À l'école de saint Benoît - Xavier Perrin - E-Book

À l'école de saint Benoît E-Book

Xavier Perrin

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Beschreibung

S’il est un saint qui incarne la vie monastique en Occident, c’est bien saint Benoît. À travers le récit de sa vie, et de celle des figures les plus marquantes de son ordre, l’auteur nous introduitau coeur de la sagesse bénédictine. Il nous dévoile ainsi les grandes intuitions de la Règle de saint Benoît, pleine de réalisme et d’une étonnante actualité. Louange, communion, silence, travail quotidien, fraternité, humilité... : ces trésors sont à notre portée. Un guide très sûr pour les chrétiens qui veulent suivre le Christ tout en vivant dans le monde.

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Seitenzahl: 152

Veröffentlichungsjahr: 2020

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DOM Xavier Perrin

À l’école de saint Benoît

La spiritualité bénédictine à l’usage de tous les chrétiens

Éditions Emmanuel

Conception couverture : © Christophe Roger

Composition : Soft Office (38)

© Éditions de l’Emmanuel, 2020

89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

ISBN : 978-2-35389-832-9

Dépôt légal : 3e trimestre 2020

À mes pères et frères de Kergonan, en communion dans la louange et dans l’amour du Christ.

Introduction

Saint Benoît, maître de vie chrétienne

Proposer saint Benoît comme maître de spiritualité chrétienne relève à la fois de l’évidence et du défi.

D’un côté, nul ne songera à contester le rôle que les monastères qui vivent sous la Règle de saint Benoît ont joué et continuent de jouer dans la vie spirituelle du peuple chrétien. Moines et moniales sont intuitivement perçus comme une présence cachée d’adoration et d’intercession qui soutient la vie de tous leurs frères et sœurs chrétiens. On aime souvent à exprimer cette dimension de la vie ecclésiale en recourant à l’image de Moïse priant sur la montagne, tandis qu’Israël combattait dans la plaine (cf. Ex 17, 8-16). Comme les succès des soldats étaient dépendants de la persévérance de Moïse en prière, de même la fidélité des chrétiens a partie liée avec le combat silencieux de ceux et celles qui se tiennent, nuit et jour, et à longueur de vie, face à Dieu.

Cependant, saint Benoît a écrit pour les monastères, et non pour les personnes qui vivent dans le monde. Les valeurs centrales de son message spirituel – comme l’obéissance, le silence et l’humilité – demandent donc une transposition, voire une traduction, pour pouvoir s’appliquer dans la vie chrétienne ordinaire. Le fidèle laïc qui veut s’inspirer de saint Benoît dans sa vie quotidienne doit assumer le défi que représente cette adaptation.

Disons tout de suite qu’il y sera aidé par saint Benoît lui-même, et d’abord par le réalisme du patriarche des moines. Autant celui-ci sait se montrer clair et sans compromis quand il définit les objectifs, autant il reste souple dans la mise en œuvre des moyens. Son génie éminemment pratique lui donne une grande sensibilité au « terrain », dont il évalue rapidement aussi bien les possibilités que les limites. Il s’adapte sans cesse aux lieux, aux circonstances, et, par-dessus tout, aux personnes.

Son réalisme – son « oui » profond au réel de l’existence humaine – trouve sa source dans la contemplation du mystère de l’Incarnation. Pour saint Benoît, « rien ne doit être préféré au Christ », qu’il considère amoureusement dans la vérité de son Incarnation, l’humilité de sa Passion, et la gloire de son Règne éternel auprès du Père. De la sorte, saint Benoît ramène toujours ses disciples au cœur de la vie de foi : la personne du Verbe incarné. Considérée sous cet angle, la vie monastique se révèle identique, en substance, à la vie chrétienne. Elle consiste à s’ouvrir le plus possible au Christ, à le suivre avec obéissance et à l’imiter en toute humilité, afin d’entrer en partage des trésors d’amour divin de son Cœur. Ici, la spiritualité bénédictine rejoint le foyer où toutes les spiritualités se rencontrent et s’unifient : le Christ, vie de l’Église, vie du chrétien comme du moine.

Les pages qui suivent voudraient aider à découvrir la personne et l’enseignement de saint Benoît (chapitre I), donner un aperçu de la richesse et de l’actualité de son héritage spirituel au cours des siècles (chapitre II), et proposer quelques pistes pour faire sien ce que le charisme monastique bénédictin a de plus essentiellement chrétien (chapitre III).

I

À la rencontre de saint Benoît

Il est impossible de vivre en Europe occidentale sans rencontrer la figure de saint Benoît de Nursie (480-547), le patriarche des moines d’occident. Villes et provinces sont parsemées de souvenirs monastiques, vestiges architecturaux ou simples noms de lieux. Non loin d’une cathédrale, voici des abbayes qui, plus d’une fois, rivalisent avec elle d’ambition architecturale : Saint-Rémy à Reims, Saint-Denis près de Paris, Saint-Germain-des-Prés en plein Quartier latin, l’Abbaye-aux-Hommes à Caen, Saint-Vaast à Arras, Saint-Martin à Tours. La liste de ces cloîtres, masculins et féminins, qui rappellent à notre souvenir la présence de saint Benoît, est sans fin. Consulte-t-on le fonds ancien d’une bibliothèque municipale ? On découvre souvent qu’il provient d’une abbaye supprimée à la Révolution. S’intéresse-t-on à l’origine d’une église paroissiale ou d’une chapelle de village ? On est plus d’une fois conduit à lui reconnaître une origine monastique. Les historiens nous disent qu’il y eut un « temps des moines » en Europe de l’Ouest. Il s’étend sur une période longue, qui va de la fin de l’Empire romain, vers le VIe siècle, jusqu’à l’avènement des villes et de l’État moderne, à partir du XIIIe siècle. Cette époque a laissé des traces impressionnantes. En un sens, pour qui sait voir, Benoît et les siens sont partout présents, comme un discret rappel de l’époque où ils encadraient la formation d’une civilisation européenne chrétienne.

Cette omniprésence de Benoît ne rend que plus paradoxale la relative évanescence de sa figure. En effet, il n’est pas si facile d’approcher l’homme qui se tient derrière les si nombreux monuments construits par ses disciples au cours des âges. Celui-ci nous est connu principalement par deux textes : la Règle des moines, qu’il écrivit vers 530 (désormais abrégée Règle ou RB suivi du numéro de chapitre puis du numéro de verset), et le récit La vie et les miracles de saint Benoît de Nursie, composé par le pape saint Grégoire le Grand vers 594 comme le second livre de ses Dialogues (désormais abrégé Vie). Le premier est un court texte législatif qui continue de codifier la vie de milliers de monastères masculins et féminins, bénédictins et cisterciens, à travers le monde. Bien que le second soit notre principale source quant aux étapes principales de la vie de saint Benoît, il ne saurait être considéré comme une biographie au sens moderne du mot. Son propos n’est pas tant historique que moral. Saint Grégoire cherche à édifier par un récit agréable, où le merveilleux joue un grand rôle. Certes, il s’appuie sur des témoins et rapporte des faits dont il a vérifié l’authenticité. Mais ni la précision chronologique ni la psychologie de son héros ne sont au premier plan de ses préoccupations. Il ne peint pas un portrait, il écrit une icône, et c’est la lumière de Dieu qui le fascine, plus encore que l’individu qui en est le réceptacle. Tel qu’il est, ce récit peut cependant être suivi pour parcourir les principales étapes de l’itinéraire de saint Benoît.

Saint Benoît à Subiaco

Vers l’an 500, un jeune étudiant s’éloigne de Rome et gagne les montagnes situées au sud-est de la capitale, non loin de Tivoli. Il a déjà quitté sa famille qui réside à Nursie, cent soixante kilomètres au nord de Rome. Il renonce à la formation à laquelle lui donnait accès l’aisance de ses parents. Il fuit un climat moral délétère. Il est assoiffé de solitude, de silence et de renoncement. Surtout, il est fasciné par Dieu et il souhaite se consacrer tout entier à son service. À cause de lui, il fuit le monde. L’Italie du tout début du VIe siècle n’est pas un pays en paix. Ce qui subsiste encore des institutions héritées de l’Empire romain est constamment mis à mal par les coups de boutoir des invasions barbares. On vit dans l’insécurité, toujours menacé par des hordes plus ou moins violentes qui mettent à sac les villes et pillent les campagnes. Il en résulte des famines, avec leur cortège de misères.

Benoît se retire de cet univers troublé. Comme tant d’autres avant lui, il part à la recherche de la paix que Dieu donne. Il s’enfonce dans le désert. Depuis le IIIe siècle, des hommes et des femmes, en relativement grand nombre, ont fait la même démarche, qui constitue le point de départ du monachisme. Le moine se retire. Il s’éloigne du monde et de sa corruption morale afin de mener une vie placée sous le signe de la lumière de Dieu et de la grâce de l’Évangile. Loin des cités où le christianisme a connu son premier développement, ce passionné d’absolu va chercher au désert une vie dégagée des compromissions. Il recherche Dieu et, pour l’atteindre, il se dépouille de tout. Il renonce à ses biens et à ses affections, et il se fait le disciple de l’Esprit Saint qui le conduit par les voies de l’Évangile et par les exemples de la tradition.

Sur son chemin, Benoît rencontre le moine Romanus. Celui-ci vit dans un monastère voisin. Il comprend la quête du jeune homme en rupture de ban. Il lui donne l’habit monastique et lui promet un soutien discret. Benoît, il convient de le souligner, n’invente pas le monachisme. Il s’inscrit plutôt dans une tradition vivante, déjà ancienne à son époque. Il en parcourt les étapes d’une manière exceptionnelle. Surtout, il en comprend et en exprime avec une clarté magistrale l’esprit et les institutions. Mais il n’est pas un père fondateur faisant œuvre entièrement originale. Il s’approprie le charisme monastique, et sa grâce est de le faire sien au point que sa Règle deviendra un chaînon essentiel de sa transmission.

Les premiers temps de Benoît à Subiaco sont vécus dans la solitude. Il y mène une vie très austère, dont on peut penser qu’elle suit l’alternance, devenue classique depuis les Pères du désert d’Égypte, entre prière, lecture de la parole de Dieu et travail manuel. Dès le départ, son entreprise est contrecarrée par celui que saint Grégoire le Grand appelle « l’antique ennemi ». Un des aspects de la vie au désert est précisément le combat contre le diable, à la suite de l’exemple donné par Jésus lors de la retraite de quarante jours qui suivit son baptême par Jean dans le Jourdain. Si Rome regorgeait de tentations, Subiaco est caractérisé par la présence du Tentateur qui avance, pour ainsi dire, à visage découvert. Le désert n’est donc pas uniquement le lieu de repos d’une âme toute livrée aux joies de la contemplation. Il est d’abord l’arène d’un rude combat. Qui part à la recherche de Dieu rencontre toutes les complicités avec le péché présentes dans son âme. Il faut au solitaire un bon équilibre psychologique et une réelle force intérieure pour tenir bon au milieu des tensions qui accompagnent la lutte entre ce que saint Paul appelle la « chair » et « l’Esprit » (cf. Ga 5). Benoît tient bon et, bientôt, Dieu, nous dit saint Grégoire, commence à manifester sa vertu aux autres hommes. C’est d’abord un prêtre qui le visite au jour de Pâques. L’ermite, dans sa séparation du monde, ne connaissait pas avec exactitude la date de la fête. Il l’apprend avec joie. Les deux hommes échangent alors des propos spirituels avant de partager un repas festif, en rendant grâce. Notons cette grâce pascale dans la vie de saint Benoît : c’est au jour de la célébration du mystère central de la foi chrétienne que Benoît sort du carême permanent dans lequel il s’était résolument plongé, et qu’il entre dans la lumière de la communion fraternelle. Peu de temps après, des bergers le rencontrent fortuitement. Ils bénéficient bientôt de ses exhortations à accueillir l’Évangile.

La réputation de l’ermite grandit. Voici maintenant que les moines d’un monastère voisin l’élisent pour supérieur. Il y consent, non sans hésitation, et commence aussitôt à instaurer une stricte discipline. La communauté se repent bientôt d’avoir fait appel à ce zélote et entreprend de se débarrasser de lui en empoisonnant sa portion de vin. Benoît fait le geste de bénédiction habituel et aussitôt la carafe se brise. Benoît comprend tout. Il se lève et, maître de lui, annonce aux moines qu’il les quitte. Il retourne alors à sa chère solitude, pour y vivre sous le regard de Dieu seul. Cet épisode en dit long sur la tiédeur et la médiocrité qui guettent toujours les communautés monastiques ; il révèle également ce que la sainteté de Benoît pouvait peut-être avoir encore d’un peu raide. Cette dialectique qui oppose l’absolu de la recherche de la perfection à la médiocrité de ce que vivent la plupart des hommes est au cœur de l’équilibre de la Règle. En sa maturité, saint Benoît trouvera la manière de préserver la pureté de l’idéal, tout en se montrant accueillant aux faiblesses des personnes. Cet équilibre entre exigence et modération deviendra une des marques distinctives de l’esprit bénédictin.

Pour le moment, Benoît s’enfonce à nouveau dans le seul à seul avec Dieu, mais c’est pour y être bientôt rejoint par des disciples en grand nombre. Sa mission n’est pas de relever un monastère déjà existant, mais de commencer un nouveau rameau de l’arbre monastique. Saint Grégoire parle de l’établissement d’une douzaine de monastères autour de Subiaco. Il s’agit vraisemblablement de maisons semi-indépendantes où les moines vivent en petites communautés, toutes en relation avec la personnalité centrale du père spirituel, qui demeure leur supérieur et leur maître. Des jeunes et des enfants sont confiés aux soins de Benoît pour recevoir une éducation. Les écoles, tout comme les activités missionnaires, peuvent se recommander de l’exemple de Benoît lui-même, et n’ont pas manqué de se développer au cours des âges.

Le récit de saint Grégoire continue avec diverses histoires de miracles, qui nous révèlent un Benoît thaumaturge, mais surtout capable de discerner les esprits. Bientôt, cependant, un prêtre du voisinage se montre jaloux et commence à persécuter Benoît et ses disciples. Le saint abbé y voit un signe qu’il doit partir pour un autre lieu. Il nomme des supérieurs pour tous les monastères qu’il avait fondés et, suivi par un noyau de disciples, il s’éloigne à nouveau, sans doute aux environs de 530.

Au Mont-Cassin

Sa pérégrination le conduit plus au sud de Rome jusqu’au site du Mont-Cassin : un plateau élevé dominant une large plaine. La région est encore plus reculée et le paganisme y demeure vivace. Benoît détruit un temple et rase un bois sacré avant de construire son monastère. Cette fois, la communauté est réunie en un seul lieu. Les bâtiments sont plus importants. La vie de ce groupe plus large est aussi davantage unifiée par l’observance d’une règle plus précise. C’est dans cette dernière période de sa vie (530-547 selon les dates habituellement acceptées) que Benoît écrit la Règle des moines. De la grotte où il vivait en ermite, il était passé à ce que les moines d’Orient appellent une laure, à savoir un groupement informel de disciples autour d’un maître spirituel. Le voici maintenant à la tête d’un monastère bien organisé, réglé par l’obéissance à l’abbé et l’accomplissement communautaire des heures de la prière liturgique. Le saint pape nous montre alors un Benoît arrivé au sommet de sa vie de sainteté. Il ressuscite les morts, lit dans les cœurs, prédit l’avenir, fait abonder l’huile en temps de disette, réconcilie les défunts avec Dieu et reprend les puissants de ce monde. À l’arrière-plan de tous ces signes miraculeux, saint Grégoire laisse entrevoir un homme de grande foi, pénétré d’humilité, ne doutant pas de l’aide de Dieu, convaincu de la bonté, mais aussi de la sévérité du Tout-Puissant. On devine une forte personnalité, un tempérament volontiers exigeant envers lui-même et autoritaire vis-à-vis d’autrui, que la vie a conduit par un chemin de conversion vers la patience, la douceur et la miséricorde. Le feu qui brûlait dans le cœur du jeune ermite reste bien présent, prêt à jaillir en une sainte colère quand il rencontre l’orgueil, la dissimulation, le murmure ou la désobéissance à la règle commune. Mais il s’épanouit désormais en une profonde charité, pleine d’humanité et respirant la paix. Le monastère placé sur la montagne rayonne sous sa conduite. Les villages alentour sont évangélisés. Les évêques et le clergé du voisinage trouvent lumière et amitié près de l’homme de Dieu. L’abbaye bénédictine est née.

La dernière phase du récit de saint Grégoire nous laisse apercevoir quelque chose de la vie mystique de saint Benoît. Dans l’épisode de la rencontre avec sa sœur, sainte Scholastique, l’amour de Dieu et le désir du Ciel reçoivent la préséance sur la stricte observance de la règle, pour la plus grande joie du frère et de la sœur. La vision nocturne du monde entier saisi dans la lumière de Dieu représente un sommet de vie contemplative. Désormais, Benoît voit le monde comme Dieu le voit, dans cette lumière et cet amour qui le font apparaître à la fois si petit et si important. Le vie du saint abbé peut s’achever. Il annonce son décès à ses disciples, fait préparer sa tombe et, après une semaine de maladie, demande à être porté à l’oratoire du monastère, où il reçoit l’eucharistie en viatique. Il meurt debout, en prière, au milieu des siens, le 21 mars 547, selon la date habituellement acceptée. Les miracles qui entourent l’annonce de son décès, et qui fleurissent dans les lieux où il a vécu, confirment sa sainteté. Ainsi se conclut le récit de saint Grégoire.

Ce bref résumé ne dispense pas de lire le beau texte du pape biographe qui fourmille de notations spirituelles d’un grand intérêt, tout en étant écrit avec élégance et parsemé de traits d’un humour plein de finesse. Le portrait qui se dessine au fil des chapitres nous permet d’entrevoir l’itinéraire de saint Benoît. L’ermite, qui avait tout sacrifié pour Dieu seul et choisi d’être ignoré du monde, a été amené par Dieu à devenir le maître spirituel de nombreux disciples. Pour eux, il a construit des monastères. Il leur a prodigué un enseignement inlassable, tant par sa parole que par son exemple. Il a enfin rédigé à leur intention une règle pleine de sagesse. Très tôt, Benoît a cessé de s’appartenir. Sa vie a été placée sous le signe du service des âmes : celles des moines, d’abord, mais aussi celles des enfants confiés au monastère pour leur éducation, celles des hôtes et pèlerins, en particulier les plus pauvres, celles du clergé et de la population des environs. Cette intense activité ne l’a pas empêché de maintenir une grande intimité avec le Seigneur, nourrie par la prière liturgique et personnelle, par la lecture régulière de la parole de Dieu, ainsi que par les colloques spirituels et mystiques avec quelques proches. Benoît a grandi dans toutes les dimensions, devenant toujours plus ouvert à Dieu et plus accueillant envers ceux et celles, sans cesse plus nombreux, qui recouraient à lui dans leurs besoins les plus divers. Il termine sa vie dans une communion eucharistique qui scelle toute son existence, son passage par la mort et son entrée dans la vie, du sceau de l’amour du Christ, et fait de lui un don à l’Église de tous les temps. Il se dresse comme une vivante icône de louange à Dieu et de communion universelle dans son amour.

La Règle des moines