Amour aveugle - Sophie Détample-Caron - E-Book

Amour aveugle E-Book

Détample-Caron Sophie

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Beschreibung

"Tu es plus forte que la tempête !" Les yeux rivés sur la tour Eiffel, Vanessa répète son mantra pour la troisième fois ; ça l'aide un peu. Elle a piqué une crise de nerfs à son travail et s'est retrouvée aux urgences psychiatriques. Rien ne va plus. Parviendra-t-elle à se sortir indemne de cette relation toxique qui l'a tant fragilisée ? Ses meilleures amies Laurence et Véronique sont là. Mais ça ne suffit pas. Elle se sent malheureuse, amoindrie. Elle a tant besoin d'amour ! Mais qui est cet homme charmant et si élégant qui s'approche d'elle sans la voir ? La lueur d'un espoir fou surgit au coeur de la nuit.

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Seitenzahl: 271

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Table des Matières

Avant-propos

CHAPITRE 1 – Fabien – L’intransigeance

CHAPITRE 2 – Vanessa – Force ou faiblesse

CHAPITRE 3 – Amitiés – Révélations

CHAPITRE 4 – Une nuit mouvementée

CHAPITRE 5 – Jean-Édouard – Le mystérieux

CHAPITRE 6 – Vanessa – Désespérance

CHAPITRE 7 – Laurence – Mésaventures

CHAPITRE 8 – La force chez l’homme

CHAPITRE 9 – Affaires de cœur

CHAPITRE 10 – Surprises

CHAPITRE 11 – Amitié ou Amour ?

CHAPITRE 12 – Le temps d’un aveu

CHAPITRE 13 – Pitié ou Amour ?

Épilogue

Remerciements

En attendant,

À propos de l’auteur

DU MÊME AUTEUR

Romans

La Nounou,

éd. Jets d’Encre, 2017

La Secte du bâton doré,

éd. Jets d’Encre, 2018

Une ombre au tableau,

éd. Jets d’Encre, 2019

Naufrages en miroir,

éd. Amazon, 2021

Le Club des 13 : crimes et sentiments,

éd. Amazon et Bookelis, 2020

Une vie au-delà du réel

, éd. Amazon, 2022

Chacun de ces ouvrages est disponible à la vente en format papier et numérique sur Amazon.fr

Littérature jeunesse

(contes et livrets illustrés)

Les Aventures de Cathy la souris

, (collection de 4 livres), éd. BOD, 2020 à 2022

La Sorcière et la portion ratée

, éd. BOD, 2022

Un soir, une histoire

, éd. Jets d’Encre, 2018

Un jour, un conte

, éd. Amazon, 2021

(recueils de poèmes)

Poésies choisies

, éd. Amazon, 2019

Poésies masquées

, éd. Amazon, 2020

***

AVERTISSEMENT

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2 et 3 a, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à son utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou des ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

– Avant-propos –

Cher lecteur,

Avant de vous plonger dans les aventures amoureuses inédites que raconte ce livre (c’est mon huitième roman), laissezmoi vous confier un petit secret.

Certains professionnels de l'édition m'ont fait remarquer que je n'avais pas une ligne éditoriale précise et que cela était préjudiciable à ma carrière de romancière ; ainsi, pour pallier ce petit problème de "calage", j'ai décidé de revenir, pendant quelque temps, à mes premières amours. Souvenez-vous de mon premier bébé publié en 2017, une romance contemporaine, intitulée La Nounou. Vous l'avez beaucoup aimée ! L'année dernière, en 2022, je vous ai proposé une romance paranormale, Une vie au-delà du réel ; vous l'avez lue avec un très grand intérêt.

Aujourd’hui, au beau milieu du printemps 2023, je vous présente une nouvelle romance contemporaine, intitulée Amour aveugle. J'espère de tout cœur que cette histoire vous plaira.

Le titre prévu en première intention était Tu es plus forte que la tempête mais, après avoir reçu l’avis éclairé de plusieurs personnes, comme je n’ai pas écrit un feelgood, mais bien une romance, ayant une connotation psychologique importante, j'ai préféré changer le titre. Après réflexion, Amour aveugle s’est naturellement imposé ; il se révèle bien plus parlant et fidèle à l’histoire, vous vous en rendrez rapidement compte.

J’espère sincèrement que ce roman vous séduira ; si c’est en effet le cas, n'hésitez pas à laisser un commentaire sur Amazon, Babelio ou sur une autre plateforme et, si vous en avez l’occasion, parlez-en autour de vous. Cela est toujours une aide très précieuse, voire indispensable, pour les petits auteurs comme moi. Dans le cas où vous auriez des remarques ou des questions, je vous invite à m’en faire part en utilisant l’onglet « contact » sur mon site : « les-pensees-de-sophie.fr ».

Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture et vous dis à très vite pour de nouvelles aventures...

Amicalement

Sophie

CHAPITRE 1 – Fabien – L’intransigeance

Le pervers narcissique, manipulateur, vit dans un monde à part. Dans sa bulle il n’existe que lui. Lui et personne d’autre. La victime n’est qu’un pion qu’il déplace à sa guiseau cours de la relation.(Julien Lorcy, champion du monde de boxe anglaise)

— Dégage de là. Tu n’es même pas capable de faire à manger correctement ! Fabien saisit brutalement le couteau de cuisine des mains de Vanessa qui était en train de couper les pommes de terre en morceaux.

— Mais je… peux t’aider si tu… as besoin de moi.

— DÉGAGE ! je te dis… Et ne me réponds pas ! Obéis ! ou sinon…

Le couteau relevé, Fabien s’approche à quelques millimètres du visage de sa compagne. Les yeux injectés de sang, il la toise de son regard haineux.

Frissonnant, Vanessa baisse les yeux et s’éclipse le plus discrètement possible. Pour éviter une cascade de violence, elle retient ses larmes, et décide de monter jusqu’à sa chambre. Elle a tout juste le temps d’entendre :

— Put… enlève tes chaussures quand tu montes ! Décidément, tu ne comprendras jamais rien, bordille !

Vanessa ferme doucement la porte et tourne la clé dans la serrure, faisant le moins de bruit possible, au cas où, avant de se jeter sur son lit, pour y déverser avec amertume toutes les larmes que ses glandes lacrymales peuvent encore fabriquer.

Elle se sent seule, affligée, déboussolée et terriblement mal dans sa peau. Pourquoi cet homme qu’elle aime tant lui parle-t-il ainsi ? Cela doit être de sa faute. Après tout, il a raison, elle est mauvaise cuisinière depuis toujours et quand il se met au fourneau le résultat est tellement bon ! Et puis, que lui a-t-il pris de le provoquer ainsi en lui tenant tête, lui proposant ses services alors qu’il lui a tout bonnement demandé de se taire, de se pousser, et de le laisser faire. Pourtant, elle sait qu’il est toujours à fleur de peau ; elle aurait dû simplement accéder à sa requête sans chercher à le contrarier. Dans le fond, quel mal son homme a-t-il fait ? Il a pris le relais, compensant sa propre incapacité à elle, et est en train de leur faire à manger à tous les deux ; c’est bien là une preuve d’amour, non ? Sa mère lui avait bien dit qu’on reconnaissait l’amour d’un homme à ses actes et non à ses mots. C’est sûrement vrai !

Elle se souvient alors de la façon si tendre dont ils se sont rencontrés, il y a trois ans. Elle sortait d’une rupture sentimentale douloureuse, elle était partie après avoir surpris son amoureux dans son lit avec sa meilleure amie, histoire tristement banale. Vanessa s’était sauvée en courant et pleurant, puis s’était écroulée de fatigue sur un banc. Fabien, qui passait à ce moment-là, faisant son footing soporifique du soir, s’était arrêté, l’avait abordée très gentiment et s’était assis à côté d’elle. Elle s’était confiée. Il l’avait consolée en lui disant que lui-même n’aurait jamais fait une chose pareille, que lorsqu’il donnait son cœur à une femme, elle devenait une reine à ses yeux et qu’il faisait tout pour la combler. Ces paroles avaient touché Vanessa en plein cœur. Et quand Fabien lui avait proposé de venir chez lui pour la nuit, la jeune femme avait naturellement dit oui. Il s’était montré doux et respectueux et l’avait accueillie dans ses bras toute la soirée sans jamais abuser d’elle. Dans ce cocon douillet, Vanessa s’était sentie réconfortée et respectée. Elle n’en est jamais repartie ! Et c’est là que leur idylle a commencé.

Toc, toc, toc ! De retour dans son inconfortable réalité présente, Vanessa sursaute ; elle ne l’a pas entendu monter. Elle se racle la gorge avant de répondre. Heureusement qu’elle a cessé de pleurer !

— Oui ? dit-elle faiblement.

— C’est moi ! Viens manger, s’il te plaît, le repas est prêt. Je te laisse cinq minutes pour arrêter de chialer, tu sais que je n’aime pas ce genre de cinéma de gamine ! Je t’attends en bas.

— D’accord, je vais descendre.

Vanessa inspire profondément et expire lentement. Cette fois, elle prête attention aux bruits environnants, perçoit la pendule qui sonne huit coups et entend les pas de son homme qui s’éloignent ; il redescend les escaliers. Elle se dépêche de remettre correctement en place la couette et les oreillers, aère la chambre pendant qu’elle fait un saut rapide dans la salle de bains. Elle asperge son visage d’eau froide, applique de l’anticerne sous ses yeux gonflés, met une touche de fond de teint hydratant sur son visage bouffi, rajoute un trait d’eye-liner au bord de ses paupières et un peu de gloss sur ses lèvres. Elle retourne prestement dans sa chambre, enfile une jolie robe fleurie et referme la fenêtre, puis se dirige rapidement vers le salon, au rez-de-chaussée. Il lui aura fallu quatre minutes trente seulement pour ainsi s’apprêter !

— C’est bien, tu es à l’heure et très belle, ma chérie ! Assieds-toi, je te prie, tu vas te régaler.

— Merci Fabien. C’est très gentil d’avoir préparé à manger.

Vanessa s’assoit, se sentant honteuse. Elle se demande ce qu’il lui a pris de se mettre encore dans des états pareils. Décidément, c’est pourtant bien vrai qu’elle réagit de façon excessive et terriblement immature !

— Il fallait bien que quelqu’un de compétent le fasse dans cette baraque !

Aïe ! Une nouvelle pointe vient de traverser son cœur encore fragilisé. Vanessa préfère ne pas relever la remarque. Il n’a pas voulu me blesser, pense-t-elle, et puis, dans le fond, il a raison !

Fabien a perçu son hésitation :

— Allez, mange, ça va refroidir !

Vanessa, tête baissée, s’exécute ; mais le dîner a du mal à passer tant sa gorge est serrée. Chaque bouchée qu’elle avale en force est ressentie comme une torture ; elle a un nœud dans la gorge. Peu importe. Elle se fait violence mentalement et se traite de tous les noms. Il lui semble entendre les paroles de sa mère comme un écho dans sa tête : tu n’as pas honte ? Tant de petits enfants meurent de faim… Qu’estce que c’est que ce caprice ? Tu n’as qu’à ne pas être aussi susceptible, ma pauvre fille ! Elle se force à manger et ingurgite la totalité de son assiette.

— Alors, c’est bon ? Tu ne m’as rien dit ! quémande Fabien.

— Oui, très bon ! Un délice !

— Oui qui ?

— Oui, mon chéri !

Fabien la regarde d’un air triomphant et rajoute :

— Heureusement que je suis là, hein ? Sinon tu mourrais de faim.

Pourquoi se sent-elle embarrassée par cette simple remarque ? Pire, pourquoi éprouve-t-elle du dégoût à chaque parole prononcée par son partenaire ?

— Alors, ma chérie, tu ne me réponds pas ? Qui t’a mangé ta belle langue ?

Fabien lui adresse un sourire ; cela faisait longtemps ! Mais Vanessa n’est pas dupe ; cette gentillesse soudaine n’est pas totalement désintéressée.

— Oui, Fabien, tu as raison ! Heureusement que tu es là.

— C’est très bien. Tu as bien appris ta leçon !

Nouveau sourire.

— Allez, viens là, ma belle, surenchérit-il.

Vanessa sait déjà comment la soirée va se terminer. Elle n’a pas vraiment envie de se donner à cet homme qui lui a crié dessus tout à l’heure ; mais elle sent sa chair si faible et son cœur si fragile ! Elle a tant besoin d’un peu de tendresse… Elle s’approche de lui et s’assied sur ses genoux. Il soulève ses cheveux et lui caresse le cou. Que c’est bon ! Sa peau réagit déjà à son contact. Il lui tire légèrement les cheveux pour incliner sa tête vers l’arrière et l’embrasse goulûment. La jeune femme lui rend son baiser. Enfin, son homme s’est calmé, ils vont passer un moment agréable ! Il laisse glisser son autre main sur sa poitrine qu’il caresse et enserre avec avidité et, dans un même élan, lui pince les tétons. Vanessa sursaute. Aïe ! Elle déteste cela, mais ne peut pas le dire, car sa bouche est restée prisonnière des lèvres de son homme et il s’amuse à mordiller les siennes. Elle adore ! Malgré la situation et le pincement des tétons, sa libido commence à se réveiller. Elle sent une main descendre progressivement le long de son dos et frissonne, tandis que l’autre main se faufile doucement dans sa culotte, cherchant un passage entre ses jambes qu’elle écarte par réflexe ; c’est plus fort qu’elle ! Un doigt s’infiltre dans son intimité, lui arrachant un gémissement. Avec un professionnalisme évident. Son clitoris s’en trouve stimulé. Dans un état second, Vanessa entend la voix mielleuse de Fabien lui demander :

— C’est à qui ça ?

Elle n’a pas envie de répondre. Personne n’appartient à personne, et les différentes parties de son propre corps sont à elle ; mais elle ne souhaite pas non plus que ce moment d’excitation, de montée de désir et d’avidité de plaisir, s’interrompe ; c’est si bon ! Alors elle répond docilement ce qu’il veut entendre :

— À toi, mon chéri !

Il l’embrasse une nouvelle fois, insistant énergiquement sur ses mouvements de langue, en attrapant ses cheveux à pleine main et les tirant légèrement, en signe de possessivité. En même temps, il poursuit assidûment la stimulation de l’intimité de cet être qui ne peut résister à un tel traitement. Il le sait bien. Elle tente mentalement de se contenir, de se raisonner, elle n’aime pas se sentir aussi dépendante, soumise, vulnérable ; mais, c’est plus fort qu’elle, Vanessa ne parvient plus à garder la maîtrise de son excitation et craque ! Elle commence à jouir, malgré elle, entre ces doigts invasifs et experts. Se sentant triomphant, Fabien retire sa main d’un seul coup ! Vanessa ressent instantanément une sensation de vide terrible et brutal. Elle soupire et ose formuler une légère plainte :

— Mais je… n’avais pas fini et…

— Menteuse ! l’interrompt-il, tu es trempée ! Tu en voulais encore, ma petite salope ? Tu aimes ça, hein ? Mais tu es trop gourmande, on verra plus tard, si tu es sage. À mon tour maintenant ! Allez, hop, à genoux ! ordonne-t-il.

Vanessa n’insiste pas. Elle a peur que cela ne dégénère à nouveau et qu’il ne se mette en colère. Elle s’exécute et lui dégrafe son pantalon. L’homme pousse sur sa tête et introduit son membre dans sa bouche en disant :

— Allez, lèche-moi bien et suce jusqu’au bout ! Surtout n’en perds pas une goutte ! Si tu es sage, tu en auras encore.

La bouche pleine et élargie par l’enflure de l’organe de son homme demande à la jeune femme des efforts de concentration. Elle le masse avec sa langue. La respiration de Fabien s’accélère, l’imminence de l’issue de son plaisir se fait sentir. Pour la guider, Fabien pousse plus fort sur la tête de sa partenaire pour que son pénis atteigne les parois du fond de sa gorge. Il râle et jouit dans sa bouche. Vanessa manque de s’étouffer. Elle avale rapidement le flot de liquide pâteux. La tête de la jeune femme lui tourne, elle a la nausée. Elle ne comprend pas pourquoi elle commence à être écœurée par le liquide séminal de son homme. C’est pourtant plein de vitamines ! Elle a lu cela dans un magazine féminin, la semaine dernière !

Vanessa se relève. Elle a mal aux genoux, une raideur dans le cou, la gorge lui brûle, sa nausée ne se calme pas et sa culotte est toujours mouillée. Elle se sent sale ; il faut absolument qu’elle se lave.

— Alors, c’était bon, n’est-ce pas ? l’interroge Fabien, ne se rendant pas compte du malaise évident de sa compagne.

En proie à une nouvelle torture mentale, Vanessa n’a pas envie de répondre ; mais craignant toujours ses réactions, dit :

— Oui, mon chéri ! Excuse-moi, il faut que j’aille me laver !

— Tu as raison, crasseuse, répond-il sans aucun scrupule.

Et il rajoute :

— Rase-toi mieux la prochaine fois ! Tes poils repoussent et c’est franchement dégueulasse. Tu devrais avoir honte.

Vanessa reçoit comme une flèche dans le cœur cette nouvelle remarque désobligeante. Elle s’en veut d’être aussi sensible. Quelle imbécile est-elle d’ainsi s’attarder sur quelques mots maladroitement prononcés ! Après tout, il lui dit certaines choses dans un souci sincère d’amélioration, pour lui rendre service ! Cet homme l’aime et vient de le lui prouver ; sinon il n’aurait jamais pu jouir dans sa bouche ! N’est-ce pas un signe de confiance et de partage intime, ça ? Elle se console ainsi, se douche, se lave la gorge et les dents au moins dix fois et… fignole son rasage intime. Ses parties génitales sont en feu, elle doit se tartiner une tonne de pommade apaisante avant d’aller se coucher.

Fabien dort déjà. Il n’a pas tenu sa promesse de la satisfaire ; ce n’est pas grave. Vanessa n’a plus envie de se prêter à des ébats amoureux, à présent. Elle s’endort aussi, le cœur lourd, se sentant vide, triste, incomprise et aussi… horriblement ingrate.

CHAPITRE 2 – Vanessa Force ou faiblesse ?

Tu es plus forte que la tempête !

3 h du matin. Le jour n’est pas levé. La tête encore ensommeillée et les idées embrouillées par des pensées contradictoires, Vanessa sort de la station de métro du Trocadéro, se dirige, à pas assurés, vers la tour Eiffel et y jette son regard tendre et attentif, un peu comme un rituel. Pour se réchauffer malgré le froid, et se donner de l’assurance, en admirant son monument préféré si symbolique, Vanessa se répète son mantra à elle : « Tu es belle, magique, protectrice, rassurante. Tu es et resteras la plus forte malgré la tempête. » Cet imposant édifice de métal s’étirant en s’effilant majestueusement vers le haut a toujours su lui remonter le moral par la force et la stabilité qu’il incarne.

Il est très tôt. Les boutiques et les bars sont encore fermés. Seuls quelques étalages, commencent à prendre forme sur la grande place dallée. De jeunes sportifs de rue s’amusent à faire toutes sortes de figures avec leur planche à roulettes, leur vélo ou leur trottinette électrique, à la lueur des réverbères. Tout en observant distraitement ce spectacle familier, Vanessa continue à se diriger d’un pas assuré vers le centre d’affaires du Trocadéro de Paris. Elle introduit la clé dans la petite serrure et la tourne. Elle enclenche la poignée, tape son code et exerce une pression mesurée sur la porte blindée, donnant sur un sas sécurisé. Vanessa actionne rapidement le mécanisme spécifique pour empêcher que l’alarme ne se déclenche et pénètre enfin par la petite entrée sur le côté, donnant sur la réserve, à proximité du placard à balais. Elle prépare les chariots à ménage, comme d’habitude, et peut enfin commencer son travail. Ici, c’est elle qui a été désignée responsable de l’entretien d’une trentaine de bureaux VIP, de quatre appartements privés et d’une salle de séminaire.

4 h. L’équipe de choc arrive. Des bises et des poignées de main s’échangent. Tout le monde s’installe autour d’un café, dans la kitchenette qui leur sert de quartier général.

— Vous êtes combien ce matin ? demande-t-elle.

— Un, deux, trois, quatre, cinq… douze ! répond Gustave.

— Merci ; récapitulons, complète Vanessa, Béatrice est toujours malade ? Romain en accident de travail, Kilian en dépression, sans compter Dominique et sa grossesse pathologique ; Chantal est à l’hôpital à cause de son appendicite fulgurante, Sylvie vient de m’appeler, elle s’est plantée en voiture et ne pourra pas venir aujourd’hui… Il nous manque Robert et Virginie ; ils sont où ces deux-là ? Ont-ils prévenu quelqu’un ? Une panne de réveil peut-être ? Qu’ont-ils fait hier soir ? La bringue ? Allez, dites-le-moi, qui sait quelque chose ? François ?

Ce dernier rougit, mais ne répond rien. Il n’a pas envie de vendre son meilleur ami.

— Alors ? insiste Vanessa en le toisant.

— Je n’en ai aucune idée, ment-il.

Vanessa n’est pas dupe, mais préfère leur laisser croire le contraire.

Elle explique :

— Nous sommes douze sur vingt, c’est vraiment peu, s’attriste-t-elle. On va être obligé de mettre les bouchées doubles pour tout boucler ; ça va être difficile. Il va falloir se bouger et faire le taf, car sinon, nous serons obligés d’avoir recours à des intérimaires et vous savez ce que cela signifie, n’est-ce pas ? Véronique, peux-tu nous rafraîchir la mémoire ?

— Oui, répond-elle, nos primes d’automne et de Noël vont sauter et ça va être galère pour acheter les cadeaux et organiser les fêtes de fin d’année ; déjà que nous n’avons pas de treizième mois !

— Voilà ! confirme Vanessa. Donc, on fonce, on se serre les coudes et on fait tout le boulot efficacement même si on est en sous-effectif, d’accord ?

Cette femme de vingt-huit ans n’a pas une once de méchanceté ; son physique ordinaire, ses yeux noisette et ses cheveux châtains qui retombent sur ses épaules en de fines baguettes ne lui confèrent rien d’exceptionnel. Ses formes, comme son allure, sont assez effacées. D’une nature discrète, elle a du mal à tenir ce rôle de « chef » qui lui met la pression. Le DRH de l’entreprise d’entretien et de gestion qui l’a embauchée n'a rien trouvé de mieux que de lui asséner d’office cette fonction, bien ingrate pour elle. Elle aurait mieux fait de refuser et de postuler un emploi de bureaucrate dans lequel elle aurait géré des plannings de gestion du personnel à distance ; c’eût été nettement plus simple pour elle. Elle n’aurait pas eu besoin de venir sur place comme actuellement. Pourtant, efficace et courageuse, la responsable n’hésite jamais à mettre les « mains dans le cambouis », au cœur de son équipe qu’elle considère sur un pied d’égalité.

— Allez, nous verrons cela plus tard. Maintenant, il est temps de se mettre au boulot, les gars. Nous devons avoir tout bouclé pour 8 h ; les premiers arrivants se pointeront probablement vers 8 h 30. Sans compter ceux qui logent sur place ! Heureusement, ce matin, nos quatre appartements sont vides. Je vous laisse consulter le tableau que je vous ai épinglé sur la porte pour savoir qui fait quoi. Nous ne ferons pas de pause ce matin, nous n’en avons plus le temps. Allez, go, go, go !

Sur un ton mi-plaisantin, mi-sérieux, et malgré sa morosité du jour, Vanessa sait insuffler le dynamisme nécessaire à son équipe pour la motiver. Comme elle se sent moralement « vidée », aujourd’hui, elle a désigné Laurence pour travailler en duo à ses côtés. Les deux femmes vont préparer ensemble la salle de séminaire. Cette trentenaire brune aux yeux bleus, à l’allure élancée, aux cheveux très courts, bouge son corps sans grâce ni manières, le laissant évoluer avec aise et désinvolture, comme le ferait un homme. Sa seule présence a l’art de l’apaiser. Malgré sa petite poitrine, son charme naturel, son regard pénétrant et son sourire malicieux, son teint mat, ses fossettes et son beau derrière rebondi séduisent tout le monde. D’ailleurs, François ne se gêne pas pour exprimer couramment sa pensée de façon assez crue, dès qu’elle a le dos tourné, en disant : « Cette nana a du chien et des couilles, je me la ferais bien ! »

À peine cinq minutes après en avoir reçu l’ordre, chaque membre de l’équipe vaque à son poste respectif. Vanessa et Laurence s’activent consciencieusement dans la salle de séminaire. Tandis que l’une fait la poussière de la pièce, l’autre astique l’immense table de réunion. Laurence en profite pour interpeller Vanessa sans détour.

— Vané, tu n’as pas l’air en forme ce matin. Qu’est-ce qu’il y a ? Comment s’est passée ta soirée d’hier ?

— Bien, Lo !

Laurence n’est pas née de la dernière pluie et se rend compte, au comportement de sa collègue, que quelque chose ne va pas. Supérieure hiérarchique ou pas, elle s’en fiche. C’est une personne entière, authentique. C’est une justicière dans l’âme, une « empathe », depuis sa naissance. Même si Vanessa s’évertue à le camoufler, Laurence ressent bien que sa collègue se trouve en grande détresse morale. Elles sont enfin seules toutes les deux, c’est donc l’occasion propice pour crever l’abcès. Laurence surenchérit :

— Non, tu ne vas pas bien !

Vanessa rougit et ne répond pas. Elle se met à astiquer le coin de la table avec frénésie. Laurence pose doucement sa main sur la sienne pour interrompre son geste.

— Regarde-moi dans les yeux, lui dit-elle.

Vanessa relève la tête et, face à cette douceur si sincère et pénétrante qu’elle lit dans l’âme de sa collègue, les larmes débordent de son cœur et s’écoulent le long de ses joues, de façon autonome.

Pour la consoler, Laurence enlace sans pudeur celle qu’elle considère depuis longtemps déjà comme son amie. Vanessa pleure à chaudes larmes et se confie alors à cette épaule offerte.

— Si tu savais… Fabien est très gentil, mais…

— Tu fais erreur, Vané ! Cet homme n’est pas gentil ! C’est un vil, un fourbe, un manipulateur.

— Mais non ! C’est moi qui suis trop naze. Il a raison de se fâcher après moi, je ne sais rien faire. Regarde cette équipe ! Je ne suis même pas capable de la gérer correctement.

— C’est faux, Vané ! Si seulement tu voulais bien arrêter de te dévaloriser constamment et ouvrir les yeux sur ta relation amoureuse qui n’en est pas du tout une ! Ça vient de lui, tout ça ! Cet homme est un poison. Il est en train de te détruire à petit feu.

— Mais non, tu as tort ! Cet homme m’aime, je t’assure.

— Alors, dans ce cas, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi te sens-tu si vide, si malheureuse, si mal dans ta peau ?

Vanessa adore Laurence. C’est la seule qui sache prendre sa défense en lui renvoyant toujours une image si positive d’elle-même ; elle est si gentille ! Mais c’est bien elle la véritable aveugle, pense Vanessa, car Laurence ne sait pas voir toutes ses incompétences et toute la noirceur de son cœur. Elle l’idéalise ! Vanessa a conscience de son intérieur pourri, nul, bidon, raté ; elle sait qu’elle n’aurait jamais dû naître. Fabien l’a recueillie par charité, par bonté d’âme. Cet homme est un saint d’ainsi l’héberger sans lui demander un centime ! Il mérite largement d’être adulé et remercié ; et elle, Vanessa, ne sait que se plaindre et penser du mal de lui. C’est bien elle la mauvaise, et Laurence lui dit des bêtises.

— Allô, tu m’écoutes ?

Laurence se rend parfaitement compte de ce que son amie est en train de se faire happer par une maudite spirale descendante sévissant dans son mental fatigué. Vanessa s’écarte, s’essuie les yeux du revers de sa manche.

— Oui, oui, excuse-moi, je suis un peu fatiguée en ce moment et mes émotions sont à fleur de peau. Ça va aller, ne t’inquiète pas. Je te remercie d’être là pour moi, mais il va falloir s’activer maintenant, nous n’avons pas fini.

Laurence hausse les épaules en soupirant et lance une boutade pour détendre l’atmosphère.

— Oui, chef, bien, chef !

Et, joignant le geste à la parole, elle fait un salut militaire de la main et se remet prestement à astiquer les sièges, ainsi que le bureau principal de la salle.

La situation professionnelle et personnelle de Vanessa demeure bancale depuis trois ans et elle paraît à la limite du burn-out. Toute l’équipe le sait, chacun se passe secrètement le relais pour l’épauler, car, quoi qu’il en soit, elle est très appréciée. Quand elle crie et pique des crises exagérées, chacun se jette de petits airs entendus et la laisse parler, attendant que l’orage passe ; jusque-là, cela fonctionne à peu près.

Le travail terminé, les collègues se saluent avant de se séparer, comme d’habitude, sur les pavés du Trocadéro, face à la tour Eiffel. Ils se retrouveront dès le lendemain matin. Vanessa récite à nouveau son mantra mental en regardant « son » monument : « Tu es belle et protectrice, tu es plus forte que la tempête ! »

Mais la mission du jour n’est pas finie pour Véronique, Laurence, François, Henri et Vanessa qui s’engouffrent dans le métro pour se rendre « porte de Montreuil ». Ils vont rejoindre Jérôme Viton, le frère de Véronique et gérant d’un tout nouveau petit hôtel familial à deux pas du marché aux puces.

Il est 8 h 45 quand ils arrivent. Comme à l’accoutumée, Jérôme les accueille avec du café et des petits croissants.

— Je vous dois bien ça ! précise-t-il, refusant tout remerciement.

Jérôme vient de monter ce concept « d’hôtel familial et populaire à bas prix » pour aider son meilleur ami, Jean-Édouard de Cône. Ce dernier, encore en deuil de son père, le seul parent qui l’a élevé, a hérité l’année dernière d’un vieux bâtiment composé d’un grand appartement au rez-de-chaussée et de plusieurs étages regroupant une vingtaine d’anciennes chambres de bonnes. Il a usé de toute la liquidité de son héritage et des trois quarts de ses économies personnelles pour rénover cette construction dans le but d’en faire un hôtel à orientation sociale et humaine. Mais, pris dans le tourbillon des tâches administratives, Jean-Édouard a mal évalué l’investissement requis et ne dispose plus du budget nécessaire pour le faire fonctionner. Jérôme a alors proposé à son ami de travailler pour lui, de 9 h à 13 h, pendant trois mois gratuitement. Son initiative a été suivie par sa sœur Véronique et quatre de ses amis. Ce matin, comme tous les autres, le quatuor vient s’occuper des chambres, de l’accueil et du repas de midi. Ensuite, ils prendront leur repas ensemble puis rentreront chacun chez soi, vers 14 h.

Malgré sa très grande reconnaissance, dont Jérôme se fait le porte-parole, le fameux Jean-Édouard n’a jamais croisé personne ; cet homme mystérieux est régulièrement au centre des conversations entre Véronique et Laurence, hilares. Vanessa se contentant d’acquiescer discrètement. Il a d’ailleurs été baptisé « l’homme mystère » ; elles s’amusent même à l’imaginer, voire en dessiner différents hypothétiques portraits-robots.

Ce mercredi 12 octobre, de retour à la maison vers 15 h, Vanessa se fait couler un bain pour se délasser sans prendre le temps de boire un café après son repas. Fabien n’est pas encore rentré de son travail. Étant agent immobilier, il a eu des rendez-vous toute la journée. La jeune femme regrette déjà de s’être ainsi laissé aller à se confier à Laurence. Qu’est-ce qui lui a pris d’étaler sa vie privée, et pire : se plaindre de son compagnon si dévoué, faisant quotidiennement tout pour la satisfaire ? Décidément, elle se sent sale, ingrate, odieuse. La fatigue commence à la gagner, le travail a été éreintant aujourd’hui ; ou peut-être que c’est la résultante de trop d’émotions ? Vanessa s’endort dans son bain. Tout à coup, elle sent l’empreinte d’une main glacée dans son dos et se réveille en sursaut.

— Qu’est-ce que c’est ?

Il n’y a rien, elle se sent ridicule. Elle est juste dans un bain glacé depuis plus d’une heure ! Heureusement que Fabien n’est pas encore rentré. Elle doit être prête quand il arrive, pour le recevoir dignement. Il n’aime pas la voir négligée. Vanessa ne prend pas le temps de se rincer avec un peu d’eau chaude et sort rapidement de la baignoire. Elle enfile prestement un peignoir et se colle, congelée, contre le radiateur de la salle de bains. Elle commence à s’habiller, espérant pouvoir disposer d’encore un minimum de temps. C’est raté ! La clé tourne dans la serrure, Fabien entre. Il la hèle en sifflant du salon, elle ne répond pas. Elle déteste cette façon cavalière qu’il a de l’appeler.

Quelques secondes plus tard, la porte de la salle de bains s’ouvre brusquement, Fabien fait irruption dans la pièce, tandis que Vanessa est encore en petite tenue, en train de se coiffer.

— Et alors, pourquoi ne me réponds-tu pas quand je t’appelle ? bougonne-t-il.

— Euh, j’avais de l’eau dans les oreilles, je ne t’ai pas entendu entrer, se défend-elle.

— Mouais. Encore un de tes mensonges ! Et que fais-tu là, à traîner en culotte au lieu de faire le ménage ou de préparer à manger ?

— Désolée, mon chéri… mais tu n’aimes jamais ce que je te prépare, alors je n’essaye plus.

— C’est vrai ! Pour une fois, tu as raison, pouilleuse ; quand tu cuisines, c’est dégueulasse !

— Mon chéri, pourquoi me traites-tu de pouilleuse ? Je viens tout juste de me laver ! réplique innocemment Vanessa.

— Et tu me réponds encore ? hurle Fabien. Veux-tu que je t’arrache les yeux pour t’apprendre à te taire ? Je dis ce que je veux ! Et si j’ai envie de te traiter de pouilleuse, j’en ai le droit ! Tu es à moi.

À lui ? Mais qu’est-ce qu’il raconte ? s’interroge Vanessa. Non ! Et puis, pourquoi s’adresse-t-il à elle de façon si agressive ?

— Qu’est-ce que tu fais plantée là comme une imbécile ? Allez, bouge-toi, va faire le ménage, crasseuse !

Elle sursaute. Heureusement que Fabien n’a pas entendu ses pensées. Vanessa se mure dans le silence. Commençant à paniquer intérieurement, appréhendant la suite, elle file se réfugier dans la buanderie. Elle doit faire tourner des lessives.

Satisfait, l’homme admire son reflet dans le miroir de la salle de bains, bombant le torse, faisant gonfler ses biceps, examinant ses abdominaux en tablette de chocolat. S’adressant à cette séduisante image, face à lui, il murmure : « Tu es beau, toi ! Tu es un mec fort et irrésistible. Tu as raison, c’est comme ça qu’on doit parler aux femmes ! C’est une race imbécile et faible qu’on doit mâter ! » Il prononce ces mots en se remémorant les propos que son défunt père lui a serinés toute son adolescence.