Nouvelles de l'autre monde. - Jean-Marc-Nicolas .G - E-Book

Nouvelles de l'autre monde. E-Book

Jean-Marc-Nicolas G.

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Beschreibung

Et si l'on admettait que fondamentalement "le temps n'existe pas, que c'est un concept erroné". Qu'en fait, les actions se produisent en même temps. Passé, présent et futur sont le mirage d'une perception que seul le système nerveux connecté au cerveau de l'homme est capable d'appréhender. C'est le phénomène anthropique. Enfin "la réalité" ne peut être concevable que par son aspect multidimensionnel, nous pouvons considérer que nous pénétrons alors dans le schéma des probabilités. C'est à dire, l'expérience sur un plan de conscience expérimentant une multitude d'événements, de pensées et d'actes.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Remerciements

Je tiens à remercier tout particulièrement Sand Canavaggia pour son concours en me prêtant sa plume dans les préfaces de chacune de mes nouvelles et pour son introduction générale.

Une pensée à ma femme sans laquelle je n’aurais pas pu aboutir dans l’aventure de cet ouvrage, jusqu’à son édition.

Une pensée à mes amis, Marc et Hélène, grâce à qui j’ai pu achever ces histoires, ils comprendront.

Jean Marc Nicolas. G

La valeur d’un homme ne se mesure pas à son argent, son statut ou ses possessions. La valeur d’un homme réside dans sa personnalité, sa sagesse, sa créativité, son courage, son indépendance et sa maturité. – Mark W.B. Brinton -

SOMMAIRE

MONSIEUR ADRIEN :

Titre — Préface.

Chapitre 1: Prologue — Le matou.

Chapitre 2 : L’ambiance change.

Chapitre 3 : Les existences.

Chapitre 4 : Le jour malencontreux.

Chapitre 5 : Les joueurs d’échecs.

Chapitre 6 : Le temple.

LE CHÂTEAU :

Titre — Préface.

Chapitre 1: Mauvais rêve.

Chapitre 2 : Le château.

Chapitre 3 :À table.

Chapitre 4 : Les squatteurs.

AU-DELÀ DE NOS PEURS :

Titre — Préface.

Chapitre 1: Prologue — Le journal.

Chapitre 2 : Le souvenir.

Chapitre 3 : Saint Vincent de Paul.

Chapitre 4 : Les délires.

Chapitre 5 : L’inspecteur Borde Alain.

Chapitre 6 : La silhouette.

Épilogue — Le couloir.

LES YEUX CREVÉS :

Titre — Préface.

Chapitre1 : La permission de sortie.

Chapitre 2 : L’étau se resserre.

Chapitre 3 : La planque meurtrière.

Chapitre 4 : Les vieux démons.

Introduction

Il y a des nouvelles qui ont de la peur que de grandes valses de mots et d’évènements percutants. Et si je dois expliquer comment mon attention s’est un jour portée sur les romans fantastiques générant un certain frisson, c’est à ces auteurs qui poussent notre réel dans des ramifications crédibles. Je me plais à croire que poussant une porte je verrais un spectre plus grand s’opposant à mes réalités. Partant de cela, j’ouvre la parenthèse de ce rapport que l’on peut avoir avec la mort, les existences parallèles, les mondes inconnus et la capacité d’être le récepteur de ces ondes que l’on ne reçoit pas, suite aux incapacités générées par nos peurs. Si l’on y pense, quelle raison autre que les « peurs » pourrait faire barrage à ce qui est là, si proche et que l’on ne voit pas, quand une élite de sensibilités la perçoit ?

J’ai un auteur en tête, Paul-Jean Toulet qui a écrit :« Si tu as peur de la mort, n’écoute pas ton cœur battre la nuit. ». Mais qu’est-ce la mort ? D’entendre son cœur, c’est entendre la vie, non ? Dans ces « Nouvelles de l’autre monde », c’est le cœur, votre cœur que l’auteur Jean-Marc-Nicolas.G, vous fait entendre. Une palpitation au rythme d’émotions touchant le palpable à l’impalpable, nous offrant une balade dans les sombres peurs du conscient et inconscient de l’humain puis il nous glisse dans la pensée que les méandres des conflits psychologiques offrent une ouverture vers d’autres espaces, une galaxie mystérieuse commençant par nous puis s’étendant au-delà. Nous ne sommes suivant mon idée que le prolongement de ce que nous étions, de ce que nous serons et de toutes les probabilités interconnectées entre nous et une immensité hors de toutes nos conceptions, croyances et certitudes. Je lis dans un écrit tel que celui-ci la valeur et la grandeur incommensurables de l’infinitésimal de ce que nous sommes et de cette ignorance accablante dont on ébranle les murs quand le monde fantastique rejoint l’instant d’une lecture.

Sand Canavaggia.

MONSIEUR ADRIEN

Si l’on envisage la relativité générale, on peut penser aux probabilités du voyage dans le temps avec ses conséquences. Ici, l’auteur nous emmène dans une folle pensée du temps se croisant et s’entrecroisant. La prise de conscience d’un certain Adrien dans le conflit généré par les différences de courbes temporelles. Il nous invite à entrer en lecture dans les cônes de lumière d’une machine permettant à ce scientifique un voyage sensationnel de l’existence. J’y ai vécu ses émotions, le trouble de cette rencontre dans de différentes positions spatiales et je n’ai pu empêcher mon questionnement sur l’incroyable réalité du possible. Une traversée qui ne laisse pas indifférente, appuyée de musiques qui ont marqué une époque et font vibrer cette histoire de mon propre vécu dans l’étrangeté d’un espace temporel encore plus grand. Laissez-vous emporter, tout comme moi, avec Monsieur Adrien.

Sand Canavaggia.

-1-

Prologue — Le matou.

Je suis vieux, si vieux.

Lorsque j’observe l’homme que j’ai été, j’ai conscience de ne pas avoir pris le temps. Celui de vivre, celui d’aimer et de permettre d’exister à ceux que j’ai croisés tout simplement.

Les personnes qui m’ont donné leur amour ne sont plus de ce monde depuis déjà bien longtemps. Je croupis dans ma solitude et mes regrets. Parfois, j’ai le sentiment que mon existence fut une pièce de théâtre jouée à guichet fermé auprès de mes proches qui interprétaient les rôles principaux. Je suis au soir de ma vie dans ce dernier acte, le rideau de la nuit éternelle va se refermer sur mes yeux clos aux paupières lourdes et fripées. De mon passé appesanti par les regrets, je peux encore, une dernière fois, penser aux moments de bonheur et à toi, Anna, à ton sourire, à ton regard lorsque tu le posais sur moi avec tendresse.

Je veux encore te voir à travers ce qu’il me reste de mémoire, avant qu’elle ne s’effrite et m’échappe en une multitude d’images incompréhensibles à ma raison. J’ai toujours de toi ces instants de félicité et graver dans cette mémoire défaillante ton regard de fièvre entre mes mains posées sur ton visage. Il me suffit de fermer les yeux pour ressentir l’odeur de ton parfum et la douceur de tes joues et renouveler l’expérience du voyage dans le temps.

Que le destin est curieux, moi qui ai travaillé toute ma vie avec acharnement pour concevoir cette machine temporelle. Mon équipe et moi-même, nous y étions enfin parvenus, nous touchions au but, le Tetracubes était achevé. Quelques détails techniques devaient être mis au point, son générateur d’accélération de particules n’était pas tout à fait abouti, mais il déformait déjà les murs et les objets environnants lorsque le processus se déclenchait. Des années de travail acharné pour que le pire arrive ! Le grain de sable dans les rouages, un chat !

Le paradoxe s’était en quelque sorte révélé avant même de nous engager dans le voyage temporel. Le matou avait eu l’idée saugrenue d’aller se lover sous la banquette au creux de la cabine ! Deux chats en un ne pouvaient pas se concevoir, quand les deux félins se rencontrèrent, ils s’annulèrent automatiquement en emportant dans le siphon des particules temporelles, une partie du bureau et des meubles à dossiers. Le plus tragique dans tout cela fut l’accident qui survint à Michel. Il avait eu la malchance de se trouver à proximité des deux chats antagonistes et lorsque le vide se créa déformant une partie de l’espace, Michel perdit en même temps son bras droit. Bien entendu, son membre ne fut pas arraché, non absolument pas ! Il n’avait plus de bras tout simplement, il n’y avait eu aucune hémorragie, pas la moindre plaie ni le plus petit lambeau de chair, de muscle ou d’os amputés ! C’était comme si son bras avait été gommé tel un dessin. C’était un phénomène qui jusqu’à présent, nous était inconnu. Nous comprenions que les plans de réalités basés sur les lois de causalité n’étaient plus à démontrer, mais que nous ne maîtrisions pas ce phénomène qui s’avérait dangereux.

Nous avions créé sans le savoir une sorte de dépression dans l’espace, ce qui avait failli emporter dans un vortex d’antimatière tout le complexe de recherches. Après la réunion catastrophe du soir même, les patrons nous ordonnèrent d’interrompre tous nos travaux. Des membres de la sécurité d’état mirent les scellées à l’accès de notre secteur. Le Tetracubes fut désactivé et enveloppé d’une immense bâche avant d’être embarqué dans un gros porteur et disparaître le lendemain matin.

Mais aujourd’hui, qui se préoccupe de tout cela ? Qui est informé de ces événements ? Probablement quelques agents du gouvernement ? Je doute que même le président ne sache quelque chose ? Le Tetracubes a dû être relégué au fin fond d’un entrepôt poussiéreux. Il doit y moisir depuis… voyons…voyons ? Le temps est passé si vite…eh bien, cela doit bien faire cinquante-deux ans ! C’est curieux, j’ai l’impression que c’était hier lorsqu’ils sont arrivés pour mettre la main sur la machine ?

Mon menton appuyé sur la paume, je rêvasse, mon attention s’est fixée sur ces deux joueurs d’échecs assis de part et d’autre de la table du salon.

« Avance ton roi abruti et tu le mettras en échec ! C’est d’une évidence ! »

J’aimerais retourner chez moi, je n’aime pas cette maison de retraite, je n’aime pas les vieux, ils m’insupportent !

-2-

L’ambiance change.

— Monsieur Adrien Dupuy, dites-vous ? Monsieur Dupuy, monsieur Dupuy… attendez donc voyez-vous le monsieur au polo bleu foncé assis à la table des joueurs d’échecs ? Eh bien, c’est lui.

— Ah oui, je l’aperçois. Merci Mademoiselle je vais aller le voir. Au fait, est-il malentendant ?

— Pas du tout Monsieur, pour quelle raison, serait-il malentendant ? Il est parfois dans la lune. Mais suivezmoi, je vais vous présenter !

— Monsieur Dupuy, ce Monsieur est venu vous rendre visite. Je vous laisse faire connaissance et converser tranquillement.

— Bonjour Monsieur, à qui ai-je l’honneur ?

— Je m’appelle Dupuy.

— Tiens donc, que c’est curieux, nous avons le même patronyme, vous êtes de ma famille peut-être ? Bien qu’à mon âge, on ne survive plus à grand monde.

— Oui, bien entendu, nous sommes même plus proches que vous ne pouvez l’imaginer.

— Ah bon ! Que me dites-vous là ? Il est vrai qu’à bien vous regarder, votre visage m’est familier. C’est étrange, vous m’évoquez quelqu’un que j’ai bien connu, mais il y a maintenant bien longtemps.

— En fait, nous nous sommes déjà rencontrés, mais sans doute votre mémoire vous fait-elle défaut. Arrivé à un certain âge, les souvenirs s’embrouillent, on fait des confusions.

— Qu’il est délicat jeune homme de me faire comprendre que je suis un vieillard « Votre mémoire vous fait défaut ! ». Une façon de me dire « Monsieur Dupuy, vous êtes désormais un très vieux monsieur et vous travaillez du ciboulot. Vous êtes touché par cette maladie neurodégénérative dont les gens très vieux sont atteints ».

— Non, Monsieur Adrien, loin de moi cette pensée, vous êtes parfois perdu dans vos souvenirs, ce qui vous déconnecte du présent. C’est pour cette raison, que vous donnez l’image d’une personne… comment dirai-je…

— Perdue ? C’est le terme adéquat ! Vous l’avez dit à l’instant « perdu dans mes souvenirs. »

— Oui, mais ce n’est pas ainsi que je l’entendais.

Le vieux monsieur se met à sourire, son regard s’illumine. Il semble sortir de sa prostration intellectuelle, de cet ennui à mourir qui le ronge jour après jour, de ce temps qui passe lentement, sans événement marquant.

Ce qui l’amuse, c’est de mettre les gens mal à l’aise, il a toujours procédé ainsi, c’est la forme de son humour. Dans le passé, lorsqu’il se comportait ainsi, c’était pour amuser toute la galerie. Parfois, ses railleries n’avaient fait rire que lui, attirant que de l’hostilité et du mépris.

— Je plaisantais jeune homme, ici, on s’ennuie à mourir et d’ailleurs, on finit par en mourir. .. Alors, lorsque je peux faire de l’humour, je ne m’en prive pas.

Le jeune visiteur esquisse un sourire hésitant pour se rassurer. L’homme âgé poursuit :

— Oui, où en étions-nous ? Vous me disiez jeune homme que… oh fait ! Quel est votre petit nom ?

— Adrien.

— Oui donc Adrien… Adrien ? Que c’est curieux, nous portons le même prénom, ne trouvez-vous pas cela bizarre ?

— Eh bien, à vrai dire pas vraiment.

— Ah, mais tout de même, porter le même nom de famille ainsi que le même prénom ! Vous avouerez que le hasard est bien curieux ! Je suppose que vous devez être le petit fils de l’un de mes cousins germains. Ma sœur a eu une fille qui est demeurée « vieille fille » la pauvre… Faut dire qu’elle n’avait rien pour elle. Elle était bête comme un balai et son physique, c’était le manche luimême ! Mon frère a eu deux enfants qui ont eu des filles. Elles se sont mariées et par conséquent leurs enfants ont porté le nom du père. Mais quel âge avez-vous ?

— Trente-quatre.

— Vous ne les faites pas.

— Confidence pour confidence Monsieur Adrien, vous ne faites pas votre âge non plus.

— Quel est le but de votre visite ?

— Vous convaincre, en vérité, cette visite n’est pas la première…elle fait partie d’une série de rencontres que nous avons eues. Vous n’en avez tout simplement pas conscience.

Le sourire qui est resté accroché sur les lèvres du vieux monsieur se transforme en un rictus déformé.

— Le Tetracubes ?

— Oui, c’est exact.

— Mais cette machine « infernale » si je puis dire a été retirée de la circulation. Des hommes sont arrivés de nulle part, ils ont fait irruption dans nos bureaux pour s’emparer de toutes les disquettes et des ordinateurs. Puis, ils ont pénétré dans le hangar pour enfermer le « Monstre » dans une capsule d’acier encore plus grande que le Tetracubes, ayant déjà un volume important. Vous voulez que je vous dise ? Nous n’avions jamais vu de toute notre vie une telle machine. Un bruit se faisait entendre qui ressemblait à un vrombissement à peine étouffé, il générait à son tour des vibrations à travers tout l’espace de l’immense bâtiment de béton ! Plus tard, mes collègues et moi-même avons pensé que cette vibration était probablement due à une forme d’écran de particules de matière accélérée pour envelopper le Tetracubes et empêcher tout enclenchement d’un processus de déformation de l’espace et par conséquent…

—… du temps, je sais. Mais nous avons reprogrammé le Tetracubes, en perfectionnant les calculs pour sa mise en route.

— Vous êtes fou ! Vous avez ressorti cette machine infernale de son sarcophage d’antimatières !

— Mais ne vous inquiétez pas !À cette époque, vous ne maîtrisiez pas tout son potentiel. C’est désormais résolu.

— Vous voulez dire que vous pouvez vous déplacer dans l’espace du temps sans influer sur la loi de causalité ?

— Nous avons été obligés de créer de nouveaux axiomes dont vous n’aviez pas tenu compte dans vos calculs initiaux. Nous avons dû apprendre à avoir une nouvelle vision des mathématiques dont nous ne connaissions pas l’existence et raisonner selon le concept même du Tetracubes.

— Et qu’en avez-vous obtenu ?

— C’est vous qui avez créé cette machine, vous en connaissez ses composantes.

— Oui un cube en huit dimensions, autrement dit un cube dans un cube à huit angles et douze faces et dont la forme donne une vision toujours identique quel que soit l’angle d’où on l’observe. Il est à la fois incurvé et courbé, sauf que le cube intérieur devient le cube extérieur et l’extérieur devient l’intérieur.

— Exactement. J’ai connaissance de l’accident qui s’est produit avec le chat de votre directrice. Vous avez fait remonter le temps de quelques jours à vos souris de laboratoire, mais vous avez omis de contrôler la cabine avant le déclenchement de la machine. C’est cela ?

— Oui, lorsque le mardi nous avons propulsé le Tetracubes trois jours en arrière, nous nous sommes rendu compte de la présence du chat juste au moment ultime de sa dématérialisation. Vous savez que ses parois disparaissent et que nous pouvons voir l’intérieur ?

— Oui. La cause en est l’accélération des particules de matières.

— Oui, bon… À son retour, après quelques minutes d’absence, le chat n’y était plus. Les deux chats identiques, mais antagonistes, s’étaient rencontrés, ils se sont alors tout bonnement désintégrés. La matière et l’antimatière étaient entrées en contact. Le drame était que ce phénomène avait également provoqué la désintégration de l’espace environnant et des objets qui s’y trouvaient. Sans oublier le bras de Michel, ce qui nous a profondément traumatisés…enfin, vous connaissez la suite.

— Oui, je connais cet événement, répond songeur le jeune Adrien.

— Je pense toujours à elle.

— À Anna ? Je sais…et vous vous êtes posé la question toute votre vie :« Que ce serait-il passé si vous n’étiez pas retourné chez vous à cet instant ? ».

— Oui, au cours de toute ma vie, c’est devenu une obsession.

— Vous vous êtes également bien souvent interrogé sur ce qu’il serait advenu d’elle et de votre fille si vous aviez accepté de lui pardonner ? Du moins, vous avez accepté de l’écouter ce jour où elle avait tapé sans relâche à votre porte, vous suppliant de la reprendre ?

— Oui, ce jour-là, j’étais bien trop en colère pour lui pardonner. L’orgueil avait accompli son œuvre.

— C’est alors qu’il s’est produit l’irréparable ?

— Oui, quelques heures plus tard, elle a mis fin à ses jours, laissant une enfant de 11 ans, orpheline.

— Votre fille ?

— Je ne savais pas ce qu’il en était lorsque je l’ai quittée. Ce sont ses parents qui m’ont appris bien plus tard qu’elle avait refusé de m’annoncer sa grossesse. Elle ne souhaitait pas que je revienne vers elle par pitié, par compassion, à cause de l’enfant.

— Oui, mais un jour, on a frappé à votre porte et une jeune femme vous a révélé être votre fille.

— Oui, c’est exact. Je constate que vous êtes parfaitement informé sur ma vie ! Il y a plus de cinquante ans que cela s’est passés, vous n’étiez même pas né. Vous avez consulté les archives ?

Le jeune homme glousse puis lève les yeux au ciel.

— Non, comment aurais-je fait pour connaître ces événements ? Ils vous sont personnels.

— Oui c’est exact, c’était de l’humour. Mais alors, pour quelle raison êtes-vous venu me voir ? Qu’attendez-vous de moi ?

— Il y a un instant encore, je vous ai dit que je vous avais rendu visite à plusieurs reprises.

— C’est étrange, je ne m’en souviens pas.

— C’est normal, Monsieur Adrien.

Les deux hommes se fixent, un silence se pose, de ces regards baignés de la complicité de deux individus de la même corporation.

— Vous rééditez le même scénario, c’est cela ? Mais c’est impossible, nous avons essayé dans le passé et nous…nous…vous êtes moi ? C’est donc cela. Cet air familier que votre visage évoquait à ma mémoire et cette gestuelle…

— Calmez-vous, nom de Dieu ! J’ai changé les paramètres.

— Oh oui, putain ! J’avais oublié cet air, celui du jeune garçon de bonne famille. J’étais grotesque dans mon conformisme, tout cela pour paraître, c’était juste ce qui m’importait.

— Écoutez-moi bon sang ! Je vous dis que j’ai changé les paramètres. J’ai solutionné le principe de cohérence de Novikov, j’ai pu contourner le problème des paradoxes.

— C’est impossible mon jeune ami, sinon, je ne serais pas là…à cet instant…à vous parler.

— Si, justement, le phénomène des chats n’est plus d’actualité, comprenez-vous ?

— Ce ne peut être, nous avons repris nos calculs maintes et maintes fois. Nos équations aboutissaient toujours à une impasse dès que nous tentions d’extraire les paramètres de causalité.

— Souvenez-vous, que s’est-il passé le jour de votre départ ?

— Je suis parti pour…l’aéroport.

— Oui, et puis ?

— Arrivé au terminal, il y avait une grève surprise. Tout le personnel de la compagnie refusait de reprendre du service, alors je suis retourné chez moi. Je me souviens avoir réfléchi sur le chemin. Devais-je passer d’abord à mon domicile pour revoir Anna ou bien me rendre directement au centre de recherches ?

— Vous avez choisi d’aller voir Anna pour la serrer encore une fois dans vos bras. Vous avez pensé à son parfum, vous adoriez son effluve.

— Oui, un parfum de chez « Dior ».

—« Diorella » ?

— Non « Diorissimo » votre mémoire vous fait défaut, pourtant vous êtes plus jeune que moi !

— Je m’en souviens très bien, je voulais vous tester.

— Me tester ! Pourquoi ? C’est idiot. Il n’empêche que ma vie est très bien ancrée dans ma mémoire. Je sais ce que j’ai vécu et les regrets me bouffent chaque jour qui passe.

— Très bien, que s’est-il passé ensuite ?

— Mais vous le savez très bien ! Cette conversation prend une tournure grotesque.

— Racontez-moi la suite, je vous prie.

— Je suis arrivé, j’ai payé le taxi puis je suis rentré chez moi. Il y avait un étrange silence, c’était pesant. J’ai posé ma valise dans le salon, j’ai aperçu une veste et une serviette de cuir posées sur le canapé. J’ai entendu des rires provenant du premier étage, alors j’ai gravi les marches d’escalier avec appréhension puis je me suis approché de notre chambre et j’ai vu… Oui, je les ai vus, ils étaient nus, enlacés sur notre lit. Elle se tortillait à cheval sur lui, plantée bien droite, cambrée comme une bougie, son mouvement ondulant, prise dans une succession de vagues de plaisir, son déhanchement était l’aveu de notre échec ! Moi…je suis resté là, planté tel un imbécile. Tout se révélait, elle me trompait et je vivais dans le mensonge depuis trois années. Ils m’ont vu, nos regards se sont croisés. Ses lèvres s’animaient de mots sans aucun son, exprimant à quel point elle était désolée, son visage s’est crispé et de ses yeux ont jailli des larmes. Je n’ai rien dit, j’ai juste tourné les talons et je suis parti en récupérant machinalement ma valise. Je me suis dirigé vers le garage où ma voiture stationnait. Voilà, c’est à peu près tout.

— Qu’avez-vous fait ?

— Oh, vous le savez très bien, je suis retourné au centre de recherches. Je ne voyais même plus la route, je ne percevais pas plus le paysage. Je suis arrivé devant la barrière où il y avait deux militaires en faction :

« Tiens donc Monsieur Dupuy, vous ne deviez pas prendre l’avion pour le colloque de physique quantique à Seattle ?» - « Euh oui, mais il y avait une grève du personnel, alors j’ai pensé me rendre au bureau, voilà tout. ».

— Que ressentiez-vous à ce moment-là ?

— Je n’existais plus, j’étais une particule infime de la vie, voyez-vous lorsque vous avez aimé comme j’ai aimé, vous existez parce que l’autre vous voit, tout comme le paradoxe des réalités probables, les éléments existent parce que nous les observons. Oui, j’ai glissé dans la douleur, c’est ainsi, c’est ma vie. N’en parlons plus jeune homme, aujourd’hui encore de me remémorer cet instant m’est difficile.

— Vous vous êtes rendu au hangar, n’est-ce pas ?

— Oui, je me suis retrouvé devant la machine, comme ça, sans même m’en être rendu compte. Jusque-là, nous avions projeté uniquement des objets, mais une mauvaise pensée a traversé mon esprit.

— Celle de partir vers le futur, sauter toutes les années de votre existence, c’est cela ? Une forme de suicide Monsieur Adrien ?

— Maintenant que vous évoquez cet instant, il me semble que…oui je l’avoue, j’ai honte, mais j’ai sans doute eu le désir d’en finir.

— Qu’avez-vous fait alors ?

— J’ai fait le grand saut.

— Et que s’est-il passé ?

— Je me suis retrouvé dans un hospice et j’ai vu un vieux monsieur observer d’autres vieillards jouer aux échecs. En fait, je me suis vu vieux, j’ai eu peur et j’ai réintégré rapidement le Tetracubes qui m’a ramené au point temporel de départ. Voilà, vous savez tout.

— S’est-il produit un événement pendant le voyage ?

— S’il s’est produit un évènement ? Non, je ne crois pas…non, absolument rien. Le programmateur-inverseur enclenché, le processus s’est mis en marche au retour comme à l’aller.

— Avez-vous respecté toute la procédure ?

— Vous voulez rire ! C’est moi qui l’ai conçu cet engin, j’en connais chaque élément, chacun de ses composants. le jeune Adrien observe le vieux Monsieur d’un air sceptique. Bon très bien. La cabine a commencé à vibrer puis son plancher et ses parois se sont déformés avant de se dilater et de disparaître. À l’extérieur, tout ce qui était visible s’est également étiré, l’espace s’est altéré, j’ai été pris d’un haut-le-cœur et j’ai vomi au retour comme à l’aller. Le spectre lumineux s’est modifié, les couleurs de base que nous connaissons ont disparu, enfin, etc.…etc.

— Vous avez sauté plus de cinquante ans d’un seul bond ! Comme ça !

— Oui, mais je n’y suis pas resté longtemps vous-disje, j’ai vu mon futur, j’ai été pris de panique et j’ai enclenché le retour.

— Combien de temps ?

— Mais je ne sais pas moi, cinq, peut-être six minutes, mais pas plus de sept, grand maximum.

— Pas plus de sept, grand maximum ! Putain que je devais être con à la base.

— Pardon ? Que dites-vous ?

— J’ai enclenché le retour sans entrer les calculs factoriels du temps initial de déplacement. Quel abruti je fais !

— De quoi parlez-vous ? Qui est un abruti ?

— Moi, enfin vous… Oh et puis merde, après tout ça n’a plus d’importance maintenant ! Lorsque le processus s’est arrêté, il s’était passé cinquante-deux années et les cinq ou six minutes de plus, vous comprenez ?

— Je crois…j’ai peur de comprendre, mais je vous l’ai dit au départ, nous ne maîtrisions pas tous les paramètres, nous ne connaissions pas les équations exotiques1 !

— Vous n’avez pas tenu compte de la déformation de l’espace-temps. Vous avez raisonné en pensant qu’étant donné que vous aviez avancé de cinquante-deux ans, il vous suffisait de régresser d’autant et le tour était joué ! Vous vous seriez retrouvé à l’instant que vous aviez quitté, sauf que.

— Mais vous en avez de bonnes vous ! Je ne suis pas le seul responsable, vous y étiez également, car vous c’est moi et vice versa.

— Dans un sens oui, mais vous avez ouvert une porte, celle des réalités parallèles, je veux parler des plans de probabilités.

— Et alors ?

— Alors ? Eh bien, à partir du moment où vous avez été infecté, si je puis dire, vous avez ouvert un champ infini de possibilités. Voilà pour quelle raison nous n’avons pas tout à fait vécu les mêmes événements. Lorsque vous avez atterri à votre retour, c’était où ?

— J’étais un peu étourdi, je suis sorti du Tetracubes, je me suis tenu à une sorte de rambarde, mais ce n’était plus tout à fait le même site. J’ai compris qu’entre temps, un grave problème avait dû se produire. J’ai observé mon environnement, il était sombre et poussiéreux. J’étais dans un entrepôt qui semblait abandonné. Je suis remonté dans la machine et j’ai enclenché le processus inverse.

— Eh oui, comprenez-vous maintenant ? Vous étiez revenu après que la machine ait été saisie par les services de sécurité et emmenée dans le sous-sol de cet entrepôt.

— Oui, j’avais compris que le temps chronologique s’était décalé ! Mais je n’en connaissais pas encore les circonstances.

— Vous êtes revenu au point de départ ? Mais alors comment avez-vous procédé ?

— Eh bien, c’est là qu’est le problème, en fait je suis revenu quelques instants avant d’être parti, et là, je me suis vu. J’ai été pris subitement d’une panique incontrôlable, j’ai compris qu’une erreur avait été commise qui allait entraîner de graves conséquences. Puis quelques jours plus tard, il y a eu à nouveau le problème avec le chat et l’intervention des hommes du gouvernement, je connaissais déjà le processus des événements. Ils se sont emparés de tout le matériel…, vous savez la suite. J’ai compris pour quelle raison je m’étais retrouvé dans un endroit perdu et abandonné quelques jours auparavant, c’était là où allait être entreposé le Tetracubes.

— C’est à cause de cela qu’il s’est produit ce que j’évoquais à l’instant, Monsieur Adrien, au moment où vous avez utilisé la machine. Lorsque vous êtes revenus au centre, vous vous êtes vu en train de le quitter ! Vous vous êtes en quelque sorte dupliqué. Une part de vous a vécu sans connaître sa fille et sans récupérer Anna, l’autre partie est arrivée à temps pour contrecarrer la catastrophe, comprenez-vous ? Réfléchissez un instant, la jeune fille qui est venue taper un jour à votre porte avait vingt ans, vous n’aviez jamais entendu parler d’elle auparavant. Vous avez eu l’impression qu’elle avait débarqué à l’improviste.

— Oui et alors ?

— Alors ? Vous n’êtes jamais revenu en arrière, vous avez sauté cinquante-deux ans, un point c’est tout ! Vous n’en aviez tout simplement pas conscience. Et vous m’affirmez que vous n’avez remarqué aucun problème !