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Parfois, le Destin envoie des héros… et parfois, Il déraille dur. Alors, quand Roy, un jeune terrien bien de chez nous, se retrouve accidentellement téléporté sur le vaisseau le plus miteux de l’Univers, il ne s’attend pas à y trouver un équipage des plus insolites : entre orang-outan râleur, professeur Foldingue comme un diable en boîte -littéralement-, japonaise à la force surhumaine ou encore IA africaine « monologueuse », chaque jour est une odyssée spatiale qui n’a absolument rien d’héroïque… Et lorsque, dès son premier jour à bord, notre terrien explose accidentellement un casino de la mafia cosmique, cet équipage improbable se retrouve embarqué malgré lui dans un conflit dont il se serait bien passé… Durant leur lutte (constituée à 70 % de «repli stratégique»…), ils voyageront à travers (et même ENTRE) l’Univers, découvriront les bizarreries qu’il renferme et nous prouveront à chaque étape que «plus on est de fous, plus c’est l’anarchie !». Et pour parfaire le tableau, n’oublions pas notre cher Narrateur qui ira de son petit commentaire, jusqu’à modifier l’histoire prévue -en bien comme en mal-, rendant ainsi le script aussi déjanté que l’équipage du Santa Barbara ! Alors, rangez la vaisselle de Mamie et boulonnez bien votre siège… ça va secouer ! Plus d'infos déjantées sur www.space-omega.com
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Seitenzahl: 339
Veröffentlichungsjahr: 2016
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"First sign of madness, talking to your own head"
J. K. Rowling
"Heureusement pour moi, je ne suis pas fou"
Arka D. Jim
"Non, t'inquiète. Je veille au grain…"
Arka D. Jim
Bonjour cher lecteur et merci pour l'achat de ce livre. Vous faites désormais partie du cercle des adorateurs de ce nouveau roman qui se veut original et… Pfff… Je dois vraiment lire ce truc ? Ça sonne ringard… Hé ho ? HÉ HO !? Y a quelqu'un pour me répondre ? C'est pas croyable… On n'est pas encore au deuxième paragraphe et l'équipe de surveillance s'est déjà barrée en pause ! Bon… on va pouvoir le faire à ma manière alors…
Hello lecteur ou lectrice ! Je suis le Narrateur ! Vous me connaissez sans doute depuis longtemps, je suis le gars qui se charge de raconter toutes les histoires sans jamais récolter les lauriers de la gloire. Boulot ingrat ! J'ai signé pour un nouveau contrat, mais là, ça commence à me peser. D'habitude, y a le comité de censure et surveillance qui regarde et écoute ce que je lis pour s'assurer que je ne raconte pas n'importe quoi, mais on dirait qu'ils ont décidé de me lâcher un peu pour une fois. De base, je suis pas censé vous parler directement, sinon on me sanctionne sur ma paye. Déjà que je gagne moins qu'un instit, alors je vous laisse imaginer les risques que je prends à vous parler. Mais bon… J'ai la paye qui est tombée hier alors ça devrait le faire pour une fois.
Si vous vous demandez à quoi je ressemble… ben, faites appel à votre imagination ; je vous mâche suffisamment le travail en temps normal, quoi ! Imaginez ce que vous voulez : grand, petit, chinois, black, vêtu comme un hippie ou en costard, balèze au hockey ou à la crapette, vous choisissez ! Si vous êtes une miss, vous pouvez aussi me rajouter de super abdos. Et de super pectoraux. Et des… bref, les seules choses que je veux bien vous indiquer, c'est que je suis MA-GNI-FI-QUE -oui, je m'adore, et alors ?- et que je suis assis dans un fauteuil super confortable en face d'une cheminée avec un bon feu. Je sais, c'est cliché, mais si on vous le montre aussi souvent comme ça, c'est parce qu'un job de narrateur se passe toujours ainsi, mais ça, on ne prend pas le temps de vous le dire dans un roman !
Bon… assez parlé de moi. Vous ne lisez pas ces lignes pour apprendre à peler des patates ; vous êtes là pour une histoire. Je l'ai à côté de moi : une pile de feuilles qui fait office de script ! Je sais que vous ne pouvez pas les voir, mais je vous jure qu'il y en a beaucoup ! Beaucoup trop ! En plus, c'est écrit en petit, sans interligne et avec une police fantaisiste ! Purée, ils voudraient me crever la vue qu'ils ne s'y prendraient pas autrement ! Bon… je vais commencer la lecture. Si, parfois, je vous coupe dans l'histoire, ça apparaîtra certainement en italique, comme là actuellement… ou là… ou encore là. Mais pas lors du prochain mot : piñata ! Alors, ne prenez pas peur quand je vous parle, j'en profite juste pendant que les autres comiques ne sont pas là ; et puis, ça me fait de la discussion. Hmmm hmmm ! Commençons.
- Tu as trahi les tiens ! Et pour quoi ? Pour avoir du pouvoir ! cria John à son ami Dave. Je n'ai d'autre choix que de te tuer !
Il sortit un bâton de dynamite et, le tenant fermement dans ses mains, l'alluma avant de se jeter sur Dave pour le faire tomber de la falaise, chutant avec lui vers les récifs en contrebas. Dave ne comprit que trop tard que John allait se sacrifier pour les tuer tous les deux. La dynamite explosa en plein vol et recouvrit les rochers des organes des deux hommes, les mouettes venant picorer tout ce qui n'avait pas été réduit en poussière. Whooo ! C'est quoi ce délire !? C'est pas le début !
Mais… Mais…! Ils m'ont filé les feuilles dans le désordre ! Ça commence bien, tiens ! Désolé pour le spoil ; va falloir que je change les noms pour vous éviter de les reconnaître plus tard. Bougez pas, je range les pages dans le bon ordre et on pourra réellement commencer ! .................................... Voilà, c'est bon. Désolé pour le silence, mais je n'arrive pas à trier les feuilles et à vous parler en même temps. Bon, alors commençons pour de bon !
Il était une fois un petit garçon qui rêvait de partir à l'aventure… Ah non ! C'est mort ! Encore une ouverture avec "Il était une fois". J'en ai marre de cette phrase d'introduction ! Marre ! Vous savez combien de fois j'ai dû la prononcer depuis que je fais ce job, hein ?! Vous vous êtes amusés à compter le nombre d'histoires qui commencent par "il était une fois… gna-gna-gna… une princesse dans un château… gna-gna-gna…" ? Devinez qui se les tape à CHAQUE conte ?! Hein ?! Devinez ?!
Attendez… Le comité n'est toujours pas revenu… Ne m'en veuillez pas, mais je vais un peu modifier le script !
Planète Terre ! De nos jours ! Un petit garçon, depuis la fenêtre de l'appartement de ses parents, regarde les passants défiler dans les rues de San Francisco. Bon… j'ai troqué pour la ville de San Francisco parce que celle marquée sur ma feuille est imprononçable ! Dehors, le parc grouille de charmants bambins qui jouent au ballon ou à cache-cache sous le regard bienveillant de leur baby-sitter. Les oiseaux chantent, les amoureux se bécotent sur les bancs publics ou sur l'herbe verte du parc, les joggeurs courent sur les trottoirs, leur musique dans les oreilles, slalomant entre les passants ; le grand soleil inonde de sa chaleur bienfaitrice les habitants de cette petite ville des Etats-Unis. "Petite ville" ? Oups… ça devait pas être une ville aussi grande que San Francisco alors… Heureusement que l'auteur n'est pas là pour m'entendre. Bref…
- Roy ! cria sa mégère de mère depuis la cuisine. Viens mettre la table ! Ton père va rentrer du travail sous peu et rien n'est prêt ! Il doit manger en vitesse pour retourner au bureau avant sa réunion.
- Oui, Maman, fit le petit garçon en quittant sa fenêtre.
Il pénétra dans la cuisine et attrapa un tabouret afin d'atteindre l'étagère où se trouvait la vaisselle. Pendant ce temps-là, sa mère, une superbe femme de 35 ans, mit un plat à réchauffer dans le four micro-ondes. Puis, elle ouvrit sa trousse de maquillage et se repassa du rouge à lèvres, pour la quatrième fois depuis ce matin. Le petit Roy, lui, avait déjà attrapé trois couverts qu'il plaça sur la table en bois. Il ne restait plus que les verres à mettre, mais ils étaient complètement hors de portée pour l'enfant de 7 ans qu'il était. Il demanda de l'aide à sa mère.
- Maman cuisine, Trésor, lui répondit-elle en vérifiant dans le miroir qu'elle était toujours aussi belle. Alors, débrouille-toi. Tu es un grand garçon, non ?
What !? T'as mis un truc au micro-ondes et t'appelles ça de la cuisine !? Mais aide-le ton gamin enfin ! Il galère comme c'est pas possible !
Roy, ne pouvant atteindre les verres, fit preuve de la créativité des enfants de son âge, et se saisit d'un couteau de cuisine pour rajouter les quelques centimètres qui lui manquaient. Je la sens pas cette histoire… on va vite remplacer le couteau par une cuillère en bois pour éviter qu'il ne se fasse mal.
A l'aide de la cuillère, il poussa les verres un à un dans le vide pour ensuite les rattraper avec ses petites mains. Il rattrapa un verre, puis deux, mais au troisième, la cuillère en bois dérapa et poussa le verre plus loin qu'il ne le voulait. Ce dernier tomba sur le sol, éclatant en dizaines de petits morceaux. Surprise par le bruit, la mère sursauta et son rouge à lèvres dérapa sur sa joue, la transformant en guerrier indien.
- ROY ! Petit imbécile ! Tu ne peux donc pas faire attention ! File dans ta chambre tout de suite, tu es privé de repas ! Tu ne sais que donner du travail à notre bonne ! SIMONE ! Venez vite ! Ce petit diable a encore fait des siennes !
Une femme d'une cinquantaine d'années surgit alors dans la pièce, un tablier sale accroché à la ceinture. Dans ses mains, un plumeau et une éponge imbibée d'un anticalcaire bon marché. En voyant les débris de verre, elle courut chercher un balai et une pelle.
Attendez… Quoi !? Elle a une femme de ménage et elle laisse le môme galérer pour mettre la table ?! Si jamais cette mégère meurt, je ne vais pas me gêner pour lui rajouter un paragraphe de souffrance !
- Excuse-moi, Maman… dit l'enfant tout confus d'avoir encore une fois énervé sa mère. J'ai pas fait exprès…
- Tu ne fais que des bêtises ! s'écria sa mère en le giflant. File dans ta chambre ! Et retire tes chaussures, tu vas mettre du verre partout dans la maison !
Le petit garçon enleva ses baskets l'une après l'autre. En chaussettes -pas le plus agréable pour traverser la pièce jonchée de morceaux de verre-, il courut se réfugier dans sa chambre, la main de sa mère encore dessinée sur sa joue droite. Il ferma la porte et se jeta sur son coussin pour cacher ses larmes. Il aurait tellement voulu serrer quelqu'un contre lui qui l'aurait consolé ; mais il ne disposait même pas d'une peluche ou d'un jouet. Sa chambre était triste et terriblement vide : pas de coffre à jouets, pas une seule figurine, pas de petite voiture, pas un seul poster ; seulement un lit entre quatre murs, sans aucune fenêtre, et, pour seules décorations une tâche de moisissure sur la tapisserie et le portrait de son arrière-grand-père au visage sombre. Je ne sais pas vous, mais moi perso, j'appelle ça de la séquestration. Pauvre gosse… Enfin bon…
Chapitre 2… Comment ça "Chapitre 2" ?! Déjà !? Sérieusement !? Ben… Il s'appelait comment alors le chapitre 1 ? J'y crois pas… l'auteur a mis le chapitre 1 dans le sommaire mais pas sur les pages de script ! Alors, pour ceux que ça intéresse, voici le titre du chapitre 1.
Ouais, je comprends pourquoi il ne l'avait pas marqué… Allez ! Je vous retrouve sur la prochaine page pour le chapitre 2.
Une année entière s'était écoulée. En temps normal, il se passe beaucoup de choses en un an. Mais pour Roy, le tableau restait le même : ses parents ne remplissaient pas leur rôle d'éducateurs, préférant le punir et l'humilier… Leur manque d'affection empêchait Roy de prendre confiance en lui et de se faire des amis, le laissant trop souvent à sa solitude. Les seuls moments où il était heureux, c'est lorsque sa mère l'emmenait au zoo ou au musée sous prétexte de le cultiver, pour finalement le laisser déambuler seul pendant qu'elle partait vers de "jeunes frivolités". Je vous jure que si je trouve l'adresse de ses parents, je leur envoie les fli… Damned ! Le comité de censure revient ! Si on vous pose des questions, dites qu'on se connaît pas !
Avec le temps, Roy était parvenu à transformer sa tristesse en volonté de partir loin, très loin. Loin de ses parents… Ce désir se mêlait à la représentation qu'il avait d'un monde caché et merveilleux, rempli de bonbons, comme dans les contes. Il commença à vouloir fuguer avant même son adolescence. Les tentatives s'enchaînèrent, mais quand votre père est le commissaire de police de la ville, il est difficile de lui échapper… surtout quand il réquisitionne à chaque fois toutes les forces de l'ordre. Pour son douzième anniversaire, il lui avait même offert un gâteau à déguster en garde à vue après une nouvelle fugue. Peu importe ses tentatives, les sbires de son père le rattrapaient toujours, malgré les courses-poursuites qui duraient de plus en plus longtemps, qui étaient de plus en plus risquées, et qui l'emmenaient parfois jusqu'à jouer les équilibristes sur les toits. Puis un jour, ce qui devait arriver arriva…
Ses parents, le jugeant irrécupérable, l'envoyèrent dans une école militaire en Virginie pour le mater. Refusant de se laisser faire, Roy connut alors des années difficiles. Mais, malgré le rude entraînement qu'il recevait, il ne se laissa briser à aucun moment. Tous les bons points qu'il gagnait à l'exercice, il les perdait en comportement à cause de ses bagarres avec ses trois compagnons de chambre tyranniques ou à cause de ses tentatives d'évasion. Et puis, un jour de sortie scolaire -qui, pour une école militaire, signifie visiter un complexe militaire-, une de ses tentatives prit une tournure particulière.
Devant la grille d'entrée du site militaire scientifique semi-secret, le sergent Jeff fit l'appel de ses jeunes, pour vérifier qu'aucun d'entre eux ne manquait. Lorsque ce fut au tour de Roy, il l'appela par le surnom que l'école lui avait décerné.
- Roy Dalton ? appela le sergent de sa "gracieuse" voix. Dalton ! Vous êtes toujours là ou il est déjà en cavale ?
Cela fit bien rire tout le peloton, sauf le garçon à l'arrière qui répondit à son prénom par un "Présent".
- Ne vous avisez pas de nous fausser compagnie, Dalton. Avec le collier qu'on vous a installé autour du cou, si vous êtes trop loin de moi, je vous envoie directement une décharge avec ma télécommande. Comme avec les clébards qui ne savent pas se tenir.
Nouveau rire dans le peloton. Roy, dans son uniforme, essayait tant bien que mal de respirer avec ce collier magnétique, fruit de sa conduite "exemplaire". Une fois l'appel terminé, le groupe pénétra dans le complexe militaire. Partout, des soldats armés jusqu'aux dents, des panneaux "Interdiction d'entrer" et "Danger de mort", des jeeps de patrouille… un endroit suffisamment sous haute surveillance pour décourager Roy de toute esquisse de fuite… il regretta de ne pas avoir tenté quelque chose sur le trajet, pendant l'arrêt sur l'autoroute.
Un scientifique en blouse blanche arriva et se présenta comme leur guide attitré, leur présentant historiquement le complexe depuis sa création en 1989 jusqu'à ce jour, sans trop évoquer les laboratoires cachés pour secret d'état. Puis, vint le moment que tous attendaient : la zone de test. Le guide les conduisit dans une grande salle grise dont les murs en ciment étaient recouverts d'impacts de balles, de traces d'explosions et d'autres produits qui semblaient avoir pénétré les parois. Le guide leur expliqua qu'il s'agissait d'un des lieux où ils testaient "un peu tout", comme le suggérait les différentes machines disposées ça et là.
- Et maintenant, les jeunes, qui veut tester…
De nombreuses mains se levèrent juste à l'entente de ces quelques mots.
- … notre effaceur de mémoire ?
Toutes les mains retombèrent, transformant ces vaillants gaillards en pétochards du dimanche.
- Vraiment personne ? insista le guide. N'ayez crainte, on n'effacera votre mémoire que de quelques minutes.
- Le cadet Dalton se porte volontaire, s'exclama le sergent Jeff en traînant celui-ci devant par le bras.
- Mais sergent… je n'ai rien dit. J'ai pas envie qu'on m'efface la mémoire !
- C'est parfait justement, cadet Dalton. Comme ça, vous ne vous en souviendrez pas.
Le sergent le planta à côté du guide. Ce dernier, satisfait d'avoir un cobaye, le positionna au beau milieu de la pièce et lui ordonna de ne pas bouger ; puis, il conduisit le reste du groupe à l'abri dans la salle de contrôle, et actionna plusieurs interrupteurs d'un tableau de contrôle truffé de boutons et de diodes multicolores, incompréhensible pour le commun des mortels. Sept spots lumineux très puissants s'allumèrent alors brusquement dans la salle de test, éblouissant Roy.
- Une fois l'expérience déclenchée, expliqua le guide dans le micro qui résonnait dans la salle de test, vous aurez certainement une légère perte de connaissance puis, au réveil, quelques petits problèmes de vue pendant quelques minutes, alors ne vous inquiétez pas.
- Quoi ?! s'exclama Roy. Attendez au moins que je me couche pour pas me fracturer le crâne en tombant.
- Activation du système ! Enclenchement dans 3… 2… 1…
Il y eut un gigantesque flash blanc.
- Oh… problème… releva le guide.
Le saviez-vous ?
Whouhou ! J'adore ces petites infos. Une fois, j'ai lu que le singulier italien de "confetti" était "confetto" et… Bwah ! J'ai utilisé presque tout le cadre ! Faut que je coupe l'enregistreur ! Ça marche pas ! Ça marche pas ! Vite, improviser ! Ce livre contient une rubrique "le saviez-vous ?".
Lorsque Roy rouvrit doucement les yeux, les effets du super flash se firent sentir, tant par la différence de luminosité que par les déformations qu'il distinguait ; la salle de test, par exemple, semblait encore plus sombre et mal fichue qu'elle ne l'était avant le flash. Au plafond, les éclats d'obus, les traces de balles et les tâches de peinture paraissaient plus grosses. Il y avait même des traces de pneu et un taco cloué qui était en train de se défaire. Roy repensa à la phrase du guide : perte de conscience et vision faussée. Il se releva et regarda ce qu'il percevait différemment autour de lui en dehors du plafond : des boîtes à outils qui jonchaient le sol, des tables et des tréteaux à travers toute la salle, des machines démontées dans tous les sens dont les pièces traînaient absolument partout -même au plafond-ainsi que des engins sacrément sophistiqués dont la forme n'indiquait clairement pas leur utilité. Tout cela ne se trouvait pas là avant l'expérience… Les seules choses qu'il crut reconnaître étaient les sept spots, bien que ceux-ci semblaient plus gros ; ils ressemblaient désormais à des embouts d'aspirateurs géants.
"Sacré trouble de la vision", pensa Roy. "Il n'avait pas menti…".
C'est à ce moment qu'il entendit une voix au vieil accent texan s'adresser à lui.
- Nom d'une goyave vérolée ! Ça va, m'n gaillard !?
Roy se retourna et eut un sursaut en voyant le guide ; celui-ci ressemblait désormais à un professeur Foldingue moustachu : de la classique blouse blanche au bras gauche cyborg muni d'une pince, en passant par la ceinture frontale équipée de gadgets. Mais là où la vision faussée de Roy en remit une couche, c'est lorsqu'il vit que le vieux dégénéré serrait dans sa main droite "humaine" une canne au pommeau en forme de crâne fumant un pétard, et surtout, SURTOUT, que la partie basse de son corps était greffée à une grosse boîte en métal par un large ressort dans lequel circulait de l'énergie verte-plutonium, le faisant ainsi ressembler à un clown ou un diablotin bondissant de sa boîte.
- Ça t'a pas trop s'coué ? articula l'étrange vision en avançant vers Roy par de petits bonds qu'il effectuait en prenant appui sur sa canne. C'est qu'ça n's'est point passé exactement comme j'l'espérais ; ça a été plus fort qu'prévu.
- Ouf… fit Roy en soufflant et en se rapprochant du guide. Ça explique beaucoup de choses alors… Ça explique pourquoi je me souviens… et pourquoi je vous vois en personne du 3ème âge diminuée de moitié.
- Dis donc, gringalet ! s'imposa l'autre en le frappant sur la tête avec sa canne. Garde tes moqu'ries quand t'es avec tes potes ! Je suis peut-être qu'une "demi-portion", mais nom d'une barbadine tétanique, j'ai ma canne pour t'corriger à la place d'mes pieds !
- ATTENDEZ ! l'arrêta Roy en attrapant la canne pour stopper la pluie de coups. Comment pouvez-vous voir les déformations de ma vue ?!
L'autre tira de toutes ses forces pour récupérer sa canne, puis la tapota contre la boîte à laquelle il se trouvait fixé.
- Et ça, jeunot ? C'n'est point des gambettes. T'as effectivement des troubles de la vision si t'y vois des jambes.
- Mais ?! Vous les aviez avant que l'expérience ne commence!?
- Arrête ton char, jeunot. Ça fait plus d'80 ans que j'suis comme un diable en boîte. N'remue point l'couteau dans la plaie, veux-tu ? Quant à ton expérience, c'n'était qu'une téléportation mal jaugée ; m'en fais pas tout un foin, ok ?! J'ai juste les coupleurs d'énergie qu'ont surchargé…
Roy examina en détail autour de lui. Toutes ces machines… tous ces objets et tous ces gadgets… il s'agissait de modèles qu'il n'avait jamais vus avant. Cela aurait pu être des technologies cachées provenant du centre militaire, mais dans ce cas, pourquoi les afficher maintenant ? Ou bien, il y avait une autre explication… une explication plus "science-fiction"…
- Quand vous parlez de téléportation, il s'agit de transporter juste des ondes radio ou des gens ?
- C'tte question ! fit le demi-vieux en levant les bras au ciel. Et j'répare quoi à ton avis ? T'vois pas qu'il s'agit d'un téléporteur pour immeuble ? Ils m'l'ont filé à réparer et j'touche presque au but. J't'ai transporté d'puis où ?
- Heu… depuis la planète Terre…
- Ça, merci… j'avais d'viné…mais d'laquelle plus précisément? C'n'est point comme s'il y en avait qu'une.
- Heu… ne sut que répondre Roy à cette question surréaliste. De la "Terre-Terre".
Devant cette réponse stupide mais sincère, le professeur en boîte changea son regard pour une expression plus perplexe. Dans son cerveau au quotient intellectuel très élevé, ses neurones venaient d'effectuer tous les tests de provenance du gamin.
- Nom d'une pastèque ganglionnée ?! Tu viens d'chez les Amateurs ! T'es d'Amaterre ?! C'n'est pas ta planète qu'est vieille d'quatre milliards d'années, et à partir d'laquelle vous arrivez misérablement à aller sur votre lune ?
- Vous la connaissez ?! Vous êtes terrien aussi ?
- Pas d'cette Terre-ci, mais oui, j'connais ta planète : elle passe souvent au bêtisier intergalactique à la période des fêtes. V'nous faites bien rire avec vos voitures électriques et vos fusées d'misère. Faudra un jour penser à améliorer votre techno, dit-il en commençant à entrer dans un fou rire. Ha ha ha ! Vos fusées… ! HA HA HA ! Vos fusées, c'est du bricolage d's'conde zone !
Son fou rire dura plusieurs minutes, pendant lesquelles il postillonna partout. Il était tellement hilare en pensant à cette technologie qu'il bascula en arrière avec sa boîte, continuant à rire même renversé. Lorsqu'il eut fini, Roy l'aida à se relever.
- Bien l'merci, mon gaillard, dit-il en essuyant ses larmes de rire.
Face à la moquerie du demi-vieux, Roy restait stoïque. Lorsqu'il fut capable de parler à nouveau, l'autre se présenta :
- J'me prénomme Archibald V'Holt, mais ici on m'appelle Papy Namite.
- "Papy Namite" ? En quel honneur ? demanda Roy, intrigué par un tel surnom.
En réponse, une machine située au fond de la salle explosa, projetant ses morceaux à travers toute la pièce ; l'une d'elles érafla d'ailleurs l'épaule du vieux, ce qui le fit un peu saigner.
- Faites gaffe ! laissa échapper Roy en se protégeant le visage. Vous êtes blessé !
- Ha ha ! Mais c'est rien, c'truc-là ! J'ai d'jà eu bien pire ! déclara-t-il avec un grand sourire en montrant les parties manquantes de son corps. Le bras cyborg, c'tait à cause d'un aspirateur nucléaire à trous noirs. Mais l'plus beau…
Il déboutonna sa blouse et montra à Roy ce qui se trouvait sur son torse, mais d'une façon tellement "délicate" que sur Terre, il aurait été embarqué pour exhibitionnisme.
- Explosion d'un cutter laser ! J'voulais voir si en augmentant la température, je pouvais m'faire un tatouage, mais finalement, ça m'a fait un trou !
Roy eut un haut le cœur ! Le vieux avait, au beau milieu du torse, un trou de la taille du poing, dont les bords avaient été refermés avec la même saloperie verte qui voyageait dans le ressort. La matière un peu transparente laissait voir les organes qui s'écrasaient contre la paroi dont la texture ressemblait à du pudding anglais à la menthe verte.
- Pas mal, hein ? Et encore, y a plus les cicatrices d'l'accident d'la semaine dernière ; c'tait trois fois rien aussi… Mais dis donc, jeunot, c'est qu'pour un terrien d'Amaterre, t'es point en panique, en train d'crier ou d'nous faire j'n'sais quelle danse folklorique… D'habitude, tes congénères pètent un plomb au bout d'cinq minutes.
- C'est qu'on est au XXI ème siècle sur ma planète ; les jeunes d'aujourd'hui sont habitués à la science-fiction et trouvent ce genre de truc plutôt cool. Vous vivez dans un vaisseau spatial ?
- Un peu m'n gaillard ! s'exclama l'autre, tout content de voir enfin un homme préhistorique qui ne craignait pas une technologie plus poussée que celle de sa grotte. On est à quai par manque d'énergie mais ouais, on vit ici tous ensemble.
- "On" ? Vous y vivez en famille ? demanda Roy, fasciné.
Pour toute réponse, Papy Namite l'attrapa par le bras et l'emmena avec lui, lui annonçant qu'il allait directement le présenter aux membres de sa "famille".
OK, le chapitre se finit là et le comité vient de se rebarrer en pause. Je ne vous l'avais pas dit au début, mais quand j'ai signé le contrat pour cette histoire, on m'avait dit que ce serait une énième histoire de fantasy avec des elfes et des nains puants. Je pense qu'on m'a menti…
Le saviez-vous ?
Le premier téléporteur créé viendrait de Tyminios II, et aurait téléporté un certain Jean. Mais il y eut un problème génétique : Jean devint Jeanne. Aujourd'hui encore, les scientifiques n'ont pas tranché si c'est un homme ou une femme qui fut le premier téléporté.
Au fur et à mesure que Papy Namite traînait Roy par la manche -avec un rythme de marche …Ahaha ! Ouais, de "marche"… Ahaha ! … de marche plus que respectable pour un vieillard fou aussi diminué-, il lui parlait de son vaisseau. D'après ses dires, le vaisseau était une ancienne corvette militaire dont le modèle avait servi lors de la Dixième Rotation de l'Univers -apparemment, on en était aujourd'hui à la Douzième- sous le nom de corvette XJ 132, rebaptisé Santa Barbara par son propriétaire, autrement dit, lui-même. Depuis le temps, beaucoup de pièces n'étaient plus d'origine et beaucoup d'autres n'étaient plus en état de marche, d'où l'état délabré de toutes les salles qu'ils traversaient. D'ailleurs, si ce machin pouvait voler, ça devait plus tenir du miracle que de la prouesse mécanique. Le vaisseau ressemblait plus à ce que l'on trouve à la casse quand on veut des pièces détachées, qu'à un vrai vaisseau spatial.
Ils arrivèrent enfin à destination : le hangar du vaisseau, empli de larges containers qui s'empilaient et qui, par endroit, allaient chatouiller le plafond à trente mètres de haut. Au centre du hangar, les caisses avaient été repoussées pour former comme une "clairière" dans cette forêt de bazar ; au milieu de cet espace "désencombré", des objets de la vie quotidienne traînaient sur le sol et de petites caisses servaient de table. Sur l'une d'entre elles se trouvait assise une japonaise. La trentaine, les cheveux bleu fluo, un casque de musique sans fil sur les oreilles. Son vêtement, également atypique …décidément, c'est d'équipage !... faisait à la fois ouvrier d'usine et demoiselle excentrique : un haut court bardé de zips …à moitié ouverts… sexy !..., un short ceinturé par des tendeurs qui retenaient deux bas de pantalon, eux aussi dézippés… le tout dans des couleurs improbables. Voyant le nouvel inconnu, elle le fixa pendant un bref instant avant de tourner son visage vers le demi-vieux, comme pour l'interroger du regard. Mais curieusement, ce dernier prit la parole comme s'il poursuivait avec elle une conversation commencée un peu plus tôt :
- A l'atelier, dit-il comme pour répondre à une question. J'ai eu un 'blème avec l'transporteur et j'ai ramené un gars d'Amaterre ; tu sais, la planète des Amateurs ? Et arrête avec ta télépathie ! On en a déjà discuté : seulement pour les cas d'urgence et les questions sexuelles. Ce script commence à me plaire de plus en plus…
En entendant cette phrase complètement hors contexte pour lui, Roy tourna les yeux vers le demi-vieux en boîte.
"Mais où je suis tombé ?" se demanda-t-il, inquiet.
Suite à la réponse du vieux, la japonaise posa son repas sur une caisse et s'approcha de Roy pour lui serrer la main ; ou plutôt "tenter" de lui serrer la main ! A peine toucha-t-il sa mitaine qu'elle le fit décoller du sol.
- Whoho… ! fit Roy surpris.
- Makiko ! s'empressa d'intervenir le vieux.
Elle lâcha tout de suite le poignet de Roy, ce qui permit à celui-ci de redescendre. Cette jeune femme venait de le soulever juste en lui serrant la main ! En signe de confusion, elle se pencha en avant comme le font les asiatiques pour se faire pardonner.
- Makiko, voici Roy ! Ouais, en fait, il connait son nom parce qu'il lui a filé ; j'ai zappé ce passage à la lecture, désolé… Roy, Makiko. Il s'agit d'une fourmi dans l'corps d'une asiatique ; une opération psychique qu'a mal tournée… un riche milliardaire qui voulait s'débarrasser d'son épouse en la réduisant à la taille d'une fourmi… et finalement il a permuté les deux esprits et piétiné sa femme dans l'corps d'la fourmi. Meurtre avec préméditation. L'en a pris pour 25 ans. Du coup, j'ai récup' la fourmi dans l'humaine sur Moldar IV, dans un foyer pour animaux. Elle m'aide à déplacer l'matériel lourd. Et t'as aussi Garry. Garry ? Garry !?
- Il est parti se chercher à manger comme rien ne lui convenait, informa la japonaise.
- Encore un taco ?! C'est l'quatrième depuis ce matin ! File le chercher ; et passe à la banque pour les forcer à payer la facture du taf qu'j'leur ai fait il y a trois mois ! Pendant c'temps-là, j'tente d'renvoyer Roy sur sa planète.
A ces mots, Roy eut comme une sorte de révélation. Rentrer ? Pourquoi faire ? Pour ses parents ? Certainement pas ! Il n'avait pas d'autres attaches familiales, ni de petite amie laissée derrière lui. Pourquoi ne pas rester ? Certes, il ne connaissait pas grand-chose à ce monde, mais il avait enfin cette opportunité de s'échapper. Une occasion comme celle-là ne se représenterait jamais ! Il en toucha deux mots au vieux qui ne cacha pas sa joie de ne pas avoir de voyage retour à programmer.
- D'jà qu'c'est interdit d'enlever des terriens de la planète Amaterre… j'aurai de la chance s'ils ne m'choppent point avec ton arrivée involontaire… En plus, les probas d'viser ta planète d'aussi loin auraient été d'une sur 22079460347.
- Il pourrait m'accompagner chercher Garry, proposa Makiko. Mais il faudrait lui retirer son collier : on dirait un prisonnier évadé.
En signe d'acquiescement, Papy Namite déboîta l'embout de sa canne, puis vissa au pommeau à tête de mort un autre embout caché dans sa boîte métallique. Désormais, le pommeau était rattaché à un tournevis. Roy voulut approcher sa tête, mais se ravisa lorsque Papy Namite pressa le pommeau, ce qui entraîna le tournevis telle une perceuse.
- N'bouge point, sinon j'vais t'transpercer le cou, fit Papy Namite en le saisissant avec son bras cyborg.
- WHO ! DOUCEMENT avec votre tournevis sonique ! lança Roy en essayant de se dégager, se voyant déjà traversé de part en part.
- N't'en fais point, nom d'un kiwano typhoïdique ! Si j't'endommage, j'te bricolerai un système respiratoire.
Avec son tournevis, il porta un coup au collier que le moniteur de Roy lui avait fixé et entama les points d'attache ; ils cédèrent en quelques secondes, le libérant de leur étreinte. Malgré un tour de main quelque peu douteux -Roy avait quand même senti sa peau frôlée par l'outil-, le vieux était venu à bout de son collier de prisonnier avec une grande facilité.
- Mer… ci… fit-il en vérifiant qu'il n'avait aucun trou.
- Bah… c'tait rien, juste d'la camelote médiévale. Maint'nant, file avec Makiko chercher Garry, on a du taf !
La japonaise posa son repas et se dirigea vers la porte métallique fermée du hangar. Roy la suivit de près, slalomant entre les containers qui encombraient. Lorsqu'il se trouva à côté de la gigantesque porte, il se sentit tout petit. Makiko activa l'ouverture depuis le panneau de contrôle situé sur le côté, faisant grincer les grosses pièces rouillées dans un vacarme assourdissant. Dès que les premiers rayons du soleil passèrent la porte, Roy fut comme ébloui, encore trop habitué à l'obscurité générale dans laquelle baignait le vaisseau. Mais lorsque ses yeux se réadaptèrent… ce fut comme un rêve de petit garçon qui prenait vie devant lui…
La ville dans laquelle il se trouvait ressemblait exactement à ce qu'il avait vu dans des films ou des jeux vidéo sur sa Terre. Dans les étages supérieurs, les quartiers bourgeois : de grands bâtiments gris au style futuriste, aux façades propres et bien entretenues. Un cran en-dessous, des bâtisses plus sales et plus conventionnelles pour le "petit peuple". Et, tout en bas, aussi insalubres que dangereux, les bas-quartiers… Tout y était : les fils énergétiques comme incrustés dans les matériaux, les néons effilés des enseignes, les véhicules légers qui volaient à un mètre du sol, les gamins sur des hoverboards et le défilé de vaisseaux volants dans le ciel. Et il y avait même les extra-terrestres : du classique martien vert à grosse tête …Aha ! Donc, ils existent bien ! C'est bien eux que j'ai vus lors de ma balade dans le désert du Névada!... à la tête de monstre tentaculaire et dégoulinante de bave bleue, ils étaient tous là ! Roy nota tout de même avec étonnement que les humains étaient en très grand nombre.
Il se retourna et prit du recul pour voir à quoi ressemblait le Santa. Bien qu'il ait l'allure d'une corvette spatiale ayant appartenu à l'armée -avec son pont avant allongé, surplombé par la passerelle de commandement, et ses trois réacteurs verticaux à l'arrière-, une chose était évidente : l'état délabré de l'intérieur était en adéquation avec l'extérieur ; rouillé, cabossé, passé de gris clair à gris foncé avec le temps, quand il n'était pas tout simplement recouvert de poussière noire spatiale. Quant aux gros calibres dont disposaient le vaisseau, il n'en restait plus qu'un de chaque côté, les autres emplacements étant vides ; Makiko lui expliqua que l'entretien de l'artillerie lourde avait un coût très élevé, et qu'ils n'avaient déjà pas beaucoup d'argent pour l'entretien basique du vaisseau.
- Heureusement, Papy Namite s'y connait suffisamment pour maintenir le Santa en bon fonctionnement, poursuivit-elle. Il dispose d'un esprit hors du commun quand il s'agit de créer ou de réparer quelque chose. Tiens, la boîte à laquelle il est lié ou les embouts-outils de sa canne : c'est lui qui a tout fait. C'est juste que parfois, ça dérape un peu…
Roy repensa à la machine qui avait explosé dans l'atelier : l'expression "dérape un peu" devait être un doux euphémisme.
- Et toi alors ? Tu parles d'esprit, mais toi, t'as celui d'une fourmi dans ta tête ?
- En fait, je suis plutôt une fourmi dans le corps d'une humaine. D'ailleurs, tu vois le casque que je porte ? C'est Papy Namite qui l'a créé pour canaliser mes ondes télépathiques ; sinon, je n'arrivais pas à gérer les pensées des milliers de gens autour de moi. Il m'a aussi aidé à comprendre ce corps d'humaine. Dis-toi qu'au début, je n'arrivais même pas à parler ni à marcher.
Elle les éloigna du vaisseau et des docks miteux -à la faune locale pas vraiment recommandable au vu des têtes de brutes qui l'arpentaient-, leur faisant emprunter plusieurs rues, les enfonçant dans les quartiers où la lumière du soleil était de plus en plus cachée par les bâtiments géants. Sur le sol, des confettis et autres serpentins étaient dispersés ça et là, comme si un carnaval s'était terminé quelques jours auparavant.
- Vous avez fêté le nouvel an ? interrogea Roy. Ou un autre évènement spécial ?
- Oui ; il y a une semaine, ce système solaire a célébré la victoire de Felyndha sur les Krondoriens !
- Et qui est Felyndha ? demanda-t-il avec intérêt.
- Felyndha Danteska, appelée Felyndha la Légende et capitaine du Crystal Wing. Il s'agit de la femme la plus héroïque de l'Univers, venue à bout de plusieurs grandes catastrophes que les galaxies ont connues : elle a sauvé trois fois la capitale d'attaques aliens, a trouvé le moyen de détourner une super nova vers un trou noir, d'empêcher un autre Big Bang dans la galaxie voisine, elle a livré des centaines de bandits à la justice et a récemment sauvé un système solaire de l'invasion des Krondoriens, une race d'aliens-guerriers surpuissants.
- Une super-héroïne en somme…
Ils arrivèrent finalement sur une petite place de marché, où se trouvaient des stands de toutes sortes : peintres, vendeurs de légumes de l'espace, magasiniers, et… un stand de tacos.
Là, se trouvaient des clients qui faisaient la queue. Celui que l'on était en train de servir râlait auprès du vendeur ; l'originalité, c'est qu'il se trouvait être un petit orang-outan d'un mètre, affublé d'un sans-manches en cuir marron. Et, à la vue du logo ridicule qui était cousu dans son dos, Roy ne put s'empêcher de rire : une banane couronnée, portant des lunettes de soleil, armée d'une mitraillette et d'un perroquet, et sous-titrée "Banana King". Quant au porteur poilu de cet habit grotesque, il était armé d'un fusil à pompe high-tech.
Utilisant le langage des signes pour s'exprimer avec le vendeur, la conversation ne semblait pas avancer des masses… Makiko remonta toute la file jusqu'au vendeur et au client mécontent. En voyant la japonaise aux cheveux bleus, le singe stoppa sa conversation avec le vendeur et s'adressa à elle en criant.
- Garry ! Ça suffit maintenant ! gronda-t-elle. Papy Namite en a marre de te voir dépenser son argent en tacos !
Attendez… Ils ont un singe comme membre !? Et avec un flingue ?! Je me demande comment Roy va réagir…
A la vue du personnage étrange qui faisait office de troisième membre, Roy eut comme un doute sérieux sur le groupe. Dans quoi s'était-il aventuré ? Ouais, perso, j'aurais été comme lui. Roy resta à l'écart, le temps que l'affaire se règle. Au bout de quelques minutes de discussion où l'un s'exprimait en langage des signes tout en poussant des cris tandis que l'autre lui répondait en télépathie -ce qui donnait une conversation complètement surréaliste pour tous les autres-, le singe finit par payer et s'en aller, un taco dans la main. Makiko le conduisit à Roy et fit les présentations. Lorsqu'elle lui apprit qu'il venait de chez les Amateurs, cela fit tellement rire le macaque qu'il en tournoya sur lui-même en sautant.
"Je pense qu'il est en train de se payer ma tête", intériorisa Roy, ne sachant s'il devait ou non répondre à la provocation du singe.
Mais il n'en eut pas besoin ; lorsque le poilu eut fini de rigoler, il tendit son pied comme pour lui serrer la main, tenant en équilibre sur l'autre pied, les deux mains encombrées par l'arme et le taco.
- Hou hou how ha ! fit le singe en serrant fermement la main de Roy.
- Il dit qu'il est content de rencontrer un homme préhistorique comme toi, et il veut savoir si vous avez découvert les tacos sur ta planète.
- Oh oui… depuis un petit moment déjà…
- Hou how hou !
- Il dit que vous avez alors le plus important. Allez ; on passe encore à la banque et on rentre.
Les trois individus empruntèrent une des grandes artères adjacentes, au coin de laquelle se trouvait la banque. Comme la plupart des gens étaient au marché, il n'y avait pas grand monde dans la rue ; seulement un ou deux passants aux oreilles violettes dont sortaient des tentacules. L'orang-outan se moqua d'eux en les montrant du doigt ; ceux-ci lui répondirent en l'insultant dans leur langue, complètement incompréhensible pour Roy. Makiko essaya de faire la leçon au singe, mais le poilu se boucha les oreilles pour ne plus l'entendre.
- Il est insupportable quand il est comme ça ! déclara Makiko à Roy en gravissant les marches d'entrée de la banque. C'est toujours la même chose quand il n'a pas pris sa dose.
- Sa dose de quoi ? Il prend des médicaments ?
- Non, il fume de l'Angel Dirt dès que Papy Namite a le dos tourné. Tu sais, c'est lui qui a inventé le mélange, puis le Gouvernement le lui a subtilisé pour le commercialiser et l'a répandu aux quatre coins de la galaxie pour son business ; d'ailleurs, certaines drogues que tu as sur ta planète en contiennent certainement.
- Tu… tu veux dire qu'ils sont déjà venus sur Terre !?
