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Avez-vous déjà rêvé de voir un dragon ? Une licorne ? Un cerbère à trois têtes ? Moi, j’en vois tous les jours. Je suis toiletteuse pour animaux fantastiques et je vis sur une île secrète depuis ma naissance. Ça semble formidable, n’est-ce pas ?
Pourtant, chaque nuit, je rêve d’aventure et de voyage. C’est décidé ! Je quitte mon île et je vais parcourir le monde afin de sortir de mon quotidien. Comme j’ai le don de parler avec les animaux, je suis certaine qu’ils pourront m’aider dans mon périple. Ma meilleure ami Ophélie m’accompagne également et nous ferons une superbe équipe.
Que l’aventure commence !
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Seitenzahl: 244
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Auteure :
Izabelle Gignac
Illustratrice :
Maude Plouffe
Éditions Lo-Ély
www.editionsloely.com
Facebooket Instagram: Éditions Lo-Ély
Auteure: Izabelle Gignac
Facebook: Izabelle Gignac, auteure et critique de livres
Illustratrice: Maude plouffe
Direction littéraire : Tricia Lauzon
Mise en pageet révision: Lydia Lagarde
Correction : Ginette Bédard
Graphiste pour la couverture: Véronique Brazeau
Dépôt légal –
Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2025
Bibliothèque et Archives Canada 2025
Toute reproduction, intégrale ou partielle, faite par quelque procédé
que ce soit, photographie, photocopie, microfilm, bande magnétique,
disque ou autre, est formellement interdite sans le consentement de
l’éditeur.

ISBN EPUB : 978-2-89855-096-6
ISBN EPUB collection : 978-2-89855-094-2
Remerciements
Mes premiers remerciements vont à mon conjoint Vincent qui,
comme toujours, me permet d’écrire en sortant les enfants de la
maison. La prochaine fois, peux-tu aussi amener les chiens avec toi?
Merci à mes collègues de travail, car ça ne doit pas être facile de
côtoyer quelqu’un qui se trouve constamment dans son monde
imaginaire.
Merci à Maude, mon illustratrice qui fait de la magie avec ses
crayons. Elle arrive à reproduire fidèlement les dessins que j’ai en
tête. C’est de la sorcellerie, je suis certaine!
Merci à Marie-Hélène Lavoie et Annie Marquis, respectivement
ma vétérinaire et mon médecin préféré qui m’aident avec le côté
médical des chevaux et des humains.
Merci à mes fidèles lecteurs et lectrices de me suivre dans
chacune de mes aventures. Vous êtes mon inspiration de tous les
jours.
Pour terminer, merci à mon éditrice, mon amie, ma source
d’encouragement année après année. Tricia, tu crois en moi
davantage que moi-même.
Je vous souhaite une belle aventure dans la tête d’une jeune fille,
ça fera changement des animaux. 😊
Iza
Chapitre1
−Arrête un peu de bouger comme ça, Lilianne !
Tu emmêles tout ce que je viens de brosser !
Je croise mes bras avec un regard marabout.
Avez-vous déjà essayé d’entretenir la crinière
d’une licorne comme Lilianne? Non, sûrement pas.
Il y a juste une place dans le monde où l’on peut le
faire. N’essayez pas de la trouver, c’est une île qui
n’apparaît sur aucune carte.
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Bref, les licornes n’arrêtent jamais de se
secouer pour faire onduler leurs crins. Oui, c’est
super joli, mais pour une toiletteuse comme moi,
c’est moins pratique.
« Tu sais que je ne le fais pas exprès, Rose-
Alice! J’essaie de me contrôler, mais c’est plus
fort que moi. OK, je me concentre, tu peux y
aller.»
Les excuses mentales de mon amie me font
soupirer.

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Je repousse une boucle rousse de mon visage et
reprends la brosse pour enfin réussir à démêler ce
nœud récalcitrant. Évidemment, moins de dix
secondes plus tard, Lilianne se remet à gigoter. Je
dépose la brosse sur ma table de travail en
prenant une grande respiration. J’essaie d’inspirer
du courage et d’expirer ma frustration.
« Excuse-moi, Rose-Alice. Je te sens stressée
et ça me fait bouger encore plus que d’habitude.
Qu’est-ce qu’il se passe? Je ne connais pas grand-
chose aux humains, mais je peux bien essayer de
comprendre. »
Je me détourne de Lilianne pour m’asseoir sur
ma chaise de travail. Elle n’est pas confortable,
mais la journée a été longue et mes jambes ont mal
à leurs muscles. Ma cliente se rapproche
doucement avec une bienveillance dans les yeux qui
provoque un léger sourire dans mon visage.
−Je n’arrive pas à l’expliquer. Je suis
toiletteuse d’animaux fantastiques depuis
presque 102 ans déjà et je n’ai pas avancé dans
la vie.
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Ah… ce n’était pas si difficile à expliquer,
finalement.
« Ce n’est pas ça que tu as toujours voulu faire?
me demande Lilianne dans ma tête. Tu es si bonne
dans ce que tu fais, j’ai du mal à t’imaginer ailleurs.
En plus, ton don de communiquer avec les animaux,
il faut avouer que ça aide, non? »
Je laisse échapper un petit rire en me relevant.
Je dois vraiment terminer de dompter cette
crinière si je veux aller manger. Où ai-je mis ma
brosse déjà? Là où je l’ai abandonnée, bien sûr!
−J’aime mon travail, ce n’est pas ça le
problème. C’est seulement que la routine
m’ennuie et je trouve que ma vie manque
d’action. N’as-tu jamais eu l’envie de voler plus
loin que notre île? Parcourir le monde,
découvrir de nouveaux paysages?
Je mets davantage d’énergie (ou de frustration)
dans le démêlage du nœud en attendant la réponse
de Lilianne. Heureusement, elle est concentrée sur
la conversation et a cessé de se secouer.
« Non! Jamais de la vie! Il ne faut surtout pas
que les anciens t’entendent dire des absurdités
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pareilles. Le monde est vaste, je te l’accorde, mais
tellement dangereux. J’ai entendu des histoires
d’horreur au fil du temps, crois-moi. »
Je fouille dans la poche de mon sarrau et j’en
sors une paire de ciseaux. Ce nœud a fini de rire
de moi!
« Hé ! Éloigne ces lames de ma crinière! Laisse
tomber pour aujourd’hui. Tu n’es clairement pas
dans ton assiette. Je vais revenir demain. Va te
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reposer et enlève ces idées de ta jolie petite tête
d’humaine. Après tout, tu vivras encore plusieurs
décennies. Tu as le temps d’apprendre à contrôler
tes pulsions d’aventureuse. »
La licorne pose son front contre le mien.
Excepté le fait que j’ai presque perdu un œil à
cause de sa corne, ce réconfort me fait du bien.
Elle quitte le salon de toilettage et moi je reste
plantée là, comme un poteau.
Allez, ma grande! À ton tour de te secouer. Un
bon repas devrait te faire du bien.
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Chapitre2
Assise dans mon fauteuil préféré, je lis un livre
que j’adore.
En fait, j’essaie de lire ce livre. Habituellement,
je me sens toujours mieux après avoir mangé. Il y
a certaines personnes qui mangent pour vivre. Moi,
je vis pour manger. Quand j’étais jeune, pendant
mes 50premières années, je grignotais tout le
temps. C’est comme si mon estomac était toujours
vide! Au début, mes parents trouvaient cela bien
drôle de me voir constamment en train de mâcher
quelque chose. Ensuite, ils m’ont demandé de
ralentir, car nos ressources sont limitées sur notre
île et je mangeais plus que ma part.
Même si la magie qui entoure l’île nous donne
quelques atouts plaisants, comme celle de vivre
très vieux, la magie ne peut tout faire. Les
aliments que nous mangeons sont excellents pour
garder notre corps en parfaite santé, mais il faut
tout de même les cultiver. Je préfère grandement
mon métier de toiletteuse à celui de jardinière.
Jouer dans la terre n’est vraiment pas mon fort.
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La seule chose que j’arrive à faire pousser est des
pissenlits.
J’ai tout pour être heureuse. J’ai 162ans, je
possède ma maison depuis que j’ai 100ans, j’occupe
un emploi que j’aime depuis mes 60ans et un
cerbère m’accompagne comme animal de
compagnie. D’ailleurs, il est passé où, celui-là?
J’espère que Trouloulou n’est pas encore parti
faire peur aux bébés griffons de la voisine.
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La tête du milieu est douce comme tout, mais
celles de côté ont tendance à faire peur aux
petits. Bien que les griffons adultes soient
imposants avec leurs quatre énormes pattes, leur
bec d’aigle et leurs ailes gigantesques, les bébés
sont totalement inoffensifs. Ça serait triste que
Trouloulou en avale un par inadvertance avec une
de ses trois têtes de chiens. Ou plutôt, une de ses
deux têtes, car comme mentionné plus haut, celle
du milieu ne ferait pas de mal à une fée.
Notre île est inconnue des humains, puisqu’on ne
la voit sur aucune carte. Dans notre communauté,
environ un habitant sur trois possède un don
magique.
Depuis plusieurs centaines d’années, nous avons
notre propre système de survie. Nous excellons
dans l’art de cultiver nos champs et une petite
dose de magie des fées nous assure de belles
récoltes tout au long de l’année. L’hiver, il fait un
peu plus frais, mais le temps est agréable pendant
toutes les saisons.
Notre île est gigantesque, donc personne ne se
marche sur les pieds (ou ne se vole sur les ailes).
On raconte qu’un pégase a jadis amené plusieurs
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jeunes humains ici, alors qu’il n’y en avait aucun.
Les 32petits mal-aimés cherchaient un endroit
pour se cacher de leurs parents, trop souvent
violents. Les uns après les autres, le pégase a
peuplé notre île. Du moins, c’est ce que ma grand-
mère m’a expliqué. Elle affirme que les enfants ont
été séparés en quatre groupes aux quatre points
cardinaux, dans un nombre égal de garçons et de
filles. Aujourd’hui, nous sommes environ
300habitants dans chacun des quatre villages.
J’habite dans le village du sud, mais je suis souvent
allée dans les autres communautés.
Je finis par déposer mon livre sur ma table de
salon. Je n’arrive pas à me concentrer sur ce que
je lis. Je repense sans cesse à ce que Lilianne m’a
dit:
« Après tout, tu vivras encore plusieurs
décennies. Tu as le temps d’apprendre à contrôler
tes pulsions d’aventureuse. »
Vivre vieux, ça peut être amusant, sauf quand on
s’ennuie terriblement. Toutes mes journées se
ressemblent et j’en ai marre de refaire les mêmes
mouvements quotidiennement. Ce n’est pas
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suffisant pour me combler, même si je sais que j’ai
déjà beaucoup de choses pour me rendre heureuse.
Comme je me lève pour aller me chercher une
collation (oui, j’ai déjà faim), on frappe à ma porte
d’une façon pressante.
−J’ARRIVE, UN INSTANT ! Pas la peine de
tout défoncer !
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Chapitre 3
J’ouvre la porte, puis mon amie Ophélie entre
comme une tornade et me raconte sa vie sans
prendre le temps de respirer. Nous sommes âgés
et magiques sur l’île, mais respirer reste quand
même un truc important.
Derrière elle, Abygaelle est plus calme et
semble se trouver à 10000lieues d’ici. Je connais
cette expression faciale: elle est en discussion
avec quelqu’un d’autre, dans sa tête. Ses yeux sont
roses et elle fixe un endroit qu’elle ne voit pas
réellement. Ophélie attend déjà à l’intérieur et je
tiens la porte en attendant qu’Aby termine sa
phrase. Très peu de temps s’écoule et ses iris
passent du rose au bleu avant qu’elle s’excuse et
entre rapidement chez moi.
−Ça n’a pas de bon sens ! Tu l’avais vu venir,
toi?
Je ricane doucement. Voici quelque chose qui
devrait m’aider à me changer les idées!
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−Il va falloir que tu m’expliques tout ça moins
rapidement, Ophélie.
Elle s’étale de tout son long sur mon divan et
lâche le tsunami d’émotions qu’elle retient depuis
un moment. Du moins, j’imagine, car des larmes
coulent abondamment de ses yeux tout bouffis.
Ophélie peut ressentir les émotions des gens
proches physiquement d’elle. C’est pratique pour
mettre fin à une relation d’amour non réciproque,
même si c’est difficile pour elle.
Ophélie vit toujours tout à 100%. Ses joies, ses
peines et ses projets. Tout y passe. Elle parle fort
et elle sait se faire remarquer. Nous sommes aux
antipodes et c’est probablement pour ça que nous
nous complétons si bien.
Abygaelle s’assoit par terre, le dos appuyé sur le
divan, puis pose sa main sur la cuisse de mon amie
étendue. Je devine qu’Aby a déjà eu droit à son
propre résumé de l’histoire d’Ophélie, puisqu’elle
ferme les yeux pour se reconnecter avec ses amis
télépathes.
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Quant à moi, je me réinstalle sur mon fauteuil
préféré. Tant pis pour la collation. Je ne peux
quand même pas manger pendant qu’elle pleure!
Je lance le signal du départ:
−Vas-y, je t’écoute.
Je vous épargne tout ce déchargement
d’émotions, car premièrement, je n’ai pas compris
exactement tous les mots et deuxièmement, les
mots que j’ai compris n’avaient pas de sens. Donc,
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en résumé, elle a été forcée de couper les ponts
avec sa nouvelle cible amoureuse: Théron.
Ophélie cherche désespérément à partager sa
vie avec l’homme de ses rêves. On pourrait dire
qu’elle est à la chasse depuis une vingtaine
d’années. Comme vous l’avez deviné, l’amour ne
s’est toujours pas pointé. Elle est un peu plus jeune
que moi et possède un visage magnifique entouré
de longs cheveux blonds qui descendent en cascade
dans son dos. Elle a tout pour plaire, mais elle
l’ignore. Je pense que c’est justement ce qui fait
son charme.
−Ophé, je comprends ta peine, mais…
−NON ! Tu ne peux pas comprendre ce que je
vis ! Tu n’as jamais eu le cœur brisé par qui que
ce soit !
Elle prend un mouchoir sur la table basse du
salon et j’en profite pour respirer calmement. Ce
n’est pas vrai que je vais affronter ça le ventre
vide! Je me lève sans la regarder. Tant pis pour la
politesse, je vais me chercher un bol de céréales.
J’essaie de trouver un contenant propre, mais je
dois me rendre à l’évidence. Il faut vraiment que je
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lave ma vaisselle. Ce sera donc une pomme. La vie
est parfois si cruelle.
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Chapitre 4
De retour au salon, Ophélie est assise sur le
divan. C’est déjà une belle amélioration! Aby est à
ses côtés et lui joue doucement dans les cheveux.
Elle ne parle pas beaucoup, mais sa présence a
quelque chose de réconfortant. Je leur offre une
pomme et elles acceptent avec un sourire.
Abygaelle est la fille d’un de nos anciens et, avec
ses 173ans, elle est un peu plus vieille que nous.
−Je m’excuse, je ne voulais pas dire ça. Je sais
que toi aussi tu as affronté des épreuves
difficiles dans la vie et que ta mère te manque.
J’ai parlé trop vite. Si toutes les parties de
mon corps faisaient la course, ma langue
arriverait en premier et mon cerveau,
largement en dernier. Tu me pardonnes?
C’est vrai que ma mère m’a abandonné lorsque
j’avais une soixantaine d’années. Je pense que, pour
un humain normal, ça équivaut à environ huit ans.
C’est aussi vrai que je m’ennuie d’elle, même si j’ai
appris à vivre avec son absence.
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−Ça va, dis-je en un murmure et en balayant
l’air de la main pour signifier que ce n’est rien.
Donc, ce que je disais, c’est que je comprends
ta peine. En revanche, tu dois avouer que tu
essaies de forcer le destin. Laisse ta belle
personnalité effectuer le travail et tu
trouveras ton âme sœur un de ces jours.
Ophélie renifle et continue sa mission,celle de
vider ma boîte de mouchoirs.Aby prend le relais:
−Il faudrait aussi que tu cesses de courtiser
les centaures. Tu sais qu’ils ne sont pas bons
avec les sentiments. Ils les prennent et les
piétinent avec leurs grands sabots. Je connais
plein de jeunes hommes qui ont le cœur à la
bonne place. Il faut juste que tu visites des
villages plus éloignés afin d’y trouver de
nouveaux visages. Quand mon père m’oblige à le
suivre à ses rencontres entre anciens, je fais la
connaissance de beaucoup de gens. Je
n’apprécie pas particulièrement, mais ça me fait
sortir de ma gêne.
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−Comme chaque fois qu’Abygaelle aligne plus
de deux phrases consécutives, nous prenons le
temps de vivre le moment. D’habitude, elle est
définitivement plus à l’aise pour tenir des
conversations avec des interlocuteurs absents
physiquement.
Ophélie reprend la parole :
−Théron était différent. Enfin, je croyais qu’il
l’était. Finalement, je crois qu’il est plus
amoureux de son arc et de ses flèches que de
moi. Après un mois de fréquentations, je n’ai
toujours pas ressenti la passion naître en lui.
Parfois, j’aimerais me débarrasser de mon don
et vivre dans l’ignorance. Bref, merci de m’avoir
écoutée, Rosa. Et désolée, Aby, pour ce
deuxième débordement d’émotions.
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Ophélie se tourne vers moi pour m’expliquer le
fait qu’elles sont arrivées ensemble:
−Elle sortait du centre pour aînés lorsque je
passais devant en venant par ici. J’étais
pressée et je ne regardais pas où j’allais, alors
je lui ai un peu rentré dedans.
Aby commence à rigoler doucement avant de
préciser:
−C’était assez simple de comprendre ton état
d’esprit, si je me fie aux grosses larmes qu’il y
avait sur tes joues.
Ophélie rougit et change de sujet en se tournant
vers moi:
−Comment s’est passée ta journée, Rosa? Tu
as l’air au bout du rouleau, toi aussi. On dirait
que tu t’es fait passer dessus par une horde
d’hippogriffes. Tu ne vas tout de même pas
m’annoncer que Trouloulou a encore fait peur
aux voisins?
S’il y a des gens sur cette île en qui je peux avoir
confiance, c’est bien mes meilleures amies. C’est
parti, je me lance.
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−J’ai envie de quitter l’île.
Silence.
Abygaelle a les yeux et la bouche ouverts
pendant qu’Ophélie, incapable de s’empêcher de
parler, me répond:
−J’aurais préféré que tu me dises que ton
cerbère a mangé les bébés griffons du voisin.
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Chapitre 5
La soirée s’est terminée dans une drôle
d’ambiance. Je pense que les filles n’ont pas
compris ce que j’ai essayé de leur expliquer.
D’ailleurs, moi non plus, je ne me comprends pas.
Après le départ de ma mère, mon père a tout
fait pour que je me sente bien. En tant que chef du
village, il m’a impliqué dans plusieurs comités et je
me suis vite fait de nombreux amis. C’est d’ailleurs
lors d’une réunion du comité de gestion des
animaux sauvages que j’ai rencontré Ophélie. Elle
se passionne pour le comportement animal depuis
qu’elle est toute petite.
C’est le seul comité que je n’ai pas quitté. Est-ce
que c’est parce que j’adore les animaux ou parce
qu’ils offraient des collations à volonté? Je ne
saurais dire, car les deux ont de l’importance.
Je travaille depuis deux grosses heures avec
Miguel, mon manticore préféré. Avec son corps de
lion et ses immenses ailes, c’est toujours un plaisir
de le toiletter. Sauf lorsque je trouve des petits
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ossements d’animaux dans sa fourrure, juste en
dessous de sa gueule. Ça, c’est moins agréable.
−Tes oreilles étaient très sales. Il faudrait
que tu viennes me voir plus souvent, si tu ne
veux pas que ça se transforme en infection.
Miguel se secoue pour replacer sa jolie crinière
de lion avant de lâcher un long bâillement.
« Je sais, Rose-Alice. Tu me le recommandes
chaque fois que je viens te voir. Et comme chaque
fois, je te réponds que je vais faire mon possible
pour passer régulièrement. Parole de félin ailé ! »
Je souris et je le regarde sortir.
Seule avec mes pensées, je range mon matériel
de toilettage en attendant mon prochain client.
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Je pense à ma mère Florence et à ses cheveux
roux comme les miens qui devenaient éclatants au
soleil. Elle était si belle! Par contre, elle avait
souvent l’air triste et songeuse, mais jamais je
n’aurais pu prédire ce qui allait arriver. Un matin,
sur la table de la cuisine, un simple mot et sa
bague…
Ma tendre Rose-Alice,
Je sais que tu ne comprendras pas mon départ
soudain, mais je me devais de partir avant que cette île
m’étouffe. Un monde nouveau m’attend et j’espère y
trouver ce qui me manque. Ce n’est pas ta faute ni celle
de ton père. J’ai seulement une trop grande soif
d’aventure qui m’appelle depuis très longtemps.
Continue de grandir en beauté. J’ignore si je vais vivre
encore longtemps en quittant cette île. La magie est-elle
dans mes veines ou dans l’air que je respire? Tout le
monde l’ignore, car personne n’a jamais osé quitter notre
petit univers isolé.
Dans les deux cas, je serai dans ton cœur et toi dans le
mien, et je veillerai sur toi à distance. Je te confie ma
bague, je sais à quel point tu l’aimes.
Bisous, maman.
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Je pose le regard sur la bague en question. Elle
n’a jamais quitté mon petit doigt depuis ce jour.
Je suis devenue toiletteuse le mois suivant afin
de penser à autre chose qu’au trou que j’avais dans
le cœur. Ça fait maintenant 102ans qu’elle est
partie et la plaie a fini par se recoller. Du moins, je
pense.
Malgré tout, je pense que la personne ayant le
plus souffert est mon père. Il a perdu son amour,
sa moitié, sa partenaire. Comme nous pouvons vivre
jusqu’à un demi-millénaire, notre compagnon de vie
devient bien plus qu’un amoureux. C’est une partie
de nous-mêmes. Du moins, c’est ce que les anciens
du village m’ont raconté.
Depuis ce temps, mon père est terne et il semble
effectuer ses tâches de façon robotique. En tant
que chef du village, il n’a pas pu prendre le temps
nécessaire pour se remettre du départ de ma
mère.
Moi, avant de trouver mon futur métier, je me suis
isolée pendant des jours dans ma cabane en haut
de l’arbre du jardin. Maman venait jadis me
rejoindre régulièrement et nous inventions des
histoires qui nous amenaient bien loin de notre île.
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J’étais loin de me douter que pour ma mère, ce
n’étaient pas seulement des histoires. C’étaient
des objectifs.
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Chapitre6
La journée est presque terminée. Il ne me reste
qu’un client qui ne devrait pas tarder et ensuite je
vais me préparer un bon repas. J’ai une faim de
troll! Avant de retourner chez moi, je passerai
peut-être par la plage. La vue de la mer m’apporte
un sentiment de calme qui me fait du bien. J’en ai
besoin, aujourd’hui.
Je suis en train de me rendre malheureuse et si
je dois faire comme ma mère pour retrouver le
sourire, je le ferai.
Une puissante bourrasque qui pénètre dans la
fenêtre fait bouger les feuilles de la plante
intérieure, s’ensuit un tremblement de terre qui
me sort de mes pensées. Enfin, mon dragon vient
d’arriver! Toujours en retard, celui-là. Je me
demande bien quelle excuse il va encore me sortir.
Je le rejoins à l’extérieur, car il est hors de
question qu’il entre dans mon salon de toilettage.
En ouvrant la grande porte, il pourrait entrer et
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être à son aise, mais il suffit d’un éternuement
pour que tout parte en fumée. Non merci.
Je le retrouve donc dans ma cour et lui lance un
regard sévère.
−Dérek, tu es 20 minutes en retard. Encore !
J’espère que tu as une bonne explication, cette
fois.
« Une volée d’oiseaux. »
Il se passe un moment où lui et moi nous nous
regardons sans rien dire.
−Une volée d’oiseaux? C’est quoi le rapport?
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« Je ne voulais surtout pas les déranger! Notre
île et tout ce qui s’
