Nina & Nino - Al Barlino - E-Book

Nina & Nino E-Book

Al Barlino

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Beschreibung

Tu peux être disait Nina. Etre ou ne pas être? Pour Nino c'est une autre histoire, le présent change la donne, il peut, oui on peut toujours, mais qui était-il et pour qui? L'ami, le croyant, l'amant ou peut-être juste une âme laborieuse? Il a besoin de savoir, c'est indubitable... C'est à cette question dérangeante que va essayer de répondre le narrateur. Il est leur ami à tous les deux ou du moins il l'était. Pour lui aucun doute, il y a une vie après la mort. Il va s'intéresser à Nina et son histoire, portrait de femme s'il en est. Lui seul peut en comprendre le sens, car il détient les clés d'une énigme policière non résolue et il ira traquer cette vérité basique dont son ami a besoin pour tourner les pages.

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Seitenzahl: 228

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Avertissement: ‘’Nina & Nino’’est une entière fiction. Le lecteur qui souhaiterait y voir des ressemblances avec la vie réelle ou des personnes réelles le fera sous sa propre responsabilité. Le roman est certes inspiré de quelques faits observés ou entendus mais pour l’essentiel, il s’agit de choses inventées y compris les personnages et l’intrigue imaginée à partir d’un simple fait divers qui a pu peut être se produire, mais en tous points différent car ce récit n’est que le fruit de l’imagination de l’auteur.

Dédicace et citations …

A l’amitié, l’amour et aux amis regrettés à qui je veux encore rendre hommage.

(L’auteur)

Il y a toujours quelque chose de concomitant à une séparation. Le désamour, s’il survient est une conséquence des deux choses. Dieu préserve les âmes de ceux qui se sont aimés.

(Le Narrateur)

Tout être qui a vécu l’aventure humaine est moi.

(Marguerite Yourcenar)

(Les citations courtes et parfois écourtées qui apparaissent en début de paragraphe se rapportent naturellement au sujet, mais ce sont surtout des idées ou pensées qui montrent que les points de vue d’un auteur, artiste ou écrivain peuvent se faire l’écho d’autres temps et d’autres mœurs. Marguerite Yourcenar parce qu’elle est une femme de grand talent et Stendhal parce que certains de ses thèmes coïncident bien avec le sujet sont les plus cités mais tous ont conforté l’auteur dans son intention purement littéraire… Pour ce qui est du Narrateur c’est une autre histoire, il fit son apparition à point nommé car sans lui point de narration… Donc, ‘’je’’ est un autre, ce qui est impossible, mais pas incroyable...)

Sommaire

Une famille sans histoire

Une mère et sa fille

La discussion

L’infamie sous seing privé...

Un projet bien compromis

Corpus delicti...

La personne adéquate

Back home

La rencontre

A deux on est plus fort

De la mémoire à la fiction

Analyse post-mortem

Bis repetita (placent)

De nouveaux indices …

Cold case...

Un suspect trop improbable...

Rembobiner...

Se revoir...

La vérité...

Une agréable parenthèse

Un examen de conscience...

Plus qu’un meurtre !

L’épilogue des artistes

In limine

Il faut préférer, ce qui est impossible, mais vraisemblable, à ce qui est possible mais incroyable. (Citation de Aristote; la Poétique IV ème s. av. JC)

Je suis le narrateur peu importe qui je suis mais tout de même j’ai vécu et cela ne peut que transparaître à travers les mots que j’emploie, à travers les lignes qui vont suivre et les scènes que je décris, extraites du réel autant que de mon imagination. En voyant venir mon ami à l’hôpital, je ne me doutais pas que ce serait lui qui serait encore là quelques années plus tard à occuper mon âme de défunt, alors qu’elle n’aspire plus qu’au repos éternel.

Ce jour là, s’il s’était fait appeler Benoît, Pierre, Paul, Jacques ou même François, ça n’aurait eu aucune importance pour moi, car contrairement à lui, je ne m’intéressais pas à la vie des saints, tout au plus je me serais dit en moi même que la Providence et le Tout puissant avait mis sur mon chemin un homonyme du Pape... En fait c’est juste un personnage de roman qui peut changer de prénom à chaque histoire qui est contée, je vais donc le baptiser autrement, comme cela il n’y aura pas de risque de malentendu, et je ne mêlerai pas l’Église à ses histoires. Disons que c’était Nino pour faire simple, à prononcer à l’italienne avec l’accent tonique, eu égard à ses origines dont il est fier, un prénom qui signifierait ‘’dieu fait grâce’’et qui lui correspond bien, en contrepoint de Nina, sa chère et tendre.

Quand je l’ai vu débarquer dans ma chambre d’hôpital, (SC1) j’ai vu à son visage qu’il était surpris de me voir avec mon bonnet de nuit à l’ancienne et ma chemise de nuit, ce qui, à l’entendre, ne se faisait plus depuis des lustres, mais ce qui lui inspira un sourire franc et direct à la Duchenne. Je compris ce jour-là que notre amitié était une réalité incontournable ancrée dans nos esprits chagrins pour l’éternité.

Oui, peu importe son nom, peu importe qu’il eut eu des ascendants bien nés de l’autre côté des Alpes et un nom qui le rappelait, l’essentiel était dit et quelques années plus tard quand il me fallut rendre l’âme, je songeais tout simplement à mon pote avant de dire adieu à mes proches, oui à mon pote Nino qui avait toujours été là dans les moments difficiles depuis notre rencontre et cette fameuse journée à l’hôpital…

Alors que tout le monde s’affairait autour de moi (SC2) je voyais défiler mon passé et je ne pouvais m’empêcher de penser à ces beaux jours que nous avions vécus ensemble, aux moments de baignade dans le lac, lors de cette première sortie quand nous nous sommes connus et avons déjeuné au restaurant en groupe et puis que je m’étais baigné, oui moi l’ancien, abîmé par les ans et la maladie, juste baigné sous son regard plein de mansuétude, avec ses deux jeunes fillettes tout juste âgées de dix et douze ans qui avaient choisi elles aussi de se tremper dans l’eau un bel après midi d’été... (SC3) Elles étaient là ses deux jeunes enfants, à l’aube de l’adolescence riantes à souhait dans une ambiance de bonne humeur non feinte et c’est cela qui me fit comprendre l’importance du père dans la vie et l’éducation d’une jeune fille, d’autant que moi-même j’avais aussi une fille un peu plus âgée et que j’étais comme lui très attentif à son devenir et à son bien-être physique et moral. Cette sorte de paternité bienveillante que nous avions eu en commun, dans le sens ou ceci avait beaucoup de sens et d’importance pour nous deux a sans doute été l’élément déterminant qui a scellé notre belle amitié.

On l’aura compris je ne suis donc plus de ce monde et s’il m’est donné de pouvoir raconter une histoire c’est que j’en ai posé les bases lorsque j’étais encore en vie et que seule la Providence m’en donne ainsi le loisir. Étant donné que ma situation de défunt admis au tribunal céleste m’offre une vue sur le monde que je n’avais pas auparavant et pour rendre sa sérénité à mon ami, j’ai donc décidé de narrer cette romance et de figer ainsi dans un texte ma vision du monde. De mon temps, vivant j’avais fait quelques essais d’écriture mais comme cela n’intéressait personne, j’avais préféré m’occuper d’autre chose, notamment de mes maladies ce qui occupe beaucoup, on en conviendra. Je n’écrivais pas mais j’ai été un conteur et comme je sais le désarroi de mon ami qui m’écoutais avec beaucoup d’attention et fut très affecté par cette histoire, je vais tacher d’imprimer sur du papier virtuellement céleste une version qui le distraira de ses préoccupations et lui permettra d’y voir autre chose que le grand amour déçu qui laisse plutôt pantois au moins l’un des protagonistes. Personnellement, je n’intervenais que de façon épisodique dans le déroulement de l’action ce qui m’autorise à m’adresser au lecteur sans autre forme de procès, histoire de dire qu’il n’y a pas qu’une seule vérité et ni une seule justice.

On m’imaginera sans mal siégeant aux côtés du Grand Rédempteur (SC4) et voyant passer toutes les affaires du monde qui ont étés tranchées par les tribunaux humains avec le bonheur que l’on sait pour y apporter les correctifs nécessaires. C’est une marque du progrès de l’humanité que de pouvoir accéder à une forme de justice qui ne condamnerait que les coupables et laisserait tranquilles tous les innocents. Heureusement les hommes ne demandent plus l’intervention divine pour juger les coupables, l’épreuve du feu a vécu, mais ce fut le cas en d’autres temps. Comme les âmes charitables ne meurent jamais, il est à souhaiter que la mienne, grâce au Tout Puissant sans qui aucun texte ne verrait le jour, soit assez prompte à s’exprimer. En mon âme et conscience donc, je guiderai la main de celui qui écrit n’étant pas en mesure moi-même de tenir un stylo...

L’histoire en question, c’est l’histoire d’une rencontre entre mon ami Nino et une autre personne. Moi et Nino nous nous étions connus dans un contexte particulier de type associatif qui avait pour but de maintenir et développer des liens amicaux entre les anciens stagiaires d’un séminaire de formation très spéciale dont nous ne parlerons pas. Nous nous sommes revus assez souvent en duo car on avait des choses à se dire. Se parler entre hommes n’est pas toujours chose facile, mais nous étions tout deux divorcés et séparés de la mère de nos enfants, encore un point commun qui nous avait amenés à mieux nous connaître. Nino était un homme à qui je savais pouvoir confier des secrets étant sûr qu’il ne chercherait pas à s’en servir de mauvaise manière. Il avait fréquenté de près le monde de la finance autant par son travail que par des liens amicaux et familiaux ce qui lui donnait une certaine aisance dans les rapports humains dont il me fit comprendre le sens. Je n’étais pas de ce milieu et parler avec lui me fut bien utile pour intégrer une banque suisse à la fin de ma carrière professionnelle. Mais mon propos est ailleurs laissons le lecteur imaginer notre dernière rencontre…

(SC5)

Ce jour là Nino semblait soucieux et désemparé. C’était un homme encore dans la force de l’âge et même plus mais il restait très vert avec ses cheveux grisonnants; il avait vécu une suite de deuils éprouvants, mais cette fois-ci il était préoccupé et affecté par autre chose. Son couple battait de l’aile et il en souffrait terriblement. Je l’avais invité à déjeuner…C’était un jour où cela était possible, car dans la maison de retraite médicalisée où j’avais été, disons le clairement, obligé de finir ma vie, on pouvait recevoir des invités dans une petite salle à manger, genre salon très cosy, autour d’une petite table ronde recouverte d’une jolie nappe à carreaux rouges et blancs… Nous étions servis par une jeune serveuse vêtue pour la circonstance d’une robe rouge à léger décolleté laissant voir le genou et d’un beau tablier blanc brodé à l’ancienne ce qui mettait en valeur et son buste et ses belles jambes. Le menu de réception pouvait être un peu amélioré ce qui me coûtait un peu d’argent en supplément mais ça en valait la peine…

Cette Résidence située dans le Var au milieu d’une forêt de pins, je l’avais choisie après y avoir séjourné pendant un mois à l’essai, au cours duquel j’avais été satisfait, mais par la suite furent engagé des travaux qui n’en finissaient pas de créer des nuisances et qui en changeaient totalement la physionomie; ceci pendant une durée assez longue où j’y avais séjourné. L’essentiel de notre conversation avait porté là-dessus car j’étais très mécontent de la situation d’autant plus qu’on avait construit un mur juste devant ma chambre ce qui me cachait une grande part de la lumière du jour et le jardin. Il était venu pour me voir mais aussi pour participer à un tournoi d’échecs qui était organisé tout près de la résidence dans un centre de vacances où il était hébergé en demi-pension. Bien sûr la conversation vint sur Nina son amie car je lui demandais des nouvelles. Je la connaissais bien, il me l’avait présentée lorsque j’avais été en activité en tant que Fondé de pouvoir…

Lorsque Nino m’avait fait rencontrer Nina qui travaillait aux Impôts cela m’avait été très utile professionnellement, je n’en dirai pas plus car tel n’est pas le sens de mon propos, et puis je m’intéresse plus aux personnes qu’à leur travail ou à leurs biens. Le secret bancaire ayant subi quelques entorses, il n’en reste pas moins que même ici où je suis on n’est pas autorisé à intervenir dans les affaires du monde sinon ça se saurait et il n’y aurait plus de paradis fiscaux.

Pour Nino la relation avec Nina c’était tout à fait autre chose, il l’avait rencontrée dans un contexte de loisirs et ils s’étaient mis ensemble, ce qui l’avait amené à nous la présenter à moi et le petit groupe d’amis avec qui j’étais plus ou moins en affaires. Et c’est tout naturellement que nous avions eu des moments de saine distraction à partager ensemble en présence de Nina son amie. (Sorties resto, soirées de partage entre amis, balades les week-end... etc) Pour tout dire, je pensais que sa relation avec Nina était très anecdotique, mais elle tenait en grande partie à ce que lui-même m’avait raconté. Si ce n’était ma position actuelle qui me permet de lire dans le passé comme certains lisent dans le futur, je n’en saurais pas plus.

Mes discussions financières avec Nina et ses collègues relevaient du secret bancaire et j’ai toujours gardé cela pour moi, même Nino n’en a jamais rien su. D’ailleurs ça n’avait pas duré longtemps car le produit de placement dont j’avais été chargé de faire la promotion n’avait pas fait long feu pour la raison justement qu’il intéressait fortement le fisc. On ne savait pas à l’époque que c’était un moyen d’échapper aux impôts. Ce système avait été abandonné suite à une série d’articles dans les journaux, ce qui avait fait de mon poste un poste vide.

On avait parlé plus ou moins de tout cela avec Nino, de notre vie, de nos amours, nos amis, nos enfants et le voir ainsi me rendre visite me faisait toujours plaisir c’est pourquoi j’avais fait en sorte qu’il jouisse d’un bon repas bien servi avant d’aller jouer ses parties d’échecs en cet après midi d’été 2010. Mais cette année-là, ce n’était que l’aboutissement d’un long cheminement, le point d’orgue d’une décennie très spéciale autant pour Nino que pour son amie Nina.

Pour qu’on en mesure l’originalité, je dois remonter à une époque à laquelle ni moi, ni mon pote, ne connaissions cette personne exceptionnelle qu’était Nina. Nina était une femme plutôt jolie avec des traits fins, un sourire malicieux sur un visage plutôt rond, des cheveux coupés courts et un côté exotique comme on dit aujourd’hui quand on n’est pas sûr des origines. Elle avait de grand yeux marrons foncés à s’y perdre, dans lesquels brillait une lumière d’intelligence hors du commun, une silhouette élancée et un corps bien proportionné de femme ni trop grande ni trop petite. A cela s’ajoutait une allure chaloupée qui dénotait une forme de désinvolture et une philosophie de la vie basée sur la confiance en soi. Au premier regard, c’est ainsi qu’elle était apparue à mon ami et elle lui avait tout de suite plu, c’était un homme de goût et je le comprenais bien, mais tel n’est pas le sujet…

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1 Une famille sans histoire

Dans tous les âges l’exemple a un pouvoir étonnant ; dans l’enfance l’exemple peut tout. (Fénelon)

Année quatre vingt-dix-huit. Madame Luchon Constance, la mère adoptive de Nina alors âgée de soixante-dix ans habite Toulon. Depuis un certain temps, elle s’est liée d’amitié avec sa voisine du dessus madame Lubéron qui lui dispense de menus services au quotidien. Elena Lubéron a dix ans de moins, elle est plus vive et plus alerte et en bonne santé. Constance Luchon est veuve depuis quelque temps déjà et sa fille Nina qui habite Lyon ne vient quasiment presque plus la voir ou très rarement en tout cas.

Sa fille venait de temps en temps quand le père était là pour voir ses parents adoptifs avec ses enfants, mais elle a progressivement espacé ses visites et se fait rare depuis la mort de son père. Et puis elle n’habite pas là, elle est à Lyon où elle exerce une profession de fonctionnaire de haut grade. Pour madame Luchon, c’est une fierté d’avoir élevé cette enfant qui lui fut confiée par la DASS, mais hélas l’entente entre la mère et la fille n’a jamais été bonne. Depuis son plus jeune âge déjà la fillette avait eu des velléités d’indépendance et n’écoutait guère les conseils avisés de sa mère. Elle n’en faisait qu’à sa tête. Ensuite, dès qu’elle a pu s’émanciper de ses parents, elle l’a fait sans la moindre hésitation, surtout pour s’affranchir du joug maternel trop pesant depuis le début. Pour ce faire, comme elle était plutôt bonne élève, elle n’avait pas hésité à présenter le concours d’entrée à l’École Nationale des Impôts. Cette école située à l’époque à Clermont Ferrand était assez éloignée du domicile parental et donc du Var, ce qui loin de la rebuter, représentait pour Nina un attrait supplémentaire…Du fait qu’elle réussissait très bien dans sa scolarité, ses parents n’avaient pu qu’accepter ce projet professionnel jugé cependant trop ambitieux par la mère.

Comment aurait-il pu en être autrement quand on sait la difficulté qu’il y a, à accèder à ce cursus? Son père dont elle supportait mieux l’autorité voyait ça d’un bon œil et ne lui aurait jamais refusé une telle possibilité, c’était son choix à elle et il l’approuvait sans réserve. C’était une époque où ces questions se posaient et les filles devaient être ambitieuses si elles voulaient se construire un avenir à la mesure de leurs capacités. L’émancipation féminine était un mot à la mode et on ne parlait pas encore beaucoup de féminisme, mais cela passait aussi par l’éducation et Nina n’avait pas voulu suivre l’exemple de sa mère qui était comme beaucoup de femme restée une mère au foyer. Comme elle avait réussi son concours, ceci fut accepté tant bien que mal par la mère qui était partagée entre un sentiment de fierté face à la réussite de sa fille et une sorte de jalousie indéfinissable, qui n’aurait jamais dû être, entre une mère et sa fille. Il s’agissait de l’avenir que Nina s’était choisi et cela allait compter d’autant plus que dans cette école, elle allait faire la connaissance d’un jeune homme tout aussi brillant qu’elle qui allait être le père de ses enfants. Toutefois plutôt rétive à l’idée du mariage qui symbolisait pour elle ce qu’elle ne voulait pas vivre, à l’image de sa mère, elle n’allait jamais se marier pas plus avec celui-là qu’avec aucun autre. A l’inverse de sa mésentente avec sa mère, Nina s’était toujours bien entendue avec son père qui s’était toujours bien occupé d’elle, lui ouvrant d’autres horizons que le cocon familial de cette mère adoptive qui avait voulu en faire une petite fille modèle et qui par la suite s’était mêlée avec insistance de ses relations de jeune fille et de sa façon de s’habiller…

George Luchon avait été un employé modèle puis un acteur économique important dans le domaine agroalimentaire local de la mytiliculture. Il emmenait souvent Nina à son travail lorsqu’elle était encore une fillette et il avait su créer un lien très fort avec son enfant. (SC6) La dégustation des fruits de mer et le goût des bonnes choses furent sans aucun doute les premiers bienfaits que Nina obtint de son père, car il lui fit partager très tôt les plaisirs gustatifs du bord de mer. On dit souvent que le couple parental joue un grand rôle dans le développement d’un enfant et si l’enfant n’a pas une vision positive du mariage de ses parents, il risque plus tard de ne pas vouloir se marier. Ce fut peut être le cas de Nina même si elle n’en fut pas consciente. L’exemple de ses parents lui avait montré qu’un homme peut souffrir énormément d’une union calamiteuse. Et puis les relations distendues avec sa mère qui ne jurait que par le mariage des jeunes filles bien ou qualifiées ainsi l’avait un peu dissuadée d’en faire sa priorité. Elle était devenue méfiante à l’égard de l’institution même du mariage considéré comme une fin en soi par certaines personnes de la génération d’avant.

Étant donné que madame Luchon mère ne s’entendait pas bien avec sa fille, lorsqu’elle se retrouva veuve et légèrement dépendante, elle fut bien contente de se faire une amie mais aussi de rencontrer une âme charitable en la personne de madame Lubéron Elena sa voisine. A ce moment là de l’histoire madame Lubéron va très bien mais elle est plutôt mal entourée, car elle héberge son neveu Damien, un célibataire endurci qui, à l’approche de la quarantaine, ne travaille pas et consomme du haschich à foison pour échapper à l’ennui terrible de son quotidien et s’évader un peu à la faveur des paradis artificiels. Elle est veuve et vit de petits boulots chez des particuliers et de la pension de réversion de feu son mari, un ex-employé de l’Arsenal, qui si elle complète bien ses revenus ne lui permet pas d’entretenir un neveu oisif qui ne fait rien et qui ne sait rien faire de ses dix doigts.(SC7) Sa sœur Odette la mère de Damien, de dix ans son aînée, est morte de façon dramatique dans un incendie à son domicile dont on a jamais pu établir les causes. Elle héberge également Clara, une amie qui approche la cinquantaine qui était battue par son mari et s’est enfuie du domicile conjugal. Elle non plus, ne travaille plus et les minimas sociaux auxquels elle pourrait prétendre dans sa situation ne peuvent pas lui être attribués tant que son divorce ne sera pas prononcé.

Madame Lubéron malgré la charge de travail occasionnée par ces deux personnes, et ses employeurs à domicile ne rate pas une occasion d’aller aider sa voisine du dessous qui la voit rappliquer au moindre de ses appels. Il faut dire que cette dernière est très généreuse et indemnise très bien Elena pour les aides et travaux ménagers qu’elle prodigue chez elle. Au téléphone Constance passe ses soirées avec son amie qu’elle appelle à tous bouts de champs pour un oui ou pour un non, mais elle mène aussi une vie pas possible à sa fille Nina qui essaye de gérer tant bien que mal la situation. Elles s’appellent de façon assez régulière mais cela devient très compliqué pour Nina, car sa mère est en train de perdre la tête. (SC8) Elle n’a plus tous ses esprits pourtant elle a conscience d’une chose c’est que son seul salut pour ne pas finir enfermée quelque part porte un nom et ce nom c’est Eléna, celui de sa voisine qui s’occupe d’elle comme personne. De plus elle lui en est très reconnaissante et ne cesse de louer le dévouement de cette personne au grand cœur selon ses propres termes… A contrario, elle se montre très critique à l’égard de sa fille qui, dit elle ne vient jamais la voir durant ses congés, lui reprochant même de ne pas voir ses petits enfants. Une seule fois Nina avait fait un aller et retour avec ses deux enfants pour rendre visite à sa mère mais l’accueil fut d’une telle froideur qu’elle n’a jamais réitéré. Constance lui avait fait une scène à propos des enfants qu’elle ne voulait pas garder ne serait-ce qu’un instant, quand Nina devait aller en courses. C’était du style:

‘’Tu vas pas me refiler tes petits’’ ou quelque chose comme ça…Le peu d’empressement à choyer ses chérubins pour ne pas dire le simple rejet avait dissuadé Nina de revenir avec eux. Elle était revenue seule, mais il lui était difficile de laisser en même temps ses enfants en bas âge, leur père et son travail qui l’occupait un tant soit peu, même si sa profession de fonctionnaire lui laissait bien assez de temps libre. Les disputes au téléphone étaient devenues systématiques, la mère dont le jugement était quelque peu altéré, reprochant à sa fille tout un tas de choses anodines et ridicules. Elle pouvait lui reprocher de ne pas voir ses petits enfants après, c’est un euphémisme, s’être refusée à jouer un rôle de grand-mère, aimante et attentionnée. Le lien du sang avec les adoptions est peut-être absent dans l’esprit des grand parents ce qui les incitent moins à reconnaître leur descendance comme partie d’eux-même, mais ce n’était certes pas une raison pour les traiter comme des étrangers encombrants. Au fond Constance cherchait le moindre prétexte pour faire des reproches à sa fille y compris le ‘’gendre’’, ami de Nina selon ses dires qui ne l’aimait pas, qui la mettait de côté et qu’elle n’avait vu qu’une fois.

Pour ce qui était d’Elena, Nina voyait cette liaison amicale aidante d’un mauvais œil mais il lui était impossible de faire autrement, car sa mère refusait catégoriquement d’être prise en charge dans un établissement spécialisé.

Oui bien sûr, il lui fut présenté celui qu’elle désignait comme l’ami de sa fille , le compagnon, le père des petits, mais il avait été si peu prévenant et s’était montré si indifférent au sort de sa pseudo belle mère déjà seule et en proie au doute de la solitude qui lui pesait de plus en plus!

Et puis il ne s’étaient même pas mariés ces deux là! Ce ‘’faux gendre’’, oui l’ami de sa fille comme elle le désignait à tout le voisinage. Cet homme était selon elle tout le contraire d’un bon parti pour sa fille car en plus de ses origines étrangères, il ne songeait même pas à formuler une demande en mariage…

Dans cette région du sud varois les relents de xénophobie à l’égard des étrangers de tous bords ne sont pas qu’une vue de l’esprit, c’est une réalité de tous les jours qui s’affirme le plus souvent sans retenue, mais qui peut revêtir des formes plus subtiles comme le simple rejet de l’autre qui s’exprime parfois inconsciemment de cette façon. En fait Fabrice était issu d’une bonne famille d’origine vénitienne et avait fait de bonnes études lui aussi, mais rien de tout cela ne pouvait impressionner Constance ni la séduire du moment qu’elle ne le trouvait pas assez gentil pour elle.

Le seule cause connue et indiscutable du divorce c’est le mariage disait Nina, donc pas de mariage, pas de divorce. Curieusement Constance avait toujours mis en garde sa fille contre ces italiens assez nombreux, immigrés dans dans le sud et qui d’après elle avaient juste une réputation de dragueurs invétérés, obtenant de sa fille l’effet inverse, car elle aimait bien l’Italie, la culture italienne et aussi les italiens, ce peuple de bâtisseurs et de grands artistes dont elle partageait les goûts pour le beau et les délices, dans de multiples domaines notamment vestimentaires et culinaires. Malgré les réticences de la mère, Fabrice, un bel homme aux origines vénitiennes des plus récentes est donc devenu et resté‘’l’ami’’de Nina, qualifié ainsi par Constance, et ils eurent même deux beaux enfants qui furent élevés dans une sorte de cocon, n’en déplaise à leur père qui aurait peut-être voulu plus que cette union amoureuse aux allures d’amitié conjugale, du moins ‘’au sens matrimonial’’ du terme…