Tout ça pour des violettes ! - Sélène Andréani - E-Book

Tout ça pour des violettes ! E-Book

Sélène Andréani

0,0

Beschreibung

Partout où Iris passe, les serrures trépassent… tout comme la fortune des nobles du royaume, que Marjolaine arnaque volontiers aux cartes.

Pourtant, lorsqu’une mystérieuse commanditaire les réunit pour le casse le plus audacieux de leur carrière, toutes deux sont perplexes : s’emparer du Bouquet de violettes, c’est mission impossible !

À PROPOS DE L'AUTRICE

Sélène Andréani - Sélène est tombée dans les livres à l’âge de trois ans, et toute tentative pour l’en sortir depuis a lamentablement échoué. Elle aime les piles à lire interminables, les mondes imaginaires, le thé, les films d’horreur et les défis littéraires. Elle écrit toujours en musique et dans de nombreux registres, du fantastique horrifique à la poésie, en passant par toutes les nuances de fantasy.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 66

Veröffentlichungsjahr: 2024

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



AVERTISSEMENT RELATIF AU CONTENU

Cette œuvre comporte des contenus ou passages pouvant heurter la sensibilité du public.

– Ponctuels : âgisme, classisme.

– Mentions : alcool, meurtre, violence.

NOTE DE LA MAISON D’ÉDITION

Le trouble du spectre de l’autisme se caractérise par des altérations significatives dans plusieurs aspects de la vie des personnes concernées : difficultés de communication et dans les interactions sociales, intérêts spécifiques, hyper ou hyposensibilités, besoin d’anti­cipation et de repères fixes…

L’autisme n’est pas une maladie. C’est en revanche un handicap qui nécessite souvent des environnements adaptés. Certaines personnes autistes apprennent très tôt à masquer leurs spécificités ou à tenter de faire abstraction de leurs ressentis, ce qui demande une énergie considérable et a des conséquences sur leur bien-être (anxiété, épuisement, traumatismes…).

Iris, l’une des deux héroïnes de cette histoire, a notamment conscience d’être parfois trop directe, est hypersensible au bruit et à la foule, et a recours au « stimming », geste répétitif et apaisant qui canalise ses émotions et son énergie.

CHAPITRE I

Marj commençait à se demander ce qu’elle fichait là.

Cela faisait une bonne demi-heure qu’elle poireautait en compa­gnie de la Van Arp – aimable comme une porte de prison – dans l’antichambre d’un discret hôtel particulier. Elle perdait patience. Si personne ne se pointait, elle allait…

— Veuillez entrer, leur indiqua un homme vêtu de noir de la tête aux pieds. Mme Deet vous attend.

— C’est plutôt nous qui l’avons attendue, grommela Marj.

Cela ne dérida pas sa comparse.

L’employé les introduisit dans un salon feutré aux tentures tirées. Un feu de cheminée ronflait dans l’âtre, et les flammes dansantes léchaient le décor, unique éclairage en dehors de quelques discrètes lampes à huile. Marj se serait imaginé quelque chose de plus… chic, d’après la fortune de leur potentielle future cliente. Elle avait le don d’établir le montant quasi exact du compte en banque de quelqu’un rien qu’en observant son apparence, et l’habitude de le faire pour toute personne croisant sa route – une sorte de déformation professionnelle.

Vilma Deet était une vieille femme à la peau parcheminée et d’une maigreur extrême, enveloppée dans une robe de flanelle et un châle noirs. Un filet de couleur identique retenait ses cheveux gris en arrière. Elle ne se leva pas de son fauteuil à œillères, mais les salua d’un geste, sans s’excuser du délai qu’elle leur avait infligé.

Marj nota l’absence de bagues à ses doigts, ou même de bijoux tout court. Pas d’ostentation. C’était parfois le signe d’une fortune encore plus exagérée qu’on pouvait le croire.

— Vous avez un travail à nous confier, fit soudain Iris.

Marj retint un sourire : droit au but, ça lui plaisait. Elle ne connaissait pas vraiment Iris Van Arp, sauf de réputa­tion. C’était l’une des perce-coffres les plus effi­caces de la ville de Lund : insaisissable comme la brume, capable d’affron­ter les chambres fortes les mieux protégées, de franchir les défenses les plus audacieuses. Et malgré cela, elle avait réussi à rester indépendante. Un exploit que Marj n’avait réalisé qu’après de longues années passées au sein de divers gangs avant de pouvoir se mettre à son compte. Elle-même n’avait guère d’affinités avec la cambriole. Son truc, c’était le bluff. Les cartes. L’arnaque. Elle était capable de ber­ner les plus grands établissements de jeux du pays et n’avait, pour l’heure, été démasquée qu’une seule fois de toute sa carrière.

— Le travail que j’ai à vous confier nécessite du talent et de l’audace, annonça la vieille femme. Si vous réussissez, vous ne le regretterez pas.

Marj contempla sa collègue à la dérobée. Visage étroit et pâle, cheveux noirs et courts – plus pratiques pour son métier, sans doute –, silhouette androgyne : elle avait un profil passepartout, assez inexpressif. L’esbroufe n’était visiblement pas son fort. Elle avait plutôt une tête de souris d’hôtel.

— Combien ? demanda Iris.

Vilma Deet inclina la tête.

— Dix millions de couronnes.

En joueuse de patience chevronnée, Marj avait l’habitude de rester de marbre. Cette fois, pourtant, elle ne put retenir un cillement fugace.

— Combien ? répéta-t-elle.

La vieille dame sourit.

— Dix millions, soit le prix estimé de l’objet que je veux que vous voliez, plus un million chacune pour votre temps.

Silence.

— Vous voulez qu’on vole Le Bouquet de violettes, souffla Iris.

Vilma Deet haussa à son tour un sourcil. Légèrement.

— Je vois que vous maitrisez votre sujet, sembla-t-elle apprécier.

— C’est simple, répondit mécaniquement Iris. Aucune œuvre d’art n’a jamais atteint un tel prix.

Marj retint de justesse un gloussement nerveux.

— Vous avez un plan, j’espère ? railla-t-elle. Parce que ce serait probablement plus facile d’aller arracher les poils de nez de la reine Sigrid d’Anval pendant son sommeil, si vous voyez ce que je veux dire…

Vilma Deet renifla sèchement.

— Bien sûr que j’ai un plan. Je prépare ce coup depuis une éternité ! Une opération pareille ne s’improvise pas sur un coin de table. Tout est déjà organisé : décors, costumes, accessoires… Il ne manque plus que les actrices principales : vous, si vous l’acceptez.

Elle s’interrompit, comme pour ména­ger son effet, et, voyant qu’elle avait piqué leur curiosité, elle reprit :

— Si vous connaissez Le Bouquet de violettes, vous savez qu’il est actuellement la propriété du baron Herberth von Bayerstahl-Kreuz ?

Marj acquiesça avec gravité. Patron des usines Kreuz et d’un certain nombre d’établissements de luxe – que la jeune femme avait fréquentés sous diverses identités –, le baron était un des hommes les plus riches du pays. Autant dire qu’il régnait sur la cité de Lund, vieille ville commerciale aussi crasseuse et noire qu’une mine de charbon, fleuron industriel du royaume d’Anval. Il était également l’heureux propriétaire d’une des plus magnifiques collections de bijoux et d’objets d’art anciens, dont l’estimation faisait souvent la une de la presse spécialisée – à cinquante couronnes le numéro, parution bimensuelle. Une presse que tous les monte-en-l’air lisaient avec attention pour connaitre les éventuels déplacements de leurs futurs butins. Au sommet de cette collection se trouvait le fameux Bouquet de violettes, œuvre du grand orfèvre Kaspar Lapiq. Cette pièce unique en son genre avait été taillée dans l’améthyste d’Ambrelain, une pierre aujourd’hui disparue, et le jaspe de Frondwahl. Longtemps perdu, le ­Bouquet ornait depuis une dizaine d’années la collection Bayerstahl-Kreuz et avait la réputation d’être impossible à dérober.

— Vous savez probablement aussi, comme tout le monde, poursuivit Deet, que ce cher Herberth marie sa fille.

Une fois de plus, Marj opina. La délicieuse Erzebeta von Bayerstahl-Kreuz… Une créature ravissante, tout à fait à son gout, quoique résolument inaccessible.

— Qu’est-ce que cela a à voir avec le Bouquet ? demanda Iris.

— Il doit faire partie de la corbeille de noces ! Herberth l’offre à la jeune mariée, ce qui signifie que, durant quelque temps, les Violettes seront exhumées de leur tombe et… déplacées.

Un frisson d’excitation parcourut l’échine de Marj, et elle aurait parié sa propre peau qu’il en était de même pour Iris.

Satisfaite de son effet, Vilma Deet se renfonça dans son fauteuil.

— Pendant deux jours, le Bouquet patientera dans la chambre forte de La Main heureuse, l’une des maisons de jeu d’Herberth. Ensuite, il s’en ira rejoindre la pile de cadeaux de la petite Erzebeta…

— Tous les tire-laines d’Anval, de Sarland et de Veneda seront à ce mariage pour tenter leur chance, souffla Iris.

— Bien sûr, rétorqua Vilma Deet. C’est pourquoi nous ne le volerons pas au mariage, mais pendant son dépôt à La Main heureuse.

Cette fois, l’impassibilité de Marj flancha pour de bon. Celle d’Iris aussi.

— Pourquoi croyez-vous que je vous aie recrutées ? fit Deet avec un petit haus­sement d’épaules. Vous êtes parmi les rares malandrines du coin à n’y avoir jamais tenté votre chance. Et donc à y être inconnues.

— Dès lors qu’on doit faire face à ce genre de sécurité, ça ne s’appelle plus « tenter sa chance », grommela Marj. J’aime les pri­ses de risque, mais je sais reconnai­tre une mission impossible quand j’en vois une.

— Ce que je vous propose est tout à fait possible, répliqua Vilma Deet. Avec une certaine préparation… Il va de soi que je ne vous révèlerai les détails qu’une fois notre accord scellé. Alors, que décidez-vous ?