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« C'est un excellent livre… Quand vous commencez à le lire, assurez-vous de ne pas avoir à vous lever tôt ! » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ Dans la banlieue impeccable de Barren Pines, les maisons uniformes et les pelouses soigneusement entretenues dissimulent les vérités imparfaites et les secrets mortels de ses résidents. Un cercle d'amis proches est brisé quand le corps de l'un des leurs est découvert dans la nature sauvage du Vermont. Alors que la mort est déclarée accidentelle, le doute d'une femme se transforme en obsession tandis qu'elle scrute à travers le brouillard de son amnésie induite par l'alcool pour chercher la vérité. Alors que sa propre fiabilité s'affaiblit et que les amitiés se délitent, elle doit naviguer sur un chemin de secrets et de tromperies. S'agit-il d'un meurtre dissimulé par une façade de mort accidentelle, ou est-ce la paranoïa d'un esprit peu fiable qui s'est effondré à cause du scandale de banlieue ? Il s'agit du troisième livre d'une nouvelle série palpitante de suspense psychologique par l'auteure de mystères et de suspense numéro un des ventes Kate Bold, dont les best-sellers ont reçu plus de 600 évaluations et critiques cinq étoiles. Les futurs livres de la série sont également disponibles ! « Ce livre avançait très rapidement et chaque page était passionnante. Beaucoup de dialogues, vous adorez absolument les personnages, et vous encouragiez le gentil tout au long de l'histoire… J'ai hâte de lire le suivant de la série. » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ « Kate a fait un travail formidable sur ce livre et j'ai été accroché dès le premier chapitre ! » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ « J'ai vraiment apprécié ce livre. Les personnages étaient authentiques, et je vois les méchants comme quelque chose dont nous entendons parler quotidiennement aux informations... J'ai hâte de lire le tome 2. » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ « C'était un très bon livre. Les personnages principaux étaient réels, imparfaits et humains. L'histoire avançait rapidement et n'était pas enlisée dans trop de détails inutiles. J'ai vraiment apprécié. » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ « Alexa Chase est têtue, impatiente, mais surtout courageuse avec un grand C. Elle ne recule jamais, je répète jamais, jusqu'à ce que les méchants soient mis là où ils appartiennent. Clairement cinq étoiles ! » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ « Meurtre en série captivant et saisissant avec une touche de macabre… Très bien fait. » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ « WOW quelle excellente lecture ! Parlons d'un tueur diabolique ! J'ai vraiment apprécié ce livre. J'ai hâte de lire d'autres ouvrages de cet auteur également. » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ « Impossible à poser, c'est sûr. Excellents personnages et relations. Je suis entré au milieu de cette histoire et je n'ai pas pu la lâcher. J'ai hâte d'en lire plus de Kate Bold. » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ « Difficile à poser. Il a une excellente intrigue et a la bonne dose de suspense. J'ai vraiment apprécié ce livre. » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐ « Extrêmement bien écrit, et vaut vraiment la peine d'être acheté et lu. J'ai hâte de lire le tome deux ! » —Avis de lecteur pour Le Jeu Mortel ⭐⭐⭐⭐⭐
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Seitenzahl: 275
Veröffentlichungsjahr: 2025
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LE TUEUR INVISIBLE
(BARREN PINES — TOME 3)
Kate Bold
L'auteure à succès Kate Bold est l'auteur de la série ALEXA CHASE SUSPENSE THRILLER, comprenant six livres (et plus) ; la série ASHLEY HOPE SUSPENSE THRILLER, comprenant six livres (et ce n'est pas fini) ; la série CAMILLE GRACE FBI SUSPENSE THRILLER, comprenant huit livres (et ce n'est pas fini) ; la série HARLEY COLE FBI SUSPENSE THRILLER, comprenant onze livres (et ce n'est pas fini) ; la série KAYLIE BROOKS PSYCHOLOGICAL SUSPENSE THRILLER, comprenant cinq livres (et ce n'est pas fini) ; la série EVE HOPE FBI SUSPENSE THRILLER, comprenant sept livres (et ce n'est pas fini) ; la série DYLAN FIRST FBI SUSPENSE THRILLER, comprenant cinq livres (et ce n'est pas fini) ; la série LAUREN LAMB FBI SUSPENSE THRILLER, comprenant cinq livres (et ce n'est pas fini) ; la série KELSEY HAWK SUSPENSE THRILLER, comprenant neuf livres (et ce n'est pas fini) ; la série NORA PRICE SUSPENSE THRILLER, comprenant cinq livres (et ce n'est pas fini) ; la série NINA VEIL FBI SUSPENSE THRILLER, comprenant cinq livres (et ce n'est pas fini) ; et la série BARREN PINES PSYCHOLIGICAL SUSPENSE, comprenant sept livres (et ce n'est pas fini).
Fervente lectrice et fan de toujours des genres mystère et thriller, Kate adore avoir de vos nouvelles, alors n'hésitez pas à visiter www.kateboldauthor.com pour en savoir plus et rester en contact.
Copyright © 2024 par Kate Bold. Tous droits réservés. Sauf dans les cas autorisés par la loi américaine sur le droit d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, ni stockée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'autorisation préalable de l'auteur. Cet ebook est sous licence pour votre plaisir personnel uniquement. Cet ebook ne peut pas être revendu ou donné à d'autres personnes. Si vous souhaitez partager ce livre avec une autre personne, veuillez acheter un exemplaire supplémentaire pour chaque destinataire. Si vous lisez ce livre et ne l’avez pas acheté, ou s’il n’a pas été acheté pour votre usage uniquement, veuillez le retourner et acheter votre propre exemplaire. Merci de respecter le travail acharné de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, personnages, entreprises, organisations, lieux, événements et incidents sont le produit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, est entièrement fortuite. Image de la jaquette Copyright Aydin Hassan, utilisée sous licence de Shutterstock.com.
CHAPITRE UN
CHAPITRE DEUX
CHAPITRE TROIS
CHAPITRE QUATRE
CHAPITRE CINQ
CHAPITRE SIX
CHAPITRE SEPT
CHAPITRE HUIT
CHAPITRE NEUF
CHAPITRE DIX
CHAPITRE ONZE
CHAPITRE DOUZE
CHAPITRE TREIZE
CHAPITRE QUATORZE
CHAPITRE QUINZE
CHAPITRE SEIZE
CHAPITRE DIX-SEPT
CHAPITRE DIX-HUIT
CHAPITRE DIX-NEUF
CHAPITRE VINGT
CHAPITRE VINGT ET UN
CHAPITRE VINGT-DEUX
CHAPITRE VINGT-TROIS
Je retiens mon souffle devant la splendeur du chalet de ski, niché dans son isolement. Loin des skieurs et du cliquetis typique des verres en saison, cet endroit est à l'opposé de l'agitation habituelle. Pour célébrer les trente-cinq ans de Meredith, son mari, Daniel, a vu les choses en grand : il a privatisé tout le chalet pour nous, même hors saison. Seuls nos pas résonnent en pénétrant dans cet espace immense et silencieux.
En tête, Meredith rit, un rire doré qui tisse des liens entre nous. Nous sommes ici pour elle, pour célébrer ensemble un nouveau chapitre de sa vie. Ses cheveux blonds captent la lumière tandis qu'elle se retourne vers nous avec des yeux pétillants de ce bleu qui illuminait nos aventures d'enfance.
— Regardez-moi ce lieu ! s'exclame-t-elle en ouvrant ses bras comme si elle voulait embrasser la pièce vide.
À mes côtés, la main de Nathan saisit la mienne ; sa caresse est un mélange de réconfort et d'excitation silencieuse, promesse d'un séjour mémorable. Je lui souris spontanément, admirant pour la énième fois le pli au coin des yeux lorsqu'il s'amuse et cette chevelure brune toujours impeccable.
— On dirait un rêve, lui répondis-je alors que sa voix se perd dans l'étendue de la pièce. Nous avançons à la suite de Meredith à travers le chalet, longeant des cheminées éteintes et des fauteuils solitaires qui semblent attendre chaleur humaine et secrets partagés. C'est insolite d'être ici en été ; néanmoins, le bois rond de la structure dégage une atmosphère accueillante et réconfortante.
Emma avance d'un pas sûr, ses cheveux châtains encadrant son visage avec grâce. Son époux Jack posté à ses côtés conserve sa mystérieuse allure ; ses cheveux poivre et sel lui confèrent une élégance naturelle tant en affaires que lors d'une soirée informelle.
La queue-de-cheval de Rachel ondule tandis qu'elle narre les péripéties récentes avec ses élèves — ses paroles adoucissent le silence surréel ambiant. Et il y a Daniel, pensif comme à son habitude, les yeux rivés sur l'architecture du lieu avec une curiosité professionnelle qui rencontrait ma propre fascination pour le design. Trentenaires désormais, notre amitié semble inaltérable depuis nos jours insouciants d'école.
Des rires fusent dans l'espace comme autant de feux d'artifice joyeux. D'un geste habile du poignet, Nathan fait danser les cartes sur la table — une référence à son ambition juvénile de magicien à Barren Pines dans le Connecticut où nous avons tous grandis. Il attire nos encouragements et nous le taquinons sur ses tours désormais célèbres. À quarante-cinq minutes en voiture seulement de chez nous, ce chalet semble appartenir à un autre univers. Les souvenirs affluent avec douceur, chacun ajoutant à la trame commune de notre passé.
Je sirote mon vin ; sa robe rouge tourbillonne dans mon verre, écho parfait à l'amitié qui emplit l'espace. Rachel gesticule vivement pendant qu'elle rappelle cette fois où nous avions pris d'assaut le système interne de l'école pour un concert improvisé. C'était Meredith qui avait su négocier notre sortie sans punition grâce à une aisance diplomatique déjà visible à l'époque. Nous trinquons en l'honneur de notre rébellion adolescente et des liens tissés durant ces années fondatrices.
— Rappelez-vous Halloween quand on a transformé la grange du vieux Ketchum en maison hantée ? lance Jack avec malice dans le regard et un rire chaud qui lui échappe. Meredith était une mariée spectrale terrifiante ; elle avait effrayé plus d'un habitant.
— Plus d'un ? Non, elle avait glacé le sang de tout Barren Pines ! renchérit Daniel avec un sourire communicatif.
En effet, cette soirée est tissée des fils du passé : chaque souvenir partagé est un lien entre hier et aujourd'hui. Je me délecte de ces histoires qui me drapent comme une couverture contre les incertitudes du futur.
Meredith se leva, ses cheveux blonds capturant la lumière alors qu'elle se déplaçait avec une élégance presque surnaturelle. Son rire cristallin donnait le ton de la soirée. Elle dansait entre les groupes, diffusant son énergie inépuisable malgré les années ou le fardeau de sa place parmi nous.
— Olivia, c'est ton tour ! Raconte-nous l'histoire du bal de fin d'année ! s'exclama-t-elle, des étoiles malicieuses dans les yeux.
Je marquai une pause, moins à l'aise que les autres pour captiver l'auditoire, mais en croisant son regard, je me détendis. Il y avait une chaleur rassurante dans notre cercle d'amis, une étincelle de connivence qui redoublait alors que je lançais :
— D'accord, d'accord. Mais souvenez-vous qu'on avait promis de ne plus jamais évoquer cela.
Des rires fusèrent tandis qu'ils se nichaient dans leurs fauteuils, impatients d'entendre cette fameuse anecdote de notre bal catastrophique. Une histoire qui les amusait toujours autant, et qui m'était légèrement embarrassante.
— Tu veux dire la fois où Nathan est arrivé avec le tracteur de son père au lieu d'une limousine ? taquina Emma, un sourire espiègle illuminant son joli visage.
— Je voulais faire sensation, se justifia Nathan avec un sourire narquois, s'affalant sur sa chaise et m'attirant contre lui. L'homme d'affaires sûr de lui qu'il était devenu contrastait avec l'adolescent gauche qui avait amené un John Deere au bal.
— C'est peu dire, répliquai-je en lui donnant une tape amicale alors que je commençais mon récit. Le chalet résonnait de nos rires et de nos taquineries tandis que je narrais l'épisode sans oublier aucun détail gênant. Au fil du récit, je croisai le regard pétillant de Nathan.
Nous étions comme chez nous — cette complicité unique nous unissant malgré nos parcours divers depuis notre enfance à Barren Pines.
Des heures s'écoulèrent entre boissons et anecdotes partagées lorsque je remarquai l'éclat du feu s'affaiblir et les ombres s'allonger sur notre assemblée, tels des voiles doux. Les éclats de rire se firent plus discrets ; les discussions se transformèrent en murmures feutrés emplissant la vaste pièce d'une caresse auditive. Les bougies vacillantes sur le gâteau baignaient la scène d'une lumière dorée qui scintillait dans nos verres tenus par des mains désormais las.
Dans cette ambiance paisible, un soupir collectif semblait suspendre le temps. Rachel luttait contre le sommeil, ses paupières alourdies par la fatigue ; Emma posa sa tête sur l'épaule de Jack, les yeux clos et les lèvres étirées dans un sourire comblé. La voix de Nathan devint un murmure apaisant qui se mêlait harmonieusement au crépitement des dernières braises.
L'alcool faisait danser mon sang au rythme paisible des battements de mon cœur. La liesse passée laissait place à une intimité tranquille tecie par nos silences partagés et regards entendus. Nous voguions sur une mer de nostalgie au gré des souvenirs évoqués ce soir-là.
Tandis que je conversais avec Daniel, Meredith glissa discrètement vers la fraîcheur nocturne extérieure. J'envisageai de vérifier si tout allait bien pour elle mais Daniel reprit :
— Olivia, tu te souviens du projet pour la maison sur la plage ? On devrait y revenir ; ton idée est bien plus prometteuse qu'on ne l'avait cru.
Bien que sa remarque me distrait momentanément du départ précipité de Meredith, mon attention n'y était pas tout à fait. Mon regard glissa vers les portes vitrées donnant sur l'extérieur où la clarté vacillante troublait brièvement leur transparence.
— Elle va bien, murmura Nathan à mes côtés en saisissant mon inquiétude sans que j'eusse besoin d'en parler. Mere aime paraître forte mais prendre trente-cinq ans la touche plus qu'elle ne veut l'admettre.
— Fais confiance à ton fiancé, ajouta Daniel en riant doucement. Je connais ma femme : elle sait si bien dissimuler ses émotions.. Alors, qui dit oui pour une nouvelle tournée ?
— Daniel, tu vas finir par me perdre ! lança Nathan sur un ton jovial.
La pièce se brouille autour de moi. Je devrais lever le pied, mais l'ivresse ne fait que commencer. Nous avons beau ne plus être de première jeunesse, cette soirée est une ode à la vie. Alors je retrouve Nathan et Daniel au comptoir, mettant de côté mon inquiétude pour Meredith.
Elle reviendra, j'en suis persuadée.
—
Je sursaute au réveil, la tête battant au rythme effréné de mon cœur — un martèlement douloureux qui résonne dans toute la chambre. La lumière tamisée filtre à travers les rideaux, douce mais suffisamment vive pour me faire plisser les yeux lorsqu'elle les effleure. Je grogne, une main se portant à mon visage tandis que l'autre cherche tâtonnant le verre d'eau que j'espère avoir eu la clairvoyance de poser près du lit hier soir.
Ma gueule de bois témoigne du faste de la veille : muscles ankylosés, bouche pâteuse et estomac chamboulé. Le 35e anniversaire de Meredith aurait dû être un week-end joyeux et empreint de nostalgie, une parenthèse enchantée loin de nos carrières et routines habituelles. Et pourtant, me voici allongée seule dans cette chambre, loin d'être reposée.
Je pivote sur l'oreiller, m'efforçant de mettre de l'ordre dans mes pensées embrouillées. Elles affluent lentement, tels des clichés émergeant d'une brume épaisse : le tintement cristallin des coupes, la voix chaleureuse de Daniel portant un toast en l'honneur de sa femme et le ballet des flammes sur les murs du grand salon du chalet. Couchée là, je tente de me remémorer davantage, filtrant les fragments nocturnes à travers un voile d'alcool et de bavardages.
Peu à peu, l'image du sourire radieux de Meredith apparaît nettement devant moi. Ses yeux bleus scintillaient, son rire était communicatif. Elle a toujours été notre soleil à tous ; celle capable d'éclaircir les jours les plus sombres par une simple parole ou un simple regard complice. Je revois son élégance d'hier soir, ses cheveux blonds captant la lumière alors qu'elle virevoltait parmi nous tel un esprit bienveillant.
Mais alors que ce souvenir s'affine, une angoisse sourde s'installe en moi. Meredith s'éclipsant avec discrétion pendant la soirée, la porte se fermant doucement derrière elle.. Pourquoi cet instant me revient-il avec autant d'acuité maintenant ? Il semble important mais le lien m'échappe. Malgré la résistance de mon corps endolori, je m'assois brusquement; je dois vérifier qu'elle est en sécurité. Son absence s'impose à mon esprit avec insistance et urgence.
Je me dégage des draps et pose mes pieds nus sur le sol froid; le contraste saisissant avec la chaleur du lit me fait grimacer. Ma tête pulse douloureusement ; j'appuie mes doigts sur mes tempes dans l'espoir vain d'atténuer le mal lancinant. L'autre côté du lit est vide ; Nathan aussi a disparu, prouvant silencieusement que ce matin s'annonce ardu.
Je soupire puis me redresse tant bien que mal face au vertige qui m'accueille. Chaque pas vers la porte ressemble à une lutte contre une mer visqueuse mais l'appel du café finit par avoir raison de ma torpeur. En descendant les escaliers, je perçois déjà les signes rassurants de la vie : murmures feutrés des discussions matinales, cliquetis sporadiques des couverts sur la vaisselle et grésillements apaisants dans une poêle chaude.
Le grand salon porte encore les stigmates festifs : corps affalés sur les canapés sous des plaids improvisés affichent des mines oscillant entre hébétées et carrément déconfites. Un sourire amusé étire mes lèvres ; quel tableau pitoyable nous présentons !
Nathan se tient debout devant la cuisinière, dos à moi ; il jongle avec des pancakes avec une adresse qui détonne avec le désordre ambiant. Sa chemise à carreaux remontée aux coudes laisse entrevoir ses bras musclés témoins d'une vie au grand air. L'arôme sucré des pancakes se mêlant au sirop d’érable agit comme un baume sur mon estomac rebelle.
— Bonjour.. murmurai-je en m'avançant vers le bar ; ma voix éraillée trahit une longue nuit sans sommeil.
— Dis donc, tu es déjà debout, remarque Nathan, l'inquiétude perçant dans ses yeux bleus. Tu as mal à la tête ?
— On dirait qu'une fanfare joue un concert dans mon crâne, je réponds en grimacant.
Un sourire discret se dessine sur ses lèvres, mais son calme ne parvient pas à tempérer l'anxiété qui s'est installée en moi depuis que j'ai ouvert les yeux.
— Le café va te faire du bien. Viens t'asseoir.
Je hoche la tête, reconnaissante de son attention, et en me retournant pour rejoindre nos amis, je remarque une chaise vide. L'absence de Meredith s'y affiche comme un rappel brutal. Mon regard balaie la pièce, mais elle n'est pas là.
— Meredith est passée où ? je demande, m'efforçant de paraître indifférente. Mon cœur s'accélère tandis que les souvenirs de la veille ressurgissent — le rire de Meredith, son regard pétillant puis sa silhouette se fondant dans la nuit noire.
— Elle n'est pas encore descendue ? s'étonne Nathan en suivant mon regard.
Je secoue la tête et une tension envahit ma poitrine. Il est exceptionnel que Meredith manque le petit-déjeuner, surtout après avoir organisé la soirée. C'est anormal qu'elle ne soit pas là sans avoir prévenu ou sans avoir donné signe de vie.
— Peut-être avait-elle besoin de récupérer, avance Nathan avec une pointe d'inquiétude qui trahit ses propres appréhensions.
— Peut-être.., je marmonne, peu convaincue. Nous connaissons tous Meredith — elle est toujours à l'heure et fiable — elle aurait envoyé un message si elle avait eu l'intention de prolonger son sommeil. Mais il n'y a aucun message, aucune trace d'elle ; seulement le souvenir d'une porte qui claque dans la nuit et cette peur qui ne cesse de croître.
L'anxiété tisse sa toile dans ma conscience, dissipant les vapeurs festives de la veille. L'image de Meredith s'aventurant seule dans le froid nocturne s'impose à moi, insidieuse et dérangeante. Je ne l'ai pas suivie, trop captivée par les divagations de Rachel qui monopolisaient mon attention. Hélas, j'aurais dû m'assurer qu'elle rentre sans encombre.
— Olivia, ça va ? me demande Nathan avec douceur. Ses yeux empreints de sollicitude croisent les miens mais je peine à me concentrer.
— Oui.. je mens avec un sourire aussi précaire qu'une feuille au vent.
— Je pense à Meredith.. Ma voix devient un murmure ; verbaliser mes craintes pourrait les rendre réelles.
— Elle prend sûrement son temps ce matin, essaie-t-il de m'apaiser ; cependant ses mots sonnent faux dans le silence pesant du chalet.
Je hoche la tête sans conviction et me dirige vers Daniel qui semble recroquevillé sur lui-même sous une couverture sur le canapé ; abri provisoire contre le froid matinal ou contre le monde entier peut-être. Ses paupières sont closes ; un pli soucieux barre son front même dans son sommeil.
— Daniel ? ma voix résonne plus fort que prévu et ses yeux s'ouvrent d'un coup sous l'effet de la surprise.
— Meredith est entrée dans ta chambre hier soir ? La question plane entre nous comme un spectre que nous redoutons tous deux d'affronter.
Il cligne des yeux lentement, pesant mes mots avant de se redresser en frottant son visage pour chasser le sommeil et les vestiges de l'alcool absorbé la veille.
— Non, je.. Il s'interrompt et ses prunelles noisette trahissent une prise de conscience subite.
— Mince Olivia, je ne sais pas.. J'étais au tapis assez tôt hier soir, murmure-t-il en écartant la couverture et scrutant chaque recoin possiblement dissimulatrice de Meredith autour de lui ; mais elle n'apparaît pas et sa présence manque cruellement à cet endroit.
— Daniel, repense-y s'il te plaît.. L'urgence rend ma supplique presque brisée.
— Elle ne t'a rien dit ?
Il fait non de la tête ; sa bouche se pince d'inquiétude — Pas un mot. Elle semblait joyeuse hier soir.. Sa voix s'étiole alors qu'il fouille sa mémoire à la recherche d'un détail oublié.
Je fais les cent pas ; mes doigts tremblants cherchent désespérément à assembler les pièces du puzzle éparpillées durant notre dernière soirée ensemble. Les éclats de rires et le cliquetis des verres teintent désormais d'un écho sinistre.
— Elle n'a pas pu simplement disparaître.. Je parle plus pour briser le silence oppressant que par conviction.
— Olivia, elle avait sûrement besoin d'air, ou d'un café, lança Rachel d'une voix calme, évitant mon regard. Tous essayaient de rester pragmatiques face à la boule de panique froide qui s'installait en moi. Mais soudain, je l'aperçus — le coin rose de l'étui du téléphone de Meredith dépassant sous un coussin jeté au sol. Son seul fil avec l'extérieur, abandonné ici. Un frisson me parcourut en me baissant pour le saisir.
— Les amis, dis-je en agitant l'appareil devant eux, elle ne l'oublie jamais.
Daniel se redressa brusquement, laissant échapper sa couverture. Son visage était blême et sa contenance habituelle s'était dissipée, laissant place à une expression fantomatique.
— C'est exact, murmura-t-il presque inaudible. Jamais.
L'atmosphère chaleureuse du chalet semblait s'évanouir, un vent glac soufflant sur les braises endormies de notre soirée festive. Un silence pesant s'installa alors que chacun prenait conscience de la disparition de Meredith.
— Bon, il faut la retrouver, annonçai-je d'une voix qui se voulait assurée malgré le tumulte intérieur. Des signes de tête approuvrent ma proposition avec hésitation devant la gravité de notre situation. Nous nous répartîmes alors pour explorer différents endroits, le chalet autrefois accueillant se transformant en un dédale inquiétant. Chaque pas était lourd et chaque appel lancé à Meredith se perdait dans le silence glacial des pièces.
Le chalet qui résonnait jadis de rires et d'éclats de vie avait pris des allures oppressantes. Je marchais d'un pas rapide vers la chambre de Meredith, l'inquiétude dictant mon allure. La porte s'ouvrit sur une pièce ordonnée et silencieuse où rien n'avait bougé depuis la veille. Le lit était fait et sa valise fermée. J'inspectais les lieux à la recherche du moindre indice pouvant expliquer sa disparition. Rien — pas une note précipitée ni signe évident d'un quelconque trouble. Seule manquait sa présence.
— Elle doit être quelque part, murmurai-je, trahissant malgré moi l'anxiété qui m'étreignait. Un frisson me saisit ; il n'était pas lié au froid ambiant mais à cette effrayante réalisation que quelque chose de grave était arrivé. Daniel affichait le même teint blafard que le mien et son regard reflétait ma propre panique.
Nous repartîmes inspecter chaque recoin du chalet où les hauts plafonds et les larges corridors accentuaient désormais notre suffocation intérieure. L'écho de nos pas sur les planchers en bois martelait l'urgence qui palpitait en nous. Le salon où nous avions ri et partagé des moments joyeux quelques heures auparavant était désormais désert ; nos réjouissances gisaient éparses comme des vestiges d'un temps révolu.
— Quelque chose ? interpella Rachel depuis l'autre bout du corridor. Sa voix solide vacillait sous le poids de la situation.
— Rien ! répondis-je forte voix, la frustration nouant mon estomac tandis que je reprenais mes recherches infructueuses.
Nous nous retrouvâmes là où des guirlandes pendaient tristement et où le reste du gâteau d'anniversaire stagnait sur son plateau, intact. L'allégresse passée avait céd sa place à une angoissante attente muette.
— Nous devons poursuivre à l'extérieur, déclarai-je en remettant une mèche derrière mon oreille tandis que mes pensées se bousculaient. Bois et champs.. tout lieu où Meredith aurait pu se rendre.
Des hochements de tête approuvèrent la suggestion bien que leurs regards trahissaient une crainte palpable. La joie d'hier semblait un lointain souvenir éclipsé par un climat d'inquiétude et de confusion. Daniel plongea ses mains dans ses poches avec nervosité avant de fixer l'étendue sauvage qui bordait le chalet.
— Séparons-nous, proposai-je, dans l'espoir d'introduire un semblant d'ordre au milieu du chaos. Nous ferons preuve de plus d'efficacité ainsi. Malgré l'inquiétude que m'inspire la perspective de me retrouver seul dans cette nature sauvage et impénétrable, je ravale mes appréhensions. Nous n'avons pas d'autre choix.
— D'accord, approuve Rachel, une assurance inédite perçant dans sa voix. Agissons.
La chaleur du soleil m'accueille brutalement à la sortie, en contraste marqué avec le froid qui s'est insinué jusqu'à la moelle de mes os. Les grands pins dressent leurs ombres allongées sur le sol, rendant le paysage méconnaissable sans son habituel manteau de neige. L'image du chalet sans son éclat hivernal semble dénaturée ; l’été a mué les pistes enneigées en une étendue verdoyante et indomptée.
En dépit de la chaleur ambiante, je resserre ma veste autour de moi. Ce devait être une escapade rafraîchissante loin du tumulte citadin, une fête pour célébrer une étape importante dans la vie de Meredith, entourés d'amis. À présent, chaque pas m'éloignant du refuge du chalet me plonge un peu plus dans un cauchemar indicible.
— Assurez-vous que vos téléphones soient au volume maximal, lançai-je au groupe en feignant l'assurance. Et criez si vous découvrez quelque chose.
Ils hochent la tête en silence avant de se disperser chacun dans une direction. Alors que je les observe s'éloigner, j'ai pleinement conscience de l'étendue menaçante prête à nous avaler tous. Les champs libres s'étirent à perte de vue et les bois dense semblent murmurer des secrets que je ne suis pas certaine de vouloir percer. Mais quelque part là-bas se trouve Meredith ; je dois la retrouver.
Je progresse avec prudence, mes pas étouffés par le tapis forestier tandis que nos appels à Meredith se perdent absorbés par les bois alentour. Le silence qui s'impose après chaque cri est pesant et seul le froissement des feuilles mortes sous nos pieds ou un bruissement occasionnel dans les fourrés vient le perturber.
Soudainement, mon pied heurte quelque chose : un éclat doré parmi les feuilles mortes. Je me penche et ramasse une boucle d'oreille délicate — sans aucun doute celle de Meredith. L'étrangeté de sa présence ici me glace.
— Rachel ! m’écriai-je en me redressant avec la boucle d'oreille entre les doigts. Elle accourt vers moi, ses yeux grands ouverts devant la découverte.
— C'est.. elle ne finit pas sa phrase.
Je lui réponds d'un signe de tête tout en pressant la boucle d'oreille dans sa main ouverte.
— Il faut contacter la police.
Elle fouille nerveusement sa poche à la recherche de son téléphone et compose le numéro avec des mains tremblantes.
— Allô ? dit-elle au répartiteur d'une voix ébranlée. Notre amie a disparu.. Nous venons de trouver sa boucle d'oreille dans les bois.. Oui, j'attends.
Son visage pâlit à chaque mot échangé avec le répartiteur, traduisant toute l’urgence et l’ampleur du drame qui se déroule.
— Olivia ? Nathan me sort de ma torpeur en s'approchant de moi; son regard bleu intense cherche le mien. Il y a tant dit sans mots — une peur palpable mais aussi un ferme engagement.
— Restons ensemble pour continuer les recherches, propose-t-il et je hoche reconnaissante pour sa présence réconfortante.
Nous avançons côte à côte à travers le silence envahissant qui nous entoure. Nos voix s’élèvent dans l’espoir vain qu'elle nous réponde alors que nos cris ne trouvent qu’un écho muet auprès des arbres complices.
— Quoi que ce soit ? demande Nathan, son timbre trahissant une angoisse grandissante.
— Rien.. dis-je sentant mon cœur s'alourdir davantage avec chaque pas infructueux. Un sentiment sombre nous serre mais abandonner n'est pas une option — pas quand Meredith pourrait avoir besoin de nous.
La forêt semble prendre vie autour de nous ; son murmure accoutumé est maintenant un chuchotement sinistre comme si elle connaissait le sort réservé à notre amie mais se refusait à nous le révéler.
Un frisson inexplicable me pousse hors des sentiers battus loin du regard rassurant de Nathan. Je fais confiance à cette intuition subite comme on suit une boussole indiquant le nord — elle a toujours orienté mes choix artistiques incertains et maintenant elle doit me guider vers Meredith. L'air embaume le pin et l’humus — une odeur dense et vivifiante.
— Olivia, où vas-tu ? L'inquiétude perce dans la voix de Nathan alors qu'il m'interpelle. Je lui fais signe que je reviens tout de suite et poursuis mon chemin. Mes pas sont étouffés par le tapis forestier, incertains mais résolus.
Bientôt, je repère un signe : une branche brisée pend grotesquement, ses bords effilochés témoignant d'une lutte récente. C'est une anomalie criante au milieu de la quiétude environnante, une rupture dans l'harmonie habituelle de la nature. Mon cœur s'affole — elle est peut-être passée par ici. Meredith a-t-elle été attaquée ? Fuyait-elle quelque chose.. ou quelqu'un ?
Je suis la piste de feuilles froissées et de petites branches rompues, chaque pas alourdissant le poids de l'angoisse sur mes épaules. La forêt semble réticente face à ma progression intrépide, mais je me dois de continuer, animée par le désir impérieux de découvrir la vérité. De la retrouver.
J'émerge finalement près du fleuve dont les flots murmurent des secrets que j'hésite à percer. Et là, je l'aperçois. Une silhouette gît immobile, partiellement dissimulée par les buissons, baignée d'une étrange lumière diaphane propre à l'aube. Le souffle coupé, je reste figée, incapable de penser ou de bouger ; il me semble que le cours du temps lui-même est suspendu devant cette sinistre découverte.
Le fleuve semble chuchoter le nom de Meredith, confirmant mes plus sombres pressentiments sans émettre un son.
Je suis pétrifiée là, l'esprit chavirant à la prise de conscience de ce que je vois devant moi. Les échos des rires et du tintement des verres de la veille me paraissent appartenir à une autre époque — une réalité si cruellement changée. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment notre joie s'est-elle muée en cauchemar ?
Je m'avance avec précaution ; sous mes bottes, le gravier grince et se dérobe. Meredith repose là, son corps disposé dans une posture contre-nature, son visage orienté vers les cieux. Les premiers rayons de soleil adoucissent ses traits, leur conférant des nuances dorées et azurées. L'espace d'un instant fugace, j'imagine qu'elle dort simplement. Mais cette immobilité est trop pesante.
— Mere..
— La voix meurt dans ma gorge alors que ma main tremblante effleure sa chevelure blonde désormais mêlée à la terre et aux feuilles mortes. La froideur glaciale de sa peau sous mes doigts confirme ce que mon cœur refuse d'accepter : aucun pouls, juste l'écho assourdissant du silence en guise de réponse.
Un sanglot irrationnel s'échappe et je recule précipitamment jusqu'à tomber à genoux sur le sol humide. Les larmes inondent mes yeux tandis que des sillons salés se tracent sur mes joues. Le cri qui s'extrait de moi expulse les oiseaux alentour qui s'envolent alors vers le ciel qui s'éclaircit peu à peu ; leur évasion me rend envieuse.
Indifférent à notre drame, le fleuve poursuit son chemin ; ses eaux sombres ricanent face à ma détresse alors qu’elles suivent leur cours immuable malgré le chaos sur leurs rives.
— À l'aide ! — Ma voix se brise en appelant au secours sans assurance d’être entendue par Nathan ou quiconque d’autre.
— Quelqu'un.. S'il vous plaît..
Mes ongles s'enfoncent dans la terre mouillée comme si je pouvais renverser le cours du temps par ma seule volonté. Mais le sol reste imperturbable sous moi, aussi intransigeant que la montagne ; la réalité pèse lourdement sur moi.
Meredith n'est plus là — celle qui fut mon amie d'enfance si douce n'est plus qu'un souvenir glacial dans cette nature indifférente et tranquille. Ce ne peut être vrai ; ce n'est pas ainsi que notre histoire doit prendre fin.
Pourtant elle est là.. Et moi aussi — anéantie au milieu de cette paisible cruauté naturelle.
La main rugueuse de Nathan se pose sur la mienne avant qu'il n'enroule ses doigts autour de mon poignet pour m'aider à me relever doucement. Son approche silencieuse trahit sa force et sa peine ; les profondeurs bleues de ses yeux troublés d'effroi lorsqu'il contemple Meredith inerte.
— Mon Dieu Liv..
— Sa voix est un souffle teinté d'une peine profonde.
— Pas comme ça..
Mes jambes chancellent et semblent prêtes à me trahir à nouveau, mais Nathan m'entoure de son bras, offrant son soutien. Nous nous tenons là, unis, nos silhouettes s'allongeant sur l'herbe dans la lumière crue d'un soleil matinal qui contraste avec l'obscurité de notre découverte. Les pensées se bousculent dans ma tête, désordonnées et chaotiques, alors que je tente de comprendre comment notre fête a pu dégénérer en cette macabre mise en scène.
— Faut-il.. devrait-on l'emporter.. ? dis-je, la voix s'évanouissant avant de pouvoir terminer ma phrase, refusant d'accepter ce qu'elle implique.
Nathan secoue doucement la tête, me signifiant sans un mot de rester patiente. Nous savons qu'il ne faut pas déplacer le corps, chaque indice pouvant être crucial pour comprendre pourquoi Meredith gît ici, seule et silencieuse, emportée par le murmure du fleuve.
Face au miroir embué de la salle de bain, je dessine les contours de mon visage pâle, essayant de calmer le tremblement de ma main. La robe noire étendue sur le lit semble une offense aux souvenirs encore frais de Meredith riant et trinquant avec nous. Barren Pines, jadis si chaleureuse avec ses belles maisons et ses rues familières, est désormais figée dans le froid, privée du doux timbre de sa voix.
Je tamponne délicatement les coins de mes yeux pour ne pas abîmer le mascara posé avec soin. C'est une tentative vaine pour maintenir une apparence convenable. Notre cercle d'amis, autrefois lié par des souvenirs d'enfance partagés et des espoirs lumineux pour l'avenir, est à présent uni dans le chagrin. Le chalet où nous avions choisi de célébrer est désormais gravé dans ma mémoire comme le lieu cruel où la joie s'est transformée en peine.
Je prends l'eye-liner mais hésite à l'utiliser. Les événements des derniers jours reviennent par fragments déchirants. Les affirmations des officiels résonnent vides autour de moi : accident, intoxication alcoolique, dossier clos. Ils disent qu'elle est tombée ivre. Mais leur explication froide contraste avec l'image révoltante du corps immobile et sans vie de Meredith sur la rive du fleuve, ses cheveux blonds en halo tragique autour d'elle — elle qui savait bien nager et ne sortait jamais seule en ayant bu.
— Un accident — prétendent-ils. Pourtant en scrutant les profondeurs de mon reflet dans le miroir, je suis submergée par les questions lancinantes qui tournoient dans mes yeux assombris. Mes lèvres se pincent ; un goût amer envahit ma bouche face à ces doutes persistants. L'idée que l'alcool ait pu conduire Meredith loin du chalet jusqu'à cette rivière glaciale semble absurde quand tout ce que je sais d'elle indique le contraire.
