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Année 1725, à Lorient.
Une belle licorne protège la ville bretonne et ses marins. Grâce à sa magie bienfaisante, les navires de la Compagnie des Indes partent à la découverte des océans.
Heureux, Cyan et Ekram sont frère et sœur. Ils aiment lire, jouer et rêver dans la forêt. Mais tout ce bonheur déplaît au méchant Ankou, le fidèle serviteur de la Mort. Furieux, celui-ci cherche à se venger…
Un roman jeunesse sur les légendes celtiques pour toute la famille !
À PROPOS DE L'AUTEURE
Née en 1989 à Bruxelles, L.A. Braun a grandi dans l’amour des livres et de l’imaginaire. Exploratrice des genres et des formats, elle a autoédité sa première trilogie de science-fiction en 2015 et a, depuis lors, publié plusieurs romans et nouvelles, dont le roman jeunesse aux finitions luxueuses " Le Mystère de la Licorne". Après avoir exercé pendant quatre ans le métier de libraire et spécialiste en jeux de société, elle se réoriente désormais vers la correction, le coaching et l’animation d’ateliers d’écriture, dont un partenariat avec l’université de Mons. L.A. Braun est notamment l'auteure principale de l'Encyclopédie des Animaux Fantastiques, un beau livre d'exception aux Editions Le Héron d'Argent.
À PROPOS DE L'ILLUSTRATEUR
Alexandre Honoré est un illustrateur pour la jeunesse qui vit dans le Pays d’Auge. Passionné par l’univers des contes depuis sa plus tendre enfance, il ne cesse d’être attiré par l’art. C’est donc tout naturellement qu’il se tourne vers l’illustration. Après une formation aux métiers de l’image, il réalise des couvertures de journaux, puis il commence à exposer son travail dans des galeries d’art. Depuis, c’est tout naturellement que son goût pour l’imaginaire s’exprime pour magnifier légendes et contes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
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Seitenzahl: 76
Veröffentlichungsjahr: 2022
Le Mystère de la Licorne
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L.A. Braun
À Abygaël et Aéline, mes nièces.
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Copyright : SARL Le Héron d’Argent - Tous droits réservés – 2017
Site : https://www.editions-leherondargent.com
Facebook : Le Héron d’Argent
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Couverture : Alexandre Honoré
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ISBN : 979-10-94173-35-0
Lorient, département du Morbihan, été 1725.
Par une belle journée ensoleillée, Cyan filait comme une flèche à travers la ville de Lorient. Courant à en perdre haleine, elle dévalait la rue de Bretagne. Avec son frère adoptif Ekram, elle avait déjà flâné[1] du côté de l’enclos de la Compagnie des Indes[2] et traversé la place Dauphine, devant l’église, où le marché avait lieu. Elle se promenait tous les jours, dès que le soleil brillait sur la ville portuaire[3].
Agile, l’enfant filait sous l’œil désapprobateur[4] des passants, en direction de la demeure familiale. Celle-ci était située tout près du Manoir de Faouedic. Son frère Ekram, de deux ans son aîné, la suivait avec la même aisance. Déjà, l’horloge de l’église sonnait les coups de midi : si les deux enfants ne s’installaient pas très vite à table pour manger avec leur père, celui-ci serait mécontent. Quand il revenait d’un long voyage dans les Indes[5], comme aujourd’hui, Père exigeait toujours de partager le déjeuner en famille, pour fêter son retour.
Auguste-Louis, le père de Cyan, avait adopté le petit Ekram lors d’un de ses voyages à Pondichéry[6]. Membre de la noble famille des Beauregard, il faisait partie de la haute bourgeoisie[7] de la ville. Il avait fait fortune en participant à de dangereuses expéditions autour du monde, où il avait prouvé son courage et son incroyable talent de chasseur. S’il n’adhérait[8] pas à toutes les fantaisies, entre autres vestimentaires, de la haute société de Lorient, il attachait beaucoup d’importance à certains principes d’éducation. Être à l’heure en faisait partie.
Cyan se retourna pour s’assurer qu’Ekram se trouvait toujours bien derrière elle et partit d’un grand rire :
– Essaie donc de me rattraper ! cria-t-elle, filant aussi vite que ses jambes le lui permettaient.
– Je cours plus vite que toi ! répondit Ekram.
Il accéléra. En un clin d’œil, il dépassa Cyan, qui en grogna de mécontentement. Elle venait de marcher dans une flaque de boue et considérait que l’avance d’Ekram relevait de la tricherie ! Elle le lui ferait savoir en arrivant à la maison…
D’ailleurs, au coin de la rue à droite, elle aperçut les grilles du domaine des Guerry de Beauregard. Un homme en costume de la Marine[9] était justement en train d’en sortir, accompagné de plusieurs gardes. Arrivé en premier devant la muraille entourant les jardins du manoir, Ekram ralentit le pas et salua bien bas le chef d’escadre[10] qui s’en allait. Celui-ci, méprisant, choisit d’ignorer le garçon. Cyan arriva tandis que son frère fixait l’homme avec animosité[11]. Comme Ekram, blessé, ne bougeait pas, Cyan combla les quelques mètres qui la séparaient encore du domaine :
– Ha ! J’ai gagné, j’ai franchi le portail avant toi !
Mais Ekram ne répondit rien. Les lèvres serrées, il s’engagea sur le chemin de terre battue qui remontait depuis les grilles jusqu’à la grande demeure des Beauregard. Surprise, Cyan, le suivit en essayant de découvrir ce qui tracassait son frère de cœur.
– Pourquoi as-tu l’air si contrarié ?
– Ils me traitent tous comme un étranger, grommela Ekram.
– Mais non, tu te trompes, répondit Cyan en le fixant de ses grands yeux verts. Et puis, pour moi, tu es comme un frère.
Ekram ralentit le pas alors qu’ils arrivaient au bas des marches en pierre qui menaient au perron. Il se retourna vers Cyan avec un sourire tendre et fraternel, puis lui caressa affectueusement les cheveux, ce qui l’ébouriffa complètement.
– Arrête ! s’écria-t-elle. Père ne nous laissera plus jamais sortir du domaine, s’il me voit rentrer avec les cheveux défaits !
Ekram obtempéra[12] en riant devant la mine rouge pivoine de Cyan. À cet instant, Albert, le majordome, ouvrit la porte et fit un pas sur le perron.
– Mademoiselle Cyan, Monsieur votre père est mécontent. Il ne vous a point trouvée dans la salle à manger à l’heure convenue.
– Je te l’avais dit, souffla Cyan à Ekram, tout en essayant de recoiffer ses longs cheveux châtain clair en une tresse convenable.
– Je suis l’unique responsable de ce retard, Albert, répondit Ekram en s’inclinant humblement[13] devant le majordome. Je m’en vais de ce pas présenter mes excuses à Père.
Sur ces mots, il franchit la porte de la demeure, adressant une mine désolée à Albert à cause des traces de boue qu’ils laissaient tous deux sur les nouveaux tapis persans. Cyan, quant à elle, n’en avait que faire de la terre qui tachait ses vêtements. Joyeuse comme à son habitude, elle se précipita vers la salle à manger, dont les portes étaient grandes ouvertes.
Une longue table en acajou[14] occupait le centre de la pièce, parée de reflets dorés sous la lumière chaude du soleil traversant les hautes fenêtres. Les argenteries brillaient elles aussi, à l’instar[15] des verres de cristal et des objets de décoration. À table, trois places étaient installées, et un riche déjeuner attendait les deux retardataires. Le père de Cyan se tenait devant une des fenêtres, les mains derrière le dos, dans une posture[16] qui trahissait son irritation[17].
Auguste-Louis Guerry de Beauregard n’était pas connu pour sa patience. Au contraire, il valait mieux éviter de le contrarier, surtout par un retard. Lorsque les deux enfants pénétrèrent dans la grande salle, il se retourna, affichant sur son visage une moue mécontente. Ekram s’avança, prêt à présenter ses excuses, mais Père l’interrompit d’un geste péremptoire[18] :
– Je ne veux pas entendre d’excuse cette fois-ci. Vous savez tous les deux qu’il n’est pire impolitesse que de se présenter en retard. Cette demeure est votre maison, mais c’est avant tout la mienne. C’est la dernière fois que vous me désappointez[19] de la sorte.
Les deux enfants, leurs joues virant au rouge écrevisse, gardèrent le regard rivé sur leurs chaussures boueuses.
– Et pas un mot tant que je ne vous y aurai pas autorisés. Ensuite vous irez vous laver et changer de tenue. Ce soir, j’ai un dîner important avec le vice-amiral[20]. Vous avez interdiction de sortir jusqu’à demain. Est-ce clair ?
– Oui, Père, répondirent les deux enfants en chœur[21].
Père les regarda un moment sans rien dire, puis il alla s’asseoir en bout de table, à sa place habituelle. Une fois qu’il fut installé, les deux enfants s’assirent à leur tour, l’un en face de l’autre. Malgré la peur de la colère paternelle, ils échangèrent un regard soulagé : après tout, il ne s’agissait que d’un envoi au bain et d’une interdiction de sortie temporaire. D’ordinaire, Cyan et Ekram recevaient le récit des nouvelles aventures de leur père à bord de son trois-mâts[22], Le Téméraire.. Ce jour-là, pourtant, aucun d’eux n’osa en faire la demande. À la place, les enfants mangèrent leur potage de poularde[23] aux oignons en silence, grignotant de-ci de-là quelques raisins et d’autres hors d’œuvre[24]. Bien entendu, le repas était froid en raison de leur retard, mais aucun d’eux n’exprima le moindre mécontentement. Lorsque le valet fit mine d’apporter le dessert, Père lui adressa un signe négatif de la tête : les enfants ne méritaient pas de recevoir leurs douceurs.
Après avoir débarrassé la table, le serviteur apporta au maître de maison son verre de cognac ainsi que le courrier du jour. Pendant ce temps, Hélène, la nourrice, emmenait les enfants vers le premier étage, les morigénant[25] sur l’état désastreux de leurs vêtements :
– Regardez-vous, petits chenapans[26] ! Je vais avoir un mal fou à décrotter ces chemises et ces chausses[27] !
– Mais vous êtes la meilleure pour retirer les taches, Hélène ! dit Ekram, non sans un sourire gêné.
– Et puis, à quoi ça sert d’avoir des vêtements si on ne peut pas les salir ! ajouta Cyan.
Elle courut jusqu’en haut des marches.
– Un véritable enfer, ce brin de jeune fille ! souffla la nourrice tout en suivant avec difficulté le rythme imposé par la jeune héritière.
– Désolé, Hélène, nous vous causons beaucoup de tracas tous les deux, s’excusa Ekram.
– Mais non, mon chéri, dit-elle avec un sourire plein d’affection. Je suis très contente que Monsieur t’ait ramené de Pondichéry il y a maintenant sept ans. Sans toi, Mademoiselle Cyan serait bien malheureuse, seule dans cette grande maison. Et si cela me coûte quelques heures de lessive en plus, qu’il en soit ainsi !
L’horloge de Lorient sonnait sept heures. Le soleil, encore présent dans le ciel vespéral[28]
