Ne courez pas après les anges ! - Yoann Meritza - E-Book

Ne courez pas après les anges ! E-Book

Yoann Meritza

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Beschreibung

En 1916, Justin, un jeune soldat français, perd connaissance dans une chapelle abandonnée, et se retrouve propulsé dans une chambre d'hôpital en 1987. Il fera la connaissance d'Ely, un vieil homme que Justin identifiera comme son "lui" futur, et qui lui racontera son histoire concernant sa quête d'une boîte mystérieuse. Ely partagera avec Justin ses illusions, ses amours, ses regrets, et au travers de son récit, ce vieil homme lui apprendra qui il est réellement. Un subtil mélange entre roman d'aventures et philosophie de vie, nous transportant à la découverte du véritable héros de l'histoire, qui n'est pas celui que l'on croit.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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(CPI, art. L. 335-2 s.).

Source : Ministère de la culture

https://www.culture.gouv.fr

Cette protection s’applique notamment sur les créations graphiques de la couverture (hors images composites sous licence Creative Commons), au choix du titre, et au contenu du livre sur support numérique ou physique.

« Le bonheur est un idéal que l’on trouve quand on arrête de le chercher ! »

Sommaire

Partie I : Les ténèbres

Chapitre 1 : L’étranger

Chapitre 2 : La grande guerre

Chapitre 3 : La rencontre

Chapitre 4 : La boite

Chapitre 5 : Prudence

Chapitre 6 : Espérance

Chapitre 7 : Providence

Chapitre 8 : Archibald

Chapitre 9 : L’horloger

Chapitre 10 : Le brocanteur

Partie II : La lumière

Chapitre 11 : Le trésor

Chapitre 12 : L’accident

Chapitre 13 : Les démons

Chapitre 14 : Les révélations

Chapitre 15 : La porte

Chapitre 16 : Le réveil

Chapitre 17 : Madeleine

Chapitre 18 : Le livre

Chapitre 19 : Les racines

Chapitre 20 : Le destin

Chapitre 21 : Ange

Introduction

Il existe deux combats, l’un que nous menons en nous-mêmes, et l’autre que nous subissons en dehors de notre être. Ces deux conflits sont les mêmes conflits.

L’histoire qui va suivre pourrait se passer en tout temps et en tout lieu. Elle revêt différentes armes, différentes tenues, différents statuts sociaux.

Quelle que soit l’année, le récit reste la même dans sa forme, où l’harmonie de l’unité s’est transformé en harmonie de la division, où réside un fragile équilibre entre la vie et la mort, le bien et le mal.

Durant des siècles, l’homme a combattu pour la gloire et la domination. Il a volé des trésors dans des temples, sans savoir qu’il en existait un, rien que pour lui, quelque part.

Ce bijou très précieux qu’il tenait entre les mains, mais qui n’était pas sien, l’a mené à sa perte.

Il y a des combats que l’on ne peut gagner, où l’homme seul est son pire ennemi en recherchant un secret très ancien. Et ceux qui l’ont découvert ont compris qu’il ne suffisait pas de le chercher, mais de le trouver.

Et dans sa quête d’un immense pouvoir enfoui dans les profondeurs des ténèbres, il n’a trouvé que le malheur et la désolation, car ce bijou était sous le coup d’une étrange malédiction.

Et il y a une chose bien plus précieuse qu’un simple trésor à découvrir.

L’homme, dans son aventure, est à la fois la proie et l’ombre. Il a passé toute son existence à poursuivre des entités divines, mais il n’a rencontré que des êtres malfaisants.

Ce sont ces derniers qui l’ont conduit à sa perte en ne regardant que les aspects extérieurs de son univers.

Mais les anges ne se montrent jamais à celui qui passe sa vie à les poursuivre. Et quand l’homme arrête de courir, il reprend son souffle, il accepte l’évidence, et ce sont les anges qui le trouvent.

C’est ainsi que l’homme découvre qu’il est sa propre réponse, la lumière au milieu des ténèbres.

Je vous mets en garde sur ce qui va suivre dans ce livre, car ceci est très important. Je vous invite à le lire tout simplement, et les réponses que vous cherchez viendront d’elles-mêmes.

Et retenez cette métaphore ! « Ne courez jamais après les anges, parce qu’on n’y trouve que le diable ! ».

Et même si le message que j’essaie de vous faire passer peut vous sembler énigmatique, il a du sens, et il en prendra encore plus quand vous comprendrez ce qu’il y a d’important à retenir.

Votre vie est votre navire, et il n’y a qu’un seul maître à bord qui connaît la bonne direction à prendre. Et curieusement, il n’est pas nécessaire de quitter le port pour arriver à destination, alors, ne soyez pas impatients !

Tout arrive en tout lieu et toutes heures ! Le bonheur ou le malheur ne tient qu’à une décision, celle d’inviter des anges à notre table, ou celle de répondre à l’invitation des démons.

Il y a toute une métaphore à retenir au-delà de l’image, du livre, ou de son auteur. Un sujet de réflexion qui mettra en lumière tout ce que vous devez savoir.

Bien que tout ce qui va suivre a été inventé, le réel et l’imaginaire peuvent se rejoindre en d’autres circonstances.

Nous avons tous une histoire à raconter, et vous découvrirez celles de deux personnages principaux dont les destins se sont croisés.

Quand nous apprenons des autres, ce qu’ils traversent et ce qu’ils ont vécu, on relativise notre propre existence, et la vie vaut toujours la peine d’être vécue.

Je vous invite dans un voyage où vous rencontrerez plus d’allégories que de personnages, et ce sera à vous de les découvrir.

Partie I : Les ténèbres

Chapitre 1 : L’étranger

« Il ne suffit pas de chercher, mais de trouver ! »

Cette histoire se déroule quelque part dans un univers où l’homme est son seul créateur, et tient place entre le monde des morts et celui des vivants. À la fin de cette aventure, vous comprendrez où se trouve réellement ce lieu.

La scène tient place en l’an 1636, à quelques kilomètres au sud ouest de Verdun, en pleine période de la guerre de trente ans. Malgré ses fortifications, cette ville connaissait des périodes troubles et avait encore du mal à se remettre des cicatrices du passé.

Un étranger appartenant à une terre lointaine, bien plus loin qu’il ne pouvait l’imaginer lui-même, voyageait avec un manuscrit qu’il devait dissimuler dans un lieu secret. Mais cet homme transportait bien plus encore. Il avait des souffrances qu’il dissimulait en lui.

Qui est-il ? Il s’agit d’un homme, qui, pour des raisons obscures, avait laissé une partie de son âme à une quête folle, celle qui l’aurait conduit vers un secret contenu dans ce manuscrit. Celui qui est la cause de ses tourments et de sa descente aux enfers.

En effet, il existerait un trésor sous la forme d’une pierre magique capable d’altérer le temps et la réalité. Celle-ci serait détenue dans une boite aux aspects irréguliers. Mais est-ce réellement cet écrin qu’il recherchait vraiment, ou n’était-ce qu’un subterfuge ? La réalité est qu’il recherchait bien plus que cela.

Il pleuvait des cordes ce jour-là, le sol était détrempé, et malgré les caprices du temps, les habitants s’affairaient à leurs tâches quotidiennes, les mains humides, protégés par des encorbellements et des abris de fortune.

D’autres, peu nombreux, couraient et trébuchaient dans des creux de terre formant de petits cercles d’eau dont on ignorait la profondeur, et sur des cadavres en décomposition à moitié dévorés par les chiens errants et la maladie.

Des rats couraient sous l’éclat de la lune, dévorant les maigres rations à leur disposition. La mort n’avait pas de règle, que ce soit de la main d’un soldat ou d’un des habitants.

Elle était souvent juvénile, ne connaissant pas encore les vaccins et l’homme ne disposait pas d’une immunité solide de leur organisme constellé de pustules.

La ville était bâtie dessus, bien loin de l’architecture moderne, ce ne fut qu’un enchevêtrement de pierres irrégulières et d’un revêtement assez sommaire, bien que les concepteurs de ces habitations s’étaient appliqués à bâtir leurs oeuvres.

Quelques torches grossières éclairaient faiblement ces lieux très obscurs. Tout dans cette ville n’était que des murs en pierres de trois mètres de haut, et le sol n’était que de la boue.

Une odeur de chair putride dominait davantage que celle de la terre battue par les clapotis des trombes d’eau dans cet air froid. Dans le monde dans lequel il se trouvait, tout n’était que ténèbres, et ces derniers allaient tout le temps le poursuivre.

Au-delà du bruit de la pluie, un silence pesant régnait dans ces ténébreuses ruelles, et au loin, nous pouvions entendre des aboiements de chiens errants et des cris de douleur. La noirceur était partout entremêlée d’un silence de mort.

Il faisait froid, et les habitants grelottaient, drapés dans des tissus peu épais, que même leur cape ne protégeait qu’avec la moindre efficacité, c’était comme s’ils étaient sortis, un peu plus tôt, tout habillés des thermes.

Il était approximativement 22 h 51 ce jour-là, quand cet étranger se précipita devant un temple et tambourinant à qui voudra bien lui ouvrir cette porte, non pas seulement pour chercher un peu de chaleur, mais pour une tout autre raison.

C’était un homme d’une vingtaine d’années, emmitouflé dans une sorte de couverture de laine vulgairement tissée, dont l’humidité de son haillon, devenu terne à l’usure, lui faisait oublier ses démangeaisons par ce vent glacial.

Il toussait sans arrêt, tremblotant comme une feuille, cet étranger aux cheveux noirs, longs et sales, avait une barbe de plusieurs semaines. Il était très pâle et très affaibli. Venu d’une contrée lointaine, il n’avait compté que de très peu sur l’hospitalité des gens, ne passant que très rarement par des villages.

Dans son périple, il a connu le froid, la couleur du sang et le visage de la mort dans une période de l’histoire où il fallait survivre. Sa mission était de ramener ce manuscrit dans ce temple afin de le mettre en lieu sûr.

Pourquoi ? Ce manuscrit est sous le coup d’une étrange malédiction à qui le détiendrait, et qui pousse l’humanité en quête d’un trésor, mais qui finalement l’amène vers sa propre destruction.

Il a surmonté la terreur du jour et de la nuit. Marchant péniblement dans ses sandales en cuire remplies de scrupules, devant traverser tout le long des sentiers battus, des bois silencieux et obscurs, sentant la verdure, la pierre, la cendre et la terre remuée.

Cet homme n’a dû compter que sur lui-même et ne faisait confiance à personne. Rencontrant des bandits voulant lui dérober son manuscrit, et la maigre nourriture qu’il possédait, le produit de sa chasse qu’il avait au hasard de sa route, ou survivre aux attaques de loups dissimulés dans les buissons.

Il a dû se battre pour rester en vie, et quelques fois en prenant la vie d’un autre. La loi du plus fort régnait en maître.

Que ce soit un lièvre, un pigeon, ou les restes d’un cadavre d’un animal, il se nourrissait de ce qui lui tombait sous la main et buvait de l’eau croupie. Il s’était habitué à ce régime. Quand il le pouvait, il cueillait quelques fruits sur les arbres.

On pouvait lire dans ses yeux bruns la douleur de son corps meurtri. La peur vibrait en lui, étant dans une terre inconnue où tout n’était que mort et misère en apparences, et il se demandait s’il allait survivre et accomplir sa mission, vers cette terre lointaine et impitoyable.

Ce qui est certain, c’est qu’il ne sera plus jamais la même personne après ce qu’il aura traversé. Il a connu cette force et cette détermination qui guideront dorénavant chacun de ses pas. Son objectif en tête, ce n’était plus le moment de renoncer.

Tout son périple l’avait mené devant cette lourde porte en bois malmené, à tambouriner encore et encore, sans que personne lui réponde.

Malgré la faim et la soif, il n’abandonna pas son objectif, bien présent dans son esprit, le seul auquel il avait une dévotion sans faille en vue des circonstances.

Sous les bruits de tonnerre qui arrivaient au loin, un des moines abrités dans ce temple avait entendu le tambourinement que faisait cette lourde porte déjà vandalisée qui protégeait à peine ce lieu saint.

Vêtu d’une robe de bure souillée et d’une modeste corde en sisal en guise de ceinture, son capuchon dissimulait un visage fermé, cerné par le temps, la barbe naissante.

Ce moine avançait dans ses sandales en cuir, muni d’une torche qui éclairait faiblement les pierres des murs dans cette obscurité ambiante.

Arrivé devant la porte, cet homme saint demanda à l’étranger ce qu’il venait faire ici. Il voyait le personnage au travers d’un trou formé sur le bois, et s’inquiétait d’ouvrir à un pilleur, et il attendit la réponse de cet individu, à l’air sinistre et trempé.

En contrepartie, L’étranger lui disait la chose suivante :

- Étranger : « Je suis venu à vous pour vous apporter le manuscrit ! »

Le moine, surpris par ses propos quelque peu troublants, lui demanda de quel manuscrit voulait-il parler.

La réponse de l’étranger se faisait attendre pendant un moment, puis il répondit la chose suivante qui terrifia le moine, et cela se résumait en deux mots :

Et ces mots furent « Intus Entis » dit dans un fracas de tonnerre.

Il y avait un sentiment de terreur qui laissa entrevoir, sous sa capuche de ce moine, des yeux écarquillés et une bouche ouverte. Comme s’il venait de voir le diable en personne, car il savait au fond de lui qui était cet homme.

L’étranger était en possession d’un manuscrit très ancien. Celui-ci dévoilerait la cachette secrète d’une boite aux formes irrégulières, contenant une pierre qui aurait le pouvoir d’altérer la réalité et de traverser le temps.

Et au-delà d’emmener ce texte maudit, il cherchait un peu de réconfort dans cet environnement hostile. Il y avait une raison derrière tout cela, une histoire gravée dans le verbe d’un seul homme, la même qui a amené cet étranger devant cette lourde porte.

D’après ce que savait cet étranger, il n’y avait qu’un seul endroit où dissimuler ce manuscrit, et ce n’était pas dans la réalité où il croyait vivre, ni dans son époque d’origine. Et dans un sens, que savait-il réellement du lien qui l’unissait lui et ce texte maudit ? Et que savait-il vraiment sur lui-même ?

Les informations de ce manuscrit indiquaient, sous la forme d’énigmes, le lieu exacte où trouver la boite, et mettaient en lumière des révélations, toutes écrites avec la plume d’un ange.

Lorsque l’on cherche des réponses, il y a toujours un prix à payer. Mais au-delà du secret, il y avait un autre secret, celui dissimulé dans la dernière page qui ouvrait une porte vers des richesses insoupçonnées.

Cet étranger avait cherché une pomme d’or dans le jardin des Hespérides. Une quête désespérée à courir après des illusions, et à courir après les anges, ce que l’on y trouve ne sont que des démons, ceux de la convoitise qui rongeait son âme inconsciemment.

Ce savoir était une prison dans laquelle cet étranger avait perdu sa propre identité, et qui l’a plongé dans la folie. C’est pour cette raison qu’il voulait cacher ce manuscrit, car il s’agissait d’un objet dangereux et il ignorait tout de ses secrets afin de maîtriser son pouvoir.

Et dès qu’il en avait pris connaissances, il en est devenu inconsciemment son prisonnier. La seule manière de s’en libérer était pour lui de résoudre les énigmes à l’intérieur. Tout est écrit, il ne suffit pas de chercher, mais de trouver !

Mais pour ceux qui savent interpréter correctement les énigmes de ce texte maudit, la boite existe bel et bien et offre un immense pouvoir et un fabuleux trésor.

Le moine laissa rentrer l’étranger, il enlevait la planche qui maintenait cette porte fermée et vit le visage effrayé de ce voyageur venu de très loin apporter ce manuscrit. Cet homme saint l’invita à le suivre dans des souterrains étroits, voûtés et éclairés par la seule lueur de sa torche.

Ils arrivèrent dans l’une des dernières demeures secrètes qu’allait connaître ce manuscrit mystérieux, sous un dôme de pierres froides et sèches, où les araignées avaient tissé leurs toiles.

L’étranger donna le manuscrit au moine. Cet homme saint enleva ensuite une des dalles en pierre rectangulaires du sol, et déposa ce texte maudit dans un renfoncement qui sembla prévu à cet effet, avant de refermer la dernière demeure secrète du manuscrit.

Et personne n’avait eu connaissances cette cachette pendant presque trois siècles, mais un jour, ce maudit manuscrit finira par replonger dans la folie un homme que vous apprendrez à connaître, et qui, sans le savoir, réveillera des démons

Ceci n’est pas le début de l’histoire. Mais la conséquence d’une suite d’événements ayant entraîné cet homme dans des aventures auxquelles lui seul pouvait trouver l’unique réponse qu’il devait connaître, afin de sortir des ténèbres dont il était le seul concepteur.

Le texte dont vous allez prendre connaissance mettra en scène deux personnages qui ont, par un étrange concours de circonstances, partagé un destin commun. Vous apprendrez à les connaître au fil des chapitres.

Ces deux personnages s’appellent Ely et Justin. Ils ne sont pas nés la même année, et dans d’autres conditions que celles qui vont suivre, ils ne se seraient jamais rencontrés.

Ils ont un point commun avec cet étranger qui s’est réfugié dans un temple, mais cette forteresse est bien plus grande encore, où tout ce qu’il y a à l’intérieur n’est qu’un leurre.

Au-delà du témoignage d’événements assez troublants dont ils feront part, il y a un sujet de réflexion que chacun est libre d’interpréter, et vous allez comprendre pourquoi je dis ceci au sens figuré ! « Quand nous lisons un livre, nous devenons le livre. ».

Chapitre 2 : La grande guerre

« Le vrai combat est d’abord celui en nous-mêmes ! »

Les aventures qui vont suivre se déroulent un peu plus tard dans le temps, durant la grande guerre, en mars 1916, et prend place dans les tranchées boueuses de Verdun.

Pourquoi choisir cette année et ce lieu. Car elle revêt un symbolisme fort. Et là, il ne faut pas voir uniquement le contexte, mais aussi une forme de métaphore.

Cette grande guerre, nous la menons tous inconsciemment en nous-même. Je vous parle de cette dualité entre deux entités, l’un ressentant le bonheur et la satisfaction, et l’autre le malheur, et le mécontentement. Et l’un peut entraîner l’autre dans son univers sans distinction aucune.

Il s’agit non seulement de la quête du pouvoir entre les peuples, mais aussi celle dans chacune des personnes qui habitent sur la même planète, car nous sommes toujours à la recherche de richesses, d’une connaissance, d’une identité ou d’un titre.

Mais quel est le véritable trésor dans les aventures qui vont vous être présentées ? Vous le découvrirez, et tout n’est qu’une question de perception et de croyances où l’ami et l’ennemi ne sont jamais ceux que l’on croit.

Je vous ai parlé de deux personnages principaux un peu plus haut partageant un destin commun, et le récit qui va vous être présenté nous parle de l’un d’eux qui s’appelle Justin. Son histoire pourrait être également et indirectement la nôtre.

Il avait mené une existence l’ayant conduit dans les tranchées boueuses de de Verdun, alors qu’il n’était qu’un jeune soldat français de 22 ans. Cependant, il y avait quelque chose qu’il ignorait, et qui le conduira vers une autre guerre, celle menée à l’intérieur de lui-même.

Les cheveux bruns, long, le corps anémié, le visage sale et la barbe bien fournie, il ne le montrait pas, mais il ressentait de la peur au fond de lui. Il avait fait partie de cette jeunesse meurtrie, poussée vers les tirs de l’ennemi, mais qui était son véritable ennemi ?

Dans un conflit qui opposait deux nations, ou devrais-je dire, deux gouvernements qui n’hésitaient pas à pousser leurs enfants dans les champs de bataille, la mort et la folie les attendaient.

Certains de ces jeunes gens qui partageaient son malheur n’hésitaient pas à s’automutiler pour fuir les combats, d’autres effrayés devaient monter sur une échelle et restaient figés de peur.

En dessous d’eux, un jeune lieutenant qui n’hésitait pas à braquer son pistolet sur eux en criant « TU VAS MONTER OUI ? MONTE ! ». Et ces jeunes gens tétanisés répondirent « Je ne peux pas ! Je ne peux pas ! », agrippés à cette échelle comme si c’était le dernier lien qui les maintenait en vie.

Mais quelle était cette étrange dualité où le seul choix possible était celui de mourir sous des balles allemandes, ou sous celles d’un lieutenant ? Était-ce vraiment un choix ?

Il semble bien loin ce temps, depuis l’hécatombe et les revers qu’ont subi les troupes françaises avant de connaître une grande victoire, mais qui était réellement victorieux ? Toutes ces souffrances entre deux nations qui mêlèrent leur sang dans la terre et les flaques d’eau souillées.

Nous retrouverons bientôt dans ce chapitre ce même lieutenant qui tenait en joue des soldats d’une même patrie, et il connaîtra lui aussi la peur. Dans ce tombeau, il ne restait plus que trois hommes encore en vie, dont Justin, un autre soldat et cet officier.

L’orage grondait et il pleuvait des cordes ce matin-là sur ce champ de bataille. L’éclat du jour se dissimulait encore dans l’épaisse couche nuageuse et noire, et le bruit incessant des balles avait laissé place au sifflement du vent sur le peu d’herbes qu’il restait.

Tout l’univers de Justin n’était que ruines à des kilomètres à la ronde. Devant lui, les soldats allemands qui attendaient qu’un Français pointe le bout de son Berthier ou le haut de son casque Adrien.

Derrière lui, Justin voyait, aussi loin qu’il le pouvait, ce village détruit, où tenaient encore debout une statue d’ange et une chapelle. Il pouvait entendre aussi les barbelés qui claquaient à chaque mouvement, mués par les secousses que donnaient le vent et la pluie.

Cela donnait ce fort sentiment qu’il n’y avait plus âme qui vive. Justin se sentait seul et apeuré, et ses deux compatriotes encore en vie ressentaient la même douleur.

La veille, ils étaient encore une trentaine à résister au feu de leurs adversaires, fusil au poing et doigt sur la cross, ils devaient économiser leurs munitions, mais ils ont été très vite dépassés par les tirs et les bombardements répétitifs.

Ils n’avaient plus aucun contact avec le commandement depuis plusieurs jours, même le vaguemestre attendu tel le messie ne passait plus avec sa besace remplie de précieux épistolaires approuvés par le censeur.

Malgré tout, le commandement leur a demandé de maintenir leurs positions, et d’attendre les renforts qui tardaient à venir. Ils ont tenu tant qu’ils le pouvaient, mais le nombre de soldats diminuait progressivement, et il ne restait plus que trois militaires français en vie.

Mais ces derniers avaient un avantage, leurs ennemis pensaient qu’ils étaient plus nombreux que cela, et voyant le nombre de tirs baisser, ils croyaient qu’il s’agissait d’une ruse.

À environs une dizaine de mètres devant Justin, dans la tranchée adverse, il y avait ces deux soldats qui parlaient entre eux à voix basse et en allemand.

Il pouvait à peine distinguer le haut de leurs casques dans le peu de lumière qu’il y avait. Ils étaient ses voisins d’infortune, et ils étaient au plus près de lui, qu’il pouvait les toucher, et avait l’impression qu’ils complotaient.

Ces voix étaient très jeunes, je dirais la vingtaine, et il y avait cet accent qui était à la fois doux et assassin. Elles donnaient à ce silence entremêlé de pluie et du bruit environnant, le sentiment qu’il n’était plus le seul dans ce bourbier.

Eux aussi avaient peur, mais ils avaient tous les deux des rires nerveux d’ivresse et de folie, bien que les circonstances étaient très loin de s’adonner à la plaisanterie. On aurait dit qu’ils avaient perdu la tête dans ces ténèbres.

Leur conversation était entrecoupée de longs silences sous le vent froid et la pluie battante, avant que les deux soldats allemands ne reprennent leurs échanges.

Ils riaient nerveusement pour dissimuler la peur, mais ils étaient vraiment effrayés, autant que les soldats français encore en vie dans la tranchée adverse.

Au centre, juste un morceau de terrain vide, n’appartenant ni aux vainqueurs, ni aux vaincus, un monde entre deux mondes que l’on nommait « Le No man’s land », un paradis entre deux enfers.

Et de part et d’autre, les adversaires s’observaient, les uns étant les ennemis des autres, sans savoir réellement qui était leur véritable ennemi.

Ces jeunes soldats allemands avaient tous un idéal, endoctrinés dans un régime comme des pantins dont celui qui tenait les ficelles de ce sinistre spectacle de marionnettes était le chef d’un empire malsain. Leurs adversaires n’étaient finalement pas si différents quelque part.

Seul la paix fragile entre ces deux peuples, qui n’aura lieu que deux ans plus tard, pouvait vaincre leurs tourments. Ces jeunes hommes dont le même sang s’entremêlait dans les flaques corrompues de la pluie.

Au loin, Justin pouvait entendre les tirs de mortiers qui tétanisait l’horizon souillé et la laine verdoyante dans les morfonds des tranchées. C’était en mars 1916, et tout était embourbé dans un silence de mort qui laissait s’exprimer la noirceur des canons et des fusils.

Cette bataille avait débuté il y a presque trois semaines. Cela semblait une éternité pour ces jeunes soldats des deux camps qui devront attendre décembre pour en connaître l’issue.

Caché dans ses entrailles boueuses, Justin observait son lieutenant qui était tétanisé par la peur. Dans le cas de ce dernier, c’est comme si toute la frayeur de ses soldats avait été transférée dans son esprit.

Le courage de cet officier qui servait d’exemple aux autres hommes dans ce conflit avait disparu. Il était recroquevillé sur lui-même et pataugeait dans une flaque boueuse et sanglante.

Il se bouchait les oreilles, son corps était agressé par l’eau de pluie et le froid. Toute cette violence pouvait plonger n’importe quel homme dans la folie, ou à défaut, ils seront marqués par ces événements à tout jamais.

Dans ces mêmes boyaux un peu plus loin, un autre soldat était blessé au ventre, criait de douleur et s’accrochait tant bien que mal à un semblant de vie qui lui restait.

Des rats couraient parmi les cadavres, et Justin marchaient dessus. Ses pieds s’enfonçaient dans le sol humide que même ses brodequins cloutés ne protégeaient plus. Ses chaussettes de laine mouillée étaient aussi froides que le reste de ses vêtements qui étaient devenus lourds à porter.

Il portait un casque Adrien en acier froid dont les gouttes de pluie dégoulinaient jusqu’au cuir de sa mentonnière détachée, et il tenait entre ses mains un fusil Berthier, et l’eau s’était infiltré entre ses doigts.

L’acier et le bois de son arme était glacial. Justin avait du mal à la recharger, car ses mains étaient endolories de crevasses remplies de scrupules. Le déluge de feu et d’eau qui s’abattait sur lui n’arrangeait rien, les pieds collés dans une pataugeoire tels des sables mouvants.

Son environnement était comme l’enfer sur terre. Il était bloqué par la peur dans ce trou qui était devenu sa prison comme tant d’autres.

Il ne voyait rien d’autre que de la terre battue humide et des planches grisées, et sa tenue bleue horizon souillée par la boue l’enterrait dans une lente agonie.

Le tout dans un silence de mort où l’on ne pouvait entendre que le bruit du tonnerre, de la pluie claquer sur le sol et du vent qui s’engouffrait dans les sillons profonds des tranchées.

N’importe qui comme lui aimerait être ailleurs à ce moment précis. Et Justin essaya de trouver une solution pour sortir de ce piège mortel. Il ne restait plus que lui et quelques rats qui couraient sur des cadavres.

Seul dans ces boyaux de terre, il songeait à rejoindre le village détruit qui se situait derrière lui, et qui n’était pas très loin.

Il ne restait pour lui que trois possibilités. Rester ici et attendre que la mort l’emporte, lui et ses deux compatriotes, fuir les combats et rejoindre le village derrière lui, ou se rendre.

Mais dans sa situation, il ne demeurait plus que lui et le lieutenant, le troisième homme ayant succombé à sa blessure, et il ne savait pas ce qu’il allait découvrir dans l’autre tranchée.

Son lieutenant ne semblait plus bouger, ni entendre Justin qui lui disait qu’ils feraient mieux de partir, en oubliant qu’il avait pour ordre de ses supérieurs de tenir ses positions coûte que coûte.

Mais qu’allait-il faire tout seul avec un officier recroquevillé sur lui-même ? N’attendant pas son approbation, il prit la décision de quitter le tombeau.

Et dans un dernier effort, afin de ne pas se laisser mourir, il montait sur ce qui ressemblait à une palissade, le fusil serré d’une main, et saisissant les planches de l’autre.

La surface était glissante malgré les clous de ses brodequins boueux et humides. Il rassembla ses maigres forces à un seul but, sortir de cet enfer. Mais aucun ange n’allait le sauver de ses tourments et seul le diable était au rendez-vous.

À peine arrivé à hauteur de tête à la surface, des tirs de mitrailleuse MG08 ont commencé à retentir, sous les cris des Allemands.

Sous des coups de feux crépitants, Justin tombait dans l’immense flaque boueuse en dessous de lui, juste à côté du lieutenant, et dans sa chute, il perdit son casque, et son fusil resta englué dans ce sol inondé.

Il se releva péniblement et récupéra son Berthier en emportant dans sa main une motte de terre mouillée qui s’enfonçait dans ses crevasses sanguinolentes.

Tout d’un coup, il entendit comme le sifflement d’une mèche de dynamite et dans l’horizon grisé de la pluie, un objet ressemblant à un presse-purée et dégageant une légère fumée blanchâtre atterrissait dans sa tranchée.

Pas le temps de réfléchir, Justin eut à peine le temps de prendre un peu d’élan et de se jeter sur le côté et dans l’eau boueuse.

Une énorme déflagration assourdissante emporta dans ses entrailles, des planches, de grosses mottes de terre, ainsi que son lieutenant qui n’avait pas réagi à la situation. Cela n’a duré que quelques secondes pour que Justin finisse par se retrouver vraiment seul.

Justin ne pouvait faire autrement que de se cacher pour l’instant. Les Allemands n’avaient visiblement pas envie qu’il se rende. Il n’était pour eux qu’un point sur une mire dirigée contre lui.

Les cheveux bruns et sa barbe où dégoulinait l’eau froide qui se frayait un chemin jusqu’à sa peau lui firent prendre conscience que sa tête n’était plus protégée.

Il avait le visage fatigué et anémié, ses yeux étaient envahis par des veinules rougeoyantes, et des cernes bleuâtres se dessinaient sous ses paupières. Il ressemblait davantage à un guerrier barbare dans son manteau terreux qui n’avait plus rien de sa splendeur bleue horizon.

Il resta un moment dans son trou à attendre que le bruit des balles cessent, et il se demanda s’il ferait mieux de trouver une sortie un peu plus à l’ouest de sa position.

Justin ne savait pas combien il restait d’Allemands en face de lui, imaginant qu’ils étaient plusieurs de l’autre côté.

Réciproquement, les Allemands croyaient que dans le camp adverse, ils étaient plus nombreux que cela, et en voyant Justin sortir de sa tranchée, ils pensaient que les Français envoyaient un éclaireur en première ligne.

Ignorant tout de la situation dans laquelle il était, et sous la pluie battante comme des balles de fusils, Justin s’avançait un peu plus à l’ouest. Dans son uniforme « bleu-gris de terre » n’appartenant plus à aucun camp, il s’approcha inconsciemment vers une autre section de cette tranchée.

Tout autour de lui, il ne subsistait plus rien d’autre que des débris et des cadavres en décomposition. La peur s’emparait de Justin qui ne savait plus comment faire pour sortir de cette situation.

Justin cherchait une issue à cet enfer, mais quand le diable est là, un ange n’est jamais très loin. Et cette affirmation se confirma en avançant un peu plus loin, et en voyant cette statue aux ailes déployées qui était à plusieurs centaines de mètres derrière lui.