Tragédie au moulin - Pierrette Champon - E-Book

Tragédie au moulin E-Book

Pierrette Champon

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Beschreibung

Alexandra, jeune retraitée, a choisi de passer sa retraite à Réquista un charmant bourg de l'Aveyron. Elle y achète un vieux moulin où elle fait venir son amie Marie-Claude, une romancière parisienne en quête d'inspiration. Elle ne sera pas décue...

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Seitenzahl: 125

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Ähnliche


Table

Chapitre 1 - La motivation du départ

Chapitre 2 - Recherche d’un point de chute

Chapitre 3 - Le moulin

Chapitre 4 - L’installation

Chapitre 5 - Des bruits inquiétants

Chapitre 6 - La première nuit de Marie-Claude

Chapitre 7 - Une étrange découverte

Chapitre 8 - L’affaire du collier

Chapitre 9 - Les projets des deux amies

Chapitre 10 - Les vacanciers au moulin

Chapitre 11 - Le plan de Claude

Chapitre 12 - Le plan d’Annick

Chapitre 13 - Les visiteurs du moulin

Chapitre 14 - La chute

Chapitre 15 - Les yeux de Charlène s’ouvrent

Chapitre 16 - L’enquête progresse

Chapitre 17 - Coup de théâtre

Chapitre 18 - Retour d’Alexandra et Marie-Claude

Chapitre 1

La motivation du départ

Alexandra, cinquante-cinq ans, a décidé de quitter la ville pour passer sa retraite à la campagne. Après avoir habité une dizaine d’années dans la banlieue lyonnaise, elle voulait fuir l’univers de béton pour faire un plongeon en pleine nature, dans un département vert. N’ayant pas eu le choix de son lieu de travail, un collège de banlieue, imposé par l’Académie, elle voulait choisir celui où elle allait passer sa retraite dont l’enjeu est important puisqu’il s’agit de définir son espace de vie pour les vingt ou tente ans à venir.

Jusqu’à présent elle n’avait jamais pensé à ce moment où l’on coupe les amarres de la vie professionnelle pour se jeter dans le vide du désœuvrement, période redoutée par les couples qui vont se retrouver chaque jour côte à côte et devront se supporter. Certains veulent en profiter pour découvrir le monde et enchaînent les voyages organisés d’un bout à l’autre de la planète sans possibilité de contacts avec les autochtones et dont ils ne retiendront rien au retour. Alexandra avait un plan, profiter du calme et se retirer dans une vieille maison à la campagne. Elle n’avait aucune attache, personne ne l’attendait, elle était entièrement libre de ses mouvements.

Mais pourquoi avoir opté pour l’Aveyron où elle ne connaissait personne, où elle ne s’était jamais rendue ? Qu’est-ce qui avait inspiré la motivation de ce choix ? Il faut revenir à quelques années en arrière pour en découvrir la raison.

Au collège, Alexandra était intriguée, comme tous ses collègues, par une certaine Lucie, jeune prof de français, au physique attirant, vive, pétillante, adulée des élèves. Elle avait su conquérir ses supérieurs qui la félicitaient pour son dynamisme et son ardeur au travail. À chaque départ en vacances, dans la salle des profs, près de la machine à café, elle disait tout simplement

« Demain, je pars pour Réquista ! »

Elle réitérait cette annonce à la Toussaint, Noël, Pâque et jour férié, sans se douter que les autres passaient les congés dans leur appartement. Inconsciente de l’effet magique produit par ce nom, elle s’attirait la jalousie des uns, l’admiration des autres. En effet, ils pensaient que cette jeune femme fortunée était devenue prof pour occuper son temps.

« Réquista », ce nom insolite, à la consonance originale, dont les trois syllabes chantaient agréablement à l’oreille, ne passait pas inaperçu. Dans cette banlieue banale, il apportait un air d’exotisme, d’un ailleurs alléchant, qui emballait l’imagination des enseignants.

Habituellement imperturbables, affairés par la correction de leurs copies dans la salle des profs, l’énoncé de ce nom les fascinait, ils devenaient rêveurs. Comme envoûtés, pris par un sortilège, ils levaient la tête, les yeux dans le vide, le stylo en suspension au-dessus des copies et lui répondaient, admiratifs, avec des regards envieux : « Tu en as de la chance ! »

Leur réaction étonnait Lucie et, sur leur intérêt soudain pour cette destination banale, elle s’interrogeait :

« Se moquent-ils de moi parce que je me rends dans un village ? Me prennent-ils pour une paysanne, ces citadins ? »

Leur prêtant une intention négative, elle était loin du compte. Ils l’enviaient tout simplement de pouvoir partir à chaque congé.

Elle dut attendre plusieurs mois pour comprendre leur attitude. En effet, un jour où elle annonça « demain je pars pour Réquista ! » L’une d’elles lâcha d’un air de reproche :

« Tu as bien de la chance d’avoir une maison en Espagne, évite de nous le rappeler chaque fois que tu t’en vas ».

– En Espagne ? dit-elle avec étonnement.

– Oui, en Espagne.

– Qu’est-ce qui te fait croire çà ?

– Tu ne vas pas à Réquista ?

– Oui, mais ce n’est pas en Espagne.

– Comment ?

– C’est dans l’Aveyron.

– Ah ! dans l’Aveyron, dit-elle déçue en se détournant de Lucie.

Ce nom traînait derrière lui l’histoire de l’enfant sauvage découvert dans les forêts de Saint-Sernin au siècle dernier si bien que l’Aveyron était connue pour être le pays du sauvage...

Les profs, vexés de s’être trompés à ce point sur la destination qui les faisait rêver et qui imaginaient Lucie dans une belle et grande villa au bord de la mer, baissèrent la tête sur leur copie. Elle venait de tomber du piédestal où ils l’avaient élevée. Elle n’était plus qu’une personne banale, sans importance, dénuée d’intérêt. À cette déclaration succéda un moment de silence réprobateur. Lucie les avait trompés.

En lisant la déception sur leur visage à laquelle s’ajoutait le dédain, Lucie enfonça le clou et poursuivit en éclatant de rire :

– Vous pensiez vraiment que j’allais en Espagne ?

Un petit nouveau, vexé d’avoir été induit en erreur comme les autres par son imposture, ajouta ironiquement :

– Moi, je n’étais pas dupe et je croyais même que c’était à Java !

– Pourquoi ?

– Comment Lucie, tu serais la seule à ne pas connaître la chanson « Riquita jolie fleur de Java » ?

Et tous d’éclater de rire pour prendre leur revanche, ce qui n’arrivait jamais chez des personnes qui se prennent trop au sérieux.

Depuis cette révélation, ils accordèrent moins d’importance à leur collègue. Lucie, chagrinée par leur attitude, se renferma sur elle-même avant de demander sa mutation pour un autre établissement. Son passage avait pourtant laissé une trace. Le nom « Réquista » n’était pas tombé dans le néant. Il avait cheminé jusque dans la mémoire d’Alexandra où s’étaient imprimés ces mots « Réquista dans l’Aveyron ».

Elle quittait sa vie professionnelle à regret, celle-ci lui ayant donné toutes les satisfactions qu’elle pouvait en attendre, mais elle aspirait à la liberté offerte par la retraite : se lever tard, dormir autant qu’on veut, ne plus avoir d’emploi du temps, mener une vie de bohème, etc. Elle garderait les meilleurs moments avec les élèves qu’elle avait su apprivoiser et motiver pour le français en leur faisant écrire des histoires. Elle les avait initiés à la poésie et les quittait en emportant dans ses valises des quantités de poèmes et de lettres remplis de mots touchants.

« On espère que vous n’oublierez jamais les bons moments que vous avez passé avec nous vos élèves, vous nous avez beaucoup appris sur la poésie et vous avez réussi à tous nous mettre en tête que nous serions plus tard, comme vous, de grands poètes. »

La veille du départ lors du pot d’adieu, en apprenant son désir de se retirer à la campagne, ses collègues donnèrent leur avis :

« Tu t’engages à partir dans un désert médical, un lieu où les médecins en retraite ne sont pas remplacés, car les jeunes n’affichent pas une réelle envie de s’exiler de la ville où les distractions sont à leur portée. Tu ne pourras plus fréquenter les musées, les théâtres, les cinémas ni faire du lèche-vitrine. »

Ils la regardaient d’un air consterné qui signifiait « pauvre fille, comment en est-elle arrivée à ce point », ce à quoi elle répondit :

« Rassurez-vous je ne partirai pas en pays inconnu pour la grande aventure ! Je resterai en France.

Et elle ajouta d’un air malicieux « que voulez-vous, il faut parfois savoir vivre dangereusement ! »

Ils lui avaient mis la pression. Avec du recul, elle se sentait bien courageuse de vouloir se retirer dans une zone rurale et les paroles des collègues lui revenaient en mémoire « à ton âge tu vas t’enterrer vive à la campagne, garde au moins ton appartement s’il te prenait l’envie de revenir parmi nous ! »

Ils avaient semé le doute en son esprit si bien qu’elle s’interrogeait « que faire ? Rester ou partir ? »

Elle fit pencher la balance du bon côté, argumentant qu’elle n’était pas une adepte des musées ni du lèche-vitrine et l’idée de se rapprocher de la nature la convainquit de quitter la ville.

Elle prenait sa retraite à cinquante-cinq ans, une exception pour avoir été sous le statut du primaire durant quinze années, ce qui lui donnait le privilège de partir à cet âge. Elle avait travaillé dur ensuite pour obtenir DEUG, Licence et c’est avec le grade de certifié qu’elle quittait l’enseignement. Les collègues réunis dans la salle des profs la veille du départ en vacances d’été lui demandaient :

– Que vas-tu faire à présent ?

– Tu aurais dû prolonger ton activité, tu vas t’ennuyer sans tes élèves.

– Ne vous tracassez pas pour moi, j’ai des tas de projets et puis vous viendrez me voir à la campagne.

– Sais-tu où tu vas aller ?

– Pas encore, je n’ai pas d’idée pour le moment, mais ça va venir, je prends le temps de réfléchir.

Ils lui firent cadeau d’une valise et d’une carte fleurie « bonne retraite » où tous avaient signé.

« Reviens nous voir, pense à nous, ne nous oublie pas » furent les premiers mots de sympathie venant de la part de ses collègues qui peut-être étaient plus humains qu’ils ne laissaient paraître en temps normal.

Alexandra décida de consacrer les deux mois d’été à parfaire son projet, elle n’était pas pressée, ni fixée sur le lieu idéal pour passer une retraite paisible.

Durant juillet et août, la banlieue est calme, la plupart des habitants étant partis en vacances. Elle profite du temps libre pour faire méticuleusement le tri des objets à emporter et invite la concierge à venir prendre ce qu’elle laissera, en particulier des petits meubles, des bibelots inutiles, des livres, etc. Après cette mise en ordre, elle commence à réfléchir au grand voyage du départ en retraite. Est-ce qu’elle ne regrettera pas de tout quitter ? Ne va-t-elle pas suivre le conseil de ses collègues ? Finalement, elle était bien dans cet appartement non loin du centre commercial, le cabinet médical au rez-de-chaussée, environnée de parents d’élèves sympathiques. Elle ne manquait de rien matériellement.

Cependant la nuit, elle rêve de jardin de fleurs, d’oiseaux venant picorer les graines sous sa fenêtre, d’un animal de compagnie, de promenades en forêt et de pêche à la ligne, des divertissements qui lui ont été refusés durant ses années d’activité

Un soir de la dernière semaine d’août, sur la table du salon, elle a déployé la carte des départements. Elle lit les noms et en découvre qu’elle ne connaît pas, la Sarthe, la Mayenne, la Lozère. Le choix est difficile. Elle préfère confier son destin au hasard. Elle ferme les yeux et s’apprête à poser l’index sur le papier, et lui confie le choix de son nouveau cadre de vie.

Au moment où elle tend le bras, elle n’a pas le temps de terminer son geste, un éclair fulgurant lui traverse l’esprit en réveillant son subconscient. Elle ressent dans tout son corps l’effet d’un courant électrique de haut voltage. Une lumière vive éclaire l’image de plusieurs lettres qui composent un mot, un mot qui impose à ses sens une étrange musique, mêlée de douceur, d’exotisme, de chaleur. Trois syllabes clignotent dans sa tête, semblables à l’enseigne lumineuse d’un magasin, « Ré-qui-sta, Ré-qui-sta » ce nom prononcé par Lucie, resté imprimé dans sa mémoire, jaillit. Elle ouvre les yeux :

« C’est le signe du destin qui trace ma voie ! Je ne dois pas lui résister, c’est dans l’Aveyron que je dois me rendre. »

Alors, elle se lève, tend les bras vers le plafond comme pour s’adresser à une divinité invisible et clame à haute voix, comme si l’on pouvait l’entendre « Réquista, attends-moi, c’est là que je veux finir mes jours ».

Chapitre 2

Recherche d’un point de chute

Aussitôt, son doigt court sur la carte à la recherche du département de l’Aveyron. Elle lui trouve une forme harmonieuse. Elle remarque qu’il n’est ni au bord de la mer ni à la montagne, mais pas très éloigné de la mer Méditerranée ni de la chaîne Pyrénéenne. Il est parsemé de nombreux lacs et de rivières.

Voici les renseignements qu’elle trouve sur Internet :

« L’Aveyron, un des plus grands départements de France. Pour tous ceux qui souhaitent s’évader et se libérer du stress quotidien : nature, verdure, plan d’eau, calme et sérénité. Ici, pas de monotonie ! De plateaux en vallées, de gorges en rougiers, c'est un voyage dépaysant que vous ferez en Aveyron.

Du plateau de l'Aubrac, verdoyant ou enneigé, aux terres pastorales du Larzac, vous traverserez des paysages vallonnés, encaissés, parfois insolites et de grands espaces. Une chose est sûre, vous en prendrez plein la vue ! etc., etc. »

Ensuite elle effectue des recherches sur Réquista :

« Au pays des cent vallées, où le Tarn et autres petits cours d’eau serpentent à travers un paysage verdoyant, Réquista, éloignée des grands centres, a des allures de petite capitale. Le touriste aime y faire un arrêt. À 500 mètres d’altitude, l’air est d’une pureté exceptionnelle. Cette région, calme et belle, dotée d’une nature sauvage, ne peut que séduire le citadin qui vit dans le stress à longueur d’année.

Dans ce chef-lieu de plus de 2000 habitants, on trouve tous les services, les loisirs, l’animation, avec en plus l’accueil chaleureux de la population et de l’équipe municipale très attentive à la bonne image et au rayonnement de la petite ville rurale qui étonne par la richesse de ses projets et de ses réalisations. Ici tout est possible et même de devenir le premier marché ovin de France. En occitan la commune se nomme Requistar. Ce nom est issu de ric estar, « lieu riche ».

« Voilà la destination idéale », pense-t-elle, éblouie par ces descriptions alléchantes qui l’ont définitivement conquise. Désireuse d’en finir avec la ville, elle a consulté les annonces immobilières du « Bon coin » à l’affût d’une vieille maison à retaper, dans cette localité ou à proximité.

La chance lui sourit, car elle tombe sur une publication récemment déposée. « Ancien moulin, au fil d’une rivière. Au détour d’une vallée, cette charmante demeure, ouvre sur des espaces romantiques où l’eau serpente nonchalamment. Confort et espaces de détente sont les atouts de cette propriété. L’ensemble s’étend sur environ 1 ha. Cet ancien moulin qui respire l’authenticité, offre 200 m2habitables avec une pièce à vivre dotée d’un espace cuisine, à l’étage trois chambres, une salle d’eau WC, etc. Il est situé à deux kilomètres de l’agglomération de Réquista qui propose toutes les commodités et commerces. »

Le nom de la localité la fait bondir.

– Comme le hasard fait bien les choses ! Voilà la demeure dont je rêve, ce n’est pas possible ! Pourvu que la chance soit avec moi et que je puisse l’acquérir !

Sur le champ, elle a contacté le propriétaire par téléphone. Monsieur Thomas fut bien étonné d’avoir déjà une touche alors que l’annonce venait à peine d’être mise en ligne.

– C’est pour mon moulin ? Oui, je viens tout juste de le mettre en vente. L’annonce a déjà paru ?

– Oui, sur le « Bon coin ».

– D’où m’appelez-vous ?

– De la région lyonnaise.

– Parfait ! Alors, venez vite le visiter et s’il vous convient, nous réglerons l’affaire rapidement, car je suis extrêmement pressé.