Vague meurtrière - Lalie Walker - E-Book

Vague meurtrière E-Book

Lalie Walker

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Beschreibung

Un apprentissage de la peur et du courage !

Au coeur des marais de Brière se cachent bien des secrets et des dangers que Thomas et Julien n'hésitent pas à braver afin de sauver une petite fille tombée aux mains de dangereux trafiquants.
Au cours d'une nuit mémorable, portés par la force de l'amitié, les deux garçons vont faire l'apprentissage de la peur et du courage.
Dans ce récit d'initiation plein de suspense, Lalie Walker nous livre un roman policier mêlant les rebondissements aux questions de société, le tout avec un ton juste.

Aux côtés de Thomas et Julien, plongez dans un roman policier qui livre un récit d'initiation plein de suspense et de rebondissements tout en abordant des questions de société.

EXTRAIT

Au bout de quelques minutes, Thomas fait signe à Julien de se baisser. Les garçons se cachent derrière un épais tronc d’arbre. La flamme d’un briquet jaillit dans la nuit, et Julien manque pousser un cri en apercevant une petite fille assise sur le sol.
Thomas lui colle immédiatement une main sur la bouche. La retire lentement, une fois certain que Julien ne va pas les trahir. Les garçons scrutent la pénombre, espérant que l’un des hommes va allumer une cigarette.
Plusieurs minutes passent dans un silence étouffant. De temps à autre, ils perçoivent un mouvement dans les hautes herbes, sans doute un mulot ou une petite bestiole qui se faufile non loin d’eux.
Thomas fait signe à Julien de bouger et de le suivre. Il veut changer de cachette pour mieux observer les hommes qui, il en jurerait, sont des braconniers.
Une fois à l’écart, il murmure à l’oreille de Julien qu’il est à peu près certain qu’ils sont en train d’allumer un feu, très discrètement, à cause des gardes-chasses qui rôdent parfois la nuit.
— Mais comment tu sais tout ça ? s’étonne Julien.
— Parce que moi aussi je me promène la nuit dans les marais.
— Et ton père, il ne dit rien ?
Thomas hausse les épaules.
Il s’accroupit brusquement, en tirant Julien par une manche. Un petit bruit se fait entendre et Thomas manque d’éclater de rire. L’homme qui s’est rapproché d’eux ne l’a fait que pour se soulager la vessie. Il repart sans avoir remarqué la présence des garçons.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Un fort joli roman : amitié, fidélité, courage, un décor naturel fort joliment peint. Une lecture à conseiller à tous les jeunes lecteurs avides d'émotions et d'aventures (Nostalgie, nostalgie : le club des cinq s'était bien aussi ! Non ?) - Sylvaine, Babelio

À PROPOS DE L'AUTEUR

Née à Versailles, psychothérapeute de formation, Lalie Walker se consacre depuis l'an 2000 à l'écriture : romans noirs, polars, essais, scénarios… Lalie Walker vit à Nantes où elle anime des cafés littéraires et des conférences sur l'art, la folie et la fiction.

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Seitenzahl: 140

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Couverture

Copyright

COLLECTION

jasminnoir

1.

Casting mortel

Thierry Crifo

2.

Tempête sur la Belle Maria

Gildas Girodeau

3.

Vague meurtrière

Lalie Walker

4.

Hacking ! Hacking !

Jeanne Desaubry

Tous droits de reproduction, de traduction

et d’adaptation réservés pour tous pays.

© 2013Éditions duJasmin

Dépôt légal 3etrimestre 2013

www.editions-du-jasmin.com

Titre

L’auteur

L’auteur

Née à Versailles, psychothérapeute de formation, Lalie Walker se consacre depuis l’an 2000 à l’écriture : romans noirs, polars, essais, scénarios.

Lalie Walker vit à Nantes où elle anime des cafés littéraires et des conférences sur l’art, la folie et la fiction.

Pour plus d’information, aller sur www.laliewalker.com/NEW

Du même auteur

DU MÊME AUTEUR

Littérature pour la jeunesse

To the zoo and short plays, ouvrage bilingue, français-anglais (8-1o ans), Retz, Petits comédiens

Romans noirs

Aux malheurs des dames, Seuil, Point poche, 2012

Les Survivantes, Actes Sud, Babel noire, poche, 2012

Les enquêtes du commissaire Jeanne Debords, Gallimard, Folio poche

Pour toutes les fois, Gallimard, Folio poche

Portées disparues, Gallimard, Folio poche

N’oublie pas (T1), Gallimard, Folio poche

La Stratégie du fou (T2), Gallimard, Folio poche

Essais

Vivre le Rêve, La Martinière, 2007

Belle-mère, belle-fille, L’Archipel, 2005, 2012

Exergue

ÀSalomé Mizio,

Ma première lectrice,

Avertissement au lecteur

1

Il est 21h20 quand Thomas sursaute et manque d’avaler de travers. Toussant, il recrache son dernier morceau de pizza, avidement dévorée en regardant un épisode de sa série fétiche du moment :The Walking Dead. Un cadeau de son oncle, qui lui a offert l’intégrale en coffret.

Il tend l’oreille, inquiet.

Un cri terrible, suivi d’un autre encore plus déchirant, lui glace le sang. L’image de son père semble se matérialiser devant ses yeux, se déforme et vibre dans la pièce. Thomas secoue la tête, cligne plusieurs fois des yeux et lâche une salve de gros mots.

— Si, en plus, j’ai des hallus, bougonne-t-il pour briser l’étouffant silence qui règne chez lui.

Ça fait deux ans que son père a pris l’habitude de quitter leur maison, sans prévenir. En pleine nuit, passablement ivre, toujours armé d’un fusil et d’une colère qui ne trouve aucun exutoire. Alarmé, Thomas se lève, monte quatre à quatre les marches qui couinent méchamment, et se précipite dans la chambre paternelle. Vide, comme il s’y attendait.

C’est donc bien lui qui hurle en arpentant le marais en tous sens à la recherche d’un mystérieux assassin. Chasseur ? Braconnier ? Psychopathe ? Le mystère reste entier.

Deux ans auparavant, un inconnu a abattu Lara Darnac, la mère de Thomas. D’une balle dans le dos. Depuis, son père perd pied, boit beaucoup trop et passe tour à tour nerfs, impuissance et rage sur son fils. Entre deux verres, il rumine chaque jour sa vengeance, à en devenir fou.

Quand il s’énerve, Thomas encaisse les dérouillées en serrant les dents, conscient de l’état anormal de son géniteur. Mais l’envie le prend parfois de vouloir riposter, et de rendre coups de poing pour coups de ceinture. Ce n’est pas par désir de se battre, plutôt une réaction instinctive du corps et de l’esprit. Thomas n’en fait pourtant rien, car il adore son père.

Il a profondément enfoui son chagrin d’avoir perdu sa mère, une femme joyeuse et généreuse qui s’occupait de sa maison et peignait les paysages du marais de Brière. Une artiste qui savait toujours trouver un mot drôle ou réconfortant. Quelque part au fond de lui, Thomas a remisé, dans une sorte de grenier invisible, tous ses bons souvenirs. Pour ne plus souffrir. Mais ils sont toujours là, bien vivants, en attendant que Thomas se remette de cette épreuve et soit prêt à les accueillir de nouveau.

Un hurlement le tire brusquement de ses pensées.

Remontant le zip d’une épaisse parka rouge qui, en pleine lumière, accentue le noir de ses yeux et la blancheur de sa peau, il sent les larmes venir. Il renifle un coup, respire profondément, enfile ses bottes et sort de la maison.

Dehors, malgré le froid humide, Thomas se met en quête de son père pour le ramener, quitte à se faire enguirlander. Tant pis. Enfonçant les mains au fond de ses poches, il se dirige vers le canal le plus proche, qu’il longe, attentif aux bruits du marais.

Au bout de vingt minutes, ne voyant rien ni personne, Thomas en est à espérer que son père hurle à la lune, curieusement pâle cette nuit. Il l’espère et le redoute simultanément, car les cris paternels ressemblent à s’y méprendre à ceux d’une bête à l’agonie.

Thomas a déjà surpris son père qui, se croyant seul, tête renversée et poings levés au ciel, beuglait à s’en faire claquer les cordes vocales. Nuit après nuit, il pousse d’innombrables cris, tous plus effrayants les uns que les autres.

— À quoi ça peut bien lui servir ? se demande Thomas. Ça ne fera pas revenir maman…

La mort de sa mère a eu pour autre conséquence qu’oncles, tantes et grands-parents se tenaient à l’écart. Finis les repas du dimanche, les rires et les discussions ; terminés les fêtes, les blagues et les cadeaux. Amis ou famille, hormis Étienne, plus personne ne leur rend visite, chacun, à sa manière, cherchant à se remettre de la mort de Lara.

Thomas n’est pas dupe : plus personne ne supporte son père, sa colère, son désir de vengeance et son obsession pour le marais. Son bras nerveux, toujours armé. Leur maison transpire de solitude et de tristesse.

Thomas songe à ses copains, Julien et Mathieu qui viennent presque toujours dans le marais pour leurs vacances.

Ensemble, ils ont fait les quatre cents coups, construit des cabanes, pris une barque de pêcheur pour naviguer sans demander l’autorisation, plongé dans les canaux avec pour prétexte l’illusoire recherche d’un trésor perdu ; fait de folles courses à vélo ou effrayé la vieille épicière revêche, et lui ont même volé quelques bonbons.

Thomas a hâte de les retrouver pour les vacances, surtout Julien qu’il connaît depuis l’enfance. Avec lui, il partage une double passion pour les romans d’aventure et la nature. Julien est un artiste qui rêve à d’autres mondes. Mais surtout, et surtout depuis quelques mois, Julien a la plus jolie des sœurs. Marion, une fonceuse.

Thomas emprunte un sentier presque entièrement recouvert par les roseaux. L’impatience qu’il éprouve à revoir ses amis le fait accélérer, sans qu’il s’en rende compte. Ils lui manquent tant ! À l’école, ce n’est guère plus joyeux. Ses copains évitent de lui parler de sa mère ou de son père, et leur silence pèse une tonne. Seules les vacances lui apportent une vraie bouffée d’oxygène.

Thomas parcourt plusieurs centaines de mètres, sans rien voir ni entendre, hormis les craquements, clapotis, chuintements et bruissements habituels du marais. Malgré ce raffut nocturne, il lui semble qu’il règne un silence écrasant. Quasi anormal, bien que de courte durée.

Un beuglement le fait s’immobiliser.

Thomas tourne la tête de gauche à droite, tente de percer la nuit noire, en vain. À l’oreille, il se dirige vers l’endroit supposé du cri. Mal à l’aise, car même ivre de colère, son père ne pousse pas ce genre de cris, tels ceux d’une bête sauvage que l’on égorge.

Thomas n’ignore pas que les braconniers sont de retour, et qu’ils infestent le marais pire qu’un virus. Un nouveau hurlement lui donne envie de courir se réfugier chez lui.

— On se calme ! s’ordonne-t-il. Ça pourrait être n’importe quoi…

Il essaye de se rassurer, de trouver une logique à ces cris, mais son imagination l’emporte sur la raison.

Autour de Thomas, ce ne sont que canaux, eau dormante, roseaux et vie nocturne d’une faune dont il sait ne rien avoir à craindre. S’il part sur sa gauche, il arrivera à la cabane de Fredo, cet écologiste que ses ennemis appellent le Verdâtre.

Il hume l’air, frissonne et décide de pousser plutôt sur la droite jusqu’à la cabane d’un ami pêcheur, sorte d’oncle adoptif depuis la mort de sa mère. Étienne sait toujours où dénicher son père.

Pivotant sur ses talons, Thomas entraperçoit alors une curieuse lueur, à travers les filets de brume qui commencent à se matérialiser au-dessus de la terre gorgée d’eau à en devenir flasque.

— Comme des ectoplasmes…

Alors que sa voix s’éteint dans le silence de la nuit, Thomas ne peut s’empêcher de frémir. Le marais ne lui est jamais apparu aussi hostile.

La cabane d’Étienne est nichée à plus de vingt minutes de marche, et Thomas sent la fatigue et le désespoir lui tomber brusquement dessus. Debout depuis sept heures, il a nettoyé de fond en comble le garage qui sert de débarras. Leur maison se dégrade jour après jour, mais son père ne s’en préoccupe pas, trop obsédé par des questions sans réponses, et les fantômes qui peuplent le marais comme son esprit.

La brume se déchire par endroits et d’étranges formes, quasi surnaturelles, déambulent à travers les terres humides.

— Pourquoi tout paraît-il toujours plus lugubre et dangereux la nuit ? murmure-t-il.

Un terrible sentiment de solitude s’empare de lui. Abattu, Thomas décide de rentrer.

De toute façon, qui mieux que son père finit toujours par retrouver son chemin dans les marais ? À part Étienne ? Personne. Même Thomas, qui a pourtant grandi ici, arrive encore à se perdre, la nuit surtout, quand les brumes modifient le paysage, à la manière des mirages en plein désert.

Rebroussant chemin, Thomas entraperçoit de nouveau cette curieuse lueur qui ondoie au-dessus des roseaux, et se met à trembler d’une manière incontrôlable. À travers les nuages de brume, des lueurs vert et jaune clignotent, donnant l’impression qu’une horde de spectres a envahi le marais.

Happé par les lueurs, il commence à se diriger vers elles, comme s’il n’était plus maître de lui-même. Paniqué, Thomas se mord la main pour ne pas crier, sent ses dents pénétrer la peau, gémit de douleur, se réveille brusquement de sa transe et détale.

Sans se retourner, il court à perdre haleine, les poumons en feu, l’image immatérielle de sa mère, vêtue de voiles vert et jaune qui virevoltent au vent, lui martelant l’esprit.

2

En entrant chez lui, Thomas a un hoquet de surprise.

— Te v’là enfin ! s’exclame son père.

Grand, amaigri depuis qu’il boit trop, les cheveux poivre et sel, le visage rugueux et marqué, Romain Darnac fusille son fils d’un regard noir, bien qu’en cet instant vitreux de fatigue.

— T’as vu l’heure ?

— Hé, p’pa, c’est les vacances, répond légèrement Thomas, néanmoins sur ses gardes.

— Ah ouais… réplique son père, d’un ton pâteux. Et ça t’autorise à faire l’andouille dans le marais ?

Thomas retire ses bottes et son blouson, et sent son cœur s’emballer.

Son père a sa voix des mauvais jours.

Ce qu’il ignore, ce que Thomas n’est même pas en mesure de s’imaginer, c’est que, depuis la mort de son épouse, Romain vit la peur au ventre. Le marais lui a pris sa femme, et il redoute de retrouver son fils lui aussi mort d’une balle perdue. Volontairement ou non, Romain n’en sait toujours rien. L’assassin de sa femme l’a-t-il tuée accidentellement ? Avant de disparaître, car trop lâche pour assumer. S’agit-il d’un malade mental ou d’un criminel en vadrouille dans la région ? Romain n’a aucune réponse, et ça le rend complètement fou.

L’enquête s’est soldée par un dossier qui repose sur le bureau d’un fonctionnaire de police, lequel a sans doute d’autres chats à fouetter. Comme de s’évertuer à vouloir ramener la paix entre chasseurs et écologistes. Un combat que Romain juge d’ores et déjà perdu.

La Brière est un monde à part, isolé du reste de la civilisation. Le marais attire désormais les touristes, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Les vieilles familles briéronnes bénéficient d’un statut très particulier depuis leXVesiècle. Grâce à un décret royal du temps où rayonnait le duché d’Anne de Bretagne, et sur lequel aujourd’hui encore chacun veille mieux que sur la prunelle de ses yeux.

La famille Darnac a emménagé à Saint-Joachim cent cinquante ans plus tôt. L’arrière-grand-père de Romain s’est battu pour se faire accepter par les Briérons, toujours rétifs à l’arrivée d’un étranger. Le marais bruisse de secrets de famille, de fiertés ancestrales défendues aussi bien par les armes que par les machinations.

Toutefois, Romain doute qu’un Briéron ait pu tuer sa femme, ou qu’un chasseur ait pris la fuite, après avoir tiré accidentellement sur elle. Il penche plutôt pour un braconnier ou un cinglé. Et, au fond de lui, Romain est persuadé que l’assassin de sa femme était toujours là. Tapi dans les marais.

Alors, deux ans plus tard, Romain rumine sa vengeance, nuit et jour, mais surtout la nuit, traversant cette Brière qu’il aime et haït par-dessus tout.

Chaque nuit depuis le décès de sa femme, Romain se rend au cimetière pour y hurler à la lune son chagrin et sa douleur. À en perdre le souffle et la voix, et l’espoir de retrouver le meurtrier. À en perdre aussi la raison.

Mais de tout ça, Romain ne dit rien à son fils, et se contente de l’engueuler, espérant ainsi le faire tenir tranquille.

— Tu traînais avec ta bande de débiles, hein ?

— Qui ?

Thomas déteste que son père insulte ses amis.

— Julien et l’autre taré, là… Mathieu.

— Bonne nuit, p’pa, lance Thomas en évitant de s’approcher.

— Tu n’crois tout d’même pas que tu vas t’en tirer comme ça !

Thomas se tend comme une corde.

Son père se lève, vacille et retombe sur sa chaise, l’air hagard. Thomas souffle, il vient d’échapper à une rouste. Sans demander son reste, il file dans sa chambre, et s’y enferme à clé. Regardant longuement la serrure, Thomas songe qu’il doit se protéger de la personne qu’il aime le plus au monde, son propre père, et se couche les larmes aux yeux.

Puis il se calme, en pensant au lendemain, à ses copains qui arrivent, et à la belle Marion.

3

En cette fin d’après-midi, un soleil pamplemousse colore l’île de Fédrun à Saint-Joachim, où la famille Perez passe ses vacances. Cela fait dix ans qu’ils viennent dans les marais de Brière. Pourtant, les gens d’ici les considèrent toujours comme des touristes. Des étrangers, qu’ils regardent parfois d’un sale œil.

Il est presque 16h30 quand Julien sort en courant de la maison, pour retrouver son ami Thomas.

— On prend les vélos ? demande Julien.

— Ça marche.

Les deux garçons se dirigent vers le garage. À l’intérieur, il fait noir comme dans un four. Julien saisit la lampe torche que son père laisse toujours sur le meuble, juste à côté de l’entrée. Puis il traverse rapidement le garage, pour appuyer sur l’interrupteur, proche de l’entrée qui donne dans la cuisine.

— Waouh ! s’exclame Thomas, la planche de folie !

— C’est à ma sœur, son cadeau d’anniversaire, explique Julien en se précipitant vers les vélos.

Julien déteste les garages et les caves. Et encore plus les placards qui bâillent la nuit, quand il se réveille en sursaut d’un cauchemar. On dirait des bouches édentées, énormes comme un puits sans fond, prêtes à le dévorer et à l’avaler. Julien a essayé de se raisonner, en vain. Il s’endort encore avec la lumière allumée.

— Thomas, tu viens ? s’impatiente-t-il.

— Tu crois qu’elle me la prêterait ?

— Marion ? Tu rigoles ? Sa planche, c’est plus précieux que sa vie.

Thomas est sur le point de lui demander si sa sœur est là, mais s’abstient. La timidité l’en empêche. Il se traite de lâche, mais rien n’y fait.

— Et toi, s’enquit Thomas, tu vas avoir quoi pour ton anniversaire ?

Pour ses treize ans, Julien a demandé un télescope. Si Marion est passionnée par les fonds marins, Julien rêve de ciels, de Voie lactée, d’étoiles du fin fond du cosmos et de peuples à découvrir. Marion veut faire de sa passion un métier. Au contraire de Julien qui désire seulement profiter du plaisir de la découverte, et des rêveries qu’il tisse d’une planète à une autre. Entre les deux, leurs parents ancrent leur présent dans la terre ferme des Pays de la Loire.

— Mais géant, et super précis, explique-t-il. Un truc de fou, comme t’en as jamais vu !

Thomas sourit.