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Martin, pour son plus grand malheur, croise le regard d'une femme dans une librairie...
Les mondes sont dévastés, le Grand Chaos a tout emporté. Nul ne connaît la raison du désastre, mais certains accusent les élémentaristes, figures légendaires et divines. Quand Martin, apprenti botaniste, croise le regard d’une femme au détour d’une librairie, sa vie change à jamais. Menacé de mort et kidnappé, il est contraint de fuir à travers les mondes. Mais lorsque les événements prennent un tournant tragique, son destin lui échappe. Charrié entre des pouvoirs divins et la cupidité d’un homme, il devra lutter afin de préserver la Vie elle-même.
Découvrez sans plus attendre ce roman fantastique dans lequel un jeune homme va vivre des événements incroyables auxquels il n'était pas préparé. Un roman fantastique à couper le souffle.
EXTRAIT
Au petit matin, après une nuit de sommeil bercée par les chocs du train express sur la voie ferrée, le trio arriva au terminus, une petite ville près de la frontière de Tirk. Ce royaume n’était pas connu pour être une terre d’accueil, ou pour la bienveillance de ses autorités. En réalité, le pays se gardait de faire rentrer toute autre personne que les Tirkiens et les marchands. Et tout le monde leur fichait la paix, car les vallées de Tirk donnaient naissance aux meilleurs vins qu’il soit, Martin le confirmait d’expérience.
Le trio quitta la ville dans une calèche bâchée, tirée par deux robustes chevaux. Le botaniste cherchait tant bien que mal une position confortable sur le bois dur du véhicule, et laissait son esprit vagabonder à la vue des étendues herbeuses à perte de vue. Vers midi, alors que la platitude de la terre se muait en courbes, Nil héla le jeune homme :
« Martin, nous allons atteindre la frontière dans moins d’une heure. Tu resteras à l’arrière avec Nelwene. Tu vas lui bander les yeux et je vous ferai passer pour mes enfants. Nous sommes des Tirkiens revenant au pays suite à un échec après le Grand Chaos. Ton nom si on te le demande sera Skire, compris ?
— Oui », opina Martin.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Elsa Lunel - Née à Marseille en 1998, j’y ai vécu pendant 15 ans avant de partir pour Toulouse, où je poursuis des études d’archéologie. Grande amatrice de Fantasy et de Science-fiction, je pioche mon inspiration dans mes lectures d’enfance, mais aussi dans la mythologie, l’anthropologie culturelle et l’archéologie.
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Seitenzahl: 229
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Nelwene
À mes parents qui ont fait naître mon imagination,
À mes grands-parents qui me soutiennent,
À mon frère que j’admire,
À Lisette et Toinou qui ont abreuvé ma créativité,
À Lutin qui m’inspire en secret,
À tous mes amis qui sont une source sans fin de motivation
.
Dans la Cité Mère, trois cœurs battaient. L'un fuyait, l'autre pleurait, et le dernier observait.
La Cité était calme, sans vie.
Seule, une silhouette lointaine dans le cimetière était témoin de ce vide inhabituel. Aux pieds d'un immense palais blanc dormait un lac. On pouvait à peine distinguer de nombreuses ombres figées à sa surface. Il serpentait, entre ces ombres, un chemin. Un chemin de dalles, qui flottait sur l'eau.
Sur ce chemin de dalles se tenait un homme silencieux, il regarda autour de lui.
Ce n'étaient pas des ombres, c'étaient des statues de marbre.
Juste des statues d'hommes, de femmes et d'enfants.
Vraiment ?
Quelque chose était niché aux pieds de l'une d'elles.
Une petite fille.
La petite émit un reniflement, une larme coula, et puis une autre, puis bientôt des dizaines.
Le ciel pleura avec elle.
L'homme observa la scène, et y mêla ses larmes.
Cela lui parut durer une éternité.
Il se ressaisit, il devait partir, il devait la protéger.
L'homme prit la petite dans ses bras, elle ne protesta pas.
Ses larmes séchèrent, et elle s'endormit.
Ils partirent sous un ciel nuageux.
[...] Le Grand Chaos est sans conteste la plus grande catastrophe que notre univers ait connue. Ainsi, je demande l'autorisation d'enquêter sur les causes de ce désastre. Il n'y a pas de doute que les élémentalistes soient impliqués dans ce cataclysme. [...]
Extrait d’une lettre de Jules Arthiur au conseil de l'Académie des sciences.
Le jeune homme se démenait dans la marée humaine qui le cernait. Ses yeux cherchaient en vain la sortie de cet imbroglio de couleurs et d’odeurs. Ces dernières affleuraient à son nez avec ardeur, et ne produisaient qu’un horrible dégoût. Trop de senteurs s’étaient mêlées. La force des épices, la fumée de viandes, et l’acidité et l’âcreté des fruits se joignaient à l’odeur des habitants.
Et de ce que le garçon percevait, certains ne possédaient pas de baignoire, et dédaignaient les bains publics.
Soudain, il sentit sa botte glisser dans le sol boueux, il agita les bras devant lui et s’agrippa in extremis à un commerçant qui lui agitait ses produits sous le nez. Le jeune homme souffla, il n’était pas passé loin d’un bain de boue. Il jeta un regard gêné au vendeur et lui demanda la route la plus proche vers sa destination : au livre d’or.
Après un remerciement, le garçon soupira bruyamment. Tout ça pour des fichus bouquins ! Pendant un court instant, l’idée de mentir à son maître lui effleura l’esprit, et si le libraire n’avait jamais reçu ses livres ?
Il soupira, jamais il ne le croirait, sa culpabilité s’afficherait sur son visage comme le soleil dans le ciel.
L’apprenti tendit les bras devant lui pour forcer le passage. Mais il était dur d’être respecté dans une foule aussi dense en étant plus petit que la plupart des gens. De nouveau perdu dans la marée humaine, il réussit à obtenir un autre itinéraire d’un marchand persistant qui lui agitait ses carottes sous le nez.
Après une bataille acharnée pour trouver le chemin, il s’extirpa enfin de la foule. Il faisait face à une ruelle aux murs crépis de bleu, qui débouchait un peu plus loin sur un escalier tortueux.
L’odeur et la cacophonie du marché se dissipèrent peu à peu dans la ruelle vide. Le jeune homme s’arrêta en remarquant le panneau qui marquait sa destination, et il détailla celle-ci.
La librairie n'offrait rien d'exceptionnel au premier abord, ni même au second. La devanture verte s’écaillait et montrait la vieillesse du bâtiment. Les vitres déjà bouchées par des livres s’obscurcissaient plus encore sous une couche de poussière. Le jeune homme distinguait à peine le reflet blond de ses cheveux dans la vitrine opaque de saleté qui encadrait la porte d’entrée. Celle-ci, décorée de fleurs et de gravures autrefois dorées, semblait venir d'un autre monde.
Il entra et une petite cloche de cuivre tinta mélodieusement. Contrairement à ce que laissait penser l'extérieur, l'intérieur était spacieux, grand, et tout en profondeur.
À l’accueil se tenaient à gauche deux fauteuils anciens molletonnés verts et une table basse en bois massif marquée par divers liquides. En face de l'entrée, en bas de quelques marches de marbre gris et miel, la librairie en elle-même : ses bibliothèques anciennes de bois foncés par le temps, et leurs livres plus ou moins gros, proprement rangés.
Sur la droite, un comptoir de marbre gris jonché de livres de comptes qui laissaient supposer l'ancienneté et la prospérité de l'établissement. Derrière ce bureau, une grande bibliothèque sous verre contenait les plus précieux livres de la librairie et les plus anciens. Et derrière ce grand comptoir, l'air austère, la barbe broussailleuse et l'œil noir, un homme le fixait.Le garçon sursauta, il ne l’avait pas vu, trop occupé à détailler l’endroit.
« Bonjour, puis-je vous être utile ? demanda poliment l’homme.
— Oui, je viens chercher les commandes du professeur Amarius.
— Un instant, je vous prie, déclara l’homme en feuilletant un registre. Malheureusement, reprit-il, je n’ai reçu que le « Traité de la bonne utilisation des vecteurs transépineux des Ficiliaeprea », le second ouvrage arrivera demain en fin d’après-midi.
— D’accord, pas de soucis, je repasserai.
— Je vais chercher votre commande monsieur… ?
— Arthiur. Martin Arthiur.
— Comme le chercheur Arthiur ? questionna le gérant en soulevant un sourcil.
— Oui, c’est mon père. Vous le connaissez ?
— Seulement de nom, affirma le libraire. Je vais chercher votre commande. »
Martin acquiesça, il lui avait semblé que le libraire avait tiqué à l’entente du nom de son maître et de son père. En dehors des cercles de chercheurs, ils n’étaient pas connus. Le jeune homme haussa les épaules et porta son regard vers les étagères.
S’il se considérait comme un gros lecteur, cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas lu pour son plaisir, trop occupé à étudier les traités et recherches des collègues de son maître sur la botanique et l’herboristerie.
Il se mit à flâner entre les étagères.
S’il n’était pas convaincu par ses études, il essayait tout de même de les réussir avec brio, histoire de satisfaire son père et d’avoir la paix.
Il s’arrêta un instant en remarquant une cape disparaître derrière une étagère.
Il haussa une nouvelle fois les épaules, sûrement un magasinier. Il tourna à son tour.
Toute sa vie, il avait rêv…
« Aaaah ! s’écria Martin. »
Il vit le parquet se rapprocher avec dangerosité et ferma les yeux, craignant l’impact.
Mais, il fut stoppé par une masse devant lui. Une personne venait de le rattraper.
Confus, le garçon jeta un coup d’œil en arrière pour comprendre ce qu’il venait de se passer. Il comprit en voyant un escabeau renversé, il s’était pris les pieds dedans.
L’apprenti porta une main à son front et se mordit la lèvre avant de se retourner vers son sauveur. En l’occurrence, une jeune femme de près de son âge.
Vêtue d’une cape noire sur une robe rouge, son port était altier, sa chevelure noire ondulait longuement sur ses épaules, et sa capuche glissait vers l’arrière de sa tête, laissant voir son visage.
Elle était d’une pâleur extrême, même ses lèvres fines roses ne parvenaient pas à lui donner un peu de couleur. Son nez droit semblait d’ivoire, et ses yeux d’amande se baissèrent instinctivement, mais trop tard.
Martin poussa un nouveau cri et recula précipitamment. Il hurla cette fois de douleur en heurtant violemment l’escabeau puis le parquet. Quand il fut sur pieds, la fantomatique jeune femme avait disparu, mais Martin entendait ses pas précipités derrière lui.
Incertain de ce qu’il venait de voir, il resta un instant coi. Puis, il prit sa suite.
Il débouchait à l’accueil, quand la voix du libraire le tétanisa de peur.
« J’ai trouvé votre commande, monsieur.
— Je… je … vous l’avez vue ?
— Qui donc, monsieur ?
— La femme, bon sang !
— Une femme, monsieur ? questionna le gérant, aussi impassible qu’une tombe.
— Oui, elle était là-bas, répondit frénétiquement Martin en pointant du doigt les étagères. Puis, elle est partie !
— C’est cela monsieur… renifla le libraire devant la mine affolée du garçon. Cela vous fera quinze pièces d’or. »
Martin ne répondit pas, abasourdi. Venait-il de rêver ? Il lui semblait devenir fou, ce n’était pas possible ! Il sortit de sa bourse le compte, et lâcha en tremblotant les pièces sur le comptoir. Il attrapa l’ouvrage et le cala contre sa poitrine, comme pour se rassurer.
Il quitta la librairie d’un pas inquiet.
Le chemin du retour se passa comme dans une bulle de coton, rien ne lui ne parvenait aux oreilles, ni les babillages des enfants, ni les cliquetis des calèches ou le tintement de la cloche du tramway. Rien ne lui parvenait aux narines, ni l’odeur de savon sortant des bains qui ponctuaient sa route, ni l’odeur brûlée des pierres-énergies brisées.
Il toqua à la porte de la demeure de la sœur de son maître, et laissa le valet prendre son manteau. Et pénétra dans le magnifique jardin où l’attendait le professeur.
Des roses rouges de la Terre formaient des arabesques touffues s’entrelaçant avec des Gloy d'Irrion aux quatre pétales de couleurs différentes. Des Quar de Ploll, délicates fleurs noir et blanc, formaient un rideau léger du haut de leur immense tige se mêlant aux branches d’une glycine en fleur. Le tout formait un magnifique spectacle de couleurs et d'odeurs, véritable cacophonie olfactive et visuelle.
Derrière ce fin rideau multicolore se tenait le professeur Amarius. L’éminent botaniste d'une soixantaine d'années, au crâne chauve et à la face ridée, marquée par des yeux noirs. Martin s'était souvent fait la réflexion qu'il ressemblait à une chauve-souris avec son petit nez et ses yeux globuleux.
Spécialiste de toutes les fleurs et plantes des différents mondes, il était l'un des rares à être allé sur Terre avant le Grand Chaos. Il était aussi le détenteur du record du plus de pizzas mangées en une minute. Record qu'il avait gagné sur Terre dans un pays sur un continent vers l'ouest, mais il ne se vantait guère trop de ce titre.
Il préférait mettre en avant ses recherches qui aidaient à la confection de médicament ou à l’amélioration de l’agriculture.
« Alors mon garçon, s’égosilla le botaniste, tu as mes livres ?
— Juste un, murmura Martin, ils recevront le second demain en début d’après-midi.
— Très bien. Tout va bien, mon garçon ? » questionna d’un ton inquiet le maître devant la mine déconfite de son élève.
Martin écarquilla les yeux et déglutit, il força un sourire avant de répondre d’une voix mal assurée. « Tout va bien. Je suis juste un peu fatigué. »
Et je deviens fou à lier, pensa-t-il.
Il passa le reste de l’après-midi à n’écouter que d’une oreille son cours et alla se coucher en espérant qu’une bonne nuit de sommeil résoudrait ses problèmes.
Alors que Martin venait de sombrer dans la douce chaleur de ses draps depuis quelques heures, une douleur froide au cou le réveilla en sursaut.
Il tapa mécaniquement sur sa lampe de chevet pour déverrouiller sa pierre-énergie derrière son cache blanc. Puis, à peine la lumière venue, son bras tomba mollement sur le côté. Le garçon se sentit très léger.
« As-tu parlé ? »
Martin tenta de hurler en entendant la voix rauque qui provenait de sa chambre. Ne pouvant tourner la tête tant son corps était lourd et ne répondait plus à ses ordres, il ne distinguait pas d’où la voix provenait.
« Cligne une fois pour oui, deux fois pour non.»
Martin sentit les larmes lui monter aux yeux. Que se passait-il ? Venait-il d’être drogué ? Il essayait de réfléchir à ce qu’on venait de lui injecter dans le corps, cherchant dans sa mémoire de botaniste. Puis, percevant un souffle près de son oreille, abandonna sa recherche. Ce n’était pas le bon moment pour ressasser ses cours.
« J’attends. »
Un flash vint à Martin. La femme ! C’était d’elle qu’il parlait ? Il n’avait donc pas rêvé ?
« Très bien. Si tu ne souhaites pas répondre, je prends ça pour un oui. Navré de devoir te tuer. »
Martin cligna deux fois des paupières.
« Bien, je m’en serais voulu de salir des draps propres »
Martin soupira intérieurement.
« Mon garçon, si tu craches quoi que ce soit. Tu meurs. Et les autres avec toi. »
À cet instant, Martin se félicita d’être passé aux toilettes avant de dormir. Il se vidait de toutes les larmes de son corps tandis qu’une nouvelle douleur froide le prenait au cou, et qu’il sombrait dans un profond sommeil.
Et cette nuit-là, il rêva du bleu des vagues immenses de la mer. Du vert d'une forêt silencieuse mêlé à la terre. Du vent translucide qui soufflait en de puissantes bourrasques. Du feu, ardent brasier rouge. Du bleu profond de la nuit parsemé d'étoiles aussi éclatantes qu'un soleil. Du blanc le plus pur, celui qui naît dans les endroits les plus obscurs. Du noir des ténèbres qui vous glace le cœur. Et d'un arc-en-ciel, chatoyant jeu de couleurs, qui vous ravit l'âme.
Il rêva des yeux de cette jeune femme qui prenaient toutes ces teintes les unes après les autres.
Très cher confrère Jules Arthiur, nous avons soumis votre demande au conseil, elle est acceptée, cependant, notre nouveau collaborateur a eu vent, nous ignorons toujours comment, de votre projet. Il vous invite à lui fournir un rapport sur vos découvertes.
Lettre du président du conseil de l'Académie des Sciences à Jules Arthiur
Martin se réveilla en sursaut et plaqua sa main sur son cou. La respiration haletante, il sentait des perles de sueur sur son front. Il cligna des yeux, cherchant à s’accoutumer aux faibles rayons de soleil qui transperçaient ses volets. Une fois habitué, il épia sa chambre d’un air inquiet.
Rien à signaler. Il posa les pieds au sol et sentit ses jambes cotonneuses lui intimer de rester assis un peu plus longtemps. Il gratta l’emplacement de la piqûre de la veille, sa peau le lancinait un peu.
Dans un soupir de soulagement d’être toujours en vie, il se souvint de la frayeur de la veille. Les yeux changeant de couleurs, et la voix rauque et caverneuse le menaçant de mort.
Il espérait rester en vie, et réfléchit à ce que son maître chanteur avait bien pu lui injecter, afin de prévenir tout autre effet indésirable.
Quelques respirations profondes plus tard, l’apprenti botaniste conclut à l’utilisation de l’echmésiairrionien, une plante utilisée comme sédatif à forte dose, et dont son maître étudiait d’ailleurs les effets à très forte dose. Martin se gratta la tête, à cet instant, ces informations lui échappaient, et il s’en fichait. On lui avait inoculé une faible dose, sinon, il serait encore en train de dormir, et ce pour quelques jours.
L’apprenti s’étira et se leva pour faire sa toilette et manger.
Attablé devant ses tartines et son thé, il grimaça quand son maître entra dans la pièce, vêtu d’un unique caleçon.
« Bonjour Martin !
— Bonjour monsieur, annonça le garçon en mâchouillant son pain.
— N’oublie pas, tu as encore des courses à faire aujourd’hui, une liste est sur le comptoir à l’entrée. Tu dois chercher nos tickets et récupérer le dernier livre. »
Martin avala de travers. Le professeur cria et se précipita vers lui tandis que le visage du garçon virait au rouge. Le vieil homme tapa violemment dans le dos de son élève, et celui-ci cracha sa nourriture en une toux sèche et violente. Il porta ses mains à sa poitrine, surpris de ne pas être déjà mort.
« Eh bien, mon garçon, tu m’as fait une sacrée frousse ! »
Martin hocha la tête avec un sourire contrit. Son estomac se contracta. Il devait retourner à la librairie ? Après ce qu’il avait vu et les menaces ?
Il jeta un regard implorant à son maître, mais déjà il lui avait tourné le dos.
Martin ne pouvait lui expliquer son refus sous peine de mort.
L’apprenti se levaet prit la liste et la porte de sortie, la mine blafarde.
Il décida de passer d’abord à l’hôtel des Mondes, acheter les tickets pour passer de la planète Vor sur laquelle ils se trouvaient jusqu’à Irrion, pour rejoindre la capitale de la république deVolkr, Sarez.
Il entra dans le premier tramway en direction de l’hôtel, au centre de la ville. Contemplant les façades colorées de la capitale et le brouhaha des passants et des calèches.
Il descendit à l’arrêt de l’hôtel, à quelques mètres du bâtiment qui étalait ses cinq ailes comme les créneaux d’un château.
Il longea les murs de pierres grises et remarqua la présence de nombreuses affiches, affichant différents slogans, mais touchant au même but. Non à l’isolation de Calem ! N’ayons pas peur des Sauvages. Soutien aux peuples de Calem. À bas la Sauvagerie. Stop à la tyrannie du Peuple d’or !
Martin se mordilla la lèvre inférieure, la situation devenait de plus en plus tendue avec le boycott de la troisième planète autorisée. Sur la planète gangrénée de plus en plus par les clans Sauvages, les marchands de Vor et d'Irrion désertaient les transactions, tout comme les gouvernements qui ignoraient l’aide implorée des très nombreux pays de la plus grande de toutes les planètes. Seule la Grande Istram gardait la tête hors de l’eau, grâce à sa main mise absolue et incontestée sur le commerce interplanétaire.
Le jeune homme entra dans l’imposant bâtiment, point névralgique du pays, et chercha le panneau des guichets pour Irrion. Il se glissa dans l’une des files du grand hall, et patienta en épiant les conversations.
« Mon frère vient de revenir, chuchota une femme vêtue d’une robe rouge.
— Il va bien ? demanda sa compagne.
— Oui, mais il est un peu chamboulé par ce qu’il a vu…
— Tant que ça ?
— Oui, il dit que la situation terrienne est horrible. Ils sont presque tous morts.
— Et les gouvernements de Vor ne font rien ? »
La femme en rouge secoua négativement la tête et Martin perdit le fil de la conversation. Sa file avançait bien plus vite, et il se retrouva bientôt au guichet.
« Bonjour Monsieur.
— Bonjour, il me faudrait deux tickets pour neuf heures trente demain en direction de Sarez. Deux adultes, un natif et un touriste s’il vous plaît, demanda Martin en appuyant sur son accent chantant hérité de son pays natal, Yraz sur Irrion.
— Voici vos tickets, répondit nonchalamment le guichetier en tendant deux cartons bleu et blanc et en récupérant l’argent. »
Martin les saisit et alors qu’il longeait la file en sens inverse, un long frisson lui parcourut l’échine. Il se stoppa net et balaya la salle du regard. Parmi les visages dociles ou qui bavardaient, il captura le bleu aux reflets d’acier d’un regard perçant, pointé dans sa direction.
L’homme à qui appartenait ce regard le fixait, ses mâchoires épaisses et burinées semblaient de fer, et son nez droit lui donnait un air sévère. Air accentué par la cape brune rapiécée qui le couvrait intégralement, qui cachait avec peine sa carrure affutée.
« Excusez-moi, vous bloquez le passage, le héla une voix dans son dos. »
Martin se retourna et marmonna une excuse en se décalant. Il reporta son attention sur la foule, recherchant l’homme, mais il avait disparu.
L’apprenti déglutit. Se pourrait-il… ? Il secoua la tête, non, impossible. Il rangea les tickets dans sa besace et prit d’un pas précipité la direction de la sortie. Mais une étrange sensation lui serrait le cœur et le ventre.
Martin espérait de toute son âme qu’il se trompait, il jeta des regards inquiets autour de lui et prit la direction du marché. Il lui restait quelques heures avant le début d’après-midi, alors il entra dans un troquet pour se rafraîchir et manger un morceau. Mais la boule au ventre refusait de s’estomper et il mangea difficilement.
Une fois l’heure presque venue, il détala vers la librairie, sans s’arrêter et en épiant chaque coin de rue à l’affut du regard de glace. Il entra rapidement dans l’édifice livresque et attendit en trépignant sa commande. Sans plus insister, il déguerpit aussi sec, craignant de revoir la jeune femme et ses yeux, ou d’entendre la voix caverneuse avant de s’étouffer dans son sang.
C’est les mains moites et la respiration courte qu’il finit sa journée en compagnie de son maître à préparer leur départ pour leur séminaire à Sarez.
Le lendemain, le professeur et l’élève patientaient dans la file d’attente pour leur passage dans un silence de plomb. Martin ignorait la mine inquiète de son maître qui ne comprenait guère le soudain silence et l’extrême anxiété de son protégé.
« Enfin Martin, ne me dis pas que le transfert t’effraie ?
— Un peu monsieur, mentit Martin.
— Enfin ! Tu as pris le portail un certain nombre de fois, cela n’a pas changé ! Les pierres-énergies sont parfaitement maîtrisées. »
Martin marmonna un vague acquiescement. Même s’il savait pertinemment que la poudre des pierres-énergie utilisée pour les transferts pouvait parfois ne pas marcher, et avoir des conséquences désastreuses…
Heureusement, comme dans la grande majorité des cas, le transfert se déroula sans encombre, et le duo de botanistes arriva dans l’hôtel des Mondes de Sarez sans souci. Ils acquirent une carte de transport pour la ville entière et quittèrent le cercle du centre par le tramway en direction des cercles extérieurs.
Martin regarda défiler les habitations blanches aux toits d’ardoises, agglutinées les unes aux autres formant les limites entre les cercles concentriques qui formaient la ville. Martin n’ignorait pas que ce système de cercle imitait celui de la Grande Istram, qui fascinait tant de monde.
Ils descendirent dans un petit quartier paisible, celui des botanistes, des alchimistes et s’installèrent à un petit hôtel fleuri dans un coin très arboré. Martin déballa ses affaires et entreprit d’aller avec son maître chercher leur laissez-passer pour le séminaire du lendemain et explorer un peu les environs.
Le soir venu, malgré ses pieds meurtris, Martin abandonna le professeur Amarius pour la soirée afin de se ressourcer un peu seul dans l’un des parcs du paisible quartier.
Assis sur un banc, les bras croisés sur le torse, il contemplait le ciel se couvrir d’étoiles. Il ne prêta pas attention aux bruits de pas qui se rapprochaient de lui avant de s’arrêter à quelques mètres. Il regarda avec étonnement les astres brillants disparaître sous un épais nuage, et il sentit le souffle glacial du vent s’engouffrer dans ses habits. Inquiet, il baissa le regard pour distinguer, à quelques pas de lui, une forme fantomatique plantée les mains sur les hanches.
Martin sursauta quand la forme pointa un doigt accusateur vers lui et qu’un éclair déchira les cieux.
« Toi ! cria la forme d’une voix féminine grave et sans appel. Que fais-tu encore là ? »
Martin écarquilla les yeux et se leva précipitamment quand la femme enveloppée dans une cape noire s’approcha à grands pas de lui.
« Réponds ! Qui es-tu et que fais-tu ici ? Tu me suis ?
— Moi ? demanda Martin en vérifiant que personne ne se trouvait derrière lui.
— Oui, toi, répondit la voix d’un ton exaspéré.
— Je suis à l’hôtel à deux pas d’ici, pour un séminaire sur la digestion des plantes carnivores. »
La femme recula un peu, comme réfléchissant, et lui demanda au bout de quelques secondes d’une voix froide.
« Ton nom ? »
Un éclair frappa de nouveau.
« Martin, Martin Arthiur. »
D’un coup, le vent cessa comme l’orage et le ciel se dégagea.
« Je vois, rit la femme. Sacré joueur Nil… »
Martin fronça les sourcils, il ne comprenait pas.
« Viens », ordonna la femme en saisissant avec une force insoupçonnée le bras du garçon.
Martin tenta de protester, mais la voix cinglante de la femme le refroidit sur place.
« Suis-moi, ou je te tue. »
Martin sentit sa bouche s’assécher et son estomac se tordre. Dans quoi s’était-il fourré ?
La femme le fit pénétrer dans une maison identique à ses voisines, et verrouilla la porte derrière elle. L’encapuchonnée lui indiqua une porte sur sa gauche d’où s’échappait une odeur de soupe.
Martin entra avec hésitation, mais la main de la jeune femme le poussa dans la pièce.
Derrière une table de bois où reposaient trois bols de soupe garnis à rasbord, une figure souriante dont Martin reconnut aisément les yeux froids et les traits lourds. L’homme de la file.
Le botaniste se retourna vivement vers sa ravisseuse et poussa un petit cri en la voyant, capuche tombée. Ses yeux rouges détonnaient sur sa peau d’albâtre.
Martin s’éloigna d’elle et percuta la table sous le regard bleu amusé de l’homme. Et la voix rauque et caverneuse qui le menaçait deux nuits plus tôt s’échappa de ses lèvres fines.
« Martin Arthiur, ceci est un enlèvement.»
Les élémentalistes, ou élémentaristes, aussi réels qu’ils soient, suscitent toujours une certaine incrédulité dans l’esprit des gens. Certains refusent d’admettre leur existence et préfèrent les garder au nombre des légendes. Cependant ils sont bien réels. Vivant reclus loin de toute autre personne, ils influent sur notre existence considérablement. Tout n’est-il pas venu de l’Ultime comme l’appellent les habitants de Calem ? Le Septième, comme nous l’appelons ici ? N’est-il pas la Vie ?
Extrait des Faits avérés contre les légendes de nos contrées, de PasaliusMoy.
« Pardon ? articula Martin, la voix chevrotante.
— Tu es bien le fils du chercheur Jules Arthiur ?
— Oui, et… ?
— Et alors nous t’enlevons pour faire chanter ton père.
— Ah... »
Martin ne savait que dire, il dévisageait sans comprendre la figure de l’homme.
« Pourquoi ? se risqua le botaniste.
⸺ Pour qu’il arrête ses recherches. »
Martin ne put s’empêcher de laisser un sourire s’échapper.
« C’est mal parti… » murmura-t-il.
L’homme aux yeux bleus lança un regard interrogateur à sa comparse.
« Je veux dire, je ne suis pas sûr que m’enlever soit un bon argument, enchaîna Martin. Il ne se rendra même pas compte que je suis absent, même si Amarius le prévient.
— Nous verrons », acheva l’homme.
D’un geste de la main, il l’invita à s’asseoir. Le regard perdu dans son bol de soupe fumante, Martin se fit la réflexion qu’il s’agissait de l’enlèvement le plus étrange qu’il soit. Il jeta un coup d’œil à la femme aux yeux multicolores, elle lui rendit un regard noisette gêné. Son visage abordait une aura plus amicale que ses paroles.
« Tu devrais manger, Martin, nous partons dans une heure, lui dit-elle d’une voix chaleureuse.
— Au fait, questionna le botaniste. Pourquoi vouloir faire cesser les recherches sur le Grand Chaos ?
— Car cela ne regarde pas ton père, déclara sèchement l’homme.
— Ah. Pourtant, une série de catastrophes qui dévaste les cinq mondes concerne tout le monde, non ? » enchaîna Martin d’un ton innocent.
L’apprenti se rembrunit lorsque les yeux de glace le percèrent de toutes parts dans un horrible silence.
« Que sais-tu du Grand Chaos ? demanda son ravisseur.
