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Ce matin-là, Soizic, Gaël, Tiphaine et Corentin font connaissance dans le bus qui les emmène vers le port de Lesneven en Bretagne. La conversation va bon train et la sortie – alors qu’un doux soleil printanier brille déjà – s’annonce passionnante pour ces amoureux de la mer qui doivent participer à une journée de pêche artisanale sur un chalutier. À leurs yeux, une véritable aventure qui, en un rien de temps, va prendre une tournure beaucoup plus angoissante que prévu. Quel terrible secret la Morrigane renferme-t-elle ?
À PROPOS DE L'AUTEUREProfesseure agrégée d’anglais, chroniqueuse, jurée de prix littéraires, Marie-Hélène Fasquel est auteure et co-auteure de divers ouvrages, dont L’élève au cœur de sa réussite, autobiographie professionnelle. L. Delahousse lui a consacré une émission sur France 2.
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Seitenzahl: 92
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Gabriel Erhart &
Marie-Hélène Fasquel
Les Naufragés de la Morrigane
Roman jeunesse
ISBN : 979-10-388-0639-9
Collection Passerelle
ISSN : 2729-2843
Dépôt légal : avril 2023
©Couverture Ex Æquo
©2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières-les-Bains
www.editions-exaequo.com
« La mer, c’est comme la vie, elle peut être douce et calme ou dure et impitoyable, mais elle est toujours pleine de surprises. »
Jacques-Yves Cousteau
Chapitre 1
Cette journée resta à tout jamais gravée dans la mémoire de Gaël. Elle avait pourtant commencé de manière on ne peut plus banale. Il était monté dans l’autocar, à l’arrière, comme il le faisait chaque matin dans le bus pour se rendre au collège. Cette fois, le trajet serait plus long : il fallait gagner le bord de mer. En Bretagne, il reste quelque chose de cette ancienne distinction entre les gens de l’intérieur, les terriens, et ceux de la côte, les marins, même si bien des côtiers n’ont jamais mis les pieds sur un bateau. C’était justement de cela qu’il s’agissait. Le conseil général avait proposé aux élèves de quatrième une journée d’initiation à la pêche en mer à bord d’un chalutier. Gaël s’était inscrit sans hésiter. L’occasion pour lui d’exercer sa passion, la photographie de l’océan et du littoral, mais cette fois, vus du large, une opportunité inespérée. Pour s’occuper, il fit l’inventaire de son sac. Sa mère ayant tout supervisé la veille, il ne risquait pas de manquer de quoi que ce soit, le plus important restant sa Ventoline. Le soleil matinal s’engouffrait par les baies vitrées de l’autocar, dessinant sur les sièges des motifs mouvants ciselés comme des dentelles. Son regard se tourna vers les voyageurs, peu nombreux à cette heure. Il ne vit pas de jeunes et se demanda avec angoisse s’il était le seul à s’être inscrit. Le premier arrêt mit fin à ses tourments quand une fille, bonnet planté jusqu’aux oreilles et en tenue de sport, entra dans la cabine. Elle ne lui prêta aucune attention et prit place derrière la porte. Un quart d’heure plus tard, deux autres adolescents, un garçon et une fille, dont - en expert - il évalua rapidement l’âge, rejoignirent la jeune fille. La conversation alla bon train au sein du trio qui, de toute évidence, avait le même but que Gaël. Impatient toutefois d’en avoir le cœur net, il se leva et s’approcha du groupe qui cessa aussitôt son conciliabule.
— Bonjour, dit-il en haussant la voix pour couvrir le ronflement du moteur, vous allez sur le chalutier ?
— Oui, répondit la fille au bonnet. Comment tu t’appelles ?
— Gaël. Et toi ?
— Moi, c’est Soizic. Tu viens d’où ?
— D’Hénanbihen.
— Ah ! Je suis de Saint Potan, c’est pas loin.
— On est tous du coin ! affirma le deuxième garçon en relevant brièvement la tête de son smartphone.
— Ça semble logique… songea Gaël.
— Je m’appelle Corentin, elle, c’est Tiphaine, précisa l’accro du smartphone.
— Tu sais qu’on n’a pas droit aux téléphones, ajouta Gaël, dépité d’avoir laissé son précieux compagnon sur une étagère de sa chambre, bien en vue, pour ses parents.
— Je sais, balbutia Corentin, qui était petit et joufflu, j’ai pas pu m’empêcher.
Gaël observa les filles, interrogatif.
— Oh ! moi j’ai rien pris, avoua Soizic. De toute façon, j’ai pas envie de le faire tomber dans l’eau.
Il se demanda pendant une seconde si Tiphaine était muette. Mais c’était peu probable. Son air renfrogné et ses yeux mi-clos plaidaient plutôt pour une timidité maladive. Souvent victime de ce trait de caractère, Tiphaine s’engagea malgré elle dans la conversation :
— J’ai pas de smartphone.
— Bien, souligna Gaël, au moins, tu es tranquille.
— Mes parents ne veulent pas.
— Tout le monde en a un aujourd’hui ! martela Corentin, définitif.
— Vous êtes déjà montés sur un bateau ? demanda Soizic, peinée par la contrariété démesurée qui s’affichait sur le visage de Tiphaine.
— Non, répondirent les trois autres. Et toi ?
— Je fais de la voile depuis que je suis petite ! affirma Soizic avec une pointe d’arrogance.
— C’est génial ! dit Gaël. Au moins tu n’auras pas le mal de mer…
— Ça dépend, précisa Corentin en contradicteur chevronné, mon père a eu l’occasion de naviguer sur un chalutier. Il paraît qu’on est malades à cause de l’odeur du gasoil !
— On verra bien ! conclut Gaël, tandis que l’autocar faisait une embardée et se garait au niveau de l’abribus du port. Les battants de la porte s’ouvrirent en un souffle rauque et le groupe descendit sur le trottoir, simple prolongement du quai.
Le printemps s’installait à peine, et, de si bonne heure, le vent du large gardait la fraîcheur de l’hiver. Ceux qui n’avaient pas encore de bonnet imitèrent Soizic, et le groupe, déjà inconsciemment soudé, se dirigea vers le môle{1}, point de rendez-vous.
Le port de Lesneven avait la configuration de bien des ports de la région. Mais, le plus frappant, c’est qu’en dehors de la saison touristique, comme c’était le cas ce jour-là, seuls déambulaient sur les quais ceux dont la mer était le moyen de subsistance :fileyeurs{2}, ligneurs{3}, ramendeurs{4}, etc.
Le môle du vieux port était constitué de blocs de granit ajustés au millimètre près, comme les pierres du Machu Picchu, à la différence que le ruissellement permanent d’eau de mer le rendait glissant comme une patinoire. Heureusement, nos jeunes gens avaient - comme on le leur avait recommandé pour cette expérience de navigation - chaussé des baskets antidérapantes, et ils avançaient, parfaitement à l’aise. Au bout de quelques minutes, ils gagnèrent la tourelle verte qui marque l’entrée du bassin, mais ne virent personne. Gaël proposa de chercher directement le bateau. Il y avait plusieurs chalutiers à quai, mais leurs noms n’étaient pas toujours visibles à cette distance. Ils approchèrent des embarcations qui, pour certaines, semblaient hors d’âge, et sur lesquelles ils n’auraient pas voulu mettre le pied : L’Anna Vreiz (la célèbre Anne de Bretagne), le Pen tir, et puis… tiens… le Macareux.
Les pêcheurs, qui se préparaient pour la prochaine marée, les regardèrent avec méfiance. Sentant cette animosité, qui toutefois ne prêtait pas à conséquence, ils répliquèrent par de grands bonjours, et firent force souriresafin de les amadouer, mais rien n’y fit. Les gens de la mer n’apprécient pas les terriens, c’est ainsi, les croyances populaires ont la peau dure en Bretagne.
Après avoir fait plusieurs fois le tour du vieux port, ils durent se rendre à l’évidence : aucun chalutier du nom de Morrigane n’était à quai.
— Il faut demander à quelqu’un, proposa Soizic.
Les autres acquiescèrent en silence.
À deux pas d’eux, un homme dans la trentaine, qui semblait se jouer de la fraîcheur matinale, les bras tatoués d’ancres, de dictons et de motifs plus difficiles à identifier, recousait des filets aux fines mailles de nylon. Ils s’approchèrent de lui.
Soizic le salua d’un signe de tête et d’un sourire enjôleur. Elle avait beau n’avoir que treize ans, elle savait qu’elle était particulièrement jolie, avec ses cheveux blonds et ses taches de rousseur :
— On cherche la Morrigane… vous ne savez pas où on peut la trouver, s’il vous plaît ?
Le matelot ne daigna pas lever la tête de son ouvrage pour lequel il montrait une admirable habileté.
— Qu’est-ce que vous lui voulez à la Morrigane ?demanda-t-il avec rugosité.
— Rien, répondit piteusement la jeune fille. On doit embarquer. C’est pour une sortie scolaire.
— Une sortie scolaire ? Sur un chalutier ? Ils n’ont rien de mieux à vous faire faire à l’école ? Y’a plus d’avenir dans ce métier…
— C’est pas pour ça… On doit juste faire un exposé, vous comprenez ?
— Alors, si ce n’est que ça, c’est mieux pour vous, croyez-moi ! La Morrigane, elle est pas là, ici c’est le bassin à flot, y’a une porte à franchir… Je peux pas vous expliquer.
Le marin n’avait visiblement pas envie de s’étendre sur le sujet, étant, comme bien des gens de sa profession, d’un naturel peu disert.
— Écoutez, vous trouverez le bateau à l’extrémité du bourg. C’est pas difficile. Suivez la rue principale, avancez jusqu’au bout du quai dans l’aber. Vous le reconnaîtrez facilement, sa coque est noire, bordée de vert.
Chapitre 2
Gaël, Soizic, Corentin et Tiphaine avancèrent en file indienne en suivant l’artère principale de la bourgade qui s’étendait effectivement le long de l’aber, sorte d’estuaire enfoncé dans les terres. À leur gauche, à flanc de vallée, s’étageaient des maisons hétéroclites. Les plus basses, les plus modestes - sans doute d’anciennes habitations de pêcheurs - présentaient des façades blanchâtres délavées et les fameux volets bleus qui symbolisent la Bretagne sur les cartes postales, un peu démodées, et que l’on trouve aujourd’hui essentiellement dans les albums des collectionneurs. À mi-pente s’alignaient des immeubles plus récents, et enfin, sur les hauteurs, là où la vue était à coup sûr la plus spectaculaire, émergeaient des villas en pierre de taille noyées dans les pins sylvestres. Sur leur droite, l’aber s’étendait, noir comme une traînée d’encre. Beaucoup plus loin, en amont, la rivière qui lui avait donné naissance - à peine plus large qu’un ruisseau - ne parvenait pas à créer le moindre courant dans cette eau saumâtre. La brume matinale s’évadait à présent vers le large, chassée par un soleil qui, appartenant à deux mondes, se lève dans la terre et se couche dans la mer.
— Il est là ! s’écria Soizic, qui marchait en tête.
La Morrigane apparut enfin telle que l’avait décrite le marin, seule, amarrée au bout d’un quai en béton. Ils forcèrent le pas, rassurés.
— Tu es sûre que c’est bien elle ? demanda Tiphaine à Soizic.
— Il n’y a qu’un navire, on ne peut pas se tromper !
Ils rejoignirent rapidement le bateau. Gaël sortit son appareil photo et commença à mitrailler le chalutier, d’une taille impressionnante, qui, contrairement à ceux qu’ils avaient découverts dans le bassin à flot, semblait flambant neuf.
— Il est trop beau ! s’exclama Tiphaine, ragaillardie.
Ils restèrent un moment à contempler cette embarcation inconnue qui allait les emmener loin d’ici, peut-être même à un endroit où les côtes seraient complètement invisibles. Cette idée les fascinait et les effrayait en même temps.
— Y’a quelqu’un ? hurla Corentin en mettant ses mains en porte-voix.
Aucune réponse ne parvint du bateau.
— On dirait qu’il n’y a personne, ajouta-t-il platement.
— Ils sont peut-être à l’intérieur ? s’interrogea Tiphaine.
— On n’a qu’à aller voir, suggéra Soizic.
Les trois autres la dévisagèrent, outrés par son audace.
— Regardez, dit-elle, il y a une planche, on n’a qu’à monter à bord.
