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Affectée depuis peu en province, Lola, une jeune femme officier de police, prend la tête de la brigade de protection de la famille au sein du commissariat central de la capitale des Alpes. Elle retrouve Grenoble, sa ville natale. Au cours d’une intervention dans le quartier de l’Arlequin où elle a passé toute son enfance, elle croise une vieille connaissance. Confrontée à son douloureux passé, elle est tiraillée par sa conscience professionnelle d’un côté et par son puissant désir de justice de l’autre…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Éric Anthal, auteur engagé, a toujours été un fervent défenseur des causes qui lui sont chères, notamment celle de la protection du milieu marin, qu’il a abordée dans ses précédents ouvrages. Avec "Souviens-toi", il prend une nouvelle direction, en se consacrant cette fois à la défense de la dignité humaine, et plus spécifiquement aux violences faites aux femmes. Porté par une lucidité implacable, Éric dénonce avec force ces injustices, sans aucune complaisance.
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Seitenzahl: 301
Veröffentlichungsjahr: 2026
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Souviens-toi
Chez Le Lys Bleu Éditions
Les sentinelles de l’espoir
Sans rancune
Éric Anthal
Souviens-toi
Roman
© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2026
www.lysbleueditions.com
ISBN : 979-10-437-0219-8
L’homme derrière le volant jeta un bref coup d’œil à la jeune femme assise côté passager.
« Ça va, lança-t-il, on dirait que c’est la première fois que tu es confrontée à un père qui tripote sa fille. »
Lola ne prit même pas la peine de répondre. Elle travaillait avec Vilemart depuis son arrivée à Grenoble, quatre mois auparavant. Il ne lui avait pas fallu bien longtemps pour cerner le personnage.
Ce mec est quand même un sacré connard !
Elle inspira profondément, cherchant à éliminer la colère puissante qui l’inondait depuis qu’ils avaient quitté le garage, propriété du père en question. Elle le convoquerait, mais elle savait déjà qu’elle ne pourrait pas faire grand-chose. La mère, pourtant à l’origine du signalement, s’était écroulée dès le début de l’entretien. Elle travaillait avec son mari. Lola savait qu’elle serait forcément présente, mais elle avait pensé qu’ayant trouvé le courage de se déplacer jusqu’au commissariat pour signaler les faits, elle aurait celui de protéger sa fille de huit ans. Visiblement, elle s’était trompée et avait mal évalué l’emprise que le garagiste exerçait sur son épouse.
La voix de l’opératrice ramena Lola dans l’habitacle du véhicule de police.
Reconnaissant leur indicatif, elle décrocha le microphone et répondit à l’appel du central. La voix leur signala un cas de violences conjugales présumées. La victime s’était enfermée dans sa salle de bains et avait appelé Police Secours. L’opératrice annonça l’adresse : 90, galerie de l’Arlequin. Vilemart réagit instantanément :
« Z’ont qu’à envoyer des gars du poste de Villeneuve. »
Lola sourit. L’Arlequin était un des quartiers chauds du sud de l’agglomération dans lequel les flics rechignaient à pénétrer. Construit au début des années 70, autour d’un immense parc, il devait son nom à la galerie exclusivement piétonne qui courait sous les immeubles et aux soubassements de fenêtres multicolores.
« De toute façon, on peut pas y aller à deux, affirma Vilemart.
— Aucune directive n’a jamais rendu obligatoires les patrouilles à trois, répondit sèchement Lola.
— En tout cas, moi, je mets pas les pieds dans ce quartier de merde, rétorqua Vilemart, d’un ton péremptoire. »
Lola ne découvrait pas le manque de courage de son collègue. Elle le soupçonnait d’avoir demandé son affectation aux « mineurs » pour échapper aux risques du terrain plutôt que par conviction. Elle reprit le micro et confirma leur disponibilité tout en indiquant qu’ils n’étaient que deux et qu’ils allaient avoir besoin de renfort sur place, ne serait-ce que pour éviter d’abandonner leur voiture de patrouille sur le parking extérieur.
L’opératrice lui demanda de rester en attente.
« Sors à la prochaine et fais demi-tour, ordonna Lola calmement, on reprend la rocade dans l’autre sens. »
Vilemart n’osa pas la contredire.
Un trouillard reste un trouillard !
Lola actionna la sirène deux tons. Elle ouvrit sa fenêtre et posa le gyrophare magnétique sur le toit. Quelques instants plus tard, l’opératrice annonça qu’un équipage du commissariat de Villeneuve les attendrait sur le parking, au pied du quatre-vingt-dix. Lola annonça un délai inférieur à cinq minutes pour se rendre sur place et remit le micro sur son support.
« Tu garderas les bagnoles. »
Elle entendit clairement Vilemart soupirer de soulagement.
Lola repéra le véhicule de police au moment même où elle coupait la sirène. Les collègues du poste de Villeneuve les attendaient au début de l’unique rue desservant le quartier malfamé de la banlieue grenobloise, à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau de leur quartier général.
Vilemart stoppa à côté de leur véhicule. Lola descendit pour les saluer.
« Commandant García, brigade de protection de la famille », annonça-t-elle en tendant la main au chef de patrouille.
L’homme en uniforme lui serra la main.
« Finalement, on a préféré vous attendre discrètement ici, commandant. L’appel émane de la toubib du quartier, Paola Di Pietro.
— Merde ! ne put s’empêcher de lâcher Lola. »
Le flic leva un sourcil interrogateur.
« J’étais à l’école avec elle, l’informa Lola, on ferait mieux d’y aller. Vous me laissez un peu d’avance ? Je vais me présenter aux guetteurs et les informer des raisons de notre présence. Si j’arrive à les convaincre que nous ne nous intéressons pas à leur trafic, cela devrait nous faciliter la tâche. Je vous ferai signe lorsque vous pourrez me rejoindre. Mon collègue se chargera de surveiller les véhicules.
— Pas de problème. »
Lola se rassit aux côtés de Vilemart et lui intima l’ordre de rouler. Elle le fit ralentir à l’entrée du parking et repéra sans mal un jeune homme posté devant la coursive. Sur un simple geste, Vilemart stoppa et elle sortit en levant les mains. Le garçon portait déjà un téléphone à son oreille.
« Attends, l’interpella Lola en levant les deux mains, on vient pour Paola Di Pietro, la toubib, tu connais ? Elle nous a appelés. »
Elle ne fut pas surprise de ne pas obtenir de réponse. Le garçon parla dans son téléphone, puis écouta en hochant la tête. Lola aperçut une trottinette électrique posée contre le mur.
Téléphone, trottinette, ils sont bien équipés, les choufs, aujourd’hui, pensa-t-elle.
Le jeune guetteur raccrochait. Il s’adressa à elle :
« C’est au troisième, suivez-moi.
— Je connais le quartier, dit Lola en se tournant pour faire signe à ses collègues, tu peux rester à ton poste.
— OK, OK, répondit le guetteur un peu étonné, en levant les mains en signe de capitulation. »
Elle s’engouffra sous l’immeuble et ouvrit la lourde porte de l’allée au-dessus de laquelle les chiffres neuf et zéro étaient inscrits en caractères d’un mètre de hauteur. Suivie des trois flics en uniforme, elle grimpa les escaliers quatre à quatre et emprunta la coursive au pas de course. Elle repéra la plaque juste avant de se rendre compte que la porte d’entrée était grande ouverte. Le chambranle était arraché, la porte avait été enfoncée. Lola sortit son arme de service, arma le chien et posa son index sur le bord du pontet. Les trois hommes derrière elle l’imitèrent. Elle entra dans l’appartement. Le couloir donnait sur une salle d’attente à gauche. Le cabinet était à droite. La porte face à elle était ouverte sur un petit salon. Lola repéra la cuisine et se dirigea à l’opposé. Elle vit la porte dégondée et se fit violence pour ne pas se précipiter. En entrant dans la salle de bain, elle découvrit une femme aux longs cheveux noirs, couverte de sang dans la baignoire. Elle prit le temps de désarmer et rangea son arme dans l’étui. Elle entendit une voix déclencher les secours ; elle s’agenouilla au bord de la baignoire et prit la main de la jeune femme.
Lola se remit à respirer en sentant un pouls sous l’extrémité de ses doigts. Elle posa sa main à plat sur la poitrine de la victime et annonça :
« Elle respire. »
Le fond du lavabo se colora en rouge dès qu’il plongea ses mains sous la colonne d’eau que crachait le robinet mélangeur. L’intense colère qui l’avait submergé s’était dissipée, seul un sentiment de puissance et de supériorité subsistait.
Cette salope de Paola l’avait traité avec un mépris qu’il ne pouvait pas accepter. Il n’admettait pas d’être éconduit de la sorte. Il s’était senti insulté et dénigré. Lorsqu’il avait asséné le premier coup, il n’avait pas été surpris par la force des sensations qu’il avait éprouvées. Ce n’était pas la première fois qu’il frappait une femme. À chaque fois, il ressentait le même sentiment d’invincibilité que la première fois, alors qu’il frappait sa propre mère. Il adorait avoir l’impression de dominer, forcer une femme à une totale soumission le comblait de joie.
Paola était loin d’être faible, elle s’était débattue et l’avait littéralement jeté à terre. Cela avait eu pour effet de décupler ses émotions et sa détermination. Lorsqu’elle s’était enfermée dans la salle de bain et qu’il l’avait entendu appeler les flics, son sang n’avait fait qu’un tour. Il avait tenté de fracasser la porte à coup de poing, mais n’avait réussi qu’à se blesser. La première articulation de l’auriculaire de sa main droite était enflée et douloureuse. Pourtant, il n’avait ressenti aucune douleur en frappant la jeune femme.
Il avait finalement réussi à enfoncer la porte d’un coup d’épaule et s’était jeté sur Paola. Il ne se rappelait plus comment elle avait atterri dans la baignoire, mais il revoyait son arcade sourcilière exploser sous ses poings. Il se souvenait avec jubilation du sang qui coulait de ses narines et de la fente rougeâtre qui ornait sa lèvre supérieure.
Elle méritait largement la punition qu’il lui avait infligée.
Il l’avait laissée inanimée au fond de la baignoire vide. Il savait que la flicaille finirait par rappliquer.
Il valait mieux disparaître.
Lola regarda sa montre.
Vilemart n’était jamais en retard pour quitter le service. Titi vint s’asseoir au bord de son bureau.
« Alors, demanda-t-il, il a chié dans son froc ? »
Lola acquiesça de la tête en souriant.
« Tu aurais dû nous appeler », dit Greg en mettant les mains derrière sa tête, arrachant un grincement sinistre à son fauteuil.
Lola savait qu’elle avait de la chance d’avoir ces deux-là dans son équipe. Elle aurait aimé se débarrasser de Vilemart, mais elle n’avait pas pour habitude de se plaindre.
« Je suis d’accord avec lui, renchérit Titi, ce n’était pas très prudent de se balader dans ce quartier avec ce trou de balle de Vilemart.
— J’étais accompagnée par une équipe de Villeneuve, répondit Lola, touchée par leur inquiétude, et puis je connais bien ce quartier.
— Ah bon ? s’étonna Greg.
— Mes parents habitaient l’Arlequin, j’ai vécu dans ce quartier jusqu’à l’âge de treize ans.
— Je pensais que tu étais parisienne, avoua Greg.
— Non, après l’école de Police j’ai été affectée à Paris, démentit Lola, mais quand je suis tombée sur le poste ouvert ici, j’ai sauté sur l’occasion.
— Tu ne connaissais pas Vilemart, ironisa Titi.
— Non, mais si j’avais eu l’occasion de rencontrer l’équipe avant de prendre une décision, je serais venue quand même pour bosser avec vous deux. »
Un silence pudique s’installa. Lola se dit que ses gars ne devaient pas avoir l’habitude de ce genre de marque d’affection. Elle se leva.
« Bon, je vais faire un saut aux urgences pour voir comment va la victime.
— Tu la connaissais ? demanda Greg.
— On était dans la même classe de la maternelle au collège.
— Tu devrais les appeler, dit Titi, vu ce que tu nous as raconté, cela m’étonnerait qu’elle soit en état de te parler aussi rapidement.
— Tu as raison, admit Lola en s’asseyant. »
Lola fit le tour du parking. Dans la lumière d’un éclairage public, elle repéra un guetteur, à la même place que celui du matin. Ce n’était plus le jeune homme qui lui avait indiqué l’étage de l’appartement de Paola, mais la trottinette électrique était toujours visible, en appui contre le mur. Lola se demanda brièvement si le même véhicule servait aux différents guetteurs ou si chacun d’eux possédait son propre engin.
Elle se rendit compte que le guetteur la fixait. Elle sortit lentement du parking, inutile d’attirer l’attention. Ce n’était de toute façon pas le moment de lancer toute seule une enquête de voisinage.
Lola enrageait d’être contrainte à l’inaction, mais elle n’avait pas le choix. Elle savait pertinemment que personne dans le quartier ne prendrait le risque de lui adresser la parole. On ne parlait pas à la police sans s’exposer à des représailles.
Lola allait devoir attendre de pouvoir interroger Paola. Le médecin de l’Hôpital Sud avait été clair. Il avait placé Paola sous sédation pour lui éviter de ressentir les inévitables douleurs causées par les multiples traumatismes qu’elle avait subis. Il avait prescrit une durée de traitement d’un minimum de quarante-huit heures et il n’hésiterait pas à prolonger si le réveil de sa patiente devait provoquer le moindre inconfort. Lola avait immédiatement déclaré qu’elle respecterait ce choix et que la jeune médecin serait, de toute façon, plus en sécurité à l’hôpital que dans le quartier où elle exerçait. Elle n’avait pas jugé utile d’expliquer qu’elle ne pouvait prendre aucune mesure de protection tant que l’auteur des faits n’était pas identifié. Elle allait devoir faire preuve de patience.
Le jeune guetteur avait pris son poste devant le quatre-vingt-dix à dix heures. Ce chiffre lui portait bonheur, c’est la somme qu’il touchait pour rester à cet endroit de dix à dix-huit heures, tous les jours. Les autres guetteurs ne gagnaient que soixante-dix ou quatre-vingts euros, mais il avait négocié une rallonge parce qu’il avait refusé de prendre du shit pour son usage personnel, puisqu’il n’en consommait pas. Son frère aîné était mort en prison après avoir balancé son fournisseur dans l’espoir d’une réduction de peine. Après ce malheur, il avait promis à sa mère de ne jamais toucher à cette merde et il tenait sa promesse. Il se foutait pas mal de savoir si ce qu’il faisait était bien ou mal. Il ne participait pas au trafic. Il n’avait jamais vendu le moindre gramme de came. Son rôle consistait à surveiller cet accès à la cité et à prévenir les vendeurs de l’arrivée des condés1 en criant « ara »2.
Son père les avait abandonnés, il était retourné au bled avant la naissance de sa troisième petite sœur. Sa mère n’avait jamais travaillé et il devait nourrir seul quatre bouches en plus de la sienne. Il mettait un point d’honneur à assumer les frais de scolarité de ses trois sœurs. La plus grande était au lycée, ce qui était assez rare chez les jeunes du quartier. Il en tirait une immense fierté.
Depuis son poste d’observation, il vit arriver le petit ami de la toubib. Il attendit de voir. L’homme se dirigea vers la porte d’accès à la coursive du quatre-vingt-dix. Il marcha d’un pas nonchalant vers lui. L’homme avait déjà saisi la poignée, il posa la main à plat sur le battant pour empêcher l’ouverture.
« Tu vas où ?
— Ça te regarde ? répondit l’homme.
— Depuis que j’ai vu ce que tu as fait à la toubib, oui, cela me regarde.
— Tu sais qui je suis ?
— Je me fous de qui tu es. Tu laisses Di Pietro tranquille.
— Je vais parler de toi, menaça l’homme. »
Le jeune guetteur sourit et lâcha la porte, ramenant son bras lentement avant de saisir brusquement l’homme au collet. Il le tira vers lui et le souleva en appuyant ses avant-bras sur son torse et en le projetant violemment contre le mur. Par précaution, il tourna son bassin pour éviter de prendre un coup dans les parties intimes. Il bloqua les jambes de son adversaire avec sa cuisse et porta sa bouche à son oreille.
« Écoute-moi bien, gringalet, chuchota-t-il, si tu cherches à me causer des ennuis, tu vas mettre ma famille en danger. Et si tu touches à ma famille, je pourrais devenir très, très méchant. Tu as compris ? »
Les pieds de l’homme ne touchaient plus le sol. Il hocha la tête pour répondre. Le guetteur le posa et s’éloigna d’un pas, sur ses gardes. L’homme aurait adoré le corriger comme il avait corrigé Paola, mais le chouf était plus grand et plus lourd que lui et le courage n’avait jamais été sa première qualité.
Il tira sur son blouson et partit sans demander son reste.
« Dolorès García Ramirez ! » s’exclama Paola.
Lola sourit. Lorsqu’elles étaient adolescentes, Paola n’utilisait jamais son véritable prénom. D’ailleurs, exception faite de sa hiérarchie et de ses parents qui l’appelaient Lolita, le reste du monde employait plutôt le diminutif Lola. Paola était salement amochée. Son visage était tuméfié. Son œil droit avait disparu sous un hématome plutôt impressionnant, mais le médecin qui avait reçu Lola avait été rassurant.
« Comment tu te sens ? demanda Lola.
— Si je n’avais pas quelques côtes cassées, je me serais levée et je t’aurais giflée, dit Paola avec un calme qui contredisait la violence de ses paroles.
— Je comprends, répondit doucement Lola.
— Qu’est-ce que tu fous là ? demanda Paola.
— Je suis flic, c’est moi qui t’ai trouvée dans ta baignoire. »
Paola ne put retenir un juron de surprise.
« J’ai appris que tu es devenue médecin, reprit Lola, mais si tu veux bien, on se racontera nos parcours respectifs plus tard. Pour l’instant, tu peux m’expliquer ce qu’il s’est passé ?
— Quelques années après ta… disparition, je suis tombée amoureuse, expliqua Paola, un beau gosse du quartier avec une gueule d’ange. Au début, il en était un d’ailleurs.
— D’ange ?
— Oui, confirma Paola en soupirant, je l’ai connu pendant l’internat, mais les choses ont commencé à se gâter lorsque j’ai obtenu mon diplôme. Je me suis installée dans le quartier, je voulais offrir mes services à ceux qui en avaient besoin. Je crois que Michel aurait préféré que j’exerce auprès d’une clientèle plus fortunée.
— Michel, c’est l’ange ?
— Oui, mais tu as devant toi la preuve qu’il n’en est pas un et que je suis la reine des connes. »
Lola ne montra aucune réaction. Elle savait qu’il valait mieux attendre la suite et ne pas chercher à brusquer les choses.
« Il n’a jamais travaillé, reprit Paola, j’ai cru pendant longtemps ses histoires d’entretiens d’embauche qui n’aboutissaient à rien. Je l’ai entretenu, au début, par amour ou par aveuglement, c’est pareil. Ensuite par pitié et finalement parce qu’il me faisait peur.
— C’est la première fois qu’il te frappe ?
— Oui, mais je sais depuis longtemps de quoi il est capable.
— Bon, dit Lola en se levant, on va lui passer l’envie de recommencer, d’accord ?
— J’aimerais bien, mais comment ?
— Fais-moi confiance, le toubib m’a dit que tu pourrais sortir dès que tu serais capable de te déplacer. »
Paola fit mine de se lever, mais la douleur la cloua sur son lit.
« Je reviens demain, dit Lola d’une voix douce, nous verrons si tu te sens mieux. »
Lola fit le tour de sa voiture pour aider Paola à s’extirper de l’habitacle. Le médecin avait autorisé sa sortie, mais elle devait encore bouger avec prudence. Les deux jeunes femmes se déplacèrent, bras dessus bras dessous, jusqu’à l’extrémité du parking. Lola se dit qu’elles devaient ressembler à deux vieilles dames.
Le jeune guetteur tenait la porte du quatre-vingt-dix ouverte pour elles. Lola le remercia chaleureusement. Elle eut droit à un sourire éclatant en guise de réponse.
Lola s’était chargée de contacter un serrurier pour faire réparer la porte de l’appartement de Paola. L’artisan avait paré au plus pressé. Lola expliqua à son amie d’enfance qu’elle avait commandé une porte blindée, mais qu’elle ne serait pas installée avant quelques jours. Paola rétorqua qu’elle était décidée à reprendre ses consultations dès le lendemain et que sa porte serait donc ouverte du matin au soir.
« Raison de plus pour s’occuper de ton Michel, tu sais où on peut le trouver ?
— Je n’en ai strictement aucune idée, répondit Paola, cela fait trois semaines que je l’ai viré et qu’il ne vit plus ici.
— On dirait bien qu’il a un peu de mal à digérer votre rupture.
— J’aimerais croire qu’il ne peut pas se passer de moi, mais je pense plutôt qu’il a juste besoin d’argent.
— Il a des parents ou des amis susceptibles de l’héberger ?
— Son père est mort assez jeune, il était un peu porté sur la bouteille. Sa mère est toujours dans le quartier, mais il n’a plus aucun contact avec elle. Pas plus qu’avec ses frères et sœurs, d’ailleurs.
— D’accord, tu sais si j’ai une chance de trouver son nom dans nos fichiers ?
— Pas sûr, je sais qu’il trafique, mais j’ignore ce que vous pouvez avoir sur lui.
— Je vérifierai, dit Lola, j’ai sympathisé avec un mec aux stups qui pourra peut-être me rencarder. Si je dois coucher avec lui pour obtenir gain de cause, cela ne me posera pas trop de problèmes. Il est plutôt mignon, mais je te promets de ne pas tomber amoureuse. »
Paola amorça un rire, mais la douleur lui arracha une grimace. Lola s’excusa et patienta.
« Tu n’as pas de copain ou de mari ? »
Lola secoua la tête et s’empressa de revenir au sujet principal.
« Je suppose qu’il possède un véhicule ?
— Oui, répondit Paola.
— Tu connais l’immatriculation ? »
Sans répondre, Paola se leva avec une nouvelle grimace. Elle prit un crayon surmonté d’une fraise aimantée sur la porte du réfrigérateur et griffonna sur un bloc-notes fixé, lui aussi, sur la porte métallique. Elle remit le crayon à sa place, arracha la première feuille du bloc et la tendit à la jeune femme, toujours assise.
« Parfait, dit Lola, encore une chose, tu aurais une photo ?
— Cela fait belle lurette que j’ai effacé tout ce qui le concernait de mon téléphone, mais j’ai peut-être quelque chose sur mon ordinateur. Viens avec moi. »
Paola se dirigea vers le couloir à petits pas. Lola la suivit jusqu’au cabinet où elle recevait ses patients. Lorsque Paola se posa sur son fauteuil, la douleur lui arracha une nouvelle grimace et elle dut attendre un peu avant d’entrer son mot de passe. Lola se plaça derrière elle. Paola ouvrait des dossiers, les refermait. Elle s’arrêta sur l’un d’eux et utilisa la molette de sa souris pour faire remonter la liste. Elle ouvrit un fichier et le visage d’un homme s’afficha sur l’écran.
Lola le reconnut immédiatement. Elle sentit une chaleur intense l’envahir. Elle fut projetée dix-neuf ans en arrière, au beau milieu d’une scène qu’elle avait enfouie au plus profond de sa mémoire. Elle se mit à transpirer abondamment. Son champ de vision se rétrécit brusquement jusqu’à voir l’écran comme au travers d’une meurtrière, puis tout devint noir.
Paola n’avait pas eu le temps de réagir. Elle ne s’était rendu compte du malaise de sa plus vieille amie que lorsqu’elle l’avait entendue s’affaler par terre. Elle s’était levée un peu trop rapidement et la douleur dans les côtes avait été fulgurante, mais elle s’était agenouillée auprès de Lola, qui avait rapidement retrouvé ses esprits. Paola lui tenait la tête lorsqu’elle ouvrit les yeux, l’air hébété. Paola attendit un peu avant de la questionner.
« Tu m’expliques ? »
Lola se redressa, mais resta assise à même le sol, s’adossant juste contre le mur. La tête en arrière, elle inspira profondément avant de répondre.
« Cela risque d’être long.
— J’ai tout mon temps, répondit Paola en se levant avec précaution. »
Elle tendit la main. Lola se leva en prenant garde de ne pas utiliser cette main tendue comme appui pour ne pas déclencher une nouvelle grimace. Elle se laissa entraîner jusqu’au salon. Paola la posa dans un grand canapé rouge et retourna dans la cuisine. Elle revint avec une bouteille d’eau minérale et deux verres, qu’elle remplit sans dire un mot. Elle tendit un verre à Lola, qui le prit à deux mains et s’installa à ses côtés. Les deux femmes burent lentement, toujours sans parler.
Lola reposa son verre sur la table basse, enleva ses chaussures et s’assit en tailleur, en faisant face à Paola.
« Je vais devoir remonter à l’époque où mes parents ont décidé de quitter le quartier. »
Paola aurait donné cher pour avoir la suite, mais elle se garda bien de montrer son impatience. Cela faisait presque vingt ans que sa meilleure amie avait disparu du jour au lendemain ; elle pouvait attendre un peu.
« J’ai été violée », annonça Lola, brutalement.
Paola resta la bouche ouverte, incapable de proférer le moindre son. Lola reprit son verre, but une gorgée, le reposa au même endroit et prit un coussin de la même couleur que le canapé qu’elle serra entre ses bras. Elle reprit d’un ton détaché, comme si elle faisait état d’une enquête qui ne la concernait pas directement.
« Tu te rappelles le soir où nous sommes rentrées de l’entraînement ? demanda Lola.
— Tu veux dire la dernière fois que l’on s’est vues ?
— Exactement, confirma Lola, on s’est séparées au niveau du cent-trente.
— Je m’en souviens comme si c’était hier.
— Je suis tombée sur ton Michel et deux de ses copains. Chacun d’eux m’est passé dessus.
— Le fils de pute ! s’exclama Paola, révoltée.
— Quand je suis rentrée chez moi, ma mère s’est tout de suite rendu compte qu’il s’était passé quelque chose. Je n’ai pas eu d’autre choix que de lui avouer. J’ai cru que mon père allait devenir fou. Il voulait les retrouver et les tuer de ses propres mains. Ma mère a réussi à le calmer. Je me rappelle qu’elle m’a aidée à me laver et a demandé à mon père de nous emmener au commissariat.
— Et alors ? s’impatienta Paola.
— Les flics se sont moqués de moi. »
Paola eut envie de pleurer. Lola ne parlait plus. Elle était étonnée de ne pas être submergée par ses émotions et de pouvoir évoquer ces douloureux moments avec autant de sérénité. Elle voyait bien que Paola avait un peu plus de difficultés. Elle lui laissa le temps de reprendre le contrôle avant de continuer.
« En rentrant du commissariat, ma mère a décidé de ne pas retourner vivre à l’Arlequin. Nous sommes passés faire nos valises et mon père nous a conduites chez ma tante, qui habitait en grande banlieue, au sud de Paris. Mon père s’est suicidé deux mois plus tard. »
Paola eut de nouveau envie de pleurer.
« Comment as-tu fait pour surmonter tout ça ? demanda-t-elle.
— Franchement, je ne sais pas. Ma mère et ma tante m’ont beaucoup aidée, mais nous n’avons jamais plus reparlé de ces évènements.
— C’est ce qui t’a poussée à entrer dans la police ?
— Peut-être, avoua Lola, et probablement aussi à m’orienter vers la brigade des mineurs. Enfin, aujourd’hui, on dit brigade de protection de la famille, mais l’ancien nom est resté en usage dans les services. »
Lola se rendit compte que Paola était assise dans la même position qu’elle et qu’elle tenait un coussin en tout point identique entre ses bras. En voyant ses lèvres fendues et son œil fermé, elle se rappela les raisons de sa présence.
« Je tiendrai ma promesse, dit-elle d’une voix douce, mais teintée de fermeté, je ferai en sorte que ce mec ne puisse plus te faire de mal.
— Fais en sorte qu’il ne fasse plus jamais de mal à personne, rétorqua Paola. »
Les deux femmes se mirent à pleurer à peu près au même moment.
Le commandant Kowalski était parfaitement conscient de l’attirance animale qu’il suscitait chez la plupart des sujets de sexe opposé. Ses yeux d’un bleu indéfinissable lui donnaient un regard lumineux qu’il pouvait rendre doux et chaleureux ou au contraire utiliser pour mettre mal à l’aise et déstabiliser son interlocuteur. Pourtant, visiblement, ses charmes n’avaient que peu d’effets sur sa jeune collègue.
Il avait cru parvenir à ses fins lorsque Lola avait accepté une invitation à dîner, quelques semaines auparavant. Il avait passé une excellente soirée en sa compagnie, mais il n’avait pas osé esquisser la moindre manœuvre pour tenter de se rapprocher physiquement de la belle.
Lola se posa sur la chaise, face au bureau du chef des stups. Elle ne perdit pas de temps en salamalecs et demanda d’emblée le curriculum vitae de l’individu qu’elle recherchait.
« Michel Vozey, ses grands-parents ont fui la Russie à l’arrivée au pouvoir des bolcheviques. Issus d’une famille noble, fidèles au tsar et originaires de Vozey, justement, un petit village au nord-est de Moscou, ils obtiennent l’asile politique peu après la fin de la Première Guerre mondiale. Tu lui veux quoi à ce minable ? »
Lola était fascinée par le grand flic blond. Elle jalousait sa peau claire, presque transparente et surtout ses yeux d’un bleu éclatant. Elle aurait donné cher pour les échanger contre sa peau mate et ses yeux sombres.
« C’est lui qui a laissé la toubib de l’Arlequin à moitié morte dans sa baignoire, je veux sa peau », dit Lola d’un ton calme.
Viktor Kowalski se cala au fond de son fauteuil, posa ses coudes sur les accoudoirs et joignit ses doigts devant sa bouche. Il se demanda brièvement si la jeune andalouse ne parlait pas d’écorcher vif son indicateur de façon tout à fait sérieuse. Il eut l’impression que son regard noir le transperçait. En fait, cette nana lui faisait peur. Cette idée le fit sourire.
« Tu ne peux pas me demander la tête de ce gars-là, Lola.
— Pourquoi ? demanda Lola en croisant les bras.
— Il nous rencarde sur un gros poisson, répondit Viktor. »
Lola comprit que l’affaire était sensible. Le travail des stups reposait principalement sur la collecte d’informations. Kowalski protégerait farouchement son tonton3. Elle chercha vainement un moyen de contourner cette difficulté. Elle décida finalement de lâcher du lest.
« Je comprends », dit-elle simplement après un long silence.
Viktor fut surpris de la voir abandonner le combat aussi rapidement. Son sixième sens de flic expérimenté était en alerte. Il choisit de garder le silence. Il nota mentalement que la jeune femme avait décroisé ses bras, mais il n’était pas sûr de pouvoir interpréter ce signe avec certitude. Il était habituellement assez doué pour analyser le langage non verbal des personnes assises devant son bureau, mais il savait que Lola était aussi habile que lui et qu’elle contrôlait parfaitement le message qu’elle voulait faire passer. En voyant le sourire qui se dessinait sur son visage aux traits fins, encadré par une longue chevelure d’un noir profond qui tombait librement sur ses épaules, il pensa à un carnassier, un prédateur qui ne lâcherait pas sa proie aussi facilement. Il se demanda si sa peau couleur miel foncé avait un goût sucré.
« Tu es libre pour dîner ce soir ? demanda Lola.
— Tu m’invites ? demanda à son tour Viktor, qui n’avait rien trouvé d’autre à dire.
— Sauf si cela entame ton orgueil de mâle.
— Aucun problème, dit Viktor en souriant.
— Parfait, dit Lola en souriant à son tour, comme ça, je pourrai te draguer sans aucun scrupule. »
Viktor savait qu’il finirait par perdre cette partie.
Lola eut droit à un signe amical de la part du jeune homme posté devant le quatre-vingt-dix. Elle répondit par un sourire et monta au troisième sans que le chouf ne prévienne qui que ce soit. L’œilleton du judas s’éclaircit pendant un bref instant. Lola entendit les verrous claquer. La porte s’ouvrit et Paola s’effaça pour la laisser entrer. Lola vit avec soulagement et satisfaction la jeune médecin refermer soigneusement la porte avant de tourner la clef de la serrure principale et les molettes des deux verrous. Paola lui demanda de la suivre, précisant qu’elle voulait lui montrer quelque chose. Elle l’entraîna dans la cuisine. Une photo de classe était posée sur la table en formica.
« Je suis passée voir la mère de Michel, commença Paola, elle habite toujours au cent-trente. Quand elle a vu ma tronche, elle a compris immédiatement qui était l’auteur de mes ecchymoses. Je ne l’avais jamais vue comme ça. En un instant, son visage s’est transformé, il est devenu dur. J’aurais pu lui donner dix ans de plus que son âge. J’imagine, sans mal, ce qu’elle aurait pu faire subir à son propre fils si elle l’avait eu sous la main. »
Lola posa les deux mains sur le plan de travail sur lequel elle s’était adossée. D’une petite impulsion, elle se projeta au-dessus du meuble, en appui sur les bras et se retrouva assise, les jambes pendant dans le vide. Paola, prudente, se posa sur une chaise assortie à la table.
« Je n’ai pas eu besoin de la pousser à parler, reprit-elle, elle m’a raconté que son fils était un ange lorsqu’il était petit, c’est le mot qu’elle a employé, elle aussi. D’après elle, les choses se sont gâtées quand ils ont emménagé dans le quartier. Il s’est mis à fréquenter de mauvais garçons. Elle m’a parlé de deux petits voyous qui traînaient tout le temps avec Michel, mais elle n’a pas été capable de se rappeler ne serait-ce que les prénoms. En revanche, elle s’est souvenu que l’un d’entre eux avait intégré le lycée expérimental de Grenoble. Cela ne l’a apparemment pas empêché d’être dans tous les mauvais coups. Toujours selon elle, il était le pire des trois. C’est lui qui entraînait et dirigeait les deux autres. J’ai alors repensé à la photo que je t’ai montrée hier et je lui ai demandé si, par hasard, elle n’en avait pas une de son fils avec l’un de ces deux individus. Elle a réfléchi un long moment et elle m’a plantée dans sa cuisine. Lorsqu’elle est revenue, elle m’a montré une demi-douzaine de photos comme celle-ci. Je l’ai empruntée parce qu’elle a été prise lors de leur dernière année de formation professionnelle et que j’ai reconnu Michel sans trop de difficulté. Je me suis dit que tu pourrais peut-être identifier son complice. »
Lola était impressionnée. À la fois parce que l’idée de Paola était aussi simple que géniale, mais surtout parce qu’elle ne s’attendait pas à recevoir une aide quelconque de sa part.
« Tu essayes juste de ne pas tomber dans les pommes », dit Paola d’une voix douce.
Lola ne répondit pas. Elle prit la photo que lui tendait Paola. Une vingtaine ou une trentaine de jeunes garçons étaient alignés sur trois rangs. Ils étaient tous vêtus d’un bleu de travail en guise d’uniforme. Les deux du premier rang, assis au centre, tenaient une ardoise sur laquelle étaient indiquées la classe et l’année scolaire. Avant même d’avoir trouvé Michel, Lola reconnut un autre de ses tortionnaires, au début du deuxième rang.
« Je peux garder cette photo ?
— Tu l’as trouvé ? demanda Paola.
— Oui, répondit simplement Lola. »
Lola s’engouffra dans sa voiture garée sur le parking du quatre-vingt-dix. Assise derrière son volant, elle tenta de remettre de l’ordre dans ses pensées. Depuis qu’elle avait reconnu Vozey sur l’écran de l’ordinateur de Paola comme l’un de ses agresseurs, les évènements s’étaient enchaînés sans lui laisser le temps de réfléchir.
Paola avait visiblement l’intention de retrouver les deux autres protagonistes de l’agression que Lola avait subie. Paola avait supposé que les deux garçons qui avaient participé au viol collectif faisaient partie de l’entourage proche de Vozey. La photo que Paola avait empruntée à la mère de Vozey prouvait qu’elle ne s’était pas trompée.
À plusieurs reprises, Lola s’était demandé ce qui pouvait bien pousser Paola dans cette quête.
Elle s’interrogea sur ses propres motivations.
Que cherchait-elle ?
Qu’espérait-elle obtenir ?
Deux coups brefs frappés sur la vitre de sa portière la firent sursauter.
« Ça va, m’dame ? »
Le chouf paraissait sincèrement inquiet. Lola lui sourit, descendit la vitre et l’assura qu’elle allait bien, qu’elle était juste un peu perturbée par ce qui était arrivé à la toubib.
« Tout le monde la connaît ici, dit le jeune homme, elle soigne gratuitement ceux qui n’ont pas assez d’argent pour la payer. Si je peux aider, vous savez où me trouver.
— C’est très gentil, merci. »
Lola se dit qu’aux yeux de ce garçon, elle n’était plus simplement une flic. Elle le regarda s’éloigner pour rejoindre son poste d’observation. Finalement, elle prit son téléphone et chercha dans ses contacts.
« Kowalski, bonjour.
— Je suis déçue, dit Lola, je ne suis pas enregistrée dans tes contacts ?
— Si, mais je suis dans ma bagnole. Je passe chez moi prendre une douche et me changer parce que, ce soir, je suis invité au restaurant.
