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Comment les enquêtes policières concernant les affaires de pédophilie sont-elles menées ?
Est-ce que la pédophilie est une maladie ? Devrions-nous castrer les délinquants ? Est-il possible de sensibiliser nos enfants contre les agissements des pédophiles ? Comment les enquêtes policières concernant les affaires de pédophilie sont-elles menées ? Voici quelques questions qui sont au centre du travail mené chaque jour par
Peter de Waele, l’inspecteur principal de la cellule pédophilie de la police judiciaire fédérale de Bruxelles. Peter De Waele a décidé de raconter le combat et la traque qu’il mène contre ce fléau. Il dévoile dans ce livre-témoignage la face secrète et discrète de son métier. Comment on mène une enquête, comment on remonte des filières, comment se déroulent les arrestations… Mais à travers son témoignage, le lecteur découvre aussi avec précision comment fonctionnent les abuseurs sexuels d’enfants et surtout quels sont les conseils à suivre pour que nos enfants ne deviennent pas leurs victimes.
Découvrez le témoignage de Peter De Waele, inspecteur principal de la police judiciare fédérale de Bruxelles, qui expose toutes les facettes de son métier et de ses investigations.
EXTRAIT
Il y a différentes manières, notamment médicamenteuses, pour influencer les pulsions sexuelles. Toutefois, commencer à l’expliquer ici nous éloignerait trop de notre sujet. Je vais donc surtout parler de la castration chimique, c’est à dire de la réduction, voire de l’élimination, de la libido à l’aide de médicaments. Selon le fonctionnement de ces médicaments, cela peut durer de trois à dix mois avant que toute envie sexuelle ait disparu. Comme pour d’autres médicaments, l’effet dure aussi longtemps que le patient poursuit son traitement, mais, dès qu’il l’interrompt, l’effet se dissipe. Le nom de « castration chimique » porte donc à confusion, cela n’a rien de définitif et l’effet est réversible. Faire prendre ces médicaments pour diminuer la libido ne peut donc se faire sans un accompagnement de l’agresseur. Celui-ci doit être convaincu que c’est là la meilleure solution. Ensuite, il y a également la castration physique. Certains suggèrent que ce serait le remède miracle. Cela consiste à couper les testicules, l’organe responsable de la production des hormones sexuelles masculines, la testostérone. Seul un État américain pratique effectivement ce moyen : le Texas. Cependant, on a constaté que, dans certains cas, d’autres glandes reprennent alors la production de testostérone. De plus, certains pédophiles castrés physiquement ont eux-mêmes rétabli leur puissance sexuelle en prenant en secret de la testostérone sous forme de médicaments et ont recommencé à commettre leurs abus.
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Seitenzahl: 245
Veröffentlichungsjahr: 2018
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© La Boîte à Pandore
Paris
http://www.laboiteapandore.fr
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© Van Halewyck pour l'édition originale en néerlandais :Kan je een geheim bewaren? parue en octobre 2011.
ISBN : 978-2-39009-166-0 – EAN : 9782390091660
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
P. de Waele
Chasseur de prédateurs d’enfants
histoire d’un flic chasseur de pédophiles
Traduit du néerlandais par Michaël Rousseau
Ce livre est des plus originaux. Ceux qui s’attendent à des récits spectaculaires et à des détails croustillants sur la chasse aux déviants sexuels resteront sur leur faim. En effet, le policier Peter De Waele, chargé des affaires de pédophilie depuis plus de quinze ans, veut donner au lecteur une image plus précise de ce qui se joue réellement dans cette période très sombre de la vie.
Pourquoi et comment les auteurs de ce genre de crime passent-ils à l’acte ?
Comment cela se fait-il que des enfants et leurs parents se laissent berner ?
Que pouvons-nous faire, en tant que pouvoirs publics, ou éducateurs, ou société, pour éviter et combattre ces actes horribles ?
Le résultat des recherches de l’auteur afin répondre à toutes ces questions se retrouve dans ce livre sobre et audacieux. Il est pourtant facile de faire parler de soi dans la lutte contre les crimes sexuels sur les enfants. Le journal britannique à sensation, le News of the World, disparu à la suite d’un scandale de trop, se faisait une gloire de publier, systématiquement, à la une, des photos de pédophiles présumés, même quand ils bénéficiaient encore de la présomption d’innocence (on ne sait jamais !...). Il est bien plus difficile et courageux de tenter de comprendre les agresseurs potentiels et de retrouver, dans leur passé, les racines de leur plaisir pervers pour pouvoir les guider vers le changement, en les mettant face à leurs responsabilités, ou encore en leur faisant prendre conscience de l’existence de structures d’accompagnement.
Ceux qui se soucient réellement de la sécurité de nos enfants, ceux qui veulent détecter les pédophiles potentiels assez tôt, et ceux qui veulent donner les armes aux victimes éventuelles pour qu’elles s’expriment et se défendent, doivent choisir le chemin le plus difficile. En effet, ce n’est qu’en tenant compte de tous les aspects du problème, étape après étape, que l’on pourra atteindre des résultats concrets.
L’auteur de ce livre (et, chez Child Focus, nous le savons par expérience) est un policier engagé qui ne lâche rien jusqu’à ce qu’il découvre la vérité. C’est donc un livre honnête et ouvert dans lequel il confronte le lecteur avec des exemples concrets et horribles et avec l’être humain dans toute sa vulnérabilité.
Il décrit en détail le mode de pensée des auteurs de violence sexuelle. Il raconte comment les enfants victimes de ces actes inacceptables sont touchés dans le plus profond de leur être. Il parle également en toute franchise de ses propres émotions et celles de ses collègues, eux qui sont en permanence confrontés à ce genre d’affaires, en tant qu’êtres humains et en tant que parents. Il nous invite à briser les tabous et à nous libérer de l’hypocrisie : en notre qualité de dirigeant, jeune ou aîné, éducateur ou animateur, agresseur ou victime (éventuels), nous devons enfin oser aborder le sujet.
La pédosexualité est un phénomène complexe. Lutter contre celui-ci demande une approche spécialisée et une législation réfléchie et adaptée aux évolutions de la société. Il n’est pas possible de combattre les agressions d’enfants à l’aide de gaz lacrymogène ou d’armes à feu. Il convient plutôt d’utiliser des instruments adaptés comme la compétence extraterritoriale, la recherche sur Internet et l’interrogatoire audiovisuel des victimes. Les soins durables apportés aux victimes, – indispensables au demeurant, – demandent également une attention particulière, tout comme l’approche et l’encadrement des auteurs.
Aujourd’hui, la police doit donc être prête à interagir avec les acteurs des secteurs du bien-être et la santé. Le fil rouge de ce livre est l’attention portée à la prévention. Mais l’auteur nous explique que la « prévention de la pédophilie » n’existe pas en soi. Il plaide toutefois pour que l’on apprenne aux enfants à se défendre, et, là non plus, il n’y a pas de recette miracle ! Il s’agit d’entourer au quotidien les enfants avec toute la chaleur et tout l’amour dont ils ont besoin. De leur montrer concrètement que nous les aimons et que nous sommes fiers d’eux, pour que d’autres personnes malintentionnées ne le fassent pas à notre place.
Apprendre à l’enfant à se défendre, c’est aussi lui donner de la place, le laisser vivre sa vie au sein d’une relation parent-enfant honnête, généreuse et ouverte. Lui faire confiance et lui donner progressivement des responsabilités pour qu’il apprenne à réagir si, un jour, il se retrouve dans une situation véritablement malsaine.
Ce livre a été écrit principalement à l’attention des profanes en la matière : il leur offre un large éventail de ces affaires particulièrement complexes et une réponse nuancée aux questions qu’ils se posent, ce qui est logique d’ailleurs. Mais il contient également des recommandations importantes pour les pouvoirs publics ; nous ne nous laverons plus les mains lorsqu’un énième drame de pédophilie paraîtra dans la presse. Parmi ces recommandations, on retrouve l’intervision et la supervision nécessaires pour les enquêteurs dans les affaires de pédophilie. Le renouvellement des effectifs est également nécessaire. Qui peut se charger de ce genre d’affaires pendant vingt ans ? Et, surtout, ce livre préconise un cadre de gestion, une détection préventive et une intervention dans toutes les institutions d’accompagnement d’enfants et de jeunes. Après nous être cachés pendant des années derrière la fausse idée que rien ne pouvait arriver à nos enfants, il est désormais urgent de mettre ces conseils en application.
Kristine Kloeck
Directrice générale Child Focus
« Ces derniers instants n'auraient pas dû exister »
L'idée préconçue que j’ai dû corriger au fil de toutes ces années d’enquêtes dans les affaires de pédophilie, c’est celle qui nous pousse à croire que chaque victime éprouve une haine profonde à l'égard de son agresseur. Ainsi, une fillette a avoué à un collègue qu’elle aimait aller s’asseoir sur les genoux de son papa tous les dimanches après-midis alors que sa mère allait rendre visite à sa grand-mère. Son père la cajolait alors et la caressait, ce qu’elle trouvait très agréable. « Ce n’est que pour les cinq dernières minutes, alors qu’il me caressait entre les jambes, que là, j’aurais préféré que ça s’arrête, disait-elle, mais j’aimerais pouvoir continuer à lui faire des câlins tous les dimanches. » C’est ce genre de récit de victimes qui m’a donné une vision plus claire des agressions sexuelles en général et des agressions sexuelles sur enfants en particulier. Ce phénomène est très complexe et trop souvent examiné de façon simpliste.
On entend parfois des récits d’enfants ou d’adolescents, agressés sexuellement pendant des années, qui reviennent pourtant régulièrement auprès de leurs agresseurs. Incompréhensible ? Sont-ils obligés d'entrer dans cette maison ? Non ! Mais ils le font quand même. Pendant des mois, voire des années… L’agresseur les a conditionnés, manipulés ou trompés, mais il ne s’agit pas uniquement de ça. Non, ces enfants continuaient de rendre visite à leur agresseur parce que, d'une façon ou d'une autre, ils se sentaient bien chez lui. L’agression sexuelle n’était que la partie désagréable de cette visite. Certains racontent par la suite que la maison de leur agresseur était plus « chaleureuse » que leur propre foyer. Il est clair que c’est également une des raisons pour lesquelles le pédosexuel les avait « sélectionnés ».
Un agresseur a d’ailleurs tout intérêt à ce que l’enfant revienne spontanément vers lui. C’est pourquoi il fait tout ce qui est en son pouvoir pour mettre ses victimes à l'aise. En effet, cela réduit le risque que ses agressions soient rendues publiques. Mais cela cache souvent une stratégie encore plus perverse : en effet, l'agresseur peut ainsi rappeler à l’enfant que celui-ci est toujours venu de son plein gré. De cette façon, il parvient, d’une manière très lâche, à faire porter la responsabilité de l’abus à l’enfant.
Ce qui n’a pas de sens, seul l’adulte porte la responsabilité de ce genre d’agression.
Au fil des années, j’ai dû revoir mon jugement sur une autre idée préconçue. Auparavant, je pensais que l’ampleur d’un traumatisme résultant d’une agression sexuelle était plus ou moins proportionnelle à la gravité de celle-ci. Mais ce n’est pas le cas. Ainsi, je me souviens d’un animateur de camp qui, le soir, faisait venir dans sa tente les jeunes garçons qui avaient fait des bêtises pendant la journée. Le jeune devait enlever tous ses vêtements, sauf son caleçon, et l’animateur l’obligeait à regarder un livre pornographique. Dès que celui-ci constatait une érection, la punition était accomplie et il pouvait quitter la tente.
C’est un comportement qui dépasse clairement les limites, et je me demande si cet animateur n’est pas un véritable « pédosexuel ». On pourrait cependant estimer que c’est moins grave qu’un autre crime sexuel comme, par exemple, un viol et penser dès lors que ce genre de comportements n’aura pas autant de conséquences sur l'avenir de la victime. Sans doute, les jeunes, eux aussi, estimaient à ce moment qu’il ne s’agissait que d’une blague de mauvais goût ? Mais, plus tard, lors de l’audition des victimes, nous avons compris que, même vingt ans plus tard, celles-ci n’avaient pas encore réussi à digérer ce qu'elles avaient subi. La nuit, ces hommes se réveillaient régulièrement en nage après avoir fait des cauchemars qui les poursuivaient.
Les agressions sexuelles sur les enfants sont encore trop souvent associées au cliché du vieil homme sale et bossu qui repère un enfant à vélo, l'attire derrière les buissons et le viole. Au fil des pages, ce livre nous apprendra que, la plupart du temps, cela n’arrive pas de cette façon et que les agresseurs se retrouvent dans la plupart des cas parmi les amis ou la famille de la victime et de ses parents.
Pour que ce soit bien clair : en soi, la pédophilie n’est pas un crime. Tout le monde a le droit d’avoir des fantasmes sexuels concernant les mineurs d’âge ; c’est le principe de liberté d’opinion qui le veut. Les pédophiles qui ne se contentent pas de rêver et de fantasmer, mais qui passent à l'acte et agressent réellement des enfants, sont des pédosexuels, ce qui est bel et bien punissable par la loi.
Une étude récente montre que les agressions sexuelles sont particulièrement fréquentes. Une fille sur trois et un garçon sur cinq vivent, avant leur dix-huitième anniversaire, un contact que l’on pourrait qualifier de harcèlement sexuel. Les jeunes filles sont donc plus souvent agressées que les jeunes garçons. Le pourcentage de filles agressées augmente également avec l’âge.
Bien sûr, ces contacts ne se limitent pas uniquement aux viols et aux attentats à la pudeur. Il peut également s’agir d’un exhibitionniste qui leur a foncé dessus ou encore de la main baladeuse d’un oncle qui voit dans les trois baisers traditionnels du Nouvel An une chance de toucher un sein « accidentellement ». C'est le sentiment d'agression ressenti par l'enfant qui détermine l'ampleur du traumatisme.
Lorsque la directrice de Child Focus m’a demandé pourquoi je voulais écrire ce livre, alors qu’il existait déjà une littérature scientifique considérable sur le sujet, je lui ai dit que la réponse se trouvait dans sa question. En effet, des rayons entiers traitent déjà de pédophilie, mais je n’ai encore jamais repéré de livres écrits à l’intention de lecteurs qui n'étudient pas cette problématique, que ce soit sur le plan scientifique ou professionnel.
La raison principale de mon initiative est assez complexe et légèrement contradictoire. J’entends alerter et éveiller les parents, les grands-parents et toute personne soucieuse de la sécurité des enfants, tout en les incitant à ne pas devenir paranoïaques.
En gros, je voudrais inviter les lecteurs à dorloter et câliner davantage nos petits, mais pour les bonnes raisons, à savoir l’amour que nous leur portons. Je trouverais cela particulièrement regrettable que notre société en vienne à considérer toute personne entrant en contact physique avec les enfants comme un pédophile supposé. Nous ne devons pas les priver de la chaleur physique et émotionnelle dont ils ont besoin, sous prétexte que des pervers sont dans la nature. Au contraire.
Les exemples pratiques largement présentés dans ce livre sont basés sur des faits réels que j’ai pu constater en tant que policier, ou que des collègues m’ont rapporté. Ils sont rédigés pour que ni la victime ni le suspect ne puissent être identifiés. À cette fin, deux ou plusieurs affaires ont parfois été fondues dans le même récit.
« Tu joues toi aussi parfois à papa-maman avec ton papa ? »
Il y a quelques années, la ministre de la Justice, chaperonnée par les ténors de la justice et de la police, a tenu une conférence de presse (eh ! oui, la ministre en personne). Si la salle du parquet fédéral était déjà bien remplie de journalistes belges, les médias étrangers étaient, eux aussi, venus grossir les rangs pour accueillir la grande nouvelle. C'estDame Justice en personne qui venait annoncer que la police belge avait, grâce à une opération d’infiltration (dont je ne peux donner aucun détail), pu empêcher trois internautes de kidnapper une jeune fille. Ils avaient l’intention de l’enfermer pendant un week-end dans une centrale téléphonique abandonnée en France avec la seule intention d'abuser d’elle de façon horrible. Je me souviens de ce matin où nous avions franchi les portes du bureau de notre directeur judiciaire. Exceptionnellement, nous étions en costume cravate. Il nous a vus et nous a dit : « Ha, the heroes!» Par hasard (ou peut-être à cause de mes longues années d’expérience ?), les paroles de la chanson de David Bowie ont immédiatement résonné dans ma tête : Heroes, but just for one day (héros, mais seulement pour un seul jour).
Parce que cette affaire aurait pu vraiment mal tourner. Nous devons continuellement prendre des décisions, en concertation avec le magistrat. Nous évaluons toutes les informations que nous recevons et jugeons de leur importance.
L’affaire de la centrale téléphonique française a commencé avec un fax d’à peine trois lignes de Child Focus contenant des informations floues. La décision qui a mené à intervenir immédiatement et à mettre la machine judiciaire en branle à toute vitesse, n’était donc pas basée sur des informations fiables et détaillées, mais plutôt sur une intuition. Cependant, tout flic honnête sait que cette intuition peut parfois mener à prendre de mauvaises décisions.
C’est pourquoi, alors que la chanson de David Bowie me revenait en tête, je me suis posé cette question : que me serait-il arrivé si une petite fille avait été retrouvée dans une centrale téléphonique de Rouen alors que, après enquête, il avait été constaté que j’avais reçu un fax contenant des informations qui auraient pu éviter ce drame, mais que je l'avais ignoré car jugé sans importance? J’ai la nette impression que le héros serait devenu un zéro hué par la foule et que cette même conférence de presse se serait passée d’une tout autre manière. J’aurais sans doute dû la donner moi-même, avec beaucoup moins d’instances officielles à mes côtés... Cela prouve que la frontière entre l’euphorie et la catastrophe reste bien mince.
Le départ d’une enquête dans une affaire d’abus sur enfant est à chaque fois différent. C’est d’ailleurs tout l’attrait de notre travail : impossible à prévoir le matin, si une enquête urgente ne va pas remplir la journée ni de quelle manière cela va se passer. Ce qui n’est d’ailleurs pas toujours agréable surtout lorsque, par exemple, vous avez planifié une rencontre avec des amis : soit vous arrivez en retard, soit le rendez-vous est annulé.
Le signal de départ est, lui aussi, imprévisible. À un moment donné, un enfant décide de révéler son sombre secret à un enseignant, une tante, un animateur ou à une amie. Ou alors c'est le service central qui nous communique une information provenant d’une police étrangère. Le service informatique d’une entreprise découvre du matériel pédopornographique sur un ordinateur en réparation ou un parent tombe par hasard sur des photos d’un de ses enfants nu sur un PC... De nombreux points de départ sont possibles.
La nature de ce travail implique une vitesse de réaction plus élevée que celle des autres services d’enquête policière. Dans les affaires que nous traitons, un enfant pourrait être en danger. Une situation que nous devons interrompre le plus rapidement possible.
Il y a parfois du feu sans fumée
L’objectivité est cruciale pour tous les enquêteurs, mais surtout pour ceux qui travaillent sur les affaires de mœurs. Imaginez : vous rentrez chez vous après votre journée de travail et vous voyez un combi de police garé dans votre allée. À votre arrivée, un agent de police vous interpelle pour vous emmener immédiatement au commissariat. Pendant tout le trajet, vos interrogations sur le pourquoi de tout ceci restent sans réponse jusqu’à ce que vous vous retrouviez seul avec les enquêteurs. « Vous souvenez-vous de la fête de quartier de la semaine dernière, Monsieur ? Au soir, Élise, la petite fille des voisins, souhaitait avoir un Fanta, mais il n’y en avait plus sous la tonnelle. Vous lui avez alors proposé d’aller chercher une bouteille chez vous, avec elle. Est-ce correct, Monsieur ? Eh bien, Élise a eu le courage de raconter ce qu’il s’est passé dans votre cuisine. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il s’est passé après que vous lui avez donné son Fanta ? »
Si absolument rien ne s’est passé et que les policiers vous apprennent qu’Élise a déclaré que vous aviez mis la main dans son culotte, je peux imaginer que le ciel vous tombe sur la tête. En effet, comment prouver que rien ne s’est passé ? C’est comme si vous étiez obligé de prouver que le monstre du Loch Ness n’existe pas. Et c’est souvent sa parole contre la vôtre dans ce genre de cas : Élise continue d’affirmer que vous l’avez touchée et vous persistez à dire qu'il ne s’est rien passé. Sans parler des rumeurs que les parents d’Élise vont propager sur vous, le « gentil » voisin sale et dégoûtant, et qui vous suivront à vie, même si tout cela a été inventé de toutes pièces. Parfois, il ne vous reste malheureusement plus qu’à déménager. L’expérience nous apprend que l’étiquette « pédophile » est impossible à supprimer, même si les faits se révèlent infondés. Donc oui, il y a parfois de la fumée sans feu
Dans notre État de droit, tous les policiers ont l’obligation absolue de mettre tout en œuvre pour mener des enquêtes de mœurs impartiales. Si je dois choisir entre un agresseur d’enfants qui reste en liberté et un innocent emprisonné à tort pour pédophilie, je choisis la première option. C’est une opinion que tout le monde n’apprécie pas, mais à laquelle je reste fidèle. Je pense qu’on ne peut pas s’imaginer l’enfer vécu par quelqu’un condamné à tort pour ce genre de crime.
Ainsi, je repense à une enquête qui nous a été confiée alors qu’elle était déjà presque terminée. Il ne restait plus qu’à arrêter le suspect, un homme amené à être en contact avec des enfants puisqu'il était enseignant et avait des neveux et nièces. Que ce soit le psychiatre, le psychologue, le pédiatre, le juge de l’enfance, le juge d’instruction ou le procureur, tout le monde était convaincu que l’agression avait bel et bien eu lieu et que le pervers devait être arrêté et enfermé asap (as soon as possible, « aussi rapidement que possible » en jargon policier). Alors que nous épluchions cet énorme dossier, nous nous sommes rendu compte que la charge de la preuve était totalement incohérente. Nous avons alors repris toute l’enquête depuis le départ, en nous basant sur plusieurs éléments, et pas uniquement sur les conseils professionnels ou autres, et sans nous laisser émouvoir par les horribles récits d'agression. Heureusement, le juge d’instruction nous a épaulés dans cette volonté de vérification avant de passer à l’arrestation du suspect. Il nous a donné l’autorisation d’utiliser les méthodes d’enquête les plus sophistiquées. Nous avons même reçu l’aide d’un expert médical néerlandais de renommée mondiale.
Le secret professionnel et le respect envers le mineur m’empêchent d’en dire plus sur ces méthodes, mais, pour finir, l'oncle enseignant était totalement innocent. La jeune fille s'était infligée elle-même toutes ses horribles blessures sur le corps. L'enfant avait de sérieux problèmes, cela ne faisait aucun doute. Les spécialistes de l'enfance devaient maintenant se charger de l’aider à les résoudre ; mais il est de notre devoir, en tant que policiers, d’éviter qu’un innocent ne soit impliqué dans cette affaire.
D’ailleurs, c'est là que j’y vois la grande différence entre les psychologues et les policiers. Pour les premiers, il n’est pas vraiment important de savoir si ce qu’un enfant a dans la tête correspond à la stricte réalité. Ils veulent comprendre pourquoi ces pensées existent. En tant que policiers, nous avons justement le devoir de découvrir la vérité. Je pourrais – en faisant un petit raccourci – faire une comparaison avec un enfant qui affirme qu'il a vu un éléphant jaune dans sa chambre pendant la nuit. Le psychologue se demanderait pourquoi l’enfant le pense. Devant les mêmes faits, la police devrait vérifier, dans un premier temps, s’il existe réellement des éléphants jaunes et, dans l’affirmative, s’il est techniquement possible que ce genre d’animal ait été présent dans la chambre de cet enfant.
Un autre exemple frappant est celui d’une petite fille qui accusait son voisin d’avoir eu des contacts sexuels avec elle. L’enquête a démontré que l’agresseur n’était pas le voisin, mais le père de la fille. En se plaignant du voisin, elle voulait faire comprendre à son papa que cela devait cesser. Mais sa loyauté envers son père était si grande (elle avait peur qu’il finisse en prison et ne l’aime plus) qu’elle ne l’avait pas accusé, lui, mais un autre homme, le voisin, qu’elle n’appréciait de toute façon pas.
Lorsque ce genre de récit vous est rapporté, il est important de ne pas se précipiter et de se mettre à la place de cette personne qui, contre sa volonté et, surtout, à tort, devient un acteur principal dans une affaire de mœurs impliquant un enfant. En tout cas, je ne le souhaite à personne.
Lorsque les enfants avouent soudainement
De nombreuses enquêtes, principalement dans les affaires intrafamiliales ou incestueuses, ne débutent pas par une rencontre directe entre la victime mineure et la police. Les enfants qui se rendent compte qu’ils sont abusés éprouvent souvent trop de honte, ont trop peur ou se sentent même coupables, ce qui les empêche de confier leur histoire à un adulte. Il y a également une catégorie de jeunes enfants qui sont abusés sans vraiment comprendre. Ces enfants ne savent pas que pratiquer des jeux sexuels n'est pas normal à leur âge. Ils pensent que tous les enfants font ce genre de « jeux » avec leurs parents ou d’autres adultes.
Dans le premier de ces cas, mais aussi et surtout dans le second, ce sont souvent des parents des amies de la victime qui nous mettent la puce à l’oreille. Ainsi, une petite fille avait demandé à son amie si elle jouait aussi parfois à papa et maman avec son papa. Les agressions, qui duraient depuis des années, avaient éclaté au grand jour lorsque l'autre petite fille, déçue, avait demandé à son papa le soir pourquoi elle ne pouvait pas jouer à « papa-maman » avec lui comme son amie.
Les enfants peuvent avouer qu’ils ont été victimes d’agressions sexuelles spontanément, après réflexion ou par accident. Souvent, c’est après avoir vu une émission à ce sujet à la télévision, ou après qu’un autre enfant ait avoué quelque chose d’identique. Mais il arrive aussi qu’un enfant se trahisse. Lors d’une discussion normale ou d’un jeu avec un autre enfant ou un adulte. Les parents d’un ami d’un enfant abusé qui apprennent ce genre de confession s’adressent à nous avec la plus grande réserve. Ils ont souvent peur qu’il s’agisse d’une histoire inventée de toutes pièces. Ils savent qu’il y a un risque pour que, agression sexuelle ou pas, les relations entre les deux couples de parents soient brouillées par la suite. Je trouve donc que tous ces parents font preuve d’un grand courage en venant nous voir, même si leur devoir de citoyens les oblige à aider un enfant en danger.
Le début d’une enquête est souvent une question de hasard ou de chance. En tout cas, dans des cas comme ceux décrits ci-dessus, il est capital de réunir les informations le plus rapidement possible (même quand le récit semble décousu et flou). Certaines personnes qui apprennent ce genre d’affaires se lancent, animées par de bons sentiments, dans leur propre enquête, afin d'aider la personne touchée. Mais ils peuvent provoquer des dommages graves à l’enquête et aux soins apportés aux victimes par la suite.
Par exemple, l’enquête voit ses chances de réussite amoindries si le suspect est déjà mis au courant des déclarations de l’enfant avant d’être interrogé. Et, à chaque fois que l’enfant doit répéter son histoire, il risque de la modifier en suivant les suggestions faites par son entourage. En général, un enfant a beaucoup de difficultés à aborder spontanément ce genre de sujet. Il se tait ou n’en parle pas ouvertement. Les adultes veulent alors l’« aider » en remplissant les blancs et ils posent donc des questions comme : « Tonton Willy a mis sa main dans ton pantalon ? Il t’a touché entre les jambes ? Si tu dis « là » , tu veux dire la foufounette, hein. C’est ce que tu veux dire, hein : ta foufounette ! » Ce qui peut provoquer la disparition de la véritable histoire de l’enfant, cachée par des remplissages et des interprétations des adultes à qui l’enfant a expliqué ce qui lui était arrivé.
Par la suite, la police aura alors du mal à procéder à une audition qui la rapproche de la vérité. Pour donner une idée : avant qu’un enfant n’arrive devant nous, il a déjà dû raconter en moyenne quinze fois son histoire (!), à ses parents, à ses amis, à l’institutrice, à une infirmière, au docteur...
Un C4 bon marché
Parfois, les enquêtes partent de la constatation de l’existence de matériel pédopornographique au service informatique de l’une ou l’autre entreprise. Par exemple, le PC d’un employé se bloque. Les informaticiens font quelques tests et alimentent le Media Player à l’aide du matériel qui se trouve sur l’ordinateur de l’employé pour en vérifier le bon fonctionnement. C’est alors qu’au hasard des images sélectionnées dans la mémoire de l'ordinateur, une bibliothèque pédopornographique fait son apparition. Ceux qui la voient sont obligés par la loi d’en faire part à la police. Toute personne qui constate qu’un enfant est en danger (et qui va dire qu’un enfant victime d’agression sexuelle ne l’est pas ?) doit intervenir. La plupart du temps, le directeur (du personnel) est alors convoqué ; celui-ci jouera le rôle de juge, même si la loi ne lui accorde pas ce statut.
Lorsque nous sommes appelés sur place, toujours accompagné d’un collègue de la Computer Crime Unit régionale de la police, nous nous rendons souvent compte qu’il s'agit en fait d'une large collection pornographique adulte qui a été installée pendant les heures de bureau. Auparavant, nous pensions que les directeurs demandaient notre intervention parce qu’ils voulaient jouer la sécurité et faire appel à des spécialistes de la police pour déterminer si, oui ou non, il s’agissait de mineurs d’âge. Alors que nous lui indiquions l’existence de vidéos plutôt chaudes mettant des adultes en scène, un directeur a un jour voulu nous convaincre que ce n’était quand même « pas responsable moralement » pour un homme occupant ce genre de fonctions de posséder une telle collection. J’ai dû décevoir ce PDG en lui disant : « Nous ne suivons que la loi et ne sommes pas les chevaliers de la morale du vingt et unième siècle. La pornographie adulte n’est pas punissable. Mais si vous estimez que c’est inadapté pour quelqu’un occupant ce type de fonctions de direction, votre conseil d’administration se verra dans l’obligation de prendre une décision. »
Nous remarquons souvent que les responsables qui se donnent beaucoup de peine pour nous convaincre que leur employé a un comportement plutôt louche ne sont pas tout à fait droits non plus. Des primes de licenciement astronomiques doivent souvent être payées lorsque l’employé en question est mis à la porte sans fautes graves, comme le téléchargement de matériel pédopornographique. En tant que policiers, nous devons faire attention à ce que notre enquête ne serve pas de prétexte à délivrer les C4 bon marché.
Je me souviens d’un appel qui, lui, était justifié dans une célèbre entreprise chimique où le PDG était venu en personne par avion depuis l’étranger pour signifier le renvoi d’un de ses directeurs. Avant que nous n’emmenions l’homme, celui-ci avait dû rendre son ordinateur, son badge d’accès et les clefs de son véhicule d’entreprise à ce PDG. Après vingt ans de service, c’était la première fois qu’il rencontrait personnellement le grand patron. Ce serait aussi la dernière.
Dénoncé par Miffy
Il est de notoriété publique que les policiers ont, la plupart du temps, un sentiment collégial, même à l'échelle internationale. Mais cette collégialité du corps de police est encore exacerbée lorsqu’il s’agit d’agressions sur enfants. Les policiers sont particulièrement enclins à partager les informations sur les agresseurs d’enfants.
Il arrive fréquemment que les enquêtes sur la possession d’images d’abus sur enfants s'ouvrent à partir de la réception d'un rapport envoyé par nos collègues étrangers. Dans de nombreux pays, la chasse aux pédophiles est encore plus intense et les méthodes de recherche de ces polices étrangères sont souvent qualifiées d'agressives.
