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Dans "Moeurs des anciens Germains", Cornelius Tacitus examine les coutumes, les structures sociales et les croyances des tribus germaniques. Ce traité ethnographique, rédigé au premier siècle après J.-C., illustre à la fois les qualités et les défauts perçus des Germains, en les confrontant souvent à la société romaine. Le style de Tacitus se distingue par sa rigueur et sa clarté, mêlant une approche objective à une détermination à susciter la réflexion sur la décadence galopante de la civilisation romaine. Cet ouvrage s'inscrit dans une tradition littéraire de l'époque qui mêle histoire et moralité, permettant ainsi de tirer des leçons des différentes cultures rencontrées par les Romains. Cornelius Tacitus, historien et sénateur romain, était profondément influencé par son expérience vécue au sein de l'Empire romain. Sa préoccupation pour les mœurs et l'histoire des peuples voisins découle d'une volonté de comprendre la romanité en se confrontant à l'Autre. L'œuvre se nourrit également d'un contexte politique tendu, où Tacitus se montre critique envers les dérives du pouvoir impérial, ce qui le pousse à valoriser des valeurs qu'il juge plus authentiques dans les sociétés guerrières germaniques. Ce livre est vivement recommandé à quiconque s'intéresse aux racines de l'Europe moderne et aux réflexions sur les rapports entre culture et barbarie. En offrant un regard nuancé sur les Germains, Tacitus invite le lecteur à une exploration qui résonne encore aujourd'hui, évoquant des thèmes universels de l'identité et de l'altérité.
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Veröffentlichungsjahr: 2020
traduit du latin
par
NOUVELLE ÉDITION, A. MAME ET Cie, IMPRIMEURS—LIBRAIRES à TOURS.
1851
PRÉFACE contenant quelques remarques relatives aux usages anciens et modernes des Germains, des Gaulois et des Français.
Quelle que soit l'origine des Français, qu'il ne s'agit point de discuter ici; quelque système qu'on embrasse, on ne peut méconnaître dans les mœurs des premiers temps de la monarchie beaucoup de points de conformité avec celles des anciens Germains, dont Tacite nous a laissé le tableau. Aussi, en réimprimant les Mœurs des Français, a-t-on cru devoir y joindre les Mœurs des Germains, décrites avec tant d'énergie par Tacite.
C'est en rapprochant de cette manière les idées que les historiens nous donnent des anciens peuples de l'Europe, dont tous les habitants actuels sont les successeurs plus ou moins éloignés; c'est en rassemblant tous les traits qui servent à les caractériser et en les confrontant avec les modernes, qu'on peut reconnaître l'analogie ou la différence de ces peuples.
Avant que la domination romaine fût établie dans les Gaules, les Gaulois et les Germains différaient peu pour la façon de vivre. De vastes forêts couvraient également leur pays; on y trouvait fort peu de villes et seulement quelques villages; la chasse et la guerre partageaient tout leur temps. C'étaient des incursions perpétuelles, et souvent des émigrations d'une partie de la nation dans des pays fort éloignés du sien. Beaucoup de petits souverains, qu'on doit plutôt considérer comme des chefs de parti, divisaient en peuplades ce grand peuple, qui n'avait presque aucune relation au dehors.
La guerre que César fit dans les Gaules apporta de grands changements à cette manière de vivre. En prenant possession de leurs conquêtes, les Romains introduisirent de nouveaux usages, et les Gaulois se civilisèrent bien plus en deux cents ans de commerce avec leurs vainqueurs, qu'ils n'avaient fait pendant tout le temps qui avait précédé cette révolution. L'abbé Le Gendre parle des Français de la Gaule qui chassèrent les Romains de la Gaule; il décrit aussi les usages qu'ils laissèrent après eux et qui subsistèrent même après qu'ils eurent abandonné le pays. Ces époques sont voisines de celles que nous peint Tacite. Cet historien écrivait sous les empereurs, et alors les armées romaines n'ayant pas encore pénétré bien avant dans la Germanie, elle avait conservé jusque-là ses premières habitudes. C'est donc en comparant l'état naturel des Germains, vivant encore sous leurs tentes, avec les premiers temps de notre monarchie, que le lecteur pourra mieux voir la gradation qui a conduit les Français à certains usages qui subsistent encore parmi nous. Ensuite, en rapprochant quelques-unes de nos coutumes actuelles, et en les comparant avec les mœurs simples des Gaulois ou avec celles de l'ancienne Germanie, le tableau s'enrichira de plusieurs traits aussi curieux qu'intéressants.
La guerre était la principale occupation des Germains et des Gaulois; il n'y avait donc qu'un peuple guerrier qui pût se poser parmi eux. Tels étaient les Francs qui s'y établirent, et dont nous sommes en partie la postérité. Ainsi c'est aux exercices de la vie militaire ou de la chasse que se rapportent les principaux usages qui nous sont communs avec ces deux peuples.
Les anciens habitants de la Germanie avaient un tempérament robuste et une taille proportionnée à leur force; une éducation dure les préparait de bonne heure aux fatigues de la guerre et de la chasse; les Gaulois étaient élevés pour les mêmes travaux. Aujourd'hui ce n'est pas la force du corps qui caractérise communément notre nation; mais si nous ne sommes pas plus vigoureux, devons-nous en rejeter la faute sur notre climat? Une éducation moins délicate nous procurerait des forces égales à notre courage. On semble croire parmi nous que la force du corps n'est plus une qualité militaire; on convient qu'il fallait nécessairement autrefois être robuste, lorsqu'un casque et une cuirasse de fer étaient l'habillement ordinaire des guerriers; lorsqu'on portait des armes si pesantes, que nous ne pourrions plus y tenir. Aujourd'hui, dit-on, il ne faut que de la valeur; avec cette seule qualité on est sûr de vaincre. Il est vrai que dans une action, dans une bataille, la supériorité du courage peut assurer la victoire; mais, à la guerre, n'y a-t-il que des combats? Combien de fatigues n'a-t-on pas à essuyer continuellement! La valeur suffit-elle pour résister à des marches longues et pénibles, quand il s'agit de passer plusieurs jours et plusieurs nuits sous les armes, quand il faut se frayer une route à travers des lieux presque inaccessibles? Un écrivain qui dit éloquemment des vérités fortes fait cette objection aux Français: «Comme les Carthaginois, vous eussiez été vainqueurs à Trébie, à Cannes, à Trasimène; mais vous n'eussiez point franchi les Alpes.» Les fatigues font plus périr de nos troupes que le fer des ennemis. Quelle impression ne fait pas sur nous le seul changement de climat! Nous n'en avons que trop fait l'épreuve dans toutes nos guerres en Italie.
Il est donc plus important qu'on ne pense de se fortifier le corps de bonne heure et de l'endurcir par le travail. Il n'est pas douteux que les exercices auxquels on façonne notre jeunesse pourraient nous former des corps robustes, si l'on n'y cherchait moins à se procurer des avantages solides qu'à se donner des grâces et des agréments.
Les Français ont conservé beaucoup de rapports avec les Germains; mais c'est à l'endroit de l'inconstance. Ces peuples, au dire de Tacite, étaient incapables d'un long travail, et n'avaient que le premier feu; c'est aussi le reproche qu'on nous fait avec assez de fondement. Nous sommes terribles au début d'un combat; il faut que nous ravissions la victoire; car, si nous la disputons longtemps, nous courons risque de la perdre. Il y a cependant eu des occasions où nous avons fait voir autant de fermeté que de valeur; on nous a vus essuyer tranquillement le feu des ennemis, attendre le moment favorable pour attaquer, et après plusieurs actions meurtrières, revenir à la charge avec plus d'ardeur que jamais. Mais, quoique ces sortes d'exemples ne soient pas rares chez nous, il faut convenir que le caractère distinctif de notre valeur est l'impétuosité du premier choc.
Le faste qui règne aujourd'hui parmi nos troupes présente un tableau bien différent de la simplicité guerrière, conservée avec tant de soin chez les Germains et les Gaulois. Ils ne dépensaient rien en parures; tout leur luxe consistait a peindre leurs boucliers avec quelque couleur éclatante. Malgré l'obligation qu'on impose aux officiers de ne paraître qu'avec l'habit de leur régiment, surtout en temps de guerre, quels riches vêtements ne portent-ils pas quelquefois sous un modeste uniforme? C'est en vain que nos rois ont fait de sages règlements pour réprimer le luxe militaire: on y étale une magnificence, un goût de somptuosité très-préjudiciables à la discipline et à la promptitude des opérations. Tous les jours les officiers se plaignent qu'ils se ruinent au service; mais, n'est-ce pas à eux-mêmes qu'ils doivent s'en prendre? Leur paye suffirait à leurs besoins, si les tentations et les superfluités ne multipliaient mal à propos leurs dépenses. La simplicité qui régnait dans les vêtements des Germains faisait aussi le caractère distinctif du reste de la nation; si le défaut contraire a gagné les cours et les armées en Allemagne, du moins le gros de la nation paraît encore retenir de ce côté-là bien des usages venant de ses ancêtres.
