Pifette et la sorcière blanche - Patrice Guillon - E-Book

Pifette et la sorcière blanche E-Book

Patrice Guillon

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Beschreibung

Les cinq inséparables écoliers, Pifette, Sandra, Tuhi, Momo et Ludo, qui ont fondé le groupe des coprioterres, copropriétaires de la Terre, vont vivre une seconde aventure. Parviendront-ils à mener jusqu’au bout l’enquête qui les attend ? Sorcières - blanche ou grise -, séquestration d’enfant, promeneur et son chien bizarres dans la nuit sombre, autant d’énigmes et de mystères qu’ils devront résoudre, motivés par leur amitié indestructible et grâce à la formulation de fantastiques codes secrets.
Lectorat : 8/12 ans 


À PROPOS DE L'AUTEUR


Patrice Guillon, retraité après une carrière en management, dont 25 années en Afrique, partage sa vie entre la banlieue parisienne et un minuscule village de la campagne dunoise. Il a toujours aimé écrire. Il a imaginé son premier polar pour enfants avec sa fille Nelly, qu’il surnommait Pifette. Après le premier opus, Pifette et les tags mystérieux, paru aux éditions Ex Aequo, l’auteur revient ici avec une nouvelle aventure de ses jeunes héros. Amitié-solidarité-humour-écologie-mystère, sont les ingrédients de base de sa recette. 

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Seitenzahl: 125

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Patrice Guillon

Pifette et la sorcière blanche

Roman jeunesse

ISBN : 979-10-388-0432-6

Collection : Saute-Mouton

ISSN : 2610-4024

Dépôt légal : octobre 2022

@Couverture Ex Æquo

@2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

6, rue des Sybilles

88370 Plombières Les Bains

www.editions-exaequo.com

1. UN ÉLÉPHANT ÇA TROMPE !

Pifette trépignait. Elle était au bord de la colère. Sandra piétinait en rouspétant. Tuhi décida de partir, ne voulant surtout pas prendre le risque d’être en retard ce matin à l’école, d’autant que cela lui est déjà arrivé la semaine passée.

Un hélicoptère de la Sécurité Civile rasa les immeubles dans un vrombissement infernal, puis disparut à quelques centaines de mètres de là.

Momo était le seul à rester cool, et sortit une plaisanterie comme il en avait l’habitude :

— Ludo aime trop les insectes, alors il a demandé à une grosse libellule de le déposer dans la cour de l’école pour faire le malin devant les filles…

Le silence revenu, ils perçurent tout à coup la voix du retardataire qui les interpellait :

— Eh ! Les coprioterres ! J’arrive !

Il les rejoignit, essoufflé :

— Je ne vous dis pas ce que j’ai trouvé dans mon jardin…C’est tellement incroyable ! Vous n’allez pas me croire, c’est stupéfiant…

— On s’en moque Ludo de ce que tu as encore imaginé pour justifier ton retard ! lui rétorqua Pifette. Tu nous as déjà fait perdre trop de temps. Il faut maintenant foncer. Allez ! Chacun pour soi jusqu’à l’école !

Les quatre larrons réussirent à franchir la grille de l’établissement juste à temps, sous le regard critique du gardien.

Postée à l’entrée de la cour, Tuhi avait retrouvé son sourire. C’était toujours elle la plus inquiète de l’équipe. Même si elle ne l’avouerait jamais aux autres, elle s’était déjà imaginé leur copain Ludo dans l’hélicoptère médical atterrissant dans l’enceinte de l’hôpital du Kremlin Bicêtre.

Certaines précisions doivent être apportées aux lecteurs qui découvrent pour la première fois ces cinq compères. Les trois filles, Pifette, Tuhi et Sandra, et les deux garçons, Momo et Ludo, sont âgés de dix ans. Ils ont été chanceux jusqu’alors, de pouvoir être affectés dans la même classe.

Ils habitent le même ensemble d’immeubles, sauf Momo, qui ne vit pas très loin, ce qui lui permet de venir jouer le plus souvent possible avec les autres dans leur cour. Ils s’entendent à merveille, sont indissociables et complémentaires. Il faut ajouter l’information la plus importante : ce sont des coprioterres ; les copropriétaires de la Terre.

Ils ont récemment vécu une aventure extraordinaire, laquelle a renforcé leur esprit d’équipe et leur amitié. En effet, ils ont été partie prenante dans un fait divers local retentissant. Il leur a fallu mener par eux-mêmes une difficile enquête, afin de découvrir l’auteur multirécidiviste de mystérieux tags peints sur les murs de leur cour ; un grave délit dont ils avaient été injustement accusés. (Lire le reportage complet de leurs aventures dans Pifette et les Tags Mystérieux).

Il leur a fallu promettre de ne plus bavarder entre eux pour continuer à avoir le droit de rester ensemble dans la même classe. Ludo et Momo ont toujours accusé Pifette, Sandra et Tuhi d’être de véritables pies jacasseuses. Il faut toutefois reconnaître que les coprioterres, filles comme garçons, ont toujours des choses tellement importantes à se raconter qu’ils ne peuvent pas attendre l’heure de la récréation ou de la sortie. C’est pourquoi Yvette, leur institutrice, leur interdit de s’asseoir à une même table-banc.

Ludo bouillait d’impatience de raconter ce qu’il avait découvert d’aussi extraordinaire dans son jardin. Ses amis connaissaient fort bien ce « drôle d’oiseau », et étaient persuadés qu’il s’était attardé trop longtemps sur un point de détail sans importance, et n’avait pas vu le temps passer.

Il est vrai qu’un coprioterre est plus curieux qu’un singe, et a les yeux et les oreilles qui traînent partout. Aussi, dès qu’Yvette eut tourné le dos, le regard des quatre se dirigea vers Ludo, lequel faisait battre ses bras, et faisait semblant d’allonger son nez en tirant dessus. S’il s’était agi d’un jeu de devinettes et qu’elle pût alors s’exprimer, Sandra aurait tenté sa chance en hurlant « Dumbo ! » Des oreilles qui remuent comme des ailes et une longue trompe, c’était de toute évidence un éléphant volant. C’était donc cela : Ludo avait trouvé un jouet en peluche ou en caoutchouc. Il avait failli les mettre tous en retard à cause d’un malheureux joujou de bébé. Avec Pifette et Tuhi, elles le sermonneraient sévèrement pendant la récréation. Momo se montrerait comme d’habitude de mauvaise foi et soutiendrait son pote au nom de la solidarité masculine, en lui trouvant toutes sortes d’excuses.

Lorsque l’heure de la récréation sonna, les cinq compères s’empressèrent de s’isoler au fond de la cour. Ludo était encerclé ; les questions fusaient. Il était la vedette du jour ; alors il en profita pour se faire prier et même supplier de révéler ce qu’il avait découvert d’aussi fantastique.

Sandra lança son hypothèse d’éléphant volant. Malgré l’explosion de rire des autres, elle crut qu’il allait confirmer, mais il exigea le calme, et d’un ton solennel, daigna commencer à leur faire quelques révélations :

— Ce n’est pas cela, Sandra. Toi au moins, tu as été la seule à bien m’observer et à ne pas trop mal interpréter mes imitations. Il faut reconnaître que je suis un très bon comédien. J’ai réellement trouvé un animal dans mon jardin, une bête extraordinaire d’une taille monumentale.

Tuhi ne put se retenir de se moquer :

— Ta mère va rouspéter si un éléphant a piétiné son jardin et bouffé ses fleurs !

Momo ne put s’empêcher d’en rajouter :

— Si tu le gardes à la maison, il va boucher les toilettes. En plus, il siphonnera toutes les bouteilles de coca avec sa trompe.

Pifette intervint :

— Ludo ! Dépêche-toi de nous dire la vérité avant la fin de la récré. Sinon tu vas passer ton temps à battre des ailes en classe, allonger ton groin qui est déjà énorme, pour finir par te faire surprendre et punir par Yvette…

— Ce n’est pas vrai, mon nez est normal ! Je te le jure, Pifette, j’ai bien trouvé un gros animal mort, mais il y a une autre chose en plus, bien trop compliquée pour vous en parler ici maintenant. J’ai déposé le tout dans une boîte de chaussures, et vous pourrez découvrir ce que c’est après l’école, cet après–midi…

Momo ne put s’empêcher de vanner :

— Tu as dû prendre la boîte des chaussures de Gulliver pour y ranger un éléphant. Ses cornes doivent dépasser…

— Déjà, rigolo, je n’ai jamais dit qu’il s’agit d’un éléphant, pas même en jouet, et ce que tu appelles des cornes chez les pachydermes, ce sont des défenses.

Ludo avait réussi à garder la maîtrise de la situation.

De retour en classe, Pifette résuma mentalement le peu d’informations déjà obtenues pour essayer de s’approcher au mieux de la vérité avant 17 heures : il s’agissait bien d’une grosse créature, mais tenant dans une boîte de chaussures. En plus, elle n’était plus vivante. Influencée par la gestuelle de Ludo et l’idée de Sandra, elle essaya d’imaginer une bête dotée de grandes oreilles et d’une trompe, et qui ne serait pas un éléphant. Il y avait aussi cette deuxième chose mystérieuse et soi-disant inexplicable dans une cour de récréation.

Sandra rentrait chez elle le midi. Pifette, Momo, et Tuhi n’en apprirent pas plus pendant le déjeuner à la cantine. Il y avait trop d’oreilles indiscrètes à leur table et, en plus, Ludo n’aurait jamais fait de révélations importantes en l’absence de l’un des coprioterres.

2. UN LÉPIDOPTÈRE, ÇA NE POUVAIT TROMPER

Les parents de Ludo avaient déménagé pour reprendre l’appartement de la mère Lafontaine du rez-de-chaussée de l’immeuble, lorsque celle-ci avait quitté la France pour rejoindre ses enfants et petits-enfants en Afrique du Sud{1}.

Toute l’équipe se rua en file indienne derrière leur copain, Ludo le cachottier. Celui-ci, adoptant un air des plus énigmatiques, leur fit signe de ne pas faire de bruit et de le suivre dans le jardin attenant au salon. Il se baissa pour récupérer le fameux carton glissé sous la table de jardin. Momo ne put résister à rompre le silence :

— Mais ce n’est pas une boîte de chaussures ! Elle est bien trop grande…

— Tu n’y connais rien ! lui répondit Tuhi. C’est pour ranger des bottes de femmes, c’est pourquoi il est si large…

Ludo en profita pour faire durer encore un peu plus son plaisir, et se retournant vers Tuhi :

— Vous allez maintenant tous comprendre pourquoi ma bestiole n’aurait pas pu tenir dans une boîte de chaussures normales, comme celles des petits pieds de notre chinoise préférée.

— Déjà, je ne suis pas chinoise, rétorqua la plus courte des coprioterres, mais d’origine cambodgienne, et si tu continues de te moquer de mes pieds, tu vas voir qu’ils ne sont pas si minuscules que cela lorsque je vais t’en donner quelques coups sur ton gros derrière…

Il allait répliquer mais Pifette intervint sèchement :

— Mais vas-tu enfin l’ouvrir ? Tu nous nargues depuis ce matin !

Il souleva délicatement le couvercle. Les autres se bousculèrent pour s’approcher au plus près de lui. Ils s’exclamèrent en même temps, avec des « oh » admiratifs. Momo, vous l’auriez deviné, fut le premier à exprimer une phrase complète :

— C’est du papier de soie ?

— Oui ! confirma Sandra. J’en ai vu plein à un concours de cerfs-volants sur la plage, mais ils étaient beaucoup plus grands.

Ludo décida que le moment était venu de montrer son savoir :

— Mes amis ! Regardez de plus près. C’est un authentique papillon. Il avait les ailes repliées, et reposait sur l’olivier, là, à droite, quand je l’ai remarqué. J’ai tout de suite compris qu’il était mort car il n’a pas essayé de s’enfuir lorsque je l’ai saisi. Attention ! N’y touchez surtout pas car ses écailles sont tellement fragiles qu’elles restent sur les doigts, en une fine poussière.

Pifette intervint :

— Un vrai papillon ne peut jamais atteindre une pareille taille !

Elle sortit sa règle de son sac et prit des mesures approximatives par-dessus le carton. Les ailes déployées de ce magnifique spécimen en occupaient presque toute la largeur. Ce lépidoptère blanc était donc de presque trente centimètres. Approchant sa tête, elle admira cette merveilleuse créature, composée d’une minuscule dentelle blanchâtre, parsemée de tout petits traits et points noirs. C’était bien un véritable insecte, car aucun pinceau n’aurait pu être suffisamment effilé pour peindre de si fins détails. Comment ne pas pardonner à Ludo ? Une telle découverte excusait son retard.

Les quatre coprioterres n’en avaient pas fini pour autant avec les découvertes extraordinaires de ce jour. C’est Sandra qui rappela la fameuse autre chose. Alors Ludo pointa son index sur le fond de la boîte à droite, là où reposait une petite enveloppe blanche à laquelle était encore fixé un fil de nylon ou de soie presqu’invisible. Il proposa à la curieuse de s’en saisir, ajoutant qu’il ne voulait pas de nouveau prendre le risque de détériorer ce fragile objet. Il serait préférable, selon lui, que toute manipulation future soit assumée par des doigts de filles. Momo proposa ceux de Tuhi, insistant sur le fait qu’elle était la plus petite des trois gamines. Cette dernière, s’estimant insuffisamment sûre d’elle, préféra laisser la responsabilité d’une telle opération à Sandra qui accepta de se dévouer. Les quatre compères retenaient leur respiration. Elle se saisit délicatement de la minuscule enveloppe et put en extraire un petit carré de papier de fine texture, presque transparent. C’en était trop pour elle car sa main tremblait déjà. L’écriture était minuscule. Alors elle délégua la lecture à Tuhi. Momo se retint de sortir la vanne qui lui brûlait les lèvres : (Vas- y Tuhi ! c’est à toi de lire car tu as les plus petits yeux, comme ceux du papillon…) La suite lui cloua le bec et il frissonna, comme tous les autres. Voici le texte intégral en espérant qu’il ne troublera pas les lecteurs trop émotifs :

 « S.O.S aux coprioterres. Stop. Garçon retenu prisonnier par méchante femme. Stop .Surtout n’en parlez à personne. Stop. Surtout pas à vos parents car Elle me tuera. Stop. J’espère que ma grande amie Thysania 1 saura vous retrouver. Stop. Le signal pour confirmer la bonne réception de ce message. Stop. Écrire « OK » en grandes lettres rouges. Stop. À l’endroit où vous récitez la formule magique. Stop. Prochain message pour instructions. Stop. Regardez sous le tissu rouge. Stop. Compte sur vous pour me sauver à temps. Stop.

Cacao le 8 Mars 2022

Un lointain coprioterre. »

Devant la gravité du moment, Pifette jugea qu’il était temps d’intervenir pour faire le point. Elle s’accapara la parole comme l’autorisait son titre de cheffe :

— On se retrouve tout de suite dans la cour pour analyser la situation. Toi Tuhi, tu emportes le message, et toi Ludo, tu refermes la boîte et tu la dissimules sous la table.

Deux minutes plus tard, ils formaient un cercle dans la cour des immeubles, bien à l’abri des oreilles et des regards indiscrets, d’autant plus que le S.O.S était signé d’un coprioterre, un membre de la même fraternité secrète.

Sandra se permit de rompre le silence :

— Ludo ! J’émets un doute sur cette affaire. Un grand papillon blanc qui atterrit depuis on ne sait où, pour déposer l’appel au secours d’un enfant dans ton jardin. Moi, je trouve cela un peu « chelou ». Alors, si tu as monté cette blague de toutes pièces, il faut nous le dire de suite, et on en rigolera ensemble…

— J’affirme que c’est vrai. J’ai trouvé le papillon et le courrier ce matin, avant d’arroser les tomates-cerises de ma mère.

Ludo était visiblement vexé. Tuhi intervint :

— Dans ce cas ? Tu connais la règle. Tu sais ce qu’il te reste à faire pour nous convaincre de ton honnêteté.

Il n’hésita pas une seconde à prononcer le serment :

— Moi, Ludovic, Ludo pour les amis, je jure sur le Grand Papillon Noir…Euh !

Il était trop troublé. Alors il se reprit :

— Moi, Ludovic, Ludo pour les amis, en tant que digne coprioterre, je jure sur le Grand Perroquet Noir, que je n’ai rien inventé au sujet du papillon blanc et du message qu’il a déposé.

Le regard des trois filles se tourna en même temps vers son compère Momo. Sandra s’adressa à celui-ci, sur le même ton :

— Alors si ce n’est toi Ludo, c’est donc ton « frère » !

Moma se fâcha :

— C’est toujours comme ça, quand on veut nettoyer son chien sous la pluie, on l’accuse de l’orage…

Les quatre autres se plièrent en deux de rire malgré la gravité de la situation. Pifette rectifia le proverbe :

— Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage.

Ce n’était pas la première fois que Momo arrangeait un dicton à sa façon et comme à son habitude, il fit preuve de mauvaise foi :

— C’est presque la même chose, c’est un proverbe du bled. Tu n’y connais rien…

Tuhi enfonça le clou :