Trocs de choc - Jean-François Thomas - E-Book

Trocs de choc E-Book

Jean-François Thomas

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Où donc est passé Timo ?

Où donc est passé Timo ? Sa disparition aurait-elle un rapport avec ces étranges objets que Julien et Singh ont découverts et rapportés à l’école pour faire du troc ? Laurianne en est persuadée. Elle décide de se joindre aux deux garçons pour retrouver Timo et percer le mystère.

Plongez dans une enquête inédite menée par Julien, Singh et Laurianne, trois copains bien décidés à percer le mystère de la disparition de Timo !

EXTRAIT

De fait, il descendit gentiment dans le noir, marchant à reculons dans une masse de terre molle, tenant lui aussi la corde à deux mains et regardant la fente s’éloigner au fur et à mesure qu’il descendait. Fier et craintif en même temps, il s’imagina Indiana Jones à la découverte du temple maudit, fameux spéléologue explorant un gouffre insondable rempli de ptérodactyles... Influencé par son imagination, il eut soudain peur du vide qui devait se trouver sous lui. Il se figea, au moment même où son dernier pas heurta une surface dure. Suspendu à la corde, il déplaça son pied et tapa sur le sol plusieurs fois de sa semelle. Pas de doute, il se trouvait sur une surface stable et rigide.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Spécialiste de la science-fiction en Suisse romande, Jean-François Thomas a publié des nouvelles dans plusieurs anthologies. Avec Trocs de choc il se tourne aujourd’hui vers la littérature jeunesse.

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Seitenzahl: 148

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Table des matières

Résumé

Où donc est passé Timo ?

Un bidule étrange : le Chatouilleur

La découverte de la Caverne

Chapitre trois

Un bric-à-brac insolite

Une vente à la sauvette

Une journée d’école bien perturbée

Dans lequel Timo est perdu

L’inquiétude de la famille Détraz

Mais que fait la police ?

Laurianne a-t-elle des visions ?

Hugo s’interroge

Laurianne lance une accusation

Timo fait une audacieuse supposition

La menace se précise

Nouvelle découverte dans la Caverne

La salle de contrôle

Seul, perdu, en danger...

Suppositions

Surprises

Révélations

Le retour de Timo

Récupérations

Les explorateurs de l’OVNI

Résumé

Où donc est passé Timo ?

Sa disparition aurait-elle un rapport avec ces étranges objets que Julien et Singh ont découverts et rapportés à l’école pour faire du troc ?

Laurianne en est persuadée. Elle décide de se joindre aux deux garçons pour retrouver Timo et percer le mystère.

Spécialiste de la science-fiction en Suisse romande, Jean-François Thomas a publié des nouvelles dans plusieurs anthologies. Avec Trocs de choc il se tourne aujourd’hui vers la littérature jeunesse.

à partir de 9 ans

Jean-François Thomas

Trocs de choc

Roman jeunesse

ISBN : 978-2-37873-053-6

Collection Saute-Mouton

Dépôt légal : avril 2018

©2018- Couverture Ex Aequo

©2018 — Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle,

réservés pour tous pays.

Toute modification interdite.

À Claudia, pour sa patience, son amour et sa confiance tous les jours renouvelés

À Danielle Martinigol et Mathieu Hoyois, mes premiers lecteurs

À Jérôme et Grégoire,

qui ne m’en veulent pas d’avoir tant tardé

À Yanti

À Loïc, Mélanie et Zoia, qui ont trop vite grandi

À Tyra, qui a l’âge de lire cette aventure

À Grey, qui la lira à son tour plus tard

Chapitre un

Un bidule étrange : le Chatouilleur

Dans sa chambre, Timo sortit avec précaution le bidule de sa cachette. L’objet lui avait coûté deux euros, six vignettes de footballeurs Panini et un paquet d’ours d’or Haribo, mais il en valait la peine. C’était une pièce unique au monde, d’une valeur inestimable.

Timo avait débarrassé une partie de son bureau, toujours encombré d’un bric-à-brac qui désespérait sa mère, pour ménager une place au bidule. L’espace dégagé était cependant insuffisant. Timo s’efforça de maintenir sa précieuse acquisition entre son bras gauche et sa poitrine, pendant qu’il poussait du bras droit sa troupe de Combattants du Chaos, les figurines en plomb qu’il n’avait pas fini de peindre. Trois figurines tombèrent sur le sol. Heureusement, la moquette étouffa en partie le bruit. Timo aurait détesté voir surgir sa petite sœur, Célia, qui avait le chic de fouiner dans ses affaires.

Timo gratta son crâne rasé. Il venait de convaincre ses parents de l’emmener chez le coiffeur. Il se sentait enfin à la mode, mais n’était pas encore habitué à la disparition de sa tignasse bouclée. Il avait souvent froid et des démangeaisons. Et puis il trouvait que ses oreilles avaient grandi. Il grimaça de désagrément. Les copains n’ont pas toujours de bonnes idées, songea-t-il.

Malgré sa taille, le bidule était léger. Posé sur le bureau, le machin — il n’avait pas de nom, du moins Timo ne lui en avait pas encore attribué un — le « chose » illuminait la pièce de sa majestueuse présence, comme l’aurait fait le trésor d’Ali Baba ou celui de Smaug, le dragon.

La chambre de Timo s’était transformée en salle des trésors.

C’était Julien et Singh qui lui avaient fourni l’objet. Mais sans lui révéler où ils l’avaient trouvé. Julien avait fait son mystérieux et Singh joué au muet, comme quand ils avaient vendu la lampe de poche à verrues à Philippe ou le collier de chips troués à Lucie. Bien sûr, ce n’était ni une lampe de poche à verrues ni un collier de chips troués, mais ça y ressemblait. Raison pour laquelle on les avait nommés ainsi.

Le bidule, quant à lui, ne ressemblait à rien. C’est pour ça qu’il n’avait pas de nom. Timo l’observa attentivement.

D’abord, on trouvait un socle carré fait d’un bloc de matière inconnue. On aurait dit du métal, mais du métal bleu, très léger, qui ne produisait aucun son lorsqu’on le cognait avec un autre objet métallique. Et puis, surtout, ce métal était tiède. Toujours étrangement tiède.

Ensuite s’élevait le ruban spiralé. Une espèce de tagliatelle enroulée, qui prenait naissance au beau milieu du bloc et se dressait comme un poteau noir, juste à côté d’une mini-antenne parabolique.

Sur trois des faces du cube, on trouvait des cadrans et des boutons. Sur la quatrième face, un bout d’une sorte de tuyau qui semblait cassé à son extrémité.

C’était ça, le bidule. Un truc-machin étrange que Timo avait échangé à Julien le matin même, ce mardi.

Depuis lundi, Julien et Singh vendaient des objets curieux. Chacun, dans la classe, en désirait un. Julien et Singh les vendaient ou les échangeaient à la sauvette, dans un coin de la cour de récré, en prenant bien garde de ne pas se faire repérer par madame Bonzon ou un autre prof de l’école. Le plus drôle, c’est quand Philippe avait joué en classe avec l’objet qu’il venait d’acheter. Celui qui ressemblait à une lampe de poche à verrues. Madame Bonzon l’avait confisqué et envoyé rejoindre le tas de ses précédentes saisies dans le tiroir de son pupitre, toujours fermé à clé. Philippe avait eu chaud, car elle n’avait même pas vraiment regardé la lampe de poche avant de la jeter dans son tiroir. Mais il avait quand même dû conjuguer à tous les temps la phrase « Je ne dois pas jouer en classe avec une lampe de poche ». C’était toujours comme ça, avec Philippe le distrait.

Timo fut interrompu dans ses souvenirs par un bruit qu’il redoutait entre tous : celui de Célia qui montait les escaliers en courant. Aïe ! Que faire ?

Vite, trouver quelque chose pour cacher le truc ! Ah ! le couvre-lit !

Célia fit irruption dans la chambre en ouvrant la porte à toute volée, comme à son habitude. Le battant vint heurter le mur avec fracas pour l’abîmer un peu plus.

— Hé !  s’écria Timo, furieux d’être dérangé.

Il avait à peine eu le temps de jeter le couvre-lit sur son bureau.

— Timo, maman dit que tu dois venir manger, le dîner est prêt, annonça vivement sa petite sœur surexcitée. Qu’est-ce que tu caches sous ta couverture, hein, je peux voir ?

Mais pourquoi donc Célia devinait-elle toujours tout ?

— D’abord, je ne cache rien, mentit Timo. Je ne sais pas qui a mis mon couvre-lit là-dessus et rien que pour t’embêter je n’ai pas l’intention de l’enlever ! Voilà !

Célia savait que son grand frère n’aimait pas la voir toucher à ses affaires. Tant pis. Elle trouverait bien une autre occasion de découvrir ce qu’il dissimulait. Encore un de ces stupides jouets de garçon, une base spatiale ou un tank super armé, sans doute. Qu’est-ce qu’ils sont bêtes, les garçons.

— Maman a dit que tu dois venir tout de suite, reprit-elle en martelant les trois derniers mots. Elle sortit de la chambre. Puis, ne pouvant se retenir de provoquer Timo, elle ajouta en se retournant.

— Et puis je vais bien le voir, ton stupide jouet… Na na na… je le verrai quand même…

Elle s’enfuit précipitamment et descendit les escaliers en courant, tout effrayée qu’il ne la rattrapât.

Le premier geste de Timo fut de refermer la porte. Puis il ôta le couvre-lit et remballa le bidule dans son sac de sport dont le contenu original se trouvait sous son pupitre, à l’école. Enfin il planqua le sac sous son lit.

Ensuite, il descendit rejoindre sa famille.

Sa maman l’accueillit avec la question rituelle.

— Tu t’es lavé les mains, Timothée ?

Le repas expédié, Timo s’empressa de remonter dans sa chambre, prétextant des devoirs pour le lendemain. Célia ne fit aucun commentaire. Elle semblait avoir oublié l’incident et s’amusait à loucher dans son verre.

Dans sa chambre, Timo décida de vraiment faire ses devoirs avant de regarder à nouveau le truc. C’était une décision héroïque ; il se sentit fort et courageux.

Il saisit son carnet de devoirs et l’ouvrit à la bonne page.

Oh ! non. De la géographie. Il fallait encore apprendre des noms de fleuves et de villes. Le Tage, l’Èbre, Madrid... qu’est-ce que c’était barbant tout ça. La seule ville dont il se souvenait bien c’était Pampelune. Parce que Marc lui avait soufflé à l’oreille «Pampelune-derrière-la-Lune» quand madame Bonzon expliquait et que ça l’avait bien fait rire. Si au moins on étudiait les volcans. Ah ! ouais, ça c’était chouette, les volcans ! La fumée, le soufre, la pierre qui fond, les villes ensevelies…

Génial !

Alors, apprendre des noms par cœur...

Timo tripotait distraitement la dent de requin fétiche de son collier. Ses pensées revinrent à l’objet. C’est vrai, il fallait trouver un nom pour le truc. Et ça, c’était drôlement plus important que les noms de l’Espagne...

Il tira le sac de sport de sa cachette et l’ouvrit. Il reposa doucement le truc sur son bureau, gardant le couvre-lit à portée de main au cas où.

Il se replongea, fasciné, dans la contemplation de l’étrange objet. Ses yeux vifs et clairs furetaient à la recherche d’un indice caché. Ses mains exploraient les divers contours de l’engin mystérieux.

La tiédeur du socle bleu l’intriguait. De même que la froideur de la spirale. Au hasard, il enfonça quelques boutons. Celui qui représentait un serpent. Puis celui qui montrait un œuf. Puis la bougie. Puis le triangle.

Le bidule se mit à bourdonner.

Timo se recula sur sa chaise, apeuré. Il voyait l’antenne parabolique bouger. Elle tourna pour se fixer vers un angle du plafond.

Il ne se passa plus rien.

Le truc, le bidule, était une sorte de machine, se dit Timo. En pesant sur les boutons, on faisait fonctionner la machine.

Double Génial !

Timo prit la machine en main et appuya à nouveau sur un bouton. L’antenne ne pivota pas, mais le ruban spiralé se mit à vibrer. Il se secouait de plus en plus fort, comme quelqu’un que l’on chatouillerait. Drôle-drôle.

Un Chatouilleur ! Voilà ! Le curieux bidule s’appellerait un Chatouilleur ! C’était le seul Chatouilleur au monde et il appartenait à Timo.

Timo remarqua soudain que la vibration du ruban spiralé dégageait de la chaleur. Le ruban commençait à rougir.

Le Chatouilleur vibrait de plus en plus rapidement. La chaleur augmentait. Le bourdonnement devenait de plus en plus puissant. Timo craignit alors de voir resurgir Célia, attirée par le bruit. Il voulut reposer la machine sur son bureau pour chercher un moyen de l’arrêter.

Il n’en eut pas le temps. Il eut la désagréable impression de vibrer en même temps que la machine. Sa vision se troubla. Une grande lumière bleue l’enveloppa et, pris de vertige, il se sentit lentement glisser dans l’inconscience.

Célia ne fut pas longue à se précipiter dans la chambre. Elle sentit une drôle d’odeur, très forte.

Mais le plus étrange, c’est que Timo avait disparu.

Chapitre deux

La découverte de la Caverne

Le samedi précédent, dans la forêt

— Alors, tu viens ? demanda Julien.

— Mais ça doit sûrement glisser, répondit timidement Singh. Tu as vu, les escaliers sont tout mouillés.

L’escalier dont parlait Singh descendait en pente raide sur une trentaine de mètres pour se jeter dans une large rivière, sinuant au bas de la forêt. Les deux enfants suivaient cet escalier, simples marches de terre de grandeur inégales, séparées par des rondins de bois. Si Julien bondissait de marche en marche, en bon coureur des bois qu’il était, Singh se risquait craintivement sur ce parcours qu’il ne connaissait pas.

— Allez, viens ! Faut pas avoir peur, tu ne risques rien, l’encouragea Julien.

Singh, fortement penché en arrière, descendit une nouvelle marche, puis une autre. En déséquilibre, il glissa et se retrouva assis dans l’eau d’un petit ruisseau qui serpentait aux côtés de l’escalier pour se jeter, en bas, dans la rivière.

— Ah ! elle est froide ! Ah ! ah ! ah !

Il poussait nerveusement de petits cris brefs et haletants.

— Mais laisse pas ton derrière dedans, gros malin, reviens vite sur le chemin !

Singh se mit à quatre pattes, s’accrocha à des plantes, et regagna l’escalier. Ses mains, ses bras, ses pantalons étaient souillés de terre. De l’eau s’était glissée au fond de ses bottes. Ses lunettes pendaient lamentablement sur son menton, miraculeusement retenues par une branche sur une oreille. Tout ceci était fort désagréable. Il se mit à gémir.

Julien s’approcha de Singh en ronchonnant. Avait-il fait le bon choix en demandant à son camarade de l’accompagner dans cette expédition ? Après tout, cette aventure mélangeait risques et mystères.

— Si tu te casses déjà la figure sur un simple escalier, qu’est-ce que ça sera lorsque nous devrons escalader la pente ?

— Mais j’ai pas fait exprès. C’est ces bottes : elles sont trop grandes et puis elles glissent toutes seules, se justifia Singh.

Il les enleva l’une après l’autre pour vider l’eau qui les remplissait. Puis il détacha des morceaux de boue de ses vêtements, qu’il rejeta au loin. Son visage brun et fin exprimait le dégoût. Enfin, un peu honteux, il se releva pour affronter le regard de son copain.

 Julien, qui portait sa casquette des Lakers, se contenta de faire un signe de tête qui signifiait « bon, ça va, allez, on continue ». Mais, au fond de lui, il était peu rassuré.

Ils parvinrent au bas de l’escalier sans autre incident. Là, un petit pont de bois traversait la rivière pour gagner un sentier qui s’élevait en pente douce sur la rive opposée. Singh voulut s’y engager, mais Julien le héla.

— Non. On prend pas le pont. C’est par ici qu’on va. 

Du doigt, il désignait la rivière.

— Quoi ? s’écria Singh. Tu veux marcher dans l’eau ?

— Pourquoi crois-tu que je t’ai demandé d’enfiler des bottes ? La caverne est cachée par là-bas. Elle n’est accessible que depuis la rivière.

— Ah ! bon, se résigna Singh. Tu es sûr qu’on peut marcher dans la rivière, ce n’est pas trop profond ?

— Mais oui. J’y suis déjà allé. Oh ! il y a bien quelques endroits où il faudra faire attention, mais c’est facile, tu verras.

Julien ajusta son sac à dos et resserra la corde qu’il portait sur l’épaule. Puis il s’avança résolument dans la rivière. L’eau ne lui arrivait qu’à mi-bottes.

Singh s’engagea à sa suite. C’était vrai, l’eau était peu profonde. Il sentait un peu le courant qui le poussait légèrement en avant. C’était rigolo de marcher sur ces cailloux d’inégale grosseur. Mais il fallait poser le pied prudemment, car parfois l’un des cailloux bougeait. Ce qui était moins drôle, c’était de sentir à chaque pas la désagréable sensation provoquée par ses chaussettes déjà mouillées.

— Alors, ça va ? demanda Julien, qui précédait son camarade d’une bonne dizaine de mètres.

Il s’était arrêté à un coude de la rivière et l’attendait.

— Oui, oui, j’arrive, répondit Singh, qui trouvait plus facile de marcher dans l’eau que descendre un escalier.

— Ici il faut longer la berge, dit Julien. Il y a une petite chute au milieu et c’est trop profond.

Il indiqua la voie à suivre à Singh qui l’avait rejoint.

Le passage n’offrait aucune difficulté et tous deux le franchirent aisément.

Ils progressèrent ainsi sans autre incident et passèrent quatre méandres très sinueux. La rivière s’était élargie. Le soleil parvenait maintenant à percer le rideau des arbres. Son reflet jouait dans l’eau et les aveuglait parfois. Une dizaine de mètres au-dessus d’eux, la forêt se dressait fièrement sur de vertigineuses falaises de rocs et de terre.

L’endroit était empreint de calme et de beauté. L’excitation de la ville, le stress des devoirs, la salle de classe, le regard sévère de madame Bonzon; rien de tout ça n’existait en ce lieu naturel.

Que l’on s’y trouvait bien.

— Tu la vois, la caverne ?

Singh fut tiré de sa rêverie par la question de Julien. Il ouvrit de grands yeux et tourna la tête en tous sens.

Aucune caverne à l’horizon.

— Euh ! non... répondit-il piteusement.

— Je sais. Elle n’est pas facile à repérer. Tu vois cette fente, là-bas, à droite ?

Julien désignait un endroit de la falaise où, en observant bien, on remarquait une sorte de courte fissure sombre, pareille au signe qui ressemble à une vague, comme sur le mot canyon, et qui veut dire canyon.

— C’est ça, la caverne ? s’étonna Singh. Cette petite fente ?

La déception perçait dans sa voix.

— Ouais, je sais. Elle n’est pas bien formidable, vue d’ici. Mais tu verras, une fois qu’on est à l’intérieur, il y a plus de place.

À vrai dire, Julien n’en savait rien. Il n’était jamais entré dans cette caverne. Mais ça, pas question de le dire à Singh ! Julien pensait sincèrement qu’inventer n’est pas mentir.

Julien, aventurier dans l’âme, aimait beaucoup aller jouer dans la forêt. Il emportait toujours avec lui son kit de survie. Le mercredi précédent, en longeant la rivière, il avait découvert ce trou intrigant. Un trou probablement récent, car on voyait au pied de la falaise un amoncellement de terre, marque d’un éboulement frais. La rivière n’avait pas encore emporté cette terre qui la gênait.

Julien avait escaladé la pente jusqu’à la fissure. Il avait remarqué que le trou semblait profond. Il avait promené le faisceau de sa maglite tout au long de la fissure.

Et il avait vu.

Il avait vu des formes immobiles, des caisses. Il avait remarqué un enchevêtrement chaotique de formes bizarres. Il avait capté des reflets scintillants, des éclats métalliques, des couleurs pétillantes.

Et il avait eu peur. Avait éteint sa lampe et était redescendu en quatrième vitesse.

Et ça non plus, pas question de le dire à Singh.