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Lorsqu’une enquête policière méthodique s’égare sur des chemins légendaires… Lorsqu’une étrange disparition se mêle à des rencontres fabuleuses…
Dire que Lily craignait de s’ennuyer durant ses vacances en famille ! La voici pourtant témoin d’une étrange disparition. Seule contre tous, la jeune détective amateur est bien décidée à tirer au clair cet enlèvement. Elle commence alors une enquête minutieuse.
Bien vite, une plongée dans le monde légendaire des forêts et des Trolls inquiète Lily et remet tout en question. Serait-il possible que ces créatures fabuleuses existent vraiment? Et pire encore, qu’elles soient responsables d’un crime ?
L’héroïne oscille entre l’imaginaire de l’enfance et ses préoccupations d’adolescente : un roman policier pas comme les autres, qui séduira les 9/12 ans.
EXTRAIT
— C’est beau, n’est-ce pas ? demanda l’étrange personnage qui apparut juste derrière Lily.
Cette dernière secoua la tête en signe de consentement.
— Je suis tombée amoureuse de ce paysage la première fois que je l’ai vu ! Depuis, je ne m’en lasse pas.
— Vous habitez ici ? demanda Lily avec curiosité.
Cette fois, c’est l’Apparition qui acquiesça. Cela intrigua la jeune fille. Elle savait que certains logements du centre appartenaient à des propriétaires et qu’ils n’étaient dès lors plus disponibles à la location. C’était surtout le cas en bas avec les bungalows près de la rivière. Elle ignorait par contre que certains chalets avaient aussi trouvé acquéreurs. Cela lui sembla d’autant plus bizarre que personne ne vivait ici à l’année, mais, au mieux, le temps des vacances scolaires.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Née en 1992 à Mons en Belgique, Clara Reynaert est depuis toujours passionnée par l’écriture. Elle est aujourd’hui enseignante en histoire et tente de transmettre son goût pour les énigmes policières en écrivant des romans jeunesse où l’intrigue se teinte de merveilleux.
En 2018 elle publie aux éditions Ex Aequo Le Père Noël est un assassin. En 2019, le Comité des Usagers du Centre de Lecture d’Antoing lui décerne le prix du jury du concours « Périple(s) », pour sa nouvelle La quête.
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Seitenzahl: 171
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Clara Reynaert
Le mystère du chalet 117
Roman Jeunesse
ISBN : 978-2-37873-910-2
Collection Saute-mouton
ISSN : 2610-4024
Dépôt légal : mars 2020
© 2020 Couverture Ex Æquo
© 2020 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
Pour ma mère,
Lily regardait défiler les paysages derrière la vitre. Assise à l’arrière de la petite voiture bleue, elle tentait de se distraire du mieux qu’elle pouvait afin d’oublier l’inconfort d’heures interminables passées dans cet espace confiné sans pouvoir se dégourdir les jambes.
Mais après avoir compté le nombre de voitures jaunes, chanté à tue-tête le répertoire des chansons de Disney pour le plus grand bonheur de ses parents et épuisé toutes ses vies à Candy Crush, elle commençait à perdre patience.
Au contraire des années précédentes, Lily n’était pas particulièrement pressée d’arriver à destination. Certes, elle serait ravie de pouvoir enfin quitter son siège étroit, mais à vrai dire elle aurait nettement préféré passer ses vacances chez elle, près de ses copines et de son nouveau voisin Justin qu’elle trouvait particulièrement mignon. Au lieu de quoi, ses parents avaient absolument tenu à les emmener, elle et son frère Loïc, dans le traditionnel Domaine de vacances ardennais où ils se rendaient chaque juillet. Chaque été, ils louaient le même chalet en bois sur les hauteurs boisées de la propriété. Plus jeune, Lily adorait s’y rendre. Elle avait de magnifiques souvenirs de jeux dans la forêt, de promenades ou de construction de barrage dans la rivière qui bordait le centre de vacances en compagnie de tous ses amis qu’elle retrouvait pour l’occasion. Mais les années passant, certains cessèrent de venir,leurs parents souhaitant changer de lieu de séjour, enivrés par des destinations plus exotiques. Ainsi furent-ils de moins en moins nombreux à s’y retrouver tous les ans jusqu’à devenir les derniers, les survivants. Même son amie Zoé que Lily avait rencontrée sur place deux ans auparavant ne serait exceptionnellement pas présente cette année. Ses parents ayant divorcé, elle passait le premier mois des vacances dans le sud de la France avec sa mère.
Qu’allait-elle donc bien pouvoir faire toute seule dans un chalet perdu au milieu de nulle part ? L’idée ne l’enchantait guère. Aussi n’était-elle pas folle de joie lorsqu’à l’approche de l’arrivée, ses parents prévoyaient déjà le programme familial. Une journée kayak, une visite du château fort de la ville voisine, un parcours d’accrobranche, une excursion au zoo-safari qui se trouvait à une trentaine de kilomètres à peine ou encore un tour au petit parc d’attraction de la région. En soi, sans mentir, Lily devait bien reconnaître que ces activités lui plaisaient, en particulier les deux dernières. Mais qu’étaient cinq jours bien chargés disséminés sur un mois entier ? Qu’allait-elle bien trouver comme occupation les vingt-cinq jours restants ?
Lily n’eut pas le temps d’approfondir la question que la voiture dépassa l’enseigne indiquant la présence du Domaine à cinq cents mètres de là. Ils étaient arrivés. Le véhicule quitta la route principale pour s’engager dans un chemin caillouteux qui s’enfonçait dans les bois sombres et touffus où le soleil peinait par endroits à se frayer un passage parmi les conifères. Au détour d’un virage serré du sentier sinueux, ils débouchèrent devant l’édifice central du Domaine. C’est là que se trouvait l’accueil, mais également la brasserie et les piscines intérieure et extérieure. En face se profilaient les terrains de tennis qui avaient été entièrement remis à neuf ainsi que le nouveau parcours de minigolf que Loïc ne manquerait certainement pas de réclamer à tout bout de champ.
Un peu plus loin, on pouvait apercevoir le lit de la rivière qui serpentait le long de la propriété et d’où partaient de nombreux sentiers de randonnées sur les crêtes, forêts et vallées avoisinantes.
Lily attendit dans la voiture avec son frère tandis que Jacqueline et Bernard, leurs parents, partaient chercher les clés de leur logement à la réception. Il n’y avait pas énormément de suspense quant au chalet qui leur serait attribué puisque, chaque année, ils réservaient celui-là même qui parvenait à contenter toute la famille. C’est donc sans grande surprise qu’ils s’y rendirent, de l’autre côté du Domaine, dans le coin le plus sauvage du centre de vacances.
En une heure à peine, les valises étaient vidées, les affaires rangées et le garde-manger réapprovisionné. Les vacances allaient enfin pouvoir commencer…
Lily était assise sur son lit dans la petite chambre mansardée de l’étage qu’elle partageait avec son frère Loïc. Il pleuvait des cordes dehors. Un temps exécrable pour des vacances d’été.
Elle entendit ses parents rire avec son frère en bas. Ils devaient certainement jouer à un quelconque stupide jeu de société dont le seul avantage était de faire passer le temps. La jeune fille n’avait pas voulu se joindre à eux. Du moins, pas tout de suite. Parce que si la météo perdurait en ce sens, elle serait bien forcée d’y avoir recours tôt ou tard.
Elle savait avec certitude que Jacqueline, sa mère, lui ferait une remarque relative à son absence dès qu’elle mettrait un pied au salon. C’est pourquoi elle n’était pas particulièrement pressée de s’y rendre. Elle voulait profiter de cet instant pour elle. Elle ferma la porte à clé afin de s’assurer qu’elle ne serait pas dérangée par l’irruption intempestive de son petit frère ou de ses parents pour lui demander sa contribution à l’amusement familial. En quatrième vitesse, elle remonta sur la banquette supérieure du lit superposé sur lequel elle avait jeté son dévolu dès leur arrivée, déboutonna la taie de son oreiller et en sortit un petit carnet qui lui servait de journal intime. Chaque jour, en cachette, elle y inscrivait tout ce qui lui semblait important, ce qu’elle faisait ou encore ce qu’elle ressentait. Cependant aujourd’hui, après quelques minutes à peine d’une écriture hasardeuse, elle s’arrêta, en panne d’inspiration. Mais en même temps, quoi de plus normal à ça ? Qu’y inscrire lorsque l’on ne fait rien ?
Lasse de cette monotonie, Lily remit le tout en place et vérifia que rien ne dépassait. Elle n’osait pas imaginer ce qu’il se passerait si certains passages tombaient entre les mains de petits curieux comme Loïc, en particulier les parties concernant Justin.
Satisfaite du résultat, elle déverrouilla la porte et se décida finalement à descendre. Elle passa en trombe devant ses parents absorbés par la stratégie d’un nouveau jeu qu’elle ne connaissait pas et fila avant de leur donner l’occasion de réagir.
Elle enfila son imperméable rouge que sa grand-mère lui avait acheté pour son anniversaire et qui, à son grand dam, lui donnait l’air d’un célèbre chaperon de la même couleur. Ainsi accoutrée, elle quitta le confort douillet du chalet pour affronter les torrents d’eau qui ne cessaient de s’abattre sur la région.
Elle avait dans la tête de rejoindre la réception, unique endroit du Domaine qui connaissait une connexion internet. Elle en profiterait alors pour discuter un peu avec ses copines ou même, peut-être, oserait-elle envoyer un message à Justin s’il était connecté ?
Revigorée par cette perspective, elle accéléra le pas. Leur chalet, le 122, se situait à l’exact opposé de l’accueil. Pour y arriver, elle devait d’abord traverser ce qu’elle appelait autrefois la « forêt enchantée », un bois luxuriant sur les hauteurs où se cachaient quelques logements comme le leur ; puis s’aventurer sur la « plaine du Tout est permis », le centre du Domaine où se trouvait l’essentiel des lotissements de résidence, mais aussi la plaine de jeux ; et enfin, longer quelque temps la rivière, bifurquer sur la fin et entamer une mini ascension jusqu’au hall de réception. Autrement dit, ce n’était pas la porte à côté. Au plus court, elle en avait pour au moins dix minutes si elle marchait vite.
Le sentier était boueux et Lily regretta un instant de ne pas avoir mis ses bottes avant de partir. Elle songea à faire demi-tour, mais le risque de se faire harponner par ses parents et de ne pouvoir mener sa mission à bien l’en dissuada. Elle poursuivit donc, évitant les flaques et les zones glissantes, s’accrochant du mieux qu’elle pouvait aux branches que la végétation lui tendait comme des bras l’aidant à traverser les parcelles les plus sales.
Mais au détour d’un imposant bosquet, le branchage auquel la fillette tentait tant bien que mal de s’agripper craqua, lui faisant perdre l’équilibre et dévaler le reste de la pente sur les fesses. Heureusement, plus de peur que de mal. Lily n’était pas blessée, seule sa fierté en avait pris un coup. Tout comme ses baskets, son jean et son manteau rouge qui arboraient désormais tous l’unique teinte « marron boueux ».
— Eh bien, te voilà toute propre maintenant ! retentit une voix quelque part.
Lily sursauta. Elle n’avait croisé âme qui vive sur le petit sentier menant vers son chalet et personne n’arrivait en face. Un coup d’œil à droite, un à gauche. Nulle trace d’une quelconque présence humaine. D’où pouvait bien provenir cette voix graveleuse ?
— Tu n’as pas peur des Trolls des forêts en sortant toute seule par un temps pareil ? reprit la voix.
— N… non, répondit Lily timidement sans savoir à qui elle s’adressait.
— Tu es une petite fille courageuse alors. J’en connais peu qui auraient osé s’aventurer par ici avec un tel risque !
Un risque ? Mais de quoi était-il question ? Lily ne croyait pas à ces histoires de Trolls, c’étaient des créatures fantastiques inventées pour faire peur aux enfants. Elle était presque sûre qu’aucune bête de ce genre n’avait jamais été capturée. Ni même des ossements trouvés. Des foutaises en somme.
Un mouvement en haut à droite attira son attention. Au sommet du talus se dressait un sombre chalet en bois que Lily n’avait même pas vu avec la faible luminosité de la tempête. Devant la balustrade de la petite terrasse se tenait une silhouette encapuchonnée qui semblait marmonner quelque chose entre ses dents.
— Allez, monte fillette ! Je vais te débarbouiller un peu. Tes parents ne seront pas contents si tu rentres pleine de boue, n’est-ce pas ?
Comme hypnotisée par cet étrange personnage et sa voix rauque, Lily gravit les escaliers séparant le sentier du chalet 117.
Celui-ci était particulièrement bien situé, à l’écart des autres et en surplomb de la propriété, comme s’il dominait la vallée et tous ses occupants. C’était sans doute pour cela que la fillette n’avait jamais remarqué sa présence. De là-haut, la vue était imprenable, donnant à quiconque la contemplait l’impression magique de régner sur ces terres.
— C’est beau, n’est-ce pas ? demanda l’étrange personnage qui apparut juste derrière Lily.
Cette dernière secoua la tête en signe de consentement.
— Je suis tombée amoureuse de ce paysage la première fois que je l’ai vu ! Depuis, je ne m’en lasse pas.
— Vous habitez ici ? demanda Lily avec curiosité.
Cette fois, c’est l’Apparition qui acquiesça. Cela intrigua la jeune fille. Elle savait que certains logements du centre appartenaient à des propriétaires et qu’ils n’étaient dès lors plus disponibles à la location. C’était surtout le cas en bas avec les bungalows près de la rivière. Elle ignorait par contre que certains chalets avaient aussi trouvé acquéreurs. Cela lui sembla d’autant plus bizarre que personne ne vivait ici à l’année, mais, au mieux, le temps des vacances scolaires.
L’Apparition s’approcha et tendit une main gantée vers elle. Cette vision glaça le sang de Lily. Pourquoi l’Inconnue avait-elle des gants ? Il ne faisait pas froid. Et si ce n’était pas par souci de température, pour quelle autre raison pouvait-on porter ce type d’accessoire pendant la saison estivale ? Et des gants roses de surcroît ! Elle avait bien une hypothèse à ce propos, mais celle-ci la terrorisait tellement qu’elle n’osa pas la formuler clairement. Pourquoi une personne mystérieuse et gantée attirerait une petite fille seule dans une cabane isolée ?
Lily déglutit, tremblante. Et dire qu’elle pourrait être tranquillement en train de jouer à des jeux de société en famille ! Mais non, comme d’habitude elle avait voulu n’en faire qu’à sa tête et elle se retrouvait là, prisonnière d’une ombre gantée menaçante qui la fascinait comme la terrorisait, au même titre que cette vue envoûtante. Lily se demanda même si l’Inconnue n’avait pas justement choisi ce lieu avec ce panorama enchanteur afin d’amener plus aisément ses proies jusqu’à sa tanière ? Décidément, les manteaux rouges ne faisaient pas de cadeau aux petites filles se promenant seules dans les bois, pensa-t-elle.
— Allez, entre mon enfant ! invita la mystérieuse ombre encapuchonnée en ouvrant doucement la porte de son antre dont les gonds grincèrent comme ceux des grilles d’un cimetière un soir d’Halloween…
C’est ainsi que Lily fit la connaissance de Mamy Silva, une septuagénaire qui, loin d’être une ombre effrayante, était l’image même de la grand-mère souriante et sympathique.
Un œil sur sa nouvelle protégée, la vieille dame s’attelait à nettoyer les baskets jadis blanches de Lily. Le regard espiègle et le visage fendu d’un large sourire à l’attention de la jeune fille, elle mettait tout son cœur à la tâche. La seule excentricité que l’on pouvait retrouver chez elle résidait dans ses gants roses qui ne la quittaient jamais.
— J’ai toujours les doigts glacés, alors il faut que je les maintienne bien au chaud, dit-elle avec un air complice à Lily, voyant que celle-ci l’observait à la dérobade. Ceux-ci sont mes préférés ! s’exclama-t-elle en les désignant.
Mais très vite, l’attention de Lily fut attirée par d’autres choses plus intéressantes.
Le logement occupé par Mamy Silva était en soi semblable au leur, que ce soit en termes d’architecture ou d’équipements. Cependant, celui-ci était bien plus décoré et aménagé que le 122. La moindre place sur les meubles était occupée. Aux murs, les traditionnelles peintures de natures mortes avaient laissé place à de grandes photographies d’étendues sauvages et de forêts, accentuant un peu plus le lien avec l’extérieur.
Sur la poutre centrale traversant le salon de part en part, plusieurs petites figurines, papillons et couronnes de fleurs avaient été suspendus. Sur les tables, étagères et appui de fenêtre reposaient des petits Trolls, fées et autres créatures des forêts imaginaires. Une en particulier retint l’attention de Lily. Devant le feu de bois qui crépitait dans l’âtre, au centre de la petite table basse du salon trônait un joli coffre en bois entièrement sculpté lui donnant un côté raffiné. Lorsqu’on ouvrait la boîte, une fée se mettait à danser en rythme en compagnie d’une multitude de petits animaux qui l’accompagnaient dans sa transe. La lueur des flammes rougeoyantes se reflétant sur sa robe blanche et ses bouquets de fleurs lui donnait l’air de scintiller dans la pièce. Lorsque Lily cessa d’actionner la manivelle, le mécanisme s’arrêta net, la musique se tut et avec elle, la grâce de ses danseurs.
— C’est Edona, l’Elfe protectrice de la forêt. Je l’ai reçue quand j’avais ton âge à peu près et depuis elle ne me quitte plus, lui expliqua Mamy Silva en lui servant un grand bol de chocolat chaud.
— Voilà, tes baskets sont comme neuves, ajouta-t-elle en les posant devant la cheminée où séchait déjà le manteau rouge de Lily. Il n’y a plus qu’à attendre un peu que le temps se calme dehors et tu pourras y aller. Il ne faudrait pas que tes parents s’inquiètent de ton absence !
Lily huma le breuvage bien chaud qui lui rappela ceux que lui préparait sa grand-mère.
— Vous vivez seule ici Mamy Silva ? demanda-t-elle soudainement en apercevant des cadeaux entreposés dans un coin de la pièce.
La maîtresse des lieux suivit son regard et sourit d’un air entendu.
— J’attends de la visite. Ma fille et mes petits enfants doivent venir me rejoindre prochainement. Cela fait si longtemps… J’ai préparé une petite fête pour l’occasion !
— Un peu comme Noël en plein été ? s’écria Lily qui adorait cette période de l’année.
— Exactement ! s’exclama joyeusement la grand-mère.
Mais tout d’un coup son regard s’assombrit et se perdit dans la contemplation du déluge qui faisait désormais rage dehors.
— J’espère qu’ils ne feront pas de mauvaises rencontres en chemin… murmura-t-elle si bas que la fillette dut tendre l’oreille pour l’entendre.
— Ils… Ils ont une longue route pour venir jusqu’ici ?
Mamy Silva ne répondit pas tout de suite, comme plongée dans un monde intérieur.
— Les forêts ne sont pas très sûres ces temps-ci… finit-elle par dire très faiblement.
— C’est vrai. Maman demande toujours à papa de ralentir en voiture lorsqu’on traverse un bois au cas où une biche voudrait couper la route !
— Ce ne sont pas les biches qui m’inquiètent, répondit-elle pour elle-même.
La vieille dame était comme fascinée par les torrents de pluie qui se déversaient contre les fenêtres et le rugissement du vent dans les arbres, les faisant prendre vie le temps d’une danse chaotique et déchaînée.
De là où elle se trouvait, Lily n’apercevait plus que sa frêle silhouette devant le tumulte de la tempête.
— Ah… Ah bon ? demanda-t-elle doucement.
— Que sais-tu des Trolls, Lily ? demanda Mamy Silva en se retournant prestement et en venant appuyer ses deux mains sur la table à manger.
Cette agitation soudaine fit sursauter Lily qui commença à se demander si la vieille dame avait vraiment toute sa tête.
L’air enjoué et rieur de la grand-mère avait disparu et avait laissé place à un ton sombre et sérieux qui fit frissonner la fillette. Que se passerait-il si elle lui répondait que les Trolls n’existaient pas ? Que ce n’était que des histoires pour enfants ? Risquait-elle de se mettre en colère ? Après tout, Lily ne connaissait rien de cette vieille dame étrange, elle ne l’avait d’ailleurs jamais vue alors qu’elle et ses parents fréquentaient le Domaine depuis plusieurs années. Vraiment bizarre pour quelqu’un censé vivre ici de janvier à décembre. D’autant plus que, vu l’installation, elle n’était pas nouvelle arrivante.
Lily jeta un coup d’œil vers ses affaires qui séchaient devant l’âtre. Soit à l’opposé exact de la sortie. Si elle en ressentait le besoin, elle n’aurait pas le temps d’aller les récupérer, nouer ses lacets et courir jusqu’à la porte sans que son hôtesse réagisse. D’autant plus que la propriétaire des lieux se trouvait pile entre la cheminée et la baie vitrée. La seule possibilité pour Lily était de tout abandonner sur place et courir le plus loin possible. Mais la vue de la météo la freina dans son entrain. Comment ferait-elle sans manteau ni chaussures après avoir quitté la protection relative du chalet ? Parviendrait-elle à rejoindre sa famille à temps dans le déluge ? Et si Mamy Silva la poursuivait ? Bien que, vu son grand âge, elle ne semblait pas très impressionnante, ni même être un adversaire redoutable, mais face à une fillette de 12 ans désorientée, la grand-mère avait toutes ses chances. Autant dire que Lily n’en menait pas large, tiraillée entre l’étrangeté de la conversation, cette vieille dame qui l’effrayait par instants et son envie de fuir.
— Je ne sais pas grand-chose sur les Trolls, finit-elle par articuler dans un souffle, comme si cet aveu ne devait surtout pas être prononcé trop fort sous peine de réveiller la colère de Mamy Silva.
Celle-ci sembla quelque peu étonnée de cette réponse et se radoucit aussitôt, s’installa confortablement face à son invitée et leur resservit un cacao chaud.
— Allons bon, tes parents ne t’ont jamais raconté d’histoires de fée, nymphe ou Trolls ?
— Si… parfois le soir avant de dormir, papa nous lit des contes imaginaires…
— Mmh, et est-ce que tu y crois, Lily ?
La jeune fille ne savait que répondre. Elle n’y avait jamais cru. Ses parents n’avaient d’ailleurs jamais tenu à ce qu’elle y croie, au contraire du Père Noël. C’étaient simplement des créatures légendaires, inventées par des auteurs inspirés pour le plaisir de faire peur le soir aux enfants. Mais pouvait-elle avouer tout cela à son interlocutrice ? Ne risquait-elle pas de la décevoir ou de l’énerver ? Dans le doute, ne valait-il mieux pas mentir et affirmer qu’elle y croyait dur comme fer ? Cependant, sa mère n’avait de cesse de lui répéter qu’en cas d’hésitation, la vérité était toujours la bonne réponse…
— Pas… Pas vraiment, avoua-t-elle en retenant sa respiration.
Lily n’osait plus bouger d’un pouce, sentant son cœur battre la chamade dans sa poitrine.
