The Faraway Paladin - Kanata Yanagino - E-Book

The Faraway Paladin E-Book

Kanata Yanagino

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Beschreibung

En quittant la cité des morts en direction du nord… Will rencontre pour la première fois des sociétés humaines.
Dans ces territoires reculés sans loi, les bêtes grouillent et les gens vivent dans la misère. Devant un tel désespoir, Will écoute la révélation de sa divinité et est résolu à allumer une lumière dans cette pénombre.
Accompagné du demi-elfe Meneldor avec qui il s’est lié d’amitié, il se dirige vers la cité au nord du continent afin de raviver les échanges entre les villes et d’éradiquer les bêtes. Ils sont rejoints en chemin par le marchand Tonio et la troubadour halfeline Bi.
Dans la cité où ils se rendent, ils tombent sur une féroce vouivre altérée et l’abattent. Reconnu pour la première fois en héros, Will reçoit le titre de chevalier. Et ainsi le « paladin du bout du monde » commence à être connu dans les territoires du sud…

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Seitenzahl: 270

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Table des matières

Cover

Table des matières

Pages couleur

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Dernier chapitre

Postface

A propos de JNC Nina

Copyright

Points de repère

Pages couleur

Table des matières

Un soleil légèrement voilé se trouvait dans le ciel à l’ouest. Je ne ressentais pas sa chaleur même en levant la tête. Je n’avais pas non plus à craindre les engelures, mais le froid mordant était tout bonnement rude.

Je l’avais déjà remarqué au temple, mais il neigeait peu aux environs même par temps froid. Au pire, il y aurait une fine couche blanche au sol. Encore maintenant, il faisait excessivement froid, mais il n’y avait aucune trace de neige.

Resserrant ma cape contre moi, je marchais sur la terre le long de la voie pavée. Le revêtement s’était dégradé avec le temps et était couvert de disparités. Il aurait été au contraire dangereux d’emprunter la route au risque de trébucher.

— Ouh… Ça caille.

Mon souffle était légèrement blanc.

D’un point de vue logique, je me demande si partir en hiver n’était pas une erreur.

Moi, William G. Maryblood, avais quitté le temple quelques jours après cet ultime affrontement pour protéger l’âme de mes parents contre le dieu de l’immortalité.

Le combat avait eu lieu le jour du solstice d’hiver. Autrement dit, nous étions en plein cœur de l’hiver…

Moi-même, je doutais que ce soit une décision très intelligente. Cependant… j’avais érigé les tombes de Mary et Blood et procédé à leurs funérailles. Si j’avais ensuite attendu le printemps dans ce temple confortable, j’aurais certainement eu envie d’y rester. J’aurais protégé leurs tombes, convaincu Gus et vécu dans cette ville en tant que gardien du sceau du haut-roi, le roi des démons.

Je savais que c’était une idée à laquelle je ne devais pas céder, mais elle possédait aussi un attrait auquel il était difficile de résister. Cependant, me reclure sous la douce tolérance de ma famille reviendrait à reproduire la situation de ma vie antérieure… Si mes pas s’arrêtaient et que je ne faisais plus rien, cette idée croîtrait sûrement… c’est pourquoi j’avançais sans hésiter.

Cela étant, je restais prudent pour ne pas mourir bêtement aux mains des éléments. Dans le pire des cas, j’envisageais même de retourner au temple pour un temps.

Gus se moquerait de moi après que j’étais parti si fier, mais il n’y avait pas à s’en vouloir si je devais faire demi-tour. On pouvait voir ça comme un repérage préliminaire. Je confirmerais l’état des routes et les endroits où camper, et je repartirais une fois au printemps. C’était toujours mieux que de se reclure sans rien faire.

C’est ainsi que j’endurais le froid avec mes bagages sur le dos, tantôt marchant, tantôt faisant une pause, avançant jusqu’à devoir camper à la nuit tombée.

J’avais fait plusieurs mauvaises rencontres avec des démons… La cité des morts était le lieu où était scellé le haut-roi, et des démons étaient en poste pour la surveiller.

Un humain était sorti de cette ville. Naturellement qu’ils allaient l’assaillir pour l’attraper et lui soutirer des informations. Néanmoins, pour moi qui avais été entraîné par Blood, Mary et Gus, ils n’étaient pas une menace.

Ces démons aux apparences étranges mélangeant homme et animal m’avaient attaqué par surprise à maintes reprises… Cependant, je les avais sentis, j’avais pris l’initiative, et je les avais tous fait retourner à la poussière sous les coups de ma lance Pale Moon.

C’était la première fois que j’affrontais des démons qui n’avaient pas été changés en morts-vivants, mais ils n’avaient pas présenté de grosses difficultés. Je les avais écrasés promptement et prudemment, comme Blood et Gus me l’avaient appris.

J’avais combattu un dieu immortel. Je n’allais pas être surclassé par de simples démons.

Concernant la cité des morts, Gus avait déclaré qu’il renforcerait sa protection avec un sort majeur, les mots de la brume désorientante, donc il n’y avait sans doute pas à s’en faire.

Tandis que j’arpentais la route, je croisais des ruines de toute taille. Des restes de villes relais ou d’aires de repos. Construites en pierre, nombre d’entre elles s’étaient effondrées, et beaucoup avaient été brûlées ou détruites suite à de lointains combats. Néanmoins, certaines étaient encore intactes par endroits, ce qui m’épargnait des efforts pour camper.

À en juger par les installations, la société du temps de Mary, Gus et Blood devait être plutôt avancée. Ça m’évoque la Rome antique dans mon ancienne vie.

— Ce qui impliquerait que je serais en plein déclin de l’Empire romain… voire bien après. Et ils ont été envahis par des démons et non des tribus barbares…

En exhumant les connaissances historiques de mon ancien monde, la situation ne m’apparaissait pas très heureuse. J’étais assez féru d’histoire pour ne pas gober naïvement le discours affirmant que Rome, c’était la civilisation et que le Moyen Âge, c’était l’âge sombre, mais…

— Si 200 ans sont passés et que l’humanité n’est pas revenue jusqu’ici, c’est mauvais signe.

À marcher longuement seul, je ne pouvais m’empêcher de soliloquer. Afin de distraire mon ennui, je chantonnais aussi des chansons de mon ancien monde et de celui-ci, mais je fus vite à court également.

J’étais las de regarder le paysage, mais je continuais à observer. À droite, à une certaine distance de la route, il y avait un beau fleuve de quelques centaines de mètres de large. Autour, il y avait une prairie avec seulement quelques buissons épars. Lorsqu’il ferait chaud, ils seraient certainement plus hauts, rendant la vue obstruée.

Il n’y avait aucun grand arbre le long du fleuve, sans doute car ils étaient abîmés lorsque l’eau débordait et ne pouvaient continuer à pousser.

En regardant encore au-delà, on trouvait une autre forêt. Les arbres recouvraient les environs. C’était la même chose sur le côté gauche, il n’y avait que des arbres à perte de vue.

Ces bois qui n’avaient pas du tout été touchés par la main de l’homme étaient sombres et tranquilles, comme s’ils étaient emplis d’une certaine majesté qui les rendait difficiles à pénétrer. Y entrer imprudemment, c’était trébucher, avancer plus lentement, perdre ses repères et s’égarer, sans plus pouvoir revenir en arrière. C’est pourquoi je me contentais pour l’instant de n’aller qu’en lisière lorsque je cherchais du bois pour camper.

J’avais justement une route qui suivait une source d’eau. Je n’allais pas me rendre les choses difficiles sans raison, quand je pouvais simplement poursuivre le long de celle-ci.

Tandis que je progressais, le soleil commença à se coucher. La route continuait jusqu’à une colline, et j’ignorais ce que j’allais trouver au-delà.

Je gravis la pente en avançant silencieusement… et le paysage que je découvris me coupa le souffle.

— Ouah…

Il s’agissait des vestiges d’une grande ville en pierre éclairés par le crépuscule. Sur les deux rives du fleuve s’étalaient d’innombrables maisons le long de rues concentriques. Vu les restes de piliers, il devait y avoir eu autrefois un large pont reliant les deux rives de la ville. Je pouvais aussi voir un genre de port fluvial et des entrepôts, ce devait donc être un lieu prospère en tant que carrefour commercial… et tout cela avait été détruit impitoyablement et laissé en ruines.

La muraille entourant la ville était piteusement écroulée par endroits. D’après les traces noires sur les maisons, elles avaient été incendiées.

De profonds cratères avaient été faits çà et là, comme si des sorts relativement puissants avaient été employés. Et l’eau du fleuve s’était engouffrée dans les ruines détruites, submergeant la moitié de la ville.

Prospérité et effondrement. Grandeur des activités humaines et destruction de la guerre. Écoulement du temps et impermanence des choses. Voilà ce qu’évoquait ce paysage.

J’observai un moment au sommet de la colline. Je laissai mon regard glisser le long de la route et…

— Argh…

La destruction de la ville et du seuil avait dû modifier le cours du fleuve, car il se divisait en plusieurs bras.

La route que je comptais suivre a été complètement engloutie par un de ces bras…

Je mis la main sur mon front et poussai un profond soupir.

— Le relief a changé…

C’est naturel que le cours du fleuve ait été modifié en 200 ans. Oui. On n’y peut rien… Mais qu’est-ce que je vais faire ?

Ce soir-là, je campai dans les ruines de la ville. Afin que les âmes qui y erraient puissent reposer tranquillement, je me consacrai silencieusement à la prière de la Torche Divine.

Telles des lucioles, les âmes errantes furent guidées par une lanterne et s’envolèrent dans le ciel nocturne. Combiné aux ombres de la ville détruite qui vacillaient au gré du feu de camp, c’était un spectacle particulièrement féerique.

Le lendemain matin, je me levai tôt et priai la déesse à la lanterne. Ensuite, je puisai de l’eau que je purifiai avec les mots avant de la boire, et je mangeai le pain sacré que j’avais généré par bénédiction et la viande séchée que j’avais en stock.

Le chemin m’inquiétait un peu, mais je n’avais pas trop d’options. Je n’avais rien pour traverser le fleuve, alors je choisis tout bonnement de poursuivre en suivant le bras le plus extérieur du fleuve.

Du fait de la division du cours d’eau, le sol était plus boueux et la forêt environnante davantage oppressante. Je devais rester à une distance raisonnable pour entendre le flot de la rivière. Dans le cas où je m’égarerais dans les bois, je ne réfléchirais pas et chercherais simplement le fleuve pour ensuite le remonter. Ainsi, dans le pire des cas, je pourrais toujours revenir au temple.

Ça fait combien de jours déjà que je suis parti… ? Je me sens seul et vide de n’avoir parlé avec personne depuis tout ce temps.

Je priais en marchant. Je priais pour que cette solitude et ce vide soient consacrés à la déesse.

Les alentours étaient terriblement calmes.

Les aliments préservés que je transportais, notamment la viande séchée, commençaient déjà à s’épuiser. Naturellement, j’étais limité dans la quantité de nourriture que j’avais pu emporter avec moi. Pour un voyage normal, j’aurais fait des achats dans la boutique d’un village et j’aurais pu me réapprovisionner en cas de besoin, mais comme ce voyage consistait d’abord à trouver lesdits villages, ce réapprovisionnement était impossible.

Je comprenais pleinement pourquoi les alpinistes qui défiaient des sommets inexplorés s’attachaient à prendre des repas caloriques qui se conservaient, mais sans être trop encombrants.

Aujourd’hui, la journée était déjà bien avancée, pourtant je n’avais croisé nulle trace d’habitation. Si je n’avais pas été en mesure d’utiliser les bénédictions comme Mary afin de produire du pain, le simple fait de quitter le temple pour chercher des villages habités aurait été tout bonnement irréalisable en raison du périmètre à explorer.

Songeant que je devais encore une fois remercier la divinité à la lanterne, je laissai mes pensées divaguer tout en priant. C’est alors que j’entendis de l’agitation. Le bruissement de quelque chose qui se précipitait avec vivacité à travers les buissons.

— Ah… !

Je défis le fourreau en cuir dans lequel était rangée sa lame et je brandis ma lance Pale Moon. Alors que je m’attendais à une autre attaque de démons, ce fut en réalité un gros sanglier qui bondit. Il avait deux fois le gabarit d’un sanglier ordinaire et devait avoir été excité, car ses yeux étaient injectés de sang et de l’écume sortait de sa gueule. Ses défenses recourbées acérées arrivaient à la hauteur de mes cuisses.

Tandis que mon cerveau me rappelait inutilement que me faire transpercer l’artère fémorale n’aurait rien d’amusant, mes muscles entraînés par Blood bougèrent d’eux-mêmes. Je fis un pas de côté pour éviter l’animal, et j’enfonçai ma lance affûtée à la base de ses pattes avant, dans la zone vitale où se trouvaient son cœur et ses poumons… Je sentis ma lame traverser sa fourrure. Afin de ne pas être emporté avec mon arme, je la ramenai rapidement vers moi une fois que j’eus suffisamment pénétré la chair.

Le sanglier poursuivit sa charge en ligne droite pour aller s’écraser dans un arbre. Il tituba un instant puis cracha du sang en succombant. J’avais visiblement réussi à transpercer ses organes vitaux.

Cependant, la ténacité des animaux sauvages n’était pas à prendre à la légère. Il arrivait souvent que l’on s’approche en les croyant morts pour qu’ils commencent soudain à s’agiter frénétiquement en nous infligeant de lourdes blessures. Après avoir observé un moment, j’envisageais de lui porter le coup de grâce à distance avec Pale Moon quand je remarquai une chose… Ce sanglier effondré avait une flèche blanche plantée dans l’estomac, à l’opposé de là où je l’avais transpercé.

— Mais…

Avant même que mes pensées n’en saisissent les implications, j’entendis à nouveau bruisser derrière moi…

En me retournant, je découvris la silhouette d’une personne.

Au milieu des arbres, à l’ombre des branches, l’individu portait un manteau avec un capuchon lui descendant jusqu’aux yeux. Dans sa main, il tenait un arc décoré de manière unique où l’on avait déjà encoché une flèche. C’était une flèche de plumes blanches. Il ne bandait pas encore la corde, mais il était tant en alerte qu’il pourrait le faire immédiatement si nécessaire.

Son manteau et sa veste étaient dans des teintes de terre et d’herbe. Il avait de longues bottes, des brassards en cuir, et un couperet pendait à sa taille, ainsi que quelques couteaux… S’agissait-il d’un chasseur ?

Le chasseur présumé et moi demeurâmes immobiles sans prononcer un mot… La tension grimpait à chaque instant.

Ça craint. Je n’ai même pas le loisir d’être ému alors que c’est ma première rencontre avec quelqu’un.

La situation se présentait mal… C’était là le premier contact accidentel entre deux inconnus dans les bois. L’expérience de mon ancienne vie m’avertissait également que c’était une situation à haut risque.

Après tout, nous étions dans un lieu reculé, des bois sans aucun système judiciaire ou de maintien de l’ordre. Donc même en cas d’éruption de violences, il ne fallait pas s’attendre à de l’aide. Et c’était dans un tel endroit que nous nous étions croisés, tous deux armés en plus de ça.

Bon, que faire ?

Afficher un sourire et proposer une poignée de main ? Si j’étais à sa place et qu’un homme armé que je venais de rencontrer me tendait la main en souriant… pas sûr que j’accepterais.

Sinon, lâcher mon arme et montrer que je ne représentais aucun danger ? Mais si jamais il était déjà prêt à se battre ? Il se méfierait en pensant à un piège. Il était aussi possible qu’il prenne mon geste pour les prémisses d’une attaque.

Lui montrer que j’étais un croyant pieux en utilisant mes bénédictions ? Il était toujours possible que je sois un prêtre des dieux maléfiques sous couverture. En outre, il ne resterait sans doute pas sans rien faire en voyant son adversaire employer une technique devant lui.

Oui… Je n’avais aucune façon de prouver que je n’étais pas une menace. Et pour ne rien arranger, je ne faisais partie d’aucune communauté. Par conséquent, je ne pouvais pas me réfugier derrière le nom de celle d’où je venais. Autrement dit, je n’avais aucun moyen d’attester mon identité.

En anthropologie culturelle, on alléguait qu’une rencontre accidentelle avec un inconnu était périlleuse, car il y avait la possibilité que la tension et la vigilance grimpent et que cela débouche sur une tuerie.

Mon cœur accélérait peu à peu. Le chasseur hésitait sur la réaction à adopter, mais sa tension et sa vigilance montaient également. J’en voulais pour preuve ce regard perçant sur mon arme qu’il lançait derrière son capuchon… Il fallait choisir entre le combat et la fuite.

L’adversaire s’abaissa légèrement. Mes sens me lancèrent.

Ça craint. C’est vraiment mal barré. On va s’entre-tuer à ce rythme.

Cherchant désespérément quoi dire, j’observais ce qu’il portait… et je remarquai soudain son arc. J’en avais déjà vu un de la sorte dans les cours d’histoire naturelle de Gus. Oui, j’en étais sûr.

Bien que paniqué intérieurement, je plaçai très lentement la paume de ma main droite contre le côté gauche de ma poitrine afin de ne pas provoquer l’attaque de mon adversaire…

— « Les étoiles brillent pour notre rencontre ».

J’avais prononcé chaque mot distinctement et avec autant de prudence que possible. La personne encapuchonnée devant moi écarquilla les yeux.

— De l’elfique ancien… ?

Sa voix tremblait du fait de la surprise. C’était une voix aussi cristalline que le son d’un carillon.

— Tu es lié aux elfes… ?

— Non. Mais j’ai pensé que c’était ton cas…

J’avais déjà vu ce style d’arc. C’était un arc du peuple des elfes. D’après les cours d’histoire naturelle de Gus, c’était un peuple d’une grande beauté et longévité dont les membres étaient les descendants des esprits créés jadis par le dieu créateur et également disciples de Rheasilvia, la déesse sauvage gouvernant l’eau et la verdure. J’avais donc estimé que la tension retomberait légèrement si j’employais une salutation elfique.

— Peuh. Il se trouve que oui.

J’avais vu juste… La voix du chasseur était un peu plus apaisée. Mais ce fut à mon tour d’être surpris. Malgré sa voix très mélodieuse, son ton était assez bourru. J’avais pourtant entendu dire que les elfes étaient un peuple très raffiné et patient en raison de leur longue espérance de vie…

— Enfin, bref.

Il se relâcha et ôta son capuchon. La première chose que je notai, c’était ses cheveux argentés. Des sourcils froncés, des yeux de jade perçants, un nez long et fin, un menton gracieux, et de minces lèvres. Sous le capuchon se trouvait le visage d’un garçon à la beauté assez féminine. Et il y avait ses oreilles. Elles étaient courtes, mais légèrement plus pointues que celles d’un humain. Ses traits étaient assurément ceux d’un demi-elfe, un métis elfe et humain…

— Mais sinon.

Mon analyse fut interrompue par sa voix.

— C’est toi qui l’as achevé… ?

Au bout de son doigt, il y avait le sanglier effondré. Il pointa ensuite le bout de ma lance trempé de sang.

— Oui, c’est moi.

Il fronça légèrement les sourcils.

— Tu as une façon ancienne de parler.

J’étais stupéfait, mais en y réfléchissant, environ 200 ans s’étaient écoulés depuis l’époque où vivaient Blood et Mary. Même s’il existait ici des peuples comme les elfes qui vivaient bien plus longtemps que les humains, c’était plus qu’assez pour que le langage évolue. Je devais sonner démodé ou archaïque.

Ce devait être comme utiliser « thou » au lieu de « you » en anglais. Il faudrait que j’écoute la prononciation des gens de maintenant et me corrige afin de ne pas paraître suspect.

— Désolé. C’est un genre de tic.

— Bah, pas grave… Mais concernant cette bête.

Nous revînmes au sanglier.

— C’était ma proie, dit-il en pointant la flèche plantée dans l’animal.

Cette flèche était la même que les autres qui se trouvaient dans son carquois. En outre, il était arrivé peu après le sanglier.

— Tu en as profité pour le tuer.

S’il laissait entendre que j’avais volé sa proie, c’était sans doute par crainte que je le fasse réellement et pour m’en empêcher. Je voulus m’excuser par habitude de mon ancienne vie, mais je m’abstins.

— Effectivement. Je n’ai pas eu d’autre choix pour me protéger puisqu’il a soudainement foncé sur moi. Mais…

En clair, il s’agissait de négociations.

— … comme je lui ai donné le coup de grâce, je peux en revendiquer une partie, n’est-ce pas ?

Et cela pourrait déboucher sur une occasion d’atteindre un village, qu’il soit elfe ou humain.

Nous passâmes ensuite un certain temps à négocier. Le demi-elfe aux cheveux argentés était assez doué, tandis que je n’avais aucune expérience pratique, si bien qu’il pouvait me mener par le bout du nez. De l’extérieur, nous paraissions avoir le même âge, mais les elfes ainsi que les demi-elfes avaient une longue espérance de vie, donc il était sans doute bien plus âgé.

Je m’accrochai néanmoins et nous parvînmes à un compromis. Je recevrais la patte du côté que j’avais transpercé en échange d’une aide pour le dépeçage.

Le dépeçage d’un sanglier était assez laborieux… Tout d’abord, nous commençâmes par le transporter jusqu’à la rivière pour le laver de tout son sang. Ce sanglier devait avoir pris un bain de boue, car sa fourrure en était couverte.

— Ah, merde. Il en manque un morceau.

Le garçon aux cheveux argentés avait sorti sa flèche du sanglier et remarqué que la pointe était cassée, du fait d’avoir tapé un os. D’après son regard navré tandis qu’il la rangeait dans sa poche, les objets métalliques devaient être assez précieux de nos jours par ici.

— Je vais dégager les fragments. Ce serait ennuyeux que quelqu’un morde dedans une fois qu’on aura préparé la viande.

Le posant sur les pierres plates le long du fleuve, il retira soigneusement les fragments de pointe, puis il commença à le dépecer. Blood m’avait aussi un peu appris, mais le garçon aux cheveux argentés était bien plus habile.

La graisse sous-cutanée d’un sanglier était délicieuse, alors couper méticuleusement entre la peau et la graisse était l’occasion de démontrer sa dextérité avec un couteau, et il était remarquablement précis et rapide.

— Allez…

Il mit sa lame sous la mâchoire du sanglier puis fit le tour du cou jusqu’à la colonne vertébrale. Je tins la tête et la tournai jusqu’à sentir l’articulation se détacher.

— Oh, tu sais y faire.

Il afficha un sourire et je le lui rendis.

Il coupa ensuite doucement la chair et les tendons, et détacha totalement la tête. Je mis le cadavre du sanglier sur le dos, et il commença à lui découper la peau du ventre de la gorge jusqu’au postérieur. Couper profondément aurait endommagé les entrailles… ce qui aurait entraîné le déversement du contenu de ses intestins, sa vessie ou ses organes génitaux, mais il n’y avait heureusement pas à s’inquiéter avec sa dextérité.

Quand il eut fini, il trancha divers endroits avec sa hachette, et nous écartâmes ses côtes à deux. Nous coupâmes le tour de l’anus, la poitrine, le diaphragme, puis retirâmes le péritoine jusqu’à la colonne vertébrale.

— Et… voilà.

Il saisit l’œsophage et la trachée en les tirant jusqu’à l’anus, et il sortit tous les viscères d’un coup. Il était habile.

Ainsi, nous arrivâmes à la « viande » qu’on voyait suspendue dans les frigos dans les films ou à la télé.

Je me tournai vers la tête de l’animal détachée et je croisai les mains pour prier.

Pardon. Merci. Nous en profiterons pleinement.

— T’es très pieux, dit-il d’un ton moqueur en haussant doucement les épaules. Bon, comme convenu, voilà ta patte.

Il trancha sans mal la jointure de l’épaule avant du sanglier avec son couperet.

— La répartition est faite.

— Ouais.

Avec nos hachette et couperet ensanglantés en main, nous échangeâmes un sourire empreint de respect.

— On devrait manger le foie tout de suite ou il va se gâter…

— Ah, j’ai justement une poêle.

Le foie frais, c’est succulent…

Mes mains étaient déjà engourdies du fait d’avoir œuvré dans l’eau glacée de l’hiver. Pendant qu’il était parti ramasser du bois mort…

— Flammo Ignis…

(Flamme brûle)

J’avais rapidement enflammé quelques branches mortes en murmurant. Mieux valait cacher que je pouvais me servir de la magie pour le moment. Ce n’était pas que je l’estimais indigne de confiance, bien que ce soit possible, mais j’ignorais quelle était la position de la magie dans la société actuelle par rapport à l’époque de Gus.

— Ouh… Il fait froid.

Je retirai mes bottes et mis mes mains et mes pieds près du feu, puis il revint.

— Oh, ça caille.

Il ajouta son bois et m’imita. Nous sourîmes l’un à l’autre.

— Bon, il est temps d’attaquer.

— Ouais.

Je saisis gaiement ma poêle et y déposai d’abord la graisse du sanglier. Une fois qu’elle eut recouvert suffisamment le fond, je mis le foie coupé puis je grattai du sel gemme par-dessus. On pouvait sentir l’odeur de la viande qui crépitait.

— Ô Mater, déesse de la terre mère, ô dieux bienveillants, nous profitons de ce repas grâce à votre compassion. Bénissez la nourriture préparée ici et faites-en la subsistance qui soutiendra nos cœurs et nos corps.

Je baissai les yeux et croisai les mains.

— T’es vraiment pieux…

Le demi-elfe me regarda avec stupéfaction. Il ne semblait pas être du genre très croyant.

En y réfléchissant, ce serait plus logique que ce soit lui qui soit pieux et non moi avec les souvenirs de ma vie antérieure.

Bien que je sois au milieu de ma prière, je trouvais cette discordance assez amusante.

— Nous vous remercions pour votre grâce… Bon appétit.

— Ouais, à l’attaque.

Même s’il avait aussi hâte, il n’avait pas touché à la viande et avait respecté mes prières. Une fois que j’eus terminé, nous glissâmes dans la poêle les couteaux que nous avions lavés et essuyés, et nous piquâmes des morceaux de foie cuit. Et alors qu’il fumait toujours, je l’enfournai dans ma bouche.

C’était chaud et succulent. Le goût fort du foie légèrement saupoudré de sel se répandit dans mon palais. C’était irrésistible.

J’aimerais bien une bière fraîche avec ça.

De son côté également, ses sourcils froncés jusqu’à présent s’étaient maintenant déridés. Le repas après le labeur était vraiment délicieux… et sans qu’on s’en rende compte, le soleil s’était presque couché.

— Hein ? Tu veux connaître le chemin ?

Tandis que nous terminions le repas, je lui avais posé la question et il affichait sans surprise un air étonné. J’avais bien fait de lui demander en tout dernier. Cette question était quelque peu risquée, car elle entraînait son lot d’interrogations auxquelles il était difficile de répondre. Par exemple…

— Je t’ai jamais vu dans le coin. D’où tu viens, au juste ?

— Euh, eh bien… c’est compliqué à expliquer, alors je ne sais pas trop quoi dire.

Si j’étais parfaitement honnête en disant « J’ai été élevé dans des ruines par des morts-vivants et je suis parti en voyage après m’être battu contre le dieu de l’immortalité », ce serait tellement délirant qu’il n’y avait aucune chance qu’il me croie.

Peu importe le monde, il était toujours difficile de ne pouvoir attester de son identité. Les hommes ne pouvaient prouver par eux-mêmes qu’ils ne représentaient aucun danger, donc il leur fallait être reconnus par autrui. Dans mon ancien monde, c’était via des systèmes administratifs comme l’état civil ou la carte d’identité, et ici, c’était a priori les liens communautaires ou les liens du sang… Ne pas en avoir revenait à déclarer que j’étais sans doute quelqu’un de dangereux.

Mais il était impossible pour un sorcier utilisant les mots de mentir… Je choisis donc de rester un peu vague sans aller jusqu’à fabuler.

— En fait, je viens du sud…

— Du sud ? Mais on est déjà le plus au sud qui soit.

— Le plus au sud ?

— On est à l’extrémité sud du territoire humain. Dans les bois aux bêtes de Southmark.

« Bois aux bêtes » était un nom assez intimidant. Le gros sanglier de tout à l’heure en était déjà un exemple, mais il devait y avoir nombre de bêtes féroces. Il me faudrait rester prudent.

Comment je vais bien pouvoir m’expliquer… ? Compliqué.

— Et pourtant, je viens bien du sud. C’est une longue histoire…

— Ah… Est-ce que tu serais un genre d’aventurier qui explore les ruines ?

Un explorateur de ruines… C’est vrai qu’il y avait des ruines de l’époque de Mary et Blood sur le chemin. Il existe une profession qui va à leur découverte ? Dans ce cas, je peux tout à fait dire que je cherche à vivre de ce que j’ai obtenu dans les ruines de la cité.

— Oui, quelque chose comme ça…

— Et tu as perdu ton chemin.

— Oui, on peut dire ça…, répondis-je avec découragement.

Le demi-elfe aux cheveux argentés me regarda, abasourdi, et poussa un soupir.

— C’est la première fois que je rencontre un aventurier aussi insouciant… Enfin, soit. Si tu continues en descendant le fleuve, tu parviendras à une ville en deux jours. Tu devrais t’en sortir une fois là-bas. Bon courage, déclara-t-il avec un air détaché.

Visiblement, la bonne impression que je lui avais faite en œuvrant à ses côtés s’était complètement évaporée suite à cet échange douteux.

— Euh… Je sais que je demande l’impossible, mais est-ce que je ne pourrais pas passer à ton village… ? demandai-je timidement.

Il afficha un air terriblement sévère. Puis il me dévisagea tout en poussant un long soupir.

— Je n’y tiens pas un seul instant. Comprends bien ça.

— Désolé…

C’était un argument contre lequel je ne pouvais rien rétorquer. Moi-même, je refuserais si j’étais à sa place. Qui ramènerait dans son village un guerrier armé dont on ignorait l’identité et l’origine ?

— Donc, ne me suis pas.

Le soleil s’était déjà couché, et il faisait très sombre. Il se leva et prit le sanglier sur son dos… Bien que son corps soit svelte, il était plus fort qu’il n’y paraissait. Il devait être entraîné. Les capacités physiques augmentaient nettement plus avec l’entraînement dans ce monde que dans mon ancien.

— Ah, ça ira sans torche ?

— Tu n’as pas à t’en faire pour moi.

Il murmura quelque chose, et alors des genres de sphères lumineuses voletèrent depuis les profondeurs de la forêt.

— Qu’est-ce que c’est… ?

— Des élémentaires.

— C’est la première fois que j’en vois…

Les élémentaires étaient des créatures fugaces, des esprits inférieurs qui intervenaient dans les phénomènes naturels et aidaient à leur action. Certains pouvaient leur parler et même employer des techniques mystiques pour les mettre à contribution… Les elfes, disciples du dieu des esprits, avaient une grande affinité avec les disciples de ceux-ci, et c’était également le cas de ce demi-elfe qui partageait leur sang.

Je me souvenais avoir lu dans un livre de Gus que les élémentalistes étaient notamment très sensibles et réceptifs aux êtres ambigus et capricieux.

C’était un système de techniques encore différent de la magie des mots qui se concentrait sur la logique, la connaissance, la mémoire et la répétition, ou de la bénédiction qui se basait sur la foi et la discipline et octroyait protection et grâce divines.

— Salut, dit-il simplement.

Puis il s’en alla tranquillement avec son sanglier sur le dos.

C’était ma première conversation avec quelqu’un en près de 10 jours, et c’était sans doute pour ça que j’avais du mal à le quitter, c’est pourquoi je lançai :

— Moi, c’est Will ! William G. Maryblood ! Et toi ?

— Menel… Meneldor. Enfin, on ne se recroisera pas.

Et le demi-elfe Meneldor s’en alla avec son sanglier dépecé, les élémentaires éclairant le sol à ses pieds.

— Tâche de ne pas crever la gueule ouverte.

Je le regardai partir sans tenter de le suivre.

Craignant que l’odeur du sang ne fasse venir les bêtes, je déplaçai mon camp à bonne distance de l’endroit où nous avions fait le dépeçage… Je rallumai un feu, et accrochai ma toile à un arbre avec des cordes pour faire une tente de fortune. Je gravai quelques signes de-ci de-là destinés à m’alerter, j’assurai ma sécurité en entonnant des mots permettant de repousser les démons et les insectes, j’étendis ma couverture et je me couchai. La patte avant que j’avais reçue serait mon petit-déjeuner du lendemain.

J’étais légèrement inquiet, mais étonnamment, j’ai réussi à parler avec une personne vivante. Menel. Meneldor. Si je me souviens bien, en elfique, ça veut dire « aigle volant très vite ». Il était un peu fruste, mais j’ai apprécié discuter avec lui. Il a dit qu’on ne se reverrait plus, mais j’aimerais bien que ce soit le contraire.

Et alors je tombai doucement dans le sommeil.

Au milieu de la nuit, j’entendis une voix.

— Lanterne.

J’étais dans la brume, entre le sommeil et la conscience.

— Ô ma lanterne.

Il y avait une fille aux cheveux noirs avec un capuchon lui descendant jusqu’aux yeux.

— Je prie pour que tu te mettes en route…

Elle était toujours aussi inexpressive et taciturne.

— … et que tu apportes la lumière aux ténèbres reculées.

Aussitôt, plusieurs images m’apparurent en flash comme des révélations.

Des armes. Des cris. Du chaos. Du sang. Du sang. Des cadavres. Des cadavres. Des cadavres… et des cheveux argentés.

— Lumen !!!

(Lumière)

J’allumai la pointe de Pale Moon, préparai rapidement mon équipement et me précipitai vers les bois nocturnes.

Éclairé par la lumière magique, je me hâtai en panique. Cette révélation était clairement le présage d’une tragédie. Et Menel était impliqué.

— Ah…

Je me l’étais figuré, mais l’époque actuelle était relativement dangereuse. Une personne que l’on avait rencontrée aujourd’hui pouvait être un cadavre le lendemain.