Le Livre des Esprits - Allan Kardec - E-Book

Le Livre des Esprits E-Book

Kardec Allan

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Beschreibung

Le Livre des Esprits, publié en 1857 par Allan Kardec, est considéré comme le texte fondamental du spiritisme. Organisé sous forme de questions et réponses, ce livre aborde des thèmes fondamentaux tels que la nature de l'esprit, leï processus de réincarnation et les lois morales qui gouvernent l'existence humaine. Le style d'écriture est à la fois didactique et accessible, rendant des concepts complexes intelligibles à un large public. Dans un contexte littéraire dominé par le rationalisme et le positivisme, Kardec s'attaque aux certitudes de son époque en offrant une perspective spirituelle novatrice qui intègre la science et la métaphysique. Allan Kardec, né Hippolyte Léon Denizard Rivail, était un éducateur et un scientifique français dont les intérêts variés, notamment en philosophie, science et psychologique, l'ont conduit à la rédaction de cet ouvrage. Son expérience en tant qu'enseignant l'a sensibilisé à l'importance de la compréhension des lois universelles et à l'existence d'un monde spirituel. Ces convictions lui ont permis de rassembler et de codifier les enseignements des esprits, ouvrant ainsi la voie au développement d'un mouvement spiritiste. Je recommande Le Livre des Esprits à tous ceux qui s'intéressent à la spiritualité, à la philosophie et aux questions existentielles. Ce livre offre des pistes de réflexion profondes, adaptés tant aux novices qu'aux passionnés, et encourage une exploration intellectuelle des mystères de la vie et de l'au-delà, tout en permettant d'appréhender notre place dans l'univers. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Biographie de l'auteur met en lumière les étapes marquantes de sa vie, éclairant les réflexions personnelles derrière le texte. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Allan Kardec

Le Livre des Esprits

Édition enrichie. Exploration du monde des esprits et de l'au-delà: Réflexions sur l'âme, la réincarnation et la spiritualité
Introduction, études et commentaires par Léonard Toussaint
Édité et publié par Good Press, 2023
EAN 8596547672319

Table des matières

Introduction
Synopsis
Contexte historique
Biographie de l’auteur
Le Livre des Esprits
Analyse
Réflexion
Citations mémorables
Notes

Introduction

Table des matières

Et si la frontière entre le visible et l’invisible n’était pas un mur, mais un langage à apprendre. Le Livre des Esprits s’ouvre à cette hypothèse audacieuse et l’érige en méthode d’enquête. Non pas un récit qui impose, mais une série d’interrogations patiemment ordonnées, pour approcher l’origine, la destination et la morale de l’existence. En plaçant la question avant la réponse, l’ouvrage propose une boussole plutôt qu’un verdict. Son ambition est claire : explorer la part la plus ancienne de l’humanité — la soif de sens — avec les outils d’un siècle qui se voulait rationnel, ordonné et pédagogique.

S’il est devenu un classique, c’est d’abord parce qu’il a fixé une forme. À la curiosité mondaine des salons et aux phénomènes spectaculaires, il oppose un dispositif didactique, stable, transmissible. La littérature spirituelle antérieure fourmillait de récits et de manifestes; ici, une architecture intellectuelle se construit. Le Livre des Esprits a aussi marqué par la durabilité de ses thèmes — la justice, la liberté, la responsabilité, la continuité de la vie — et par la sobriété de sa langue. Ce mélange de clarté et d’audace a nourri des imaginaires et inspiré des écritures bien au-delà de son cadre d’origine.

L’auteur, Allan Kardec, est le nom de plume d’un pédagogue français, actif à Paris au milieu du XIXe siècle. Observateur méthodique, il s’intéresse aux débats de son temps et aux expériences qui prétendent ouvrir un dialogue avec l’invisible. Le Livre des Esprits paraît en 1857, dans une capitale où s’entrecroisent science, philosophie, religion et curiosité publique. L’ouvrage se présente comme le point de départ d’une doctrine, mais aussi comme une réponse aux questions que tout lecteur peut se poser sans appartenance préalable. Son contexte de composition lui confère la double marque du siècle : goût de la classification et appétit de transcendance.

La prémisse centrale tient en peu de mots : recueillir, confronter et ordonner des réponses attribuées à des esprits, obtenues par l’intermédiaire de médiums, afin d’éclairer les grandes énigmes humaines. Kardec élabore des questionnaires, sollicite des communications en divers lieux, compare les messages, retient ce qui lui paraît cohérent. Le livre propose ainsi un corpus de notions portant sur la nature de l’âme, le sens du progrès moral, la justice cosmique et la place de l’être humain dans l’ensemble. Il ne réclame ni credo ni abandon de l’esprit critique, mais offre un cadre d’examen pour qui souhaite s’y confronter.

Cette architecture se lit comme un dialogue prolongé. La forme en questions et réponses n’est pas un artifice; elle invite à reformuler sa propre interrogation, à tester la solidité d’une idée et à passer d’un concept à l’autre sans se perdre. Le style, net et mesuré, adhère à une éthique de la clarté : définitions succinctes, distinctions méthodiques, progression graduée. Les grandes sections structurent le propos en domaines complémentaires — principes, phénomènes, lois morales, espérances —, de sorte que l’ensemble ressemble à une carte plutôt qu’à un récit. Le lecteur peut ainsi circuler, revenir, approfondir, sans craindre l’obscurité rhétorique.

Au cœur du livre, la permanence de quelques thèmes explique sa longévité. Il s’y traite de responsabilité personnelle et de perfectibilité, de solidarité entre les êtres, de causalité morale et de continuité de la vie. L’ouvrage s’attache à relier une éthique concrète à une vision d’ensemble, où la conduite quotidienne et les grandes questions métaphysiques ne sont plus disjointes. Cette cohérence a nourri des générations de lecteurs cherchant une philosophie pratique, capable de consoler sans infantiliser, d’encourager sans culpabiliser. Elle a aussi offert aux écrivains une réserve de motifs narratifs et de cadres conceptuels d’une admirable plasticité.

Sur le plan littéraire, Le Livre des Esprits a déplacé des lignes. En installant un dispositif interrogatif durablement, il a influencé la manière d’exposer des idées métaphysiques dans l’essai, le dialogue, voire le théâtre d’idées. Sa langue mesurée a montré qu’on pouvait traiter de l’invisible sans emphase, et le faire entrer dans l’économie d’un discours rationnel. De nombreux auteurs, en France et ailleurs, ont puisé dans ce lexique et ce mode d’argumentation pour explorer le rapport entre conscience, destin et justice. L’ombre portée du livre se mesure autant par des reprises explicites que par des échos formels.

Son rayonnement culturel tient aussi à sa circulation internationale. Traduit et commenté, il a trouvé des lectorats divers, notamment en Amérique latine, où ses propositions ont nourri des sensibilités religieuses, des œuvres d’imagination et des engagements associatifs. Cette diffusion a accru son influence sur les écritures qui interrogent la survie, la médiation et l’éthique de la consolation. En accompagnant la formation d’un vocabulaire partagé, le livre a servi de pivot pour des débats dépassant les frontières linguistiques, contribuant à façonner un espace transnational de réflexion sur la vie, la mort et la responsabilité.

Au sein de l’œuvre d’Allan Kardec, ce volume inaugure une série souvent appelée la codification spirite. Les livres qui le suivent approfondissent, sous d’autres angles, la pratique des communications, l’exégèse morale et la lecture des destins humains. Cette cohérence d’ensemble confère au premier tome une valeur programmatique: il est à la fois seuil, méthode et axe. Tout en pouvant se lire isolément, il éclaire la logique d’un projet intellectuel qui assemble observation, comparaison et exposé normatif, avec l’ambition de donner un cadre stable à des questionnements pluriséculaires.

Lire aujourd’hui Le Livre des Esprits, c’est aussi faire l’expérience d’une méthode. Le texte ne force pas l’adhésion; il propose un protocole de questions, une discipline de l’examen, un art de croiser les témoignages. On peut l’aborder comme une école du discernement appliquée à l’invisible. Cette position, ni crédule ni cynique, lui assure une place singulière dans la bibliothèque des grandes entreprises intellectuelles du XIXe siècle. Elle invite le lecteur contemporain à mesurer la portée des concepts sans confondre conviction, hypothèse et preuve, et à reconnaître la valeur formatrice de l’interrogation soutenue.

Sa pertinence actuelle tient à la façon dont il articule horizon spirituel et exigences éthiques. À l’heure où se multiplient les dialogues entre sciences, philosophie et traditions religieuses, le livre fournit un langage pour interroger la conscience, la responsabilité et la dignité. Il résonne avec des questions vives — deuil, justice, sens de l’action — et stimule un imaginaire qui refuse d’opposer rationalité et quête intérieure. Cette compatibilité avec les débats contemporains explique son maintien dans la conversation, auprès d’un public qui cherche des repères sans renoncer à l’examen critique.

Si Le Livre des Esprits demeure, c’est parce qu’il convertit l’inconnu en espace de pensée partageable. Sa forme claire, ses thèmes durables et sa position de texte fondateur en font un classique au sens fort : disponible, discuté, relu. Il ne ferme pas les problèmes; il les éclaire assez pour qu’ils deviennent praticables. À travers le temps, il offre au lecteur la chance d’un dialogue exigeant avec ce qui le dépasse, et d’une éthique de la responsabilité solidaire. C’est ainsi qu’il conserve sa force d’appel : non comme relique, mais comme chantier vivant du sens.

Synopsis

Table des matières

Publié en 1857 à Paris, Le Livre des Esprits d’Allan Kardec inaugure la codification du spiritisme et présente, sous forme de questions-réponses, une doctrine philosophique et morale censée résulter d’enseignements d’esprits communiqués par l’intermédiaire de médiums. L’ouvrage entend examiner, avec une ambition méthodique, l’origine, la nature et la destinée de l’âme, ainsi que ses rapports avec le monde matériel. Sans proposer de culte, il vise à ordonner des notions dispersées sur les phénomènes dits spirites et à offrir un cadre d’intelligibilité, en articulant réflexion rationnelle, observation des faits et recherche d’un sens éthique à l’existence.

Dans sa préface et ses remarques méthodologiques, Kardec explique avoir confronté des communications obtenues en divers lieux, en écartant ce qui paraissait contradictoire ou trivial, afin de retenir un noyau d’enseignements convergents. Il affirme ne pas se fier à l’autorité d’un esprit isolé, mais à l’accord général, et recommande prudence et contrôle. Cette posture veut distinguer la doctrine d’une croyance irréfléchie et inscrire l’étude des esprits dans une démarche d’examen critique. Le livre circonscrit ses prétentions: il traite surtout des causes, des principes et des conséquences morales, laissant à l’expérimentation l’étude détaillée des phénomènes médianiques.

Dans la première partie, consacrée aux causes premières, l’ouvrage propose l’idée d’un Dieu conçu comme intelligence suprême et cause initiale, dont la nature ne peut être appréhendée qu’à travers ses lois. Il distingue la matière et le principe spirituel, pose l’immortalité de l’âme et introduit le problème de la création et de l’ordre universel. La réflexion s’attache à rejeter l’anthropomorphisme, à défendre une lecture finaliste tempérée et à encadrer les notions de providence et de liberté. Le propos vise à ancrer la doctrine dans un monothéisme rationnel, soucieux de cohérence et de compatibilité avec l’observation.

La deuxième partie s’intéresse à la nature, l’origine et la destinée des esprits. Elle présente une classification graduée, où les esprits se différencient par leur degré de perfection morale et intellectuelle, et admet la possibilité d’un progrès continu. Les rapports entre esprits incarnés et désincarnés sont décrits comme régis par des affinités, avec des influences bienfaisantes ou perturbatrices. La communication médianimique est tenue pour un fait naturel, soumis à des lois et à des limites. L’ensemble cherche à normaliser des phénomènes réputés extraordinaires, en leur donnant place dans une ontologie ordonnée et dans une dynamique de croissance.

Un thème central est la pluralité des existences corporelles, conçue comme moyen d’éducation et de réparation. Selon ce cadre, les vies successives permettent à l’esprit d’apprendre, de corriger ses erreurs et d’avancer vers une amélioration durable. Les inégalités apparentes, les aptitudes et certaines épreuves seraient interprétables à partir d’un passé antérieur, sans supprimer la responsabilité personnelle. Le libre arbitre est défendu, tout en reconnaissant des contraintes liées aux conditions choisies avant la naissance. Le fatalisme est rejeté au profit d’une causalité morale, qui situe l’individu dans une trajectoire longue, ouverte et perfectible, orientée vers le bien.

La troisième partie expose des lois morales que la doctrine dit découler de l’ordre divin. Elles portent sur l’adoration, le travail, la reproduction, la conservation, la destruction, la société, le progrès, l’égalité, la liberté, la justice, l’amour et la charité. L’ouvrage met l’accent sur la responsabilité, la dignité du travail, la solidarité et la tempérance. La moralité y est présentée comme conforme aux exigences de la raison et indépendante de pratiques rituelles. L’idéal proposé valorise la bienveillance active et la réforme de soi, dans une perspective où la justice n’est pas punitive mais éducative et réparatrice.

La quatrième partie, intitulée espérances et consolations, traite de la vie future, des peines et des joies de l’âme, et de l’état des esprits après la mort. Les peines sont décrites comme des conséquences naturelles des imperfections et non comme des châtiments arbitraires. La perspective générale souligne la continuité de la conscience, l’utilité des épreuves pour le progrès et la possibilité de soutien spirituel. L’objectif est de donner un sens aux souffrances terrestres sans en faire une fatalité, et d’offrir une consolation qui responsabilise, en reliant justice, miséricorde et progrès graduel des êtres.

Tout au long de l’ouvrage, Kardec plaide pour une foi raisonnée, attentive aux faits et révisable à la lumière des connaissances. Il critique à la fois le matérialisme réducteur et le dogmatisme fermé, et situe le spiritisme comme une philosophie morale s’inspirant du cœur humaniste des traditions religieuses, notamment chrétiennes, tout en s’en distinguant par sa méthode. La conduite recommandée privilégie la charité, la tolérance et le perfectionnement personnel. La doctrine se veut compatible avec les progrès des sciences, en invitant à observer sans superstitions et à interpréter les phénomènes psychiques et moraux avec prudence.

Le Livre des Esprits se présente ainsi comme la charpente d’une doctrine visant à relier métaphysique, observation et éthique. Il sert de base aux ouvrages ultérieurs de Kardec, qui développent différents volets de la même synthèse. Au-delà des débats qu’il suscite, le livre propose une orientation: comprendre la condition humaine à partir de la survivance de l’âme, de la responsabilité individuelle et du progrès moral. Son apport durable tient à l’idée d’une justice éducative et d’une espérance active, qui cherchent à concilier raison, consolation et devoir, sans prétendre clore l’examen ni remplacer l’expérience.

Contexte historique

Table des matières

Au milieu du XIXe siècle, Paris se trouve au cœur du Second Empire de Napoléon III, régime autoritaire puis progressivement libéral entre 1852 et 1870. L’État centralisé, l’Église catholique et les académies savantes encadrent les croyances et les savoirs. Les bouleversements urbains, l’essor des chemins de fer et du télégraphe, et la croissance d’une bourgeoisie lettrée transforment la vie quotidienne. C’est dans ce cadre que paraît Le Livre des Esprits (1857), ouvrage qui prétend organiser, en doctrine, des phénomènes réputés « occultes ». Il s’inscrit dans un espace où l’autorité religieuse, la science institutionnelle et la presse populaire se disputent le magistère de la vérité.

Les événements politiques récents pèsent sur la circulation des idées. La Révolution de 1848 a renversé la Monarchie de Juillet, avant que le coup d’État de décembre 1851 n’instaure le Second Empire. La censure de la presse et la surveillance des associations caractérisent la première phase du régime, même si un tournant libéral s’amorce vers 1860. La publication d’un livre touchant au surnaturel doit donc composer avec la police des mœurs et de l’imprimé. Le Livre des Esprits adopte une rhétorique méthodique et morale, cherchant à s’inscrire dans la légalité tout en proposant une reconfiguration des rapports entre foi, raison et expérience.

Sur le plan intellectuel, la France débat alors du positivisme et du matérialisme. Auguste Comte promeut, depuis les années 1830-1840, une philosophie fondée sur l’observation et l’ordre social; son influence demeure forte à la fin des années 1850. Parallèlement, des ouvrages matérialistes allemands, comme Force et matière de Büchner (traduit à la fin des années 1850), alimentent la controverse. À l’opposé, le « spiritualisme » philosophique défend l’âme et la liberté. Le Livre des Esprits se positionne en doctrine « spirite », prétendant concilier observation de phénomènes, morale et croyance en l’immortalité, et se distingue du spiritualisme traditionnel par un cadre systématique inédit.

Les controverses médico-scientifiques préparèrent ce terrain. Dès la fin du XVIIIe siècle, l’« animal magnétisme » de Mesmer suscite enquêtes et scepticisme. Au début des années 1830, un rapport de l’Académie de médecine (commission Husson) reconnaît certains effets du somnambulisme magnétique sans en expliquer les causes. Vers 1853-1854, les « tables tournantes » deviennent un sujet européen; Michael Faraday et Michel-Eugène Chevreul attribuent ces mouvements à des actions musculaires inconscientes. Le Livre des Esprits prend acte de ces débats, propose des contrôles et une classification des messages, et affirme que des lois naturelles encore ignorées régissent les phénomènes attribués aux « Esprits ».

Un courant transatlantique nourrit aussi le contexte. Les « coups » entendus à Hydesville (États-Unis, 1848) popularisent le spiritualisme anglo-américain, qui gagne l’Europe au début des années 1850. À Paris, la mode des tables parlantes bat son plein autour de 1853-1855; des cercles mondains s’y adonnent. En exil à Jersey, Victor Hugo et ses proches mènent des séances d’écriture et d’interrogation des « esprits » entre 1853 et 1855. Des médiums célèbres, tel D. D. Home, circulent ensuite dans les capitales. Le Livre des Esprits répond à cet engouement en cherchant à transformer des expériences éparses en corpus doctrinal et en orientations morales.

L’auteur, Hippolyte Léon Denizard Rivail (1804-1869), est un pédagogue formé dans l’orbite de Pestalozzi à Yverdon. Avant 1857, il publie des manuels scolaires et s’intéresse aux méthodes éducatives. À partir du milieu des années 1850, il enquête sur les phénomènes de tables et de médiumnité, collecte des réponses obtenues en divers lieux, et adopte le pseudonyme « Allan Kardec » lorsqu’il présente la doctrine spirite. Sa formation didactique marque l’ouvrage: questions numérotées, progression logique, définition des termes. Il revendique une méthode de recoupement des communications et un travail de tri, censés distinguer le contingent de l’« enseignement » général.

Le Livre des Esprits paraît à Paris le 18 avril 1857. L’ouvrage est structuré en quatre parties et en questions-réponses, traitant des causes premières, du monde des esprits, des lois morales, et des espérances et consolations. La première édition compte environ 500 questions; une édition remaniée, publiée vers 1860, en comportera environ le double. Kardec y introduit le mot « spiritisme » pour distinguer sa doctrine du « spiritualisme » philosophique. Le livre entend fonder un cadre conceptuel à des pratiques alors éparses, et proposer une morale compatible, selon l’auteur, avec un idéal de progrès individuel et collectif.

La dynamique éditoriale du temps favorise sa diffusion. La France des années 1850 bénéficie de l’imprimerie industrielle, de papiers meilleur marché et d’un lectorat en expansion grâce aux réformes scolaires (depuis la loi Guizot, 1833). La presse périodique connaît un essor, malgré la censure. Dès 1858, Kardec lance la Revue Spirite, revue mensuelle où il publie correspondances, cas, et controverses, et fonde la Société parisienne des études spirites, cadre légal pour les réunions. L’imprimé devient l’outil principal de construction d’un public, d’échanges internationaux et de normalisation terminologique autour du Livre des Esprits.

Le champ religieux reste néanmoins structurant. Le catholicisme demeure la référence institutionnelle en France, même si la pratique varie selon les régions et milieux. Des mouvements de renouveau et une apologétique active répondent aux courants rationalistes et aux sociabilités nouvelles. Les autorités ecclésiastiques condamnent les pratiques de nécromancie et l’invocation des esprits, jugées dangereuses pour la foi. Le Livre des Esprits, qui affirme la survivance et la réincarnation, se présente comme chrétien par la morale qu’il promeut, tout en s’écartant de la doctrine catholique sur des points majeurs, ce qui crée une tension religieuse et sociale durable.

Le climat moral et judiciaire de 1857 éclaire aussi la réception. La même année, Flaubert et Baudelaire sont inquiétés pour Madame Bovary et Les Fleurs du mal, au nom de l’outrage à la morale. Si ces procès ne concernent pas Kardec, ils signalent l’attention du pouvoir aux publications jugées subversives. Le Livre des Esprits, en adoptant un ton didactique et en insistant sur la responsabilité morale et la charité, se tient à distance du scandale tout en contestant implicitement le monopole religieux et scientifique sur l’au-delà. La presse discute l’ouvrage, souvent avec scepticisme, mais sans déclencher d’interdiction générale en France.

Ailleurs, l’opposition peut se faire spectaculaire. En 1861, à Barcelone, des caisses d’ouvrages spirites, dont des titres de Kardec, sont saisies par les autorités et brûlées publiquement, lors d’un autodafé ordonné par une juridiction ecclésiastique. L’épisode, largement commenté, illustre la résistance catholique à la littérature spirite dans certaines régions d’Espagne. Cet événement confère une visibilité internationale au conflit entre défenseurs de l’orthodoxie et partisans d’une exploration « rationnelle » de la survivance, et contribue paradoxalement à la publicité du Livre des Esprits au-delà de la France.

Les transformations matérielles de Paris façonnent le terreau des pratiques spirites. Les grands travaux d’Haussmann, engagés à partir de 1853, redessinent boulevards et quartiers, favorisant les sociabilités bourgeoises des salons et des cercles. Les cafés, appartements et cabinets privés deviennent des lieux de séance. Cette culture domestique de la conversation et de l’expérience partagée s’accorde avec la méthode de collecte dispersée des communications décrite par Kardec. Le Livre des Esprits aborde les devoirs familiaux, la charité et la réforme de soi, liant intimement la morale quotidienne et l’ontologie qu’il propose.

L’imaginaire technique du temps fournit des analogies puissantes. Les réseaux télégraphiques, la chimie et l’électricité popularisent l’idée de forces invisibles régies par des lois. Les contemporains comparent volontiers, dans la presse ou les causeries, des « messages » venus d’ailleurs à de nouvelles transmissions à distance. Sans prétendre s’adosser à une physique constituée, Le Livre des Esprits soutient que des lois naturelles ignorées expliquent des phénomènes attribués aux esprits, et invite à une observation patiente. Cette stratégie rhétorique situe la doctrine à l’interface entre curiosité scientifique, métaphysique et morale.

Les évolutions sociales élargissent encore l’horizon. Après l’abolition de l’esclavage en 1848 dans les colonies françaises, des mouvements philanthropiques et d’entraide se développent dans les villes. Les débats sur la pauvreté, l’éducation et le progrès moral imprègnent la presse et les sociétés. Le Livre des Esprits insiste sur la responsabilité individuelle, la solidarité et l’amélioration progressive, donnant un langage spirituel à des aspirations réformatrices répandues. Cette orientation morale, détachée de promesses de miracles spectaculaires, aide l’ouvrage à se distinguer des spectacles médiumniques et à capter un public soucieux d’éthique.

La diffusion dépasse rapidement la France. Dans les années 1860, des traductions en espagnol et en portugais paraissent et des cercles s’organisent au Portugal et au Brésil, où le livre deviendra, par la suite, une référence durable. En Belgique et en Suisse romande, des lecteurs et correspondants relayent la doctrine. La Revue Spirite publie des lettres de l’étranger, des comptes rendus de séances et des débats, structurant un espace transnational. Cette circulation témoigne d’une mondialisation des curiosités religieuses et scientifiques, dans laquelle Le Livre des Esprits sert de texte fondateur et de manuel de discussion.

Le durcissement et la reconfiguration des controverses savantes dans les années 1860 fournissent un autre arrière-plan. La parution de L’Origine des espèces (1859; traduction française 1862) et les débats autour de l’exégèse critique (Renan, 1863) remettent en cause des lectures littérales du religieux. Kardec, de son côté, poursuit la systématisation: Le Livre des Médiums (1861) codifie les pratiques et précautions; L’Évangile selon le Spiritisme (1864) propose une lecture morale des Évangiles. Ces publications prolongent la vocation du Livre des Esprits: offrir un cadre à la fois explicatif et normatif face aux incertitudes de la modernité.

Dans ce paysage, la controverse scientifique reste vive. Des savants et médecins dénoncent fraudes et illusions, rappelant les analyses de Faraday ou de Chevreul sur l’action inconsciente et les biais d’observation. Les spirites, eux, invoquent la répétition d’effets et la convergence de témoignages. Le Livre des Esprits tente de délimiter un espace d’investigation « philosophique » des phénomènes, distinct de la magie spectaculaire, et insiste sur le contrôle croisé des messages. Cette tension entre exigences de preuve et promesse d’un savoir moralement utile reflète les difficultés d’articuler science, expérience intime et croyance au XIXe siècle finissant. Enfin, il convient de considérer la place des institutions. La Société parisienne des études spirites, fondée en 1858, cherche un statut respectable et un dialogue prudent avec les autorités, tout en se heurtant à des fermetures ponctuelles de séances ou à des réserves policières. L’absence d’interdiction générale en France contraste avec des gestes plus répressifs ailleurs en Europe catholique. Le Livre des Esprits, par son format didactique et son appel à la réforme personnelle, négocie ces contraintes institutionnelles en évitant la provocation frontale, sans renoncer à une ambition doctrinale globale. L’économie urbaine et l’essor des loisirs intellectuels forment le creuset social du livre. Les classes moyennes et supérieures, dotées de temps et de capital culturel, fréquentent salons, bibliothèques et conférences. Le goût pour les expériences curieuses, déjà nourri par les spectacles scientifiques et les démonstrations publiques, rencontre la promesse d’un au-delà rationnel. Le Livre des Esprits offre une grammaire pour interpréter rêves, pressentiments et séances privées, reliant pratiques domestiques et horizon métaphysique. À travers lui, les foyers deviennent des laboratoires moraux et expérimentaux. En définitive, Le Livre des Esprits fonctionne comme un miroir critique de son époque. Il répond à la soif de certitude d’une société traversée par le progrès technique, les conflits idéologiques et la recomposition des autorités. En proposant une doctrine qui prétend articuler observation, raison et morale, il conteste le partage établi entre science et religion, tout en empruntant leurs codes. Sa réussite tient à cette position liminaire: reflet des croyances, des débats et des espérances des années 1850-1860, et tentative de les ordonner en une vision cohérente du destin humain.

Biographie de l’auteur

Table des matières

Hippolyte Léon Denizard Rivail, connu sous le pseudonyme d’Allan Kardec (1804-1869), fut un pédagogue français devenu le principal codificateur du spiritisme au XIXe siècle. Né à Lyon et actif surtout à Paris, il évolua dans un contexte intellectuel marqué à la fois par l’héritage des Lumières, l’essor des sciences expérimentales et la curiosité populaire pour les phénomènes dits magnétiques ou somnambuliques. Par une démarche méthodique et un projet de réforme morale, il donna une forme doctrinale à un ensemble de pratiques et croyances alors dispersées. Ses livres et sa revue contribuèrent à structurer un mouvement qui s’est diffusé dans de nombreux pays.

Formé en Suisse auprès de Johann Heinrich Pestalozzi, à Yverdon, Rivail reçut un enseignement mettant l’accent sur l’observation, la clarté didactique et la formation morale. De retour en France, il se consacra à l’éducation: cours, conférences et publications destinées à l’enseignement primaire et secondaire, notamment en grammaire et arithmétique. Sa pratique d’auteur pédagogique, attentive aux définitions, aux classements et aux exemples, marqua durablement son style. À cette époque, ses travaux ne relevaient pas du spiritisme; ils témoignent d’une sensibilité rationaliste et d’un souci de rendre accessibles des savoirs utiles. Cette discipline intellectuelle influencera la manière dont il abordera plus tard les récits de phénomènes spirites.

Au milieu des années 1850, Paris connaît un engouement pour les expériences de “tables tournantes” et les séances médiumniques. Rivail observe ces pratiques, recueille des réponses attribuées aux esprits et s’emploie à en vérifier la cohérence par des recoupements. Pour distinguer ces recherches de ses écrits scolaires, il adopte le nom d’Allan Kardec. Il aborde les communications avec un protocole d’interrogation structuré, privilégie les séries de questions et la comparaison de messages provenant de différents groupes. Cette méthode, qu’il présente comme un contrôle collectif et progressif, vise moins à démontrer un phénomène isolé qu’à dégager un ensemble de principes moraux et philosophiques.

Le Livre des Esprits paraît en 1857 et constitue la pierre angulaire de son œuvre spirite. Présenté sous forme de questions-réponses, l’ouvrage rassemble des enseignements portant sur Dieu, la nature des esprits, la réincarnation, la loi morale et l’avenir de l’humanité. Kardec y propose une perspective de progrès par l’amélioration individuelle, la responsabilité et la charité. Le livre rencontre un large public, suscite débats, adhésions et critiques, et installe durablement le terme “spiritisme” dans le vocabulaire français. Sa structure didactique, empruntée à la pédagogie, fait du texte un manuel de référence pour les groupes d’étude qui se constituent alors dans plusieurs villes.

Dès 1858, Kardec fonde la Revue spirite, journal d’études psychologiques, qu’il dirige mensuellement et où il présente correspondances, cas, réflexions doctrinales et réponses aux critiques. La même année, il contribue à structurer un cadre d’échanges avec la Société parisienne des études spirites. Pour les débutants, il publie Qu’est-ce que le Spiritisme (1859), qui résume les notions essentielles. Le Livre des Médiums (1861) approfondit ensuite la méthodologie, les types de médiumnité et les écueils courants. Ces initiatives donnent au mouvement un espace d’élaboration et de discussion, en équilibre entre témoignages pratiques, principes moraux et considérations philosophiques.

Les années 1860 voient l’achèvement de la codification. L’Évangile selon le Spiritisme (1864) propose une lecture morale des textes évangéliques, centrée sur la charité et la réforme intérieure. Le Ciel et l’Enfer (1865) traite des peines et récompenses futures, avec des chapitres doctrinaux et des récits présentés comme instructifs. La Genèse, les miracles et les prédictions selon le Spiritisme (1868) aborde l’origine du monde, les phénomènes extraordinaires et leur interprétation dans un cadre naturaliste élargi. Ces ouvrages cherchent à articuler observation, raisonnement et finalité éthique, tout en offrant aux groupes d’étude une progression thématique, de la phénoménologie à la morale et à la cosmologie.

Kardec meurt à Paris en 1869. Son tombeau au cimetière du Père-Lachaise est devenu un lieu de recueillement pour des visiteurs venus de divers pays. Des textes inédits ou dispersés ont été réunis après sa disparition sous le titre Œuvres posthumes. Au-delà de la France, la doctrine s’est développée durablement, notamment en Amérique latine, où ses livres sont abondamment réédités et commentés. Son héritage tient à la mise en forme d’un corpus, à une méthode de contrôle par la comparaison des messages et à l’insistance sur l’amélioration morale. Aujourd’hui encore, ses écrits demeurent étudiés, débattus et traduits dans de nombreuses langues.

Le Livre des Esprits

Table des Matières Principale
Introduction A l’Etude de la Doctrine Spirite
Prolegomenes
LIVRE PREMIER - LES CAUSES PREMIERES
CHAPITRE I - DIEU
CHAPITRE II - ELEMENTS GENERAUX DE L’UNIVERS
CHAPITRE III - CREATION
CHAPITRE IV - PRINCIPE VITAL
LIVRE DEUXIEME - MONDE SPIRITE OU DES ESPRITS
CHAPITRE I - DES ESPRITS
CHAPITRE II - INCARNATION DES ESPRITS
CHAPITRE III - RETOUR DE LA VIE CORPORELLE A LA VIE SPIRITUELLE
CHAPITRE IV - PLURALITE DES EXISTENCES
CHAPITRE V - CONSIDERATIONS SUR LA PLURALITE DES EXISTENCES
CHAPITRE VI - VIE SPIRITE
CHAPITRE VII - RETOUR A LA VIE CORPORELLE
CHAPITRE VIII - EMANCIPATION DE L’AME
CHAPITRE IX - INTERVENTION DES ESPRITS DANS LE MONDE CORPOREL
CHAPITRE X - OCCUPATIONS ET MISSIONS DES ESPRITS
CHAPITRE XI - LES TROIS REGNES
LIVRE TROISIEME - LOIS MORALES
CHAPITRE I - LOI DIVINE OU NATURELLE
CHAPITRE II - I. - LOI D’ADORATION
CHAPITRE III - II. - LOI DU TRAVAIL
CHAPITRE IV - III. - LOI DE REPRODUCTION
CHAPITRE V - IV. - LOI DE CONSERVATION
CHAPITRE VI - V. - LOI DE DESTRUCTION
CHAPITRE VII - VI. - LOI DE SOCIETE
CHAPITRE VIII - VII. - LOI DU PROGRES
CHAPITRE IX - VIII. - LOI D’EGALITE
CHAPITRE X - IX. - LOI DE LIBERTE
CHAPITRE XI - X. - LOI DE JUSTICE, D’AMOUR ET DE CHARITE
CHAPITRE XII - PERFECTION MORALE
LIVRE QUATRIEME - ESPERANCES ET CONSOLATIONS
CHAPITRE I - PEINES ET JOUISSANCES TERRESTRES
CHAPITRE II - PEINES ET JOUISSANCES FUTURES
CONCLUSION

IntroductionA l’Etude de la Doctrine Spirite

Table des matières

I

Pour les choses nouvelles il faut des mots nouveaux, ainsi le veut la clarté du langage, pour éviter la confusion inséparable du sens multiple des mêmes termes. Les mots spirituel, spiritualiste, spiritualisme ont une acception bien définie; leur en donner une nouvelle pour les appliquer à la doctrine des Esprits serait multiplier les causes déjà si nombreuses d’amphibologie. En effet, le spiritualisme est l’opposé du matérialisme; quiconque croit avoir en soi autre chose que la matière est spiritualiste; mais il ne s’ensuit pas qu’il croie à l’existence des Esprits ou à leurs communications avec le monde visible. Au lieu des mots spirituel, spiritualisme, nous employons pour désigner cette dernière croyance ceux de spirite et de spiritisme, dont la forme rappelle l’origine et le sens radical, et qui par cela même ont l’avantage d’être parfaitement intelligibles, réservant au mot spiritualisme son acception propre. Nous dirons donc que la doctrine spirite ou le spiritisme a pour principes les relations du monde matériel avec les Esprits ou êtres du monde invisible. Les adeptes du spiritisme seront les spirites ou, si l’on veut, lesspiritistes.

Comme spécialité, le Livre des Esprits contient la doctrine spirite; comme généralité, il se rattache à la doctrine spiritualiste dont il présente l’une des phases. Telle est la raison pour laquelle il porte en tête de son titre les mots: Philosophie spiritualiste.

II

Il est un autre mot sur lequel il importe également de s’entendre, parce que c’est une des clefs de voûte de toute doctrine morale, et qu’il est le sujet de nombreuses controverses, faute d’une acception bien déterminée, c’est le mot âme. La divergence d’opinions sur la nature de l’âme vient de l’application particulière que chacun fait de ce mot. Une langue parfaite, où chaque idée aurait sa représentation par un terme propre, éviterait bien des discussions; avec un mot pour chaque chose, tout le monde s’entendrait.

Selon les uns, l’âme est le principe de la vie matérielle organique; elle n’a point d’existence propre et cesse avec la vie: c’est le matérialisme pur. Dans ce sens, et par comparaison, ils disent d’un instrument fêlé qui ne rend plus de son: qu’il n’a pas d’âme. D’après cette opinion, l’âme serait un effet et non une cause.

D’autres pensent que l’âme est le principe de l’intelligence, agent universel dont chaque être absorbe une portion. Selon eux, il n’y aurait pour tout l’univers qu’une seule âme qui distribue des étincelles entre les divers êtres intelligents pendant leur vie; après la mort, chaque étincelle retourne à la source commune où elle se confond dans le tout, comme les ruisseaux et les fleuves retournent à la mer d’où ils sont sortis. Cette opinion diffère de la précédente en ce que, dans cette hypothèse, il y a en nous plus que la matière et qu’il reste quelque chose après la mort; mais c’est à peu près comme s’il ne restait rien, puisque, n’ayant plus d’individualité, nous n’aurions plus conscience de nous-même. Dans cette opinion, l’âme universelle serait Dieu et chaque être une portion de la Divinité, c’est une variété du panthéisme[7].

Selon d’autres enfin, l’âme est un être moral, distinct, indépendant de la matière et qui conserve son individualité après la mort. Cette acception est, sans contredit, la plus générale, parce que, sous un nom ou sous un autre, l’idée de cet être qui survit au corps se trouve à l’état de croyance instinctive et indépendante de tout enseignement, chez tous les peuples, quel que soit le degré de leur civilisation. Cette doctrine, selon laquelle l’âme est la cause et non l’effet, est celle des spiritualistes.

Sans discuter le mérite de ces opinions, et en ne considérant que le côté linguistique de la chose, nous dirons que ces trois applications du mot âme constituent trois idées distinctes qui demanderaient chacune un terme différent. Ce mot a donc une triple acception, et chacun a raison à son point de vue, dans la définition qu’il en donne; le tort est à la langue de n’avoir qu’un mot pour trois idées. Pour éviter toute équivoque, il faudrait restreindre l’acception du mot âme à l’une de ces trois idées; le choix est indifférent, le tout est de s’entendre, c’est une affaire de convention. Nous croyons plus logique de le prendre dans son acception la plus vulgaire; c’est pourquoi nous appelons AME l’être immatériel et individuel qui réside en nous et qui survit au corps. Cet être n’existerait-il pas, et ne serait-il qu’un produit de l’imagination, qu’il faudrait encore un terme pour le désigner.

A défaut d’un mot spécial pour chacun des deux autres points nous appelons:

Principe vitalle principe de la vie matérielle et organique, quelle qu’en soit la source, et qui est commun à tous les êtres vivants, depuis les plantes jusqu’à l’homme. La vie pouvant exister abstraction faite de la faculté de penser, le principe vital est une chose distincte et indépendante. Le mot vitalité ne rendrait pas la même idée. Pour les uns, le principe vital est une propriété de la matière, un effet qui se produit lorsque la matière se trouve dans certaines circonstances données; selon d’autres, et c’est l’idée la plus commune, il réside dans un fluide spécial, universellement répandu et dont chaque être absorbe et s’assimile une partie pendant la vie, comme nous voyons les corps inertes absorber la lumière; ce serait alors le fluide vital, qui, selon certaines opinions, ne serait autre que le fluide électrique animalisé, désigné aussi sous les noms de fluide magnétique, fluide nerveux, etc..

Quoi qu’il en soit, il est un fait que l’on ne saurait contester, car c’est un résultat d’observation, c’est que les êtres organiques ont en eux une force intime qui produit le phénomène de la vie, tant que cette force existe; que la vie matérielle est commune à tous les êtres organiques, et qu’elle est indépendante de l’intelligence et de la pensée; que l’intelligence et la pensée sont les facultés propres à certaines espèces organiques; enfin que, parmi les espèces organiques douées de l’intelligence et de la pensée, il en est une douée d’un sens moral spécial qui lui donne une incontestable supériorité sur les autres, c’est l’espèce humaine.

On conçoit qu’avec une acception multiple, l’âme n’exclut ni le matérialisme, ni le panthéisme. Le spiritualiste lui-même peut très bien entendre l’âme selon l’une ou l’autre des deux premières définitions, sans préjudice de l’être immatériel distinct auquel il donnera alors un nom quelconque. Ainsi ce mot n’est point le représentant d’une opinion: c’est un protée que chacun accommode à sa guise; de là, la source de tant d’interminables disputes.

On éviterait également la confusion, tout en se servant du mot âme dans les trois cas, en y ajoutant un qualificatif qui spécifierait le point de vue sous lequel on l’envisage, ou l’application qu’on en fait. Ce serait alors un mot générique, représentant à la fois le principe de la vie matérielle, de l’intelligence et du sens moral, et que l’on distinguerait par un attribut, comme les gaz, par exemple, que l’on distingue en ajoutant les mots hydrogène, oxygène ou azote. On pourrait donc dire, et ce serait peut-être le mieux, l’âme vitale pour le principe de la vie matérielle, l’âme intellectuelle pour le principe de l’intelligence et l’âme spirite pour le principe de notre individualité après la mort. Comme on le voit, tout cela est une question de mots, mais une question très importante pour s’entendre. D’après cela l’âme vitale serait commune à tous les êtres organiques: plantes, animaux et hommes; l’âme intellectuelle serait le propre des animaux et des hommes, et l’âme spirite appartiendrait à l’homme seul.

Nous avons cru devoir insister d’autant plus sur ces explications que la doctrine spirite repose naturellement sur l’existence en nous d’un être indépendant de la matière et survivant au corps. Le mot âme devant se produire fréquemment dans le cours de cet ouvrage, il importait d’être fixé sur le sens que nous y attachons afin d’éviter toute méprise.

Venons maintenant à l’objet principal de cette instruction préliminaire.

III

La doctrine spirite, comme toute chose nouvelle, a ses adeptes et ses contradicteurs. Nous allons essayer de répondre à quelques-unes des objections de ces derniers, en examinant la valeur des motifs sur lesquels ils s’appuient sans avoir toutefois la prétention de convaincre tout le monde, car il est des gens qui croient que la lumière a été faite pour eux seuls. Nous nous adressons aux personnes de bonne foi, sans idées préconçues ou arrêtées quand même, mais sincèrement désireuses de s’instruire, et nous leur démontrerons que la plupart des objections que l’on oppose à la doctrine proviennent d’une observation incomplète des faits et d’un jugement porté avec trop de légèreté et de précipitation.

Rappelons d’abord en peu de mots la série progressive des phénomènes qui ont donné naissance à cette doctrine.

Le premier fait observé a été celui d’objets divers mis en mouvement; on l’a désigné vulgairement sous le nom de tables tournantes[4] ou danse des tables. Ce phénomène, qui paraît avoir été observé d’abord en Amérique, ou plutôt qui s’est renouvelé dans cette contrée, car l’histoire prouve qu’il remonte à la plus haute antiquité, s’est produit accompagné de circonstances étranges, telles que bruits insolites, coups frappés sans cause ostensible connue. De là, il s’est rapidement propagé en Europe et dans les autres parties du monde; il a d’abord soulevé beaucoup d’incrédulité, mais la multiplicité des expériences n’a bientôt plus permis de douter de la réalité.

Si ce phénomène eût été borné au mouvement des objets matériels, il pourrait s’expliquer par une cause purement physique. Nous sommes loin de connaître tous les agents occultes de la nature, ni toutes les propriétés de ceux que nous connaissons; l’électricité, d’ailleurs, multiplie chaque jour à l’infini les ressources qu’elle procure à l’homme, et semble devoir éclairer la science d’une lumière nouvelle. Il n’y avait donc rien d’impossible à ce que l’électricité, modifiée par certaines circonstances, ou tout autre agent inconnu, fût la cause de ce mouvement. La réunion de plusieurs personnes augmentant la puissance d’action semblait appuyer cette théorie, car on pouvait considérer cet ensemble comme une pile multiple dont la puissance est en raison du nombre des éléments.

Le mouvement circulaire n’avait rien d’extraordinaire: il est dans la nature; tous les astres se meuvent circulairement; nous pourrions donc avoir en petit un reflet du mouvement général de l’univers, ou, pour mieux dire, une cause jusqu’alors inconnue pouvait produire accidentellement pour les petits objets et dans des circonstances données un courant analogue à celui qui entraîne les mondes.

Mais le mouvement n’était pas toujours circulaire; il était souvent saccadé, désordonné, l’objet violemment secoué, renversé, emporté dans une direction quelconque, et, contrairement à toutes les lois de la statique, soulevé de terre et maintenu dans l’espace. Rien encore dans ces faits qui ne puisse s’expliquer par la puissance d’un agent physique invisible. Ne voyons-nous pas l’électricité renverser les édifices, déraciner les arbres, lancer au loin les corps les plus lourds, les attirer ou les repousser?

Les bruits insolites, les coups frappés, en supposant qu’ils ne fussent pas un des effets ordinaires de la dilatation du bois ou de toute autre cause accidentelle, pouvaient encore très bien être produits par l’accumulation du fluide occulte; l’électricité ne produit-elle pas les bruits les plus violents?

Jusque-là, comme on le voit, tout peut rentrer dans le domaine des faits purement physiques et physiologiques. Sans sortir de ce cercle d’idées, il y avait là la matière d’études sérieuses et dignes de fixer l’attention des savants. Pourquoi n’en a-t-il pas été ainsi? Il est pénible de le dire, mais cela tient à des causes qui prouvent entre mille faits semblables la légèreté de l’esprit humain. D’abord la vulgarité de l’objet principal qui a servi de base aux premières expérimentations n’y est peut-être pas étrangère. Quelle influence un mot n’a-t-il pas souvent eue sur les choses les plus graves! Sans considérer que le mouvement pouvait être imprimé à un objet quelconque, l’idée des tables a prévalu, sans doute parce que c’était l’objet le plus commode et qu’on s’assied plus naturellement autour d’une table qu’autour de tout autre meuble. Or, les hommes supérieurs sont quelquefois si puérils qu’il n’y aurait rien d’impossible à ce que certains esprits d’élite aient cru au-dessous d’eux de s’occuper de ce que l’on était convenu d’appeler la danse des tables. Il est même probable que, si le phénomène observé par Galvani[2] l’eût été par des hommes vulgaires et fût resté caractérisé par un nom burlesque, il serait encore relégué à coté de la baguette divinatoire. Quel est, en effet, le savant qui n’aurait pas cru déroger en s’occupant de la danse des grenouilles?

Quelques-uns cependant, assez modestes pour convenir que la nature pourrait bien n’avoir pas dit son dernier mot pour eux, ont voulu voir, pour l’acquit de leur conscience; mais il est arrivé que le phénomène n’a pas toujours répondu à leur attente, et de ce qu’il ne s’était pas constamment produit à leur volonté, et selon leur mode d’expérimentation, ils ont conclu à la négative; malgré leur arrêt, les tables, puisque tables il y a, continuent à tourner, et nous pouvons dire avec Galilée: et pourtant elles se meuvent[3]! Nous dirons plus: c’est que les faits se sont tellement multipliés qu’ils ont aujourd’hui droit de cité, et qu’il ne s’agit plus que d’en trouver une explication rationnelle. Peut-on induire quelque chose contre la réalité du phénomène de ce qu’il ne se produit pas d’une manière toujours identique selon la volonté et les exigences de l’observateur? Est-ce que les phénomènes d’électricité et de chimie ne sont pas subordonnés à certaines conditions et doit-on les nier parce qu’ils ne se produisent pas en dehors de ces conditions? Y a-t-il donc rien d’étonnant que le phénomène du mouvement des objets par le fluide humain ait aussi ses conditions d’être et cesse de se produire lorsque l’observateur, se plaçant à son propre point de vue, prétend le faire marcher au gré de son caprice, ou l’assujettir aux lois des phénomènes connus, sans considérer que pour des faits nouveaux, il peut et doit y avoir des lois nouvelles? Or, pour connaître ces lois, il faut étudier les circonstances dans lesquelles les faits se produisent et cette étude ne peut être que le fruit d’une observation soutenue, attentive et souvent fort longue.

Mais, objectent certaines personnes, il y a souvent supercherie évidente. Nous leur demanderons d’abord si elles sont bien certaines qu’il y ait supercherie, et si elles n’ont pas pris pour telle des effets dont elles ne pouvaient se rendre compte, à peu près comme ce paysan qui prenait un savant professeur de physique faisant des expériences, pour un adroit escamoteur. En supposant même que cela ait pu avoir lieu quelquefois, serait-ce une raison pour nier le fait? Faut-il nier la physique parce qu’il y a des prestidigitateurs qui se décorent du titre de physiciens? Il faut d’ailleurs tenir compte du caractère des personnes et de l’intérêt qu’elles pourraient avoir à tromper. Ce serait donc une plaisanterie? On peut bien s’amuser un instant mais une plaisanterie indéfiniment prolongée serait aussi fastidieuse pour le mystificateur que pour le mystifié. Il y aurait, au reste, dans une mystification qui se propage d’un bout du monde à l’autre, et parmi les personnes les plus graves, les plus honorables et les plus éclairées, quelque chose d’au moins aussi extraordinaire que le phénomène lui-même.

IV

Si les phénomènes qui nous occupent se fussent bornés au mouvement des objets, ils seraient restés comme nous l’avons dit dans le domaine des sciences physiques; mais il n’en est point ainsi: il leur était donné de nous mettre sur la voie de faits d’un ordre étrange. On crut découvrir, nous ne savons par quelle initiative, que l’impulsion donnée aux objets n’était pas seulement le produit d’une force mécanique aveugle, mais qu’il y avait dans ce mouvement l’intervention d’une cause intelligente. Cette voie une fois ouverte, c’était un champ tout nouveau d’observations; c’était le voile levé sur bien des mystères. Y a-t-il, en effet, une puissance intelligente? Telle est la question. Si cette puissance existe, quelle est-elle, quelle est sa nature, son origine? Est-elle au-dessus de l’humanité? Telles sont les autres questions qui découlent de la première.

Les premières manifestations intelligentes eurent lieu au moyen de tables se levant et frappant, avec un pied, un nombre déterminé de coups et répondant ainsi par oui ou par non, suivant la convention, à une question posée. Jusque-là rien de convaincant assurément pour les sceptiques, car on pouvait croire à un effet du hasard. On obtint ensuite des réponses plus développées par les lettres de l’alphabet: l’objet mobile, frappant un nombre de coups correspondant au numéro d’ordre de chaque lettre, on arrivait ainsi à formuler des mots et des phrases répondant à des questions posées. La justesse des réponses, leur corrélation avec la question excitèrent l’étonnement. L’être mystérieux qui répondait ainsi, interrogé sur sa nature, déclara qu’il était Esprit ou génie, se donna un nom, et fournit divers renseignements sur son compte. Ceci est une circonstance très importante à noter. Personne n’a donc imaginé les Esprits comme un moyen d’expliquer le phénomène; c’est le phénomène lui-même qui révèle le mot. On fait souvent, dans les sciences exactes, des hypothèses pour avoir une base de raisonnement, or, ce n’est point ici le cas.

Ce moyen de correspondance était long et incommode. L’Esprit, et ceci est encore une circonstance digne de remarque, en indiqua un autre. C’est l’un de ces êtres invisibles qui donna le conseil d’adapter un crayon à une corbeille ou à un autre objet. Cette corbeille, posée sur une feuille de papier, est mise en mouvement par la même puissance occulte qui fait mouvoir les tables; mais, au lieu d’un simple mouvement régulier, le crayon trace de lui-même des caractères formant des mots, des phrases et des discours entiers de plusieurs pages, traitant les plus hautes questions de philosophie, de morale, de métaphysique, de psychologie, etc., et cela avec autant de rapidité que si l’on écrivait avec la main.

Ce conseil fut donné simultanément en Amérique, en France et dans diverses contrées. Voici les termes dans lesquels il fut donné à Paris, le 10 juin 1853, à l’un des plus fervents adeptes de la doctrine, qui déjà depuis plusieurs années, et dès 1849, s’occupait de l’évocation des Esprits: «Va prendre, dans la chambre à côté, la petite corbeille; attaches-y un crayon; place-le sur un papier; mets les doigts sur le bord.» Puis, quelques instants après, la corbeille s’est mise en mouvement et le crayon a écrit très lisiblement cette phrase: «Ce que je vous dis là, je vous défends expressément de le dire à personne; la première fois que j’écrirai, j’écrirai mieux.»

L’objet auquel on adapte le crayon n’étant qu’un instrument, sa nature et sa forme sont complètement indifférentes; on a cherché la disposition la plus commode; c’est ainsi que beaucoup de personnes font usage d’une petite planchette.

La corbeille, ou la planchette, ne peut être mise en mouvement que sous l’influence de certaines personnes douées à cet égard d’une puissance spéciale et que l’on désigne sous le nom de médiums[5], c’est-à-dire milieu, ou intermédiaires entre les Esprits et les hommes. Les conditions qui donnent cette puissance spéciale tiennent à des causes tout à la fois physiques et morales encore imparfaitement connues, car on trouve des médiums de tout âge, de tout sexe et dans tous les degrés de développement intellectuel. Cette faculté, du reste, se développe par l’exercice.

V

Plus tard on reconnut que la corbeille et la planchette ne formaient, en réalité, qu’un appendice de la main, et le médium, prenant directement le crayon, se mit à écrire par une impulsion involontaire et presque fébrile. Par ce moyen, les communications devinrent plus rapides, plus faciles et plus complètes; c’est aujourd’hui le plus répandu, d’autant plus que le nombre des personnes douées de cette aptitude est très considérable et se multiplie tous les jours. L’expérience enfin fit connaître plusieurs autres variétés dans la faculté médiatrice, et l’on sut que les communications pouvaient également avoir lieu par la parole, l’ouïe, la vue, le toucher, etc., et même par l’écriture directe des Esprits, c’est-à-dire sans le concours de la main du médium ni du crayon.

Le fait obtenu, un point essentiel restait à constater, c’est le rôle du médium dans les réponses et la part qu’il peut y prendre mécaniquement et moralement. Deux circonstances capitales, qui ne sauraient échapper à un observateur attentif, peuvent résoudre la question. La première est la manière dont la corbeille se meut sous son influence, par la seule imposition des doigts sur le bord; l’examen démontre l’impossibilité d’une direction quelconque. Cette impossibilité devient surtout patente lorsque deux ou trois personnes se placent en même temps à la même corbeille; il faudrait entre elles une concordance de mouvement vraiment phénoménale; il faudrait, de plus, concordance de pensées pour qu’elles pussent s’entendre sur la réponse à faire à la question posée. Un autre fait, non moins singulier, vient encore ajouter à la difficulté, c’est le changement radical de l’écriture selon l’Esprit qui se manifeste, et chaque fois que le même esprit revient, son écriture se reproduit. Il faudrait donc que le médium se fût appliqué à changer sa propre écriture de vingt manières différentes et surtout qu’il pût se souvenir de celle qui appartient à tel ou tel Esprit.

La seconde circonstance résulte de la nature même des réponses qui sont, la plupart du temps, surtout lorsqu’il s’agit de questions abstraites ou scientifiques, notoirement en dehors des connaissances et quelquefois de la portée intellectuelle du médium, qui, du reste, le plus ordinairement, n’a point conscience de ce qui s’écrit sous son influence; qui, très souvent même, n’entend pas ou ne comprend pas la question posée, puisqu’elle peut l’être dans une langue qui lui est étrangère, ou même mentalement, et que la réponse peut être faite dans cette langue. Il arrive souvent enfin que la corbeille écrit spontanément, sans question préalable, sur un sujet quelconque et tout à fait inattendu.

Ces réponses, dans certains cas, ont un tel cachet de sagesse, de profondeur et d’à-propos; elles révèlent des pensées si élevées, si sublimes, qu’elles ne peuvent émaner que d’une intelligence supérieure, empreinte de la moralité la plus pure; d’autres fois elles sont si légères, si frivoles, si triviales même, que la raison se refuse à croire qu’elles puissent procéder de la même source. Cette diversité de langage ne peut s’expliquer que par la diversité des intelligences qui se manifestent. Ces intelligences sont-elles dans l’humanité ou hors de l’humanité? Tel est le point à éclaircir et dont on trouvera l’explication complète dans cet ouvrage, telle qu’elle est donnée par les Esprits eux-mêmes.

Voilà donc des effets patents qui se produisent en dehors du cercle habituel de nos observations, qui ne se passent point avec mystère, mais au grand jour, que tout le monde peut voir et constater, qui ne sont pas le privilège d’un seul individu, mais que des milliers de personnes répètent tous les jours à volonté. Ces effets ont nécessairement une cause, et du moment qu’ils révèlent l’action d’une intelligence et d’une volonté, ils sortent du domaine purement physique.

Plusieurs théories ont été émises à ce sujet: nous les examinerons tout à l’heure, et nous verrons si elles peuvent rendre raison de tous les faits qui se produisent. Admettons, en attendant, l’existence d’êtres distincts de l’humanité, puisque telle est l’explication fournie par les intelligences qui se révèlent, et voyons ce qu’ils nous disent.

VI

Les êtres qui se communiquent ainsi se désignent eux-mêmes, comme nous l’avons dit, sous le nom d’Esprits ou de génies, et comme ayant appartenu, pour quelques-uns du moins, aux hommes qui ont vécu sur la terre. Ils constituent le monde spirituel, comme nous constituons pendant notre vie le monde corporel.

Nous résumons ici, en peu de mots, les points les plus saillants de la doctrine qu’ils nous ont transmise, afin de répondre plus facilement à certaines objections.

«Dieu est éternel, immuable, immatériel, unique, tout-puissant, souverainement juste et bon[1q].»

«Il a créé l’univers qui comprend tous les êtres animés et inanimés, matériels et immatériels.»

«Les êtres matériels constituent le monde visible ou corporel, et les êtres immatériels le monde invisible ou spirite, c’est-à-dire des Esprits.»

«Le monde spirite est le monde normal, primitif, éternel, préexistant et survivant à tout.»

«Le monde corporel n’est que secondaire; il pourrait cesser d’exister, ou n’avoir jamais existé, sans altérer l’essence du monde spirite.»

«Les Esprits revêtent temporairement une enveloppe matérielle périssable, dont la destruction, par la mort les rend à la liberté.»

«Parmi les différentes espèces d’êtres corporels, Dieu a choisi l’espèce humaine pour l’incarnation des Esprits arrivés à un certain degré de développement, c’est ce qui lui donne la supériorité morale et intellectuelle sur les autres.»

«L’âme est un Esprit incarné dont le corps n’est que l’enveloppe[2q].»

«Il y a dans l’homme trois choses: 1° le corps ou être matériel analogue aux animaux, et animé par le même principe vital; 2° l’âme ou être immatériel, Esprit incarné dans le corps; 3° le lien qui unit l’âme et le corps, principe intermédiaire entre la matière et l’Esprit.»

«L’homme a ainsi deux natures: par son corps, il participe de la nature des animaux dont il a les instincts; par son âme il participe de la nature des Esprits.»

«Le lien ou périsprit[6] qui unit le corps et l’Esprit est une sorte d’enveloppe semi-matérielle. La mort est la destruction de l’enveloppe la plus grossière; l’Esprit conserve la seconde, qui constitue pour lui un corps éthéré, invisible pour nous dans l’état normal, mais qu’il peut rendre accidentellement visible et même tangible, comme cela a lieu dans le phénomène des apparitions.»

«L’Esprit n’est point ainsi un être abstrait indéfini, que la pensée seule peut concevoir; c’est un être réel, circonscrit qui, dans certains cas, est appréciable par les sens de la vue, de l’ouïe et du toucher.»

«Les Esprits appartiennent à différentes classes et ne sont égaux ni en puissance, ni en intelligence, ni en savoir, ni en moralité. Ceux du premier ordre sont les Esprits supérieurs qui se distinguent des autres par leur perfection, leurs connaissances, leur rapprochement de Dieu, la pureté de leurs sentiments et leur amour du bien: ce sont les anges ou purs Esprits. Les autres classes s’éloignent de plus en plus de cette perfection; ceux des rangs inférieurs sont enclins à la plupart de nos passions: la haine, l’envie, la jalousie, l’orgueil, etc.; ils se plaisent au mal. Dans le nombre, il en est qui ne sont ni très bons ni très mauvais, plus brouillons et tracassiers que méchants, la malice et les inconséquences semblent être leur partage: ce sont les Esprits follets ou légers.»

«Les Esprits n’appartiennent pas perpétuellement au même ordre. Tous s’améliorent en passant par les différents degrés de la hiérarchie spirite. Cette amélioration a lieu par l’incarnation qui est imposée aux uns comme expiation, et aux autres comme mission. La vie matérielle est une épreuve qu’ils doivent subir à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’ils aient atteint la perfection absolue; c’est une sorte d’étamine ou d’épuratoire d’où ils sortent plus ou moins purifiés.»

«En quittant le corps, l’âme rentre dans le monde des Esprits d’où elle était sortie, pour reprendre une nouvelle existence matérielle après un laps de temps plus ou moins long pendant lequel elle est à l’état d’Esprit errant.»

«L’Esprit devant passer par plusieurs incarnations, il en résulte que nous tous avons eu plusieurs existences, et que nous en aurons encore d’autres plus ou moins perfectionnées, soit sur cette terre, soit dans d’autres mondes.»

«L’incarnation des Esprits a toujours lieu dans l’espèce humaine; ce serait une erreur de croire que l’âme ou Esprit peut s’incarner dans le corps d’un animal1.»

«Les différentes existences corporelles de l’Esprit sont toujours progressives et jamais rétrogrades; mais la rapidité du progrès dépend des efforts que nous faisons pour arriver à la perfection.»

«Les qualités de l’âme sont celles de l’Esprit qui est incarné en nous; ainsi l’homme de bien est l’incarnation du bon Esprit, et l’homme pervers celle d’un Esprit impur.»

«L’âme avait son individualité avant son incarnation; elle la conserve après sa séparation du corps.»

«A sa rentrée dans le monde des Esprits, l’âme y retrouve tous ceux qu’elle a connus sur terre, et toutes ses existences antérieures se retracent à sa mémoire avec le souvenir de tout le bien et de tout le mal qu’elle a fait.»

«L’Esprit incarné est sous l’influence de la matière; l’homme qui surmonte cette influence par l’élévation et l’épuration de son âme se rapproche des bons Esprits avec lesquels il sera un jour. Celui qui se laisse dominer par les mauvaises passions et place toutes ses joies dans la satisfaction des appétits grossiers, se rapproche des Esprits impurs en donnant la prépondérance à la nature animale.»

«Les Esprits incarnés habitent les différents globes de l’univers.»

«Les Esprits non incarnés ou errants n’occupent point une région déterminée et circonscrite; ils sont partout dans l’espace et à nos côtés, nous voyant et nous coudoyant sans cesse; c’est toute une population invisible qui s’agite autour de nous.»

«Les Esprits exercent sur le monde moral, et même sur le monde physique, une action incessante; ils agissent sur la matière et sur la pensée, et constituent une des puissances de la nature, cause efficiente d’une foule de phénomènes jusqu’alors inexpliqués ou mal expliqués, et qui ne trouvent une solution rationnelle que dans le spiritisme.»

«Les relations des Esprits avec les hommes sont constantes. Les bons Esprits nous sollicitent au bien, nous soutiennent dans les épreuves de la vie, et nous aident à les supporter avec courage et résignation; les mauvais nous sollicitent au mal: c’est pour eux une jouissance de nous voir succomber et de nous assimiler à eux.»

«Les communications des Esprits avec les hommes sont occultes ou ostensibles. Les communications occultes ont lieu par l’influence bonne ou mauvaise qu’ils exercent sur nous à notre insu; c’est à notre jugement de discerner les bonnes et les mauvaises inspirations. Les communications ostensibles ont lieu au moyen de l’écriture, de la parole ou autres manifestations matérielles, le plus souvent par l’intermédiaire des médiums qui leur servent d’instruments.»

«Les Esprits se manifestent spontanément ou sur évocation. On peut évoquer tous les Esprits: ceux qui ont animé des hommes obscurs, comme ceux des personnages les plus illustres, quelle que soit l’époque à laquelle ils ont vécu; ceux de nos parents, de nos amis ou de nos ennemis, et en obtenir, par des communications écrites ou verbales, des conseils, des renseignements sur leur situation d’outre-tombe, sur leurs pensées à notre égard, ainsi que les révélations qu’il leur est permis de nous faire.»