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La vie est belle !
À condition de la regarder avec les yeux du cœur, à la lumière de la vertu…
Humour et fantaisie, morale et bienveillance sont ici au rendez-vous.
Quinze histoires courtes, à raconter aux filles et aux garçons qui cherchent à découvrir et à voyager.
Qu’ils oublient leurs écrans pour devenir à la fois acteurs, élèves et aventuriers ! Embarquons-les dans l’univers des mots qui sont autant d’îles dans notre monde et laissons-les nous perdre dans leur enfance.
Ça fait du bien à l’âme…
À partager avec les 7/11 ans
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né à Bordeaux, Christophe Bladé a très tôt été mis en appétit du voyage.
Sa vie professionnelle lui a offert des déplacements et des remises en question enrichissants. Les cultures rencontrées, les modes de vie partagés, les situations vécues ont nourri son humanisme et son goût pour le partage des émotions à travers ses écrits.
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Seitenzahl: 105
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Christophe Bladé
Les mots en bandoulière
Livre Jeunesse
ISBN :979-10-388-0327-5
Collection Saute-Mouton
ISSN : 2610-4024
Dépôt légal : avril 2022
© 2022. Couverture et illustrations Ex Aequo
© 2022. Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.
Éditions Ex Aequo
La vie est belle !
Les façons pour l’exprimer sont si nombreuses ! Les mots pour l’écrire tellement riches.
Les histoires, nouvelles ou fables ci-après s’adressent aux enfants certes, mais les Grands qui les leur raconteront trouveront aussi leur place dans les réflexions qu’elles suscitent, surtout à la deuxième ou troisième lecture.
Quinze histoires courtes...
Pour chacune d’elles, vous trouverez le thème abordé en italique entre parenthèses, au tout début. Une mise en situation qui aide à la recherche, selon l’humeur ou l’actualité du moment.
Indépendantes les unes des autres, elles sont cependant reliées aux aspects, parfois rugueux, de notre société et de nos comportements. Par ailleurs, la morale induite et le comique des situations invitent à échanger en fin ou pendant la lecture. Enfin, certains mots pouvant paraître évolués par rapport à la cible des lecteurs donnent aux conteurs l’occasion d’expliquer et de développer. C’est en ce sens que ces histoires sont pédagogiques ; rien n’est figé, comme dans la vraie vie !
Ainsi, tout le monde est concerné finalement, et puis, nos jeunes lecteurs sont étonnamment aiguisés parfois. Il s’avère qu’à travers l’image des situations, le sens profond ne leur échappe pas.
Cultivons leur curiosité et veillons à les éduquer avec sagesse tout en respectant le voyage ! La langue française est tellement généreuse !
À ma manière, je rends hommage ici à Monsieur de La Fontaine toujours d’actualité. Il prônait l’esprit du sens comme le sens de l’esprit dans la communication et le comportement. Ceux-ci n’étaient pas virtuels à l’époque ! L’instruction et la connexion avec autrui n’en étaient pas moins profondes. C’est d’ailleurs ce que lui soufflerait à l’oreille Le petit prince.
Ma modeste personne ne souhaite qu’éclairer, de manière différente, la grisaille de notre société actuelle si violemment chahutée.
J’espère que le style poétique, pas toujours académique, les mots inventés ou argotisés ne vous gêneront pas. Je pense sincèrement qu’ils contribuent à la richesse des situations dans le langage contemporain de nos Jeunes. Elles n’ont d’autres ambitions que celle de distraire en jouant avec les émotions comme on joue aux billes, à colin-maillard, à l’élastique ou à 1, 2, 3, soleil... Ces jeux où l’on n’est pas tout seul dans son coin.
Quinze histoires courtes qui mettront le bon sens en éveil dans une quête de la vertu, mais pas que... Réfléchir sur « le bien vivre ensemble » et sur soi-même à travers ces histoires est une pratique exigeante, mais tellement salvatrice ! Balayons le militantisme calculé et la philosophie empesée, restons Enfants nous-mêmes : spontanés, désintéressés, mais pas naïfs sur le vil ou le bon.
Maintenant, à vous de vous débrouiller avec tout ça et faire de votre mieux. N’oubliez pas, en les lisant à vos jeunes, filles ou garçons, de participer avec vos talents de bruiteur (mais si !) afin d’accompagner les personnages, vous n’en serez que plus apprécié.
Alors, amusez-vous et faites plaisir.
Humblement, avec conscience, mais drôlerie, jeux de mots, dérision et humour,
Je vous souhaite une belle aventure.
(Les choses oubliées vivent toujours)
J’ai marché longtemps sur la plage à marée basse...
Il y en avait des choses qui racontaient une histoire ! leur histoire...
Il y avait ce coquillage percé qui semblait regarder ailleurs. Ailleurs que vers le large où, normalement, tous les regards se posent... Peut-être que le bec d’un oiseau de mer avait cherché à grignoter sa chair fine et tendre, ou alors, un petit crabe malin s’en serait fait un chapeau de soleil ! Mais un chapeau troué ne sert pas à grand-chose ! Non, non, non.
Alors, j’ai pensé tout à coup,
Que quelqu’un d’un peu fou...
Pouvait s’en faire un bijou
En enfilant un cordon par le trou.
Voilà une chouette bonne idée, dis donc !
Alors je l’ai laissé là, ce coquillage, pour que quelqu’un d’autre que moi le découvre sur le chemin où sommeille ce caillou gris sculpté.
Un caillou gris sculpté ! Ben voilà autre chose !
Mais qui donc a gravé ces signes qui ne me disent rien ? Un voyageur solitaire qui s’ennuierait un peu ? Un pêcheur en attente d’une belle prise ? Un enfant joueur voulant indiquer un secret ?
Un secret, ou un autre chemin à prendre, pour une autre découverte à faire, comme c’est intéressant !
Voyons de plus près
Ces signes particuliers.
Oui, oui, oui, cela a été fait par une main habile. Assez pour manier un outil ou un objet qui gratte, car ça le grattait sûrement le caillou, puisqu’il s’est laissé faire !
Il faut bien regarder pour comprendre
Et toujours s’interroger pour apprendre.
Ici, près de mon pouce, une forme inconnue et là, une sorte de flèche indiquant... une direction ! Il faut reposer le caillou à sa place dans le sable, remettre le coquillage avec son trou, tout contre, observer la direction indiquée par la flèche et suivre... suivre ce quelque part indiqué, peut-être pour découvrir un vrai trésor !
J’ai marché longtemps sur la plage à marée basse...
D’ailleurs, on s’en fiche du temps qui passe,
Il y a tant de choses qui nous font aller à la chasse.
À la chasse aux histoires !
Un peu plus loin, un morceau de bois avec des formes bizarres. Comme un gros rat joufflu prisonnier dans le sable. Il est drôle avec son air ébouriffé, ses racines en touffe sur la tête ! Et quand on s’approche, c’est étrange, il semble se transformer selon la façon dont on le regarde.
Le gros rat devient écureuil... ou chat dormant, ou grenouille à grande bouche. Mais sur son dos : encore une flèche gravée comme sur le rocher gris d’avant !
Quel mystère !...
Pas pour les mouettes rieuses qui se moquent de tout,
Qui se moquent de nous
En sautillant vers la mer.
Vers la mer oubliée par les vagues ; comme une mer qui dort. Car bientôt, tout est calme.
Que savent-elles ces mouettes, des signes et du trésor ?
Parce qu’à présent c’est sûr, on est sur la piste de quelque chose d’étrange. D’ailleurs, il y a des traces de pas, tout près. Des traces qui conduisent vers les dunes, là où les oyats se regroupent pour pousser à l’abri du vent. Le vent qui chante une chanson de sable. Une chanson qui nous entraîne à chercher.
Eh bien, allons voir un peu plus loin...
Les traces de pas s’effacent presque sous le sable qui glisse et bientôt... là, coincé contre un bois flotté couvert de petits coquillages, caché par un liseron aux doux pétales mauves : le bout d’une chaussure !
Une chaussure ?
Oui, oui, oui, ça c’est sûr !
Et si c’était elle qui avait laissé les traces de pas dans le sable ?! Mais une chaussure, toute seule, sans personne dedans, ça n’est pas possible ! Ou bien c’est une chaussure perdue et amenée par les vagues, abandonnée là sans sa sœur jumelle...
À bien la regarder,
Même si elle est usée
Elle n’est pas moche,
On dirait une brioche.
Oui, avec le bout tout gonflé qui dépasse ! Tant pis si la semelle baille un peu, ça lui donne un air rigolo.
En la prenant délicatement, elle semble vivante. Comme si elle avait attendu là depuis longtemps qu’on vienne l’adopter. Mais on n’adopte pas une vieille chaussure oubliée sur la plage quand même ! Pour quoi en faire, après ?
Et puis elle sent mauvais.
Pourtant, elle me plaît bien, avec son air joufflu,
Décousu,
Et ses deux gros œillets à lacets,
Écrasés.
On dirait qu’elle me sourit... Pourquoi me sourit-elle ?
Se moque-t-elle de mes pieds nus ?
M’invite-t-elle à faire quelque chose avec elle ?
Je trouverai bien plus tard...
Alors... je l’ai accrochée à mon sac à dos et je suis reparti parmi les choses qui racontent leur histoire sur cette plage. Tous les bois de mer-animaux, les bouts de corde qui jouent à se faire des nœuds, les cailloux multicolores, les coquillages percés-cassés-fendus, le vent léger emportant le rire des mouettes...
Mes pieds nus dans le sable ont rejoint les traces précédentes et c’est alors que j’ai compris !
Et si cette vieille chaussure avait encore envie d’une histoire à elle ?
Je l’ai prise entre mes mains, et, les yeux dans sa bouille réjouie, je lui ai demandé :
— Veux-tu que je marche encore avec toi ?
La chaussure a dit oui.
Oh, sans parler, non ! Mais avec ce sourire joufflu qui m’encourageait.
J’ai alors mis un de mes pieds dedans, sans la brusquer, et j’ai commencé à marcher. En boitillant au début et puis, très vite, je me suis senti l’envie de courir, de plus en plus vite...
Je courais tout le long du rivage en sautant les petites vagues, ravi de m’éclabousser. Je me sentais de plus en plus léger, je survolais toutes les histoires des choses abandonnées, et la chaussure m’entraînait en faisant oui, ouiii ! À chacune de mes impulsions ; heureuse de mon pied mouillé qui l’habitait.
Et puis soudain, la chaussure s’est échappée pour aller virevolter loin au-dessus des flots.
Patapouf !
Je suis retombé mollement sur le sable comme une grosse méduse gélatineuse.
Même pas mal !
La chaussure tournoya un moment encore dans le vent en faisant :
— Ouais, ouais, ouais !!...
Et puis, plouf dans l’eau !
Sans même un salut,
Ni merci, ni bravo.
Qui l’eût cru ?
Je me suis relevé pour l’apercevoir, flottant à peine, mais sereine.
Elle allait couler c’est sûr, mais je n’étais pas triste, car, juste avant qu’elle ne plonge, quelques bulles en sont sorties en lâchant des petits « oui » joyeux.
Je crois que c’est ce qu’elle voulait le plus au monde cette vieille chaussure. Elle qui avait si longtemps marché sur la terre et dans le sable, elle voulait se reposer au fond de l’eau à présent.
Elle n’avait peut-être jamais eu le droit de se mouiller, de vivre la boue et les flaques qui font « splach », les glissades sous la pluie qui font « slichhh »...
Je me suis dit que personne n’avait osé lui offrir cette joie jusque-là, de peur de l’abîmer.
Mais l’absence d’aventures abîme plus souvent que la bonne conduite...
Je suis rentré tranquille, accompagné par les mouettes qui ne se moquaient plus de moi.
Elles avaient compris : j’avais rendu heureuse une chose abandonnée, triste jusque-là de n’avoir point d’histoire à raconter.
Peut-être qu’un jour on la retrouvera, cette chaussure, ramenée par les vagues et les marées et à nouveau cachée, ensablée, sage...
Peut-être qu’un jour, avec sa bonne bouille, celui qui l’aimerait un peu en donnerait un autre usage, une autre histoire.
Alors, j’ai gravé une flèche sur un autre gros caillou de la plage. Une flèche indiquant la mer où un trésor dormait à présent.
Loin derrière moi, dans le vent, j’ai entendu :
— Ouiiiii...
(bloup!)
(Peur d’avoir peur)
Pourquoi cet étrange sentiment qu’il y a quelqu’un ou quelque chose qui m’attend, là, tapi, et m’empêche de dormir ?
Il fait presque tout noir dans ma chambre, la nuit s’est installée depuis des siècles.
Depuis des siècles, tellement j’attends de fuir cette impression bizarre que je ne suis pas seul ici. Pourtant tout semble tranquille, mes affaires dorment, je distingue à peine leurs formes que révèle la pâle lumière du dehors. Ben oui, j’ai oublié de fermer les volets, tant pis.
Je me tourne, je me retourne, je sens le regard de la chose sur moi. Je remonte les draps et la couverture ; je me cache.
C’est ridicule quand même ! Allez, je vais allumer la lumière pour aller faire le tour de tous les coins sombres de ma chambre, histoire de débusquer l’intrus. Car il y a bien quelque chose qui s’est introduit chez moi et qui gêne mon sommeil, j’en ai la chair de poule !
Et puis non, je n’allumerai pas. Ça risque de me réveiller tout à fait et la nuit va me paraître plus longue après.
