Le grand jeté - Savéria Lagaly - E-Book

Le grand jeté E-Book

Savéria Lagaly

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Beschreibung

Forcée de tout quitter pour s'installer à l'autre bout du monde, Lana ne s'attendait pas à se trouver au centre d'une guerre qui n'est pas la sienne...

Elle croyait que sa vie se résumait aux fêtes mondaines. Lorsque ses parents lui annoncent son déménagement de l’autre côté de l’Atlantique, entre la France et l’Italie, Lana se retrouve immergée dans un univers totalement différent du sien. Dans ce monde où la technologie ne semble n’avoir jamais percée, elle se retrouve au centre d’une guerre qui n’est pas la sienne. Lana se plonge, à l’aide de ses compagnons fortuits, dans une quête sur la vérité et ses origines. Elle se retrouve désignée comme la seule capable de venir à bout de la menace qui pèse sur cette civilisation.
Entre prophétie, complots et histoires d’un passé lointain, réussira-t-elle à s’en sortir vivante ?

Découvrez sans plus attendre ce nouveau roman fantasy dans lequel Lana se trouve au cœur d'une prophétie qui changera son destin à jamais !

EXTRAIT

Aroliana se trouvait dans une limousine. Elle faisait inlassablement le bilan de ses deux semaines chez ses grands-parents. Elles avaient pris une triste tournure. Un creux dans sa poitrine se faisait sentir. Un sentiment pourtant inexplicable mais bien présent. Des éléments manquaient. La mort inattendue de son grand-père était un mystère. Pour elle, sa grand-mère lui cachait quelque chose. La cause, elle l'ignorait mais le comportement de la vieille dame laissait paraître des sous-entendus. Leur dernier échange avait été : « Fais attention à toi, ce n'est pas ta faute, sois forte ! » Plusieurs égratignures décoraient son corps, sa grand-mère lui avait dit qu'elle était tombée d'un arbre. Elle n'en avait aucun souvenir. La blessure avait été sévère car un autre séjour à l’hôpital s'était imposé à elle.
Depuis qu’Aroliana avait revu sa mère, elle avait l'impression de voir une étrangère. Lana posait un autre regard sur elle. Un sentiment inexplicable qui faisait que la relation mère-fille n’était plus la même.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Étudiante de 21 ans, Saveria Lagaly est passionnée de lecture depuis son enfance, et écrit depuis son collège. Son histoire grandit avec elle, au fil des années.

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Seitenzahl: 435

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Le grand jeté

Prologue

Aroliana avait été son nom. Elle était allongée dans l'herbe, et ne pouvait bouger. Ses membres étaient figés dus au manque d'oxygène. Sa respiration se faisait difficile. Elle n'éprouvait aucune douleur. Pourtant une sensation de vide la parcourait. Ses dernières forces ! Son visage était livide et ses traits tirés par la colère. Elle ignorait les raisons qui la mettaient dans une telle situation. Sa danse avait été parfaite.

Pourquoi ?

Mais, il y avait une chose qu'elle savait. La mort l'attendait.

Il se tenait à ses côtés. Il lui frôla la main mais une douleur les traversa. Ils ne pouvaient se toucher. Cet élément aussi échappait à Aroliana. Que lui avait-on encore caché ?

Lui avait tant souffert, depuis plus longtemps qu'elle. Une seule voix lui murmurait : « Ne te l'avais-je pas dit, il ne fallait pas l'aider ».

Tous les autres se battaient plus loin pour leur liberté. Tous se défendaient au péril de leur vie. Pour eux, combien de temps leur restait-il à vivre ?

PREMIÈRE PARTIE :

Chapitre 1

Notre histoire commence dans une petite chambre où notre héroïne aux cheveux ébène, endormie, ne s’attend pas à ce que ce jour devienne si spécial et marque un tournant majeur dans son avenir.

Elle rêvait d'un monde nouveau, meilleur. Un monde où l'argent ne serait pas synonyme de pouvoir, où ses choix ne seraient pas dictés par sa famille. Tâche bien difficile dans son cas.

Elle éprouvait cette désagréable impression de ne pas être à sa place. La vie qu'elle voulait au plus profond d'elle-même devait être aventureuse, et non dictée par un protocole de bonnes conduites. Elle savait pertinemment que cela était impossible. L'existence ne se résumait pas aux romans qu'elle lisait. « Existe-t-il réellement un monde où nous pourrions exercer notre passion ? Où je pourrais danser du soir au matin sans me préoccuper des affaires quotidiennes familiales ? ». Cette question tournait sans arrêt dans sa tête, la réveillant ou lui interdisant de plonger dans un sommeil profond.

Sa raison l’empêchait d'y penser. Elle abandonnait, au fur et à mesure des années, son seul et unique souhait. Rien de mieux que les songes pour s'imaginer les plus fantastiques ballets. 

Notre adolescente n’était pas à plaindre pour autant. Pour la semaine, elle vivait dans le célèbre quartier de l'Uper East Side à New York.

 Ainsi pour les vacances et les week-ends, la famille habitait dans une grande maison moderne. Et comme tout aristocrate qui se respecte, la maison possédait un immense jardin d’un vert émeraude qui donnait un peu de couleur à ce paysage monotone. Pour son sixième anniversaire, une balançoire bordée de pétunias avait été installée. Une piscine d'un bleu turquoise se trouvait sur un côté, abritée par les prolongements de la maison. Plusieurs plantes exotiques poussaient dans d 'énormes pots en terre cuite. Sur l’autre côté, une table de verre accompagné de chaises datant certainement du Moyen-Âge y avait été placée juste devant la fenêtre de la cuisine. En parallèle, des canapés avec des coussins blancs siégeaient sur une monture noire en résine tressée. Une table en acajou de Cuba, devant les canapés, apportait la touche finale pour que, vu du ciel, on puisse croire à une immense fleur blanche. Au centre, un bar dominait la terrasse. Cet étalement de luxure ne s'appauvrissait pas à l'intérieur de la villa.

La forme et la structure design de la porte pouvaient facilement laisser imaginer l'état de cette charmante habitation.

Dans l'entrée, on visionnait tout d'abord le magnifique salon. Un grand canapé de cuir où la famille aimait se retrouver, accompagné d'une table basse en verre. Leur salle de restauration était constituée d'une grande table noire où le grand chandelier posé en son milieu et le lustre en cristal de baccarat suspendu apportaient une certaine classe à la pièce. Des tableaux d'illustres peintres comme Turner ou encore William Blake avaient été accrochés un peu partout. De couleur gris et noir, la cuisine à l’américaine contenait un lavabo de marbre qui illuminait le lieu grâce aux pierres précieuses incrustées. Un escalier menait à la cave, aucun des enfants n'avait le droit d'y accéder. 

Elle avait essayé d'enfoncer la porte mais cela semblait cause perdue. Aroliana ne désespérait pas de trouver un moyen pour y rentrer contrairement à ses frères et sœurs qui n'y prêtaient pas autant d'attention.

Au premier étage, on trouvait la chambre de ses parents, et de ses frères et sœurs. La description la plus simple de cet étage serait de l'associer à un seul mot : luxe.

Au deuxième étage, un mini salon de très mauvais goût couleur jaune canari, une chambre noir et orange ainsi qu'une minuscule salle d'eau occupaient l'espace. C'était son étage. Il n'aspirait pas à l'abondance et à l'étalement des richesses comme les autres pièces. Il était juste à son image à elle, simple et ordonné.

La sonnerie retentit. Adieu joli pays des rêves et bonjour la réalité écrasante de la ville de New York.

Aroliana émergeait doucement. Elle s'habilla encore endormie puis descendit les deux étages pour rejoindre la cuisine. Bien évidemment, elle avait appris à s'habiller avant de descendre, ses parents avaient souvent la fâcheuse habitude d'inviter des gens pour le petit déjeuner.

Elle entra. Sauvée, cette fois, la journée commençait tranquillement. Elle vit son frère Mathéo et la jumelle de ce dernier, Maëlle, en train de se servir à manger. Meloria, de trois an son ainé, venait aussi de se lever. Ses parents déjà assis, mangeaient tout en discutant des affaires de leur travail. Comme à leur habitude, les jumeaux se disputaient au grand désespoir de leurs géniteurs. Meloria prit leurs deux petits bras chétifs et les menaça de manger leur petit déjeuner. Chose qu'ils prirent au sérieux, ils s’arrêtèrent tout de suite. Aroliana riait intérieurement. Meloria avait un don pour calmer les jumeaux. Elle leur fit la bise, en finissant par sa mère qui affichait un teint très pale. Ses parents avaient encore dû se disputer cette nuit. Elle s'assit à leur côté. Sa mauvaise humeur était si bien installée qu'elle ne préférait pas leur parler. Les discussions allaient bon train. Elle n'y prêta aucune attention fixant son chocolat chaud. Avant qu'ils ne quittent la table, sa mère haussa la voix, ce qui coupa court à toutes les discussions. Tous les regards se posèrent sur elle.

— Les enfants, désolée de vous interrompre. Votre père et moi-même voudrions vous annoncer quelque chose d'important ! Et vous donner la raison pour laquelle ce week-end nous ne sommes pas partis dans l’autre maison.

Aroliana écouta attentivement. Depuis hier soir, elle attendait une réponse.

— On va…

— Ne me dites pas que vous allez divorcer ? coupa Meloria.

— Non, on va changer de quartier, répondit sèchement sa mère.

Meloria émit un gémissement à faire peur. Elle n'arrivait pas à ouvrir la bouche pour aligner deux mots à la suite. Aroliana ne comprenait pas l’échange entre ses parents et sa sœur, ni pourquoi Meloria avait réagi si brusquement sur un ton apeuré et désespéré.

— Mère, il est hors de question qu'on s'en aille. J'ai ma vie ici, mon gala de danse à Noël, les visites des universités qui approchent, mes amis. Je ne veux pas laisser tomber, reprit la jeune fille.

Sa mère suppliait Aroliana du regard.

— Non, Meloria a raison. J'adore cette ville. Et puis avez-vous pensé à nous ? Je n'ai pas envie de perdre tous mes amis. Vous imaginez si ça donne la même chose qu'avec Mathias ! Il a fait une dépression à cause de son départ, s'affola Aroliana qui avait enfin compris.

— Ne t'inquiète surtout pas mère, nous ça ne nous dérange en aucun point. Ce sera plutôt chouette. S’exclamèrent les jumeaux, heureux de découvrir un nouvel endroit.

À vrai dire, leur mère s'attendait à cette réponse, les jumeaux n'avaient jamais eu de copains. Ils restaient tout le temps collés ensemble. Bien que cela n’empêchait pas les disputes. Ils embêtaient sans arrêt leur monde.

Son père regarda la réaction de ses enfants sans pour autant réagir. Il ne regrettait pas sa décision. La ville était polluée. Leur maison n'était pas la mieux placée. Elle se trouvait coincée entre deux immeubles, la rue était très passante, et la grille d'accès était très facile à ouvrir. Ce qui renforçait la dangerosité de leur avenue. Leurs parents avaient préféré engager des gardes du corps que d'avoir un incident chez eux.  Il y avait souvent eu des vols, des bagarres et des meurtres dans ce quartier. Un petit garçon avait bousculé un grand toxicomane en jouant. Celui-ci avait répondu par un geste brutal touchant les cervicales. Le petit était mort sur le coup.

Cependant, les raisons pour son père et sa mère étaient bien différentes de celle d'un déménagement. Ils n'étaient vraiment plus en sûreté. Meloria encore offusquée par cette nouvelle, reprit la parole :

— Pour quelles raisons déménageons-nous si subitement ?

— Pour la bonne raison que le travail de ton père fait faillite. Il en a retrouvé un autre.

— Où ça ? demanda Aroliana.

— Dans une charmante petite vallée…

Sa mère prit le temps de finir sa phrase, ça n'allait pas leur plaire.

— …en France.

Les quatre enfants crièrent, indignés.

— Mère, quand vous nous disiez qu'on allait déménager je pensais que nous allions changer de quartier ou que nous changerions de ville. Mais là, on va devoir aller s'exiler en France ! Je ne veux pas aller vivre là-bas ! Vous n’êtes que des égoïstes, s'exclama Aroliana en colère.

— Tu me parles autrement jeune fille. La vallée de Karque est un joli endroit, très dynamique, abritant des riches familles.

— Attendez, dites-moi juste que j'ai tort, bégaya Aroliana. Jurez-moi que ce n'est pas la même vallée où Mathias passe ses étés.

— D’une, on ne jure pas Aroliana. Tu n'as pas à nous en vouloir. De deux, la décision est prise et nous ne reviendrons pas dessus.

Elle laissa tomber sa petite cuillère, et des larmes coulèrent sans retenues sur ses joues.

— Le lycée ? s'exclama Meloria d'une façon arrogante.

— Il y en a un. Le système français est différent du nôtre mais vous pourrez continuer votre scolarité. Par contre si tu continues à me parler sur ce ton Lam'Meloria, tu es punie !

— Mère, je ne supporte pas ce prénom. Vous le savez très bien. Alors arrêtez.

Aroliana décida de monter. Elle ne voulait ni entendre la dispute entre sa mère et sa sœur ni même finir de manger. Elle se sentait dans un état second. Si quelqu'un était venu, une journée auparavant, lui dire qu'elle déménageait, elle lui aurait ri au nez. Elle avait du mal à se faire à l'idée qu'elle allait devoir tout quitter, ses habitudes, ses repères, son quotidien. Tout partait en fumée. Elle n'avait jamais rien connu d'autre que cette maison. Plein de doutes l'envahissaient peu à peu. Elle frissonna. Elle entreprit l'ascension des escaliers quand sa mère lui cria :

— Aroliana, fais tes bagages ! Je vous envoie chez vos grands-parents. Le vol est prévu pour la fin de l'après-midi.

Elle resta tétanisée. Elle espérait au plus profond d'elle-même qu'elle avait mal entendu.

— Comment ça ?

— C'est votre dernière journée ici, en Amérique. Vos grands-parents vont vous accueillir dans leur villa à coté de Monaco, le temps qu'on règle les modalités du déménagement avec votre père.

— Mère ! Je n'ai même pas annoncé cette triste nouvelle à Lindsey et Blair. Pourquoi devrions-nous partir chez eux ? Je veux vous aider à tout préparer.

— Ce n'est pas discutable Aroliana. Vous prendrez la plupart de vos affaires chez vos grands-parents.

— Mais pourquoi devons-nous partir si hâtivement ? Sommes-nous recherchés par le FBI ? On part comme des voleurs, sans le dire à personne. Père a-t-il eu des problèmes au travail ?

— C'est fou l'imagination que les enfants peuvent avoir. Si ton père était recherché pour des problèmes au travail, la police serait déjà là. Nous devons juste partir. Tu t'en tiendras à cette seule explication, déclara-t-elle d'une voix ferme.

— Laissez-moi au moins aller les voir ! S'il vous plaît.

— Je te l'accorde, mais attention qu’elles tiennent leur langue. Nous l’annoncerons, ton père et moi, à nos amis le moment venu. Je viens te récupérer à dix-sept heures.

      Sa mère reprit d'une voix plus calme.

— Je suis désolée, mais nous ne voulions pas vous inquiéter tant que rien n’était fait. Dis-toi que tu reverras sûrement Mathias aux vacances prochaines.

— Je ne sais pas si cela est une bonne chose mère.

— Monte vite te préparer pour voir Lindsey. Appelle-la, avant.

— Bien sûr mère.

Aroliana alla dans sa chambre encore perturbée par tous ces événements. Dix mille questions tournaient en rond dans sa tête. Elle se demandait les réelles motivations que pouvaient avoir ses parents pour tout plaquer du jour au lendemain. Même si elle n’idolâtrait pas le milieu social dans lequel elle vivait, elle aimait sa vie ici.

Elle avait l'espoir que le collège où elle arriverait serait moins strict. Ils l'avaient inscrite dans une école privée, plus respectable pour des gens de leur catégorie sociale. Bien qu'elle ne soit pas boursière et qu'elle fasse partie de l'élite, les jeunes de son âge avaient beaucoup de mal à l'accepter a contrario de sa sœur aînée. Elle avait grandi sous la popularité intarissable de sa sœur et de ses scandales à outrance.

Beaucoup plus studieuse que Meloria, elle adorait apprendre les langues mortes, et plus particulièrement le latin. Aroliana répondait parfaitement à l'exigence très pointilleuse des professeurs de l'école.

Cependant, la seule chose que l'on pouvait reprocher à cette élève parfaite était son comportement. Elle s'était souvent fait punir à cause d’événements inexplicables. À son plus grand étonnement, ses parents l'avaient rarement réprimandée. Elle en avait parlé à ses amies mais celles-ci n'avaient évidemment pas de réponse à lui donner.

Elle s'allongea sur le lit qui venait de grincer, empoigna son téléphone et composa le numéro de sa meilleure amie.

Aroliana attendit, puis une voix très endormie dit :

— Allo ?

— Salut Lindsey… tu as encore bien fait la fête hier ? dit-elle sournoisement.

— Tu lis dans mes pensées ! Tu aurais dû venir c'était génial !

— En fait, j'y étais mais l'alcool t'avait tellement monté à la tête que tu ne me reconnaissais pas ! rigola Aroliana.

Elle entendit du bruit de l'autre côté du téléphone, Lindsey devait se remettre en position assise.

— Tu n'es pas restée longtemps ?

— Assez pour voir les dégâts ravageurs de l'alcool et de la drogue sur des jeunes privilégiés de notre âge.

— Mais merde Lana ! Il va vraiment falloir que tu fasses tes débuts dans le monde ! John t’a cherché toute la soirée !

— Il m'a cherchée ? Mais pourquoi ? s'exclama Aroliana étonnée.

— Je ne sais pas trop, il avait quelque chose de très important à te dire à ce qu'il paraît.

— Notre relation est finie, je ne veux plus lui parler, il le sait. De toute façon, ça n'a plus aucune importance maintenant.

— Qu'est-ce qui t'arrive ?

— Lindsey, je déménage, dit Aroliana d'une petite voix.

— À côté de New York ? Pauvre Blair. Elle va se retrouver seule après les vacances de Noël. Je ne veux pas que tu partes !

— Tu déménages ? s’étonna Aroliana.

— Désolée, ma mère me l'a appris hier soir avant la fête de Sandy. C'est pour ça que j'ai un peu déraillé ! Elle ne veut plus que je sois influencée par cette ville, elle veut que je reprenne ma vie en main ! Elle veut m’exiler dans le Mississippi, à la campagne ! Tu me vois, au milieu de toutes ces herbes hautes, de ces vaches ? Je pourrai même plus côtoyer les grandes boutiques luxueuses de la 5th avenue ! Mais bon ce n’est pas si loin New York, je viendrai vous voir souvent !

— Je ne serai plus sur le sol américain. Je déménage en France.

Il y eut un affreux grésillement dans le téléphone. Lindsey venait de le laisser tomber.

— Ramène-toi chez moi ! Il va falloir que tu m'expliques pourquoi tes parents veulent d'un coup quitter les États-Unis.

— Je n'ai pas de réponse à cette question.

— Écoute prépare-toi, et rejoins-moi. Je vais prévenir le portier de ton arrivée… et Lana, ne me fais pas le même coup que la dernière fois avec ton don !

Aroliana rigola. Lindsey changeait de sujet si rapidement que ça en devenait déroutant.

— Ne t'inquiète pas ce n'était pas mon intention. Il s'est déjà manifesté ce matin, pas deux fois dans la même journée !

— Qu'est ce qui s’est passé ?

— Quand je me suis réveillée, je n'avais aucune envie de me lever pour attraper mes vêtements. Alors je pensais qu’ils arriveraient sur mon lit, et ils se sont posés délicatement sur mes draps.

— La chance, je voudrais bien avoir ton don !

— Tu as déjà une femme de chambre !

— C'est vrai, mais c'est plus cool !

— Bon on se voit à dix heures !

Lindsey lui avait raccroché au nez. Bien entendu, elle avait dissimulé son nom bizarre à ses amies. Toutes l'appelaient Lana, c'était simple et surtout normal. Pourquoi ses parents l'avaient-ils appelée Lam'Aroliana ?

Il y avait aussi ces événements bizarres qui construisaient sa vie au fil des années. Son premier accident se passa quand elle avait onze ans, elle était en première année de « Middle school » pendant le cours de sport. L'activité consistait à faire du laido. Elle battait tous ses camarades avec souplesse et détermination. Aucun ne lui résistait. Quand le prof lui demanda de l'affronter, celle-ci avait réfléchi puis avait accepté. Lana avait engagé, ses yeux bleus étaient devenus violet éclatant et jaune. Elle avait mis son professeur à terre en seulement une minute. Ce dernier n'était pas tombé de haut pourtant, la jambe était fracturée.

Après il y avait eu l'événement à la cantine. Lana passait comme d'habitude au self. Elle avait hésité entre deux plats, puis en avait touché un et finalement avait choisi le deuxième. La cantinière lui avait hurlé dessus, elle lui avait dit : « Tu prends le plat que tu touches, c'est de l'hygiène ». Lana, à ce moment, fulminait. Comment elle, une simple cantinière, pouvait lui faire une leçon sur l'hygiène alors qu'elle ne portait même pas une charlotte pour éviter que ses cheveux tombent dans les plats. Elle osait lui faire une réflexion. Lana était tellement énervée par cet accrochage qu'elle lui avait répondu : « Prenez-le votre plat ». Quand Aroliana avait rouvert les yeux, l'assiette était renversée sur la tête de la cantinière. Ce jour-là, Aroliana se fit sévèrement punir mais elle était fière de ce petit incident.

Le plus bizarre fut avec Mathias, c'était juste avant le départ du jeune garçon. Ils avaient à peine dix ans. Les deux enfants se promenaient, et discutaient de leurs goûts, passions et jeux. À cette époque, les après-midis pour Lana étaient magiques. Elle se sentait tellement bien auprès de lui. Ils étaient dans Central Park, où les oiseaux chantaient, le soleil brillait, pas un nuage dans le ciel. En une seule seconde, les oiseaux s'étaient tus, un énorme nuage cachait la grosse étoile. Ils regardèrent le ciel, tournèrent la tête et aperçurent quatre hommes avec des manteaux marron à plusieurs mètres d'eux. Les hommes ne semblaient pas méchants pourtant ils glaçaient le sang d’Aroliana et Mathias. Puis, ces derniers n’y portèrent plus attention.

Cependant un des hommes courrait vers eux. Dans un premier instant, les enfants ne se sentirent pas visés par cet individu, qu’ils ne connaissaient pas. L’homme sortit un couteau. La lame étincelait avec les faibles rayons que laissait passer le nuage. Lana et Matt entamèrent une course folle. Ils n'étaient pas invincibles et commencèrent vite à perdre leur souffle. Les quatre hommes se rapprochaient dangereusement. Les yeux des enfants devinrent violets avec des reflets jaunes. Une fléchette arriva dans le cœur de l'un des hommes. Lana regardait ses mains. D'où venait-elle ? Mathias, lui, se retrouva avec un sabre dans les mains. Par une force mystérieuse, Lana déplaça un rocher et le fit s'abattre sur les deux hommes. Le dernier tomba avec une blessure horrible à l'abdomen. Leurs yeux étaient toujours de la même couleur. Les passants à côté d’eux ne semblaient se rendre compte de rien. Un camion leur fonça dessus. Les individus portaient le même manteau que leurs précédents assaillants.

Aroliana et Mathias étaient enfoncés dans un mètre de neige. Leurs vêtements étaient trempés, ils allaient attraper froid. Lana prit la main de Matt, elle avait peur. Comment en étaient-ils arrivés là ? Une motoneige arriva à proximité. Mathias lui demanda de l'aide. L’inuit brandit un couteau. Son paletot était marron comme celui des autres personnes dans le parc.

En une fraction de seconde, ils étaient dans la maison de Mathias. Ils n'en revenaient pas. Aroliana retourna chez elle, totalement déboussolée. Les enfants décidèrent d'oublier cette « aventure » sûrement imaginaire.

Mathias, cette seule pensée la fit rougir. Elle ne se rappelait pas la dernière fois qu’elle l’avait vu. Elle avait arrêté le décompte lorsqu’elle avait compris que son départ l’avait blessé. Il n'était pas forcement beau. Ses charmes et sa façon de raisonner le laissait toujours au centre de l'attention. Ses parents répétaient sans cesse qu'ils avaient eu de la chance d'avoir un fils comme lui. Il comblait un peu la perte de leur benjamin. Mathias était issu d’une famille noble comme elle. Depuis son déménagement, il s'était renfermé sur lui-même et avait mené une vie désagréable à ses parents. Souvent, leurs mères s'étaient parlé par téléphone mais Lam'Corina refusait de leur dire de quoi elles discutaient.

Soudainement, la porte de sa chambre s'ouvrit d'un seul coup ce qui tira Aroliana de ses pensées :

— Meloria, tu aurais pu frapper avant d'entrer ! accusa Lana.

— Désolée, chère sœur. Comment te sens-tu après ce que mère nous a annoncé ?

— Arrête d'être polie. On est entre sœur ! Tu crois sincèrement que ton jeu me trompe ? Peut-être les parents, mais pas moi ! Au fait, tu as encore fait sensation dans la presse à scandale, dit Lana moqueuse en montrant le magazine. Heureusement que les parents ne s'abaissent pas à lire ces torchons.

— Tu es d'un humour aujourd’hui ! rigola Meloria.

— Bon Mel, pourquoi tu es là ?

— Mère a juste dit après ton départ qu'il fallait choisir entre deux académies : l'académie générale…

— Ils ne peuvent pas nous lâcher deux secondes qu'on puisse encaisser la nouvelle, interrompit Aroliana. Et toi, tu ne te bats pas ? On va être exilé à l'autre bout de l'océan !

— …et l'académie de danse, je crois, reprit Meloria énervée par sa petite sœur. Mais tu apprendras les autres matières quand même. Elle a aussi dit qu'on était accepté à dix-sept de moyenne et cette école est réservée aux personnes pratiquant la musique, la danse ou le chant, car il y a un examen d'entrée.

— Donc je suis acceptée, je n'ai que des A et j'ai fait un an de danse ! Et puis avec l'argent qui déborde des poches de nos parents, je n'aurais pas de mal à y entrer, répliqua sarcastiquement Aroliana.

— Lam'Aroliana Vira del Krasalvio veux-tu parler correctement je te pris.

Meloria marqua un temps de pose.

— Mel, si j'avais besoin d'une mère j'irais la voir en bas. J'ai besoin du soutien d'une sœur là. Comment peux-tu tout prendre comme ça, à la légère ?

— Je prends sur moi. Ils ont sûrement une bonne raison pour nous infliger ce châtiment.

Elle s’approcha d’elle et la prit dans ses bras en la serrant fort.

— Je suis cependant ravie de ta réponse. J'ai toujours su que tu aimais la danse. Quand tu as arrêté, il y a trois ans, je savais que ce n'était pas parce que tu n'aimais plus ça. C'est simplement parce que la prof te criait dessus. Tu n'avais pas compris qu'elle te sermonnait parce que tu as du talent. Je suis sûre que tu as fait le bon choix. Ça va être génial, on sera encore dans la même école. Je t'aime tellement mon adorable sœur… Au fait, tu pensais à quoi quand je suis rentrée ? Laisse-moi deviner !

Lana soupira. Elle attendait que les neurones de sa sœur se connectent.

— Je sais à Mathias !

— …

— Tu étais toute rouge et tes yeux brillaient de malice comme à chaque fois que Mathias t’a proposé de sortir !

— Arrête Mel, je me sens déjà assez mal comme ça, pas besoin d’en rajouter une autre couche avec Matt. Son départ n’a pas été une chose facile à accepter pour moi. Je vais perdre mes meilleurs amis. En plus, on va passer environ un mois chez nos grands-parents à Monaco donc ça veut dire bonnes manières, très bon langage, et sorties mondaines tous les soirs. Mes cauchemars sont toujours les mêmes.

— Ça nous fera certainement du bien un nouveau départ.

— Je ne sais pas Mel. Je ne m’étais pas préparée à un tel chamboulement.

— Je suis désolée. 

Sa sœur se sentant de trop décida de laisser sa petite sœur tranquille, elle avait besoin d'être seule. Cela Meloria le comprenait mieux que quiconque.

— Bon, je te laisse finir de préparer tes affaires.

— Oui, je te dis quand je pars chez Lindsey.

Quand elle eut fini de préparer ses affaires avec l'aide de leur gouvernante, elle descendit et cria à Meloria qu'elle partait chez Lindsey. Sa mère lui fit les dernières recommandations. Aroliana voyait la maison pour la dernière fois, elle salua les gardes, ils lui ouvrirent le portail puis elle sortit. Son nez était chatouillé par le pollen qui volait. Les chiens hurlaient à la mort. Elle se répétait que ce n'était qu'un cauchemar. Lana venait de commencer sa première année de secondaire avec tous ses amis. Aroliana était une excellente élève, avec des capacités physiques incroyables. Elle avait été première au cross avec huit minutes d'avance sur la deuxième. Quelques larmes s'échappèrent de ses yeux bleus et s'écrasèrent contre son manteau. Ses cheveux attachés en queue de cheval étaient balayés par le doux vent d'automne. Elle décida de passer par Central Park, après tout c'était la dernière fois qu'elle le voyait. Aroliana regarda les enfants jouer dans le parc. Une petite fille pleurait, sa mère arriva en courant pour la consoler. Un jeune garçon riait aux éclats en descendant le toboggan. Elle continua son chemin, vit des personnes âgées qui discutaient gaiement entre eux. Elle traversa la route quand elle vit trop tard une voiture foncer droit sur elle. Allait-elle mourir ? 

Non. La voiture s'arrêta à temps avec un bruit atroce venant des pneus. L'adolescente avait l'habitude. Elle s'était déjà fait renverser par des voitures. « Il roule comme des fous » pensa-t-elle. Aroliana s'était cassé le poignet plus jeune en se faisant percuter.

Elle baissa la tête et replongea dans ses pensées obscures, de nouveau ses yeux étaient noyés de larmes. Elle repensa à son année de danse quatre ans plus tôt. Elle était douée, même excellente. Elle avait obtenu le premier rôle dans le ballet de fin d’année alors qu'elle venait à peine de monter sur pointe. Elle connaissait tous les mouvements alors qu'elle ne les avait jamais appris. Elle avait beaucoup d'ennemies. Presque toutes la jalousaient et la décourageaient à part deux : Lindsey et Blair. Aroliana sourit, elle les avait connues à l'école de danse, à partir de ça une grande amitié était née.

La fille aux yeux bleu gris aperçut un groupe de drogués et bien sûr c'était celui du lycée. Ils se tournèrent vers elle, l’interpellèrent et lancèrent des insultes. Pour elle, tout était normal, au lycée, ils la traitaient de fille bizarre. Elle ne voyait pas pourquoi. Ses longs cheveux dégradés lui arrivaient en bas du dos. Une frange cachait son front. Ils étaient lisses, fins et noirs avec des reflets bleus. Cette couleur était là depuis sa naissance, tout son entourage trouvait que cela lui donnait un côté charmant. Elle possédait de très fins sourcils noirs et des yeux bleu très clair avec des reflets gris qui lui offraient un visage épatant. Son nez était fin et une bouche rose clair laissait place à une dentition parfaite. Son visage était très pale. Deux petites cicatrises en spirale dans sa paume et à côté de la clavicule étaient apparues le jour du déménagement de Mathias et l'autre depuis sa naissance. Elle était une beauté froide, inaccessible. Elle riait rarement devant les gens et préférait se forger une carapace pour ne pas souffrir. Elle n’était sortie qu’avec John, malgré les demandes successives des autres garçons plus ou moins âgés qu'elle. Pouvait-on juger quelqu'un de bizarre juste parce qu'il ne rentre pas dans le moule ? Elle préférait laisser les scandales à sa sœur, les fêtes à Lindsey, et la mode à Blair.

Elle heurta quelqu'un. Une petite fille lui sauta dans les bras, Aroliana la reconnut : c'était Éloïse, la petite sœur de Lindsey. Elle releva la tête et aperçut Maxime, son meilleur ami. Elle ne parla pas, comment avait-elle fait pour oublier de lui téléphoner. Elle le dévisagea et il prit en premier la parole :

— Salut Lana, mais qu'est-ce que tu as ? Tu pleures à cause du déménagement de Lindsey. Je reviens de chez elle, elle m'a confié sa petite sœur pour que je la fasse sortir ! Tu sais elle ne va pas habiter si loin que ça !

Aroliana ne put s’empêcher de craquer.

— Non, ce n'est pas ça.

Elle s’effondra de chagrin.

— Chut, ne pleure pas. Je ne comprends rien à ce que tu racontes.

— Je déménage ! C'est tellement injuste que je n’arrive pas à réaliser.

Max comme à son habitude partit dans des discours philosophiques.

— Tu sais la vie est parfois injuste, il faut savoir faire avec. On pourra se revoir, tu ne vas pas habiter à l’autre bout de la planète.

— Je pars en France !

— Oh… je suis désolé Lana. Il y aura forcément du positif à tirer de cette situation. Mathias avait bien plus perdu quand il a déménagé : son frère, ses amis et surtout toi.

— Je t'interdis ! Si je lui manquais il n'avait qu'à m’appeler ! Je vais habiter dans la ville de ses grands-parents, c'est bien la dernière chose qui me réjouisse !

— Tu sais, je crois que c'est normal vu que tu ne l'as pas revu depuis ce fameux jour et qu'il ne t'a pas donné de ses nouvelles ! Écoute, tes parents m'ont invité à passer les vacances avec toi chez tes grands-parents en France. Maintenant, je comprends mieux pourquoi. Ils voulaient sans doute que je te remonte le moral !

— Que je les aime ! Merci d'avoir accepté !

— Je n'ai pas dit que j'avais accepté ! Tu me connais trop bien ! sourit Max.

— Oui, je sais ! se vanta Aroliana.

Max lui essuya ses larmes, elle sourit.

Chapitre 2

Aroliana était sur la route. Par la fenêtre, on pouvait voir une alternance d’arbres majestueux. Cette route, elle la connaissait par cœur maintenant. Elle se dirigeait tout droit vers chez grands-parents. Elle soupira.

 Lana n'arrivait pas à engager la conversation. Elle préférait se tenir silencieuse dans son siège en compagnie de Max et de Mel. Ses yeux continuaient à se perdre dans le paysage où s'alternaient maintenant montagnes et plaines.

Elle repensait sans cesse à ces deux derniers jours. Elle ne comprenait pas ses parents, et sa rancune s’amplifiait de plus en plus. Ses derniers moments avec ses amies semblaient s'être gravés à jamais dans sa mémoire. Son cœur se serrait. Les trois jeunes filles avaient pleuré tout l'après-midi. Blair n'arrivait pas à se faire à cette situation. Bien que cette dernière ait d'autres amis au lycée, c'était Lindsey et Lana qui la comprenaient le mieux. Elles partageaient tout depuis quatre ans. Les souvenirs venaient l'assaillir, faisant le récapitulatif de tous les moments qu'elle avait vécus avec elles.

Ses yeux essayaient de retenir ses larmes. Max lui prit la main. Il lui sourit. Elle n'arriva pas à le lui rendre. Le garçon ne lui lâcha pas la main pour autant, sachant pertinemment que sa présence la réconforterait. Il l'avait déjà vue se refermer totalement sur elle-même, rien de ce qu'il pourrait lui dire ne la consolerait.

Quand ils arrivèrent à destination. Max fut émerveillé par l'immense manoir. Tout était recouvert de pierres précieuses et de marbre. Bien qu'il fasse partie de l’aristocratie, il était vrai que le manoir des grands-parents de Lana impressionnait tout le monde.

Aroliana se demandait souvent comment il se faisait que ses grands-parents ne se fassent jamais cambrioler. Elle le comprit quand Maxime, en rentrant dans la villa, fit tomber une œuvre d'art de deux mètres. Les alarmes se déclenchèrent. Sorties du sol, des grilles protégeaient toute la maison jusqu'à cinq mètres de haut. Les gardes du corps arrivèrent en courant. Maxime fut mis à terre et immobilisé pendant qu'ils le fouillaient. Aroliana réussit à esquisser un sourire. Le premier jour se déroula sans autre incident.

Le lendemain, leurs parents partirent dans la journée après avoir fait aux enfants toutes leurs recommandations. Ils devaient tout mettre au point dans la vallée avant de les accueillir. Les filles levèrent les yeux au ciel et ne leur dirent pratiquement pas au revoir. À peine avaient-ils passé la grille de la villa, Maëlle et Mathéo commencèrent leurs bêtises.  

Max et Lana s'étaient levés depuis deux heures. Il faisait beau et les oiseaux chantaient. Aroliana semblait de meilleure humeur que la veille. Ils décidèrent de s'installer sur la terrasse de la jeune fille afin de profiter des premiers rayons du Soleil. Ils commencèrent à s'ennuyer, le garçon lui proposa de faire un jeu.

C'est ainsi que Maxime affronta Aroliana aux échecs. Malheureusement, le pauvre garçon se fit inévitablement battre.

La grand-mère de la jeune fille arriva en pleine partie sans même prendre la peine de toquer. Son regard était froid et distant. Ses cheveux relevés en chignon, ne laissaient pas échapper une seule mèche de sa chevelure argentée, renforçant son regard glacial. Maxime fut désappointé par le comportement de la vieille dame. Elle demanda à Lana de la suivre. Maxime pesta. Pour une fois qu'il avait l'avantage, il fallait qu'elle se défile. Lana lui fit un clin d'œil.

Aroliana suivit sa grand-mère.

Cette dernière appréhendait leur discussion. Pourtant elle n'avait pas le droit de le lui révéler. Lana la suivit silencieuse.

Elles entrèrent dans l'immense bibliothèque. Lana était impressionnée par la hauteur de cette salle. Des livres de toutes les couleurs, et de différentes reliures étaient amassés dans les grandes étagères. C’était, pour elle, la première fois qu’elle la visitait, car lorsqu’elle était petite, ses grands-parents lui en interdisaient l’accès. Sa grand-mère s'était déjà installée dans un des nombreux fauteuils de velours rouge. À côté, une tasse fumante était posée sur une table en bois d’ébène parsemée de gravure.

— Approche Lam'Aroliana et assis-toi. Sache que la discussion que nous allons avoir doit absolument rester secrète. Tu ne dois en parler à personne, même pas à ton jeune ami Maxime.

— Et à mes parents ? risqua Lana.

— Je te l’interdis ! s'exclama la vieille dame.

— D'accord, répondit-elle soucieuse.

Sa grand-mère avait un teint encore plus pale que d’habitude. Ses yeux évitaient de poser le regard sur la jeune fille qui affichait un air inquiet. Ses mains tremblèrent légèrement quand elle voulut prendre la tasse de thé, la vieille femme tourna la tête vers la fenêtre. Lana regardait maintenant sa grand-mère, jamais elle ne l’avait vue dans un état de préoccupation aussi notable qu’aujourd’hui. Ses cheveux gris lui avaient durci le visage. Son air n’était pas celui d’une grand-mère attendrie par ses petits-enfants, mais celui d’une femme meurtrie par des événements bouleversants, et surtout en ce moment déformée par un sentiment de peur. Aroliana ne ressemblait pas à sa grand-mère sur l’aspect physique. Seuls leurs yeux bleus, marquaient leur similitude. Cependant, elles possédaient un caractère fort et propre à chacune d’elles.

— Je vais t’annoncer des faits d’ici quelques minutes qui vont te paraitre étrange. Comme tu le sais déjà, la famille Krasalvio est une famille richissime et de grands danseurs. Je ne vais pas essayer d'enjoliver les choses. Je pense que la meilleure chose à faire est d’être directe.

— Ce sont père et mère ? Leur est-il arrivé quelque chose ? s’affola Lana qui imaginait toujours le pire, et qui trouvait les propos de sa grand-mère bizarre.

Sa grand-mère soupira, ça n'allait pas être facile.

— Non, ils sont bien arrivés à la vallée. Ce que je vais te révéler risque d’influencer ta vie future.

— Pardon ? Vous n'exagérez pas un peu ? rigola Lana d'un rire nerveux.

— Non, malheureusement. Tu ne comprends pas, c'est normal. Ce n’était pas mon rôle de te révéler ce que je compte te dire d’ici peu. Cependant, je trouve qu’il est primordial que tu sois au courant avant d’y aller !

 Aroliana commençait à paniquer, sa grand-mère devenait folle. Elle allait se lever, prévenir quelqu’un que sa grand-mère devenait démente. La vieille dame ne passa pas par quatre chemins pour la faire asseoir.

— Ta mère a disparu peu après ta naissance.

Lana laissa échapper un rire sec.

— Vous délirez, ma mère vous l'avez vue hier.

— C'est une copie parfaite, un leurre. Quand je l’ai appris, je pensais cela inconcevable. Pourtant, les faits existent. La dame qui vous a élevés depuis toujours n’est pas votre mère biologique !

— Vous mentez ! s'emporta Aroliana. Il faut vous appeler un médecin, dit-elle en se levant.

— Je ne me permettrai pas, je ne rigole pas avec ces informations. Pour qui me prends-tu, enfin ?

— Une vieille dame sénile qui doit avoir oublié ses médicaments, mais prouvez-le-moi ! Qu'on aille dans cette mascarade jusqu'au bout, répliqua Aroliana avec un air de défi, bien propre à son caractère. Je suis toute ouïe, dit Aroliana sarcastique.

Elle regarda sa grand-mère en levant les yeux.

— Depuis des générations, nous conservons nos mémoires dans des livres, pour pouvoir retracer l'histoire de la famille. Dans ces mémoires, nous ne pouvons pas mentir, le livre le sentirait et le mensonge serait effacé immédiatement.

Lana leva les yeux au ciel. Un livre qui sent les sentiments, mais bien sûr, sa grand-mère avait toute sa tête. Elle se retint de rire, et continua à écouter les calomnies de cette vieille dame.

— Ton père rédigea tous les moments de sa vie à l’intérieur d’un livre de famille afin de retracer son histoire. Par mégarde, il l'avait laissé ouvert un soir qu’il passait à la maison. Je n'y ai normalement pas accès étant donné que je suis une Krasalvio par mariage. Je le trouvais très étrange à cette époque-là, et je pensais que ce livre répondrait à mes questions. J’entamai ma lecture. Je ne m’étais pas attardée sur son enfance, je la connaissais, mais je voulais découvrir le secret de ta naissance. Bien que cela soit puni par la loi, je soupçonnais que Nicolas me mentait à l'époque, il dissimulait un lourd secret. J'ai alors appris des histoires déconcertantes. Quatre ans après ta naissance, ta mère s'était fait enlever par des Ombros, en d'autres termes des pillards qui demandèrent une rançon. Le plus étonnant était la nature de la rançon : une humaine, toi. Ton père refusa et confia de l'argent à son plus fidèle serviteur, en espérant qu'ils l'accepteraient et lui rendraient ta mère. Malheureusement, le serviteur ne revint jamais. Ton père était dans une détresse affolante. À l'époque, il n'avait pas voulu me faire part de ses états d’âme. Depuis la naissance de Meloria, je n'avais jamais rencontré ta mère biologique. Bien que j’eusse usé de stratagèmes pour la rencontrer, elle restait un véritable mystère pour moi. Un an après que vous ayez déménagé à New York, une de ses amies lui proposa son aide pour vous élever. Ton père accepta mais un problème se posa. Vous ne l'acceptiez pas sous sa vraie forme, alors elle usa d'un puissant sortilège qui consistait à vous faire croire que vous voyez votre mère biologique. C’est seulement à ce moment-là que je la rencontrai pour la première fois. Ton père n'avait plus aucune nouvelle de ta vraie mère mais il espérait un miracle. À tes huit ans, ton père reçut un colis où se trouvaient deux charmants nouveau-nés et une lettre…

— Je ne vous crois pas. J'ai vu cet « imposteur » accoucher ! rectifia Aroliana maintenant énervée par les calomnies de sa grand-mère.

— Non, tu as cru la voir. C'était une mise en scène pour que vous n’ayez pas de doutes. La lettre était destinée à ton père et toi, soupira la grand-mère.

— Pourquoi moi ? Pourquoi Meloria ne serait pas concernée par cette lettre ? s’enquit Lana.

— Je ne connais pas la cause de cet adressage. Ton père apprit que ces deux bébés étaient les siens et que ta mère n'était pas encore morte.

— Mais j'ai cinq ans d’écart avec les jumeaux. C'est impossible, répondit Lana sceptique.

— Si, pourtant, ta mère avait réussi à s'échapper une nuit. Ce fut la dernière fois que Nicolas vit ta mère. Je ne sais pas exactement comment les choses se sont déroulées, dans l'ouvrage ton père a juste mentionné: « je l'ai revue une nuit, et ce fut la dernière » en marquant la date : le 5 janvier 2002. Et le premier octobre, ton frère et ta sœur étaient sur le porche de la maison. Ta mère adoptive était aux anges « elle était tellement ravie qu'elle se mit à pleurer toute la journée, je partageais son bonheur. Son exil lui pesait sur les épaules depuis longtemps maintenant et je savais qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfant. Depuis l'arrivée des jumeaux, je l'entendais tous les soirs remercier Donna Lam'Corina et prier pour qu'il ne lui soit rien arrivé. Je partageais sa souffrance mais je me taisais. Nous avions deux enfants de plus à élever et ça risquait d'être plus difficile pour Aroliana ». C'est ce que ton père avait écrit le 25 octobre.

       Lana fit les gros yeux. Tout correspondait les jumeaux étaient bien nés en octobre, elle se rappelait aussi les crises dont elle avait été victime après l'arrivée des jumeaux. Elle faisait des cauchemars tous les soirs. « Sa mère » avait passé toutes ses nuits avec elle pour essayer de la calmer. Cependant, elle ne comprenait pas pourquoi son père avait écrit que ça risquait d'être plus difficile pour elle. Lana adorait les jumeaux, elle aurait tout fait pour eux. Jamais elle n'avait vu les jumeaux comme des poids.

Bien qu'elle ne crût absolument pas sa grand-mère, la situation était ahurissante.

— C'est dingue ! Pourquoi ne pas en avoir parlé à Meloria ? Elle est plus grande, elle a plus de maturité pour faire face à ce genre de situation. Vous rendez-vous compte, grand-mère de ce que vous venez de m'annoncer ? La lettre, vous avez dit qu'elle me concernait. Que révélait-elle ?

— La lettre a été coupée en trois parties. Une dédiée à ton père, une que je n'ai pas retrouvée, et une à toi qui était la partie centrale. Ton père devait te la montrer à tes seize ans mais cela est trop tard il faut que tu la lises maintenant.

Sa grand-mère se leva en boitant, elle s’appuya sur sa canne et sortit le fameux livre et le morceau de lettre. Aroliana la trouvait épuisée. Elle le lui tendit.

— Je ne peux pas la lire, seule toi peux l'ouvrir.

Ne sachant pas ce qu'elle allait découvrir, elle préféra prendre ses précautions.

— Si je la lis à haute voix promettez-vous de ne jamais divulguer ce qu'il y a écrit à l’intérieur ? Puis-je vous faire confiance et m'aider en cas de besoin ?

— Je te le promets, Aroliana.

Lana tiqua, c'était bien la première fois que sa grand-mère l'appelait uniquement par son prénom et non avec son préfixe. Elle comprit que sa grand-mère ne la trahirait pas et qu'elle pouvait avoir une confiance absolue en elle. C'était leur promesse. Cette dernière la fixait avec ses yeux bleus, éteints. Aroliana commença à la lire :

Merci Nicolas pour ce que tu fais avec Emylia    

Ma puce, mon Aroliana.

Au moment où tu liras cette lettre, je ne suis pas sûre que l'on t'aura expliqué toute ton histoire. Je n'ai pas le temps de tout avouer. Le temps m’est compté. Je vais te conseiller autant que je le peux.

La première chose que je veux que tu saches et ce dont je veux que tu ne doutes jamais : je t'ai aimé et tous les choix que j'ai dus faire étaient dans ton propre intérêt.

Ta vie va être bouleversée d'un seul coup. C'est peut-être un peu brutal, mais je n'exagère rien pour autant. Prépare-toi et évite le conflit le plus longtemps possible.

En lisant mes mots, tu enlèveras le verrou qui scellait tes pouvoirs. Tu ne pourras rien y faire. Ton destin est de changer les choses. Écoute ton cœur et ton instinct, ce sont tes plus grandes forces. J'ai voulu suivre les codes que l'on m'avait appris et cela m'a coûté mon emprisonnement et peut-être ma mort. Ne fais pas confiance aux mauvaises personnes. Méfie-toi. Certaines seront là pour exploiter ton potentiel.

J'ai une dernière chose à te dire. Je t'ai confié, lorsque tu étais enfant, une petite clé en or. Je voudrais que tu la gardes sur toi. Personne ne doit connaître son existence. Sinon beaucoup de choses risqueraient de se compliquer. Je veille sur toi. Garde cela à l'esprit. Je vais te confier un secret qui est le tien et le mien.

— Et la suite ?

— Je te l'ai dit, elle n'est pas entière !

— Ne suis-je pas en train de rêver parce que là ça semble irréel. Il faut que je m'assoie… un sortilège, des pouvoirs ? La magie, ça n'existe pas !

     Elle allait devenir folle. Depuis qu'elle était enfant, elle vivait dans un monde matérialiste, et non fictif. Quelle était la part de vrai dans cette histoire ?

— Es-tu bien sûre de toi, Lam'Aroliana ? Ne s'est-il pas passé des événements inexplicables, des choses que tu ne contrôlais pas ? Des rêves qui te semblaient tellement réels que tu te réveillais le matin en te demandant si c'était vrai ?

— Je ne… Oui, peut-être… mais… ! essaya de justifier Aroliana confuse.

— Tu sais très bien que j'ai raison, Lam’Aroliana.

Lana pour la première fois depuis longtemps hésitait. Même si elle se considérait comme une personne ancrée dans la réalité, le doute s’immisçait peu à peu dans son esprit.

— Pourquoi me l’aurait-on caché ?

— Mon fils avait de bonnes raisons de le faire. J’ai perdu le contrôle de ses choix au moment où il est rentré dans l’armée. J’ignorai avec qui il s’était marié et qu’il avait des enfants. Un beau jour, vous êtes arrivées ta sœur et toi sur mon porche en clamant que j’étais votre grand-mère. Mon fils ne m’a guère donné plus d’explications. Il ne pouvait rien me dire avant car vous étiez en danger à cause de son métier. Il ne m’a pas fallu longtemps avant de vous aimer comme si je vous connaissais depuis vos premiers jours. C'est à lui que tu devras poser ces questions désormais. Je t’ai dit tout ce que je savais sur le sujet.

— Pourquoi me l'avoir dit maintenant et ne pas avoir attendu encore deux ans ?

— Les temps changent. L'autre monde s'agite, une guerre se prépare, Aroliana. D'après ta mère, il faudra que tu évites d'y participer. Il vaudrait mieux que tu l'écoutes. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans la tête de Nicolas pour t'emmener dans la vallée de Karque.

Un long silence s'installa entre les deux individus. L'une était contrariée et pensive vis-à-vis de la lettre de sa belle-fille et l'autre toujours sidérée par ce qu'elle venait de découvrir. Finalement, sa vie se déroulait un peu comme dans les romans qu'elle lisait. Sa mère biologique lui avait dit qu’en lisant cette lettre, ses pouvoirs ne seraient plus scellés. Elle ne se sentait pas différente des autres jours. Rien n'avait changé. Finalement, elle ne connaissait pas la vie de ses parents. Ils lui avaient toujours montré ce qu’ils voulaient qu’elle voie.

— Il y a une chose que je ne comprends pas. Ma mère biologique ne m'a jamais donné la clé dont elle parle. Je n’ai aucun souvenir de cette femme.

Sa grand-mère ne lui répondit pas tout de suite. Elle réfléchissait, essayant de trouver la logique de cette histoire.

— Ta mère biologique n’aurait pas pris le risque que ton père ou même ta mère ne tombe dessus. Elle a dû te la donner personnellement. Je pense que tu l'as en toi ! s'exclama la veille dame.

— Je ne porte jamais ce genre de collier. Ce n'est pas assez chic, s’enquit Aroliana étonnée par les dires de sa grand-mère.

Sa grand-mère leva un sourcil, lui faisant comprendre qu'elle devait réfléchir.

— Grand-mère, sérieusement, vous croyez qu'elle m'a implanté la clé à l’intérieur de mon corps. C'est pure folie !

— C'est une magie ancienne qui consistait à cacher des objets très précieux et importants. Au lieu de les cacher dans un endroit où ils pouvaient être découverts, des personnes ont inventé la magie de dissimulation. Elle consistait à cacher des petits objets entre la peau et les muscles. Ta mère ne voulait en aucun cas que Nicolas découvre cette clé mais elle voulait aussi que ce soit toi qui la garde. Le plus probable c'est qu'elle ait fait appel à un dormeur. Afin qu'il te dissimule la clé à l'intérieur de ton corps.

Aroliana ne comprenait pas la moitié de ce que sa grand-mère lui expliquait.

— Vous rendez-vous compte que vous avancez des propos dénués de sens ? Je ne pourrai jamais la récupérer si elle est à l'intérieur de moi !

— Écoute mes conseils. Ferme les yeux, pense et essaye de visualiser la clé.

— Mais, je ne l'ai jamais vue !

— Tes souvenirs ont été modifiés afin que tu ne t'en rappelles pas et que tu ne poses pas de questions à ton père. Essaye de chercher dans ta mémoire.

— Grand-mère ! hurla Aroliana énervée.

— Tu m’écoutes ! Dès que tu visualises la clé essaye de la faire sortir.

Pourtant énervée de cette situation irréelle, Lana écouta sa grand-mère. Elle reproduisit ses instructions. Elle respira tranquillement en essayant de se concentrer. Sans qu’elle si attende, elle vit apparaître comme le reflet d’une clé en or. Des dessins mystérieux l'ornaient. Sa grand-mère lui demanda si elle voyait la clé. Elle hocha la tête d'un signe positif. Elle lui expliqua qu’elle devait se focaliser sur cette vision. L’étape suivante consistait à imaginer la clé en train de sortir de son corps. Elle s'exécuta.

Par une force qu’elle ne pouvait expliquer, elle devinait que ses pieds ne touchaient plus le sol. Elle défiait les lois de l’apesanteur. Une énergie nouvelle semblait se propager dans tout son corps. Ses cheveux devinrent électriques et certaines mèches se colorèrent en un bleu foncé. Aroliana ne put s'empêcher d'ouvrir ses yeux pour réaliser que la situation qui se produisait était bien réelle. Elle sentit une force qui réclamait d’être expulsée de son enveloppe corporelle. La souffrance se faisait vive. Son épiderme se déchirait de l’intérieur permettant à l’objet de s’échapper. Cela lui arracha de nombreux cris de douleur. Sa peau s'ouvrait entièrement afin de laisser sortir ce bout de métal. Les souvenirs de sa mère quand elle la lui avait accrochée autour du cou lui revint. Lana prit peur des différents sentiments qui s’entremêlaient. Elle dominait sa grand-mère de deux corps. L'énergie qui la parcourait devenait totalement incontrôlable. Elle fut projetée contre un mur. Toute son énergie se concentra dans ses mains et sortit en un rayon de lumière qui fonça droit devant elle.

Tous les livres de la bibliothèque tombèrent.

Plus de deux mille livres.

Aroliana s'évanouit.

***

Elle se réveilla de sa torpeur. Tous les visages qu'elle connaissait tant étaient fixés sur elle. Pourquoi la regardaient-ils ainsi ? Lana essaya de relever la tête. Une douleur sans crier gare la frappa. La même désagréable sensation réitérée, quand elle bougeait la moindre partie de son corps. Ses oreilles sifflaient. Elle entendait vaguement les paroles qu’on lui adressait.

— Tu en as mis du temps à te réveiller ! s'exclama Max anxieux.

— Que s'est-il passé ? marmonna Lana faiblement.