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"Un enfant qui s'embarque est un enfant perdu" avait coutume de dire la mère du jeune William à son fils. Pourtant à l'âge de quinze ans et huit mois, le jeune garçon décide de s'embarquer en cachette de ses parents à bord du "Tonnerre", un navire de contrebande, sous le commandement du Capitaine Efflam Trégor, dit "le Dragon". Cet aventurier expérimenté le prend alors sous son aile, le forme au métier de marin et lui enseigne tous ses secrets et ses ruses de vieux pirate. Plus tard, le jeune William sillonnera les Caraïbes, luttant contre les pirates sanguinaires et les conquistadors espagnols avides d'or et de richesses et grands massacreurs d'indiens. Il deviendra alors le fameux Ventre Jaune, l'Archipirate dont le nom claque comme un étendard et la tête mise à prix dans tous les ports et repaires de flibustiers du Nouveau Monde et attirera toutes les convoitises.
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Seitenzahl: 99
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Je sème dans mes récits des souvenirs pour demain...
A mes Seigneurs de l’Ile de France Côme, Gustave et Pablo... Leur ami,
Ventre Jaune “Archipirate”
Chapitre 1 : Souvenirs de jeunesse et premières aventures
Chapitre 2 : La naissance de Ventre Jaune
Chapitre 3 : Le trésor du Gouverneur
Chapitre 4 : Le Peuple du sel
Chapitre 5 : El Dorado
Chapitre 6 : Les Arawaks
Chapitre 7 : Le San José
Chapitre 8 : Pikfeu
Chapitre 9 : La Saperlipopette
Chapitre 10 : Le Sörm
Chapitre 11 : “La isla aùlla” la montagne qui hurle
Mon nom est William del Pirow.
Né d’une mère anglaise et d’un père italien. Elevé à Paris dans l’entourage de la cour royale, mon destin était tout tracé : je devais m’engager dans l’armée royale, mon père me transmettrait sa charge d’officier du Roi et mon avenir serait assuré. Mais j’avais d’autres projets que de m’enrôler dans un régiment appelé à guerroyer selon les caprices d’un Roi. Mon père m’avait nourri d’histoires de pirates, de voyages et d’aventures extraordinaires. Son rêve secret était d’être marin et de parcourir le monde. La maison était remplie de maquettes de galions, de goélettes, de frégates, de cartes marines et de récits d’explorateurs. Je dévorais tous les livres qui évoquaient ces héros, coureurs des mers sillonnant les océans, prêts à tout pour ouvrir des voies au risque de leur vie, afin de repousser les limites de l’univers connu et découvrir des continents, fonder des compagnies, des comptoirs ou des colonies.
Je renonçais donc à cet avenir que l’on avait écrit pour moi. A l’âge de quinze ans et huit mois je m’embarquais à St Malo comme mousse à bord du “Tonnerre“, un navire de contrebande, à l’insu de mes parents qui m’avaient envoyé en vacances chez un oncle. J’ai dû causer le grand désespoir de ma mère, elle qui me disait toujours quand elle me voyait lire un de ces livres de pirates: “un enfant qui s’embarque est un enfant perdu“.
Je partis donc à l’aventure pour plusieurs années avec le Capitaine Efflam Trégor, surnommé Trégor le Dragon en raison d’une légende dans laquelle Efflam, le fils héritier du roi d’Irlande avait sauvé son cousin le roi Arthur des griffes d’un dragon. Ce capitaine aventurier breton dont la devise était “Mervel da vevañ” (Mourir pour vivre) me prit sous son aile et me forma sans ménagement à l’apprentissage de la mer. Je passais cinq années auprès de cet homme juste mais qui savait être cruel quand un marin avait désobéi à ses ordres, au prétexte que chaque erreur pouvait mettre des vies en danger. Je l’ai vu punir de plusieurs coups de chats à neuf queues des marins qui pourtant s’étaient fait tatouer un crucifix sur le dos pour faire fléchir leur bourreau. Rien n’y faisait. Il était imperturbable et continuait le supplice jusqu’à ce que le nombre exact de coups requis soit atteint.
Quelques cinq années plus tard nous avions sillonné les Caraïbes, attaqué maints galions espagnols, rançonné des navires négriers, coulé quelques navires pirates bien chargés en coffres d’or ou en barres d’argent. Le “Tonnerre” commençait à avoir une réputation qui le faisait craindre, mais surtout qui attisait la convoitise des chasseurs de prime. Nous aurions dû nous faire oublier quelques mois, mais Trégor ne voulut rien savoir, il se croyait invincible…
Jusqu’au jour où…
C’était le 2 janvier, je m’en souviens car c’était le jour de mon anniversaire, le jour de mes vingt ans. Le Capitaine m’avait promis une belle fête pour cette occasion. Je dormais dans mon hamac, lorsque je fus réveillé par des cris et des chocs violents sur le pont. J’eus à peine le temps de me dresser sur ma couche, plusieurs boulets fracassèrent les flancs du bateau qui se mit à craquer de toutes parts. La porte de ma cabine s’ouvrit brusquement laissant apparaître la silhouette échevelée du Capitaine. Il se précipita vers moi et m’empoigna fortement par l’épaule :
- Suis-moi vite Petit, les espagnols nous ont cernés, il faut profiter des fumées pour filer !
Il m’entraîna sur le pont où j’assistais à une scène indescriptible de confusion et d’horreur, comme un terrible orage dont le vacarme assourdissant qui serait rythmé d’éclairs incessants, portant la mort dans chaque éclat et projetant sur le sol les victimes de sa colère. Des torrents de sang teintaient le pont... Des espagnols armés arrivaient de toutes parts, l’odeur de la poudre me piquait les yeux. Nous étions près de la chaloupe arrière lorsqu’un énorme filet tomba sur nous et nous immobilisa au sol.
- Nous tenons votre Capitaine, rendez-vous !
Le combat cessa aussitôt. Un silence glacial succéda à l’ambiance frénétique des combats.
Je me souviens de ce détail insolite : j’entendais le toc-toc que faisaient les gouttes de sang des victimes en tombant sur le pont. Le crissement d’une poulie, nous sentîmes notre filet s’élever d’un mètre et j’aperçus le visage grimaçant du maître d’équipage qui incendiait Efflam, front contre front. Je voyais les yeux noirs de mon capitaine, ils crachaient des étincelles.
Jamais personne n’avait osé lui parler de cette façon.
- Maudit pillard, je te tiens enfin, je vais te faire manger ton nez et tes oreilles jusqu’à ce que tu nous dises où tu as caché tes trésors....
Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que le bras du Dragon sortit du filet et plus rapide qu’un serpent lui planta sa dague en travers de la gorge. Un coup de feu retentit, touchant Efflam.
Le Capitaine n’avait pas eu le temps de secourir son second qui affaissé sur le pont rendait déjà son dernier soupir :
- Maudite vermine, j’espère que tu resteras vivant jusqu’à ce qu’on t’amène à El Castillo, où nous saurons te faire avouer tes secrets !
Nous fûmes chargés sans ménagement dans une grande pirogue. Efflam respirait doucement. Nous étions compressés à l’intérieur de notre filet. Après plusieurs heures rythmées par les ahanements gutturaux des rameurs, j’entrevis l’estuaire d’un large fleuve. Un jeune homme d’une taille impressionnante se pencha sur moi et me souffla dans un mauvais espagnol :
- C’est le Rio San Juan. Ils vous emmènent à El Castillo, sur l’île d’Ometepe au milieu du lago Colcibolca, commandé par le Gouverneur Hernan Cortès. C’est lui qui vous a fait prisonnier, il n’y a pas plus cruel et sanguinaire, il terrorise le pays.
Il se recula rapidement, un des marins espagnols s’approchait pour verser quelques gouttes d’eau sur nos lèvres :
- Juste quelques gouttes pour que vous ayez encore la force de nous révéler vos secrets !
Nous avons remonté ce fleuve pendant un temps qui me parut une éternité. Je les ai entendu chasser un poisson qu’ils nommaient tarpon et qu’ils jetaient dans la pirogue. C’était un poisson énorme que je voyais à travers les mailles du filet. Il se débattait avec une force incroyable jusqu’à ce que l’un des marins lui enfonce son poignard à l’arrière du crâne. Ils le découpaient et mangeaient sa viande crue. Ils nous confectionnèrent des boulettes qu’ils agrémentèrent sans doute d’un puissant soporifique puisque nous nous sommes endormis aussitôt.
Des secousses me réveillèrent. Nous étions toujours suspendus dans notre filet, mais cette fois accrochés à une longue perche portée sur les épaules de plusieurs hommes. Le jeune homme qui m’avait parlé était là, à quelques mètres de ma tête. Il s’adressa à moi à voix basse :
- Ton Capitaine est mort pendant la traversée de la forêt. Il m’a confié qu’il avait caché son trésor dans les mines de sel de Zipaquira près de Bogota en Colombie. C’est un lieu très dangereux, une grotte munie de nombreuses galeries où tu pourras leur échapper facilement. Il m’a demandé de te protéger et de t’aider. Je suis moi-même esclave de ces espagnols. Je m’appelle Poe. Ils ont massacré ma famille. Je les hais !
Un cri l’interrompit. Notre filet fut violemment jeté à terre, et éventré par les couteaux de nos geôliers.
- Malédiction ! s‘exclama l’un d’eux, le vieux est mort ! Que fait-on du jeune ?
- Les chats morts ne miaulent plus ! Vous savez quoi faire, répondit laconiquement Cortès.
- Attendez, dit Poe, j’ai entendu le vieux parler au jeune avant de mourir, il a dû lui indiquer le lieu du trésor.
L’espagnol s’arrêta, sembla réfléchir en se grattant la tête et roulant les yeux qu’il avait petits et cruels, s’adressa à ses hommes :
- Jetez-le dans le canot, je m’en occuperai personnellement au château. Quant au vieux, on fera un cadeau aux requins en espérant qu’ils ne s‘empoisonneront pas avec cette charogne !
Satisfait de son humour il ricana et nous tourna le dos.
Je fus balancé sans ménagement au fond de la barque où je tombais sur le cadavre de mon cher Efflam et la pirogue s’éloigna du bord. Quelques instants plus tard, deux marins empoignèrent Trégor le Dragon et le jetèrent dans les eaux sombres du lac. Les eaux se mirent à bouillonner à l’endroit où était tombé le corps de mon ami. Les ailerons des requins bouledogues ne tardèrent pas à filer le long de la coque de notre embarcation. Des gerbes d’eau rougie nous aspergeaient accompagnées de craquements sinistres. Même les marins espagnols étaient restés muets, atterrés devant ce spectacle effroyable qui donnait froid dans le dos. Ils reprirent leurs rames en silence. Personne ne parlait, chacun repassait dans sa tête les images de ce festin sauvage.
Arrivés sur l’île d’Ometepe, on me jeta dans une cellule humide du château. J’entendais dehors les rires des marins occupés à faire ripaille pour fêter leur retour. Je n’eus pas à attendre longtemps, une clef tourna dans la serrure et une brute me saisit par le cou et me traîna dans la cour du château. Je fus allongé torse nu au sol, sur le dos et solidement attaché par les bras et les jambes. Un feu imposant avait été allumé. Un homme tenait au-dessus des flammes ce qui ressemblait à une grande louche dont le métal était rougi par les flammes. Sur un ordre de Cortès l’homme s’approcha de moi avec son outil fumant.
- Tu vas nous raconter ce que tu sais sur l’endroit où Trégor a caché son butin. Et pour te convaincre qu’on ne plaisante pas on va te faire découvrir le goût de l’or, puisque c’est pour ce métal que ton capitaine et toi avez pillé tant de nos bateaux.
Et avant que je puisse lui répondre, le marin me versa sur le ventre une coulée d’or en fusion. Je hurlais de douleur pendant que les flammes bondissaient sur mon ventre en dégageant une odeur de viande grillé. Au moment où l’homme allait verser une deuxième coulée de métal un immense éclair embrasa le ciel, la terre se mit à trembler, les murs du château vacillèrent, le grondement des coups de tonnerre couvrirent les hurlements des hommes surpris par ce déluge de feu.
Je fus submergé par une violente douche froide. A travers le liquide qui troublait ma vision je reconnus Poe qui venait de me verser un seau d’eau pour éteindre le brasier qui me dévorait les entrailles. Il se pencha sur moi, me jeta sur son dos de colosse et m’entraîna en courant sur ses épaules. Je n’eus que le temps d’apercevoir les immenses flammes qui jaillissaient du volcan au-dessus du château et les nuages d’étincelles qui retombaient lentement comme des centaines d’étoiles lumineuses.
J’ouvris les yeux, j’étais allongé dans une vaste cathédrale lumineuse. Une nef immense éclairée par des rayons d’un vert presque fluorescent soulignait le rythme des nervures qui structuraient la partie supérieure de la voûte. Quelque part un chœur de femmes entamait une litanie mélancolique.
- William… William… Réveille-toi !
