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Je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est le principe et le chef de cette grande famille qui est dans le ciel et sur la terre, afin que, selon les richesses de sa gloire, il vous fortifie dans l'homme intérieur par son esprit.
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Veröffentlichungsjahr: 2023
Copyright 2023
Cervantes Digital
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ISBN: 978-1-312-05136-2

Soliloque
Saint Bonaventure
PROLOGUE.
CHAPITRE I. Comment l'âme, par ses exercices spirituels, doit réfléchir sa contemplation sur son intérieur, afin de reconnaître ce qu'elle était par la création, combien elle a été défigurée par le péché, et comment elle a été réparée par la grâce.
CHAPITRE II. Comment l'âme, dans ses exercices spirituels, doit tourner le regard de sa contemplation vers les choses extérieures afin de reconnaître combien instables sont les biens de ce monde, combien passagères en sont les pompes, combien misérable en est la gloire,
CHAPITRE III. Comment l'âme, dans ses exercices spirituels, doit tourner le regard de sa contemplation vers les choses inférieures, la nécessité inévitable de la mort, la sévérité formidable du jugement, et la rigueur intolérable des peines de l'enfer.
CHAPITRE IV. Comment l'âme, dans ses exercices, doit élever le regard de sa contemplation vers les choses supérieures, afin de connaître et de goûter le prix inestimable, les délices ineffables et la durée interminable des félicités célestes.
PROLOGUE.
Je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est le principe et le chef de cette grande famille qui est dans le ciel et sur la terre, afin que, selon les richesses de sa gloire, il vous fortifie dans l'homme intérieur par son esprit; qu'il fasse que Jésus-Christ habite en vos coeurs par la foi; et qu'étant enracinés et fondés en la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la sublimité et la profondeur de Dieu, et connaître l'amour de Jésus-Christ envers nous, amour qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez remplis de toute la plénitude des dons de Dieu.
L'apôtre saint Paul, ce vaisseau d'élection éternelle, ce sanctuaire d'une sainteté toute divine, ce miroir et ce modèle de la céleste contemplation, nous montre en ces paroles le commencement, l'objet et le fruit des exercices spirituels. En effet, ces exercices, pour être pieux et profitables, doivent recevoir du ciel la puissance qui fortifie, la sagesse qui dirige, et la piété qui console. Que l'âme dévote embrasée de l'amour de la divine contemplation fléchisse donc spirituellement les genoux devant le trône de la bienheureuse et incompréhensible Trinité; qu'elle frappe avec humilité et demande sagement à Dieu le Père cette puissance fortifiante qui l'empêchera de succomber sous le poids du travail; qu'elle demande à Dieu le Fils cette sagesse régulatrice qui la maintiendra dans la vérité contre les séductions de l'erreur; qu'elle demande enfin à Dieu le Saint-Esprit cette piété consolante, cette suavité qui la préservera des assauts de l'ennemi. Toute grâce excellente et tout don parfait viennent d'en haut et descendent du Père des lumières. Tout notre bien est Dieu même ou vient de Dieu, dit saint Augustin. Ce n'est donc pas sans raison qu'au commencement de toute bonne oeuvre, il nous faut invoquer celui en qui tout bien prend sa source, par qui tout bien est produit, et à qui tout bien se rapporte comme à sa fin. C'est là cette ineffable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, dont parle l'Apôtre lorsqu'il dit: Je fléchis les genoux, etc.
Saint Paul nous montre, en second lieu, quel est l'objet salutaire de nos exercices spirituels. Or, cet objet pour l'âme dévote, ce sont les choses intérieures et extérieures, les choses inférieures et supérieures. En effet, l'âme doit commencer par réfléchir sur elle-même le regard de sa contemplation afin de reconnaître ce qu'elle était par la création, ce qu'elle est devenue par le péché, et comment elle a été reformée par la grâce. Ensuite elle doit diriger ce même regard vers fies choses extérieures afin de bien comprendre combien instables sont les biens de ce monde, combien sa gloire est passagère et combien misérable est sa magnificence. Elle doit, en troisième lieu, l'abaisser sur les choses inférieures afin de se pénétrer de la nécessité inévitable de la mort pour tous les hommes, de la sévérité formidable du jugement dernier, et des tourments intolérables de l'enfer. Elle doit enfin élever sa contemplation vers les choses supérieures afin de connaître et de goûter le prix inestimable, la félicité ineffable et l'éternité interminable des joies célestes.
Telle est la croix bienheureuse dont tu vois les quatre extrémités et sur laquelle tu dois, ô âme dévote, demeurer attachée par une méditation perpétuelle avec Jésus-Christ, ton époux plein de douceur. Tel est le char de feu appuyé sur quatre roues, qui doit te transporter, par une contemplation assidue, à la suite de celui qui est pour toi un ami fidèle, dans les palais célestes. Telle est la région dont les confins s'étendent à l'orient et à l'aquilon, au couchant et au midi; tu dois y entrer et la par-courir tous les jours; tu dois y chercher et y poursuivre, par une méditation profonde, celui qui tient la première place dans ton amour, et pouvoir t'écrier avec l'Epouse: J'ai cherché durant la nuit sur ma couche celui que mon âme chérit. L'Apôtre indique ces quatre choses en ces paroles: Afin que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de la bonté de Dieu.
Maintenant cet exercice salutaire, accompli comme il convient et d'une manière digne de louange, offre pour fruit l'éternelle félicité qui renferme en soi tout ce qui est beau et excellent, et suffit à rendre parfaitement heureux sans emprunter rien au-dehors. Là nous verrons celui qui est béni dans tous les siècles, nous l'aimerons, nous nous entretiendrons avec lui et nous le louerons durant toute l'éternité. L'Apôtre nous promet un tel fruit lorsqu'il conclut son discours par ces paroles: Afin que vous soyez remplis de toute la plénitude des dons de Dieu. Nous trouverons cette plénitude quand Dieu sera pour notre volonté l'abondance de la paix, pour notre raison le comble de la lumière, et pour notre mémoire la persévérance de l'éternité. C'est alors que Dieu sera tout en tous', quand toute erreur aura été éloignée de la raison, toute douleur de la volonté toute crainte de la mémoire, et que nous posséderons ce qui fait l'objet de notre espérance: une sérénité admirable, une allégresse toute divine, une sécurité éternelle.
Poussé par ma conscience à écrire le présent traité, je l'ai composé des paroles les plus simples que j'ai pu rencontrer dans les écrits des saints, afin de le mettre à la portée des intelligences les moins élevées, et j'ai employé la forme du dialogue. L'âme dévote, disciple de la vérité éternelle, y interroge en méditant, et l'homme intérieur lui répond par un langage tout spirituel.
Mais, pour arriver à la contemplation ineffable renfermée eu ces exercices, il nous faut commencer par mettre en pratique les premières paroles de l'Apôtre, et nous approcher du Père des lumières en l'invoquant avec humilité. Prosternons donc pieusement notre coeur devant le trône de l'éternelle Majesté, versons des larmes et poussons des gémissements continuels en présence de l'indivisible Trinité, afin que Dieu le Père nous donne par son Fils béni et en son Saint-Esprit la grâce d'entrer en ces exercices de l'esprit, d'arriver à comprendre quelle est la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur de la bonté de Dieu, et d'atteindre ainsi jusqu'à celui qui est la fin et le complément de tout désir. Ainsi soit-il.
CHAPITRE I. Comment l'âme, par ses exercices spirituels, doit réfléchir sa contemplation sur son intérieur, afin de reconnaître ce qu'elle était par la création, combien elle a été défigurée par le péché, et comment elle a été réparée par la grâce.
L'AME.
Dis-moi donc, ô homme, si après avoir invoqué avec ardeur la Majesté suprême, si après avoir imploré humblement la sagesse éternelle, si enfin après avoir supplié avec larmes la céleste miséricorde et la divine clémence, j'ai obtenu la grâce de m'exercer en esprit sur les quatre sujets suivants, sur la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur de la bonté de Dieu; dis-moi, je t'en conjure, quel ordre je dois suivre pour ne point perdre le fruit d'un pareil exercice en m'avançant au hasard. Car le défaut d'ordre affaiblit la beauté du mérite, et la connaissance d'une chose n'est point parfaite en nous lorsque nous savons ce qu'il faut faire sans comprendre de quelle manière il faut procéder.
L'HOMME.
O mon âme, commence par te considérer, si tu ne veux pas étendre inutilement ton regard sur les choses du dehors en te négligeant toi-même. Beaucoup connaissent un nombre infini d'objets, et s'ignorent eux-mêmes. Ils contemplent les autres et se délaissent; ils cherchent Dieu en ce qui est extérieur, et ils abandonnent leur propre intérieur, où il a établi son séjour. Je passerai donc des objets extérieurs à ce qui est intérieur, et de là je m'élèverai à ce qui est au-dessus de moi. De la sorte, j'apprendrai à connaître d'où je viens et où je vais; d'où je suis et ce que je suis, et en me connaissant j'arriverai à la connaissance de Dieu; car la connaissance de soi-même n'est pas la moindre partie de la science.
Saint Ambroise nous dit: « Reconnais, ô homme, quelle est ta grandeur; abaisse tes regards sur toi afin de considérer et ce qui entre en toi par la pensée et ce qui en sort par la parole. » C'est donc ta propre vie, ô mon âme, qu'il te faut examiner par des réflexions de chaque jour. Ainsi demande-toi avec un zèle sincère en quoi tu as avancé, en quoi tu es demeurée en arrière, ce que tu es dans ta conduite, ce que tu es en tes affections, quelle est ta ressemblance avec Dieu ou combien tu lui ressembles peu, combien tu es proche de lui ou combien tu en es éloignée. Souviens-toi en tout temps que tu es incontestablement meilleure et plus estimable, si tu sais bien te connaître, que tu ne le serais si, détournant tes regards de toi-même, tu arrivais à comprendre le cours des astres, à apprécier la vertu des plantes, à approfondir les natures diverses des hommes et des animaux, ou même à posséder la science de tout ce que le ciel et la terre renferment. Rends-toi donc à toi-même, sinon toujours, au moins de temps à autre. Gouverne tes affections, dirige tes actes, corrige tes pas. Ainsi, ô mon âme, mets en pratique les conseils des saints, et commence par tourner le regard de ta contemplation vers l'orient, c'est-à-dire vers la considération des bienfaits dont tu as été l'objet de la part du ciel. Médite soigneusement avec quelle générosité le Créateur suprême t'a donné l'existence, combien tristement ta propre volonté t'a rendue difforme en te souillant par le péché, combien admirablement la bonté divine a réparé tes ruines par l'effusion si souvent renouvelée de sa grâce en toi.
Considère d'abord combien grande a été la générosité du Seigneur en te formant comme il a fait. Ta nature est admirable, parce qu'en elle se trouve imprimée l'image de la bienheureuse Trinité, et ta beauté vient de là. C'est ce qui fait dire à saint Anselme: « Je vous bénis, Seigneur, et je vous rends grâces de ce que vous m'avez créé à votre image afin que je me souvienne de vous, que mes pensées soient toutes de vous, et que je vous aime avec amour. » — « Selon l'homme intérieur, dit saint Bernard, je trouve en moi trois choses qui m'aident à me souvenir de Dieu, à le contempler, à le désirer; ce sont: la mémoire, l'intelligence et la volonté. Quand je me souviens de Dieu, je me réjouis en lui, car son souvenir est au-dessus de tout; lorsque je le contemple par mon intelligence, je découvre combien il est incompréhensible, car en lui je vois le principe et la fin de tout. En ses anges il est désirable, car sa vue fait l'objet de leurs désirs; en ses saints il est délectable, car c'est en lui que les bienheureux goûtent une félicité non interrompue; en ses créatures il est admirable, car il donne à tout l'être par sa puissance, il gouverne tout par sa sagesse, il pourvoit à tout par sa bénignité. La contemplation de ces choses me fait soupirer après lui. Lorsque par ma volonté j'aime mon Dieu, je me transforme en lui, car telle est la vertu de l'amour, qu'il nous rend semblables à l'objet que nous aimons. »
Reconnais donc, ô mon âme, combien admirable et inestimable est ta dignité d'être non-seulement un signe de la puissance du Créateur, ce qui est commun à toute créature, mais d'être son image, ce qui ne peut convenir qu'à un être doué de raison. O mon âme, loue ton Seigneur; loue ton Dieu, ô Sion! Réveille-toi et fais entendre tes louanges, tressaille d'allégresse et éclate en transports de joie de ce que tu as été marquée de l'image de Dieu, ornée de sa ressemblance, de ce que tu es devenue participante de sa raison et capable de l'éternelle béatitude.
Mais comme de telles faveurs seraient médiocres si la mort devait en être le terme, exalte ton bonheur et loue ton Dieu de ce qu'il t'a donné en même temps une nature immortelle, une substance incorruptible, une durée interminable, une vie qui ne doit point finir. Car tu ne serais pas l'image de la Trinité si tu pouvais être enfermée dans les limites de la mort. « O âme, dit saint Augustin remarque bien que ton Créateur ne t'a pas seulement donné l'être, mais qu'il t'a donné d'exister toujours, qu'il t'a accordé de vivre, de sentir, de discerner, qu'il t'a ornée de sens et embellie de sa sagesse. Considère donc ta beauté afin de comprendre à quelle beauté tu dois donner ton amour. Et si tu es impuissante à te contempler comme il convient, pourquoi au moins n'emprunterais-tu pas le jugement d'autrui pour apprécier ta valeur? Tu as un époux dont tu ignores les perfections ravissantes; si tu les connaissais, tu saurais qu'un tel époux, si plein de charmes et de grâces, le Fils unique de Dieu, ne se serait point laissé prendre à tes attraits s'il n'eût trouvé en toi, plus qu'en aucune créature, une beauté singulière et vraiment ineffable. »
O âme trop ingrate, peut-être que tout cela te semblera peu de chose. Eh bien! écoute encore combien admirable est ta dignité: ta nature est d'une simplicité telle que rien ne saurait entrer dans le sanctuaire de ton esprit, rien ne saurait y établir sa demeure si ce n'est le Dieu de toute simplicité et de toute pureté, la Trinité éternelle. Voici ce que dit ton Epoux: Mon Père et moi nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. Et ailleurs: Zachée, hâtez-vous de descendre, car il faut aujourd'hui que je demeure en votre maison. En effet, il n'y a que celui qui a créé l'âme qui puisse y pénétrer, car lui seul se montre plus intime que ce qui est intime en elle. Réjouis-toi donc, ô âme bienheureuse, de pouvoir être le séjour d'un hôte aussi auguste. « Heureuse, s'écrie saint Bernard, heureuse l'âme qui purifie chaque jour ses affections afin de posséder le Dieu qui l'a choisie pour sa demeure! Avec un tel hôte elle n'a plus besoin de rien, car elle a en elle l'Auteur même de tout bien. Oh! combien est grande la félicité de cette âme en qui Dieu a trouvé son repos, de cette âme à qui il est donné de pouvoir s'écrier: Celui qui m'a créé s'est reposé en mon tabernacle! Non, jamais il ne saurait lui refuser le repos du ciel, après s'être préparé lui-même un lieu de repos en elle durant cette vie. »
O âme, ton avarice est trop grande si la présence d'un tel hôte ne peut te satisfaire, car il est si libéral qu'il te communiquera ses biens en abondance; il est si bon qu'il répandra sur toi ses richesses sans réserve. Et, en effet, il serait indigne d'un prince aussi glorieux de laisser dans l'indigence celle qui lui a ouvert sa demeure. Orne donc le lieu le plus intime de ta maison, et reçois-y le Roi qui t'a donné la vie. Sa présence remplira tous les tiens d'allégresse et de félicité.
