Brunhild, Tome 3 - Yuiko Agarizaki - E-Book

Brunhild, Tome 3 E-Book

Yuiko Agarizaki

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Beschreibung

Un siècle s’est écoulé depuis que la prêtresse Brunhild a terrassé le dieu-dragon et libéré le royaume de son emprise maléfique. Devenue reine, elle rend son pays prospère et fonde la lignée Siegfried.
Brunhild et Kriemhild sont les filles de la cinquième souveraine. Un jour, leur mère contracte l’Acide, un mal terrible engendré par le pouvoir de Dieu. Déterminée à protéger son pays et préserver sa cadette du poids de la couronne, Brunhild se dévoue pour hériter du titre de reine mais elle contracte à son tour la maladie.
Résolue à trouver l’antidote, elle se retire dans les souterrains pour mener à bien ses recherches. Malgré ses efforts, rien ne la soulage, et c’est la jeune Kriemhild, aussi accablée soit-elle par l’état de sa sœur, qui est désignée pour monter sur le trône. C’est alors que lui sont révélées les terribles secrets qui entourent la famille royale…
Brunhild et Kriemhild, princesse et reine, accompliront-elles leur destin ?

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Seitenzahl: 207

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Table des matières

Cover

Pages couleur

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Epilogue

Postface

A propos de JNC Nina

Copyright

Points de repère

Pages couleur

Table des matières

Prologue

La reine se mourait.

Étendue sur une couche somptueuse, elle devait avoir passé la trentaine seulement depuis quelques années. Ses prunelles comme sa chevelure étaient noires et respiraient la bonne santé. À première vue, elle n’avait pas l’air à l’agonie. Son teint était un peu pâle, mais à moins que quelqu’un le fît remarquer, on s’en apercevait à peine.

Pourtant, la reine se mourait. Une maladie dénommée l’Acide rongeait son corps. Alors que je me tenais à ses côtés, elle me dit :

« Je n’en ai plus pour longtemps.

— Vous allez vivre, répondis-je du tac au tac. Une divinité ne peut périr.

— Je n’ai rien d’aussi… grandiose qu’une déesse. Je ne suis qu’une monarque, rien que la reine-chasseresse, et la mort me prendra d’un instant à l’autre.

— Même si vous mourez, vous reviendrez à la vie. »

Je ne croyais absolument pas à la disparition prochaine de la reine. Pour moi, elle était une déité. Elle prononça mon nom d’une voix douce.

« Tu es fort. De tous les enfants que j’ai recueillis et élevés, tu es le plus intègre. C’est pour cela que tu t’es bercé d’illusions à mon égard », dit-elle en laissant transparaître une légère amertume dans son regard, comme un ultime regret.

Les yeux noirs de la femme étaient rivés sur moi, mais semblaient voir au loin. Peut-être les prunelles de la souveraine, de la déesse, apercevaient mon avenir ? Moi, j’en étais incapable.

« N’oublie jamais que je n’ai rien de divin. Le royaume que j’ai bâti n’est pas parfait. Peut-être s’effondrera-t-il après ma mort. Si cela arrive… ne te lamente pas. »

Elle tendit la main, comme pour m’enlacer, mais elle n’en avait plus la force. Aussi se contenta-t-elle d’effleurer ma joue.

« Je n’ai pu faire le bonheur de tous mes sujets, mais je voudrais au moins faire celui des êtres qui me sont chers. Toi aussi, je… »

Sa voix s’éteignit. Je quittai les appartements de la reine. Le premier de ses serviteurs entra en traînant des pieds pour prendre ma place. Je restai là, planté dans le corridor, pour réfléchir aux paroles de ma souveraine ; leur sens m’échappait.

Je marchai le long des fenêtres, à travers lesquelles on pouvait embrasser du regard le royaume parfait que Sa Majesté avait édifié. Un pays magnifique s’étendait. La beauté de ce panorama ne s’était pas ternie depuis la première fois que je l’avais vue.

On commença à s’agiter dans mon dos. Les suivantes et domestiques paniqués criaient la mort de la reine. J’attendis quelques jours, mais elle ne revint pas à la vie.

Alors, je pris ma décision.

Je protégerai le royaume qui s’étend au-delà des murs.

Je ne laisserai personne salir ce splendide paysage.

Ce royaume, pour l’éternité.

Chapitre 1

Il était un royaume gouverné par des chasseuses de dragons, baptisées Siegfried.

Elles étaient les enfants de Dieu, des êtres sans limite, à la fois humaines et proches du divin. Leur aïeule était la jeune prêtresse d’un dragon. Un pouvoir sacré animait son corps et lui avait permis d’abattre le reptile maléfique qui tyrannisait le pays – bien qu’à l’époque, il fût qualifié de dieu-dragon. Elle accéda ainsi au trône.

La reine-chasseresse était bonne. Elle se démenait pour le bonheur de son peuple et avait accompli bien des exploits. Non contente de libérer la population du joug de la bête, elle avait exterminé les sauriens dispersés dans le royaume, aboli les discriminations de classe que la coutume autorisait, transpercé de l’éclair divin les envahisseurs étrangers, et développé l’économie en favorisant le commerce avec ses voisins plus amicaux.

Près de cent ans s’étaient écoulés depuis que cette reine avait tué la bête malfaisante.

Les deux princesses se trouvaient dans une pièce recouverte de robes éparpillées. Toutes deux étaient les filles de la cinquième souveraine du royaume.

« Alors, laquelle te siérait le mieux, petite sœur ? »

La jeune Brunhild, 13 ans, comparait l’habit qu’elle tenait dans la main droite à celui qu’elle avait dans la main gauche.

« Hmm, les deux t’iraient à merveille ! Tu es ma sœurette, après tout.

— Brunhild… Nous devons nous dépêcher. »

D’un an sa cadette, Kriemhild s’était exprimée avec timidité. Elle savait que sa voix était petite et faible. Cela faisait déjà plus d’une heure qu’elle attendait, en sous-vêtements, que son aînée finît de lui choisir une tenue. Toutes deux avaient les cheveux et les yeux noirs : c’était à cela qu’on reconnaissait les filles de la maison Siegfried.

« Si tu continues à prendre ton temps, nous ne serons jamais à l’heure pour la fête. »

Aujourd’hui, toute la noblesse célébrait l’anniversaire de la première reine du pays. Sans lâcher des yeux les parures qu’elle tenait, Brunhild répondit :

« Nous sommes les filles de la maison royale ! On peut bien être un peu en retard.

— Ce n’est pas bien de tirer fierté de notre statut de princesse…

— Ton futur mari s’y trouvera peut-être, tu sais ! Les plus grands aristocrates du royaume vont se rassembler. Il paraît que c’est lors de cette même fête que mère a rencontré père ! Tu dois donc impérativement t’y rendre dans tes plus beaux atours, quitte à ce que ça te mette en retard. Peut-être que tu auras un coup de foudre, ou que quelqu’un en aura un pour toi !

— Balivernes… »

Les joues de Kriemhild s’étaient teintées de rouge.

« Je n’ai encore que 12 ans…

— Rectification, tu as déjà 12 ans. Hmm… Oui, ce sera celle-là. »

Brunhild décida de faire enfiler à sa sœur la robe qu’elle tenait dans la main droite. La cadette fut soulagée de bientôt recouvrir ses sous-vêtements. Son aînée commença à l’habiller. Les parures royales nécessitaient tout un protocole, à la fois complexe et pénible, que l’on confiait habituellement à des servantes. Mais Brunhild ne fit mander aucun domestique pour cette tâche. Elle aimait apprêter sa cadette elle-même, et se targuait d’être la meilleure dans l’art de l’embellir.

« C’est moi qui te comprends le mieux… »

La toilette était enfin terminée. La jeune fille en sous-vêtements s’était transformée en princesse revêtue d’une robe du plus grand chic. Brunhild regarda sa sœur d’un air pleinement satisfait.

« Ma chère sœurette est aussi belle qu’un tableau de maître.

— Tu exagères… »

La grande prit soudain sa timide cadette dans ses bras.

« Brunhild, que…

— Je vais me sentir seule. Tu es devenue une si belle femme… Le jour où tu t’éloigneras de moi, lui, se rapproche. »

Les deux sœurs avaient grandi sans vraiment connaître l’amour de leurs parents. Leur père était mort dans un accident, très peu de temps après leur naissance. Leur mère, la reine, était chaque jour prise par les affaires du royaume. Elle les avait entourées de nombreux domestiques et avait fait en sorte de leur offrir une vie dépourvue de tout inconfort. Mais peu importait le nombre de serviteurs : un étranger demeurait un étranger et ne saurait remplacer une famille.

Il était ainsi bien naturel que Brunhild en fût venue à considérer qu’il était de son devoir de protéger sa petite sœur, et que celle-ci s’appuyât davantage sur son aînée que sur sa propre mère.

« L’idéal, ce serait que tu deviennes le roi et que je sois ta reine. Comme ça, on ne sera jamais séparées !

— Tu ne t’arrêtes jamais de plaisanter, répondit Kriemhild avec un sourire amer. Ce serait merveilleux, oui. Il m’est impossible d’imaginer un avenir sans toi, même si un gentilhomme s’éprend de moi. »

Sans réfléchir, Brunhild serra un peu plus sa sœur contre elle.

« Tu es trop mignonne. »

Elles demeurèrent ainsi quelques instants, jusqu’à ce qu’enfin elle la relâchât.

« Il est temps. Pauvre cocher, je ne devrais pas le faire attendre plus avant. »

Elles montèrent dans le carrosse et quittèrent la villa royale avec plus de deux heures de retard. Le cocher, qui avait donc patienté pendant un bon moment, était passablement agacé et Kriemhild en fut désolée.

La calèche et son escorte de chevaliers poursuivirent leur route vers le lieu de la fête. La coutume voulait que cette célébration se tînt dans un manoir privé de l’ancienne lignée royale. Le petit convoi s’engagea sur un chemin de montagne. En jetant un coup d’œil par la fenêtre, Kriemhild aperçut les chevaux des soldats à sa hauteur.

« Une telle sécurité est-elle vraiment nécessaire ?

— On ne sait jamais. Tous nos conflits avec les autres puissances sont en train de s’envenimer… »

Le royaume des deux sœurs ne comptait pas parmi les plus grands. Toutefois, il disposait de technologies et d’une source d’énergie uniques. Depuis une dizaine d’années, les invasions étrangères qui tentaient de faire main basse sur de tels atouts s’étaient brutalement accrues.

« L’influence de la première reine s’affaiblit, n’est-ce pas ? »

De toutes les reines de ce pays, elle avait été la plus exceptionnelle : armée d’une fièvre guerrière écrasante qu’il convenait de qualifier de puissance surnaturelle, elle avait repoussé les unes après les autres les armées étrangères qui attaquaient. Depuis lors, plus grand monde n’avait osé envahir le royaume ; mais cela faisait désormais plus de soixante-dix ans que cette reine était morte. La peur qu’avait inspirée la nation de Brunhild et Kriemhild s’effaçait progressivement.

« En effet. Nous devons rester vigilantes. Ils en ont après nos techniques, notre pouvoir… et nous. »

Les membres de la maison de Siegfried n’avaient rien d’anodin. Après bien des vicissitudes, ils avaient accueilli dans leur chair une énergie mystérieuse : le pouvoir de Dieu grâce auquel ils étaient dotés d’aptitudes uniques. C’est pourquoi les autres puissances souhaitaient s’emparer de l’un d’entre eux pour l’utiliser comme sujet de recherches.

Brunhild ne dédaigna pas l’air inquiet de sa sœur cadette. Elle lui prit la main.

« N’aie pas peur. Si jamais on nous attaque, je te défendrai. »

Kriemhild émit un petit rire. Ses craintes semblaient légèrement apaisées.

« Si tu es là, alors je n’ai peur de rien. »

Kriemhild regarda à nouveau par la fenêtre, apercevant les guerriers qui chevauchaient à côté du carrosse.

« Avec tous ces chevaliers à nos côtés, nous… »

Kriemhild ne termina pas sa phrase. Un claquement retentit, et une gerbe de liquide rouge gicla sur la vitre. Leur escorte était attaquée. La princesse poussa un petit cri.

À l’extérieur, un monstre semblable à un lion avait bondi de la montagne et arraché la gorge d’un chevalier. Ses yeux bougèrent. Trouvèrent Kriemhild. Leurs regards se croisèrent. Brunhild tira brutalement sa sœur vers elle pour la protéger. L’instant suivant, la calèche trembla violemment. L’être à l’apparence de félin s’était projeté contre le véhicule.

Kriemhild hurla, et sa voix terrifiée résonna dans l’habitacle. Son aînée la serrait étroitement contre elle, dans le but de limiter le choc.

Leur vision se retrouva sens dessus dessous. Le carrosse s’était renversé. Les deux sœurs étaient très secouées, mais indemnes. Les simples lois de la physique ne suffisaient pas à endommager leurs corps incomparables, réceptacles du pouvoir divin. Même après avoir été retournée, la calèche tremblait violemment, sûrement à cause de quelque chose qui se trouvait au-dehors.

Elles entendaient des hurlements et des grognements de bête sauvage par-delà la paroi. Les cris d’agonie étaient sans doute ceux de leur escorte. L’être lion déchira de ses griffes la porte du véhicule, désormais trouée en forme de croissant de lune. La lumière s’engouffra à l’intérieur. De l’autre côté de la fente, la bête leur jeta un regard furtif.

Les crocs énormes qui pointaient hors de sa gueule étaient trempés de sang. Des gouttes rouges s’écoulaient et tombaient – ploc, ploc. Brunhild saisit froidement la main de sa sœur et bondit au fond du carrosse. Kriemhild, elle, n’arrivait qu’à pleurer de terreur. Face à une telle panique, l’aînée parvint à la placer dans son dos pour faire rempart de son corps.

La créature à l’apparence léonine avait entrepris de détruire le véhicule. Elle élargit la crevasse et son énorme tête s’approcha des deux jeunes filles.

« Non… »

La gueule du lion s’empara de Kriemhild et l’emmena à l’extérieur du carrosse.

« Brunhild ! À l’aide !

— Kriemhild ! »

Brunhild sortit, s’élançant à leur poursuite. Hors du véhicule, la bataille faisait rage. Les chevaliers avaient tiré leurs épées et luttaient contre leurs assaillants sur le chemin montagneux. Ces derniers menaient une horde d’innombrables monstres grotesques et fantastiques, engendrés par une magie noire qui n’existait pas dans ce royaume. Brunhild en déduisit que les attaquants étaient des étrangers.

Les soldats étaient en position de faiblesse.

Les bêtes avaient renversé la calèche, tué et dévoré bien des chevaliers qui la protégeaient. Face aux crocs féroces, les solides armures ne semblaient d’aucun secours. Leur seul atout était une substance tenue secrète, connue uniquement en ce royaume : la Panacée. Elle soignait toute lésion. Un chevalier l’administra à un de ses camarades, sévèrement blessé. Alors, la plaie creusée par les immenses griffes se referma, et le soldat put se lever à nouveau. Grâce à cet antidote, les chevaliers purent maintenir le front face à leurs monstrueux adversaires.

Hélas, la Panacée n’était pas toute-puissante. Elle n’avait aucun effet sur ceux qui étaient déjà morts, et de nombreux soldats avaient succombé aux attaques des créatures. Petit à petit, leurs rangs s’amenuisaient. Par ailleurs, le remède avait beau être exceptionnel, son action n’était pas instantanée. La durée dépendait bien sûr de la gravité des blessures, mais il fallait compter plusieurs minutes avant de pouvoir retourner au combat. Ce n’était plus qu’une question de temps avant l’effondrement du front.

Au milieu de cette lutte acharnée, Brunhild aperçut la bête en train de s’enfuir avec Kriemhild dans la gueule. Pas d’erreur possible : l’objectif des assaillants était bien d’enlever un membre de la famille royale.

Elle s’élança à la poursuite de sa sœur. Cependant, à ce moment, quelqu’un la souleva du sol : un soldat qui avait survécu à l’attaque-surprise. Il la jucha sur son destrier. Un chevalier en plein combat s’écria à son intention :

« Emmène Son Altesse au château ! »

L’instant d’après, une créature l’avait tué.

Le guerrier monté maintint la princesse contre lui et lança son étalon au galop. Brunhild se tourna vers lui et ordonna :

« Sauvez Kriemhild ! »

Mais il n’en fit rien.

« Veuillez me pardonner, Votre Altesse. Je protégerai au moins la princesse Brunhild… » murmura-t-il comme pour lui-même.

Il avait pris la bonne décision. Ces monstres venus d’ailleurs étaient trop puissants, et l’escorte avait été partiellement détruite. Les soldats n’avaient pas sous la main le matériel nécessaire à leur repos ; la seule option qui leur restait était la fuite. Mieux valait ne sauver qu’une princesse plutôt que d’en perdre deux.

Au moment de leur séparation, les regards des deux sœurs se croisèrent. Les yeux de la cadette éloignée de son aînée, enlevée de force par un lion, ne lâchaient pas la silhouette de Brunhild. Ses pleurs diminuèrent et s’éteignirent au loin.

L’être gravit la montagne, courant dans une autre direction que celle de la ville. Le paysage qui s’étalait devant Kriemhild lui fit songer qu’elle devait être proche du poste-frontière.

Alors qu’elle traversait les prairies dans la gueule du lion, divers assaillants montés sur des créatures les rejoignirent. Elle parvint à entendre leur conversation.

« On a mis la main sur le pouvoir de Dieu ! Haha !

— En se l’appropriant, la puissance militaire de notre belle nation sera décuplée ! »

C’était donc ça. Comme Brunhild l’avait dit, elle avait été enlevée pour servir de rat de laboratoire. Terrorisée, Kriemhild ne pouvait émettre le moindre son.

La voix des kidnappeurs lui parvint.

« Cela dit, sa tête m’énerve, à cette gamine.

— Plus on la regarde, plus elle est le portrait craché de leur reine. »

Par le passé, ces hommes s’étaient battus contre la cinquième souveraine – la mère de Kriemhild – et ils avaient perdu. Ils ressentaient à l’égard de cette femme une haine particulièrement vivace.

« Amusons-nous un peu. »

Ils donnèrent des indications à la bête léonine, qui referma ses mâchoires avec une force exceptionnelle.

« Ah… »

La douleur vive arracha un cri strident à Kriemhild. Un adulte n’aurait pas pu y résister, alors une enfant… Pourtant, elle allait bien. Elle ne saignait pas et n’était même pas blessée.

« Gnn… »

La douleur qui résonnait dans tout son organisme lui tira malgré tout un gémissement.

Les reines de ce pays possédaient un corps indestructible. Le pouvoir divin qu’elles portaient en elles les protégeait contre les armes conventionnelles. Brunhild, Kriemhild et leur mère avaient reçu ce don. Toutefois, peut-être parce qu’il avait décliné à travers les générations, elles n’avaient hérité que d’une fraction de ses propriétés. En vérité, les deux sœurs étaient immortelles, mais elles pouvaient subir des blessures. Si on les mordait ou les lacérait, elles souffraient de leurs plaies. Mais bien qu’incomplète, cette puissance agissait et les guérissait en un éclair. Résultat, elles étaient saines et sauves, invincibles. Le pouvoir divin qui les avait bénies s’était dégradé, certes : d’ancienne forteresse imprenable, il avait évolué en une robuste capacité de régénération.

Lorsque la calèche s’était renversée et que Brunhild s’était interposée, ce n’était pas pour protéger sa sœur d’une blessure, mais d’une douleur. Elles ressentaient la souffrance. C’était embêtant.

Ses ravisseurs ricanèrent en voyant le calvaire de la jeune fille.

« Ça t’apprendra ! »

Ces tourments inspirèrent une profonde terreur à Kriemhild. Quel traitement lui réserveraient-ils, lorsqu’ils parviendraient à destination ? Son immortalité ne faisait qu’aggraver sa peur. Elle ne périrait pas, même s’ils la découpaient en morceaux. Le trépas ne lui permettrait pas de s’enfuir.

« Brun… hild… »

Kriemhild pleura d’angoisse. Mais personne ne viendrait à son secours. La créature était aussi rapide qu’un cheval, et même si les chevaliers qui s’étaient enfuis parvenaient au château et appelaient des renforts, ils ne seraient jamais là à temps pour la libérer. Ses assaillants la laissaient donc hurler tout son soûl. C’était un jeu malsain. Ses pleurs résonnaient : « Brunhild ! » Et cela les faisait ricaner.

« Haha, hahahahaha ! »

C’était une explosion de rires. Mais tout à coup, les voix se turent. Au même instant, le corps de Kriemhild traversa le ciel. Une flèche avait transpercé la jambe du monstre-lion. Lancé en pleine course, il perdit l’équilibre et s’effondra en roulant. Kriemhild, projetée sur l’herbe douce, entendit un bruit de sabots.

Un unique étalon galopait dans sa direction. Un destrier. Mais son cavalier n’était pas un soldat. C’était une princesse. C’était Brunhild.

Brunhild avait poussé le chevalier de sa monture et la lui avait volée. Juchée sur le cheval, elle portait un arc. Il était infaillible. Au cours de son éducation, elle avait perfectionné ses talents lors d’innombrables chasses. Elle avait beau n’être qu’une jeune fille, elle savait user de ses muscles avec brio et manier un arc destiné à des hommes adultes. Alors que Brunhild avançait à toute allure en tirant un nouveau trait de son carquois, Kriemhild hurla :

« N’approche pas ! »

Plus tôt, elle avait espéré que sa sœur viendrait à son secours, mais elle craignait désormais qu’elle se fît capturer. Elle refusait qu’on lui infligeât les mêmes souffrances que celles qu’elle avait endurées. Cependant, Brunhild ignora le cri de sa cadette et encocha une flèche.

Puis la relâcha.

Le trait transperça un des ravisseurs en un chuintement discret. Malgré l’instabilité de son assise, son projectile décrivit une courbe harmonieuse avant de se planter entre les sourcils de sa cible.

« Sale peste ! »

Les kidnappeurs, qui venaient de perdre un camarade, donnèrent un ordre à la créature. Le lion s’élança vers Brunhild. Celle-ci mania les rênes avec dextérité et tenta de l’esquiver, mais il était trop tard.

« Argh ! »

La bête bondit avec souplesse et saisit la tête de Brunhild entre ses mâchoires. La lutte se changea en un corps-à-corps, et Brunhild la cavalière tomba de son étalon, clouée sur l’herbe. Elle bénéficiait de meilleurs réflexes que la créature, mais elle n’avait pas la force de résister à cet adversaire qui possédait deux fois sa carrure.

On entendit un bruit haché. Celui de son souffle. Les énormes mâchoires du monstre avaient donné un coup de dents dans la gorge de la jeune fille. Sa trachée sous pression l’empêchait de respirer. Son corps ne pouvait être blessé, mais si son cerveau n’était plus oxygéné, elle perdrait connaissance en quelques secondes à peine. Il ne lui resterait plus qu’à être emmenée avec Kriemhild.

La créature léonine… La main de Brunhild, qui la voyait d’en dessous, bougea, comme agitée d’un spasme.

« Oh, Brunhild… »

Sous les yeux de la cadette, les jambes de sa sœur convulsaient, à la recherche d’oxygène. Mais ce n’était pas tout à fait vrai.

Soudain, une sorte de lumière naquit dans sa main droite. L’arme de Dieu. La foudre, comme on la surnommait dans le royaume. Cette technique, pour laquelle la fondatrice était particulièrement douée, consistait à user du pouvoir divin comme d’un éclair. Celui-ci jaillit de la main droite de Brunhild, frappa et embrasa le monstre.

Jusqu’à présent, elle n’était jamais parvenue à manier la foudre, bien qu’elle l’eût héritée de sa mère. Cela ne signifiait cependant pas qu’elle était parfaitement inapte à en user. La puissance qui sommeillait en elle s’était éveillée, provoquée par une situation de grave danger.

Le cou du lion se consuma entièrement. Ses membres sans tête s’effondrèrent, comme s’il allait s’appuyer sur elle. De sa plaie jaillit une cascade de sang qui imbiba l’herbe. Brunhild esquiva d’une roulade le cadavre de la bête et rassembla de nouveau la foudre dans sa main droite avant de l’expédier sur les kidnappeurs. Leur défense était pleine de failles, car les bandits n’avaient pas imaginé une seule seconde que leur serviteur pût être tué par une gamine.

La flèche de clarté transperça leurs bras et leurs jambes. Les créatures survivantes s’élancèrent à l’assaut de Brunhild, mais elles n’étaient plus que du menu fretin. Elle avait déjà pris le pli. Les monstres moururent les uns après les autres, incapables de lutter contre la lumière.

Recroquevillée dans l’herbe, Kriemhild fixait la silhouette héroïque de sa sœur avec stupéfaction. Son combat terminé, Brunhild la rejoignit. Sa belle robe était maculée de terre et de sang.

« Tu n’es pas blessée ? s’enquit l’aînée. Non, évidemment que non », se reprit-elle.

Alors, Kriemhild fondit bruyamment en larmes. Cette fois-ci, ce n’étaient pas des pleurs de terreur, mais de soulagement.

« Brunhild… Oh, Brunhild ! »

Il était difficile de comprendre ce qu’elle essayait de dire.

« Pourquoi… tant d’imprudence ? »

À ces mots, Brunhild s’immobilisa. Elle jeta un coup d’œil à l’arme qui gisait à côté d’elle. L’arc qu’elle avait volé au chevalier.

« Tu aurais dû savoir que tu ne pourrais pas les vaincre avec ce pauvre équipement !

— C’est vrai. Si la foudre ne s’était pas éveillée en moi, ils m’auraient aussi enlevée.

— Alors, pourquoi…

— J’avais accepté cette idée. Je ne pouvais pas t’abandonner toute seule dans un lieu terrifiant.

— Je t’en prie, ne refais jamais une sottise pareille.

— Ah, ça… souffla Brunhild, une expression maladroite sur le visage. Si d’autres voyous se montrent… Je pense que je volerai à ton secours, peu importe où tu te trouves.

— Puisque je te dis que tu ne dois pas le faire ! »

Malgré ses propos, elle ne pouvait réfréner l’émotion qu’elle ressentait en voyant sa sœur se soucier autant d’elle.

« Rentrons. Les chevaliers doivent se faire un sang d’encre. »

Brunhild prit sa cadette par la main et l’emmena jusqu’au destrier sur lequel elle était arrivée. Elles montèrent toutes deux sur son dos et s’élancèrent vers le palais. Brunhild chevauchait devant, Kriemhild derrière elle, les mains nouées autour de la taille de son aînée pour ne pas tomber. Elle se laissait bercer par la douce chaleur corporelle de sa grande sœur. Elle se sentait bien.

Deux années avaient passé depuis cet incident. L’aînée avait 15 ans, la cadette 14. Un jour, leur mère tomba malade. L’Acide.

Tel était le destin de la maison de Siegfried. Tous connaîtraient une mort précoce à cause du pouvoir divin qui courait dans leurs veines. Incapables de soutenir cette puissance qui ne leur était pas destinée, leurs corps se dégradaient. On appelait ce mal l’Acide.

Aujourd’hui, tout le château était dévoué au rétablissement de la reine, mais c’était limpide : elle ne guérirait pas. Elle était la cinquième reine. Quatre avaient déjà subi le même sort et étaient décédées sans espoir de remède. Elle ne ferait pas exception.

Sa maladie engendrait cependant une question délicate : laquelle de ses filles lui succéderait ?

Afin de lui demander conseil à ce sujet, Brunhild se rendit dans les appartements de sa sœur.

« Le couronnement aura lieu dans un an. D’ici là, l’une de nous deux sera désignée comme héritière. Kriemhild… Je pense que je devrais monter sur le trône. »

La plus jeune n’avait pas d’objection.

« J’estime également que ce serait pour le mieux. Je n’ai pas ta majesté. Je n’ai pas l’étoffe pour me tenir au-dessus des autres.

— Non, ça n’a rien à voir… Tu es douce, Kriemhild. Tu n’es pas faite pour dominer autrui. »

L’aînée était soucieuse. Si sa petite sœur devenait reine, nombreux seraient ceux qui chercheraient à exploiter cette gentillesse.

« Brunhild, je suis convaincue que tu feras une souveraine plus formidable encore que les précédentes. Fais de ce royaume un pays encore plus merveilleux qu’aujourd’hui.

— Compte sur moi. J’ignore si je me montrerai à la hauteur de la fondatrice, mais je ferai de mon… »

Elle s’interrompit.

« Brunhild ?

— Qu’est-ce que… »

Brunhild plaqua sa main sur sa poitrine soudain douloureuse. Son teint vira au blafard et son corps fut secoué de frissons. Elle s’effondra à genoux sur le tapis.

« Brunhild ! »