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Vous vous posez des questions sur le célibat dans le monde de l'Église ? Plongez sans attendre dans cet ouvrage...
Les prêtres et les évêques vivent de nos jours un temps d’épreuve et même de crise, mais ce temps difficile peut devenir une opportunité de conversion et de croissance. Avec la grâce de Dieu et la volonté de mieux répondre à Sa Parole. S’il fut un temps où le clergé régnait en maître sur le troupeau des fidèles, au risque de verser dans le cléricalisme, l’esprit de caste et l’abus de pouvoir, ce temps est révolu. Les scandales, les humiliations et l’usure de ces dernières années ont précipité le haut et bas clergé dans un état de vulnérabilité, sinon de désarroi, qu’on reconnaît à des signes de fatigue, de tensions, et même de découragement, jusqu’à des gestes inconsidérés.
L’Esprit Saint nous invite à une écoute renouvelée et à une créativité théologique authentique émanant de la Parole de Dieu, et aimantée par une passion missionnaire qui ne néglige rien de la plantatio ecclesiae, dans la riche diversité des peuples, des cultures et des cosmovisions. Comment donc resituer l’idée même de sacerdoce dans le contexte mieux défini du service de l’Évangile dans les communautés chrétiennes ?
Le Cardinal Marc Ouellet nous offre un récit sous un angle original et pertinent !
À PROPOS DE L'AUTEUR
Préfet de la Congrégation pour les Évêques et Président de la Commission Pontificale pour l'Amérique latine, archevêque émérite du Québec, Marc Ouellet est né en 1944 à Lamotte, au Canada. Ordonné prêtre en 1968, créé cardinal en 2003, il est titulaire d'une licence en théologie et philosophie, et d'un doctorat en théologie dogmatique.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
« Ce que je venais faire au Carmel, je l’ai déclaré aux pieds de Jésus-Hostie, dans l’examen qui précéda ma profession :
je suis venue pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les prêtres. »
(Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus)
Les prêtres et les évêques vivent de nos jours un temps d’épreuve et même de crise, mais ce temps difficile peut devenir une opportunité de conversion et de croissance. Avec la grâce de Dieu et la volonté de mieux répondre à Sa Parole. S’il fut un temps où le clergé régnait en maître sur le troupeau des fidèles, au risque de verser dans le cléricalisme, l’esprit de caste et l’abus de pouvoir, ce temps est révolu. Les scandales, les humiliations et l’usure de ces dernières années ont précipité le haut et bas clergé dans un état de vulnérabilité, sinon de désarroi, qu’on reconnaît à des signes de fatigue, de tensions, et même de découragement, jusqu’à des gestes inconsidérés. Les évêques sont pris d’assaut par la gestion des cas présumés ou avérés d’abus, pas seulement sexuels1. Les résultats d’enquête sur les dernières décennies, largement publicisés, ont semé l’inquiétude, le désarroi, pour ne pas dire la panique. L’opération transparence visant à regagner la crédibilité donne lieu à des réactions rapides et contrastées. Ici, c’est la course aux solutions disciplinaires improvisées, là, c’est la proposition de thèses innovatrices, le tout ressemblant davantage à un sauve-qui-peut institutionnel qu’à une conversion en profondeur, susceptible de rassurer le peuple de Dieu et d’engendrer de nouvelles vocations.
Les prêtres se sentent inconfortables dans leur rôle, plus que jamais incompris, et même souvent soupçonnés a priori d’inconduite ou de double vie, dans un monde qui n’estime pas la chasteté et ne croit pas à un engagement d’amour définitif. Beaucoup de communautés paroissiales voient vieillir leurs prêtres et constatent qu’ils sont surchargés, débordés, voire accablés par leurs tâches et par l’atmosphère générale qui les entoure. Dans les pays de vieille chrétienté les services essentiels sont encore offerts, mais les effectifs diminuent, le moral baisse, les perspectives pastorales demeurent assez sombres, malgré l’élan missionnaire incarné par le pape François, et proposé avec force dans son Exhortation Apostolique programmatique Evangelii Gaudium.
L’avenir du célibat sacerdotal en question
Qui sur le terrain de la pastorale ordinaire ne se sent pas divisé entre deux sentiments contraires ? Car, d’une part, on insiste sur la conversion missionnaire qui devrait témoigner et engendrer l’enthousiasme ; alors que, d’autre part, on est miné intérieurement par une impression de fin d’époque où disparaissent les restes d’une pastorale d’entretien, familière au temps de chrétienté mais inopérante dans les nouveaux contextes. Comment réagir adéquatement et s’adapter aux besoins d’évangélisation, sans laquelle les pratiques d’autrefois risquent de sombrer dans l’insignifiance ? Les baptêmes diminuent, les mariages aussi, la confession disparaît malgré tous les efforts pour la restaurer, peu de prêtres disponibles pour assurer l’Eucharistie à toutes les communautés, et là où ils célèbrent, peu se précipitent pour s’en nourrir comme d’une réalité vitale. Comment réveiller la foi dans les âmes et la ré-inculturer dans un monde sécularisé ? Comment entretenir la mèche qui fume encore, et allumer le feu que le Christ est venu jeter sur la terre ?
Ces questions habitent les prêtres de façon lancinante et les interroge sur le sens et les limites de leur propre ministère. Il est clair que les recettes pastorales, qui pouvaient stimuler les communautés après l’aggiornamento du Concile œcuménique Vatican II, ne répondent plus aux problèmes d’aujourd’hui. L’engouement pour la liturgie, les structures de consultation à différents niveaux, les mouvements apostoliques, et beaucoup d’autres réalités, ont cédé le pas à des courants de sécularisation ou de revendication qui ont changé notablement les habitudes des prêtres et les exigences de leur ministère. Aujourd’hui le monde chrétien d’antan a tellement changé, la culture ambiante est tellement déracinée et modelée par d’autres valeurs, qu’on lutte non seulement pour sauver l’essentiel de la foi mais pour discerner les coutumes et les structures qui en garantissent la vitalité. D’où les interrogations récurrentes et de plus en plus critiques sur le célibat sacerdotal.
Dans un monde qui chemine etsi Deus non daretur, le modèle du prêtre à la tête d’une communauté paroissiale semble avoir fait long feu, et son style de vie n’est souvent plus compris ou estimé. La solitude, le surmenage, les périls et l’incertitude face à l’avenir inquiètent les jeunes, et motivent certains à chercher du côté de la vie religieuse au lieu de persévérer dans la voie diocésaine, ou à servir dans les diocèses à l’intérieur de fraternités sacerdotales offrant des conditions plus favorables2. Les prêtres eux-mêmes ne se sentent plus attrayants ni gratifiés par leur ministère, car ils constatent la désaffection des fidèles par rapport aux rendez-vous sacramentels, qui s’ajoute au fait qu’ils sont dispersés et peu connus sur un vaste territoire, où ils deviennent responsables d’une région couvrant plusieurs paroisses d’antan. Cette description ne couvre pas toutes les situations évidemment, et devrait être nuancée selon les contextes et les différents degrés de sécularisation. Il reste qu’elle décrit une tendance lourde qui affecte profondément la vie des prêtres et leurs efforts d’adaptation aux nouvelles conditions de la mission.
On pourrait épiloguer encore longtemps sur les difficultés de l’heure présente, mais un discours pessimiste ou amer n’apporterait rien à la cause de l’Évangile. Est-il possible de retrouver l’enthousiasme de sa propre vocation dans les conditions présentes, et de relancer la mission des prêtres d’une façon qui soit humainement viable, spirituellement signifiante et pastoralement efficace ? Comment réaliser la conversion missionnaire que le pape François incarne en sa personne, par la créativité et l’audace qu’il manifeste au milieu des difficultés et des résistances qui ne sont pas moindres que celles vécues sur le terrain des diocèses et des paroisses ?
À la recherche de voies nouvelles en contexte missionnaire
L’Église catholique est maintenant engagée à l’avantgarde de la cause écologique avec le Synode sur l’Amazone qui remet au centre de l’attention l’Encyclique Laudato si et le grand objectif planétaire d’une écologie humaine intégrale. Des dialogues prometteurs sont annoncés, et de nouvelles stratégies missionnaires se profilent qui pourraient avoir un impact à long terme sur le ministère sacerdotal, soit localement soit plus largement, étant donné l’influence globalisante d’une culture médiatique sans frontière. D’aucuns aspirent à l’adoption rapide de la solution pastorale des viri probati, c’est-à-dire des hommes mariés, chefs de familles stables, qui pourraient être ordonnés prêtres afin d’assurer la célébration eucharistique aux communautés autochtones dispersées qui semblent étrangères à la valeur du célibat. Le Synode sur l’Amazone doit traiter la question3.
Ces perspectives peuvent être alléchantes aux yeux de certains, et sources d’inquiétude ailleurs, si l’on tient compte que s’y mêlent des éléments d’idéologie et de stratégie pour aboutir à des résultats plus ambitieux et plus importants au niveau universel. Des courants de pensée libéraux, ou franchement contestataires, refont surface pour tirer parti de la situation et proposer des programmes de réforme qui vont au-delà des intentions et des orientations du Pape François. Le Saint Père a clairement placé l’opération synodale sur l’Amazone sous la mouvance du Saint-Esprit, et dans un climat de prière, de dialogue et d’ouverture à la nouveauté. Mais il compte sur la libre discussion pour assurer un discernement utile à l’évangélisation, dans un contexte où s’affrontent non seulement des idées divergentes sur l’inculturation et l’interculturalité, mais aussi des intérêts contraires et des forces hostiles à l’influence de l’Église.
Ceci dit, les nouveaux chemins d’avenir porteront des fruits évangéliques s’ils sont cohérents avec une annonce intégrale de l’Évangile, sine glosa, qui ne sacrifie rien des valeurs permanentes de la tradition chrétienne. À cette enseigne, il nous faut certes développer une créativité pastorale attentive aux caractéristiques des cultures particulières, mais il nous faut d’abord vérifier la qualité du témoignage des missionnaires, qui peuvent transmettre efficacement la foi si elle imprègne toute leur vie et motive sans ambiguïté leur style de vie et leur activité évangélisatrice. Si la sensibilité aux aspects ecclésiaux de l’inculturation et de l’interculturalité doit donner lieu à une formation missionnaire plus poussée, l’essentiel de l’évangélisation demeure toujours la conscience missionnaire personnelle et ecclésiale émanant de la rencontre intime de Jésus Christ, et de son appel à témoigner d’une Vie divine qui transcende toutes les cultures et qui, pour cette raison même, rend possible une rencontre pacifique entre la culture des missionnaires et la culture locale.
Dans cette lumière, chercher des voies nouvelles pour l’évangélisation des autochtones en Amazone signifie dépasser une approche qui se réduirait à partir des cosmovisions amazoniennes, dans un effort de synthèse interculturelle qui court le risque d’être artificielle et syncrétiste. L’unicité de Jésus Christ et, dans une certaine mesure, de la culture biblique impose un dialogue respectueux des cultures mais clairement orienté à la conversion au mystère de l’incarnation du Verbe. L’unicité transcendante de cette irruption du Verbe dans l’histoire humaine confère à la culture biblique une place à part dans le concert des nations et justifie qu’on l’enseigne à grand frais à toutes les cultures, afin de leur apporter ce à quoi elles aspirent, et vers quoi elles portent leurs valeurs et leurs limites afin d’en être illuminées, guéries et assumées au-delà d’elles-mêmes. L’Esprit Saint demeure la clef herméneutique de toute transmission de la foi d’une culture à une autre, selon une logique qui n’est pas d’abord d’idées et de symboles, mais de communion interpersonnelle dans la diversité des situations et des cultures4.
Car, en dernière analyse, l’évangélisation n’est pas un processus d’inculturation et d’interculturalité, elle précède et rend possible ce processus qui suppose la grâce de la rencontre du Christ et de l’adhésion à sa Personne. Cette grâce de conversion est facilitée par le témoignage personnel de missionnaires qui savent en Qui ils croient, et qui ne confondent pas l’annonce de Jésus Christ avec toutes les justes causes relatives à la promotion humaine, sociale et environnementale des populations à évangéliser. Mettre l’accent unilatéralement sur la dimension culturelle entraîne la critique parfois injuste des abus de l’histoire passée, et la réduction de l’évangélisation à la promotion de la dimension sociale, au détriment de la sensibilité religieuse des populations. Certains milieux sud-américains ont vu déserter les fidèles vers les sectes parce que le sentiment religieux n’était pas adéquatement intégré dans l’activité évangélisatrice.
Or derrière ces échecs et ces défauts se cache le présupposé implicite, et pas toujours reconnu, que l’évangélisation est une question d’idées, de rites, de coutumes, de valeurs et de modèles, alors qu’en réalité, tout cela est dérivé, conséquent, accessoire. L’essentiel est l’identité d’une communion, fruit d’une rencontre opérée par l’Esprit Saint entre la Parole du Père qu’est le Christ et chaque communauté humaine et sa culture. Chaque culture est ouverte en principe à cette rencontre-communion, car les semina Verbi déposées par le Créateur en toutes ses œuvres aspirent et cheminent vers leur accomplissement dans la rencontre du Verbe incarné et rédempteur. D’où l’importance de l’annonce de la Parole de Dieu par l’Église dans la puissance de l’Esprit et son fruit dans l’accueil intégral de la foi qui va jusqu’à son expression sacramentelle.
Si cette réflexion sur l’évangélisation est valable pour l’Amazone, une réflexion semblable vaut pour la “nouvelle évangélisation” des pays d’ancienne chrétienté. Si on la confond avec une modernisation des mœurs et des coutumes, afin de rendre le christianisme plus recevable malgré ses avatars historiques, on est condamné à l’échec, et les gens ne sont pas dupes des recettes superficielles qu’on leur propose pour maintenir l’intérêt de l’institution ecclésiale. Ou l’Église propose le Jésus authentique qui est identique au Christ de la foi, ou elle perd la raison d’être de sa mission, et les nouveaux pouvoirs aux moyens gérés par des mains hostiles auront tôt fait de la rendre caduque et superflue. La vague actuelle de persécutions laisse augurer un avenir difficile pour l’institution ecclésiale, mais elle opère une purification en faisant émerger des témoignages héroïques qui montrent à l’évidence le Christ ressuscité toujours présent et agissant au cœur du monde.
Ces considérations peuvent sembler lointaines et superflues en regard de la problématique des prêtres, de leur nombre insuffisant, de leur style de vie incompris, de leur solitude et manque de fraternité, de leur spiritualité déficiente ou purement fonctionnelle. Pourtant l’Église ne peut pas se priver de leurs services ou leur chercher des succédanés sans trahir sa mission. Elle n’a pas le droit de se résigner à une pénurie de vocations sacerdotales et religieuses, et de se réinventer avec les moyens du bord en prétendant être à la hauteur de sa mission. Qui mesurera l’énergie missionnaire que les prêtres déploient en rendant présent le Christ qui baptise, qui absout, qui consacre et se donne en nourriture, en offrant à tout venant sa charité pastorale qui console les affligés, secourt les mourants, visite les pauvres et guérit les malades ? L’urgence missionnaire interpelle toute l’Église et en particulier religieux et laïcs, mais comment rendre opérative cette conscience missionnaire, si ce n’est en montrant que le sacerdoce des baptisés et le sacerdoce des prêtres font cause commune à partir du principe et de l’essence même de la mission ?
Les conditions d’un renouveau sacerdotal
Poser cette vaste question nous oblige à réfléchir plus en profondeur sur les enjeux de la recherche missionnaire actuelle qui ne peut faire l’économie de la théologie, sous peine de trahir l’objectif principal de l’évangélisation. L’Esprit Saint nous invite donc d’abord à une écoute renouvelée et à une créativité théologique authentique émanant de la Parole de Dieu, et aimantée par une passion missionnaire qui ne néglige rien de la plantatio ecclesiae, dans la riche diversité des peuples, des cultures et des cosmovisions. Comment donc resituer l’idée même de sacerdoce dans le contexte mieux défini du service de l’Évangile dans les communautés chrétiennes ?
C’est le défi que pose ce livre concernant le sacerdoce et le célibat, dont les esquisses élaborées en diverses circonstances abordent les questions d’un point de vue nouveau, mais ancré dans la Tradition, sans isoler cette vocation ni l’exalter au-dessus des autres, sans réduire la diversité des vocations et des charismes à un commun dénominateur, adoptant une approche pour ainsi dire symphonique, cherchant à mieux voir l’harmonie des différentes vocations qui gravitent autour de la conception catholique du sacerdoce.
Les traités du sacerdoce qui parlent du presbytérat abondent et constituent une richesse indiscutable de la tradition ecclésiale. La doctrine de l’épiscopat, bien que plus importante, n’a été développée systématiquement que récemment au Concile Vatican II, et elle demeure à parfaire et mettre en œuvre. Le diaconat permanent a été rétabli par le dernier concile et se consolide dans plusieurs régions de l’Église, tout en cherchant encore son unité doctrinale et pastorale.
Les réflexions ci-incluses ont l’originalité de resituer la doctrine du sacerdoce dans un contexte ecclésiologique global, interprété en perspective sacramentelle et missionnaire, à partir d’un horizon trinitaire et d’une vision pneumatologique généralement absente des traités classiques. Il résulte du point de vue adopté une vision fondamentalement relationnelle, qui interprète en perspective nuptiale le rapport du Christ à l’Église, la participation ecclésiale et d’abord mariale à l’unique sacerdoce du Christ, de même que le sens fondamental de la vie consacrée comme profession solennelle du baptême.
L’idée de médiation sacerdotale est d’abord décrite en termes christologiques et pneumatologiques à partir du mystère pascal. Elle est participée premièrement en Marie qui incarne la perfection de l’exercice du sacerdoce baptismal. Elle se prolonge dans l’institution du sacerdoce hiérarchique avec ses différents degrés qui se distinguent essentiellement du sacerdoce commun, et pas seulement comme une question de degrés5. Cette question complexe et délicate au point de vue œcuménique reçoit dans ces pages un approfondissement trinitaire et pneumatologique, qui établit d’une façon radicale la nature relationnelle et l’ordination mutuelle des deux participations à l’unique sacerdoce du Christ.
La question du célibat sacerdotal est reprise en profondeur face aux multiples objections qui ne cessent de le mettre en cause et d’invoquer son abolition. Il s’agit ici non seulement de défendre les raisons traditionnelles de la discipline de l’Église latine, mais de les approfondir et d’en montrer la pertinence aujourd’hui et précisément dans les contextes difficiles, où l’on serait tenté d’en finir avec une pratique reconnue valable en principe, mais décomptée en pratique, et destinée finalement à céder le pas à d’autres priorités missionnaires et pastorales.
Cet aperçu très synthétique que je viens de formuler est à retracer dans les diverses contributions de ce livre, qui sont assez récentes mais clairement articulées en fonction de cette synthèse, que ce soit dans les conférences sur l’épiscopat, le presbytérat, le célibat, le rapport entre Marie et le sacerdoce, le rapport entre le sacerdoce commun et le sacerdoce hiérarchique, la spiritualité sacerdotale, le tout unifié par un apport pneumatologique que j’oserais qualifier de systématique, même si le Saint Esprit ne se laisse enfermer dans aucun système.
Le lecteur constatera que la vision ici proposée sort des sentiers battus en tenant compte des sciences humaines, mais ne se laisse pas déterminer par elles, conservant un point de vue théologique, méthodologiquement vital et prudent, pour éviter qu’on trafique la doctrine catholique du sacerdoce et du célibat à l’aune des besoins ressentis ou supposés de certaines situations pastorales extrêmes. Une tradition apostolique incontestable de continence totale quant aux exigences de la vita apostolica pour les Apôtres et leurs successeurs, de même que pour les prêtres et les diacres une fois ordonnés, qui a été conservée avec des hauts et des bas dans la tradition latine, ne se laisse pas relativiser au nom d’impératifs pastoraux qui cachent parfois le vrai problème.
Car, au fond, la baisse des vocations à la prêtrise dépend de bien des facteurs d’ordre statistique, culturel et ecclésiologique, mais on ne peut nier qu’elle dépende aussi, et sans doute d’abord, d’une crise de la foi6. Familles moins nombreuses, revalorisation du mariage et de la sexualité, réintégration du presbytérat dans un nouveau cadre ecclésiologique, tout cela joue un rôle non négligeable, mais la crise de la foi, liée à un déficit christologique et donc trinitaire, sape à la base la motivation décisive pour répondre à un appel à tout quitter pour suivre le Christ. Si cela est vrai, il faut prévoir que l’abandon par l’Église de sa discipline du célibat pour ses ministres du second degré du sacerdoce aurait un impact incalculable et tout à fait prévisible sur les vocations à la vie consacrée sous toutes ses formes. Si le célibat n’est plus une valeur décisive pour l’exercice du ministère sacerdotal, la vie religieuse elle-même en ressort dévalorisée et reléguée au second plan au profit de la fonction sacerdotale. Il serait opportun de se poser la question suivante : que reste-t-il de vie consacrée dans le célibat dans les communautés de tradition protestante ?
Aujourd’hui plus que jamais la sagesse pastorale de l’Église et la créativité théologique doivent surmonter une mentalité rationaliste qui domine bien des milieux universitaires et des bancs d’essai pastoraux, pour relancer la culture vocationnelle et l’avenir du ministère sacerdotal à partir d’une vision cohérente du célibat comme état de vie7 qui soit capable d’enthousiasmer, de motiver et de rendre capable non seulement d’agir avec une conviction contagieuse, mais aussi de souffrir le refus et la persécution sur le modèle de la vie apostolique des origines. L’annonce de la Parole de Dieu et la célébration des sacrements ont un autre impact quand la foi du ministre est d’abord proclamée par son état de vie, qui confère à sa prédication un poids ou un feu, jaillissant de l’Esprit, de sa vie complètement donnée à Son Seigneur dans le ministère. Cela est attesté en Amazone par des prêtres qui font l’expérience d’être accueillis et intégrés dans les communautés locales en raison précisément de leur célibat. On peut alors au moins se poser la question de savoir s’il ne serait pas contreproductif pour l’évangélisation d’introduire une alternative au célibat sacerdotal.
La vie apostolique des origines n’a rien perdu de son actualité : ce que Jésus a instauré comme témoignage de continence totale comme Époux de l’humanité, et qu’il a exigé de ses Apôtres et de leurs successeurs, demeure la forme de vie évangélique qui incarne la Communion trinitaire offerte à l’humanité épousée. À preuve, le statut et le style de vie des évêques qui, au long des siècles, demeure invariable et incontesté en Orient comme en Occident. Elle demeure aussi l’idéal pour les prêtres qui participent au second degré du mystère du sacerdoce, en tant que représentants du Christ Tête et Époux, voulant aimer l’Église Épouse du même Amour dont elle est aimée par son Seigneur et Époux8.
L’heure présente de l’Église “en sortie” ne gagnerait pas, à mon sens, à réduire les exigences du sacerdoce au nom d’impératifs culturels et pastoraux régionaux, afin d’assurer de soi-disant services essentiels qui ne sont pas, ou plus sentis comme tels, dans les pays de provenance des missionnaires. Il vaudrait mieux miser sur une proclamation renouvelée du kérygme, c’est-à-dire de la Parole de Dieu qu’est le Christ, pour faire voir en Lui avec les yeux de l’Esprit la kénose de Dieu dans l’histoire, qui plonge le vrai croyant dans un abîme d’adoration et de disponibilité sans limite, afin que cet Amour ne reste pas sans réponse, qu’il exige tout à juste titre, qu’il rende totalement amoureux de Jésus et désireux de s’identifier à Lui en toute humilité et vérité, pour l’amour de l’Amour.
La mission en Amazone comme ailleurs ne peut pas progresser sur une base de slogans plus ou moins idéologiques, appuyés sur des considérations valables mais secondaires par rapport à l’objectif essentiel de l’évangélisation : donner le Christ9. Les nouvelles voies de la mission pour composer un visage autochtone de l’Église doivent partir, là comme ailleurs, de la Parole de Dieu contemplée dans toute sa beauté, qui peut ravir des personnes de toutes les cultures et leur inspirer le désir d’embrasser le célibat comme un témoignage d’amour, dans un état de vie qui suppose un dépassement des valeurs de la première création en vertu de la grâce de la nouvelle création dans le Christ10.
Pour la promotion de la vocation sacerdotale intégrale
Les considérations qui précèdent n’ont aucunement l’intention de freiner l’élan et la créativité du Synode sur l’Amazone qui propose à juste titre une recherche audacieuse de nouvelles voies d’inculturation et de présence missionnaire, afin que l’Église y acquière le visage qui correspond à une évangélisation intégrale. Ces réflexions critiques veulent surtout approfondir son propos essentiel, et mettre en garde contre le danger d’en rester à une créativité superficielle. Évitons la tentation de troquer l’audace évangélique des grands saints qui inspirent le pape François (François d’Assise, Ignace de Loyola, Thérèse de l’Enfant Jésus, la Sainte Famille de Nazareth), pour des nouveautés humaines bricolées et incertaines qui risquent d’affadir le sel de l’Évangile au lieu de rendre l’Église plus évangélisatrice et rayonnante dans et par les cultures locales, parce que plus engagée en tous ses membres dans une relation nuptiale avec le Christ. Cet objectif sera atteint à moyen et long terme si l’on promeut à grand frais la vocation sacerdotale intégrale, c’est-à-dire la communion entre le sacerdoce commun des baptisés et le sacerdoce hiérarchique des ministres de l’Évangile.
Que ce soit auprès des familles à orienter vers le sacrement du mariage, et à protéger contre toute violence faite aux femmes et aux enfants, que ce soit auprès de la jeunesse exposée de nos jours à toutes les distractions et déviances, et condamnée à l’oisiveté ou à l’errance sur la toile, que ce soit dans les milieux de travail, de loisir ou de vie publique, la prédication vigoureuse et la fréquentation contemplative de la Parole de Dieu doivent engendrer une culture vocationnelle où la vie elle-même est comprise comme vocation et donc mise en perspective de dialogue, d’Alliance et de mission. Une telle culture vocationnelle suppose une pastorale vocationnelle articulée et animée, entre autres, par des prêtres célibataires et heureux de l’être malgré tous les dérapages et tout le tapage à l’encontre.
Des prêtres qui soient d’authentiques “amis de l’Époux” détachés d’eux-mêmes et passionnés d’Évangile, des prêtres kérygmatiques et pastoraux, capables d’accompagner les personnes et les communautés avec miséricorde et discernement au sens du Pape François, des prêtres soutenus paternellement par leur évêque et par la fraternité concrète de leur presbyterium ou de leur communauté d’appartenance, des prêtres formés à la “spiritualité de communion”, qui sachent apprécier et promouvoir les charismes dont l’Esprit enrichit les croyants, des prêtres enfin dont la quête de sainteté ne soit pas rigide et narcissique, mais toute pétrie de charité pastorale, et donc orientée vers le service de la sainteté du peuple de Dieu.
Voilà ce qu’un synode sur le visage autochtone de l’Église en Amazone ne peut prendre pour acquis mais doit promouvoir en s’inscrivant de plein pied dans la mouvance vocationnelle de Christus vivit, l’Exhortation Apostolique post-synodale du Pape François, adressée aux jeunes et à tout le peuple de Dieu. Cela signifie replacer au premier plan la prière, l’invocation de l’Esprit Saint, la réflexion théologique et la créativité pastorale, non seulement à propos d’inculturation et d’interculturalité, mais d’abord de culture vocationnelle, si l’on veut atteindre le grand objectif d’une Communauté ecclésiale authentiquement catholique, locale et particulière, en mission salvifique au moyen d’une écologie humaine intégrale fondée sur le Christ.
Par ailleurs, l’objectif de ce Synode ne peut pas se limiter étroitement à cet espace géographique, il doit intégrer la singularité planétaire de l’Amazone dans une recherche anthropologique adéquate, balisée par saint Jean-Paul II, et répondant à la culture de mort qui s’est maintenant emparée de la planète sur le plan éthique, culturel, environnemental et géopolitique. Sauver l’Amazone et ses richesses culturelles au plan environnemental, humain et ecclésial, c’est sauver l’espérance de l’humanité qui apprend pour le meilleur et pour le pire que “tout est interconnecté”, et que son avenir passe par le dialogue sur la “maison commune” inspiré de la doctrine sociale de l’Église, en vue d’une mondialisation de la solidarité. À l’instar de la passion missionnaire qui anime le recherche actuelle sur l’Amazone, les “disciples missionnaires” du Christ, engagés au nom de Son Amour dans un état de vie consacré, célibataire ou marié, sont les mieux motivés et outillés pour sauver l’espérance de l’humanité en incarnant ensemble le témoignage de l’Esprit Saint, “l’Agent principal” et “le terme de l’évangélisation” qui sème à tout vent la joie de l’Évangile : « Jésus veut des évangélisateurs qui annoncent la Bonne Nouvelle non seulement avec des paroles, mais surtout avec leur vie transfigurée par la présence de Dieu. (…) Comme je voudrais trouver lesparoles pour encourager une période évangélisatrice plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d’amour profond, et de vie contagieuse ! Mais je sais qu’aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec l’Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Église évangélisatrice. Avant de proposer quelques motivations et suggestions spirituelles, j’invoque une fois de plus l’Esprit Saint, je le prie de venir renouveler, secouer, pousser l’Église dans une audacieuse sortie au dehors de soi, pour évangéliser tous les peuples. (…) Il n’y a pasde plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à vouloir calculer et contrôler tout, et de permettre à l’Esprit de nous éclairer, de nous guider, de nous orienter, et de nous conduire là où il veut. Il sait bien ce dont nous avons besoin à chaque époque et à chaque instant. On appelle cela être mystérieusement féconds ! »11
1 Depuis l’observatoire privilégié de ma fonction de préfet de la Congrégation pour les évêques, je constate de près l’évolution de la situation et l’ampleur de la purification en cours.
2 On constate cette tendance en France, par exemple, où la proportion des vocations sacerdotales qui s’orientent vers la Communauté Saint-Martin est étonnante.
3 SYNODE DES ÉVÊQUES, Assemblée spéciale pour la région pan-amazonienne : L’Amazone : nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale – Instrumentum laboris, n°129, §2.
4 SAINT Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii Nuntiandi, n°75 : « Il n’y aura jamais d’évangélisation possible sans l’action de l’Esprit Saint (…). On peut dire que l’Esprit Saint est l’agent principal de l’évangélisation : c’est lui qui pousse chacun à annoncer l’Évangile et c’est lui qui dans le tréfonds des consciences fait accepter et comprendre la parole du salut. (cf. Concile Œcuménique Vatican II, Ad Gentes, n°4). »
5 CONCILE ŒCUMÉNIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l’Église, Lumen Gentium, n°10 : « Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, s’ils diffèrent essentiellement et non pas seulement en degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre, puisque l’un comme l’autre participe à sa façon de l’unique sacerdoce du Christ. »
6 Cf. BENOÎT XVI, Lettre apostolique en forme de Motu proprio Porta fidei, 11 octobre 2011 : « Depuis le commencement de mon ministère comme Successeur de Pierre, j’ai rappelé l’exigence de redécouvrir le chemin de la foi pour mettre en lumière de façon toujours plus évidente la joie et l’enthousiasme renouvelé de la rencontre avec le Christ. Dans l’homélie de la messe pour l’inauguration de mon pontificat je disais : “L’Église dans son ensemble, et les pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude”. Il arrive désormais fréquemment que les chrétiens s’intéressent surtout aux conséquences sociales, culturelles et politiques de leur engagement, continuant à penser la foi comme un présupposé évident du vivre en commun. En effet, ce présupposé non seulement n’est plus tel mais souvent il est même nié. Alors que dans le passé il était possible de reconnaître un tissu culturel unitaire, largement admis dans son renvoi aux contenus de la foi et aux valeurs inspirées par elle, aujourd’hui il ne semble plus en être ainsi dans de grands secteurs de la société, en raison d’une profonde crise de la foi qui a touché de nombreuses personnes. »
7 Cf. HANS URS VON BALTHASAR, L’état de vie chrétien, Johannes Verlag, 2016, Original allemand 1977.
8 Cf. SAINT JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis, n°29 : « L’Église, comme Épouse de Jésus Christ veut être aimée par le prêtre de la manière totale et exclusive avec laquelle Jésus Christ Tête et Époux l’a aimée. »
9 Cf. SAINT JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Tertio millenio adveniente, n°6 : « Nous touchons ici le point essentiel qui différencie le christianisme des autres religions, dans lesquelles s’est exprimée dès le commencement la recherche de Dieu de la part de l’homme. Dans le christianisme, le point de départ, c’est l’Incarnation du Verbe. Ici, ce n’est plus seulement l’homme qui cherche Dieu, mais c’est Dieu qui vient en personne parler de lui-même à l’homme et lui montrer la voie qui lui permettra de l’atteindre. C’est ce que proclame le prologue de l’Évangile de Jean : “Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui l’a fait connaître” (1, 18). Le Verbe incarné est donc l’accomplissement de l’aspiration présente dans toutes les religions de l’humanité : cet accomplissement est l’œuvre de Dieu et il dépasse toute attente humaine. C’est un mystère de grâce. Dans le Christ, la religion n’est plus une “recherche de Dieu comme à tâtons” (cf. Ac 17, 27), mais une réponse de la foi à Dieu qui se révèle : réponse dans laquelle l’homme parle à Dieu comme à son Créateur et Père ; réponse rendue possible par cet Homme unique qui est en même temps le Verbe consubstantiel au Père, en qui Dieu parle à tout homme et en qui tout homme est rendu capable de répondre à Dieu. Plus encore, en cet Homme, la création entière répond à Dieu. Jésus Christ est le nouveau commencement de tout : en lui, tout se retrouve, tout est accueilli et est rendu au Créateur de qui il a pris son origine. De cette façon, le Christ est la réalisation de l’aspiration de toutes les religions du monde et, par cela même, il en est l’aboutissement unique et définitif. »
10 Cette observation vaut pour le presbytérat, et encore davantage pour la vie consacrée qui risque, elle aussi, d’être comprise d’une façon fonctionnelle, au détriment de la signification fondamentale et prophétique de la consécration à Dieu. Cf. CONGRÉGATION POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACRÉE ET LES SOCIÉTÉS DE VIE APOSTOLIQUE, Repartir du Christ – Un engagement renouvelé de la vie consacrée au troisième millénaire, Librairie éditrice vaticane, 2002.
11 PAPE FRANÇOIS, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n°259-261 ; 280.
« Qui a l’épouse est l’époux ;
Mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend,
est ravi de joie à la voix de l’époux.
Telle est ma joie, et elle est parfaite.
Il faut que lui grandisse et que moi je diminue. »
(Jn 3, 29-30).
À l’occasion de l’octroi d’un Doctorat in Divinity honoris causa de Saint-Mary’s Seminary and University de Baltimore (USA), j’ai eu le privilège d’offrir une méditation théologique en hommage à la Compagnie de Saint-Sulpice pour ses 225 ans de service en formation sacerdotale aux États-Unis. Monseigneur Sylvain Bataille et la Société Saint-Jean-Marie Vianney m’ont invité à partager cette méditation avec vous ici à Ars en ce lieu fort symbolique de la sainteté sacerdotale, ce dont je vous remercie en me recommandant à vos prières et à l’intercession de Saint Jean-Marie Vianney.
On m’avait laissé libre de choisir le thème de mon intervention. J’avais d’abord pensé à la réflexion de l’Église sur la famille ces dernières années et au besoin fortement ressenti d’une effusion nuptiale de l’Esprit Saint dans la culture actuelle. Comme ce thème est largement traité dans l’Exhortation Apostolique Amoris Laetitia, il m’est ensuite apparu que sa juste mise en œuvre pastorale requiert une effusion nuptiale de l’Esprit Saint sur les autres états de vie, afin d’assurer la convergence et la cohérence du témoignage de l’Église.
J’ai donc choisi le thème du sacerdoce, qui demeure central dans la réforme actuelle de l’Église et dont je voudrais traiter non pas isolément, mais dans le cadre de l’ecclésiologie trinitaire, eucharistique et nuptiale mise en route par le Concile Œcuménique Vatican II. La Constitution dogmatique Lumen Gentium affirme que « le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, s’ils diffèrent essentiellement et non pas seulement en degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre puisque l’un comme l’autre participent à sa façon de l’unique sacerdoce du Christ »12.
Depuis plus de 25 ans, j’ai longuement réfléchi à cette différence essentielle et à cette ordination mutuelle des deux modes de participation à l’unique sacerdoce du Christ, en constatant un manque d’intégration systématique de cette doctrine dans l’ecclésiologie conciliaire et post conciliaire. Cette assertion du Concile arrive en effet à la fin de la section sur le sacerdoce commun, traité en priorité au chapitre deuxième sur le peuple de Dieu, dans le but de sauvegarder, semble-t-il, la spécificité du sacerdoce ministériel. C’est une assertion lourde d’implications théologiques, pastorales et œcuméniques, que les théologiens n’ont pas fini d’approfondir, malgré l’abondante littérature post conciliaire en ecclésiologie.
