Rêves de Mayotte - Denis Cordat - E-Book

Rêves de Mayotte E-Book

Denis Cordat

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Beschreibung

Je ne sais pas si ce sont les parfums envoûtants de l'ylang-ylang et du jasmin qui m'ont grisé, mais d'étranges histoires sont nées sous ma plume pendant les huit années que j'ai passées à Mayotte. Mon esprit s'est mis à battre la campagne et le lagon s'est mis à battre à l'unisson. De cet échange improbable avec les éléments, des contes et des pièces de théâtre ont éclos sur une plage, comme les tortues. Des histoires pour rire, rêver et réfléchir. S'émouvoir parfois. A partir de 8 ans.

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Seitenzahl: 119

Veröffentlichungsjahr: 2021

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A mes filles, Justine, Edwige et Delphine

A mes petits-enfants, Emilie, James, Tiana et Maxime

A mes anciens élèves de Mayotte.

Ce livre est composé de deux parties.

La première rassemble quatre contes et la seconde cinq pièces de théâtre. En fait, on pourrait dire quatre pièces car les deux premières vont ensemble et sont imbriquées l’une dans l’autre.

La seconde partie commence à la page 43.

Voici le sommaire des contes

La Grande Ascension

Le Secret de Komba

Un Baobab à Marseille

Le Hamac Volant

Chaque conte est précédé d’une illustration en couleur qui présente le personnage principal à un moment de l’histoire.

A la fin de cette première partie, page 41, un petit lexique explique le sens de quelques mots rencontrés dans les contes qui ne te sont pas familiers si tu ne connais pas la belle île de Mayotte.

Ils sont repérés par un petit astérisque (*).

Bien sûr, si tu habites sur la Grande Terre ou la Petite Terre, tu n’auras pas besoin d’aller chercher ce qu’est un banga, un voulé ou un m’zoungou !

Pour commencer, je vais te présenter chacune de mes petites histoires…

La Grande Ascension

Nous allons rencontrer des petits crustacés bien étranges.

Les bernard-l’ermite ressemblent à de petits crabes, mais ils n’ont pas une carapace aussi solide. Aussi, pour se protéger, ils trouvent refuge dans des coquilles vides. Quand ils grandissent et se sentent à l’étroit, ils se réunissent autour d’une grande coquille qui va devenir la maison du plus gros d’entre eux. Alors, à tour de rôle, chacun prend place dans la coquille qu’un autre bernard-l’ermite vient de libérer et, au bout du compte, il ne reste que la plus petite, devenue inutile. C’est un peu difficile d’imaginer la scène, mais ce qu’il faut retenir c’est que ces tout petits crustacés savent se regrouper et s’organiser pour se mettre à l’abri. Alors, pourquoi ne pas les croire capables d’inventer d’autres activités communes ? Dans ce conte, ils vont se mettre d’accord pour accomplir un exploit.

Le Secret de Komba

Si des petits crustacés peuvent parler, il n’y a pas de raison que des petits lémuriens ne le fassent pas. Ils nous ressemblent un peu avec leurs grands yeux étonnés et leurs petites pattes dont ils se servent comme nous nous servons de nos mains. On ne les trouve que sur deux îles de l’Océan Indien : Mayotte et Madagascar. Les makis, c’est le nom que leur donnent les habitants de ces îles, sont menacés par la déforestation qui réduit les endroits où ils peuvent vivre. Leur population diminue et c’est vraiment triste parce qu’ils sont adorables et pacifiques. De vraies petites peluches ! Bien sûr, même les animaux moins mignons ont le droit de vivre, mais on s’attache plus facilement à un petit maki qu’à un lion ou à un crocodile ! Le garçon de ce conte pensait vraiment se faire un ami du petit maki qu’il avait recueilli, mais il ne pouvait pas deviner qu’une étrange rencontre allait tout changer… Je ne t’en dis pas plus. A toi de découvrir la suite.

Un Baobab à Marseille

Puisque les bernard-l’ermite et les makis peuvent parler, pourquoi les arbres ne le feraient-ils pas ? Plus rien ne doit nous étonner. Dans ce conte, nous allons suivre un baobab, un gros arbre qui semble planté à l’envers avec ses branches qui ressemblent à des racines. Suivre un arbre ? Oui, car celui-ci ne tient pas en place ! Non seulement ce baobab parle, mais il éprouve des sentiments, tout comme nous, et il est triste quand on ne l’aime pas. Rassure-toi, tout finira bien pour lui.

Le Hamac Volant

Faïza est une petite fille qui habite dans un bidonville sur les hauteurs de Kawéni. Quand une camarade de classe l’invite à sa fête d’anniversaire, elle découvre un monde d’abondance et, gagnée par le sommeil après une solide collation, un rêve lui fait revivre des moments de son passé que sa mémoire avait pris soin d’effacer. C’est une histoire un peu triste mais…

« Toc, toc, toc… »

Qu’est-ce que j’entends ? Qui frappe comme ça ?

Ah, ce sont les bernard-l’ermite qui s’impatientent et tapent sur leurs coquilles avec leurs pinces. Ils ont tellement envie que je te raconte leur histoire !

Ne les faisons pas attendre plus longtemps.

Sommaire

La Grande Ascension

Le Secret de Komba

Un Baobab à Marseille

Le Hamac Volant

Petit lexique

2ème partie

Note importante (pour les adultes)

Présentation

Le Crabe et la Tortue – 1ère partie

« Le prof a disparu ! »

Le Crabe et la Tortue – 2ème Partie

Insectes

Les dodos n’ont pas sommeil

Barge Buissonnière

La Grande Ascension

Des bernard-l’ermite à l’assaut du Mont Choungui

Tout le monde a entendu parler du bernard-l’ermite, ce petit crustacé qui vit dans une coquille laissée vide par son précédent occupant. Mais qui le connaît vraiment ? Qui sait comment il vit et de quoi il est capable ? On te dira, par exemple, qu’il mène une existence solitaire alors que rien ne lui plaît plus que la compagnie de ses congénères. Et si tu crois qu’il ne se rencontre que sur les rochers, à marée basse, alors écoute la suite…

Des bernard-l’ermite s’étaient assemblés et discutaient de la pluie et du beau temps pour tromper leur ennui. Vint un silence, entrecoupé de longs soupirs, qui dura plusieurs minutes. L’un d’eux prit enfin la parole. Il s’appelait Mohamed. Il serait faux de croire que tous les bernard-l’ermite s’appellent Bernard ! Voici ce qu’il dit aux autres.

« Mes amis, nous ne pouvons pas continuer à vivre ainsi. Nous ne faisons rien d’autre que nous retrouver ici pour parler de tout et de rien ou pour changer de coquille. Ce n’est pas une existence ! Nous devons trouver autre chose à faire. Quelque chose de plus stimulant ! »

Tous étaient habitués à ce mode de vie, passant leur temps à chercher de la nourriture ou bien une coquille plus grande quand ils commençaient à se sentir à l’étroit dans la leur. Aucun d’eux n’avait jamais imaginé que l’on puisse faire autre chose !

Après un moment de silence, quelques voix s’élevèrent. Des voix bien faibles, à leur échelle, et tu ne pourrais pas les entendre.

« Mohamed a raison. Nous devrions imaginer des passe-temps.

— Des passe-temps ? firent les autres, éberlués.

— Oui, des activités, si vous préférez.

— C’est vrai, poursuivit Mohamed, nous pourrions jouer. Tiens, pourquoi pas à cache-cache ? C’est très facile et très amusant ! Nous nous cachons parmi les coquillages et l’un de nous doit nous trouver ! »

Cette proposition ne déclencha pas l’enthousiasme espéré par son auteur. Les coquillages étant très nombreux dans le lagon, la recherche des bernard-l’ermite cachés prendrait beaucoup de temps et personne ne voulait rester immobile, pendant des heures, à attendre qu’on le trouve. A l’évidence, ce jeu n’allait pas résoudre le problème de l’ennui et l’idée en fut aussitôt abandonnée.

D’autres eurent des idées encore plus farfelues. Ainsi, un bernard-l’ermite proposa de trier les déchets en plastique, en fonction de leur couleur, pour en faire de jolis petits tas. Un autre, le casse-cou du groupe, voulait jouer à saute-baleine. Quant à pincer les fesses des tortues, on devine que cela venait du pince-sans-rire et, même si son idée ne fut pas retenue, elle eut au moins le mérite d’amuser tout le monde.

Enfin, un bernard-l’ermite qui n’avait encore rien dit prit la parole pour émettre la plus inattendue des propositions.

« Et si on escaladait le Mont Choungui ? »

La surprise fut générale. Si certains exprimèrent leur stupéfaction en écarquillant les yeux, d’autres ouvrirent grand leur bouche et, comme on pouvait s’y attendre, ils burent la tasse. Ce n’est vraiment pas une bonne idée d’ouvrir la bouche quand on vit dans l’eau !

Dans les regards que les petits crustacés échangeaient, on pouvait lire étonnement et incompréhension. On vit même l’un d’eux taper rageusement le bord de sa coquille avec sa grosse pince pour exprimer ce qu’il pensait de cette idée et de son auteur. De mémoire de bernard-l’ermite, personne n’avait jamais voyagé aussi loin et il fallait en tirer la conclusion que c’était impossible.

Bien sûr, Nadjima n’était pas d’accord. Nadjima ? Eh oui, on oublie trop souvent qu’il y a aussi des femelles chez les bernard-l’ermite ! C’est Nadjima qui venait de proposer l’ascension du Choungui et elle tenait fermement à son idée. Pas question pour elle de l’abandonner !

Elle reprit donc, avec l’intention de convaincre ses congénères.

« Mes frères, si nous voulons vivre une aventure qui nous change de notre train-train quotidien, nous devons avoir de grandes ambitions. Je ne vous cache pas que j’ai toujours rêvé de voir notre île depuis le haut du Mont Choungui que nous apercevons tous les jours. Pensez à la vue splendide que nous aurons de là-haut ! »

Nadjima avait trouvé le bon argument. Les bernard-l’ermite changent souvent d’avis, c’est un trait de leur caractère, et même les plus hostiles au départ se rallièrent à l’idée de cette ascension.

Un bernard-l’ermite, plus savant que les autres, demanda le silence. Il dit que le Mont Bénara était le plus haut sommet de Mayotte et, tant qu’à faire, si on voulait prendre de la hauteur, le Bénara s’imposait. Une querelle s’engagea aussitôt entre les partisans du Choungui et ceux du Bénara. Le ton monta et l’on faillit en venir aux pinces !

Un vieux bernard-l’ermite, respecté de tous pour sa grande sagesse et aussi parce qu’il logeait dans la plus grosse coquille, fit remarquer que le mont Bénara était trop loin. Le mont Choungui était le choix le plus raisonnable.

Ce fut donc le Choungui qui l’emporta.

Dire que tous mesuraient les difficultés qui les attendaient serait loin de la vérité. Beaucoup avaient applaudi avec enthousiasme, sans comprendre que l’aventure qui leur était proposée n’avait rien d’un jeu. S’ils en avaient eu la moindre idée, ils auraient sans doute renoncé.

Le vieux sage, Nadjima et le bernard-l’ermite savant se chargèrent des détails de l’expédition. Il fut décidé de voyager léger, de ne rien emporter avec soi et de compter sur la providence pour pourvoir aux besoins élémentaires. Certains changèrent de coquille, quitte à se retrouver à l’étroit dans un nouvel abri plus léger.

Le matin du jour suivant, nos bernard-l’ermite étaient en ordre de marche, rangés derrière Nadjima, le Sage et le Savant. Au signal du départ, tous partirent en trombe et il ne leur fallut que quelques heures pour atteindre Chirongui, leur première étape.

La fatigue ne se faisait pas encore sentir. Seul un gros bernard-l’ermite qui n’avait pas voulu quitter sa lourde coquille avait du mal à avancer. Alors qu’il était sur le point d’abandonner, les encouragements des autres lui redonnèrent des forces.

Après quelques minutes de repos, notre étrange troupeau reprit sa marche héroïque. La silhouette si particulière du mont Choungui leur indiquait la route à suivre et c’était une bonne chose car, on s’en doute, aucun d’eux ne possédait une carte ou une boussole.

Le Savant parlait, tout en marchant, de positionnement par satellite et de l’utilité d’un GPS. Les autres l’écoutaient poliment, sans comprendre.

Désormais, tous étaient ravis d’avoir entrepris cette expédition et l’atmosphère était très détendue. Même Aziz et Kassim, qui s’étaient autrefois battus pour la même coquille, cheminaient ensemble en plaisantant. On se demandait combien de temps il faudrait pour atteindre le sommet, mais ce n’était pas un sujet d’inquiétude.

En chemin, ils trouvèrent quelques flaques pour rafraîchir leurs coquilles chauffées par le soleil et quelques détritus pour se restaurer. Pour se désaltérer, ils comptaient sur la petite réserve d’eau qu’ils conservent toujours dans leur coquille. Cette réserve allait-elle tenir longtemps ? Pourquoi s’en soucier ? On trouve toujours un peu d’eau de pluie dans les corolles des fleurs ou sur les feuilles tombées au sol.

Cependant, certains pensaient que l’eau c’était pour tous les jours, pas pour les grandes occasions. Profitant d’une nouvelle halte, ils burent goulûment ce qui restait au fond de canettes abandonnées par des promeneurs peu respectueux de la nature.

Si le Coca eut beaucoup de succès, les plus espiègles lui préférèrent la bière. Les anciens n’approuvaient pas ce choix. De leur temps, l’alcool était interdit et ils regardaient avec colère ces petits jeunes qui ne respectaient pas les traditions. Pourtant, ils ne pouvaient s’empêcher de rire en les voyant tituber et parfois même se retourner. Il fallut aider l’un d’eux à se remettre sur ses pattes.

« Que cela te serve de leçon ! » lui lança le vieux sage.

Le petit bernard-l’ermite rentra dans sa coquille, rouge de honte.

Quand la nuit du premier jour tomba, le Choungui était encore loin. Le bivouac, à l’abri d’un manguier, fut un moment joyeux au cours duquel on se remémora les événements de la journée.

Si tu aimes le camping dans la nature et les regroupements autour d’un feu de bois, tu seras déçu de ne rien retrouver de tel ici. Comment auraient-ils fait du feu, et pour quel usage ? Au risque de te décevoir davantage, j’ajoute qu’aucun bernard-l’ermite ne joua de la guitare et aucun ne chanta.

Au matin, on leva le camp.

Ce furent des étirements pendant de longues minutes car les efforts de la veille se faisaient sentir sur les membres fragiles des petits crustacés. La caravane s’ébranla enfin et la journée fut une longue traversée de padzas* et de forêts.

Le Savant ne manquait pas une occasion de nommer les arbres qui les surplombaient : badamier, jaquier, baobab… Comment pouvait-il savoir autant de choses ? Allait-il à l’école ? Lisait-il des livres ? On le soupçonna même d’avoir, en secret, un téléphone portable et une connexion internet.

Quand la petite troupe arriva au dispensaire de Choungui, plusieurs auraient bien voulu s’y arrêter car les pattes étaient douloureuses, mais quel infirmier aurait accepté de les soigner ? Ne fallait-il pas renoncer ? Certains se plaignaient à présent du choix de cette expédition et cherchaient à convaincre les autres de rebrousser chemin. La situation était critique. Le projet allait-il tomber à l’eau ?

« Nous ne devons pas renoncer, leur dit Nadjima. Vous devez faire preuve de courage et supporter ces petites souffrances. »

Ils n’avaient pas envie de souffrir, même pour accomplir un exploit.

Voyant que ses paroles n’avaient, cette fois, aucun effet sur les contestataires, Nadjima rentra très vite dans sa coquille pour ne pas avoir à subir leurs regards pleins de reproches.