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Dans "Le Livre des Médiums: Les secrets du Spiritisme", Allan Kardec explore les fondements du spiritisme à travers une approche systématique et pédagogique. L'ouvrage se caractérise par un style clair et didactique, exhaustif dans son analyse des phénomènes médiumniques, abordant la communication avec les esprits et les lois morales qui gouvernent cette interaction. Kardec situe son travail dans le contexte du XIXe siècle, une époque marquée par des interrogations sur la nature de l'âme et de la vie après la mort, et il s'inscrit dans un courant intellectuel qui embrasse le rationalisme et la science, tout en cherchant à donner une dimension spirituelle à ces interrogations. Allan Kardec, de son vrai nom Hippolyte Léon Denizard Rivail, était un éducateur et un pionnier du spiritisme. Son intérêt pour les phénomènes inexpliqués et la communication spirituelle a été catalysé par une série de manifestations médiumniques observées à son époque. Kardec a voulu formaliser ces expériences en tant que science, ce qui l'a conduit à compiler, analyser et classifier les communications reçues par des médiums, cherchant à bâtir un cadre théorique cohérent pour le spiritisme. "Le Livre des Médiums" est un ouvrage incontournable pour quiconque s'intéresse aux questions existentielles relatives à la vie, à la mort et à la transcendance. Il est recommandé tant aux chercheurs qu'aux curieux, car il offre une exploration profonde et nuancée des croyances spirituelles, tout en fournissant des réponses aux mystères de l'au-delà, contribuant ainsi à un dialogue enrichissant entre la science, la philosophie et la spiritualité. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Biographie de l'auteur met en lumière les étapes marquantes de sa vie, éclairant les réflexions personnelles derrière le texte. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.
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Veröffentlichungsjahr: 2023
Quand la curiosité humaine cherche un pont entre deux mondes, elle se heurte à la frontière du visible et de l’invisible. Le Livre des Médiums: Les secrets du Spiritisme invite à considérer cette frontière avec méthode, prudence et intelligence. Allan Kardec y propose moins une promesse de merveilles qu’un cadre pour interroger ce qui se présente comme phénomène. L’ouvrage se déploie comme une réponse à l’exigence de lucidité face aux témoignages, aux enthousiasmes et aux pièges de l’illusion. En cela, il pose d’emblée le cœur du conflit: comment chercher sans se leurrer, et comment douter sans se fermer à l’inattendu.
Le statut de classique s’explique par l’équilibre rare entre curiosité et discernement. Loin d’un catalogue sensationnaliste, ce livre donne une architecture intellectuelle à un champ alors foisonnant et souvent confus. Sa portée littéraire tient à la clarté de l’exposé, au mouvement pédagogique qui mène le lecteur de la définition à l’examen critique. Ses thèmes—responsabilité morale, contrôle des faits, limites de la subjectivité—restent opérants bien au-delà de son époque. En établissant des repères stables, il a influencé des générations de lecteurs et a inspiré des auteurs attirés par l’exploration narrative de l’invisible.
Allan Kardec, pédagogue et codificateur du spiritisme, compose Le Livre des Médiums au cœur du XIXe siècle, dans un contexte européen marqué par un vif intérêt pour les phénomènes dits spirites. Publié en 1861, l’ouvrage s’inscrit comme le second jalon d’un ensemble doctrinal plus vaste. Dans la continuité d’un travail entamé quelques années plus tôt, l’auteur rassemble, ordonne et soumet à l’examen ce que l’on rapporte des communications médiumniques. Le livre se présente ainsi comme un guide destiné à celles et ceux qui cherchent à comprendre, encadrer et évaluer les manifestations attribuées à des intelligences non incarnées.
La prémisse centrale tient en une proposition claire: avant d’agir, savoir observer; avant de conclure, apprendre à distinguer. Kardec détaille le rôle du médium, les conditions propices à l’expérience et les précautions nécessaires pour éviter tromperies et erreurs d’appréciation. Il s’adresse tant aux praticiens qu’aux curieux soucieux d’une approche sérieuse, en insistant sur la responsabilité intellectuelle et morale. Le livre ne promet pas des certitudes définitives; il offre un outillage conceptuel et pratique pour naviguer entre l’excès de crédulité et le refus a priori, là où l’émotion et l’attente peuvent brouiller le jugement.
Sur le plan littéraire, l’ouvrage frappe par sa composition méthodique et son style didactique, héritiers d’une tradition de clarté française. Chaque notion est introduite avec soin, replacée dans un ensemble cohérent, puis éprouvée à l’aune de critères de contrôle. Cette progression confère au texte une force persuasive qui tient moins à l’éloquence qu’à l’ordre et à la précision. Loin de la fiction, la lecture n’en demeure pas moins dramatique: on y perçoit la tension continue entre hypothèse et preuve, témoignage et vérification, promesse de sens et risque d’illusion, tension qui soutient l’attention du lecteur.
L’influence sur les écrivains ultérieurs s’est souvent manifestée par l’audace de thématiques rendues pensables et narrables: communication entre plans d’existence, voix posthumes, scènes où la conscience dépasse les limites matérielles. En offrant un vocabulaire et une logique à ces motifs, l’ouvrage a nourri imaginations et dramaturgies en quête d’angles nouveaux pour penser la présence et l’absence. Des auteurs, sensibles à la porosité des frontières, y ont trouvé un réservoir d’idées pour explorer la mémoire, la culpabilité, le deuil, ou encore la persistance des voix, tout en jouant des ambiguïtés entre foi et scepticisme.
Historiquement, la publication intervient après l’essor des expériences de tables tournantes qui ont, dans les années 1850, sensibilisé le public aux phénomènes spirites. Le livre répond à cette effervescence par un effort de codification: transformer une curiosité sociale en programme d’étude. Dans une époque traversée par le positivisme, la démarche entend articuler observation, comparaison et prudence. Sans se substituer aux sciences constituées, l’ouvrage cherche un espace raisonnable où l’on décrit, confronte et hiérarchise les faits allégués, afin de soustraire la pratique à l’emprise du caprice, du charlatanisme et des enthousiasmes irréfléchis.
Les thèmes durables tiennent à la conjonction de trois axes: méthode, morale, métaphysique. Méthode, parce qu’il faut apprendre à reconnaître les limites de l’expérience et à corriger ses biais. Morale, parce que toute interaction supposée avec un autre plan engage la responsabilité de l’opérateur et de son entourage. Métaphysique, parce que la question du destin, de la conscience et de la continuité de l’être s’invite inévitablement. Le Livre des Médiums demeure ainsi un lieu où l’enquête se double d’une éthique, et où la recherche de sens ne s’autorise qu’accompagnée d’un rigoureux examen critique.
Au cœur du dispositif, l’auteur précise des catégories de manifestations et des profils de médiumnité, non pour figer la pratique, mais pour l’ordonner. Il recommande des contrôles, insiste sur la répétition des observations et sur la comparaison des résultats. L’importance accordée à la cohérence, à l’indépendance des témoignages et à la rectification d’erreurs confère au livre une allure de laboratoire moral. On y trouve également une attention constante aux dérives possibles: illusions sincères, suggestions, fraudes. Cette vigilance contribue à établir une norme de prudence, devenue l’une des marques de la tradition spirite codifiée.
Dès sa parution, l’ouvrage suscite débats, adhésions et critiques. Son rayonnement s’affirme par la diffusion internationale du spiritisme, avec un ancrage notable dans plusieurs pays, et une réception particulièrement marquante en Amérique latine. Traductions, sociétés d’études et lectures publiques attestent d’une circulation durable du texte. Ce destin éditorial, fait de controverses et de fidélités, montre qu’un manuel d’examen des phénomènes a pu nourrir une culture vivante. L’ouvrage traverse ainsi les contextes et demeure une référence dans les bibliothèques de ceux qui s’intéressent à la tradition kardéciste.
Lire aujourd’hui Le Livre des Médiums, c’est entrer dans un dialogue avec une époque qui cherchait des méthodes pour comprendre l’extraordinaire sans renoncer à la raison. Le lecteur contemporain y rencontre un manuel de prudence, mais aussi une invitation à affiner ses critères d’évaluation. L’approche n’exige ni créance aveugle ni rejet sommaire; elle propose des gestes intellectuels simples et exigeants: observer, confronter, rectifier. Cette discipline constitue une éthique de lecture applicable à d’autres domaines, où l’émotion, l’opinion et l’apparence réclament d’être soumises à l’épreuve de la cohérence.
En définitive, l’attrait durable de ce livre tient à sa capacité à poser des questions qui ne se démodent pas: que faire d’un témoignage, comment décider, à quelles conditions croire? À l’heure où prolifèrent les récits et les images, l’appel à la méthode et à la responsabilité demeure d’une actualité évidente. Le Livre des Médiums relie l’exigence du sens à l’humilité de la preuve. Il offre au lecteur contemporain un cadrage pour explorer, sans confusion, ce qui prétend élargir l’horizon du réel, et il rappelle que la recherche, lorsqu’elle s’unit à l’éthique, traverse les siècles.
Publié en 1861, Le Livre des Médiums d’Allan Kardec constitue le second volet de la « codification spirite » après Le Livre des Esprits. L’ouvrage se présente comme un guide méthodique destiné aux praticiens et aux observateurs des phénomènes spirites. Kardec y expose une démarche de contrôle et d’expérimentation, afin de distinguer l’erreur, la fraude et l’illusion des faits dignes d’étude. L’introduction établit un ton à la fois prudent et didactique, s’adressant aux sceptiques comme aux convaincus. Il annonce le but général: décrire les moyens d’observer les communications attribuées aux Esprits, en les ramenant à un ordre de phénomènes naturels soumis à des lois.
Les premiers chapitres précisent les notions de base: ce que l’on entend par Esprit, médiumnité et manifestations. Kardec distingue notamment les effets physiques, perceptibles matériellement, et les effets intelligents, porteurs de sens. Il insiste sur la portée limitée de chaque observation prise isolément et sur l’importance d’accumuler des faits concordants. L’auteur s’attache à dissiper les malentendus liés au merveilleux, en récusant l’idée de surnaturel et en rattachant les phénomènes à des causes encore mal connues. Ces jalons conceptuels servent de cadre à l’ensemble du traité et visent à prévenir les extrapolations hâtives autant que le rejet a priori.
Au cœur de la méthode, Kardec propose des règles de prudence: multiplier les essais, varier les circonstances, contrôler l’identité des interlocuteurs supposés et préférer un doute provisoire à une affirmation mal fondée. Il décrit des sources d’erreur fréquentes, de la suggestion aux fraudes, et souligne l’attrait des systèmes explicatifs prématurés. L’ouvrage articule ces précautions avec des hypothèses propres à la doctrine spirite, telles que l’intervention d’un principe spirituel et de médiations fluidiques. Ces cadres restent soumis au crible de l’expérience, l’auteur exhortant les groupes à consigner, comparer et publier leurs observations pour faire émerger des régularités vérifiables.
L’une des sections centrales dresse une typologie des médiums, entendus comme personnes aptes à servir d’intermédiaires. Kardec décrit des facultés diverses: médiums à effets physiques, auditifs, parlants, voyants, et surtout écrivains, dont la main transmettrait des messages intelligibles. Il insiste sur la variabilité individuelle, la possibilité d’aptitudes mixtes et l’impossibilité de forcer un développement rapide. La fiabilité ne se réduit ni à l’adresse ni à la fréquence, mais dépend de conditions morales et physiologiques, ainsi que de l’influence de l’entourage. L’auteur recommande la mesure, la régularité et l’examen critique plutôt que la recherche de performances spectaculaires.
Pour la conduite des séances, l’ouvrage expose des indications pratiques: composition d’un groupe restreint et harmonieux, rôle d’un dirigeant veillant à l’ordre, à la clarté des questions et à la tenue des procès-verbaux. Les procédés de communication sont passés en revue, notamment l’écriture médiumnique à l’aide de supports, mais l’accent porte sur la qualité des échanges plutôt que sur les moyens. Kardec propose des tests de contrôle, comme la pertinence des réponses, la cohérence avec des données ignorées des participants et la constance du style. L’objectif est d’obtenir des messages suivis, susceptibles d’examen et de comparaison entre cercles indépendants.
Dans l’analyse des messages, Kardec relie la forme et le fond au degré supposé d’avancement moral des Esprits. Un langage trivial, contradictoire ou flatteur est tenu pour suspect; un ton clair, utile et désintéressé inspire davantage confiance. L’auteur met en garde contre les demandes de curiosité, les prédictions intéressées et les questions matérielles, qui favoriseraient les communications légères. Il recommande de confronter les textes, d’éviter toute exclusivité et de reconnaître les limites inhérentes au canal médiumnique. La classification hiérarchique des Esprits, déjà esquissée ailleurs, sert ici de grille d’évaluation, sans dispenser d’un examen patient des faits.
Un développement substantiel est consacré aux risques liés à la pratique. Kardec décrit l’obsession et la subjugation, formes d’ingérence tenace attribuées à des Esprits peu éclairés, et leurs indices: entêtement des messages, isolement du médium, exaltation vaniteuse. Il préconise des remèdes moraux et méthodiques: sang-froid, assistance d’esprits réputés sérieux, interruption temporaire des séances, élargissement du contrôle par d’autres médiums. La recherche de notoriété, l’intérêt matériel et la complaisance sont présentés comme des facteurs aggravants. L’ouvrage souligne la responsabilité du groupe: protéger, recadrer, documenter, et ne jamais sacrifier l’examen critique à la fascination du phénomène.
À plusieurs reprises, l’auteur situe le spiritisme à la frontière de l’observation et de la philosophie morale. Il affirme une ambition expérimentale, invitant à la vérification collective et à la prudence terminologique, tout en tirant des conséquences éthiques des communications tenues pour sérieuses. Kardec refuse d’ériger des dogmes immuables, préférant une progression par essais contrôlés et comparaisons. Il distingue la croyance réfléchie des superstitions et admet les limites du savoir disponible. Cette position vise un dialogue avec les savoirs établis, sans réduire les phénomènes à une curiosité, ni les soustraire à l’examen qu’exige toute prétention de connaissance.
Au total, Le Livre des Médiums propose une architecture de pratique et de discernement qui a structuré durablement la tradition spirite. Sans chercher l’effet merveilleux, il systématise un vocabulaire, des règles de conduite et des critères de fiabilité, afin d’orienter des expériences réputées instables. L’ouvrage met en avant une exigence double: méthode et moralité, comme conditions d’échanges tenus pour sérieux. Son apport tient à l’organisation patiente des matériaux, à la vigilance contre les illusions et à l’appel à la responsabilité des groupes. Il laisse ouverte la poursuite des recherches, en soulignant que le progrès suppose prudence, constance et désintéressement.
Le Livre des médiums paraît dans le Paris du Second Empire, sous le règne de Napoléon III (1852–1870), au cœur d’un État centralisé où l’Église catholique, l’Université impériale, les académies savantes et une presse surveillée structurent la vie publique. La capitale se transforme rapidement, tandis que les salons, cercles et sociétés d’études offrent des lieux de sociabilité intellectuelle. C’est dans ce cadre que se déploie le spiritisme d’Allan Kardec, qui entend dialoguer avec les institutions dominantes sans s’y confondre, et revendiquer une méthode d’observation face aux critères de la science officielle, aux doctrines philosophiques contemporaines et à l’autorité religieuse.
Le phénomène que Kardec entreprend de codifier naît d’abord aux États‑Unis en 1848, avec les « rappings » attribués aux sœurs Fox à Hydesville. La mode des « tables tournantes » gagne l’Europe au début des années 1850, suscitant curiosité et débats publics. En France, vers 1853–1854, la presse et les salons diffusent ces expériences ludiques et déroutantes. Le Livre des médiums se situe dans ce prolongement en proposant un cadre, des définitions et des précautions pour transformer des divertissements controversés en une pratique réglée, rationnelle à ses yeux, et orientée vers une finalité morale plutôt que spectaculaire.
Derrière le nom d’Allan Kardec se trouve Hippolyte Léon Denizard Rivail (1804–1869), pédagogue formé dans l’entourage de Johann Heinrich Pestalozzi en Suisse. Avant 1857, il publie des manuels et s’intéresse à l’éducation populaire. Sa démarche spirite revendique l’esprit d’enquête, la classification et l’exposition didactique. Après Le Livre des Esprits (1857), qui pose un cadre philosophique, Le Livre des médiums (1861) vise les pratiques, les risques et les méthodes d’examen. L’ambition est de donner des repères stables à un public élargi, en liant observation, prudence et réforme de soi, dans un langage accessible mais systématique.
La modernisation urbaine, conduite par le préfet Haussmann à partir de 1853, recompose Paris : boulevards, éclairage au gaz, cafés et appartements bourgeois favorisent de nouvelles sociabilités nocturnes. Les séances se tiennent dans des intérieurs privés, salons et cabinets de lecture où se rencontrent curiosité mondaine et aspiration spirituelle. L’essor des librairies, des cabinets de prêt et de la presse à bon marché ouvre des canaux de diffusion rapides. Le Livre des médiums s’insère dans cette économie culturelle, offrant un manuel pour des cercles qui cherchent à stabiliser leurs pratiques au‑delà du simple divertissement domestique.
La communauté savante européenne, marquée par le positivisme, examine tôt les phénomènes en vogue. William B. Carpenter théorise en 1852 l’« idéomoteur » ; Michael Faraday, en 1853, démontre que les tables bougent par mouvements inconscients ; Michel‑Eugène Chevreul publie en 1854 sur la baguette et le pendule, les ramenant à des effets psychophysiologiques. Face à ces lectures naturalistes, Le Livre des médiums propose des règles de contrôle (éviter la précipitation, varier les conditions, écarter la fraude), tout en interprétant les résultats dans un cadre spirite. Il reconnaît des interférences humaines possibles, mais maintient l’hypothèse d’agent spirituel.
Le terrain intellectuel du spiritisme croise aussi l’héritage du mesmérisme. Depuis les années 1780, l’« animal magnétisme » de Franz Anton Mesmer et les expériences de Puységur sur le somnambulisme provoquent recherches et controverses médicales. Au XIXe siècle, ces pratiques subsistent dans des cabinets et sociétés, nourrissant l’idée d’états modifiés de conscience. Kardec, tout en connaissant ces traditions, distingue le rôle des esprits d’une simple action fluidique. Le Livre des médiums se positionne ainsi à la jonction d’une culture du magnétisme et des débats contemporains sur la suggestion, en cherchant à établir des critères propres au spiritisme.
L’Empire entretient des liens étroits avec une Église renforcée, tandis que l’ultramontanisme progresse. Les apparitions de Lourdes (1858), reconnues par l’autorité épiscopale en 1862, réactivent la question du miracle. Dans ce contexte, le clergé voit le spiritisme avec suspicion. Un épisode marquant survient en 1861 à Barcelone : sur ordre ecclésiastique, des lots d’ouvrages spirites, dont ceux de Kardec, sont saisis et publiquement brûlés. Le Livre des médiums se présente, face à ces tensions, comme une démarche morale et consolatrice, affirmant sa compatibilité avec une foi en la Providence tout en contestant le monopole religieux sur l’invisible.
Au-delà du livre, Kardec anime la Revue spirite (fondée en 1858) et la Société parisienne des études spirites, lieux de correspondance, comptes rendus et controverses. Sous le Second Empire, la presse reste réglementée, mais s’assouplit à partir du tournant « libéral » des années 1860, facilitant la circulation d’idées nouvelles. Le Livre des médiums s’appuie sur ce réseau éditorial et associatif pour codifier des pratiques, diffuser des « instructions » et répondre aux objections. Il inscrit l’expérimentation dans un cadre collectif, où la discipline morale et la méthode sont érigées en conditions de possibilité.
Le spiritisme circule alors par des itinéraires transnationaux. Des médiums anglo‑américains, comme Daniel D. Home, se produisent dans des salons européens à la fin des années 1850 et dans les années 1860, suscitant rapports enthousiastes et réfutations sceptiques. Le télégraphe et les chemins de fer densifient les réseaux d’information, accélérant polémiques et traductions. Des éditions en espagnol et en portugais apparaissent dans les années 1860, tandis que l’épisode barcelonais témoigne d’une réception contrastée dans les mondes catholiques. Le Livre des médiums s’adresse ainsi à un public européen composite, attentif aux « preuves » mais divisé sur les interprétations.
L’époque est fascinée par l’image. De la daguerréotypie aux procédés au collodion, la photographie devient un support de croyance et de controverse. Aux États‑Unis, au début des années 1860, surgit la « photographie spirite », bientôt discutée en Europe. Cette conjoncture accroit les attentes de « preuves matérielles ». Le Livre des médiums adopte une prudence méthodique : il hiérarchise les phénomènes, insiste sur les conditions et relativise l’attrait du spectaculaire, en rappelant la facilité des illusions optiques et des fraudes. L’ouvrage privilégie l’évaluation critique et le discernement moral plutôt que la quête d’effets sensationnels.
Les pratiques spirites s’implantent souvent dans des milieux bourgeois, à dominante féminine dans les cercles domestiques, où la figure de la médium acquiert visibilité. Cette configuration sociale influence la forme des séances : rituels simples, écriture, lectures partagées. Le Livre des médiums, en classant des « aptitudes » et en décrivant des précautions, répond à cette sociabilité de proximité. Il met en garde contre la suggestion, la crédulité et l’isolement de l’expérimentateur, tout en affirmant que la conduite morale—patience, désintéressement, exactitude—conditionne la qualité des échanges attribués aux esprits.
La culture du XIXe siècle valorise la vulgarisation scientifique : conférences publiques, revues à grand tirage et expositions multiplient les démonstrations. Parallèlement, des illusionnistes, tels Robert‑Houdin, popularisent l’art de déjouer les « merveilles » par des explications techniques. Dans ce paysage, Le Livre des médiums cherche une voie étroite : adopter un ton d’observateur, proposer des tests et des comparaisons, admettre les causes naturelles lorsque reconnues, mais défendre l’irréductibilité d’un noyau spirite. Cette stratégie vise une respectabilité intellectuelle, malgré la réticence persistante des institutions scientifiques.
L’expansion de l’instruction et l’abaissement des coûts d’impression élargissent le lectorat. Sous l’Empire, l’édition exploite les formats maniables, les réimpressions et les abonnements périodiques. Kardec, pédagogue aguerri, adopte un style clair, structuré en questions, définitions et mises en garde, qui facilite l’appropriation par des lecteurs non spécialistes. Le Livre des médiums capitalise sur ces dynamiques : il se présente comme un guide gradué, permettant à des groupes modestes d’expérimenter sans équipements coûteux, et revendique l’autonomie du lecteur, à condition d’observer patience, méthode et rectitude de conduite.
La frontière entre enquête et escroquerie demeure poreuse aux yeux des autorités et de la presse. Des affaires de charlatanisme et de voyance alimentent les rubriques judiciaires, et des règlements locaux visent les pratiques divinatoires. Le Livre des médiums prend position : il proscrit le lucre, recommande la gratuité des séances et l’examen critique des manifestations, distingue nettement le spiritisme d’usages superstitieux et de promesses de fortune. Cette éthique du désintéressement entend prémunir les groupes contre les abus, tout en offrir à la pratique un visage compatible avec l’honorabilité bourgeoise et le contrôle social.
La réception française de l’ouvrage est contrastée. Des cercles parisiens et provinciaux s’y reconnaissent et multiplient comptes rendus et correspondances, tandis que des philosophes positivistes et des polémistes catholiques y voient, selon les cas, une survivance de superstition ou une concurrence spirituelle. La grande presse, soucieuse d’anecdotes, relaie tantôt des épisodes édifiants, tantôt des dénonciations de fraude. Le Livre des médiums alimente ces échanges par ses cas, ses classifications et ses répliques méthodologiques, consolidant un public fidèle sans convaincre les instances savantes, qui exigent des reproductions contrôlées et des interprétations naturalistes.
Au milieu des années 1860, le climat politique s’assouplit, mais les clivages idéologiques persistent. Les guerres, les crises et la défaite de 1870 reconfigurent le paysage, sans effacer la présence spirite. La « codification » de Kardec se complète par des ouvrages ultérieurs, et Le Livre des médiums demeure la référence pratique. À l’étranger, notamment dans l’espace lusophone et hispanophone, la réception s’amplifie dans la seconde moitié du siècle. Sans entrer dans les développements nationaux ultérieurs, on constate que le manuel de 1861 sert de matrice à des sociétés qui revendiquent méthode, réforme morale et secours aux affligés.
La chronologie intellectuelle situe l’ouvrage au point de rencontre de courants majeurs : positivisme, renouveau catholique, occultisme érudit et culture du spectacle. Le Livre des médiums se distingue des traités occultes contemporains en refusant les rituels de magie cérémonielle et en promouvant une « science d’observation » appliquée à l’invisible. Il emprunte aux langages de la physiologie et de la psychologie naissante des précautions de méthode, tout en récusant les réductivismes. Cette position intermédiaire explique ses controverses : trop spiritualiste pour la science académique, trop expérimental pour certains milieux religieux, mais lisible par un vaste public urbain éduqué.—This seems repeating earlier content? ensure uniqueness; It's fine but keep it. Wait we must ensure it's not contradictory. We'll keep it but remove stray dash.— We'll ensure formatting without extraneous characters. We'll rephrase accordingly. We'll generate corrected text in final output.
Allan Kardec (né Hippolyte Léon Denizard Rivail, 1804–1869) fut un pédagogue français devenu la figure centrale de la codification du spiritisme au XIXe siècle. Formé dans la France postrévolutionnaire et actif sous le Second Empire, il chercha à articuler observation, morale et philosophie autour des phénomènes médiumniques qui retinrent l’attention du public européen. Son œuvre, rédigée en français et largement diffusée, se voulut méthodique et pédagogique, visant à ordonner des messages attribués aux esprits et à en tirer un corps de doctrine. La portée de ses livres dépassa bientôt la curiosité mondaine, suscitant débats intellectuels, controverses religieuses et un vaste mouvement associatif.
Avant le spiritisme, Rivail s’illustra comme enseignant et auteur de manuels inspirés par la méthode de Johann Heinrich Pestalozzi, qu’il avait côtoyé à Yverdon, en Suisse. De retour à Paris, il y enseigna et publia des ouvrages consacrés à l’instruction et à la vulgarisation, cherchant à rendre les savoirs accessibles par une progression claire et graduée. Cette formation pédagogique marqua durablement son style: précision terminologique, goût des classifications, emploi du raisonnement pas à pas. Ces dispositions, forgées dans le contexte des réformes éducatives du début du XIXe siècle, expliquent en partie l’originalité de son approche lorsqu’il se tourna vers l’examen de phénomènes réputés inexplicables.
Au milieu des années 1850, la mode des tables tournantes et des séances médiumniques gagna Paris. Rivail entreprit d’en évaluer la portée par un examen suivi, en croisant les communications obtenues auprès de différents médiums. Il adopta alors le nom d’auteur Allan Kardec pour distinguer cette activité de ses travaux scolaires. En 1857, il publia Le Livre des Esprits, conçu en forme de questions-réponses, où il présenta la doctrine spirite sur l’âme, la pluralité des existences, le monde spirituel et la loi morale. L’ouvrage, qui se voulait synthétique et ordonné, inaugura ce qu’il appela la codification du spiritisme.
Dès 1858, Kardec structura la recherche et la diffusion du mouvement. Il fonda à Paris la Société Parisienne des Études Spirites, destinée à l’examen méthodique des communications et à l’échange d’observations. La même année, il lança la Revue Spirite, périodique où il publia comptes rendus, correspondances et analyses, tout en répondant aux critiques. Cette organisation, associant un lieu d’étude et un organe éditorial, permit de stabiliser un vocabulaire, de proposer des critères de contrôle et de donner une visibilité continue au corpus spirite. Elle contribua aussi à tisser un réseau de groupes en France et à l’étranger.
Après Le Livre des Esprits vinrent plusieurs titres majeurs. Qu’est-ce que le spiritisme? (1859) exposa les principes à un large public. Le Livre des Médiums (1861) aborda les pratiques et les écueils de l’expérimentation médiumnique. Un opuscule, Le Spiritisme à sa plus simple expression (1862), proposa une synthèse brève. L’Évangile selon le spiritisme (1864) interpréta des passages évangéliques sous un angle moral spirite. Le Ciel et l’Enfer (1865) discuta des peines et récompenses futures. Enfin, La Genèse, les Miracles et les Prédictions selon le Spiritisme (1868) tenta une lecture d’ensemble des lois naturelles et des récits merveilleux à la lumière de la doctrine.
La réception fut contrastée. Les ouvrages trouvèrent un lectorat fidèle et formèrent des cercles d’étude, tandis que nombre de savants restaient sceptiques et que des autorités religieuses dénonçaient la doctrine. Les controverses portèrent sur la valeur probante des communications et sur l’interprétation des textes religieux. Malgré ces oppositions, le mouvement se diffusa en Europe et outre-mer, avec des traductions et des périodiques locaux. Il connut un essor particulier au Brésil, où la lecture de Kardec prit une ampleur durable et se développa en associations d’entraide et en centres d’étude, tout en suscitant des débats philosophiques et scientifiques.
Kardec mourut à Paris en 1869 et fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Des textes et notes ont été rassemblés et publiés après sa disparition, prolongeant la réflexion engagée dans ses livres. Son héritage se mesure à la persistance de groupes d’étude, de maisons d’édition et de projets sociaux rattachés au spiritisme, ainsi qu’à l’influence de son vocabulaire dans les discussions sur la survivance, la morale et le progrès. Au-delà des adhésions ou des critiques, son œuvre demeure une tentative structurée d’ordonner un ensemble de témoignages et de les soumettre à un examen régulier, dans un esprit à la fois didactique et réformateur.
L’expérience nous confirme tous les jours dans cette opinion que les difficultés et les mécomptes que l’on rencontre dans la pratique du spiritisme, ont leur source dans l’ignorance des principes de cette science, et nous sommes heureux d’avoir été à même de constater que le travail que nous avons fait pour prémunir les adeptes contre les écueils d’un noviciat, a porté ses fruits, et que beaucoup ont dû à la lecture de cet ouvrage d’avoir pu les éviter.
Un désir bien naturel, chez les personnes qui s’occupent de spiritisme, c’est de pouvoir entrer elles-mêmes en communication avec les Esprits; c’est à leur aplanir la route que cet ouvrage est destiné, en les faisant profiter du fruit de nos longues et laborieuses études, car on s’en ferait une idée très fausse si l’on pensait que, pour être expert en cette matière, il suffit de savoir poser les doigts sur une table pour la faire tourner, ou tenir un crayon pour écrire.
On se tromperait également si l’on croyait trouver dans cet ouvrage une recette universelle et infaillible pour former des médiums. Bien que chacun renferme en soi-même le germe des qualités nécessaires pour le devenir, ces qualités n’existent qu’à des degrés très différents, et leur développement tient à des causes qu’il ne dépend de personne de faire naître à volonté. Les règles de la poésie, de la peinture et de la musique ne font ni des poètes, ni des peintres, ni des musiciens de ceux qui n’en ont pas le génie: elles guident dans l’emploi des facultés naturelles. Il en est de même de notre travail; son objet est d’indiquer les moyens de développer la faculté médianimique autant que le permettent les dispositions de chacun, et surtout d’en diriger l’emploi d’une manière utile lorsque la faculté existe. Mais là n’est point le but unique que nous nous sommes proposé.
A côté des médiums proprement dits, il y a la foule qui s’accroit tous les jours des personnes qui s’occupent des manifestations spirites; les guider dans leurs observations, leur signaler les écueils qu’elles peuvent et doivent nécessairement rencontrer dans une chose nouvelle, les initier à la manière de s’entretenir avec les Esprits, leur indiquer les moyens d’avoir de bonnes communications, tel est le cercle que nous devons embrasser sous peine de faire une chose incomplète. On ne sera donc point surpris de trouver dans notre travail des renseignements qui, au premier abord, pourraient y paraître étrangers: l’expérience en montrera l’utilité. Après l’avoir étudié avec soin, on comprendra mieux les faits dont on sera témoin; le langage de certains Esprits paraîtra moins étrange. Comme instruction pratique, il ne s’adresse donc pas exclusivement aux médiums, mais à tous ceux qui sont à même de voir et d’observer les phénomènes spirites.
Quelques personnes auraient désiré que nous publiassions un manuel pratique très succinct, contenant en peu de mots l’indication des procédés à suivre pour entrer en communication avec les Esprits; elles pensent qu’un livre de cette nature pouvant, par la modicité de son prix, être répandu à profusion, serait un puissant moyen de propagande, en multipliant les médiums; quant à nous, nous regarderions un tel ouvrage comme plus nuisible qu’utile, pour le moment du moins. La pratique du spiritisme est entourée de beaucoup de difficultés, et n’est pas toujours exempte d’inconvénients qu’une étude sérieuse et complète peut seule prévenir. Il serait donc à craindre qu’une indication trop succincte ne provoquât des expériences faites avec légèreté, et dont on pourrait avoir lieu de se repentir; ce sont de ces choses avec lesquelles il n’est ni convenable, ni prudent de jouer, et nous croirions rendre un mauvais service en les mettant à la disposition du premier étourdi venu qui trouverait plaisant de causer avec les morts. Nous nous adressons aux personnes qui voient dans le spiritisme un but sérieux, qui en comprennent toute la gravité, et ne se font pas un jeu des communications avec le monde invisible.
Nous avons publié une Instruction pratique dans le but de guider les médiums; cet ouvrage est aujourd’hui épuisé et, quoiqu’il fût dans un but éminemment grave et sérieux, nous ne le réimprimerons pas, parce que nous ne le trouvons pas encore assez complet pour éclairer sur toutes les difficultés que l’on peut rencontrer. Nous l’avons remplacé par celui-ci, dans lequel nous avons réuni toutes les données qu’une longue expérience et une étude consciencieuse nous ont mis à même d’acquérir. Il contribuera, nous l’espérons du moins, à donner au spiritisme le caractère sérieux qui est son essence, et à détourner d’y voir un sujet d’occupation frivole et d’amusement.
A ces considérations nous en ajouterons une très importante, c’est la mauvaise impression que produit sur les personnes novices ou mal disposées, la vue d’expériences faites légèrement et sans connaissance de cause; elles ont pour inconvénient de donner du monde des Esprits une idée très fausse et de prêter le flan à la raillerie et à une critique souvent fondée; c’est pourquoi les incrédules sortent de ces réunions rarement convertis, et peu disposés à voir un côté sérieux dans le spiritisme. L’ignorance et la légèreté de certains médiums ont fait plus de tort qu’on ne le croit dans l’opinion de beaucoup de gens.
Le spiritisme a fait de grands progrès depuis quelques années, mais il en a fait surtout d’immenses depuis qu’il est entré dans la voie philosophique, parce qu’il a été apprécié par les gens éclairés. Aujourd’hui ce n’est plus un spectacle: c’est une doctrine dont ne se rient plus ceux qui se moquaient des tables tournantes[1]. En faisant nos efforts pour l’amener et le maintenir sur ce terrain, nous avons la conviction de lui conquérir plus de partisans utiles qu’en provoquant à tort et à travers des manifestations dont on pourrait abuser. Nous en avons tous les jours la preuve par le nombre d’adeptes qu’a faits la seule lecture du Livre des Esprits.
Après avoir exposé dans le Livre des Esprits la partie philosophique de la science spirite, nous donnons dans cet ouvrage la partie pratique à l’usage de ceux qui veulent s’occuper des manifestations, soit par eux-mêmes, soit pour se rendre compte des phénomènes qu’ils peuvent être appelés à voir. Ils y verront les écueils qu’on peut rencontrer, et auront ainsi un moyen de les éviter. Ces deux ouvrages, quoique faisant suite l’un à l’autre, sont jusqu’à un certain point indépendants l’un de l’autre; mais à quiconque voudra s’occuper sérieusement de la chose, nous dirons de lire d’abord le Livre des Esprits, parce qu’il contient des principes fondamentaux, sans lesquels certaines parties de celui-ci seraient peut-être difficilement comprises.
Des améliorations importantes ont été apportées à la seconde édition, beaucoup plus complète que la première. Elle a été corrigée avec un soin tout particulier par les Esprits qui y ont ajouté un très grand nombre de remarques et d’instructions du plus haut intérêt. Comme ils ont tout revu, qu’ils ont approuvé ou modifié à leur gré, on peut dire qu’elle est en grande partie leur ouvrage, car leur intervention ne s’est pas bornée aux quelques articles signés; nous n’avons indiqué les noms que lorsque cela nous a paru nécessaire pour caractériser certaines citations un peu étendues, comme émanant d’eux textuellement, autrement il nous eût fallu les citer presque à chaque page, notamment à toutes les réponses faites aux questions proposées, ce qui ne nous a pas semblé utile. Les noms, comme on le sait, importent peu en pareille matière; l’essentiel est que l’ensemble du travail réponde au but que nous nous sommes proposé. L’accueil fait à la première édition, quoique imparfaite, nous fait espérer que celle-ci ne sera pas vue avec moins de faveur.
Comme nous y avons ajouté beaucoup de choses, et plusieurs chapitres entiers, nous avons supprimé quelques articles qui faisaient double emploi, entre autres l’Echelle spirite qui se trouve déjà dans le Livre des Esprits. Nous avons également supprimé du Vocabulaire ce qui ne rentrait pas spécialement dans le cadre de cet ouvrage, et qui se trouve utilement remplacé par des choses plus pratiques. Ce vocabulaire, d’ailleurs, n’était point assez complet; nous le publierons plus tard séparément sous la forme d’un petit dictionnaire de philosophie spirite; nous n’en avons conservé ici que les mots nouveaux ou spéciaux relatifs à l’objet dont nous nous occupons.
1.Le doute concernant l’existence des Esprits a pour cause première l’ignorance de leur véritable nature. On se les figure généralement comme des êtres à part dans la création, et dont la nécessité n’est pas démontrée. Beaucoup ne les connaissent que par les contes fantastiques dont ils ont été bercés, à peu près comme on connaît l’histoire par les romans; sans chercher si ces contes, dégagés des accessoires ridicules, reposent sur un fond de vérité, le côté absurde seul les frappe; ne se donnant pas la peine d’enlever l’écorce amère pour découvrir l’amande, ils rejettent le tout, comme font, dans la religion, ceux qui, choqués de certains abus, confondent tout dans la même réprobation.
Quelle que soit l’idée que l’on se fasse des Esprits, cette croyance est nécessairement fondée sur l’existence d’un principe intelligent en dehors de la matière; elle est incompatible avec la négation absolue de ce principe. Nous prenons donc notre point de départ dans l’existence, la survivance et l’individualité de l’âme, dont le spiritualisme est la démonstration théorique et dogmatique, et le spiritisme la démonstration patente. Faisons pour un instant abstraction des manifestations proprement dites, et, raisonnant par induction, voyons à quelles conséquences nous arriverons.
2.Du moment que l’on admet l’existence de l’âme et son individualité après la mort, il faut admettre aussi 1° qu’elle est d’une nature différente du corps, puisqu’une fois séparée elle n’en a plus les propriétés; 2° qu’elle jouit de la conscience d’elle-même, puisqu’on lui attribue la joie ou la souffrance, autrement ce serait un être inerte, et autant vaudrait pour nous n’en pas avoir. Ceci admis, cette âme va quelque part; que devient-elle et où va-t-elle? Selon la croyance commune elle va au ciel ou en enfer; mais où sont le ciel et l’enfer? On disait autrefois que le ciel était en haut et l’enfer en bas; mais qu’est-ce que le haut et le bas dans l’univers, depuis que l’on connaît la rondeur de la terre, le mouvement des astres qui fait que ce qui est le haut à un moment donné devient le bas dans douze heures, l’infini de l’espace dans lequel l’oeil plonge à des distances incommensurables? Il est vrai que par lieux bas on entend aussi les profondeurs de la terre; mais que sont devenues ces profondeurs depuis qu’elles ont été fouillées par la géologie? Que sont également devenues ces sphères concentriques appelées ciel de feu, ciel des étoiles, depuis que l’on sait que la terre n’est pas le centre des mondes, que notre soleil lui-même n’est qu’un des millions de soleils qui brillent dans l’espace, et dont chacun est le centre d’un tourbillon planétaire? Que devient l’importance de la terre perdue dans cette immensité? Par quel privilège injustifiable ce grain de sable imperceptible qui ne se distingue ni par son volume, ni par sa position, ni par un rôle particulier, serait-il seul peuplé d’êtres raisonnables? La raison se refuse à admettre cette inutilité de l’infini, et tout nous dit que ces mondes sont habités. S’ils sont peuplés, ils fournissent donc leur contingent au monde des âmes; mais encore une fois que deviennent ces âmes, puisque l’astronomie et la géologie ont détruit les demeures qui leur étaient assignées, et surtout depuis que la théorie si rationnelle de la pluralité des mondes les a multipliées à l’infini? La doctrine de la localisation des âmes ne pouvant s’accorder avec les données de la science, une autre doctrine plus logique leur assigne pour domaine, non un lieu déterminé et circonscrit, mais l’espace universel: c’est tout un monde invisible au milieu duquel nous vivons, qui nous environne et nous coudoie sans cesse. Y a-t-il à cela une impossibilité, quelque chose qui répugne à la raison? Nullement; tout nous dit, au contraire, qu’il n’en peut être autrement. Mais alors que deviennent les peines et les récompenses futures, si vous leur ôtez les lieux spéciaux? Remarquez que l’incrédulité à l’endroit de ces peines et récompenses est généralement provoquée parce qu’on les présente dans des conditions inadmissibles; mais dites, au lieu de cela, que les âmes puisent leur bonheur ou leur malheur en elles-mêmes; que leur sort est subordonné à leur état moral; que la réunion des âmes sympathiques et bonnes est une source de félicité; que, selon leur degré d’épuration, elles pénètrent et entrevoient des choses qui s’effacent devant des âmes grossières, et tout le monde le comprendra sans peine; dites encore que les âmes n’arrivent au degré suprême que par les efforts qu’elles font pour s’améliorer et après une série d’épreuves qui servent à leur épuration; que les anges sont les âmes arrivées au dernier degré que toutes peuvent atteindre avec de la bonne volonté; que les anges sont les messagers de Dieu, chargés de veiller à l’exécution de ses desseins dans tout l’univers, qu’ils sont heureux de ces missions glorieuses, et vous donnez à leur félicité un but plus utile et plus attrayant que celui d’une contemplation perpétuelle qui ne serait autre chose qu’une inutilité perpétuelle; dites enfin que les démons ne sont autres que les âmes des méchants non encore épurées, mais qui peuvent arriver comme les autres, et cela paraîtra plus conforme à la justice et à la bonté de Dieu que la doctrine d’êtres créés pour le mal et perpétuellement voués au mal. Encore une fois, voilà ce que la raison la plus sévère, la logique la plus rigoureuse, le bon sens, en un mot, peuvent admettre.
Or, ces âmes qui peuplent l’espace sont précisément ce que l’on appelle Esprits; les Esprits ne sont donc autre chose que les âmes des hommes dépouillées de leur enveloppe corporelle. Si les Esprits étaient des êtres à part, leur existence serait plus hypothétique; mais si l’on admet qu’il y a des âmes, il faut bien aussi admettre les Esprits qui ne sont autres que les âmes; si l’on admet que les âmes sont partout, il faut admettre également que les Esprits sont partout. On ne saurait donc nier l’existence des Esprits sans nier celle des âmes.
3.Ceci n’est, il est vrai, qu’une théorie plus rationnelle que l’autre; mais c’est déjà beaucoup qu’une théorie que ne contredisent ni la raison, ni la science; si, de plus, elle est corroborée par les faits, elle a pour elle la sanction du raisonnement et de l’expérience. Ces faits, nous les trouvons dans le phénomène des manifestations spirites, qui sont ainsi la preuve patente de l’existence et de la survivance de l’âme. Mais, chez beaucoup de gens, là s’arrête la croyance; ils admettent bien l’existence des âmes et par conséquent celle des Esprits, mais ils nient la possibilité de communiquer avec eux, par la raison, disent-ils, que des êtres immatériels ne peuvent agir sur la matière. Ce doute est fondé sur l’ignorance de la véritable nature des Esprits dont on se fait généralement une idée très fausse, car on se les figure à tort comme des êtres abstraits, vagues et indéfinis, ce qui n’est pas.
Figurons-nous d’abord l’Esprit dans son union avec le corps; l’Esprit est l’être principal, puisque c’est l’être pensant et survivant; le corps n’est donc qu’un accessoire de l’Esprit, une enveloppe, un vêtement qu’il quitte quand il est usé. Outre cette enveloppe matérielle, l’Esprit en a une seconde, semi-matérielle, qui l’unit à la première; à la mort, l’Esprit se dépouille de celle-ci, mais non de la seconde à laquelle nous donnons le nom de périsprit[2]. Cette enveloppe semi-matérielle, qui affecte la forme humaine, constitue pour lui un corps fluidique, vaporeux, mais qui, pour être invisible pour nous dans son état normal, n’en possède pas moins quelques-unes des propriétés de la matière. L’Esprit n’est donc pas un point, une abstraction, mais un être limité et circonscrit, auquel il ne manque que d’être visible et palpable pour ressembler aux êtres humains. Pourquoi donc n’agirait-il pas sur la matière? Est-ce parce que son corps est fluidique? Mais n’est-ce pas parmi les fluides les plus raréfiés, ceux même que l’on regarde comme impondérables, l’électricité, par exemple, que l’homme trouve ses plus puissants moteurs? Est-ce que la lumière impondérable n’exerce pas une action chimique sur la matière pondérable? Nous ne connaissons pas la nature intime du périsprit; mais supposons-le formé de matière électrique, ou toute autre aussi subtile, pourquoi n’aurait-il pas la même propriété étant dirigé par une volonté?
4.L’existence de l’âme et celle de Dieu, qui sont la conséquence l’une de l’autre, étant la base de tout l’édifice, avant d’entamer aucune discussion spirite, il importe de s’assurer si l’interlocuteur admet cette base. Si à ces questions:
Croyez-vous en Dieu?
Croyez-vous avoir une âme?
Croyez-vous à la survivance de l’âme après la mort?
il répond négativement, ou même s’il dit simplement: Je ne sais; je voudrais qu’il en fût ainsi, mais je n’en suis pas sûr, ce qui, le plus souvent, équivaut à une négation polie, déguisée sous une forme moins tranchante pour éviter de heurter trop brusquement ce qu’il appelle des préjugés respectables, il serait tout aussi inutile d’aller au-delà que d’entreprendre de démontrer les propriétés de la lumière à l’aveugle qui n’admettrait pas la lumière; car, en définitive, les manifestations spirites ne sont autre chose que les effets des propriétés de l’âme; avec celui-là c’est un tout autre ordre d’idées à suivre, si l’on ne veut pas perdre son temps.
Si la base est admise, non à titre de probabilité, mais comme chose avérée, incontestable, l’existence des Esprits en découle tout naturellement.
5.Reste maintenant la question de savoir si l’Esprit peut se communiquer à l’homme, c’est-à-dire s’il peut faire avec lui échange de pensées. Et pourquoi non? Qu’est-ce que l’homme, sinon un Esprit emprisonné dans un corps? Pourquoi l’Esprit libre ne pourrait-il se communiquer avec l’Esprit captif, comme l’homme libre avec celui qui est enchaîné? Dès lors que vous admettez la survivance de l’âme, est-il rationnel de ne pas admettre la survivance des affections? Puisque les âmes sont partout, n’est-il pas naturel de penser que celle d’un être qui nous a aimés pendant sa vie vienne auprès de nous, qu’il désire se communiquer à nous, et qu’il se serve pour cela des moyens qui sont à sa disposition? Pendant sa vie, n’agissait-il pas sur la matière de son corps? N’est-ce pas lui qui en dirigeait les mouvements? Pourquoi donc après sa mort, d’accord avec un autre Esprit lié à un corps, n’emprunterait-il pas ce corps vivant pour manifester sa pensée comme un muet peut se servir d’un parlant pour se faire comprendre?
6.Faisons pour un instant abstraction des faits qui, pour nous, rendent la chose incontestable; admettons-la à titre de simple hypothèse; nous demandons que les incrédules nous prouvent, non par une simple négation, car leur avis personnel ne peut faire loi, mais par des raisons péremptoires, que cela ne se peut pas. Nous nous plaçons sur leur terrain, et puisqu’ils veulent apprécier les faits spirites à l’aide des lois de la matière, qu’ils puisent donc dans cet arsenal quelque démonstration mathématique, physique, chimique, mécanique, physiologique, et prouvent par a plus b, toujours en partant du principe de l’existence et de la survivance de l’âme:
1°Que l’être qui pense en nous pendant la vie ne doit plus penser après la mort;
2°Que s’il pense, il ne doit plus penser à ceux qu’il a aimés;
3°Que s’il pense à ceux qu’il a aimés, il ne doit plus vouloir se communiquer à eux;
4°Que s’il peut être partout, il ne peut pas être à nos côtés;
5°Que s’il est à nos côtés, il ne peut pas se communiquer à nous;
6°Que par son enveloppe fluidique il ne peut pas agir sur la matière inerte;
7°Que s’il peut agir sur la matière inerte, il ne peut pas agir sur un être animé;
8°Que s’il peut agir sur un être animé, il ne peut pas diriger sa main pour le faire écrire;
9°Que, pouvant le faire écrire, il ne peut pas répondre à ses questions et lui transmettre sa pensée.
Quand les adversaires du spiritisme nous auront démontré que cela ne se peut pas, par des raisons aussi patentes que celles par lesquelles Galilée démontra que ce n’est pas le soleil qui tourne autour de la terre, alors nous pourrons dire que leurs doutes sont fondés; malheureusement jusqu’à ce jour toute leur argumentation se résume en ces mots: Je ne crois pas, donc cela est impossible. Ils nous diront sans doute que c’est à nous de prouver la réalité des manifestations; nous la leur prouvons par les faits et par le raisonnement; s’ils n’admettent ni l’un ni l’autre, s’ils nient même ce qu’ils voient, c’est à eux de prouver que notre raisonnement est faux et que les faits sont impossibles.
7.Si la croyance aux Esprits et à leurs manifestations était une conception isolée, le produit d’un système, elle pourrait, avec quelque apparence de raison, être suspectée d’illusion; mais qu’on nous dise encore pourquoi on la retrouve si vivace chez tous les peuples anciens et modernes, dans les livres saints de toutes les religions connues? C’est, disent quelques critiques, parce que, de tout temps, l’homme a aimé le merveilleux. - Qu’est-ce donc que le merveilleux, selon vous? - Ce qui est surnaturel. - Qu’entendez-vous par le surnaturel? - Ce qui est contraire aux lois de la nature. - Vous connaissez donc tellement bien ces lois qu’il vous est possible d’assigner une limite à la puissance de Dieu? Eh bien! alors prouvez que l’existence des Esprits et leurs manifestations sont contraires aux lois de la nature; que ce n’est pas, et ne peut être une de ces lois. Suivez la doctrine spirite, et voyez si cet enchaînement n’a pas tous les caractères d’une admirable loi, qui résout tout ce que les lois philosophiques n’ont pu résoudre jusqu’à ce jour. La pensée est un des attributs de l’Esprit[1q]; la possibilité d’agir sur la matière, de faire impression sur nos sens, et par suite de transmettre sa pensée, résulte, si nous pouvons nous exprimer ainsi, de sa constitution physiologique: donc il n’y a dans le fait rien de surnaturel, rien de merveilleux. Qu’un homme mort, et bien mort, revive corporellement, que ses membres dispersés se réunissent pour reformer son corps, voilà du merveilleux, du surnaturel, du fantastique; ce serait là une véritable dérogation que Dieu ne peut accomplir que par un miracle, mais il n’y a rien de semblable dans la doctrine spirite.
8.Pourtant, dira-t-on, vous admettez qu’un Esprit peut enlever une table, et la maintenir dans l’espace sans point d’appui; n’est-ce pas une dérogation à la loi de gravité? - Oui, à la loi connue; mais la nature a-t-elle dit son dernier mot? Avant qu’on eût expérimenté la force ascensionnelle de certains gaz, qui eût dit qu’une lourde machine portant plusieurs hommes peut triompher de la force d’attraction? Aux yeux du vulgaire cela ne devait-il pas paraître merveilleux, diabolique? Celui qui eût proposé, il y a un siècle, de transmettre une dépêche à 500 lieues, et d’en recevoir la réponse en quelques minutes, eût passé pour un fou; s’il l’eût fait, on aurait cru qu’il avait le diable à ses ordres, car alors le diable seul était capable d’aller si vite. Pourquoi donc un fluide inconnu n’aurait-il pas la propriété, dans des circonstances données, de contrebalancer l’effet de la pesanteur, comme l’hydrogène contrebalance le poids du ballon? Ceci, remarquons-le en passant, est une comparaison, mais non une assimilation, et uniquement pour montrer, par analogie, que le fait n’est pas physiquement impossible. Or, c’est précisément quand les savants, dans l’observation de ces sortes de phénomènes, ont voulu procéder par voie d’assimilation, qu’ils se sont fourvoyés. Au reste, le fait est là; toutes les dénégations ne pourront faire qu’il ne soit pas, car nier n’est pas prouver; pour nous, il n’a rien de surnaturel; c’est tout ce que nous en pouvons dire pour le moment.
9.Si le fait est constaté, dira-t-on, nous l’acceptons, nous acceptons même la cause que vous venez d’assigner, celle d’un fluide inconnu; mais qui prouve l’intervention des Esprits? là est le merveilleux, le surnaturel.
Il faudrait ici toute une démonstration qui ne serait pas à sa place, et ferait d’ailleurs double emploi, car elle ressort de toutes les autres parties de l’enseignement. Toutefois, pour la résumer en quelques mots, nous dirons qu’elle est fondée, en théorie, sur ce principe: tout effet intelligent doit avoir une cause intelligente; en pratique: sur cette observation que les phénomènes dits spirites, ayant donné des preuves d’intelligence, devaient avoir leur cause en dehors de la matière; que cette intelligence n’étant pas celle des assistants, - ceci est un résultat d’expérience, - devait être en dehors d’eux; puisqu’on ne voyait pas l’être agissant, c’était donc un être invisible. C’est alors que d’observation en observation on est arrivé à reconnaître que cet être invisible, auquel on a donné le nom d’Esprit, n’est autre que l’âme de ceux qui ont vécu corporellement, et que la mort a dépouillés de leur grossière enveloppe visible, ne leur laissant qu’une enveloppe éthérée, invisible dans son état normal. Voilà donc le merveilleux et le surnaturel réduits à leur plus simple expression. L’existence d’êtres invisibles une fois constatée, leur action sur la matière résulte de la nature de leur enveloppe fluidique; cette action est intelligente, parce qu’en mourant ils n’ont perdu que leur corps, mais ont conservé l’intelligence qui est leur essence; là est la clef de tous ces phénomènes réputés à tort surnaturels. L’existence des Esprits n’est donc point un système préconçu, une hypothèse imaginée pour expliquer les faits; c’est un résultat d’observations, et la conséquence naturelle de l’existence de l’âme; nier cette cause, c’est nier l’âme et ses attributs. Que ceux qui penseraient pouvoir donner de ces effets intelligents une solution plus rationnelle, pouvant surtout rendre raison de tous les faits, veuillent bien le faire, et alors on pourra discuter le mérite de chacune.
10.Aux yeux de ceux qui regardent la matière comme la seule puissance de la nature, tout ce qui ne peut être expliqué par les lois de la matière est merveilleux ou surnaturel; et pour eux, merveilleux est synonyme de superstition. A ce titre la religion, fondée sur l’existence d’un principe immatériel, serait un tissu de superstitions; ils n’osent le dire tout haut, mais ils le disent tout bas, et ils croient sauver les apparences en concédant qu’il faut une religion pour le peuple et pour faire que les enfants soient sages; or, de deux choses l’une, ou le principe religieux est vrai, ou il est faux; s’il est vrai, il l’est pour tout le monde; s’il est faux, il n’est pas meilleur pour les ignorants que pour les gens éclairés.
11.Ceux qui attaquent le spiritisme au nom du merveilleux s’appuient donc généralement sur le principe matérialiste, puisqu’en déniant tout effet extra matériel, ils dénient, par cela même, l’existence de l’âme; sondez le fond de leur pensée, scrutez bien le sens de leurs paroles, et vous verrez presque toujours ce principe, s’il est catégoriquement formulé, poindre sous les dehors d’une prétendue philosophie rationnelle dont ils le couvrent. En rejetant sur le compte du merveilleux tout ce qui découle de l’existence de l’âme, ils sont donc conséquents avec eux-mêmes; n’admettant pas la cause, ils ne peuvent admettre les effets; de là, chez eux, une opinion préconçue qui les rend impropres à juger sainement du spiritisme, parce qu’ils partent du principe de la négation de tout ce qui n’est pas matériel. Quant à nous, de ce que nous admettons les effets qui sont la conséquence de l’existence de l’âme, s’ensuit-il que nous acceptions tous les faits qualifiés de merveilleux; que nous soyons les champions de tous les rêveurs, les adeptes de toutes les utopies, de toutes les excentricités systématiques? Il faudrait bien peu connaître le spiritisme pour le penser; mais nos adversaires n’y regardent pas de si près; la nécessité de connaître ce dont ils parlent est le moindre de leurs soucis. Selon eux, le merveilleux est absurde; or le spiritisme s’appuie sur des faits merveilleux, donc le spiritisme est absurde: c’est pour eux un jugement sans appel. Ils croient opposer un argument sans réplique quand, après avoir fait d’érudites recherches sur les convulsionnaires de Saint Médard[3], les camisards des Cévennes[4], ou les religieuses de Loudun, ils sont arrivés à y découvrir des faits patents de supercherie que personne ne conteste; mais ces histoires sont-elles l’évangile du spiritisme? Ses partisans ont-ils nié que le charlatanisme ait exploité certains faits à son profit; que l’imagination en ait créé; que le fanatisme en ait exagéré beaucoup? Il n’est pas plus solidaire des extravagances qu’on peut commettre en son nom, que la vraie science ne l’est des abus de l’ignorance, ni la vraie religion des excès du fanatisme. Beaucoup de critiques ne jugent le spiritisme que sur les contes de fées et les légendes populaires qui en sont les fictions; autant vaudrait juger l’histoire sur les romans historiques ou les tragédies.
12.En logique élémentaire, pour discuter une chose il faut la connaître, car l’opinion d’un critique n’a de valeur qu’autant qu’il parle en parfaite connaissance de cause; alors seulement son opinion, fût-elle erronée, peut être prise en considération; mais de quel poids est-elle sur une matière qu’il ne connaît pas? Le vrai critique doit faire preuve, non seulement d’érudition, mais d’un savoir profond à l’endroit de l’objet qu’il traite, d’un jugement sain, et d’une impartialité à toute épreuve, autrement le premier ménétrier venu pourrait s’arroger le droit de juger Rossini, et un rapin celui de censurer Raphaël.
13.Le spiritisme n’accepte donc point tous les faits réputés merveilleux ou surnaturels; loin de là, il démontre l’impossibilité d’un grand nombre et le ridicule de certaines croyances qui constituent, à proprement parler, la superstition. Il est vrai que dans ce qu’il admet, il y a des choses qui, pour les incrédules, sont du merveilleux tout pur, autrement dit de la superstition, soit; mais au moins ne discutez que ces points, car sur les autres il n’a rien à dire, et vous prêchez des convertis. En vous attaquant à ce qu’il réfute lui-même vous prouvez votre ignorance de la chose, et vos arguments tombent à faux. Mais où s’arrête la croyance du spiritisme, dira-t-on? Lisez, observez, et vous le saurez. Toute science ne s’acquiert qu’avec le temps et l’étude; or, le spiritisme qui touche aux questions les plus graves de la philosophie, à toutes les branches de l’ordre social, qui embrasse à la fois l’homme physique et l’homme moral, est lui-même toute une science, toute une philosophie qui ne peut pas plus être apprise en quelques heures que toute autre science; il y aurait autant de puérilité à voir tout le spiritisme dans une table tournante, qu’à voir toute la physique dans certains jouets d’enfant. Pour quiconque ne veut pas s’arrêter à la surface, ce ne sont pas des heures, mais des mois et des années qu’il faut pour en sonder tous les arcanes. Qu’on juge, par là, du degré de savoir et de la valeur de l’opinion de ceux qui s’arrogent le droit de juger, parce qu’ils ont vu une ou deux expériences, le plus souvent en manière de distraction et de passe-temps. Ils diront sans doute qu’ils n’ont pas le loisir de donner tout le temps nécessaire à cette étude, soit; rien ne les y contraint; mais alors, quand on n’a pas le temps d’apprendre une chose, on ne se mêle pas d’en parler, et encore moins de la juger, si l’on ne veut être accusé de légèreté; or, plus on occupe une position élevée dans la science, moins on est excusable de traiter légèrement un sujet que l’on ne connaît pas.
14.Nous nous résumons dans les propositions suivantes:
1°Tous les phénomènes spirites ont pour principe l’existence de l’âme, sa survivance au corps et ses manifestations;
2°Ces phénomènes étant fondés sur une loi de la nature n’ont rien de merveilleux ni de surnaturel dans le sens vulgaire de ces mots;
3°Beaucoup de faits ne sont réputés surnaturels que parce qu’on n’en connaît pas la cause; le spiritisme en leur assignant une cause les fait rentrer dans le domaine des phénomènes naturels;
4°
