Vestige of Memories - Cindris Azeria - E-Book

Vestige of Memories E-Book

Cindris Azeria

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Beschreibung

Nélia Gillen est une scientifique spécialisée dans les recherches sur les vies extérieures et les univers. Alors qu'inlassablement un rêve se répète; la mort violente d'un homme dont elle ne connait pas le nom, cette dernière réussira à y établir un lien avec ses recherches. Elle prend ainsi la décision d'entreprendre un long voyage pour comprendre cette étrange vision et se retrouvera à Platinium, un monde bien différent du sien. Elle y rencontrera trois Gouverneurs, y compris l'homme qu'elle avait déjà perçut dans ses rêves, et mènera alors un lourd périple semé d'embuches à l'aide d'un homme renard qui lui sera d'une grande aide. Grâce à l'aide de ces personnes, Nélia devra affronter les différentes créatures qui arpentent ce monde et la population furieuse contre elle, étrangement dirigée par des forces supérieures.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Merci aux gens qui lisent ce livre et à ceux qui m'ont permis de développer mes idées !

Sommaire

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

Chapitre 39

Chapitre 40

Chapitre 41

Chapitre 42

Chapitre 43

Chapitre 44

Chapitre 45

Chapitre 46

Chapitre 47

Chapitre 48

Chapitre 49

Chapitre 50

Chapitre 51

Prologue

Les sirènes volaient en éclats. Elles emplirent l’espace d’un chant aigu et sinistre. Les murs blancs du laboratoire se tintèrent de bleu et de rouge. La scène était d’une immondice à regarder. La foule s’agglutinait comme un troupeau de cochons, sans pour autant oser passer la bande de balisage qui délimitait la zone.

Parmi ces personnes, un homme fixait le corps sans vie de la jeune femme. Il la reconnaissait.

Ces mêmes traits.

Son visage de porcelaine, sa peau pâle. Aujourd'hui son teint était encore plus cadavérique. Ses longs cheveux roux étaient tout emmêlés, et ses yeux, d’un vert émeraude autrefois éclatants d’une joie de vivre, n’étaient que terne. Vidés de toute présence d’âme.

L’homme resta immobile. Son cœur se serra douloureusement, et son estomac fut pris d’une douleur incomparable à nulle autre. On aurait dit que des fils de fer se plantaient et s’enroulaient dans ses entrailles. Il suffoquait de l’intérieur. Aucune larme ne vint. Sans doute cette vision de Cynthia était-elle encore trop inimaginable à ses yeux.

Pourtant, il sentit un gouffre immense s’ouvrir dans sa cage thoracique, comme si quelque chose l’aspirait vers un autre monde. Le sang assombrissait l’épaisse couche de poudre blanche en dessous d’elle.

Aussi effroyable que cela puisse paraître, il toisait avec désarroi et incompréhension le corps inerte de sa femme. Elle avait succombé au néant sombre que l’on appelait la mort.

Ces mots claquèrent comme une détonation lointaine. Une bombe, immense, qui bousculait ses pensées avec violence, rasant tout sur son passage d’une déferlante de haine et de questions : « Elle est morte, monsieur Gillen. »

Son cerveau, pourtant capable de penser aux choses les plus tordues, ne savait guère où donner de la tête. Comment sa femme s’était-elle retrouvée dans un tel état ? Pourquoi ? Qui l’avait poussé à faire une chose pareille ? Et leur fille ? Elle n’aura plus sa mère. Comme si soudainement il se rendait compte de la catastrophe, un affreux sanglot étranglé passa le pas de ses lèvres, s’en allant à travers une épaisse panache blanche.

Puis un autre.

Et encore un.

Son cœur martelait sa cage thoracique, son corps était prit de violents tremblements. William s’écroula lourdement sur les genoux, une main sur son cœur. Il avait terriblement mal.

Il continua ainsi de pleurer plusieurs minutes, ses sanglots décuplèrent d’ardeur. Il se rendait compte, de plus en plus, de ce qu’il venait tout juste de perdre.

Elle et lui étaient deux grands scientifiques de renom. William était spécialisé dans les recherches contre les virus mortels, et Cynthia dans les recherches sur le multivers.

Elle était passionnée par la vie extraterrestre, rien que le fait de penser que d’autres civilisations peut-être plus avancées que la leur la remplissait d’une excitation incomparable. Elle s’était même découvert une passion pour une dimension du nom de Platinium. Il aimait regarder les dossiers qu’elle faisait.

Il se souvient même s’être disputés à ce propos. Pas plus tard qu’il y a une semaine, d’ailleurs.

Les Dimensions existent bel et bien. Elles se croisent et s’entrechoquent sans même que personne ne s’en rende compte. Elles obéissent toutes à cette même loi ; celle de se croiser sans se percevoir, de traverser le monde sans se détruire. Un peu comme des fantômes. Mais que se passerait-il si jamais une de ces dimensions ne respectait pas cette loi primaire ?

Chapitre 1

Nélia s’étira, laissant sa colonne vertébrale craquer. Elle attrapa soigneusement son carnet, puis son stylo. Elle tendit ensuite une main et alluma une caméra, bien installée sur son bureau. Nélia l’observa un moment et se racla la gorge en s’avançant sur sa chair en cuir.

La lampe de son bureau éclaira la pièce d’une timide lumière blafarde. Ses cheveux roux étaient emmêlés et retombaient en cascade sur ses épaules. Ses grands yeux noirs transpercèrent la caméra. Elle ne souriait pas, son expression froide et sévère laissait simplement la fatigue s’immiscer sur ses traits de jeune femme.

— Je m’appelle Nélia Gillen. Pour ceux qui tomberont sur ces cassettes et que ne me connaissent pas, je suis scientifique au laboratoire de Pléiades. J’ai vingt-six ans, et il y a un an de cela, j’ai entrepris le plus grand des voyages. Un voyage que vous ne connaîtrez jamais, qui dépasse l’entendement.

Elle ouvrit lentement le carnet. Celui-ci était taché d’encre, gribouillé de vieux dessins. Quelques feuilles s’éparpillèrent sur le bureau lorsqu’elle tourna une des pages de ce dernier.

— Il y a aussi un an de cela, j’étais assise sur ce même siège, à chercher comment entreprendre mon voyage. (Un petit sourire canaille s’empara de ses lèvres. Il ne dura qu’un court instant.) Je me souviens. J’étais excitée comme une puce. Parce que j’étais arrivée au bout de mes recherches.

Nélia se décala, laissant place à l’immense tableau en verre qui trônait derrière elle. D’innombrables calculs étaient dessinés au marqueur noir. C’était un brouillon quasiment illisible.

— Il y a un an, j’ai commencé à faire des rêves étranges. Qui m’empêchaient de dormir. Et ces rêves se répétaient sans cesse. J’étais en proie à de nombreuses insomnies, tant ils étaient affreux. Et devinez quoi ? C’était toujours le même. Il est revenu des nuits et des nuits d’affilées. À l’époque, je travaillais sur les Dimensions, et en m’y penchant, j’ai osé croire que ce rêve pouvait provenir de l’une d’elles. Il s’est avéré, qu’après de nombreuses heures de tests fondés sur moi-même, mon hypothèse s’était confirmée. (Elle ricana.) Bon dieu, je me souviens encore de l’excitation que j’ai ressenti à ce moment-là. Il y a un an, je me préparais à partir vers ce monde inconnu.

Elle se leva, attrapa la caméra entre ses mains, et étira ses lèvres en un large sourire de fierté se montrant à la fois elle et une grosse machine creuse en acier.

— Vous voyez ce petit bijou ? C’est un portail inter-dimensionnel. Il permettait le passage de ma Terre à un autre monde. Un seul seulement. (Elle se tourna vers celui-ci en baillant.) Je m’apprêtais justement à le démonter. Il prend la poussière ici. Ces matériaux me serviront pour d’autres trucs.

Nélia posa la caméra sur son bureau. On la voyait s’attacher les cheveux en tenant un tourne vis dans sa bouche. Elle était fine et pâle, semblable à une poupée de cire.

— Vous savez, reprit-elle en ouvrant le boîtier électronique, je ne pars plus sur des recherches qui dépassent l’entendement de la puissance du cerveau humain. J’ai appris que la Terre sur laquelle nous vivions était le plus précieux des bijoux. Avant de s’intéresser à ce à quoi pourraient ressembler les vies extraterrestres, il faudrait que l’on arrive à protéger notre propre monde. C’est vrai quoi, nous sommes en 3 445, et la famine n’est toujours pas réglée. Vous voyez où est le problème ? Nous sommes inégalitaires. Avant de se frotter aux adultes, nous devrions nous assurer d’être capables de rivaliser. Personne ne sait ce qu’il pourrait se produire, à notre Terre. (Elle leva un regard accusateur à la caméra.) Qui sait, peut-être que nous avons déjà, et sans nous en rendre compte, frôlé la catastrophe ? Mh ?

Nélia grimaça en retirant vivement sa main. Elle lâcha un juron de douleur. Elle venait de se prendre un coup de jus. La jeune femme secoua la tête en grognant et reprit sa manœuvre.

— Je rêvais d’un homme. Incroyablement beau en passant, qui mourrait. J’étais toujours spectatrice de sa mort, je n’arrivais pas à l’appeler ni à l’empêcher de descendre ses escaliers. (Elle chantonna un petit air de musique en retirant un étrange mécanisme du boîtier.) Je le voyais se réveiller après avoir entendu le bruit d’une explosion. Il se levait en sursaut, et dévalait les escaliers rapidement. Il était ni trop grand ni trop petit. Je le suivais, je l’appelais sans connaître son prénom. Mais il ne m’entendait pas. Et toutes les nuits, je le voyais ouvrir la porte de sa maison. Toutes les nuits je le voyais se faire porter par le souffle fort et brûlant de l’explosion.

Elle disparut du champ de vision de la caméra, avant de revenir avec une boite à outils. Nélia retira sa blouse blanche et s’étira à nouveau.

— Le souffle l’embarquait, lui et les murs de sa maison. Il a cogné un autre mur si fort, qu’il en est mort sur le coup. (Elle bâilla.) Et ça, près d’une dizaine de nuits d’affilées. Je vous avoue que les deux premières fois, cela ne m’avait pas tant interpellé que ça. Pour moi ce n’était qu’un simple rêve. Mais lorsque ça a continué, j’ai fini par ne plus vraiment oser dormir. Et quelque temps après, lorsque je tombais contre mon gré dans les bras de Morphée, et que ces rêves continuaient, j’avais comme l’impression d’être chez moi. Ce lieu me paraissait familier, et j’ai commencé à me sentir mal vis-à-vis de ce garçon que je voyais.

Elle tira légèrement et retira une plaque de métal, qu’elle balança machinalement au sol sous de petits sons stridents.

— Alors quand j’ai découvert que ce rêve représentait bel et bien une dimension, j’ai été hors de moi. C’était magique, impensable même. En fait, encore aujourd'hui je ne pourrais décrire la joie qui m’avait animée ! Donc je me suis dit : Nélia, lance-toi et vas-y. Découvre ce qu’il s’est passé. Rencontre cette autre civilisation, demande leur des informations sur ce rêve, et apprends. Je voulais absolument découvrir tout ce qui pouvait exister en dehors de notre planète. Je voulais révolutionner le monde de la science. Parce que personne d’autre à part moi ne l’avait fait. Et d’ailleurs, je pense encore être la seule à l’avoir fait ! Et comme une égoïste, j’ai préféré le garder pour moi. Jusqu’à aujourd'hui. Les petits chanceux qui tomberont sur cette cassette, vous êtes les heureux élus ! Je n’ai pas de photos ou de vidéos pour vous prouver que mon discours est vrai. Je n’ai que mes souvenirs pour vous distraire. Et je jure, sur le monde dans lequel je suis allée, que les faits de cette histoire sont réels. Je ne dirai que la stricte vérité, au détail près.

Nélia s’approcha de la caméra et l’essuya de la manche de son pull, en souriant légèrement. Ses fossettes se marquèrent.

— De toute façon, la vérité est subjective. Vous êtes libres de croire ce que vous voulez croire. Moi je ne suis là que pour vous montrer une certaine voie. À vous de voir ce que vous voudrez faire. J’ai longtemps hésité à en parler, vous savez. Mais l’histoire doit perdurer dans le temps.

Elle se mordit faiblement la lèvre, l’âme emplit d’une excitation feinte.

— Alors installez-vous confortablement. Je vais vous raconter une histoire. Une bien longue histoire. Et enfin, je m’en irais l’esprit tranquille.

Et j'étais loin. Très loin de me rendre compte de ce que j'allais vivre.

Mes chers Gouverneurs, mes chers souvenirs. À vous. Cette histoire qui aura été la nôtre.

Chapitre 2

— Je veux à tout prix savoir comment elle est arrivée ici !

La première voix, masculine, parut à Nélia s’élever dans le lointain. Le corps de Nélia était tout flasque, ses muscles douloureusement engourdis.

— Allons Théo, il nous suffit juste d’attendre qu’elle se réveille.

Cette deuxième voix, plus calme cette fois, semblait se rapprocher. Ses yeux peinaient à s’ouvrir mais un étrange sentiment de légèreté s’était emparé d’elle.

— Je suis du même avis que Théo, c’est trop chiant d’attendre !

Et cette troisième voix claqua, résonnant dans tout l’être de cette dernière. Son corps se réveillait, d’une lenteur ahurissante. La pièce sentait le vieux thé chaud. La deuxième voix se mit à rugir :

— J’envoie valser contre le mur le prochain qui aura le culot de m’appeler Théo !

Le chaos qu'avait causé l'arrivée de la scientifique mettait tout le monde à fleur de peau. Elle n'était pas en droit d'être ici, nul ne sachant comment elle aurait pu réussir à y mettre les pieds.

— Tss, elle tache notre sol. Son sang souille la pièce. (C’était encore la voix du premier homme, il paraissait hautain.) Ça me donne envie d'en finir avec elle maintenant, j'ai la dalle.

— Gouverneurs, est-il bon de la garder ici ? Nous devrions la mettre au cachot. Ou directement dans la prison adaptée ! s'exclama une autre voix, cette fois féminine.

— J’ordonne à ce que l'on attende son réveil ! soupira le deuxième homme, visiblement agacé. (Il avait cogné la table du poing.) S'il vous plaît, calmez-vous tous ! reprit-il plus calmement. Qu'on en sache un peu plus d'abord. C'est la seule solution pacifique que nous possédons pour l'instant. Profitons-en. Proclamer qu’elle se réveille plus tôt n’arrangera en rien la situation. Patience.

Le corps de Nélia sembla s’animer, faiblement. Cette sensation d’être dans le brouillard s’en allait doucement. Et la réalité des faits lui revint en mémoire. Elle se rendit compte qu’elle ne touchait pas le sol. Pourtant, rien ne l’attachait à quoi que ce soit. Ces voix lui étaient parfaitement inconnues, elle distinguait trois hommes. Peut-être même étaient ils plus, vu l’agitation qu’elle pouvait entendre tout autour d’elle.

— Où suis-je... ?

Ces mots lui arrachèrent une douleur fulgurante à la mâchoire, mais elle n'eut pas la force de s'exclamer dessus. Elle ouvrit lentement les yeux, sa vision d’abord troublée. Elle avait l’air d’une petite fille perdue.

— Vous êtes à Platinium, une dimension extérieure à la vôtre. (C'était à nouveau la deuxième voix, plus adoucie.) Nous voulons savoir comment vous êtes entrée ici.

Nélia fronça les sourcils et papillonna des yeux un moment avant de reprendre une vision plus claire. Son cœur rata un battement et elle se figea instantanément.

— Vous ?! Mais que… Non ! Comment ça ? Par quel miracle… ?

Son esprit se mit automatiquement en mode alerte. L’homme face à elle devait être mort. Pourquoi était-il encore vivant ?

— Adressez-vous donc à nous d’une autre manière, vous nous devez du respect ! (Le plus jeune s'était levé précipitamment.) Je crois que vous ne savez pas à qui vous parlez, changez donc de ton !

— On se connaît ?

Le troisième s'était à son tour levé, deux mains contre la table.

Nélia ne sut quoi répondre, se demandant comme cela se faisait, qu’il soit ici. Ses plans tombaient à l’eau.

— Vous étiez mort ! souffla Nélia d’un air perdue.

— Et bah, nous sommes vivants ! Est-ce une menace ?

— Je m’adresse uniquement au plus jeune ! s’empressa-t-elle de signaler en haussant les sourcils.

Ça y est, la panique commençait à la gagner. L'homme qui était la raison de sa venue ici était bel et bien face à elle, et en pleine forme visiblement. Son cœur s’emballa de plus en plus sous le stress.

Elle avait réussi à voyager, mais elle n’avait pas pris en compte ce détail.

— Assez ! (le deuxième tapa la paume de sa main contre la table.) Qui êtes-vous ?

La nouvelle venue soupira un coup en essayant de reprendre ses esprits. Elle rester calme étant donné sa position d'infériorité. Elle remit ses idées en place et chercha quoi répondre.

— Je m'appelle Nélia Gillen. Je suis scientifique.

Elle observa attentivement les personnes présentes autour d'elle avant de reprendre :

— Vous, qui êtes-vous ?

— Nous sommes les Gouverneurs de Platinium. (Un premier homme se leva.) Je me nomme Sylver, je suis le Gouverneur Premier du nom, du travail et de l’éducation. (Il tourna ensuite la tête vers celui que reconnaissait Nélia.) Au centre se trouve T-...

— Appelez-moi juste Gouverneur, trancha d’un ton sec ce dernier en grognant de mécontentement. De la gestion et du commerce.

Sylver soupira en lançant un regard agacé avant de reprendre la parole.

— Et le dernier, Thomas, Troisième du nom, Gouverneur des Festivités. Les personnes qui sont présentes à nos côtés ne sont que des dirigeants dont les noms vous importent peu.

Nélia plissa les yeux. C'était réellement lui. Celui qui voulait qu'on ne l'appelle qu'exclusivement Gouverneur. En chair et en os. Elle ne comprenait définitivement pas ce qu'il se passait.

Avait-elle prédit l'avenir ? Non, c’était scientifiquement impossible. Quoique, pouvait-on parler d’impossible alors qu’elle avait commis l’impensable ?

— Je ne comprends pas.

— Nous vous demandons d'expliquer aux Gouverneurs comment vous êtes arrivées là ! s’exclama une des dirigeantes en se levant rageusement, sa chaise raclant lourdement le sol.

— Marianne fermez-la ! répondit Thomas en lui lançant un regard froid. Nous parlons, vous vous taisez !

— Heu bah...

La jeune femme était perdue, mille et une question fusaient en même temps dans sa tête. Elle avala difficilement sa salive.

— Je... (Elle parcourut la salle du regard.) J'ai ouvert un portail et... J'ai fait des recherches sur vous et je me suis retrouvée là.

— Tss, Sylver, je t'avais dit que ce n'était pas assez renforcé ! Il y a une faille quelque part dans l'accès de Platinium. Et comment a-t-elle pu obtenir des informations sur notre monde ? marmonna le Deuxième du nom en haussant un sourcil.

Le prénommé Sylver soupira et observa Nélia silencieusement, semblant l'analyser. Ses yeux étaient si clairs que l’on aurait dit deux beaux diamants. Il portait des lunettes rondes et légères. Ses cheveux étaient ondulés et noirs, quelques mèches lui tombaient devant les yeux. Un mulet qui lui allait à la perfection et qui lui retombait au bas du cou. Il avait la peau mat et cendrée, d’un gris noir que l’on ne trouvait pas sur Terre.

— De quelle Terre venez-vous ?

Cette fois-ci, c'était Thomas qui avait pris la parole, plus calmement, pour imiter son collègue.

Lui avait les cheveux noirs et courts, surplombés par deux mèches plus longues à l’avant. Tous ses vêtements étaient rouges. Sauf son jean qui était noir également. Ce qui le démarquait plus particulièrement, c’étaient ses yeux, comme pour Sylver. L'un était noir, et l'autre violet, alors que sa peau à lui était vermillon. C’était tellement étrange.

Nélia tiqua en levant les yeux vers lui, surprise. Dans quelle situation s’était-elle fourrée cette fois ?

— Parce que... Y a plusieurs Terres ?

Trop de nouvelles d'un coup, sa question était bête, elle le savait, mais impossible de réfléchir comme il faut dans de telles circonstances !

— Elle est ignorante ! Il faut en avoir du culot pour s'aventurer ici alors qu'elle ne sait rien ! Les humains sont toujours aussi... Naïfs. Ça me dégoûte.

Elle fixa ledit Gouverneur. Ses cheveux étaient en bataille, noirs. Comme sa peau, égale à celle de Sylver. Ses yeux étaient également de cette même couleur, mais brillants d'innocence. Il était plus basique que les trois autres. Le même homme que celui dont elle avait rêvé. Il avait aussi l'air plus jeune que ses collègues. Plus enfantin. Sa mort lui revint en tête et son cœur se serra. Elle ne comptait tout de même pas se laisser faire par ce qu'elle considérait comme un mioche.

— Je ne vous permets pas ! J'en sais beaucoup plus que n'importe qui chez moi ! grogna-t-elle, mécontente.

— Et vous gamine, (le plus jeune la pointa du doigt), nous sommes vos supérieurs, changez de ton avant que l'on ne vous fasse exécuter !

Thomas sauta par-dessus le bureau et s'approcha de Nélia en lui attrapant vivement le menton, sa langue glissa sur ses longues canines.

— Je suis certain que son âme doit être exquise...

Sa voix suave la fit frissonner.

— Bon goût, moi ? Je vous demande pardon ?

C'était un jeu d'essayer de la perdre ? Elle haussa les sourcils en n’hésitant pas à le défier du regard, quoique déstabilisée par l’aisance de l’homme.

— Oui vous, continua-t-il. Qui d'autre ? Le pape ? Fox ?

Nélia avala difficilement sa salive, se perdant dans les yeux du Gouverneur.

— Parce que vous mangez les humains... ? tenta-t-elle de demander.

— Seulement et uniquement les âmes en fait !

Nélia grimaça et recula vivement sa tête. C'était très déstabilisant ces deux couleurs. Faute de savoir quoi répondre, elle garda le silence alors que des tas de questions s’entassaient mentalement sur les anciennes.

— Thomas, grogna Sylver, désespéré. Nélia, quelqu'un d'autre est-il au courant de votre arrivée chez nous, et de la façon de procéder pour le faire ?

La jeune scientifique secoua négativement la tête. Elle s'était assurée d'être la seule.

— Personne ne l’est. Juste moi.

Le jeune Gouverneur observa Nélia, jouant avec sa lèvre inférieure d’un air pensif.

— Et quelqu'un d'autre saurait-il venir ? demanda à nouveau Sylver.

— Non plus, lui assura-t-elle en tentant de prendre le ton le plus convaincant possible.

Thomas soupira et recula de quelques pas.

— Vous ne mentez pas. C'est déjà ça. (Il se tourna vers ses deux autres collègues.) Que fait-on ? On la garde ici ?

— Bah ouais, elle ira en prison avec les autres. Jusqu'à ce que son tour arrive.

— Gouverneur, Thomas, coupa calmement le premier du nom. On va d'abord la faire soigner. Ses plaies risquent de s'infecter et là pour le coup son âme serait irrécupérable. Regardez-la, elle peine à garder les yeux ouverts. On posera d'autres questions une fois qu'elle sera en état d'y répondre correctement.

Nélia fronça les sourcils et toucha son front, sentant le liquide rouge rouler le long de ses doigts, puis de sa paume, avant de tomber sur le sol.

— Vous parlez de moi comme si je n’étais qu’un repas.

Mais je ne suis pas mangeable !

Le Gouverneur s'approcha à son tour de Nélia.

— Nous vous amènerons à l'infirmerie. Ne vous avisez plus de parler sur ce ton. Vous nous appellerez Gouverneurs, comme tout le monde, et un jour viendra celui de votre mort. Nous n'allons pas perdre plus de temps avec quelqu'un de votre minable espèce.

Elle n'ajouta rien. Le silence, malgré son envie folle de le contredire, pouvait être la meilleure des réponses. Ce dernier sourit d'un air satisfait et hypocrite avant de reprendre sa place en même temps que Thomas.

— Vladimir, (Sylver s'adressa à un des dirigeants), faites venir Sato. Il l'emmènera à l'infirmerie étant donné que c'est lui qui l'a trouvé. Nélia, quand vous fermerez les yeux, laissez-vous porter par Morphée, vous vous réveillerez en forme, c’est promis.

— Bien, Gouverneur, le dirigeant se leva en fixant l'étrangère qui sombrait déjà contre son gré.

Trop de choses nouvelles s'imposaient à elle, et sa chute l'avait épuisée. Elle s'endormit en espérant qu'elle se réveillera de ce mauvais rêve qui risquait de dégénérer.

Chapitre 3

Thomas lâcha un grognement sourd, qui se termina par un glapissement étouffé. Il posa sa main contre le mur en tentant de reprendre son souffle, saccadé. Il fixait le sol d'un air effaré et ses oreilles bourdonnaient alors que sa vision se flouait. Ses doigts agrippèrent fermement la surface lisse du marbre de la tour des Gouverneurs, comme s’il souhaitait d’y accrocher définitivement.

Tout son corps était enrobé d’une imposante couche de chaleur. L'adrénaline s'en allait comme un voleur et laissait place à la souffrance.

Il arrêta tout mouvement, tout était silencieux autour de lui. Et heureusement, que dirait la population si elle le voyait d’un pareil état.

Le bourdonnement se calmait petit à petit, mais sa respiration, elle, ne diminuait point. Son corps fut pris de tremblements soudains, comme prêt à lâcher à tout moment. Il desserra lentement le vieux morceau tissu qu'il tenait à la main et le laissa tomber au sol.

Son œil violet le tiraillait si fort, que s'il le pouvait, il se le serrait arraché depuis longtemps déjà. D’un geste fébrile, il y posa sa main, lentement, le souffle ébranlé. Rien ne pouvait le calmer à cet instant. Tout était embrumé dans sa tête et une anxiété croissante lui serrait le torse comme un étau.

Un sentiment de danger imminent l'avait envahi dès que Nélia avait quitté la pièce, accompagnée de Sato. Thomas était incapable de déterminer pourquoi ni comment, mais ce soir-là, la peur avait entièrement conquise son esprit, comme un soldat allant sur la ligne de front. Il essuya lentement le sang de ses mains sur ses joues, puis sur ses vêtements sales. Ce n'était pas le sien, seulement celui d'un des dirigeants du conseil qui avait eu le malheur de venir l'aborder au mauvais moment.

Il n'était désormais plus de ce monde, ayant croulé sous les coups du Gouverneur. Habituellement, Thomas n'était pas violent, il ne l'était du moins que très rarement. Mais difficile pour lui de garder son sang-froid alors qu'une humaine avait fait son entrée, animant en lui son instinct d'Homme de Platinium, son instinct de Gouverneur qui ne le trompait que rarement. Savoir que finalement les barrières érigées par la Dimension n’étaient pas impénétrables ranimait en lui une sensation bien étrange.

Tout était en train de s'écrouler. Que signifiait réellement la venue de Nélia dans leur monde ? Comment avait-elle enfreinte les règles primaires de l'accès à Platinium ?

Elle n'était qu'un danger, mais ils devaient obtenir des réponses. Ou l'averse risquerait de coûter cher à tous leurs habitants.

Ses genoux fléchirent sous son propre poids et il s'écroula lourdement sur le sol en glapissant de douleur. Ses muscles endoloris ne l'aidaient pas, il était tout flasque.

Les événements de l'heure passé lui revinrent aussitôt. Il s’était acharné plus qu’il ne l’aurait pensé.

— Gouverneur, est-il bon de la garder ici ?

— Vous opposez-vous au choix du premier du nom, Vladimir ? trancha Thomas en sortant de sa torpeur, assis bien droit sur son imposant fauteuil de cuir.

— Comment pourrais-je, Gouverneur ? Je ne saisis pas tout simplement, pourquoi ne l'éliminons-nous pas maintenant ? entama aussitôt Vladimir d'un air désintéressé.

Thomas soupira, agacé. Son œil commençait petit à petit à lui lancer des piques. Il ne supportait pas la sensation qui le prenait petit à petit. Pourquoi aurait-il peur des actions d'un simple humain ? À quoi, eux, les Gouverneurs, se rabaissaient-ils au juste ?

— Sortez de mon bureau. Je ne peux supporter vos doutes un instant de plus. Vous m'importunez.

Vladimir haussa un sourcil en regardant Thomas qui s’affalait lentement, posant ses deux mains sur les accoudoirs de sa chaise qu'il serra fermement. Thomas toisa l’homme face à lui en reniflant.

— Mes excuses, monsieur. Mais je ne fais que mon travail voyez-vous. C'est pour cela que vous m'avez engagé après tout. Votre esprit est préoccupé, je le sens bien. Laissez-moi vous aider à trouver une solution face à cette situation plus que préoccupante.

— C'est justement parce qu'elle est préoccupante que nous ne pouvons pas l'enfermer et attendre que la mort vienne l’attraper. Nous allons la loger le temps qu'elle nous donne les réponses que l'on souhaite recevoir. C’est ce qu’a souhaité Sylver.

Thomas continua de fixer le dirigeant. Il n'avait qu'une envie ; rester seul. Et prendre un foutu calmant pour son œil qui le lançait un peu plus.

— S'il existe une faille j'estime que nous devons rapidement trouver sa source, et ce n'est pas en chouchoutant l'humaine que cela va se faire ! Nous ne pouvons pas attendre une seconde de plus, vous comprenez ? Qui sait s'ils ne seront pas plusieurs à venir après ? Imaginez un instant que nous soyons à nouveau à découvert. Elle est dangereuse !

— Vous estimez ?! (Thomas se releva brutalement, faisant reculer sa chaise dans un crissement sinistre.) Moi, j'estime ! Nous estimons, nous les Gouverneurs, ce qui doit être fait ou non ! Me suis-je bien fait comprendre Vladimir ? siffla-t-il rageusement entre ses dents.

— Monsieur, nous ne pouvons pas risquer une course contre la montre ! Imaginez qu'en plus de la Terre, d'autres dimensions viennent à connaître notre position ?! Cela n'est pas la volonté de Fox ! s'exclama Vladimir en se laissant emporter sous la colère. Marianne a donc proposée que nous-...

C'en était trop. La mention de cette femme était de trop. Tout était de trop.

Thomas grogna et contourna le bureau avant d'empoigner d’un geste vif le col du dirigeant, le plaquant brutalement contre la bibliothèque.

— Je n'ai que faire de cette femme ! Je suis Gouverneur et j'exige que vous la boucliez ! Vous croyez que nous ne sommes pas au courant de ce carnage ?! Nous allons éviter cela, ne remettez pas en cause notre savoir !

— Je ne pourrais me le permettre monsieur ! Mais...

Thomas ne l'écoutait plus. Son sang ne fit qu'un tour avant que son poing ne vienne heurter avec violence le ventre de l'homme qu'il tenait. Vladimir lâcha un juron qui se termina par un miaulement étranglé sous le deuxième coup porté par le Gouverneur. Il tenta de le repousser, mais sans succès, Thomas le coinçait comme un animal en cage. La taille du Gouverneur était un atout, tout comme son pouvoir principal qui empêchait Vladimir de faire le moindre mouvement, bloqué par la gravité qui l’oppressait.

Le dirigeant leva un regard de détresse vers le Gouverneur et resta stupéfait, apeuré. L’œil violet de Thomas ruisselait de sang. Le liquide rougeâtre roulait le long de la joue du Gouverneur avant de s'écraser contre sa chemise.

Vladimir hurla à nouveau de douleur, avant qu'un coup au visage ne lui soit porté. Il sentit son ventre se tordre et sa joue s'enflammer tant la douleur le transperçait de toute part. Il ne pouvait se défendre et se sentait difficilement partir. Sa cage thoracique sifflait et le craquement de ses os l'horrifiait au plus haut point.

Thomas lui attrapa l'épaule et l'envoya valser sur le sol. Il y glissa avant de percuter le bureau. Il remarqua tout juste l'état des mains du Gouverneur, rouges de sang. Il était animé d’une sauvagerie que peu de personnes ne connaissaient. Ses pas claquèrent contre le sol comme un avertissement final.

Thomas était encore loin d'en avoir fini avec lui. On pouvait lire la fureur et la détermination de devoir de défouler sur ses yeux.

Une main se posa sur l'épaule de Thomas qui sursauta en lâchant un gémissement peureux, relevant vivement la tête face à lui. Aussitôt, une voix calme tonna derrière lui.

— Je suis là Thomas.. Pardon pour le retard, j'ai eu quelques difficultés pour te retrouver.

Sylver se pencha derrière Thomas et l'enlaça contre lui en le serrant fermement. Le troisième du nom écarquilla les yeux un instant avant de commencer à se calmer.

— Sylver... souffla-t-il lentement, au bord des larmes. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive... Je ne sais pas.

— Je sais Thomas. (Sylver lui frotta lentement une épaule, d'un geste tendre, tout en continuant de le serrer.) Pardonne-moi, je sais que mon choix n'est pas facile pour tout le monde... Mais il est primordial d'en savoir un peu plus. Dès que cela sera fait, nous prendrons tous les trois une décision finale vis-à-vis de l’humaine. Et l’on sait d’avance ce que cela sera.

Thomas baissa la tête en laissant ses épaules s'affaisser. Ce sentiment de danger ne le quittait pas, mais la présence de Sylver le soulageait un peu. Il se rassurait d'avoir cet homme à ses côtés.

— Viens avec moi Thomas, proposa Sylver d'une voix douce et rassurante. Je vais m'occuper de toi. Tu veux bien ?

Thomas le sentit se relever en lui attrapant doucement le poignet. Il se leva à la suite de son ami et se tourna vers lui. Son corps se calma au contact de celui de Sylver, et il se sentit finalement soulagé de ne pas être seul.

Sylver lui sourit chaleureusement et essuya le dessous de l’œil violet de Thomas avant de finalement venir poser ses lèvres sur la joue de ce dernier. Thomas resta immobile un instant, stupéfait.

— Allez, allons chez moi. Je vais te nettoyer et tu iras te reposer. Cela te convient ? Ou tu penses à autre chose ?

Thomas secoua faiblement la tête en reprenant ses esprits.

— Cela me convient.

Chapitre 4

La jeune femme avait arrêté de compter les secondes à attendre les yeux fermés. Ses battements de cœur lui rappelaient qu’elle était toujours en vie. Et sa position quant à elle lui rappelait qu’elle n’était pas dans son lit. Elle se focalisait uniquement sur les cliquetis de l’horloge en attendant que le temps passe.

Tic, tac.

L’horloge la rappelait à l’ordre. Elle lui montrait sans arrêt qu’elle devrait forcément ouvrir les yeux à un moment donné. Le temps s’écoulait.

Elle ne voulait pourtant pas ouvrir les yeux et faire face à la réalité dans laquelle elle était. Elle aurait espéré que cela ne soit qu’un rêve mais elle savait que ce ne l’était pas.

Inlassablement. Toujours ce même bruit mêlé à celui d’une foule à peine audible provenant de l’extérieur.

Toujours les yeux fermés, elle le voyait. Sans pouvoir l’expliquer, elle voyait dans la noirceur de ses paupières des fils d’or. Elle ne pouvait poser des mots dessus, c’était le temps. Les fils avançaient vers une vieille horloge.

Etait-elle réveillée ? Elle émit un gros doute à ce propos. Peut-être pas, finalement.

Cette vieille horloge était rouillée, à moitié enfoncée dans le sol d’une sombre pièce sans délimitation ni frontière. Nélia tenta d’un lent mouvement de main de retirer la salissure sur le métal froid de l’imposant objet. Il faisait presque deux fois sa taille, d’or, de bronze, et d’obsidienne visiblement. Quel étrange objet. Pourquoi était-il dans un tel état ? Le vieux cadran était abîmé et par la poussière et par de vieux morceaux de terre secs, laissant tout de même quelques parties luire à la lumière comme la surface d’un lac en pleine nuit. De petits bouts d’horloge s’étalaient sur le sol partout autour comme si l’objet avait été lâché de haut, qu’il s’était écrasé au sol.

Curieux, l’esprit de Nélia s’en alla faire le tour. Tout était silencieux. Le cadran ne faisait pas de bruit. Elle savait pertinemment que ce qu’elle entendait provenait de l’extérieur.

Comment cette horloge pouvait-elle encore fonctionner alors que presque la moitié de son mécanisme était fracassé contre le sol ?

Une odeur nauséabonde emplit soudainement l’espace, acidulée, elle piquait le nez. Un fort mélange de rouille et de sang. Elle reconnaîtrait cette odeur parmi de milliers d’autres. Les filets d’or se mirent à clignoter et à s’étirer et se tordre dans d’étranges positions, du sang jaillissait du sol alors que l’horloge se mettait à sonner l’heure. Nélia voulut reculer mais ne put rien faire, ses yeux ne pouvaient s’ouvrir non plus. La panique la gagnait de plus en plus sans comprendre pourquoi. Le sang continuait de monter, noyant la grande aiguille de l’horloge. La rouille s’emparait violemment de l’objet en tentant de le recouvrir comme un voile.

Nélia ne pouvait sortir aucun son de sa gorge. Elle ne pouvait hurler, ne pouvait s’accrocher à quoi que ce soit. C’était comme si l’on tentait de l’avertir, une sensation de danger s’en prenait à elle et attaquait sa cage thoracique avec force. Quelque chose n’allait pas dans ce monde. Elle avait la sensation nouvelle que l’horloge n’était pas qu’un rêve sans signification, que l’impression de danger n’était pas faux et qu’il était réellement là.

— Tu es en danger. Rentre chez toi. Où je viendrai moi-même me charger de toi, tonna une voix grossièrement menaçante.

Nélia ouvrit lentement les yeux. Elle semblait peser une tonne, agréablement enveloppée dans une couverture chaude et épaisse. Le matelas était confortable, tout comme le gros coussin moelleux sous sa tête. Mais ce dont elle avait rêvé lui revint en mémoire, tout comme la désagréable odeur de transpiration qu’elle dégageait en se rendant compte de son front trempé.

Elle tenta ensuite de vaguement se souvenir de son arrivée ici pour chasser son vieux pressentiment. Elle avait chuté depuis le ciel en direction d'une sorte de stade plus qu'immense. Elle pouvait ressentir les frissons du vent sur sa peau, son corps basculer dans tous les sens sans plus s'arrêter. Et des hurlements de gens sans doutes effrayés de son arrivée.

En silence, elle se contenta d'observer la pièce. Comme dans son rêve, les deux couleurs primaires de la dimension étaient le rouge et le noir. L'atmosphère n'était pas pesante, tout était calme. La fenêtre grande ouverte laissait passer un courant d'air chaud à l'odeur assez fruitée, laissant virevolter gracieusement le rideau. On pouvait y voir les immenses tours d’appartements et un grand ciel rouge. La pièce sentait délicieusement bon, pourtant il n'y avait aucun signe de nourriture sur place.

Alors qu'elle comptait se redresser, un souffle calme la fit sursauter. Il y avait quelqu'un d'autre dans la pièce.

La jeune femme se retourna et se surprit à n'avoir mal nul part. Elle se mit à sourire légèrement et leva les yeux vers la personne qui se trouvait à ses côtés, endormie paisiblement.

C'était un homme qui devait avoir son âge. Il avait un petit nez retroussé, la peau rouge, des lunettes rondes et de longs cils. Ses taches de rousseur étaient visibles malgré la couleur foncée de sa peau. Ses cheveux, toujours rouges, étaient ondulés et lui retombaient légèrement devant les yeux. Et sur sa tête trônaient fièrement deux grandes oreilles de renard. De la même couleur, encore et toujours. Il dormait, assis sur un fauteuil en cuir, bras et jambes croisés, l’air de se soucier de rien.

Nélia soupira et se leva lentement en marchant vers le miroir. Elle avait plusieurs pansements sur la tête ainsi que le bras gauche bandé. Elle s'observa un moment dans ce dernier et se toucha les joues pour s'assurer qu'elle n'ait vraiment mal nul part. Par précaution, la jeune femme se pinça l’épaule, au cas où son imagination lui jouait un mauvais tour. Mais rien. Elle était bel et bien ici.

— Oh... Vous êtes réveillée ! tonna une petite voix encore fatiguée.

Nélia sursauta et se tourna vers l'étranger.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle en fronçant légèrement les sourcils.

L’homme se leva et s'approcha de Nélia pour se regarder dans le miroir. Il était plus grand de quinze bons centimètres et se tenait d'une droite posture.

— Je m'appelle Sato, (il redressa ses lunettes), je sais qui vous êtes, je vous ai entendu parler avec les Gouverneurs.

Nélia hocha lentement la tête en le regardant à travers le miroir. Elle rompit le silence qui s’était imposé ensuite.

— Je ne les aime pas.

Sato la fixa quelques secondes en haussant un sourcil, il avait un air légèrement hautain.

— Je ne les aime pas non plus si cela peut vous rassurer, tenta-t-il de répondre en baillant.

— Et pourquoi cela ?

Il ne répondit pas et reprit sa place sur le fauteuil avant de croiser ses jambes à nouveau.

— Je vous ai moi-même trouvé il y a quelques heures, vous avez dérangé une compétition importante. Vous devriez me remercier, je vous ai sauvé la vie, j’ai convaincu Thomas de ne pas vous donner aux Ombres.

Nélia fronça les sourcils et se tourna vers Sato qui agitait ses oreilles. Il la regarda étrangement avant de s'exclamer :

— Oh ! Chez nous, les Ombres sont des créatures humanoïdes, mais elles sont reconnaissables par leur transparence et le manque de détails sur leurs corps. Soit noires, soit rouges, les premières citées sont les plus dangereuses ! Les autres sont pacifistes en quelques sortes disons. Elles sont intelligentes, mais aussi très malsaines et odieuses. Ça pose un problème lorsqu'elles trop sont proches de la ville.

— Je vois... (La jeune femme plissa les yeux, suspicieuse.) Bah. Merci ?

Sato haussa machinalement les épaules.

— C’est normal. En fait, je vous ai vu tomber du ciel, vous sembliez déjà presque endormie ! J'ai d'abord cru que vous étiez un ange, vous connaissez l'expression ? Mais non. Oh, je n’ai pas cherché à vous attraper au départ. Peut-être aurais-je dû… Je ne vous cache pas notre surprise quand nous vous avons rattrapés ! Sans compter vos blessures mineures qui ont été rapidement soignées ! C’est comme si vous ne vous étiez pris qu’un arbre.

Il parlait beaucoup trop.

— Ouais bah un arbre ce n’est pas mieux non plus quoi.

Je suppose que j'ai eu de la chance que vous m'ayez vue.

— Effectivement, je vous l'accorde mademoiselle ! s’exclama-t-il d’un air enjoué.

— C’est madame. J'ai vingt-cinq ans.

Sato gonfla grossièrement ses joues, lui donnant l'air d'un enfant. Il n'aimait visiblement pas être repris.

— Madame alors. Dites-moi, vous aviez dit tout à l'heure quelque chose qui m'a interpellé.

La scientifique s'assied sur le lit, à côté de l'homme, et lui fit un signe de tête pour qu'il continue sur sa lancée.

— Vous les aviez vu morts ?

— Uniquement celui qui s'appelle Gouverneur. En effet.

— Racontez moi tout, s'il vous plaît.

Nélia fronça les sourcils. Pourquoi cette information l’intéressait-il ? Ils étaient vivants. Ces rêves étaient peut-être un hasard. Ou du moins, elle essayait en vain de s'en convaincre. De toute façon, il était hors de question de tout déballer à un inconnu.

— Je ne vois pas en quoi cela est important.

— Ah oui ? Si peu important que vous avez réussie à contrer notre barrière anti-étrangers ? Et voyagée dans l'inconnu sans ne rien savoir de notre monde ? Je ne crois pas que vos actions ont été faites sur un coup de tête.

Évidemment. Il avait parfaitement raison. Quelqu'un qui s'en foutait n'aurait pas pris autant de risques. Nélia soupira. Tant pis pour cette fois.

— J’ai rêvé de la mort de cet homme. Plusieurs nuits d'affilées. (Sato écoutait attentivement en la regardant, les yeux pétillants.) Ça m'a interloqué, je voulais comprendre ce qu'il s'était passé ici. Ou plutôt ce qui aurait pu se passer ici. (Elle marqua une pause.) Je travaille au labo en ce moment sur les dimensions. Alors je me suis dit que ce rêve pouvait potentiellement confirmer mes théories. C'était important pour le domaine de la science. Et en particulier important à mes yeux.

— Et pourquoi ? la questionna-t-il en croisant les bras, un air narquois collé au visage.

— Cela ne vous regarde pas, (elle plissa les yeux en le toisant du regard.) Pourquoi avez-vous de telles oreilles ?

— Cela ne vous regarde pas.

— Je le saurais un jour, vous savez ? Vous êtes étranges quand vous en parlez. Cela doit être triste et non voulu. C'est à cause de cela que vous n'aimez pas les Gouverneurs ? J’analyse le comportement des gens et lis en eux comme dans un livre ouvert.

— Vous en posez des questions. Ce que vous pouvez être bavarde !

Nélia parut faussement offusquée.

— Vous l’êtes également.

— C’est à cause de ça, et c'est tout ce que vous saurez.

Nélia sourit, victorieuse. Bien sûr qu'elle comptait tout connaître. Elle était venue pour ça après tout.

— Ne souriez pas ainsi, soupira-t-il d’un air désespéré.

— Pourquoi ? Je souris comment ?

Elle haussa légèrement un sourcil avant de sourire faiblement, presque amusée. Voilà quelqu’un d’un peu plus aimable et rassurant que les autres. Nélia sentit comme un poids s’enlever de ses épaules, son ventre noué se défit légèrement.

— Vous n'en saurez pas plus, point barre, commenta Sato en agitant ses oreilles comme s’il chassait une mouche.

— Pour l'instant.

— Vous êtes donc si immature. Pourquoi cela vous intéresse ?

Il s'agaça, soufflant du nez. C'était une bonne question, et immature était un mauvais terme. Nélia chercha de quoi lui répondre.

— Ces oreilles vous rajoutent un certain charme, je trouve. Le renard étant mon animal préféré, je m'y intéresse beaucoup.

— Vous êtes bizarre.

Il la regarda juste du coin de l’œil en reniflant nonchalamment.

— Non, je ne le suis pas. Au pire des cas, ce qui est bizarre est original. Et moi, je suis carrément exceptionnelle.

Sato finit par sourire légèrement, presque amusé.

— Je ne vous connais pas assez pour l'affirmer. Vous avez l'air folle.

— J'aurais dit mentalement hilarante.

Elle souffla et se laissa tomber en arrière sur le lit.

— Pour venir ici, il faut l'être ! Mais ça partait sur une base de courage, j'imagine.

La scientifique ricana et hocha vivement la tête. C'était exactement ça. Du courage. Un foutu courage qui l'a embarqué dans une histoire très certainement mortelle.

— Je vais réellement mourir ? Pourquoi êtes-vous aimable avec moi ?

Sato haussa encore les épaules.

— Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de mal se comporter avec les gens qui vont mourir. Je pense qu'il faut les comprendre et les aider à se sentir bien avant l'heure fatidique.

Nélia fronça les sourcils et se redressa vivement. Ses arguments lui donnaient l'air d'un ignorant. Elle voulut lui hurler au visage qu'il était complètement stupide, mais elle se retint, non sans difficulté.

Elle avait appris au laboratoire à se retenir. Ne sait-on jamais, elle ne sait pas de quoi cet homme mi-humain mi-animal était capable de faire.

C'était triste, elle se sentait stupide et au bord de l'humiliation. Elle voulait être reconnue à sa juste valeur et ce monde n'était lui aussi pas le bon endroit pour.

Elle chercha à cacher la peur qui lui tiraillait à nouveau le ventre en parlant avec cet étranger, en espérant que la situation s’arrange à son avantage dans les événements qui suivent.

Chapitre 5

— Je suis de nature flemmard, mes seules sorties se font sur votre Terre, où l'on chasse nos humains. Je suis le dirigeant d'une division militaire, nommée la Section Nébuleuse. C'est ce qui m'est le plus cher voyez-vous.

Nélia prit un air intéressé en l'écoutant attentivement. Elle voulait en apprendre un maximum sur ce monde en attendant de savoir quoi faire.

— Combien d’hommes dirigez-vous ?

Les lèvres de Sato s’étirèrent en un large sourire, visiblement satisfait que quelqu’un s’intéresse à ses actions.

— Près de deux milles. Mais seulement une centaine d’hommes sont nécessaires pour les sorties chez les Humains. Je change souvent les groupes. Autrement, nous aidons les autres escouades.

Deux milles hommes à lui tout seul. Sato devait être drôlement doué.

— Et sinon, combien êtes-vous ? À Platinium, je veux dire.

— Dix-sept milliards très exactement madame ! s’exclama l’homme en s’étirant activement. Un nombre imposant, je vous l’accorde. D’autres questions peut-être ?

Nélia écarquilla les yeux sous la surprise.

— Dix-sept milliards ?! Mais c'est carrément énorme !

Ce chiffe pouvait lui donner une idée approximative de la taille de Platinium, doublant celle de la Terre.

Sato se leva et se dirigea vers la sortie en lui faisant signe de le suivre. Nélia se leva aussitôt et lui emboîta le pas.

Une fois arrivé dehors, il se tourna vers elle en ouvrant joyeusement ses bras, proclamant par ce geste une forme de fierté dévouée à Platinium, ce monde étranger.

— Nélia, je suis heureux de te souhaiter la bienvenue à Platinium !

La jeune femme se stoppa net. Son regard s’illumina d’une lueur d’extase.

La rue grouillait de personnes, toujours de ces deux couleurs de peaux. Le brouhaha était très actif et très joyeux. L'atmosphère était remplie de toutes sortes d’émotions et l'air gardait toujours cette même odeur de fruit. Des gens riaient, des enfants courraient et sautaient gaiement, et quelques marchands de journaux parlaient haut et fort dans une langue qui n'était autre que le français.

— Wow... (Elle tourna sur elle-même en levant les yeux vers les tours qui s’élevaient dans tous les recoins de la ville.) C’est super futuriste ! Vous êtes largement en avance sur nous.

Sato sourit.

— Nous le savons, en effet. Platinium est une vraie fierté aux yeux de tous. Nous vivons en harmonie et nous sommes très heureux de ce que nous sommes.

Nélia leva les yeux vers les immenses gratte-ciels qui s'élevaient dans le ciel comme des Rois. Certaines façades de ces bâtiments étaient occupées par des écrans qui diffusaient des pubs de tout un tas de produits différents et de toutes les couleurs. Les appartements étaient aussi très grands et sombres. Ces images s'agglutinaient en une vague représentation d'une ville aisée qui devait en effet accueillir le plus de monde possible.

Sato ne put empêcher de exclamer sa fierté en tapotant l'épaule de la jeune femme. Nélia eut le souffle coupé, il existait donc bel et bien d'autres populations avancées.

Le Soleil se couchait tout juste, le ciel s'assombrissait lentement, virant vers le bordeaux, laissant les étoiles faire leur entrée dans la voûte nocturne. Un groupe de douze grosses étoiles se dissociait des autres. C'était la constellation des Pléiades. Un beau rappel de chez-elle qui la rassura légèrement.

— C'est magnifique ! reconnu la jeune femme en souriant grandement, fascinée.

— Votre arrivée est déjà connue de tous. Sous ma garde, il ne vous arrivera rien, si ce ne sont que quelques regards de dégoût à votre égard. Notre espèce n'aime pas vraiment les humains... Quand ils sont vivants.

Nélia se contenta d’opiner de la tête, trop extasiée par la bonne humeur que dégageait Platinium et ses habitants pour se préoccuper de la forme de racisme qu'elle allait peut-être recevoir. Cependant, la raison de sa venue ne pouvait quitter son esprit, trop profondément ancrée dans sa mémoire pour pouvoir disparaître. Elle arrêta quelques secondes de sourire en regardant autour d'elle, cherchant à voir si d'un autre point de vue elle reconnaissait la rue. Mais non, ce n’était pas le quartier d’immeubles qu’elle avait vu.

— Nélia, oubliez votre rêve, lui intima l’homme renard en avançant. C’est un conseil d’ami. (Elle trottina pour le rattraper.) Si vous faites vos preuves, étant donné que vous êtes arrivées ici de façon assez particulière, nous pourrons nous arranger pour vous faire servir à quelque chose... Autre chose qu'à votre utilité originelle, j’entends par là.

Nélia s’arrêta net en entrouvrant la bouche pour rétorquer, foudroyant Sato du regard.

Rester ici ? Elle n'y pensait même pas. Risquer de se faire tuer en essayant de vivre normalement, c’était hors de question.

— Votre intelligence, une fois testée bien entendue, pourrait nous servir, continua à débiter l’homme renard

— Attendez, trancha sèchement Nélia. (Elle tendit un bras pour l'arrêter alors qu'il se tournait vers elle.) Je ne compte pas rester. C’est ridicule.

Sato haussa un sourcil. Il attendit quelques secondes en la jaugeant du regard avant de lâcher un rire narquois.

— Notre dimension doit rester la plus secrète possible. Vous ne pourrez pas rentrer.

Une vague de panique commença à monter. C’était une blague ?

— Vous avez de la famille qui vous attend ?

Son regard perçant trancha celui de Nélia d’un air sévère. Elle secoua négativement la tête en se renfrognant petit à petit.

— Des amis, alors ?

— Non plus.

La panique concéda l’humiliation, voire même la honte. Cet homme devait bien s’amuser.

— Eh bah alors, pourquoi vouloir rentrer si personne ne vous attend ?

Son laboratoire était cher à ses yeux, elle ne pouvait pas le laisser tomber. Ses recherches valaient bien plus que tout l'or du monde.

— Ici, personne ne me retient non plus.

— Pour l'instant ! s’esclaffa Sato.