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Une jeune fille prête à se jeter sous un train, une mystérieuse silhouette aux intentions malveillantes, une psychiatre dont la vie prend une tournure inattendue à l'aube de la cinquantaine, rien au premier abord ne peut lier ces trois personnage entre eux et pourtant... Une série d'incidents fâcheux vont, tel un cataclysme, avoir raison de l'équilibre du docteur Hélène Pagès. Qui se cache derrière ces événements ? Est-elle en danger ? Ce roman psychologique peut déranger, bousculer, interpeller.
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Seitenzahl: 301
Veröffentlichungsjahr: 2024
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« Les pervers n’ont jamais honte puisque pour eux, l’autre n’existe pas, c’est un pantin qui n’est là que pour leur propre plaisir. »
Boris Cyrulnik
Mourir de dire : La honte
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Chapitre 47
Chapitre 48
Chapitre 49
Chapitre 50
Chapitre 51
Chapitre 52
Chapitre 53
Chapitre 54
Épilogue
Remerciements
De la même auteure :
La pluie giflait le visage de la jeune femme. L’atmosphère pesante et le ciel assombri amplifiaient l’état de profonde déprime dans lequel elle se trouvait. Elle eut des haut-le-coeur, sans doute l’alcool qu’elle avait consommé en quantité déraisonnable. Ses larmes se mêlèrent à l’eau qui ruisselait sur ses joues. Des mèches de cheveux se plaquèrent devant ses yeux. Elle ne voyait plus où elle mettait les pieds, mais ça n’avait plus d’importance, l’essentiel pour elle étant cette voie ferrée qu’elle longeait. Elle dut s’arrêter pour vomir. Elle avait mal aux tripes. Outre l’alcool ingurgité, elle vomissait sa vie. Bientôt elle ne souffrirait plus. Toute son histoire défilait à grande vitesse devant ses yeux. Elle n’en pouvait plus. Elle buta sur une pierre, manqua de tomber, se figea sur place car au loin elle entendit ce qui la délivrerait du calvaire enduré depuis tant d’années. Une boule à la gorge l’empêchait de respirer correctement. Respirer... dans un instant elle n’en aurait plus besoin ! Quelques interrogations la tourmentèrent : Est-ce que ça va me faire mal ? Vais-je mourir sur le coup ? Et si je me rate ? Plus le bruit se rapprochait, plus elle appréhendait. Il arriva vite, très vite. Ce n’était pas plus mal, elle aurait moins le temps de réfléchir. Elle se positionna tout au bord de la voie. Une petite voix intérieure lui cria : Arrête de penser pauvre idiote, et laisse-toi tomber !
— J’aurais dû boire plus de vodka et avaler des comprimés ! marmonna-t-elle
Le train arriva, elle vit le bout de son nez. Elle ferma aussitôt les yeux, se pencha en avant afin de se laisser choir sur la voie. En une fraction de seconde, elle sombra dans un chaos. Elle ne comprit plus ce qui se passait, elle ne vit rien. Son corps avait-il été happé, déchiqueté ? Elle pensait qu’après la mort, elle flotterait. Elle imaginait vraiment que ce serait autre chose. Où était le tunnel au bout duquel la lumière était censée se trouver ? Pourquoi ne percevait-elle pas la légèreté que certains décrivent lorsqu’ils ont vécu une expérience de mort imminente ? Auraient-ils menti ? Une terrible douleur au niveau du bras et de l’épaule la rappela à la réalité. Elle n’était pas morte ! Elle avait raté son coup ! Son copain avait raison, c’était une incapable ! Même son propre suicide était un échec ! Au milieu de ses larmes, elle hurla, tant la souffrance morale lui déchirait les entrailles :
— Je suis nulle ! Que s’est-il passé ? J’étais certaine de m’être élancée pourtant ! Qu’est-ce qui m’a retenue ?
La douleur lui arracha un nouveau cri. Elle tourna la tête non sans crainte, car elle pensait être amputée de son bras. Non, il était toujours là. Elle leva la tête et découvrit une femme à ses côtés. Elle crut rêver. Elle cligna des yeux, la dame était toujours présente. Que faisait-elle là ? Petit à petit ses idées se remettaient en place. Elle finit par comprendre.
— Je suis désolée pour le bras ! J’espère que je ne t’ai pas démis quelque chose. Il faut dire que je n’y suis pas allée de main morte !
Un large sourire illuminait le visage serein de cette inconnue. La jeune femme évalua l’âge de l’intrigante. Elle devait avoir une cinquantaine d’années. Il lui semblait la connaître, pourtant elle était persuadée ne jamais l’avoir rencontrée. La scène était surréaliste. Cette femme l’avait empêchée de commettre l’irréparable et elle s’excusait de lui avoir démonté l’épaule. Mais ce que la jeune fille ressentait surtout, était une colère noire envers sa sauveuse. Pour qui se prenait-elle et de quoi se mêlait-t-elle ? Folle de rage, elle la fusilla du regard. Dans son esprit, encore embrumé par les vapeurs de vodka et le choc des minutes écoulées, des insultes à son égard émergèrent. Elle se laissa tomber sur le sol caillouteux. Par chance, la pluie avait cessé et le soleil caressait d’un timide rayon le corps tremblant de la désespérée, qui éclata en sanglots tant elle se sentait impuissante :
— Pourquoi le sort s’acharne-t-il contre moi ? Je ne demande qu’une chose, qu’on me fiche la paix ! Et il faut toujours que quelque chose ou quelqu’un se mette en travers de mon chemin !
— Pour ce qui est de la tentative, je pense être arrivée au bon moment. Il y a d’autres alternatives que de mettre fin à ses jours !
— D’autres alternatives ? Tu parles ! Ça fait longtemps que j’ai arrêté d’y croire ! Laissez-moi tranquille ! Je veux rester seule ! Je n’ai pas besoin de vous !
— Moi, si !
— Comment ça, je ne comprends pas ?
— Nos chemins ne se sont pas croisés par hasard.
La dame approcha la main de sa tête et lui caressa les cheveux. Mais d’un geste brutal, la jeune fille lui repoussa le bras en hurlant :
— Vous comprenez le français ? Dégagez ! Oust !
Un silence pesant succéda à la colère. L’intrigante s’assit sur une grosse pierre et scruta le paysage au-delà de la voie ferrée. Les minutes passèrent, le malaise s’accentua. La jeune fille toujours nauséeuse se leva et courut vomir une nouvelle fois dans les taillis. Puis, elle s’approcha de la dame en tenant son bras qui la faisait souffrir.
— T’as rien d’autre à faire ?
L’inconnue resta impassible, immobile, hermétique aux agressions verbales.
— Mais t’es complètement tarée ! Tu t’es enfuie d’un asile psychiatrique ? Hein ? C’est ça ?
Toujours aucune réponse. Elle découvrit cependant des perles glisser le long de ses joues. La jeune femme ressentit une honte de l’avoir ainsi maltraitée. Après tout, elle avait cru bien faire en lui sauvant la vie. Alors que cette dame l’avait empêchée de se jeter sous un train, elle l’assénait de noms d’oiseaux. Cependant, son silence l’agaçait. Comme dit le vieil adage : « Qui ne dit mot consent ! » Elle n’était peut-être pas loin de la réalité. La vieille était-elle maso au point d’aimer ça ? Cette idée la fit sourire.
— Je suis désolée pour les horreurs que je viens de te dire. C’est tout moi ça ! Quand je suis énervée je dis n’importe quoi. Et pour être sincère, j’ai un peu bu tout à l’heure, pour me donner du courage.
— Je sais ! Ton haleine empeste !
— Maintenant explique-moi ce que tu fais ici ? Comment as-tu pu me sauver alors que j’étais persuadée être seule avant l’arrivée du train ? Et enfin, qui es-tu ?
La femme éclata d’un rire sincère. Elle tourna son visage vers la jeune femme, lui sourit, posant sur elle un regard de tendresse.
— Que de questions auxquelles je n’ai pas de réponse. Quant à comment je m’appelle, eh bien disons.... tu peux m’appeler...
— Comment hésiter à répondre à une question aussi basique ? Tu sais comment tu t’appelles oui ou non ?
— Evidemment, mais je préfère que tu m’appelles... Marianne !
— Comme tu veux ! Tu es vraiment bizarre !
Marianne lui sourit et approuva sa remarque avant de se lever. Elle tendit la main à la jeune fille avec assurance.
— Je suis ravie de faire ta connaissance et surtout d’être arrivée au bon moment. Mais à présent je dois te laisser. J’ai des tas de choses à faire. Et j’ai d’autres personnes à accompagner !
La jeune tourmentée qui pourtant n’aspirait qu’à une chose, rester seule, tenta de la retenir par crainte de l’abandon.
— Et si je recommence avec le prochain train ?
— Pas de risque. Je sais que tu n’as plus envie de mourir ! Au revoir et sans doute à bientôt !
— Comment ça à bientôt ? On ne se connaît pas, je ne sais même pas où tu habites, ni ce que tu fais !
— Je te l’ai dit, il n’y a pas de hasard. Prends soin de toi !
Marianne s’éloigna, sans se retourner. Restée seule, la jeune femme l’observa jusqu’à un virage où l’inconnue sembla disparaître dans la forêt toute proche. Ses paroles résonnèrent dans son esprit : Je sais que tu n’as plus envie de mourir ! Le pire, c’est que cette personne avait raison. Elle n’avait plus envie de mettre fin à ses jours. Il s’était joué quelque chose lors de cette rencontre, mais elle ne savait pas quoi. Qui était cette étrange créature ? Se pouvait-il qu’il s’agisse de son ange gardien ?
L’agenda sous les yeux, je pose mon doigt sur le nom de mon prochain rendez-vous, Séraphine Carmillet. Je range la fiche de mon précédent patient et en prends une vierge avant d’accueillir cette nouvelle personne. Je balaye du regard mon cabinet afin de vérifier que tout est en ordre. Une manie que j’ai depuis bientôt vingt ans que j’exerce. Sans doute un TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif). Pour une psychiatre ce n’est pas banal, mais je me dis que je suis humaine et que j’ai bien le droit d’avoir mes petits travers, tant que ce n’est pas handicapant. Je souris avant de me diriger vers la porte qui donne sur la salle d’attente. Deux personnes sont assises, chacune à un bout de la pièce. L’un de mes patients est, comme à son habitude, très en avance. Le nez chaussé de lunettes aux verres épais, les jambes croisées, l’homme est plongé dans la lecture d’un magazine. Une manière de se donner une certaine contenance. L’autre personne est une femme, d’une trentaine d’années. Blonde, les cheveux remontés en queue de cheval, elle est très pâle et mince.
— Madame Carmillet ?
Elle se lève et s’approche. Sa démarche est hésitante. Je lui montre l’entrée de mon cabinet et la laisse passer devant moi. Je lui propose de s’installer sur le fauteuil club en cuir dans un coin de la pièce et je m’installe près d’elle sur une chaise en plastique orange vintage, un clin d’oeil de décoration décalé dans cet univers classique.
La jeune femme semble très mal à l’aise, mais cette attitude est tout à fait courante, surtout lors d’une première visite. Je remarque quelques tremblements au niveau de sa mâchoire et son regard est fuyant. J’ai toujours à portée de main des patients une boîte de mouchoirs en papier, car je sais que très souvent des larmes de désespoir ou d’émotion déferlent d’une manière incontrôlée.
Fiche et stylo à la main, je lui souris en lui demandant ce qui l’amène. La voix rauque, le menton tremblotant, elle me répond qu’elle n’en peut plus. Elle éclate en sanglots et se mouche bruyamment. Quelques minutes s’écoulent avant qu’elle ne s’apaise. Puis elle me conte son histoire.
Son mari l’a quittée alors qu’elle venait de démissionner. Elle occupait un poste d’assistante de direction dans une entreprise d’événementiel, mais la charge de travail étant très importante et son employeur trop pressant, à la limite du harcèlement, elle était en plein burn out. Sa démission, en accord avec son époux, devait lui permettre de faire le point sur sa carrière et de s’investir dans un autre projet qui lui tenait à coeur depuis quelques années, une formation en relooking. Mais cette séparation l’a anéantie tant sur le plan psychologique que financier. La blessure est d’autant plus profonde que son mari est parti avec sa meilleure amie. Le divorce est imminent. Bafouée, elle se sent désemparée, au bord du précipice. Elle n’a plus goût à rien. Sa mère, tout comme son médecin, lui a conseillé de consulter un psychiatre et c’est naturellement qu’elle a pris rendez-vous avec moi. Elle cesse de parler et observe le décor du cabinet.
— C’est joli ! Je me sens bien dans cetenvironnement, en confiance ! C’est très apaisant !
Je la remercie de son compliment, mais très vite je l’encourage à se dévoiler davantage. Elle se lance alors dans une diatribe contre son bientôt ex-époux, dont la noirceur du tableau ne donne guère envie de faire la connaissance. Si tous les propos de la jeune femme sont exacts, ce dont je ne doute pas un seul instant, cette séparation me paraît être une bénédiction pour elle. Mais je m’abstiens de tout commentaire ou jugement. Je garde ma place et je l’écoute, telle est ma fonction. Elle pleure à nouveau. Je la laisse reprendre ses esprits.
Il n’en était sans doute pas à sa première trahison. Il lui arrivait fréquemment de sortir sans elle et de découcher. Pourtant, il était jaloux à l’excès. À peine adressait-elle la parole ou souriait-elle à un homme qu’il lui en faisait le reproche. Alors qu’il devait être en séminaire durant une semaine, la jeune femme avait croisé l’un de ses collègues, surpris de la rencontrer, puisque selon lui, elle était censée être en vacances avec son mari. En effet, celui-ci avait posé des congés et avait annoncé à qui voulait l’entendre qu’il partait avec « la femme de sa vie » à Deauville. Folle de rage, elle l’avait appelé pour le tester et lui avait demandé comment se passait son séminaire. Il l’avait fait répéter plusieurs fois, car il n’entendait rien. Il lui avait dit qu’il était dans un café avec des collègues, fatigué par sa journée de travail. En arrière-plan, elle entendait un air de jazz et un rire féminin. C’est alors qu’elle avait souhaité s’en ouvrir à sa meilleure amie. Au bout du fil, le même morceau de musique et la voix gênée de son amie lui avait fait l’effet d’une douche glacée. La prise de conscience de cette double trahison l’avait achevée. La douleur était intense. Cette semaine de réjouissances achevée, ils auraient des comptes à lui rendre. Par moment, elle était envahie d’un immense doute. Peut-être s’agissait-il d’un pur hasard et qu’elle se faisait des idées. Mais très vite, elle réalisa que les deux amants se moquaient d’elle, ce qui accentua son chagrin et sa haine. Elle avait parfois des envies de meurtre. À d’autres moments, elle souhaitait en finir et mourir. Elle jouissait presque à l’idée que le couple maudit la découvre morte au domicile conjugal, avec dans sa main une lettre visant à les culpabiliser jusqu’à la fin de leurs jours. Mais elle n’eut pas le courage de passer à l’acte. Au retour de l’infidèle, une scène terrible avait éclaté entre les époux. L’homme avait fini par lui avouer sa liaison avec Valérie, dont il était amoureux. Il lui avait alors déclaré que le divorce était la solution la plus raisonnable.
Ma patiente se libère tant par la parole que par les larmes. Avec discrétion, je regarde l’heure à ma petite pendule posée sur une étagère. Le temps est écoulé. Je profite d’un moment de répit dans le monologue de la jeune femme pour lui proposer un nouveau rendez-vous. Elle me sourit en frémissant. Elle est si fragile que j’espère qu’elle ne fera aucune bêtise d’ici là. C’est toujours mon appréhension. Je pourrais lui prescrire des antidépresseurs, mais je n’ai recours à cette voie-là qu’en dernier lieu. Je suggère de la revoir deux semaines plus tard. Je songe espacer les rendez-vous en fonction de son état. Elle me règle la consultation et me serre la main. Avant de sortir, elle se retourne. Ses yeux verts, rougis par les larmes, la voix chevrotante, elle me remercie de mon écoute. Ce que je lis dans son regard à ce moment précis est indéfinissable. Jamais, depuis que j’exerce, je n’ai ressenti un tel frisson me parcourir comme à cet instant. Je ne reconnais pas le signal envoyé par mon corps, ce qui me perturbe. Un sentiment désagréable m’envahit. Peut-être que je me fais des idées. Je me sens déstabilisée. Il ne s’agit pas d’une attirance physique, ni d’un transfert, auquel cas, je me permettrais de la diriger vers un confrère. Je décide de ne pas la raccompagner jusqu’à la sortie, afin d’éviter qu’elle ne perçoive mon trouble. Je range sa fiche et prends celle de mon prochain patient que je viens chercher dans la salle d’attente.
— Monsieur Brignard, c’est à vous.
L’homme pénètre dans mon cabinet. Avec son regard de fouine, il scrute l’espace et se dirige à petits pas vers le fauteuil. Cet habitué s’installe en me fixant droit dans les yeux. Dès qu’il commence à s’exprimer, son visage se ferme et son regard devient fuyant. Ce patient vient depuis plus de deux années. Âgé de 62 ans, il vit avec sa mère, bien que son état jugé préoccupant justifierait un internement à temps complet dans un centre spécialisé. Mais la vieille dame refuse son placement. Il souffre de troubles du comportement, très proches de la schizophrénie, qui peuvent aller jusqu’à des accès de violence. La mère en avait fait les frais. Il l’avait bousculée violemment en hurlant. Elle avait chuté, s’était cassé le col du fémur, et souffrait de quelques contusions. Elle avait dû être hospitalisée. La pauvre femme est veuve depuis dix ans. Le corps de son mari avait été retrouvé dans sa voiture. Il s’agissait d’un homicide. Le fils était le premier suspect. Mais, faute de preuves, aucune poursuite judiciaire n’avait été engagée contre lui. À l’époque, l’affaire avait fait la une des journaux locaux. Je m’en souvenais très bien lorsque Madame Brignard avait pris rendez-vous pour son fils, sur les conseils du médecin traitant. L’homme, hospitalisé en psychiatrie à plusieurs reprises, ne souhaitait plus voir aucun médecin psychiatre de sexe masculin. Il a accepté de se faire soigner, à la seule condition que ce soit par une femme. Des traumatismes remontent à l’enfance. Son père était violent aussi bien avec lui qu’avec son épouse. Les brimades et les gifles l’ont accompagné dès son plus jeune âge.
Il m’avoue régulièrement qu’il est effrayé par ses propres pulsions violentes. Il se sent « comme son père ». Lors de mon diagnostic clinique, j’ai noté qu’il souffrait de délire paranoïde. Il me disait entendre une voix, qu’il reconnaissait être celle de son père. Cette voix le poussait à vociférer toutes sortes d’injures envers sa mère, ou encore à l’encontre des voisins et des passants.
Il souffre d’angoisses excessives, toujours liées à la mort et à l’abandon. Ses nuits sont habitées de cauchemars où il se voit massacrer une femme. Face à son état clinique, je n’ai pas d’autres choix que de lui prescrire des neuroleptiques. Lors de ce rendez-vous, je fais face à son mutisme. J’essaie d’engager la conversation, même sur des sujets insignifiants, mais je n’ai aucun succès. Je laisse passer un peu de temps, puis soudain il s’approche de moi, me fixe, passe la langue sur ses lèvres adipeuses, avant de s’exclamer :
— Elle est belle !
Je suis surprise par ses paroles.
— Qui donc ?
— La femme qui était juste avant moi !
Comme lors de chaque consultation, son attitude m’angoisse. Je lui propose un prochain rendez-vous mettant fin à l’entretien, qui n’en était pas vraiment un. Je me demande si je vais poursuivre la thérapie avec lui. Je suis tentée de le diriger vers un confrère, mais je connais déjà la réponse de mon patient : « Non ! Je veux être suivi par une femme. Je veux que ce soit vous ! » Il me serre une main moite, avant de partir. Je suis ravie que la journée se termine. J’ai eu mon compte d’émotions.
Après ces rendez-vous à écouter les problèmes des uns et des autres, retrouver ma vie privée et surtout mon compagnon m’apaisent. D’autant qu’il m’a préparé un délicieux dîner.
Cela fait dix mois que nous vivons ensemble. Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire d’un site spécialisé. Alors que j’aidais mes patients à retrouver confiance en eux, à s’aimer pour mieux aimer et être mieux aimé, j’étais incapable d’en faire autant. Depuis plusieurs années, je vivais des expériences sentimentales désastreuses. Peut-être que j’étais trop exigeante envers l’autre et surtout avec moi-même. Toute relation intime me fait peur. Crainte de l’engagement, mais plus certainement de l’abandon, sentiment qui remonte à l’enfance. Avant de devenir psychiatre, durant mes longues années d’études, j’ai effectué un travail sur moi. Il s’agit d’une condition sine qua non pour exercer. Il est inconcevable de prendre des personnes en thérapie en étant soi-même cabossé.
Le travail sur moi se poursuit puisque régulièrement je rencontre un confrère. Ce qui me permet aussi d’échanger sur certains cas cliniques, notamment sur des difficultés que je peux rencontrer avec mes patients.
Ainsi, je devais réagir face à ce sentiment de solitude qui m’habitait. Mais je n’avais ni le temps, ni l’envie de sortir pour rencontrer du monde et faire des connaissances. J’aimais aller à l’essentiel. La formule site internet me convenait bien. J’avais échangé avec quelques hommes. Certains semblaient correspondre à ce que j’attendais. J’ai choisi de dîner avec trois d’entre eux, mais je n’ai pas été convaincue. Je pensais tout stopper, lorsqu’un homme m’a envoyé un message surprenant par sa franchise : « Bonjour. Des amis m’ont inscrit sur ce site, bien malgré moi. Personnellement, je trouve cela stupide, mais je suis très curieux et surtout je ne veux pas les décevoir. Chaque jour, ils me demandent si j’ai affiné mes recherches et où j’en suis. Je leur réponds que je n’ai pas de temps à perdre avec ces bêtises et que si je dois rencontrer quelqu’un ce ne sera pas en passant par internet ! Mais face à leur insistance, je n’ai pas d’autre choix que de rencontrer au moins une fois une personne, pour qu’ils me laissent tranquille ensuite. Que diriez-vous que nous dînions ensemble ? Je sais, c’est un peu direct, j’imagine que les autres hommes discutent avec vous avant, histoire de faire connaissance. Mais je me dis que tout ça n’est que foutaise, car derrière son clavier et son écran, il est facile de raconter n’importe quoi. Moi j’ai besoin de discuter en face d’une personne, de voir sa réaction, son regard, d’entendre sa voix. De tous les profils que j’ai pu visiter, vous êtes la seule personne avec qui j’aurais envie d’échanger... et rien d’autre, je vous rassure tout de suite ! Oups ! Ma déclaration est maladroite. Je ne doute pas que vous soyez attirante. Qu’en dites-vous ? Je comprendrais que vous m’envoyiez balader sur le champ ! D’ailleurs c’est ce que je ferais si je recevais un tel message. Je me trouve minable ! Alors peut-être à une autre fois, sinon, je vous souhaite bonne chance dans vos recherches ! Cordialement. Bon, ça fait un peu trop administratif... J’ose donc un : Bises. »
Je me souviens avoir ri en découvrant le message. Je n’en croyais pas mes yeux. Je dois même avouer avoir prononcé : « Qu’est-ce que c’est que cet énergumène ?! » Qui pouvait bien se cacher derrière de tels propos ? Moi aussi j’étais curieuse. Son profil indiquait qu’il était artiste peintre, divorcé, qu’il partageait sa vie avec son chat, un matou noir et blanc. J’ai tenté une réponse. Je cherchais ce que j’allais lui écrire. J’ai tapé une phrase que j’ai aussitôt effacée, tant je la trouvais fade et dénuée de sens. Je devais jouer la transparence, avec toutefois un brin de désinvolture. J’ai commencé par lui expliquer que moi non plus je ne croyais guère aux rencontres virtuelles et que, comme lui, je préférais largement un vis-à-vis. Seul le manque de temps m’empêchait de procéder autrement. En dehors du cabinet, il m’était difficile d’avoir une vie personnelle, de sortir et donc de rencontrer des personnes autres que celles que je côtoyais dans mon milieu professionnel. Ainsi, j’avais accepté son invitation à dîner, juste pour faire connaissance... et rien d’autre. Je voulais bien lui rendre ce « service ». Il pourrait ensuite raconter à ses amis qu’il avait partagé un repas avec une femme par le biais du site et que cela confirmait son point de vue initial. Pour ma part, j’étais persuadée que ce tête-à-tête serait un fiasco. Nous allions nous contenter du plat de résistance, sans prendre le dessert, tant nous trouverions l’autre rasant. Je partais avec des a priori. Ce n’était donc pas gagné.
Nous avions convenu de nous rencontrer le samedi suivant. Rendez-vous avait été pris vers 20 heures au centre de Dijon, dans un restaurant dans lequel je n’avais jamais eu l’occasion de me rendre. Aucun de nous n’avait mis de photos sur son profil, pourtant le site le permettait. Un parti pris peut-être risqué, mais qui permettait de s’intéresser à la personnalité du candidat potentiel, davantage qu’au physique. J’étais arrivée la première, telle que je m’étais décrite : je portais un corsage rouge et un pantalon noir en cuir. Mes cheveux étaient bruns, lisses et mi-longs, mes yeux noisette. Je lui avais précisé mon âge, 49 ans. Quelques minutes plus tard, un homme était entré et là, j’ai cru rêver. Le docteur House venait de pénétrer dans l’établissement, enfin le sosie de Hugh Laurie. Mince, mal rasé, châtain foncé grisonnant, les joues creuses, en chemise blanche et jean, il avait balayé la salle d’un regard sombre. Après m’avoir repérée, il s’était approché. Il semblait mal à l’aise. J’avais envie de lui demander de cacher sa joie, tant il avait le visage fermé. Peut-être avait-il été déçu en me découvrant. Il s’attendait certainement à une femme plus sexy. Il s’était installé en face de moi. Je le trouvais irrésistible. Mais je ne devais pas me laisser piéger par son physique. Au fond de moi, je pensais : « Un petit sourire ne serait pas de trop ! » Avait-t-il lu dans mes pensées ? Il m’avait décroché un sourire à tomber à la renverse. Je craquais définitivement pour cet homme ! Je découvrais que ses yeux, sombres à son arrivée, étaient bleus. La soirée s’était passée à merveille. C’était trop beau pour être vrai. Non seulement il était mignon, mais en plus il était intéressant et drôle, ce qui ne gâchait rien. J’ai passé une soirée de rêve et finalement une nuit très chaude. Nous ne nous sommes plus séparés. Mon bel étalon est entré dans ma vie, pour mon plus grand plaisir, celui de mon corps et de mon esprit. L’expression « grimper au rideau » ne faisait pas partie de mon répertoire car cela me paraissait une image stupide et grossière. Dès lors, elle a un sens pour moi, bien que je n’aie pas de rideaux à mes fenêtres. Ma vie a pris une nouvelle saveur, plus colorée.
La silhouette s’éveille et se lève lentement. Il lui semble avoir dormi des siècles. Elle se sent ankylosée. Son corps est glacé. Si quelqu’un venait à la croiser, il penserait sans doute se trouver en présence d’un fantôme. Cette pensée la fait ricaner. Ce n’est guère loin de la réalité ! Dans ses entrailles, la haine n’a pas faibli. Elle dévore petit à petit ses cellules et son âme. Elle est son cancer. Sa soif de vengeance n’est pas assouvie non plus. La frustration de ne pouvoir supplicier l’être responsable de sa descente aux enfers ne fait qu’amplifier son désir du mal. Il l’a entraînée avec lui dans sa chute et condamnée à errer à jamais dans les tréfonds de son abîme. L’image d’un être démoniaque reste gravée en elle et lui apparaît quelquefois.
— Méphisto, vois-tu ce que tu as fait de moi ? demande-t-elle d’une voix rauque.
Le paradoxe de son aversion pour lui depuis qu’il l’a abandonnée, est une admiration sans borne qu’elle lui voue depuis toujours. Cet amour-répulsion la guide et la nourrit au fil du temps, jusqu’au moment tant attendu, celui de l’ultime châtiment !
Le spectre en souffrance déambule nu dans la chambre. Par moment, il émet un gémissement rauque. Une acidité remonte dans son oesophage. Une bile amère brûle ses muqueuses buccales. Une chaleur envahit son visage qui s’empourpre. Sa vue se floute. Son pas se fait plus lourd. Son corps est pris de tremblements. La fatigue l’assaille. La silhouette résiste quelques instants par crainte de sombrer à nouveau dans un profond sommeil durant de nombreuses années. Des picotements parcourent chaque parcelle de sa peau, jusque dans les tissus les plus profonds, comme des milliers d’aiguilles plantées dans sa chair. L’être abject lutte contre cet engourdissement qui le plombe, avant de s’écrouler sur le sol, recroquevillé, crispé, la tête entre les mains, pour faire taire les voix émanant de sa substance grise. Il a fait ce qu’il a pu pour vaincre, mais en vain. Les forces du Mal le tirent au fond de l’abîme. Il sent qu’il s’y perd, une fois encore. Après un hurlement déchirant, il se redresse avec difficulté, puis se hisse sur le lit. N’en pouvant plus, la tête lourde, les yeux dilatés, il tombe en catalepsie. Toutes ses résistances s’effondrent. Mais il sait que cette fois, il a la ressource pour renaître. L’heure viendra où il pourra frapper.
Les consultations avec ma patiente Séraphine Carmillet se succèdent. Au fil des rendez-vous, nous creusons un peu plus profondément son histoire.
Sa précédente relation amoureuse était plus traumatisante encore, je devrais même dire sordide. Il s’agissait d’un homme qu’elle pensait protecteur et dont elle était éperdument amoureuse. Au fil des mois, l’individu avait dévoilé son véritable visage. Lui aussi jaloux à l’excès, il en avait fait sa chose. Il lui interdisait toute sortie sans lui, l’avait coupée de ses amis, voire de sa famille. Puis il était devenu blessant, humiliant, jusqu’au jour où il avait commencé à la violenter. Un déferlement d’ignominies s’en était suivi. Elle n’avait jamais osé en parler, trop honteuse de ce qu’il se passait, se sentant responsable de tous ces accès de fureur. Il est plus aisé d’exprimer sa colère que de dévoiler sa honte. Puis, il y a eu les viols. Sa première réaction avait été de se dire que dans un couple, un homme forçant sa compagne à avoir des relations sexuelles n’était pas un violeur. La femme avait un devoir conjugal envers son mari, sa mère le lui avait tant rabâché ! Ainsi, même si elle n’en avait aucune envie, elle avait accepté sans rien dire, s’était laissé tripoter, avait consenti à ce qu’il la pénètre, même comme un sauvage, attendant qu’il fasse son affaire. Après l’acte, elle se retournait et pleurait en silence. Avait-elle d’autres choix ? Très vite, le désir avait fait place au dégoût à l’égard de son compagnon. Puis elle avait eu l’intuition que ce n’était pas si normal que cela. Les gifles à répétition, agrémentées d’insultes les plus ignobles faisaient son quotidien. Généralement, après chaque accès de violence, il était le plus doux, le plus amoureux des hommes. Il n’était pas rare qu’il revienne du travail avec des fleurs. Il était si craquant alors ! Mais un détail, une remarque, une jupe trop courte, un plat trop salé ou trop cuit, les attaques verbales et les claques reprenaient de plus belle, suivies de plates excuses et toujours le même discours : « Tu vois jusqu’où tu m’amènes ? Tu me pousses à bout ! Jamais je ne me suis comporté comme ça avant toi ! Et pourtant, si tu savais comme je t’aime ! » Elle se souvenait qu’il lui avait même dit un jour : « C’est pour ton bien ! » Puis un soir, c’était un samedi, Séraphine avait préparé une blanquette de veau, le plat préféré de son homme. Elle avait sorti le grand jeu, nappe blanche, jolie vaisselle. Elle avait une annonce importante à lui faire. Elle appréhendait sa réaction. Mais elle, elle savait que c’était le plus beau jour de sa vie. Elle attendait ce moment avec impatience. Elle se sentait différente depuis plusieurs semaines, dans son corps, mais pas seulement. Pour la première fois de sa vie, elle se sentait importante. Il était rentré tard ce soir-là. Il avait passé l’après-midi au bistrot avec ses copains, à jouer aux fléchettes et à siroter verres de vin et demis de bière. En entendant son véhicule se garer, la jeune femme avait senti une boule dans le ventre, comme chaque fois. Elle se demandait si elle avait raison de lui faire cette révélation. Mais elle se rassurait en se disant que la surprise serait immense et qu’il changerait de comportement à son égard. Plus ses pas résonnaient dans les escaliers, plus l’angoisse grandissait. Elle sentait la sueur perler dans son dos. Elle tremblait, ses jambes la soutenaient difficilement. Elle avait dû un moment se tenir au dossier d’une chaise. Il avait sans doute manqué une marche, car il pestait tout seul. Le coeur de Séraphine battait à tout rompre. En l’entendant sur le palier, elle frissonnait d’angoisse mêlée à une once de plaisir. Il avait ouvert la porte avec rage et avait pénétré dans l’appartement, sans la remarquer. Puis la voyant, maquillée, jolie dans sa petite robe noire, il s’était approché. Il empestait l’alcool. Il avait voulu l’embrasser, lui tripoter les seins et les fesses. Elle avait reculé, essayant de garder son sang-froid. Il avait alors levé la main sur elle, l’invectivant d’un « Sale pute ! » La jeune femme avait senti un noeud dans sa gorge. Les larmes étaient proches. Prenant sur elle, elle lui avait dit qu’elle avait préparé son plat préféré et qu’elle avait une annonce à lui faire. Il l’avait regardée en ricanant :
— N’importe quoi ! Pauvre conne ! Qu’est-ce que t’as encore à me dire ? Que tu me quittes ? Si c’est ça, je te tue !
Elle tremblait. Cependant, des pétillements dans ses entrailles lui donnèrent du courage. Elle devait lui dire, persuadée qu’il changerait aussitôt de comportement.
— Je suis enceinte !
Livide, il l’avait observée d’un air ahuri. Il ne semblait pas comprendre, alors elle avait repris :
— On va avoir un bébé !
— Oui, j’ai entendu ! Tu me prends pour un con ? Qui est le père de ce bâtard ?
La jeune femme était restée interdite, puis avait précisé :
— De qui veux-tu qu’il soit ? De toi bien sûr !
Sans comprendre ce qu’il lui arrivait, en deux temps trois mouvements elle s’était retrouvée projetée sur le sol. Le froid du carrelage n’était rien face à ce qui l’attendait quelques secondes plus tard. Il s’était acharné sur elle, la couvrant de coups de pieds dans le ventre, les épaules, les jambes, le visage. Elle était incapable de crier, tant elle avait peur. Elle pensait que sa mort était imminente. Elle l’avait d’ailleurs souhaitée à cet instant. Une violente douleur irradiait son ventre, un liquide chaud lui sortait du vagin. Elle eut des nausées. La pièce tournait autour d’elle, elle se sentait partir. Elle était sans réaction. Il lui avait semblé qu’on la traînait sur le sol. Puis qu’on la soulevait, pour descendre des escaliers et qu’on la posait à nouveau sur le sol glacé. Ensuite, plus rien. Elle avait perdu connaissance. Elle avait repris conscience lorsque l’on s’affairait autour d’elle. Elle avait entendu des voix, notamment une qui lui était familière, celle de son compagnon. Affolé, sanglotant, il expliquait ce qu’il s’était passé :
— J’étais avec elle à l’étage. Je ne sais pas pourquoi, elle a voulu descendre, elle a loupé la première marche et a tout dévalé pour se retrouver en bas. Faites quelque chose ! Bon Dieu ! C’est la femme de ma vie, je l’aime ! Je ne veux pas la perdre !
Il poussait des cris de bête. Il hurlait tant que les pompiers avaient dû lui demander de se calmer. Il devenait fou.
La jeune femme avait été envoyée aux urgences du CHU à quelques kilomètres de chez eux. Les médecins lui avaient évidemment posé la question des conditions dans lesquelles cet accident avait eu lieu. Avec difficultés, elle n’avait que répété ce qu’elle avait entendu de la bouche de
