Berlin, de l'autre côté du mur - Sandrine Gauvin - E-Book

Berlin, de l'autre côté du mur E-Book

Sandrine Gauvin

0,0

Beschreibung

Echanges épistolaires de deux frères séparés par le mur de Berlin:

Le jour de ses vingt ans, Marie trouve par hasard une boîte dans le grenier du bar familial. Elle contient des lettres que se sont envoyés deux frères pendant trois ans. Tout commence avec la construction du mur de Berlin en 1961. Simon et Gunther Stein se retrouvent séparés, chacun d'un côté de la ville, avec l'espoir de se revoir. En attendant, ils s'écrivent, tous les jours. La correspondance s'achève par une ultime lettre ; mais celle-ci est adressée à Marie. Car il ne s'agit pas d'inconnus, c'est son propre père qui a vécu cette histoire dont elle ignorait tout. Comme elle ignorait l'existence de son oncle. Tout dans ses lettres ramène Marie à l'histoire de sa famille ou comment le mur de Berlin a détruit des vies, celles de ceux qu'elle aime.

Découvrez l'histoire de Marie qui, par la découverte de lettres enfouies dans un grenier, va découvrir un passé familial lourd donc elle ignorait tout.

EXTRAIT

04 / Octobre 1982.
Quelque part à Berlin-Ouest.

Monologue d’AXEL : - Ils construisaient le mur. Des kilomètres de barbelés. Pendant qu’on faisait la fête, ils nous enfermaient ! Si j’avais su ! Si on avait su que tout serait bloqué trois heures plus tard, on se serait barré ! Quelle connerie ! Putain ! Quelle connerie !

La lumière à droite s’éteint progressivement.
La lumière au centre se rapproche de Lilli.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 93

Veröffentlichungsjahr: 2017

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Table des matières

Résumé

Résumé

Le jour de ses vingt ans, Marie trouve par hasard une boîte dans le grenier du bar familial.  Elle contient des lettres que se sont envoyés deux frères pendant trois ans. Tout commence avec la construction du mur de Berlin en 1961. Simon et Gunther Stein se retrouvent séparés, chacun d'un côté de la ville, avec l'espoir de se revoir.  En attendant, ils s'écrivent, tous les jours. La correspondance s'achève par une ultime lettre;  mais celle-ci est adressée à Marie. Car il ne s'agit pas d'inconnus, c'est son propre père qui a vécu cette histoire dont elle ignorait tout. Comme elle ignorait l'existence de son oncle. Tout dans ses lettres ramène Marie à l'histoire de sa famille ou comment le mur de Berlin a détruit des vies, celles de ceux qu'elle aime.

Berlin, de l’autre côté du mur

Sandrine GAUVIN

Dépôt légal octobre 2010

ISBN : 978-2-35962-097-9

Collection Entr’actes

ISSN : en cours

©éditions Ex Aequo

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.

Éditions Ex Aequo

Préface

Écrire une pièce de théâtre, c'est un saut dans le vide.

Qui va-t-elle intéresser ?

Qui s'en emparera, et la mettra sur scène, en scène ?

Quels acteurs, quelle chair de femmes et d'hommes pour ces mots sur du papier ?

Et ceci : quel papier ?

Qui donnera à lire cette pièce, ce morceau si intime de soi ?

Écrire une pièce de théâtre, c'est un saut dans le vide.

***

Il faut être reconnaissant aux auteurs de ce courage.

Et quelle joie, pour les premiers lecteurs que nous sommes, quand ce courage aboutit à une œuvre cohérente, poétique, quand l'envie de la partager devient une nécessité !

Et voilà que Sandrine Gauvin écrit une pièce de théâtre.

***

Les grands auteurs de théâtre offrent leur langue comme un jeu, et leur poème comme un mystère. Sans l'un ou l'autre, ils ne sont que des faiseurs, des fabricants, des artisans pour les plus nobles d'entre eux - pas des artistes, pas des poètes.

Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils sont loin de nous, et de nos préoccupations quotidiennes, que leur monde est étranger au nôtre - tout le contraire : c'est de nous, toujours, qu'il s'agit, de nos aspirations, de nos tragédies collectives et individuelles, de nos défauts et de nos tares, de nos rêves - toute l'humanité est au théâtre, chez les grands auteurs.

C'est en cela que nous concernent et nous font rire les petits tracas des personnages de Feydeau ou Labiche, nous bouleversent les grandes tragédies classiques, ou, chez nos contemporains : Ionesco, Beckett, Lagarce, Koltès, et Vinaver, et Myniana (la liste est loin d'être exhaustive...), en cela qu'ils nous montrent la part terrible de notre condition d'êtres vivants, et condamnés à disparaître.

Nous devons lire les grands auteurs de théâtre.

Nous devons lire « Berlin, de l'autre côté du mur ».

***

Je me souviens de Sandrine venant me parler de sa pièce, d'après un album de Daniel Balavoine, me demandant de la lire, de l'aider à monter son projet d'atelier au Cours Florent où elle était alors mon élève.

Je me plongeais dans cette histoire avec une réticence imbécile : la variété à l'origine d'une pièce de théâtre ? Daniel Balavoine ? – évidemment, comme tous les imbéciles, je pensais sans savoir.

La fraternité ravagée de Simon et Gunther Stein, l'amour piétiné de Marlène et Simon, la quête d'identité de leur fille Marie – tous ces destins déchirés par les mains sales de l'Histoire, sont mis au théâtre, enfin.

C'est une œuvre de médium, de visionnaire qu'a fait là Sandrine Gauvin – comme tous les grands dramaturges – car cette pièce -  comme toutes les grandes pièces - existait déjà avant d'être écrite, et ces destinées brisées sont semblables à celles qui se brisent encore autour de nous.

Elle est – cette pièce – œuvre politique, bien sûr, mais surtout œuvre poétique, où le rêve et son langage prennent leur place entière, trouvent leur source dans le quotidien et dans l'enfance, où la tragédie ronge inexorablement les vies d'hommes et de femmes qui sont nos frères et nos sœurs.

Nous n'en aurons jamais fini avec ces drames, tant que des murs se dresseront par les hommes entre les hommes, murs de pierres, de béton ou de tissu.

C'est ce que le théâtre doit nous rappeler, c'est ce que nous rappelle « Berlin, de l'autre côté du mur ».

Et c'est le sens des grands signes que nous font Simon, Gunther, Marie, Marlène, et les autres : oublier, c'est mourir.

Description de la scène :

La scène est divisée en trois parties :

Partie droite : Berlin Est.

Dominance de la couleur rouge.

Au fond : une porte  à gauche,  un comptoir de bar à droite.

A l’avant : une table avec un banc de chaque côté, une petite boîte et un porte-plume sur la table.

Partie gauche : Berlin Ouest.

Dominance  de la couleur jaune.

Même décor qu’à droite, disposé en effet miroir.

Milieu scène : endroit de transition ou de lien entre les deux côtés.

Dominance de la couleur noire.

Au centre : un escalier large donne dans un grenier.  Le grenier peut être représenté par une planche en bois, posée sur quatre pieds, à environ deux mètres du sol,  avec l’escalier à l’avant et une échelle de chaque côté. 

Dans le grenier, il y a un vieux rocking chair, un tonneau de taille moyenne, une caisse à outils.

En bas de l’escalier : un banc, avec de chaque côté, un mur assez bas en L appelé le mur Est pour le mur à droite et le mur Ouest pour le mur à gauche.

Le choix des lumières :

Lumière orange : Berlin Est

Lumière jaune : Berlin Ouest

Lumière bleue : Le bar des Stein en octobre 1982

Lumière rose :  Les rêves de Marie.

Le metteur en scène ou le lecteur est libre de suivre ou non ces indications.

Note :

L’histoire est inspirée de l’album « Les aventures de Simon et Gunther » de Daniel Balavoine (1977, ed. Barclay).

Les Personnages :

Simon Stein

Gunther Stein, frère de Simon

Marie Stein, fille de Gunther

Marlène Stein, mère de Marie

Axel Strauss, meilleur ami de Simon

Lilli Strauss, meilleure amie de Gunther

Le Clown, confident de Marie

01 / Octobre 1964.

Quelque part près du mur.

Berlin-Est.

Milieu scène : quelqu’un allume une lampe à pétrole avec une allumette et pose la lampe sur une marche.

A droite de la scène : on entend des bruits de pas. On distingue deux silhouettes qui  chuchotent.

SIMON : - Attends !

AXEL : - Pas si fort ! Tu veux nous faire tuer ?

SIMON : - Rends-moi un service.

AXEL : - Maintenant ?

SIMON : - Oui !

AXEL : - Putain ! Tu choisis mal ton moment !

AXEL : - Qu’est-ce que c’est ?

SIMON : - Une lettre.

AXEL : - Oui ça, j’ai vu mais qu’est-ce que tu veux que j’en fasse ?

SIMON : - S’il m’arrive quelque chose.

AXEL : - Il ne va rien arriver du tout !

SIMON : - Promets-moi.

AXEL : - Tu fais chier !

Ils disparaissent dans la pénombre.

Au milieu de la scène : lumière bleue sur l’escalier qui donne dans le grenier.

02 / Octobre 1982.

Le grenier du bar des Stein.

Berlin-Ouest.

Marie est assise sur la marche la plus haute. A sa droite : la lampe à pétrole. A sa gauche : une boîte, ouverte, avec des lettres.

Quelques lettres sont dispersées sur les marches. Marie tient un vieux clown en chiffon entre ses bras.

Monologue de MARIE : - Je viens souvent ici, enfin je veux dire dans le grenier. C’est mon endroit. Je m’y sens bien. J’y suis montée hier soir. Je n’arrivais pas à dormir. Je cherchais quelque chose en fait : un vieux clown que Lilli m’a donné quand j’étais petite. Lilli, c’est ma tante, enfin presque parce qu’on a pas vraiment de lien de parenté… elle vit dans la rue d’à côté avec Axel, mon oncle, qui n’est pas vraiment mon oncle non plus. Ils sont venus hier pour mon anniversaire. J’ai eu vingt ans, et on a parlé du vieux clown… Nez Rouge… il parait que j’avais de grandes conversations avec lui, mais ça, je ne m’en souviens pas… je me souviens juste que je l’ai traîné pendant des années et qu’après… j’ai grandi.

J’ai fouillé dans mes affaires de petite fille mais il n’était pas là. Alors j’ai cherché ailleurs, et j’ai fini par le voir… derrière la vieille boîte à outils de papa, tout au fond, là où on a presque pas accès tellement c’est mansardé. Mais j’ai réussi à l’atteindre, non sans m’être contorsionnée… presque pas vieilli, presque pas poussiéreux… presque.

C’est là que j’ai aperçu la boîte, il m’a fallu du temps pour la récupérer parce qu’elle était encore plus loin que Nez Rouge. Elle m’a semblé familière et pourtant je ne me souviens pas l’avoir déjà vu.  Elle contient des lettres… je les ai toutes lues cette nuit. Des dizaines de lettres écrites par mon père et par son frère… et la dernière, elle était pour moi.

On entend une musique qui semble venir de  loin.

Marie prend une lettre parmi celles qui sont sur les marches.

MARIE lit la lettre : - Ma chère Marie. Si tu lis cette lettre, c’est que j’ai échoué. Si tu lis cette lettre, c’est que je suis mort, une nuit d’octobre 1964. Je vais te raconter une histoire, celle de deux frères séparés par un mur et qui ne pouvaient communiquer que par lettres. Voilà comment tout a commencé…

La musique semble se rapprocher.

Marie replie la lettre et la range dans la boîte.

Elle monte dans le grenier, avec la boîte, la lampe et Nez Rouge.

MARIE : - Je ne savais pas que j’avais un oncle.

Marie pose la lampe sur le tonneau, et la boîte sur la boîte à outils. 

Elle s'assoit avec Nez Rouge dans le rocking chair et se balance doucement.

Elle s'endort.

03 / Soirée du 12 août 1961.

Dans un bar.

Quelque part dans Berlin.

A droite de la scène : lumière orange.

Simon et Gunther sont assis face à face autour de la table.

Axel, derrière le comptoir, se sert un verre.

Lilli et Marlène dansent.

SIMON : - Il faut faire une proposition dès demain.  Il a du potentiel. Et il est très bien situé en plus !

GUNTHER : - C’est une ruine !

SIMON : - Un  bon  coup  de  peinture   et  le tour est joué.

GUNTHER : - Je ne sais pas, peut-être qu’on devrait attendre.

AXEL : - Attendre pour quoi ?

GUNTHER : - Simon a jeté son dévolu sur un bar rue Bernauer.

AXEL : - Celui des Khol ? Il est à vendre ?

Axel rejoint Simon et Gunther.