Âmes en souffrance - Nicolas Brémond d’Ars - E-Book

Âmes en souffrance E-Book

Nicolas Brémond d’Ars

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Beschreibung

Les travaux sur la psychologie transgénérationnelle sont maintenant largement connus. Ils sont le fait de psychothérapeutes, mais aussi de thérapeutes qui mettent leurs « dons » au service d’une libération. Car chacun de nous a, dans sa lignée, dans ses ancêtres, des âmes en souffrance. Les tourments que nous infligent ces histoires ratées, voire mauvaises, impactent nos vies quotidiennes. Douleurs chroniques, impasses psychologiques. Nombreuses sont les personnes qui vont consulter ces thérapeutes d’un nouveau genre. Elles en ressortent libérées, soulagées, ou bien interloquées. Je suis allé à leur rencontre : de leur point de vue, que se passe-t-il lorsqu’on consulte pour une thérapie transgénérationnelle ? Je ne me suis pas contenté de les écouter, j’ai voulu tenter une analyse de ce qu’il se passe. Comment aborder cela avec un regard critique, alors que ces thérapeutes sont médiums, et que je suis incapable de fournir une explication rationnelle ? Je n’ai donc pas enquêté auprès des thérapeutes, mais de leurs consultants. On n’imagine pas le bien qui ressort de ces thérapies. Un bien qui n’est pas seulement physiologique (corps, mental), car il contribue à réorienter en profondeur certaines histoires familiales ou personnelles, à dénouer des liens psychologiques, à établir les consultants dans une grande paix. A travers tout cela, émerge une nouvelle compréhension de la vie – de la Vie – ; de nouveaux chemins spirituels à l’écart des religions instituées se dessinent ; tandis que la bible, sur laquelle je travaille depuis longtemps, prend une saveur inédite.


À PROPOS DE L'AUTEUR


L’auteur est sociologue des religions, prêtre. Il a publié notamment chez Bayard "A la recherche de soi ; la bible et notre vie intérieure" (2006), Catholicisme, zones de fracture (2010), et La liturgie catholique; quarante ans de pratique (2015) aux Presses Universitaires de Rennes. Après avoir été délégué du diocèse de Paris pour les relations avec les musulmans, il travaille depuis quelques années sur les nouvelles spiritualités.

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Seitenzahl: 171

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Âmes en souffrance

notre catalogue complet sur

saintlegerproductions.fr

© Saint-Léger éditions, 2022.

Tous droits réservés.

Nicolas de Bremond d’Ars

Âmes en souffrance

Libérer la mémoire familiale

Dénouer le passé lointain

Tout ce que nous avons à

faire est d’explorer la

mémoire matérielle et

spirituelle de notre corps

Emanuele Coccia, Métamorphoses

Introduction

On ne se débarrasse pas facilement de la question du Mal. Elle nous rattrape dès que nous avons le dos tourné, et bien que nous élaborions diverses réponses, elle resurgit d’une façon ou d’une autre.

Éprouver du mal, qu’on l’écrive avec un « M » ou un « m » – ce qui est déjà un choix significatif –, n’est pas forcément négatif. On ne peut bien entendu le souhaiter à personne ! Mais quand même, il arrive que des personnes sortent renforcées d’une épreuve, d’une souffrance, d’une catastrophe. On parle alors parfois de la « résilience », cette capacité à rebondir quand on a atteint le fond de la piscine, du précipice ou de la noirceur. Dans la plupart des cas, la personne qui sort de son mal a reçu une aide plus ou moins importante, et parfois s’en est tirée seule. Elle en conserve des blessures qui l’accompagnent jusqu’au bout.

C’est de cela qu’il s’agit à propos de la thérapie transgénérationnelle : une assistance apportée par des personnes qui mettent en œuvre une thérapie originale, dont beaucoup d’« usagers » leur sont très reconnaissants. Pas tous, mais sans doute beaucoup. La thérapie transgénérationnelle est une aide pour affronter des questions concernant le mal-être et la souffrance physique, la malchance, l’échec et les impasses de la vie. Elle s’inscrit dans l’arsenal des pratiques auxquelles de plus en plus de personnes ont recours parce que les disciplines de soin « officielles », c’est-à-dire ayant une existence légale, manifestent leur impuissance. Une de plus, pourrait-on dire.

Tant mieux ! Ou tant pis, puisque nombre de « thérapeutes » (souvent autoproclamés) n’échappent pas à la critique de « charlatanisme », « abus d’autorité », et autres épithètes peu glorieuses. Comment distinguer ce qui est juste ?

J’ai rencontré la thérapie transgénérationnelle parce qu’on m’en a parlé. Ma formation de sociologue des religions y a vu un terrain nouveau, celui des thérapies dites « nouvelles », dont je savais qu’elles séduisent un large public. En discutant avec les thérapeutes, j’ai compris aussi que derrière ces nouvelles pratiques thérapeutiques il y a tout un monde de représentations qui se met en place peu à peu, et qui échappe précisément aux religions établies. Quand on me parle de chakra-couronne, je sais que je ne suis pas dans le christianisme ordinaire !

Et puis l’idée qu’on puisse influencer les ancêtres, alors que la représentation commune dit qu’ils sont définitivement partis, ce n’est pas banal. D’un point de vue strictement scientifique, tout ce que j’entendais s’apparentait à des calembredaines pour esprits avides de merveilleux. Un vrai travail scientifique pouvait démonter ces supercheries. Sauf que les résultats pratiques, concrets, sont là. Pour en avoir le cœur net, j’ai expérimenté moi-même la thérapie, en soumettant un problème organique concret. Je n’ai pas eu à m’en plaindre, au contraire. Alors je veux bien admettre qu’il y a un effet placebo, bien sûr, c’est toujours possible. Mais je ne peux pas dire que les centaines de consultations menées par les trois thérapeutes ne portent que sur l’effet placebo. Cette attitude s’apparenterait à de l’idéologie.

J’ai proposé donc aux thérapeutes d’enquêter sur cette thérapie, en leur disant que je n’écouterai que les consultants. C’est un choix de méthode qui me donne du recul par rapport aux explications que donnent les thérapeutes. On sait très bien que tout professionnel a besoin de justifier sa pratique par un discours assez élaboré. Il en gomme les difficultés, et ça donne l’impression que c’est très cohérent et très rationnel.

Écartons donc provisoirement les thérapeutes. Je vais rendre compte ici de la façon dont les usagers de la thérapie transgénérationnelle parlent de l’expérience qu’ils ont vécue. Parce que c’est eux, finalement, qui vont conforter les propos des thérapeutes, ou, au contraire, les décrier. Et puisque ces thérapeutes ne pratiquent leur « art » que si une clientèle leur vient, celle-ci n’est mobilisée que par le bouche-à-oreille. Les clients sont les meilleurs juges de la qualité de ce qui se fait dans cette thérapie.

Plus d’une trentaine d’entre eux ont accepté d’en parler. Ils seront le socle sur lequel je vais prendre appui pour découvrir un « autre monde », un monde au-delà des perceptions habituelles, et pourtant en interaction constante avec la réalité quotidienne.

Le chemin est périlleux. D’un côté, je dois effectuer un travail critique, pour savoir si, oui ou non, la thérapie est crédible d’un point de vue scientifique. Pour cela il faut que j’interroge chaque étape du processus de consultation. Inutile d’attendre la fin du livre pour comprendre que je ne pourrai pas trancher. Néanmoins, j’aurai posé un certain nombre de questions qui sont indispensables si on veut continuer d’enquêter. Et d’un autre côté, je dois « rendre justice » à tous ces consultants qui m’ont fait confiance et qui pensent que cette thérapie est bonne. Parmi eux, beaucoup de gens qui savent se servir de leur raison critique, et qui font la part des choses. Il n’y a en effet pas de raisons pour dénigrer la thérapie.

Alors, que faire ? Ma position sera la suivante. Je ne sais scientifiquement pas ce qu’il se passe dans ce processus, tout cela est très en dehors des sentiers battus. Mais la rigueur avec laquelle procèdent les thérapeutes me fait dire que la liberté des consultants n’est pas affectée. Il y a une perspective heureuse pour les gens, il y a une éthique réelle dans le travail. Je fais donc confiance, en me disant que dans un certain nombre d’années on y verra peut-être plus clair. En résumé, je parie sur l’avenir. Tant que les consultants en ressortent plus libres et plus heureux, il n’y a pas de raison de les taxer de superstition.

De quoi parle donc la thérapie transgénérationnelle ? J’ai mentionné un « autre monde ». C’est une expression que l’on retrouve dans certaines religions (dont le christianisme), mais qui peut aussi bien être complètement « laïque ». Et afin de dissiper toutes les équivoques, je précise tout de suite que c’est un monde au milieu de notre monde. Car la thérapie transgénérationnelle concerne les ancêtres, ces personnes qui, quelques années ou quelques siècles auparavant (si ! si !) nous ont précédés. Des ancêtres ou aïeuls dont les actions nouent/enchaînent les actions de leurs descendants. Ces nœuds vont être identifiés par le processus de thérapie, et seront dénoués. Les consultants verront alors leurs capacités de vie augmenter.

Je vais donc suivre approximativement le protocole de thérapie pour exposer cela, grâce à ce que m’ont raconté les interviewés.

Qui sont alors ces témoins qui vont nous parler, par mon entremise ? Des hommes et des femmes, de toutes conditions sociales, aux croyances diverses. L’un est musulman, l’autre athée ou agnostique, beaucoup ont un ancrage catholique qu’ils préservent ou, au contraire, dont ils s’éloignent. Sur les centaines de noms qui ornent les fichiers de clientèle des trois femmes qui pratiquent la thérapie transgénérationnelle, ils sont plus d’une trentaine à avoir accepté de parler1. Ce n’est pas représentatif, mais suffisant pour entendre ce qu’on expérimente. Qu’ils en soient vivement remerciés.

Il y a les mécontents : « Alors déjà la première chose, j’ai pas du tout du tout aimé… »2, qui l’expriment avec plus ou moins de vigueur. Leur présence dans cet échantillon est indispensable. Cela contrebalance les enthousiastes qui voudraient recommander cette pratique qui les a « sauvés », à leurs dires. Et entre les deux… toutes les opinions sont présentes. J’ai retranscrit les entretiens, et conservé le style brut, oral, pour ne pas interférer avec ce qu’ils disent. Bien évidemment, ce qui permettrait d’identifier les gens n’apparaît pas. Mais le corpus des entretiens est disponible pour un travail de recherche scientifique ultérieur3.

Je commence par le protocole de séance, et je décortique chapitre après chapitre ce qui se passe, et comment on peut le comprendre. Je garde pour la fin la question des compétences des thérapeutes, parce que ne le devient pas qui veut, c’est un « don » particulier. On peut appeler cela mediumnité. Pour moi, le médium est quelqu’un qui, pour une raison physiologique inconnue, reçoit dans son corps une relation particulière avec… le passé ? L’avenir ? L’inconscient du consultant ? Bref, le médium est un passeur.

Ce livre est donc écrit pour explorer l’univers qui se donne à voir dans la pratique de la thérapie transgénérationnelle. C’est un monde vraiment différent de ce qu’on nous enseigne aux écoles, ou bien dans les catéchismes, et ça vaut la peine d’essayer de le comprendre. Et puis, qu’est-ce que ça fait, d’aller suivre une ou plusieurs séances de thérapie ? Quel bénéfice en tirer ? Comment peut-on parler d’une « libération » ? Mais je cherche à aller plus loin.

Car les représentations associées à cette thérapie changent beaucoup la manière de comprendre la vie. Les thérapeutes se « promènent » dans un univers qui est plutôt éloigné des catéchismes de tous ordres. Cet univers est peuplé de « puissances, principautés, dominations », comme dit l’apôtre Paul, le temps ne s’écoule pas de la même façon, ce qui met en cause les « savoirs » habituels de la religion. Je ferai donc référence à la Bible pour tenter de montrer implicitement que les textes fondateurs perçoivent déjà ces réalités particulières, mais que les savoirs religieux, je pense ici aux catéchismes et aux vulgarisations théologiques4 qui ont été édifiés dessus, ont sélectionné les textes, et soigneusement écarté ce qui n’allait pas dans leur sens. Autrement dit, il y a « du religieux », mais pas celui auquel on est habitué – et ce n’est pas simplement un savoir ésotérique réservé à des initiés.

Un dernier point pour ne pas prendre le lecteur en défaut. Je suis moi-même allé consulter, comme je l’ai dit plus haut, et c’est cette expérience vécue qui me permet de parler plus précisément de certains aspects de la séance. Car les témoins sont assez évasifs sur la manière dont ça se passe, et ça se comprend : on ne ressort pas neutre de ce qui s’est passé, donc on a tendance à oublier les détails. En connaissant le protocole, je peux mieux décrypter ce qui s’est passé. Et résonner avec les interviewés, qui m’ont, pour le coup, mieux accepté comme interlocuteur.

Bien sûr, il ne faut pas se leurrer : tout n’est pas sympathique dans ces nouveautés. En particulier, le point qui importe le plus aux thérapeutes qui offrent la thérapie transgénérationnelle, c’est que la liberté des personnes augmente, et pas qu’elle diminue. L’éthique est au cœur de leur pratique, parce qu’il est très facile d’avoir une emprise sur les gens : « Alors, cela étant, j’ai un fils… qui va mal,… et donc lui il fait de la thérapie transgénérationnelle, et avec un charlatan, un gars de V., et ça me fout une trouille ! [Ça] se voit ! Dans son regard, dans la façon dont il manipule mon fils, il le fait à distance tout le temps. »5. Et puis, au-delà de cette influence, il y a tout simplement le fait que c’est déstabilisant d’être en décalage avec la raison scientifique, d’une part, et avec ses propres croyances aussi. Il faut gérer cet écart, et ce n’est pas facile pour tout le monde !

Mais, face au mal et au malheur, lorsque les aides habituelles ne marchent pas, pourquoi ne pas tenter autre chose ? Ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas comment font les « coupeurs de feu » qu’il ne faut pas y envoyer les malades qui souffrent de leur cancer. Les services d’oncologie des hôpitaux le savent bien. Eh bien, pareil pour la thérapie transgénérationnelle. Ce n’est pas parce que, pour certains, « ça sent le soufre », qu’il faut rester peureusement dans ses souffrances. Il y a parfois des responsabilités à prendre, des audaces qui sauvent. Surtout quand on a la chance d’avoir des « thérapeutes » qui observent une éthique rigoureuse.

1Des entretiens de vingt minutes à plus d’une heure. Ils sont intégralement transcrits.

2Entretien du 4 février 2020.

3 Après retranscription, le texte a été envoyé à l’interviewé, qui a apporté les corrections qu’il/elle souhaitait.

4 Comme on le sait, le « catéchisme » a été inventé au XVIe siècle, avec le Concile de Trente. Mais il y avait déjà des savoirs religieux auparavant chez les chrétiens d’Europe.

5 Entretien du 24 septembre 2019.

Chapitre 1

Mal-être

Lorsque nous ne sommes plus assaillis par des ennemis identifiables, ceux qui viennent « de l’étranger » avec des armes ; lorsqu’aucune épidémie ne rôde plus en cherchant aveuglément ses proies6 ; lorsque la sécurité alimentaire n’est plus menacée par une famine généralisée ; lorsqu’aucune de ces menaces ne se concrétise, comme c’est le cas dans nos pays européens depuis plusieurs générations, nous n’avons pas, pour autant, évacué la présence du « mal ».

Il y a, par exemple, tous ces moments où je réfléchis sur ma vie, sur son déroulement, et au cours desquels j’ai l’impression de ne plus rien maîtriser. Les situations se déroulent, et je n’ai pas de prise sur elles. J’aimerais bien faire ceci, ou me comporter comme cela, mais, comme le dit le dicton : « chassez le naturel, il revient au galop », et je me retrouve à agir à l’opposé de ce que j’avais décidé.

Je peux en rendre responsable ma nature ou ma psychologie, mais cela ne fait que repousser le problème. Comme le dirait l’apôtre Paul : « Le bien que je veux, je ne le fais pas, et je fais le mal que je ne veux pas »7. Formule choc, lapidaire, qui exprime parfaitement le ressenti de nombreuses personnes.

À d’autres moments, j’ai l’impression d’être le jouet de « puissances » qui ont décidé de mes actes sans moi. Je les appelle ici « puissances » pour bien montrer que je suis, précisément, réduit à l’impuissance. Les puissants sont les autres, je ne sais d’ailleurs pas bien les identifier, ça peut être ma propre nature, ou bien les vrais « autres » : famille, amis ou ennemis non identifiés, et vagues personnages que je ne connais pas encore.

Dans des contextes bien particuliers, on parlerait de « sorciers » ou d’envoûteurs, de jeteurs de sort. Ma volonté est comme contrecarrée, et je suis conduit, dans les cas extrêmes, à engager des actions qui sont contraires à ce que j’estime raisonnable. Heureusement que cela n’a pas toujours des conséquences dommageables ! Mais quand même, c’est une partie de moi-même qui est quasiment aliénée.

Quelle est l’origine de cette impuissance, de cette non-maîtrise de ma vie ? Ce n’est pas de la « démaîtrise », parce que pour « lâcher prise » il faut avoir d’abord eu une prise. Quand on n’en a pas, et qu’on court après, qu’est-ce donc ? Mystère… énigme.

Et puis, si je ne maîtrise pas ma vie, cela n’est pas forcément grave. Ce sont des choses qui arrivent, on ne peut pas tout contrôler.

Pourtant, il arrive que le fait de ne pas maîtriser, comme si on était un joueur de cartes novice, avec les cartes mal tenues en main et jetées en dépit du bon sens sur la table de jeu, ait des conséquences sur autrui. Je ne maîtrise pas, et notamment mes relations aux autres. Je n’y arrive pas, je suis à côté de la plaque malgré mes efforts et je ne trouve pas les attitudes adéquates lorsque je suis dans telle ou telle situation. Résultat, je me fais rembarrer, on me méprise, je cause du tort, et toutes sortes de conséquences peu souhaitables. « Je me rendais bien compte que tout ce que je faisais, de toute façon ça me revenait en pleine face. Et il y a des mécanismes, j’ai bien compris qu’il y avait des schémas répétitifs et tout, des choses qui me dépassaient… »8.

Le contexte est familial, ou bien professionnel : « Et fin 2017, j’ai eu un souci professionnel… à savoir tout d’un coup… on n’a plus les compétences pour faire ce qu’on fait déjà depuis des années, et donc je me suis retrouvée dans une position assez difficile, douloureuse, même. Se sentir éjectée, mais en face : non, non ! rien ! Et moi, j’étais très déprimée, et je suis retournée voir I. »9

Quand il s’agit de la famille, bien sûr, les conséquences sont plus harassantes parce que c’est censé être un lieu plus paisible quand la vie professionnelle, de son côté, est le lieu de la compétition impitoyable. Alors, la souffrance est peut-être plus grande : « Donc je me suis dit : ma belle-mère s’est engueulée avec ses parents, je vois que mon mari s’engueule avec ses frères et sœurs, il n’est pas question, quoi que ça me coûte, que mes enfants s’engueulent entre eux »10.

Le mal, ça peut être tout simplement une sorte de malaise, une sensation que les choses ne sont pas à leur place. Je ne sais plus comment me comporter pour que les relations que j’essaye d’entretenir avec les autres tournent bien. Je suis peut-être la victime, ou bien l’inverse : l’empêcheur de vivre. Au fond, ce qui m’importe ici, et qui est usant, fatiguant, c’est que je n’aboutis pas à une certaine paix avec les autres.

Je ne connais pas la raison de cet état de fait. Je n’ai pas d’explications, et si je vais voir un psychologue, il va m’aider, peut-être, mais c’est toujours sur moi que retombe l’effort à faire. Or, j’ai bien l’impression que je ne suis pas seul en cause. Après tout, pour nouer une relation, il faut être deux ou plus ! Pourquoi la responsabilité n’en serait-elle pas partagée ? Je souffre dans mes relations, mais où gîte la responsabilité ? Chez qui ?

Pas bien dans mes relations, et pas bien dans ma vie. C’en est une conséquence, mais ça peut en être une cause. Après tout, peut-être que si je commençais à m’aimer moi-même, je pourrais aimer les autres – et tout s’harmoniserait : « Alors j’ai connu la thérapie transgénérationnelle, en fait, par une psychologue qui m’accompagne, et qui m’a proposé ça parce que le travail, en fait, patinait un peu, quoi. Et elle sentait des choses qui étaient… moi aussi d’ailleurs, qui étaient enfouies, sur lesquelles j’arrivais pas à mettre de mots, enfin »11.

Parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Quelque chose d’inaccessible, sur lequel je ne peux pas mettre la main, et qui travaille au fond sans que je puisse quoi que ce soit. J’en souffre, je suis désaccordé, et je découvre à cette occasion qu’il y a de l’inconnu en moi. Je ne suis peut-être pas celui/celle que je crois être. Si on me propose d’aller y voir, j’aurais sans doute peur. Mais qui ne tente rien n’a rien. C’est de ma vie avec moi-même qu’il est question.

« Quand j’ai lu le bouquin (je l’ai lu en 2 jours)12, quand j’ai fini le bouquin, c’était au mois de juillet, je m’en rappelle très bien, je me suis dit : là, il y a encore des choses à gratter en moi, c’est extraordinaire ce bouquin, pour moi c’est une vraie révélation, voilà. C’est le dernier truc que je peux trouver pour me libérer encore. Je sentais qu’il y avait encore un poids, il y avait encore quelque chose qui me… voilà, qui m’oppressait »13.

Si je ne suis pas bien, ce n’est pas seulement dans ma tête, ou dans mon cœur – cet endroit mystérieux où se rejoignent à la fois les pensées et les sentiments ; ce centre intime de soi. Parce que ma tête et mon cœur sont des parties de mon corps, ce mal-être se répercute sur ma peau, mes os, mes viscères et que sais-je encore. Lorsque je ne suis pas bien « en moi », « ça » parle dans mon corps : « À l’origine, j’avais des problèmes de colopathie fonctionnelle, que le médecin n’arrivait pas à… définir. En tout cas, ils arrivent pas… comment expliquer ça ? Il y a différentes causes à cette problématique, et ils arrivent pas à déterminer les causes en fonction des individus. Donc j’avais été dans toutes les directions : le stress, l’alimentation, qui m’a réussi un peu, mais c’était pas suffisant (…) »14.

Dans un langage commun, on dira que c’est de la somatisation. C’est parfois une façon de dire qu’on ressent physiquement des conflits qui se déroulent au plus profond. Profond de quoi, on n’en sait pas plus : du cœur, du psychisme, de l’inconscient… Bref, le mot traduit une capitulation en rase campagne du monde médical : « Alors, ce qui m’a amené à la thérapie transgénérationnelle, comme je vous disais, c’est ces gros problèmes physiques, comme je vous disais (…) Je suis ce qu’on appelle « spasmophile », ce qui veut tout et rien dire. C’est-à-dire qu’en gros le corps se crispe de partout. Alors les médecins traditionnels disent : c’est nerveux, ce qui aujourd’hui est la réponse pour vous dire : en gros, on n’en sait rien. Mais la spasmophilie, c’est le ciboulot qui « carbure »15.