le front de mer me décoincerait sûrement. Après, je pourrais me finir chez Didier, la paix dans l’âme et le foie en enfer.
J’ai mis le reste du Lagavulin dans une flasque en métal que mon dernier patron m’avait offert pour Noël, une semaine avant de me virer, le connard. J’ai enfilé mon cuir parce qu’un petit vent s’était levé. Le Pub Saint-Louis, par son enseigne clignotante, son comptoir bruyant et sa terrasse garnie a bien failli me détourner de ma promenade, mais j’ai résisté.
