Le trésor de Goba-Mosquito - Romain Drac - E-Book

Le trésor de Goba-Mosquito E-Book

Romain Drac

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Beschreibung

"- Nous avons ce que Novagrande n'a pas : le mystère. Le mystère ! avait proclamé papa Paco. - Et alors, qu'est-ce que tu comptes en faire de ton mystère ? avait dit maman. - Le vendre ! avait répliqué papa Paco." Et c'est ainsi que Juanito, embarqué dans les fantaisies de son épicier de père, s'apprête à passer sans le savoir les plus merveilleuses vacances de sa vie ! Tandis que Goba-Mosquito, petite île paisible et discrète du Costa-Rica révèlera enfin bien des secrets...

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Seitenzahl: 132

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Romain Drac est né en 1951. Aventurier de cœur et amoureux de musique et de lettres, il parcourt mille vies et mille métiers, dont celui d'écrire, d'abord des chansons puis des histoires, des contes, des poèmes, des saynètes, des spectacles, des pièces de théâtre et des romans. La majeure partie de ses œuvres littéraires est consacrée à la jeunesse.

Paul Etienne est né en 1982. Amateur d'art brut, il troque peu à peu ses stylos billes contre des crayons de couleur et croque depuis lors dans un style léger et coloré des dessins et illustrations pleins d'humour pour petits et grands.

Pour Martine, Viviane, Laurent et Vincent.

Sommaire

Première Partie

Chapitre 1 : Soucis de vacances

Chapitre 2 : Vendre du mystère

Chapitre 3 : Voyage à Novagrande

Chapitre 4 : La zone d'activité

Chapitre 5 : Parfait, parfait !

Deuxième Partie

Chapitre 6 : Le guide Juanito

Chapitre 7 : Les touristes

Chapitre 8 : L'îlot des Oiseaux

Chapitre 9 : Le tiroir des ficelles

Chapitre 10 : Le fouineur

Chapitre 11 : Baie Juliette

Chapitre 12 : Un fou dangereux

Chapitre 13 : Tempête

Chapitre 14 : Comme une île dans l'île

Chapitre 15 : Le message

Chapitre 16 : Mont Ticolo

Chapitre 17 : C'est la fête

Chapitre 18 : Le coffre

TroisiÈme Partie

Chapitre 19 : Si ce n'était qu'un trésor !

Chapitre 20 : Un exploit

Chapitre 21 : Dernier soir

Chapitre 22 : Dernier jour

Prémièré Pîrtfê

1

Soucis De Vacances

Voilà plusieurs jours que je ne décolérais pas.

Les vacances étaient mal parties. À tout bout de champ, on allait me demander : « Juanito, toi qui es grand, tu peux faire ci, tu peux faire ça ? » et gratuitement en plus, si au moins j'avais été payé !

Ici, il n'y avait plus personne de mon âge. Mon copain Chico était à San José, chez sa grand-mère. J'allais m'ennuyer ferme jusqu'à la rentrée !

Mais je n'allais pas me mettre à souhaiter la rentrée ? Surtout celle-ci, qui me verrait quitter l'île et devenir pensionnaire au collège de Novagrande.

En attendant, une fois de plus, je gardais ma sœur Conchita et le fils de nos voisins, le petit Mario. Vous parlez d'une compagnie, deux morveux surdoués qui n'arrêtent de suçoter leurs « nonoches » (un carré de tissu qu'ils trimbalent partout), que pour poser des questions impossibles, du genre :

— Pourquoi les goba-mosquitos volent en l'air et les poissons nagent dans l'eau ?

— Pourquoi on est petit quand on n'est pas grand ?

— Et pourquoi, tu réponds toujours « Ben, euh... », Juanito ?

J'ai regardé mon père entrer chez Luis d'un pas décidé. Pour comble de malchance, il n'avait plus une minute à me consacrer.

Il s'activait de façon inhabituelle. Quelque chose en lui avait changé depuis. depuis ce jour où je l'avais entendu crier :

— Fichez-moi le camp, il n'y a rien pour vous ! Vous n'avez besoin de rien !

Les enfants du village s'étaient précipités pour découvrir ce qu'il avait rapporté de Novagrande.

— Paco, qu'est-ce qui t'arrive ? Ces enfants t'accueillent joyeusement, s'était étonnée ma mère.

— Ils sont comme des mosquitos, à me tourner autour, Maria ! Regarde-les sucer leur soda avec une paille, des moustiques je te dis !

— Laissez-le tranquille, avait-elle ordonné, papa Paco a des soucis.

Pendant }e repas, i} n'avait pas dit une b}ague. I} marmonnait, le front plissé en portant machinalement la nourriture à sa bouche. Soudain, il avait assené : « J'ai trouvé ! » en abattant }e poing sur }'ananas du dessert. Puis, il s'était expliqué :

— Tout à l'heure, j'étais énervé.

— On s'en est aperçu, merci ! avait dit Conchita, avant de mordre dans un éclat du fruit déchiqueté.

On s'était mis à rire, et ma mère plus fort que nous tous.

Papa, alors, nous avait raconté qu'à Novagrande, il n'avait retrouvé de l'épicerie de l'oncle Marcelino qu'un tas de planches et quelques cageots. Il avait suivi les traces d'un bulldozer : elles menaient devant un bâtiment tout neuf avec une grande enseigne : SUPER MARCELINO - TOUT CE QU'IL VOUS FAUT. À son approche, une porte de verre s'était ouverte automatiquement. Il était entré et, là, nous avait-il assuré, c'était un vrai rêve d'épicier. Il y avait un immense rayon de légumes, un comptoir pour la viande, un autre pour le poisson. Il y avait un rayon bricolage avec des outils, des vis, des clous dans des sachets transparents.

Notre oncle lui avait expliqué en crânant un peu qu'il vendait aux touristes en un mois autant de marchandises que nous en dix ans :

— Il m'a même conseillé de quitter l'île et de venir travailler à Novagrande.

Mon père, quand il raconte, il contrefait les voix, c'est marrant. Il fallait l'entendre imiter le clairon zézayant de Marcelino trônant à sa caisse : « Izi, z'est l'avenir, la prozpérité, Goba-Mozquito z'est bon pour les oiseaux ! »

— Ah, Maria, avait rajouté Paco pour maman, si ce n'avait pas été ton frère, je lui aurais aplati le nez ! « Bon pour les oiseaux », mais pour qui il se prend ?

Les gens de Novagrande, pour se moquer, nous assimilent volontiers aux oiseaux qui ont donné le nom de Goba-Mosquito à notre île. Ces oiseaux, bruyants et tarés, déploient une activité intense, surtout à l'aube et en soirée, lorsqu'ils tournoient en bande en poussant des « oui-si ! oui-si ! oui-si ! » assourdissants.

Comme les engoulevents, les goba-mosquitos volent le bec largement ouvert pour attraper les insectes. Ils ouvrent tellement le bec qu'ils ne voient ni où ils vont, ni ce qu'ils avalent. Ils s'avalent parfois les uns les autres, ils avalent les feuilles qui tombent des arbres et les cailloux que nous, les enfants, nous amusons à lancer. Mais laissons là les oiseaux, leurs facéties et revenons à papa Paco et ses soucis.

L'air buté, il avait procédé à l'inventaire du bric-à- brac de notre épicerie de bric et de broc et passé en revue les étagères de planches mal équarries, supports de quelques paquets de riz, d'allumettes, de bougies et de récipients disparates d'objets courants mal identifiés. Son regard, considérant la pièce, s'était affligé du vieux frigo dans lequel on gardait aussi bien nos denrées que celles destinées à la clientèle, puis s'était attardé, plein d'amertume, sur le bocal à bonbons et son gros bouchon noir fendillé par l'âge. Il avait comparé l'aiguille jaune de notre vieille balance avec les cristaux liquides affichant poids et prix chez Marcelino.

Puis, il nous avait examinés, l'un après l'autre et je savais qu'il nous voyait en uniforme, affairés, qui à servir du jambon, qui à ranger la droguerie, qui à l'une des caisses (une par membre de la famille) et moi, cavalant dehors pour rassembler les chariots à commissions.

Alors, après une respiration profonde, il avait déclaré d'un trait :

— Nous n'avons ni les plages, ni le soleil de Novagrande mais nous avons des falaises de lave noire trouées de grottes, une forêt presque impénétrable, le sol spongieux des lagunes, des journées pleines de brume et un passé incertain. Nous avons ce que Novagrande n'a pas : le mys-tère. Le mystère ! avait-il scandé avec force, en levant les bras comme un dictateur décroche du linge sec.

— Et alors, avait dit marna Maria, qu'est-ce que tu veux en faire de ton mys-tère ?

— Le vendre ! avait répliqué papa.

2

Vendre Du Mystere

Ce n'e st pas facile de vendre du mystère ! Il faut d'abord le semer, l'arroser, le protéger de la lumière. Il faut aussi lui préparer un emballage attrayant, mettre au point sa publicité, trouver des acheteurs et le négocier au juste prix. Puis, l'article doit être suivi, sinon, gare à la concurrence !

Pour vouloir vendre du mystère, il ne suffit pas d'être épicier, il faut être mon père !

Papa Paco est un homme important, respecté, écouté. S'il est commerçant, il est aussi chef du village, facteur et raconteur des histoires qu'il a inventées. Autant de fonctions et de qualités qui allaient servir ses projets.

Juste après la déclaration de l'ananas écrabouillé, ses voyages à Novagrande se sont multipliés. Il y partait seul ou en compagnie de Luis et d'Alvaro. Chaque retour le voyait trimballer des sacs en toile de jute lourdement chargés. Ou bien, il prenait ses outils et partait dans la forêt en me défendant de le suivre, ne me donnant pour toute explication que des phrases du genre : «Ne t'inquiète pas, Juanito, je prépare tout et ensuite, je te mettrai dans la confidence.»

Un soir, il a réuni les adultes de l'île dans la scierie. De grands rires traversaient les parois de planches. Je me doutais que cet amusement avait trait aux projets de vente de mystère. Comme par hasard, le lendemain de la réunion, le village, secouant sa nonchalance habituelle, s'est mis à bouillir d'effervescence.

Nos voisins s'activaient comme des diables dans une chaudière. Partout, c'était des bruits de scies, coups de marteaux, cris de douleurs des maladroits et invectives contre les distraits manipulateurs de planches et d'échelles. Luis, aidé de ses enfants, aménageait une terrasse autour d'une buvette baptisée ESTANCO EL DIABLO. Fernando coupait des arbres pour construire son hôtel, le futur MAJESTIC DU PIRATE CHIC.

La paillotte de jardin de madame Veuve Josepha s'était transformée en magasin de souvenirs.

Et mon père et ma mère, ont posé, en guise de première pierre, un premier bout de bois. Cette planche accrochée à la façade de la maison annonçait en grosses lettres l'ambition suprême de l'épicerie Albobar, devenir la GRANDE CAMBUSE DE LA FLIBUSTE.

Voilà mon père qui ressort de chez Luis et qui m'appelle :

— Juanito, viens nous aider à charger la Gallina !

La Gallina, c'est notre bateau, une coque solide et ventrue que propulse, au choix, un vieux moteur aux « pout-pout » réguliers ou la grande voile carrée complétée d'un simple foc.

Là, j'ai retrouvé le sourire, car si je devais l'aider, j'allais être aussi du voyage. J'ai laissé en vitesse, sans regrets Mario, Conchita et leurs questions.

— Pourquoi tu t'en vas, Juanito ?

— Parce que je ne reste pas là, ah ! ah !

Alvaro, le menuisier, à l'aide de la grue du débarcadère, faisait descendre les longues planches d'acajou débitées à la scierie du village. Moi, je les rangeais bien à plat dans la cale pour éviter qu'elles ne se déforment. Ce bois, au grain aussi fin, dit-on, que l'acajou de Cuba, est apprécié par les ébénistes de Novagrande. Attentifs à ne pas le gaspiller, nous en coupons seulement de quoi payer les frais de notre petite communauté.

Le chargement de bois terminé, j'ai déposé dans la cabine la caisse où sont emballés les plus beaux spécimens de coquillages de l'archipel.

3

Voyage À Novagrande

Nous sommes partis tôt le lendemain matin.

Nous avons marché au moteur entre les récifs puis nous l'avons arrêté à la sortie du chenal pour économiser le carburant. Une bonne brise de travers arrière gonflait le foc et la voile que nous venions de hisser.

Je hurlais de joie, debout, à l'avant du bateau :

— C'est moi le capitaine Juanito, le terrible pirate ! À l'abordage !

— Tu ne crois pas si bien dire, moussaillon ! a crié mon père, un sourire jusqu'aux oreilles.

Ensuite, ce fut l'étendue de l'océan, sans une terre en vue, et le ciel où voyagent, isolés et tranquilles, d'énormes nuages blancs. Parfois, une vague plus forte que les autres, giflant la coque, nous aspergeait d'embruns. Les ris battaient la toile, mon père et moi on écoutait, on se soûlait d'air frais sans dire un mot. Après le repas de midi, papa Paco m'a ordonné gentiment :

— Allez, Capitan El Terriblo, tu me remplaces !

La barre passée sous mon bras gauche donnait par intermittence quelques petites bourrades de rappel : « Tiens le cap ! » Papa Paco ronflait dans la cabine : rien de tel qu'une sieste un peu prolongée pour rêver de sa future épicerie.

Des dauphins sont venus jouer un long moment près de la Gallina puis ils ont disparu aussi soudainement qu'ils étaient arrivés. La barre bloquée, j'ai installé une triple ligne appâtée, faute de mieux, avec des morceaux de banane. Au loin s'est profilée la longue silhouette d'un pétrolier suivie bientôt de celle d'un gros navire au dessus carré, un porte-conteneurs certainement qui se dirigeait vers Puntarenas. J'ai relevé ma ligne - génial, la banane ! - j'avais pris trois poissons, un succulent petit déjeuner en perspective. Devant moi, l'horizon s'assombrissait et, dans mon dos, le ciel s'embrasait de jaune, de rouge et d'orangé : énorme, le soleil s'enfonçait dans la mer.

Nous sommes entrés dans le port de Novagrande à la nuit, parmi les lumières joyeuses des quais et l'animation des terrasses donnant sur le grand bassin. Le bateau amarré, à l'abri des secousses, mon père a sorti une marmite et nous a cuisiné des haricots rouges à la viande, mon plat préféré. J'ai tellement mangé que je pouvais à peine bouger. La banquette n'était pas loin, juste sous mes fesses, je n'ai eu qu'à me laisser tomber sur le côté.

Au matin, le bruit nous a réveillé. La vente du poisson à la criée commençait.

Un camion est venu chercher le bois. Papa a compté soigneusement les billets remis par le chauffeur. Pendant le déchargement, je suis allé me promener. J'ai découvert, stupéfait, les indications d'une énorme pancarte plantée sur le quai :

DÉCOUVREZL'ÎLE AU TRÉSORGOBA-MOSQUITONAVETTE MATIN & SOIR(Inscriptions, tarifs & horaires au SUPER-MARCELINO)

Voilà qui m'éclairait un peu plus et m'indiquait que mon père s'était réconcilié avec son beau-frère, au point de le mettre dans la combine !

Un peu plus tard, tenant chacun une poignée de la caisse à coquillages, papa Paco et moi, nous sommes engagés dans le lacis de ruelles de la vieille ville. J'admirais la beauté des maisons de pierre. Parfois, une porte cochère entrouverte nous permettait de découvrir le tableau d'ombre et de lumière d'un patio arboré et fleuri. Rien ici n'avait changé depuis deux siècles, des bornes protégeaient encore les coins de murs des chocs des roues ferrées. Les pavés résonnaient sous nos pas comme au temps de la flibuste. Mon père a poussé la porte du magasin d'antiquités situé sous les arcades. Un homme trapu, au cou de taureau, en sortait tandis que l'antiquaire disait :

— Rico, tu remets l'emballage autour de... ce que tu sais !