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Mon prénom, Céleste, pourrait vous faire croire que ma vie fut facile et douce.
Il n'en est rien.
J'ai connu la peur, la colère, l'impuissance ; il m'est arrivé de sentir toutes mes forces m'abandonner.
On m'a aidée ; aujourd'hui, je vais bien.
Aujourd'hui, j'ai fait tomber le masque. Celui derrière lequel se cachait mon père.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Louison Nielman est connue pour allier ses compétences de psychologue, spécialiste de l’enfance et de l’adolescence, à celles d’auteure. Sa plume est animée par le désir de faire rêver les plus jeunes, mais aussi de les apaiser et de les accompagner dans leurs questionnements. Également auteure de plusieurs ouvrages dédiés à la jeunesse, tel que
Petits soucis et grands chagrins, elle publie en 2019 un guide de survie à l’intention des parents,
Vivre heureux avec ses ados, et en 2020 un roman jeunesse,
#TRAHIE.
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Seitenzahl: 92
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Instant T
Un grand merci à Marie, à toute l’équipe éditoriale, pour sa confiance et le travail mené. Je les remercie particulièrement pour leur intérêt pour des sujets sensibles. J’ai à cœur de lever le voile sur des problématiques sociétales difficiles, merci de permettre à la parole de circuler,et de soutenir la cause des enfants.
AVERTISSEMENT
Nous prévenons nos lectrices et lecteurs que ce texte contient des scènes pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes. Si vous vous reconnaissez dans les situations décrites dans ce roman, nous vous invitons à en parler. Vous trouverez une aide et des informations à la page 127.
LOUISON NIELMAN est connue pour allier ses compétences de psychologue, spécialiste de l’enfance et de l’adolescence, à celles d’auteure. Sa plume est animée par le désir de faire rêver les plus jeunes, mais aussi de les apaiser et de les accompagner dans leurs questionnements. Également auteure de plusieurs ouvrages dédiés à la jeunesse, tel que Petits soucis et grands chagrins, elle publie en 2019 un guide de survie à l’intention des parents, Vivre heureux avec ses ados, et en 2020 un roman jeunesse, #TRAHIE.
INSTANT T – la collection
Comment aborder la violence, la dépendance, le désir, la rébellion… tous ces sujets sensibles qui, pourtant, font partie de la vie ? Avec des histoires fortes et prenantes, les livres de cette collection délivrent un message plein d’espoir et apportent un début de réponse à toutes les questions que les adolescents n’osent pas poser…
L
es pieds cloués au sol, le bras tiré par l’imposante brune, malgré sa méfiance, Céleste entend une petite voix à l’intérieur de sa tête qui lui intime de la suivre et de lui faire confiance. Elle a beau s’arquer, résister, elle doit abdiquer. Cette drôle de bonne femme qui a débarqué comme un boulet de canon dans leur vie, répète :
– Allez, Céleste, soit raisonnable, il faut partir, tu n’as pas le choix.
Sa mère est figée, silencieuse tandis qu’on lui arrache un bijou dans l’écrin de son cœur. Elle assiste à cela, immobile, avec, à ses côtés, celui qui a tout gâché. Il transpire de rage, elle écume de haine. Elle ignore pourquoi elle n’a jamais eu le courage de partir, pourquoi elle a tant accepté de subir, de passer l’éponge, à chaque fois. Elle se sent si impuissante. Elle doit laisser sa fille, la chair de sa chair, s’en aller, alors qu’elle veut la serrer dans ses bras, la sentir contre elle, encore et encore. Sa seule consolation reste le départ imminent du monstre qui tremble enfin, le chef d’orchestre du bien triste ballet de leur vie. Elle aimerait courir après la voiture qui va partir, s’y accrocher, hurler son désespoir. Mais, elle se tait, en proie à un réflexe de survie ancré en elle depuis si longtemps. Elle veut épargner Céleste, ne pas en rajouter, comme toujours. Alors, elle reste digne, lui insuffle tout son amour à travers ses yeux.
Céleste dévisage ses parents, plantés devant la porte. Muets, le regard fixe. Elle s’engouffre dans la voiture blanche, blanche comme la machine à laver de sa mère, celle qui tombe toujours en panne. La portière se ferme, le moteur se met en marche, Céleste se retourne. Ses parents deviennent vite des petites fourmis.
Dans le rétroviseur, la femme sourit avec ses dents un peu jaunies par le tabac. Elle a un manteau noir et des cheveux gris tristes, une apparence pas très engageante. Mais elle dit :
– Tout ira bien, tu verras. Je m’appelle Adèle Bonsecour, je vais m’occuper de toi et de tes parents. Je suis éducatrice, un mot un peu moche, mais c’est le nom de mon métier.
Sa voix douce, son nom qui sonne bien, rassurent.
Céleste ne sourit pas, elle a le ventre noué, toujours le même nœud : l’inconnu, elle n’aime pas ça.
Elles arrivent devant une grande bâtisse en briques avec des volets marron. Des lumières brillent à chaque fenêtre. Céleste sait que ce n’est pas le château de la Belle au bois dormant. Elle suit Adèle pas à pas, sent son parfum. Sa mère, elle, ne se parfume jamais, elle sent juste bon le feu de cheminée.
Elles passent le perron et poussent la grande porte, on pourrait croire qu’on entre ici comme dans un moulin. L’odeur de soupe envahit les narines de Céleste, elle a envie de fuir.
– Entrez, entrez, le dîner va bientôt être servi ! appelle un grand homme blond en souriant. Céleste, c’est ça ? Moi c’est Alan, ton éducateur référent. Viens donc d’abord voir ta chambre.
Encore un éducateur, pense Céleste, c’est une manie ici. Ils veulent nous faire marcher à la baguette ou quoi !
Céleste suit timidement Alan. Elle aurait pu être Blanche-Neige : devant elle se pressent sept bouilles enfantines, qui auraient pu faire figure de nains. Elle n’a pas envie qu’on la dévisage comme une bête curieuse et se retient de leur crier d’aller se faire voir.
D’autres têtes d’enfants sortent de derrière les portes du long couloir. Des petites, des grandes. Des sourires discrets, d’autres plus francs. On entend rire et chahuter. Les pas résonnent dans le couloir, il est presque midi. Les estomacs affamés se massent autour d’elle. Alan la délivre gentiment de son sac.
– Laissez Céleste déposer ses affaires dans sa chambre.
Céleste avait oublié ce fourre-tout dans lequel elle a entassé à la va-vite quelques vêtements, très peu en fait, car elle espère sincèrement quitter bien vite ce lieu. Son accompagnateur s’arrête, lui fait signe de franchir le seuil d’une porte bleu turquoise. Elle s’ouvre sur une pièce carrée, dans laquelle il y a un bureau, deux armoires, deux lits. Une jeune fille est assise sur le sien, immobile, et ne lui prête guère attention.
– Voilà, c’est ici. Je te présente Clara, ta camarade de chambre. Ici, on est une grande famille. Clara, voici Céleste, dit Alan en avançant avec le sourire.
Céleste la voit sans la voir, elle aurait préféré être seule. Elle n’a jamais partagé sa chambre et, là, maintenant, n’a vraiment pas envie de faire la causette. Sa camarade semble timide, ça l’arrange, comme ça, elle ne sera pas dérangée par une pipelette.
Alan pose le sac de Céleste sur le lit, il lui sourit encore :
– Je vais discuter avec Adèle Bonsecour puis nous irons manger, ça te va ?
Non, rien ne lui va, elle n’a pas demandé à être là. Mais elle se tait. Clara se lève et sort, sans rien dire. Soulagée de se retrouver un peu seule, Céleste se met en boule sur le lit pas encore fait, ferme les yeux. Elle aimerait se téléporter chez elle. Elle est au bord d’un gouffre, ses oreilles bourdonnent soudain.
B
ourdonnent…
Le même bruit que lorsque c’est arrivé. Là où tout a commencé, ou bien là où tout s’est terminé, elle ne sait pas.
Ce jour-là, il lui semblait que c’était hier, Céleste tirait sur les rideaux bleus de sa chambre. Elle ne les trouvait pas jolis, mais se sentait protégée. Dehors, le vent, la nuit, pouvaient attendre. Il faisait froid même si sa mère avait fait du feu, en bas, pas loin. Mais la chaleur ne montait pas encore, il était trop tôt.
Elle s’était blottie sous sa couverture douce, son père n’était pas encore parti à la chasse. Elle avait faim mais préférait supporter ça que de se retrouver face à lui, en raison de ce qui s’était passé la veille au soir.
Une odeur de café s’infiltrait sous la porte. Elle sentait l’odeur du pain grillé. Elle entendait les bottes claquer dehors. Un réflexe de son père qui ôtait la terre de la veille, bien lourde et grasse, avant de les enfiler pour une nouvelle journée à guetter le pigeon ou le lapin terré.
Le bruit du moteur la délivra enfin. Céleste descendit, le cœur plus léger, emmitouflée dans sa robe de chambre qu’elle laissa tomber sur une chaise dans la cuisine où le fourneau répandait une forte chaleur.
Ses petits pas légers se faisaient entendre dès que l’ours désertait la maison. Sa mère l’attendait. Céleste aimait ces retrouvailles, cette intimité plus douce, comme si sa mère et elles étaient enveloppées dans une parenthèse-cocon, si douillette, qui faisait du bien. Elle serait de courte durée, mais elles en profitaient.
Si Céleste avait eu un pinceau, elle aurait mis du jaune sur les murs sombres, pour faire entrer le soleil. Mais, on ne touchait pas au papier peint du grand-père, c’était sa maison pour toujours. Céleste ne comprenait pas vraiment, mais son père disait ça. Sa mère était là, dans sa tenue habituelle, son long gilet lui léchait les genoux, son pantalon large cachait des jambes fluettes. Les cheveux attachés en un maigre chignon, elle ne ressemblait à rien, sauf quand elle voyait Céleste : alors, son visage changeait, et s’autorisait à sourire, une étincelle dans l’œil.
L
e regard de sa mère…
Céleste l’aime infiniment. Il lui manque déjà. Sur le perron de la porte, elle semblait vidée, comme une pièce que l’on abandonne derrière soi lorsque l’on déménage. Pourquoi se tenait-elle serrée contre son mari ? C’était comme si… comme si rien ne s’était passé.
Dans la maison d’enfants, l’œil de Céleste ne brille pas. Il reflète l’absence de sa mère. Adèle est venue la saluer, a fixé le prochain rendez-vous et est repartie. Elle a pris la route, peut-être pour retourner voir sa famille ? Alan vient la chercher pour passer à table, mais Céleste n’a pas faim. Elle se lève péniblement. Une étincelle s’est éteinte en elle, celle qui lui mettait toujours du baume au cœur, même les jours où elle aurait voulu s’enfouir dans le sol et disparaître.
Faire disparaître les mauvais souvenirs, comme l’incident survenu après le repas de chasse avec les copains. Oublier les mots de son père, qui a jeté à la tête de sa mère le reste d’un pigeon rôti parce qu’elle n’avait pas fait la sauce qu’il voulait. Céleste avait découvert ce père-là, petit à petit. Il avait sorti les griffes une à une. Il rageait comme une vague les jours de tempête. Il rentrait parfois de la chasse bredouille mais ivre. Les joues rouges, les yeux injectés de sang, il ricanait :
– Ça va mes poulettes ? On ne mangera pas de pigeon ce soir, ni de lièvre, mais j’ai mes deux poulettes pour moi tout seul.
Il riait si fort que les murs auraient pu trembler. Céleste se recroquevillait, rentrait ses épaules, sa poitrine, elle aurait voulu être une limande. Elle voyait bien que le regard de son père n’était plus le même. Ses yeux à demi fermés la transperçaient, la déshabillaient presque.
Ce jour-là, Céleste lisait, sa mère s’était levée, lui était encore bien vissé sur sa chaise.
– Ben, quoi, tu t’en vas déjà ? Attends, là, on n’est pas bien au coin du feu tous les trois ? avait-il braillé.
