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« La Renaissance de la médecine. Il n'existait, jusqu'à la parution de ce livre, aucune biographie détaillée sur
Vésale. Il appartenait à
Robert Delavault, tout en analysant avec précision l'aspect scientifique de l'œuvre de Vésale, de nous faire le portrait vivant de ce pionnier de la biologie moderne.
Historien des sciences biologiques et même de la médecine,
Robert Delavault se montre également un historien tout court, car il nous donne l'image de son héros dans sa vie quotidienne, familiale et professionnelle, mais n'oublie pas de dresser le décor fidèle et prestigieux de l'époque de la Renaissance.
Il brosse un tableau saisissant et rarement aussi réussi de la personnalité de
Charles Quint, le fidèle protecteur du chirurgien. (Disons, en passant, que
Vésale avait grand besoin d'une si haute protection, car presque aucun médecin ne fut jamais autant déchiré que lui par ses confrères jaloux).
L'essentiel de l'œuvre d'
André Vésale, qui ne peut être comparée à celle d'
Ambroise Paré dans la pratique chirurgicale, fut de démontrer les erreurs accumulées par les écrits de
Galien que l'on enseignait avec routine aux étudiants depuis des siècles sans oser les contester. Elles étaient dues au fait que
Galien n'avait jamais disséqué de corps humains. Au contraire,
Vésale pratiqua d'innombrables dissections, allant jusqu'à piller, sans vergogne, les cimetières, avec ses étudiants, en particulier lorsqu'il fut professeur à Padoue.
L'auteur nous apprend également qu'à cette époque il existait une grande Europe humaniste. A la suite du célèbre anatomiste, nous parcourons la France, les Pays-Bas, l'Italie, l'Allemagne, enfin l'Espagne où il vécut à la cour en qualité de médecin particulier de
Philippe II.
La plume alerte de
Robert Delavault fait que ce livre, d'une si grande richesse scientifique, se lit avec le plaisir que l'on prendrait à la lecture d'un roman historique. Son ouvrage est complété par un important relevé de notes et commentaires qui permettront, à ceux qui le désirent, d'en savoir davantage sur les plus illustres contemporains de
Vésale. »
Dr. André Role
À PROPOS DE L'AUTEUR
Robert DELAVAULT est historien de la Renaissance.
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Seitenzahl: 310
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Robert Delavault
ANDRÉ VÉSALE
1514-1564
Catalogue sur simple demande.
www.lecri.be [email protected]
La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL
(Centre National du Livre - FR)
ISBN 978-2-8710-6763-4
© Le Cri édition,
Av Leopold Wiener, 18
B-1170 Bruxelles
En couverture : En couverture : André Vésale, gravure de Charles Onghena (1841), d’après le portrait en tête de la Fabrica (1543).
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
Certes, André Vésale n’est pas un inconnu de l’histoire.
Cependant, si beaucoup d’articles lui ont été consacrés, il n’existait, jusqu’à la parution de l’ouvrage de Robert Delavault, aucune biographie détaillée pour donner un jour réaliste sur cette puissante personnalité.
Les auteurs se sont succédés pour analyser surtout son œuvre scientifique et sa méthodologie qui apportait un air nouveau dans la pédagogie médicale de son époque. Son rationalisme s’opposait au dogmatisme traditionnel des enseignants de la fin du Moyen-Âge.
Il appartenait à Robert Delavault, tout en analysant lui aussi avec précision l’aspect scientifique de l’œuvre de Vésale, de nous faire le portrait vivant de ce pionnier de la biologie moderne.
Historien des sciences biologiques et même de la médecine, Robert Delavault se montre également un historien tout court, car il nous donne l’image de son héros dans sa vie quotidienne, familiale et professionnelle mais n’oublie pas de dresser le décor fidèle et prestigieux de l’époque de la Renaissance.
Il brosse un tableau saisissant et rarement aussi réussi de la personnalité deCharles Quint, le fidèle protecteur du chirurgien. (Disons, en passant, que Vésale avait grand besoin d’une si haute protection, car presque aucun médecin ne fut jamais autant déchiré que lui par ses confrères jaloux).
Le monarque, ennemi traditionnel de la France, finit par devenir sympathique par le caractère héroïque de sa vie, jalonnée de terribles épreuves particulièrement dans le domaine de la santé auquel Vésale nous fait participer en nous donnant des preuves de son talent de médecin et de sa rare sensibilité.
Robert Delavault nous permet de faire connaissance avec l’illustreSylvius dont le célèbre aqueduc faisait rêver nos jeunes intelligences d’étudiants. Et nous sommes un peu déçus de constater que ce grand homme était un déplorable confrère dont la méchanceté ne se lassa jamais d’écraser Vésale,son ancien élève. Cette attitude eut pour effet de retarder, dans une certaine mesure, les progrès que l’œuvre de celui-ci commençait de procurer à la science.
À l’occasion de la description des trois années (1533-1536) que son héros passa à la Faculté de Paris, l’auteur nous offre l’image pittoresque de la vie estudiantine du Quartier Latin, au temps de la Renaissance.
L’essentiel de l’œuvre d’André Vésale, qui ne peut être comparée à celle d’AmbroiseParé dans la pratique chirurgicale, fut de démontrer les erreurs accumulées par les écrits deGalien que l’on enseignait avec routine aux étudiants depuis des siècles sans oser les contester. Elles étaient dues au fait que Galien n’avait jamais disséqué de corps humains. Au contraire, Vésale pratiqua d’innombrables dissections, allant jusqu’à piller, sans vergogne, les cimetières, avec ses étudiants, en particulier lorsqu’ il fut professeur à Padoue.
L’auteur nous apprend également qu’à cette époque il existait une grande Europe humaniste. À la suite du célèbre anatomiste, nous parcourons la France, les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne, enfin l’Espagne où il vécut à la cour en qualité de médecin particulier dePhilippe II.
Nous ne saurions oublier la description que nous fait Robert Delavault, d’après le récit de Vésale, de l’horrible mort du roiHenri II à laquelle il assista, appelé en consultation avec AmbroiseParé. Son pronostic se montra sûr mais, hélas ! pessimiste. Il décrivit avec compétence les dégâts anatomiques provoqués, dans le cerveau du roi, par la lance brisée deMontgomery, son confrère lui ayant demandé de pratiquer l’autopsie.
L’auteur ne manque pas de nous faire connaître les célèbres planches de la « Fabrica » qui firent rêverBaudelaire. Il souligne que la plupart sont de la main même de Vésale qui s’éfforçait que celles-ci puissent servir aussi bien au médecin qu’à l’artiste. C’était la première fois qu’un traité d’anatomie était enrichi de dessins d’une telle précision.
La plume alerte de Robert Delavault fait que ce livre, d’une si grande richesse scientifique, se lit avec le plaisir que l’on prendrait à la lecture d’un roman historique.
Le lecteur ne sait plus qui l’on doit louer le plus de l’écrivain ou de l’érudit. Son ouvrage est en effet complété par un important relevé de notes et commentaires qui permettront, à ceux qui le désirent, d’en savoir davantage sur les plus illustres contemporains de Vésale.
Dr. AndréRole *
Membre de la Société Française
et de la Société Internationale
d’Histoire de la Médecine.
* André Role est né à Paris en 1910. Après des études médicales à Bordeaux (externat et internat), il se spécialise en pédiatrie (Hôpital des Enfants malades de Paris, 1952-1953) et devient médecin-chef du Service de Pédiatrie de l’Hôpital de Saint-Pierre de la Réunion, de 1963 à 1975. Membre de la Société française de Pédiatrie (1964), de la Société française d’Histoire de la Médecine (1970) et de la Société Internationale d’Histoire de la Médecine (1982), Vice-président de l’Académie de la Réunion, il est le fondateur de la revue Bourbon Médical (1964) et l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels on peut citer : Un martyr de la botanique : Philibert Commerson, médecin et naturaliste du Roi, Cazal éditeur, Saint-Denis de la Réunion, 1973 ; Un destin hors série, Bory de Saint-Vincent, Paris, La Pensée Universelle, 1974 ; La vie étrange d’un grand savant, Le Professeur Brown-Sequard, Paris, Plon, 1977 (Prix Jansen de l’Académie de Médecine, Prix André Barre de la Société des Gens de Lettres) ; Bichat. La vie fulgurante d’un génie, Paris, Perrin, 1989 (Prix Littré 1990) ; Georges Cabanis. Médecin de Brumaire, Paris, Éditions Fernand Lanore, 1994.
À Madeleine,
conseillère avisée
En Basse Rhénanie, au confluent du Rhin et de la Lippe, la ville de Wesel borde leurs rives. Située non loin de Duisburg et d’Essen au sud, de la frontière néerlandaise à l’ouest, l’ancienne Aliso des Romains appartenait au duché de Clèves du temps où vivait Vésale. Anciennement membre de la Ligue hanséatique, puis port franc, réputée pour ses industries de tissus, tapis et cuirs, ville forte des États prussiens de la province du Rhin, elle fut entièrement détruite vers la fin de la seconde guerre mondiale. Seule, dans la ville reconstruite, demeure l’ancienne Berliner Tor dont l’ouverture tournée vers la cité est flanquée de deux colonnes encadrant une statue surmontée d’un médaillon. Son fronton de marbre est dominé d’un ensemble de sculptures allégoriques entourant les armoiries de la ville.
À Wesel, au xvesiècle, les Wijtinck1-2descendaient de familles installées depuis très longtemps dans la ville. Certains de leurs membres comptèrent parmi ses notables. Les archives de la cité font mention d’un Eberhard qui fut bourgmestre au début du siècle, d’un Hermann qui occupa plusieurs fois la même charge entre 1461 et 1478.
PierreWijtinck3, le trisaïeul de Vésale, exerçait à Wesel l’art de la médecine. Praticien dévoué, il jouissait d’une grande estime auprès de ses concitoyens qui admiraient aussi en lui l’érudit distingué, fort versé dans l’étude des œuvres de ses illustres prédécesseurs arabes. Il est vrai qu’elles exerçaient une forte influence à cette époque et Pierre n’avait pas failli à l’engouement qu’elles suscitaient en rédigeant des commentaires sur le quatrième Livre d’un traité d’Avicenne4.
Sa renommée allait rapidement s’étendre bien au dehors de sa ville natale. Elle parvint à la Cour deFrédéric III de Styrie5qui, après enquête et sur la foi des rapports élogieux qu’on lui adressa sur ce médecin, décida de l’attacher à sa personne. Pierre avait atteint l’apogée de sa carrière. Il mourut en 1470.
Le fils de PierreWijtinck,Jean, le bisaïeul de Vésale, naquit à Wesel. Après avoir poursuivi ses études dans la ville, il quitta sa famille, entra à l’Université de Pavie, accéda au grade de doctor in medicinis le 23 janvier 1427. Après avoir séjourné à Maastricht en 1428 pendant une épidémie de peste, il partit enseigner à l’Université de Louvain fondée en 1426 par le duc de Brabant,Jean IV. Il fut inscrit sur ses registres en 1429 au titre de medicinae doctor et professor, sous le nom de Johannes deWesalia, forme latinisée de Jan van Wesele selon la coutume répandue de ce temps. Dès lors, il abandonna le nom des Wijtinck pour adopter le surnom qui le qualifiait6, rompit ses liens avec sa patrie d’origine et devint brabançon.
Depuis la création de l’Université de Louvain, Jan van derNeel, de Bréda, enseignait la médecine, assisté d’Henri deCoster, dit d’Oisterwyk. En l’absence de van der Neel, de Coster assurait les cours, avec l’aide bientôt à son tour, de Jan van Wesele.
Mais de Coster, piètre enseignant, fut contraint de renoncer à sa charge et dut se résigner à la seule pratique de la médecine à Bruxelles. Jan, aux mérites appréciés, demeurait le seul suppléant de van der Neel. Très tôt il fut élu doyen de la Faculté de médecine. À ce titre, il présidait les conseils qui formulaient des avis sur les élections rectorales, sur les sanctions disciplinaires qui devaient être infligées aux étudiants coupables de délits ou de non-paiement de leurs droits d’étude, sur les litiges survenus entre les magistrats de la ville et l’Université.
Les dirigeants de Louvain, avertis des services éminents de ce professeur, mathématicien de surcroît, lui avaient confié l’enseignement des mathématiques à la Faculté des Arts en 1431. La modicité des émoluements qu’il percevait le fit bientôt renoncer à cette charge. Il préféra partager son temps entre ses obligations à la Faculté de médecine et l’exercice de son art auprès de la riche clientèle de la ville.
Plusieurs fois élu recteur de l’Université, il quitta la Faculté pour s’installer à Bruxelles en 1447. Il avait ouvert son cabinet rue de la Montagne, où afflua tout ce que la ville comptait de nobles, de notables, de riches bourgeois et négociants. Néanmoins une brutale diminution des honoraires imposée aux médecins lui fit craindre de perdre ses aises. Poussé aussi par l’ambition, il sollicita la charge de médecin consultant auprès deFrédéric III. Avec l’appui de son père il obtint sans peine l’accord du souverain. Toutefois, craignant de se trouver en concurrence avec PierreWijtinck dans l’estime où le tenait le nouvel empereur, il préféra quitter sa Cour et devint le médecin deCharles le Téméraire, soigna sa filleMarie de Bourgogne épouse deMaximilien archiduc d’Autriche.
Jan vanWesele se piquait d’astronomie et d’astrologie, auteur d’un Traité astrologique7où il analyse les influences du trajet d’une comète, en 1472, autour de la planète Mars, et de son passage dans la constellation des Poissons8. Il décrit aussi le phénomène dans une lettre, datée de la même année, à l’adresse deCharles le Téméraire.
Une autre missive, envoyée au papeEugène IV, traite de la réforme du calendrier que les savants de l’époque attendaient depuis longtemps.9
Alors qu’il se trouvait au service deFrédéric III, le souverain, en récompense de ses soins, lui avait accordé le privilège de faire état officiellement des armoiries de sa famille. Celles-ci, illustrant le berceau des ancêtres, portaient comme meubles10les trois belettes des armes de la ville de Wesel11. Le blason était « de sable à trois belettes d’argent passant rangées en pal ».
Jan vanWesele se mariera deux fois. Sa première épouse, Mathilde vanEllick, lui donnera cinq enfants : Everard, l’aîné, sera le grand-père d’André Vésale ; il eut trois frères, Henri, Paul, Adolphe, et une sœur, Jeanne. Puis de l’union de Jan avec AgnèsSweerts naquirent deux filles, Agnès et Barbe.
Jan avait acquis une solide fortune. Il était propriétaire du manoir de Ter-Holst, à Overyssche, dans la vallée où coule la rivière d’Argent. C’était un fief du duché de Brabant qu’il avait acheté à Jan van denBossche. Il employait un garde chargé de la surveillance du domaine avec droit de punition sur quiconque causait des dommages. Il possédait aussi une seigneurie à Vieil-Héverlé et un moulin à eau voisin de Vaelbeke, ayant appartenu aux seigneurs de Wavre. Il mourut le 28 mai 1476.
Everard vanWesele, né vers 1436, allait suivre les brillantes carrières de son aïeul et de son père. Docteur en médecine en 1461 après avoir poursuivi ses études à l’Université de Louvain, il fut médecin de l’archiducMaximilien d’Autriche, futur empereur, de son épouseMarie de Bourgogne, et de leurs enfants,Philippe Ierle Beau, roi de Castille et souverain des Pays-Bas, père deCharles Quint, etMarguerite d’Autriche qui devint gouvernante des Pays-Bas.
Maximilien élu empereur, élevaEverard au rang de chevalier et lui reconnut le droit au blason à trois belettes.
Très érudit, Everard sacrifia, comme son grand-père, à la coutume de se pencher sur les écrits des Anciens, écrivit des commentaires sur les dix Livres deRhazès12, sur les quatre sections des Aphorismes d’Hippocrate, rédigea quelques ouvrages de mathématiques.
Homme sérieux au demeurant, célibataire, il n’était cependant pas insensible aux charmes des dames et eut plusieurs enfants naturels. Une de ses maîtresses, Marguerite s’Winters lui donna en 1479, un fils, qu’il reconnut. Prénommé Andries, ce fut le père de Vésale.
Tenu en haute considération,Everard eut des funérailles solennelles et fut inhumé, vers 1485, près de l’autel de la Trinité dans l’église collégiale de Saint-Pierre, à Louvain.
Au début duxviesiècle, à Bruxelles, la colline sur laquelle se trouve actuellement le Palais de justice, portait le nom de Galgenberg, le mont de la potence. Parsemée de champs, en partie boisée, les gibets s’y dressaient ; les pendus oscillaient au gré des rafales de vent, battus par les pluies, déchiquetés par les rapaces jusqu’au jour où les débris des squelettes s’effondraient sur le sol. Les rats, les chats et les chiens errants se disputaient les restes de chair putrifiée. L’hiver, la neige recouvrait le corps des suppliciés d’un linceul où se détachaient les ailes noires des corbeaux affamés.
À l’ouest du Galgenberg se situait le Bovendael, lieu d’élection des prostituées, refuge d’indigents et de vagabonds. Il jouxtait vers l’est le quartier de la Haute-Rue, plus tard quartier des Minimes, qui conduisait du centre de la ville à la porte sud, la porte d’Obbrussel. Le quartier était divisé en sections où les habitants devaient participer à la répartition équitable des charges liées aux dépenses des services de défense de la ville.
C’est dans la ruelle de l’Enfer13, dans la section du Sablon bordée au nord par le marché aux chevaux et un cimetière encadrant l’église Notre-Dame du Sablon, que se trouvait l’officine d’Andries vanWesele, apothicaire de la princesseMarguerite d’Autriche, gouvernante des Pays-Bas. Andries avait épousé la fille de JacobCrabbe et de CatherineSweerts, Elisabeth14, dotée par son père, receveur des taxes à Bruxelles, de la maison devenue la pharmacie de son mari. Quatre enfants allaient naître. L’aîné, Nicolas, fut apothicaire et bourgeois de Bruxelles ; le second, Andreas, allait devenir le célèbre André15Vésale ; François, le troisième enfant, poursuivra une carrière médicale ; Anne, la cadette, épousera ClaesBoonaert qui fut « barbier de corps » deCharles Quint puis bailli de Zierikzee, en Zélande. Anne avait été « lavandière de corps » à la Cour de l’empereur.
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André Vésale vient au monde le 31 décembre 151416. Il est né coiffé, présage de bonheur et de réussite pour ses parents. Le baptême se déroule en grand apparat le deuxième jour du mois de janvier suivant. C’est à la gouvernante, dameAthénaïs, que revient le privilège de porter le nouveau-né sur les fonts baptismaux.
« Elle mit pour la cérémonie sa plus belle toilette, une tunique de moire à la couleur d’émeraude d’où s’échappaient les plis d’une jupe purpurine. Un béguin de même nuance bordait son visage placide, laissant à découvert son front uni et le commencement de ses cheveux encore noirs lissés en bandeaux. Un collier de pierres jaspées lui descendait jusqu’à la taille… L’enfant était revêtu d’une robe et d’un bonnet en dentelles véritables, au point de Bruxelles, et d’une cape de velours ivoire. »17
Le cortège, salué par les habitants comme il se doit envers les parents et les invités de la Cour d’Autriche, emprunte la rue de l’Étoile vers l’église du Sablon.
« DameAthénaïs tenait l’enfant sur ses bras plus fièrement que si elle eût porté une relique… Elle présenta le nouveau-né au-dessus de la cuve de pierre couverte de bas-reliefs ».
Dans sa première jeunesse, André partage les jeux de ses frères et de sa sœur. Dans l’insouciance de leurs ébats, il les surprend souvent par ses brusques silences quand son regard se tourne vers le Galgenberg. Il est fasciné par les dépouilles de ces misérables, assaillies par des bandes de corbeaux qui croassent dans le ciel en tournoyant, arrachent les derniers restes de leurs guenilles, fouillent dans les chairs putrides, mettant les os à nu.
La légende raconte qu’André suppliait son aînéNicolas de ne rien dire à sa mère quand, seul avec lui, il le quittait, escaladait la colline jusqu’au pied des gibets, contemplait les squelettes abandonnés à la pitié de Dieu. Bien vite, assuré du silence complice de son frère, il s’était enhardi, demeurait sur la place pour fureter dans le charnier et choisir de beaux ossements qu’il rapportait en cachette dans sa chambre. Il les examinait avec la curiosité avide d’un novice.
Plus sérieux doit être tenu le propos de TheodorusZwingler, un ami de la famille. Il rapporte que le jeune André capturait et tuait des souris, des rats, des taupes, de jeunes chats. Il faisait jouer les pattes des infortunées bestioles, tâtait les os à travers la peau, la fendait avec un ciseau dérobé dans le nécessaire à ouvrage de sa mère, détachait les muscles, nettoyait les os et les rangeait dans les tiroirs d’un petit meuble de l’arrière-boutique. Jamais il ne se décourageait de ses maladresses.
Assurément, la mère d’André ne fut pas dupe de son manège. On imagine sans peine ses premiers étonnements, les questions attentives qu’elle dut lui poser, le regard interrogateur du jeune garçon quêtant son indulgence et son encouragement. Aurait-elle pu les lui refuser ? Entretenue par son mari dans le culte de la mémoire des ancêtres d’André, elle fut à coup sûr comblée d’y voir les signes d’une vocation qu’elle avait toujours souhaitée, qu’elle n’osait espérer voir si précoce.
Très tôt Andries vanWesele se préoccupe de l’avenir d’André. Il tient à le doter d’une solide instruction, décide de lui faire suivre les enseignements d’une des écoles les plus réputées de Bruxelles.
À cette époque, depuis 1515, des frères de la Vie commune avaient reçu l’autorisation des magistrats de la ville d’enseigner la grammaire, de préparer les élèves à l’art de la discussion et du bien parler, de les familiariser avec la musique. Le jeune André, alors âgé de six ans, entre à leur école, Place Saint-Géry, non loin de la ruelle de l’Enfer. En compagnie d’autres enfants choisis parmi les familles les plus aisées de Bruxelles, il demeure neuf ans chez les Frères, puis, à l’âge de quinze ans quitte la ville et va poursuivre ses études à Louvain.
Il est inscrit le 25 février 1530 sous le nom d’Andreas van Wesel de Bruxella, au Pedagogium Castrense, le Collège du Château, reconnu en 1446 par la Faculté des Arts au titre d’école préparatoire à la maîtrise ès arts exigée avant d’entrer à l’Université. Proche de la porte donnant entrée dans la ville, il tirait son nom de la rue du Château, l’actuelle rue de Malines.
Le régent, CorneliusBrouwers, dit Scultetus, veillait au maintien d’une rude discipline. Était exigée une stricte fidélité à la pratique de la religion catholique romaine. Toute infraction au règlement de l’école entraînait des amendes, parfois même la prison. Les sorties étaient chichement comptées, interdites de nuit.
Au collège, André se fait des amis. Le plus célèbre demeure Antoine Perrenot deGranvelle18. Les plus fidèles seront GemmaFrisius, dit le Frison19-20, AndreasMaes21. Vésale évoquera quelques souvenirs du temps de son séjour au Collège.
« Je me souviens très bien, écrit-il22, quand j’étais au Collège de l’Université de Louvain — certainement une des plus réputées — que je me consacrais à la philosophie. Dans tels commentaires sur De anima d’Aristote qui en étaient faits, notre maître, qui comme les autres enseignants de l’école joignait ses points de vue à ceux des autres philosophes prétendait que le cerveau possède trois ventricules. »23
Il est vrai qu’à l’époque on enseignait aux élèves des rudiments d’Anatomie. Vésale relate qu’on leur montrait une figure de la Margarita philosophica de GregorReisch24, médiocre recueil datant de 1504 dont il fera plus tard des gorges chaudes.
Dans l’instant, faute de mieux, il doit copier scrupuleusement cette gravure montrant grossièrement les organes des cavités thoracique et abdominale.
Outre ses études au Collège, André suit l’enseignement des langues anciennes, latin, grec, et de l’hébreu, au Pedagogium trilingue, libre d’accès à tous les étudiants. Ce collège des trois langues avait été fondé, sous l’impulsion d’Érasme, en 1517 par l’humaniste HiëronymusBusleyden, riche philanthrope, négociateur attaché à la maison d’Autriche.
Le latin était enseigné par Conrad WackersGockelen, dit Glocenius, lui aussi fidèle admirateur d’Érasme, le grec par Johann Günther — plus connu de nous sous le nom de Jean Gonthier d’Andernach25— par RutgerRessen, dit Rescius. Quant à l’hébreu, si Vésale ne reçut qu’un enseignement peu sérieux de Johannes vanCampen, dit Campenis, il suivit ensuite avec profit les conseils de Lazarus deFrigeis, un médecin juif.
Peut-être est-ce dès la première année de son séjour au Collège du Château qu’André se sent attiré vers la médecine si l’on croit ce qu’il écrit dans sa dédicace à NicolasFlorenas26,un ami très cher de sa famille, dédicace de sa thèse qu’il soutiendra à Louvain.
« Quand vous fûtes averti, il y a quelques années, que je désirais entreprendre des études de médecine, vous avez souhaité me donner des conseils… »
Toutefois, à cette époque, André sait qu’il lui sera difficile de réaliser son rêve, d’autant qu’il souhaite aussi, sans doute, atteindre à la renommée des médecins de sa famille dont les talents avaient illustré leur temps.
Comment peut-il prétendre, lui, le fils d’un bâtard, à une brillante carrière médicale ? Il hésite encore. Au mieux peut- il reprendre l’officine de son père, devenir plus modestement apothicaire avec l’espoir d’entrer lui aussi au service d’un souverain27.
Alors qu’il est encore à réfléchir, un événement providentiel met fin à son incertitude. Car Andries était entré au service deCharles Quint, et sa légitimation décrétée en octobre 1531 par l’empereur, « de notre bien aimé varlet et appoticaire Andries deWesele », a levé les barrières qui s’opposaient à ses ambitieux projets. Lui aussi, désormais, peut porter haut le nom des Van Wesele.
Décision prise, André sera médecin, Ses parents, dans l’instant, se soucient du choix de l’Université où poursuivre ses études. Trop jeune encore — il n’a que dix-huit ans — pour avoir obtenu le grade de maître ès arts, il leur paraît sage d’attendre encore un an.
Florenas va brusquer les choses. Conscient de la valeur de son protégé, il estime que c’est inutile, qu’il doit s’inscrire sans tarder à l’Université de Paris. Certes, l’Université de Louvain jouit d’une bonne réputation, le souvenir de Jan vanWesele y demeure vivace, mais elle est loin d’égaler le renom de l’Université parisienne, seule capable de procurer à André la solide instruction qui fera de lui un excellent praticien.
Faute d’être maître ès arts, il se présentera muni d’une chaude recommandation de Florenas et d’avis élogieux des maîtres qui ont suivi André au Collège du Château.
Malgré leur peine de voir leur fils s’éloigner d’eux, les parents du jeune postulant s’inclinent devant les conseils de leur ami.
Plus tard, Vésale reconnaîtra enFlorenas le maître érudit, le patron attentif et bienveillant de ses premières études28. André qui souffre des fréquentes absences de son père retenu auprès de la Cour deCharles Quint, tient davantageFlorenas pour un proche parent que pour un simple ami. Il lui confie qu’il lui doit, avec son soutien, non seulement son orientation vers l’art médical, mais encore toute l’érudition qui lui a permis de l’affronter.
André Vésale rejoint Paris à la fin du mois d’août 1533. À cette époque, la Faculté de médecine était sise où se trouve actuellement le 15, rue de la Bûcherie. Cette voie, parmi les plus anciennes de la capitale, dont la pente descend de la colline Sainte-Geneviève pour aboutir aux berges du petit bras de la Seine, avait été amorcée auviesiècle puis percée, en 1202, sur le Clos Mauvoisin situé au nord du Clos Garlande. Elle joignait le Petit Châtelet à la Place Maubert. Son nom dérive d’un Port aux bûches29où était entassé le bois qu’utilisaient les parisiens pour la construction de leur maison et leur chauffage, bois transporté par bateaux ou par flottage sur le fleuve. Les troncs étaient débités en rondins vendus par des négociants dont les chantiers s’alignaient en bordure de la berge.
André s’est présenté à la Faculté, muni de son certificat de baptême, d’une attestation de son appartenance à la religion catholique romaine, et de ses lettres de recommandation. L’espoir deFlorenas n’a pas été vain. Les rapports élogieux ont porté leurs fruits. Aucune réserve n’est formulée à l’encontre de sa requête et il lui est accordé la faveur exceptionnelle d’être inscrit extra ordinem.
La Faculté de médecine, depuis 1270, constituait un corps à part au sein de l’Université fondée en 1215 avec l’approbation du papeInnocent III. Elle possédait ses statuts, ses sceaux, ses registres, sa masse30, et son doyen, mais elle n’avait aucun domicile fixe. « Ceux qui n’ont point de rue » — ainsi nommait-on par dérision ses membres — et leurs élèves se réunissaient dans une église quand les leçons ne se donnaient pas en plein air. Leur faveur allait à l’église Sainte-Geneviève la Petite dans l’île de la Cité, à l’église ou dans la salle du chapitre du couvent des Mathurins, situé non loin de l’Hôtel de Cluny. La cathédrale Notre-Dame où tous se regroupaient autour des grands bénitiers de pierre, au pied des tours, le prieuré Saint-Éloi, le Collège d’Harcourt étaient aussi des lieux de leur choix.
La Faculté, très pauvre, devait rétribuer les communautés religieuses qui lui accordaient asile. Aussi, à bout de ressources maîtres et bacheliers accueillaient-ils parfois les étudiants à leur domicile. Toutefois, le nombre sans cesse accru des candidats à la médecine, l’inconvénient des déplacements, allaient inciter les membres de la Faculté à envisager de s’installer à demeure dans un bâtiment.
Lors d’une réunion à Notre-Dame, le 28 novembre 1454, JacquesDespars, maître en médecine, chanoine de la cathédrale, premier médecin deCharles VII, suggérait à ses confrères de solliciter auprès du roi la création d’une école où accueillir maîtres et étudiants. Pour sa part, il offrait généreusement trois cents écus d’or, de nombreux livres et ses meubles.
Sa mort prématurée fit malheureusement avorter son projet, mais l’idée était lancée et quinze ans plus tard il se réalisait par l’achat, le 20 mars 1469, d’une maison sise rue de la Bûcherie, moyennant une rente annuelle de dix livres tournois à verser aux Chartreux qui jusqu’à cette date en étaient propriétaires.
Le 13 avril 1470, la Faculté achetait une seconde maison, rue des Rats, à l’enseigne de la Couronne de Fer. Les deux maisons furent bientôt réunies en une seule. La Faculté endettée, grevée de rentes au profit de l’Hôtel-Dieu, décida d’affecter à la réparation du nouvel immeuble les sommes payées par les candidats aux divers grades et les amendes infligées aux étudiants ayant enfreint la discipline.
Les années passant, le sort de la Faculté s’améliorait. Elle se proposa d’enrichir sa bibliothèque31, adressa une supplique àLouis XI.
« Sire, à l’onneur et louenge de vous et à l’accroissement de la dicte Faculté de médecine en ceste vostre ville de Paris, plus que onques une très belle librairie, pour exaulser et eslever la science de médecine, nous avons grant désir faire unes escolles… se vostre plaisir est, serez adverti plus au long. À quoy et pour les accomplir, avons besoing et mestier de vostre très bénigne grâce ; si vous supplions, Sire que icelle vous plaise nous impartir.32
La supplique demeura vaine.Louis XI payait les médecins dans l’espoir d’être guéri de ses misères, non pour les aider dans leurs généreuses entreprises.
Un décret du 28 juin 1494 avait prescrit la création d’un Jardin botanique en vue des examens ad herbas, afin, disait-on, d’éviter aux étudiants la fatigue d’aller, de très bon matin, herboriser au-delà des murs de la ville, dans la plaine de Gentilly, suivant une immémoriale coutume. Vœu pieux qui masquait en vérité la crainte des retours de ces apprentis médecins, occasions de copieuses libations dans de louches et sordides tavernes, après leur joyeuse journée passée à cueillir les « simples » dans les champs alentour. Les habitants, surpris dans leur sommeil, s’effrayaient de leur tumulte. Les escholiers trébuchaient en jurant, éméchés, dans les ruelles de la rive gauche y vomissaient sous les quolibets, déféquaient sans retenue dans les recoins sombres, ébranlaient les portes à violents coups de galoches, brisaient à jets de pierre les vitres des fenêtres dont les éclats de verre allaient joncher le sol. Ils poursuivaient les putains de leurs invectives, les délestaient de leur bourse, s’octroyaient parfois un brutal et bref plaisir au beau milieu de la chaussée.
Les familles rebattaient les oreilles du prévôt et les hommes du guet écopaient trop souvent à leur goût de horions lors de leurs empoignades avec ces trublions. Il était temps de mettre un terme à ces expéditions hors la ville, prétexte à ces débordements, faute de mieux faire car les occasions ne manquaient pas à cette turbulente jeunesse de semer le désordre dans le quartier universitaire.
Aussi, se pliant aux exigences des autorités, la Faculté fit-elle appel aux meilleurs jardiniers et herboristes et le jardin fut ouvert aux élèves en 1508. Long de onze mètres, bordé d’un mur le séparant de la rue des Rats, large de sept à huit mètres, il n’offrait modestement que trois plates-bandes.
En janvier 1500, le Conseil de la Faculté avait décrété la construction d’une chapelle. Ses membres, sous l’impulsion de leur énergique doyen avaient jugé qu’était abusif le montant de la prébende due au chapitre des religieux Mathurins qui célébraient les offices, devant les maîtres et les étudiants, dans la chapelle de leur couvent. Elle ne cessait de s’alourdir chaque année que Dieu fasse. La coupe était pleine. On ne pouvait continuer d’engraisser ces piètres dévôts dont le plus clair travail était d’expédier les messes, quand ils ne chantaient pas faux de surcroît !
Certes, on savait que la dépense allait être coûteuse, mais on serait chez soi et la dette irait s’amenuisant. Si l’on soupçonnait aussi que l’officiant ne ferait pas mieux dans la nouvelle chapelle, du moins n’aurait-on qu’à le payer au plus juste prix avec l’espoir qu’il ait appris à chanter juste !
Cette chapelle, ouverte en 1511, s’avéra bientôt trop exiguë ; démolie, une autre la remplacera, en 1529, au premier étage du bâtiment de la rue de la Bûcherie.
Enfin, en 1513, la Faculté décida d’acquérir une troisième maison. À l’enseigne des Trois Rois, elle jouxtait celle sise rue des Rats. L’affaire n’alla pas sans mal. La mésentente régnait entre les propriétaires qui se partageaient la jouissance de l’immeuble. Jaloux, envieux, refusant de se réunir et de s’entendre, tous soupçonnaient leurs voisins d’être plus habiles à tirer le meilleur profit. Inquiets d’être bernés alors que les autres se feraient gloire de leur succès dans le marchandage, ils entretenaient leur hargne, arguaient de leur inquiétude à trouver un nouveau logement.
Dix années d’atermoiements passeront avant que le dernier ne se décide à quitter les lieux. Assurément, les doyens avaient déployé des trésors de patience ; leur ténacité avait été soumise à de rudes épreuves ; à leurs talents de diplomate certains n’avaient pas hésité à recourir aux menaces d’expulsion, déguisées sous couvert de l’autorité royale, pour convaincre les récalcitrants de consentir à la vente de leur bien.
Telle se présentait la Faculté de médecine de Paris que Vésale allait connaître.
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Quand André arrive à Paris, il n’ignore rien des difficultés qu’il va devoir surmonter. Il sait par Florenas que ses études seront longues, ardues, réputées pour leur caractère de sérieux qui entretient le renom de la Faculté parisienne.
— L’examen du premier grade — l’équivalent du baccalauréat était subi après que l’étudiant ait suivi des cours durant quatre années. Il comportait deux parties : l’examen generale, relativement facile, et l’examen particulare dont la durée pouvait s’étendre sur plusieurs jours. Le candidat était interrogé sur ses connaissances en anatomie, physiologie, puis sur l’hygiène et, finalement, sur la pathologie. Deux disputations33devaient être soutenues. Le nouveau diplômé était reconnu apte à donner des leçons en public.
— L’examen du deuxième grade ne pouvait être subi que vingt mois après l’obtention du premier grade. En cas de succès, l’étudiant était couronné du titre de licencié. Les modalités de l’examen reprenaient celles des épreuves du baccalauréat, avec cette précision, toutefois, qu’il s’agissait davantage d’un concours conduisant à un classement qui n’était pas toujours accepté sans contestations.
— Enfin, le titre de docteur était décerné après six nouveaux mois d’études à l’issue desquels, une fois de plus fleurissaient discussions et argumentations. Le nouvel élu devait prêter le célèbre serment d’Hippocrate et répondre juro à toutes les questions qui lui étaient posées.
Ce long cursus scolaire, l’obtention des grades coûtaient cher aux apprentis médecins. Le futur bachelier était tenu de verser cinq sous tournois lors de son inscription à l’examen, dix sous au président du jury. Le candidat à la licence versait neuf sous deux deniers à chacun des juges. Chaque régent34percevait un écu avant l’examen probatoire et si le licencié, fraîchement titré, désirait accéder au titre de docteur, il lui incombait de donner deux écus à chaque professeur, le président de la cérémonie ayant perçu la veille la coquette somme de trente écus.
Aussi, nombreux étaient les étudiants qui menaient une vie des plus modestes, parfois misérable, buvant de l’eau, mangeant rarement de la viande, couchant souvent dans quelque mansarde, glaciale en hiver, torride en été, ayant pour couche un mauvais grabat de paille, à même le sol. Ils économisaient à grand-peine quelques sous pour s’offrir le luxe de boire, en compagnie d’aussi pauvres qu’eux, ces chopes de mauvais vin qui leur faisait oublier leur condition en menant grand tapage dans la ville endormie.
Les étudiants étrangers menaient au contraire une existence des plus confortables. Un contemporain écrit :
« La plupart des étudiants étrangers… qui demeurent à Paris, logent chez des particuliers en chambre garnie ; ils paient un loyer mensuel pour le logement, et paient à part le bois et la nourriture. Lorsque plusieurs d’entre eux se réunissent pour prendre un logement, ils prennent un domestique pour acheter ce qui leur faut et préparer leurs repas. Ils font souvent une collation dans les auberges et les cabarets, achètent des plats dans les gargotes et trouvent le vin et le pain dans les cabarets…35
JohannesSturm36, que Vésale avait connu à Louvain, louait précisément quelques chambres à l’intention de jeunes Suisses et Allemands pour la somme de trente couronnes. La situation confortable de la famille d’André lui permettait aisément de couvrir une telle dépense, et l’affaire fut conclue.
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Chaque année la Faculté de médecine ouvre ses portes le 18 octobre, fête de la Saint-Luc patron des médecins. André a communié la veille ; il est prêt, l’âme en paix, à suivre l’enseignement de ses nouveaux maîtres.
La cérémonie d’ouverture est immuable. Les bedeaux précèdent le cortège, la masse d’argent au poing37. Le doyen38marche en tête, revêtu de sa robe écarlate bordée d’hermine, le chef coiffé du bonnet carré. Suivent les docteurs-régents puis, dans l’ordre, déférents et disciplinés, les licenciés, les bacheliers et les étudiants. Tout ce monde se dirige vers la chapelle où une messe est célébrée par le vicaire de Saint-Étienne-du-Mont, invité solennellement la veille par les bacheliers. À Saint-Luc, il est demandé grâce et protection pour la Faculté et, après une dernière bénédiction, l’officiant s’incline devant le doyen qui le remercie de ses prières et lui remet un cadeau. Tous, debout, saluent son passage par une salve d’applaudissements alors qu’il quitte la chapelle.
Il est temps pour le doyen et ses assesseurs de gagner la Salle des Actes où ils vont tenir leur première réunion.
Chaque étudiant est libre jusqu’au lendemain pour se retrouver avec ses camarades dans le hall où un bedeau fait lecture des statuts de la Faculté qui doivent être respectés sous peine d’amende ou d’exclusion.
Les cours s’échelonneront désormais chaque jour jusqu’à la fin du mois de juin de l’année suivante, interrompus les dimanches et jours de fête religieuse nombreux en ce temps. Les leçons sont faites en latin, les conférences assurées par les docteurs-régents, les commentaires par les bacheliers. Les tâches sont partagées entre la matinée et l’après-midi.
Chaque matin, à cinq heures, André se lève après que la cloche de l’église voisine, mise en branle par le pulsator ait sonné le réveil des maîtres et des étudiants39.
