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Cent cinquante ans de faste, de secrets et d'anecdotes des têtes couronnées de notre époque.
Un prétendant au trône qui se retrouve en prison, des altesses qui craquent pour des stars de cinéma, qui batifolent dans les buissons avec leur maîtresse, tandis que d’autres se démènent avec leurs enfants naturels. La grande planète du Gotha est faite de demi dieux, mais aussi d’êtres humains, de chair et d’os, dont la vie n’est pas toujours un long roman à l’eau de rose. Dans cet ouvrage, ce sont ainsi cent cinquante petites et grandes histoires qui ont construit l’univers très fermé des têtes couronnées de ces cent dernières années. On y parcourt le monde au travers de ces hommes et ces femmes, rois déchus accrochés à leur titre fantôme, princes jet-setteurs qui ne pensent qu’à se divertir ou encore princesses assoiffées d’argent, qui, à un moment, ont vu leur destin basculer. Certains s’en remettent, d’autres y laissent leur honneur. Et parfois même leur vie.
Dans
Chroniques royales, un siècle d’indiscrétions, la petite histoire rejoint la grande. Et bien souvent, elle fait écho à nos existences, loin des ors des palais et des couronnes scintillantes.
Plongez-vous sans plus attendre dans ces chroniques royales et découvrez les dessous cachés et surprenants des rois et reines du monde.
EXTRAIT
Qui se souvient qu’un prince d’Orléans-Bragance, famille héritière du trône du Brésil, est mort noyé au fond de l’océan après le crash de son avion qui devait le ramener en Belgique ? Que penser de ce prétendant au trône d’Italie, poursuivi pour meurtre et association de malfaiteurs et qui passera plusieurs jours en prison avant d’être blanchi pour absence de preuves ? Qui connaît Rosario, ex-belle-fille du roi de Bulgarie, tombée dans les bras de… Hugh Grant ? Saviez-vous que la reine Fabiola avait eu un frère jet-setter, amoureux de la fête, du champagne et de la cigarette, devenu l’icône des nuits folles de Marbella ?
Certaines de ces tranches de vie ont construit l’univers très fermé des têtes couronnées. On y parcourt le monde au travers de l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui, à un moment, ont vu leur destin basculer. Parfois, ils s’en remettent, parfois ils y laissent leur honneur. Ou leur peau.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Journaliste chez RTL,
Thomas de Bergeyck présente et produit la très populaire émission de télévision « Place royale », mais anime également la matinale de Bel RTL (radio) du lundi au vendredi. Parallèlement, il signe dans le « Soir mag » une chronique hebdomadaire où il raconte la petite et la grande histoire des têtes couronnées et de leurs familles. C’est cette série lancée en 2014 qu’il prolonge aujourd’hui dans un livre.
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Seitenzahl: 494
Veröffentlichungsjahr: 2018
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© Éditions Jourdan
Paris
http://www.editionsjourdan.fr
Les Éditions Jourdan sont sur Facebook. Venez dialoguer avec nos auteurs, visionner leurs vidéos et partager vos impressions de lecture.
ISBN : 978-2-39009-331-2 – EAN : 9782390093312
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
THOMAS DE BERGEYCK
Chroniques royales
UN SIÈCLE D’INDISCRÉTIONS
Cet ouvrage s’inspire des chroniques de l’auteur publiées, chaque semaine, dans les pages du Soirmag.
Pour toi, L., petite chose qui fera le bonheur de notre existence et qui aura, je l’espère, l’amour de son papa pour la lecture.
PRÉFACE
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Par Stéphane BERN
Pierre Corneille avait raison de le prétendre : « Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes », à l’image de nous autres, pauvres mortels, même si l’Histoire les a placés sur un piédestal d’où ils sont censés servir la collectivité, guider et éclairer, incarner aussi des modèles de vertus publiques et d’unité d’une nation multiple qu’ils rassemblent sous une même couronne. Ils naissent, grandissent, étudient, vivent, se marient comme dans les contes de fées de notre enfance, donnent naissance à une belle progéniture qui poursuivra l’aventure humaine de la dynastie, travaillent au service de leur pays, jouent les assistants sociaux, défendent des valeurs humanistes, montent sur le trône, prennent parfois leur retraite et meurent dans un concert de pleurs et de louanges sincères.
Ce cycle naturel de la vie royale, commun à tous, prend une saveur particulière quand chaque semaine, dans les pages du « SoirMag », l’animateur populaire et distingué de « Place Royale » nous en conte un événement marquant qui a fait en son temps la Une de l’actualité. Thomas de Bergeyck fait ici œuvre de mémorialiste en réunissant dans le présent ouvrage quelque cent cinquante de ses chroniques qui sont autant d’éclairages sur la vie des cours d’hier et d’aujourd’hui, de la vieille Europe monarchique à l’Orient mystérieux et lointain, jusqu’aux royautés du bout du monde. Quand le journaliste consigne semaine après semaine ces moments de vérité, ces hauts faits anniversaires, ces événements heureux ou dramatiques, ces péripéties du quotidien ou ces scandales qui frappent les esprits, il devient historien car il grave la matière éphémère dans la durée et l’ancre dans la mémoire collective. Plus qu’un almanach illustré des cours royales, ce recueil savoureux de chroniques permettra aux férus des monarchies comme aux novices ou aux simples curieux de pénétrer dans un monde, certes magique, dont on voit souvent l’apparence, hiératique et lointaine, sans mesurer son ancrage dans la vie quotidienne. C’est sans doute ce qui nous fascine, nous amuse ou nous intéresse tant dans la vie des familles royales : ils vivent en pleine lumière ce que chacun de nous vit dans l’ombre et ils sacrifient leur intimité sur l’autel de la gloire et de la célébrité pour que les nations, ainsi portées par une puissante tradition, puissent avancer plus sereinement vers la modernité, tant il est vrai qu’un navire aux amarres solides va plus loin et résiste plus solidement aux tempêtes de notre monde.
Stéphane Bern
INTRODUCTION
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Dans toutes les familles, il y a des histoires qui ne se racontent pas, car elles appartiennent à la sphère privée. Trop taboues, trop impudiques.
Mais lorsque le héros du récit transcende cette sacro-sainte règle du silence, par sa personnalité ou sa fonction hautement royale, alors cette histoire est racontée. Elle devient publique et peut, à ce titre, faire preuve d’exemple à suivre. Ou à ne pas suivre.
Le livre que vous tenez entre les mains est le fruit d’une recherche de plus de quatre ans dans les entrailles de familles royales qui, à un moment de leur existence, ont présenté une faille, ont vécu un moment difficile, incongru ou parfois très heureux, que personne ne pouvait prévoir.
La plupart du temps, les choses se terminent bien. Mais parfois, c’est le destin de l’acteur du récit qui prend un tout autre chemin. Comment ne pas penser à Nicolas Petrovic, brillant architecte parisien qui reçoit un jour un courrier très officiel lui demandant de revenir au plus vite dans son pays d’origine pour y prononcer un discours devant 250 000 personnes, en sa qualité d’« héritier du trône », statut qu’il ignorait totalement ? Que dire de Norodom Sihamoni, professeur de danse, obligé de quitter Paris, son appartement et tous ses amis pour devenir roi du Cambodge ?
Saviez-vous qu’au Bhoutan, lorsque le souverain a abdiqué, il a entraîné avec lui… ses quatre reines ? Qu’au Népal, l’héritier du trône, cocaïnomane et alcoolique, a assassiné toute sa famille parce que son roi de père ne voulait pas qu’il épouse sa bien-aimée ?
Dans Un siècle d’indiscrétions, je vous propose une sélection de cent cinquante histoires insolites, qui vous feront voyager au bout du monde, mais aussi au cœur de notre vieille Europe, berceau des monarchies.
Qui se souvient qu’un prince d’Orléans-Bragance, famille héritière du trône du Brésil, est mort noyé au fond de l’océan après le crash de son avion qui devait le ramener en Belgique ? Que penser de ce prétendant au trône d’Italie, poursuivi pour meurtre et association de malfaiteurs et qui passera plusieurs jours en prison avant d’être blanchi pour absence de preuves ? Qui connaît Rosario, ex-belle-fille du roi de Bulgarie, tombée dans les bras de… Hugh Grant ? Saviez-vous que la reine Fabiola avait eu un frère jet-setter, amoureux de la fête, du champagne et de la cigarette, devenu l’icône des nuits folles de Marbella ?
Certaines de ces tranches de vie ont construit l’univers très fermé des têtes couronnées. On y parcourt le monde au travers de l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui, à un moment, ont vu leur destin basculer. Parfois, ils s’en remettent, parfois ils y laissent leur honneur. Ou leur peau.
Dans le présent ouvrage, la petite histoire rejoint la grande. Et bien souvent, elle fait écho à nos existences, loin des ors des palais et des couronnes scintillantes.
Thomas de Bergeyck
ABDALLAH Ancien roi d’Arabie saoudite
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Ses quatre filles sont en prison !
Elles avaient tout pour être heureuses : des princesses comme on en voit dans les contes des Mille et une Nuits, maquillées de khôl et dont les opulentes chevelures pailletées embaument l’eau de rose et le jasmin. Ces femmes habillées de belles étoffes traditionnelles perlées de bijoux, fréquentant les plus prestigieuses universités d’Europe, apprenant la musique et les arts, passant leurs weekends entre courses hippiques et shopping effréné. Cette vie-là était celle de Sahar, Maha, Hala et Jawaher, les quatre filles de la princesse Alanouz, ex-épouse du roi Abdallah d’Arabie saoudite.
Pourtant, depuis quatorze ans, leur quotidien se résume aux quatre murs de leur maison du palais de Jeddah, surveillées en permanence du haut d’une tour par un gardien, et contrôlées par leurs demi-frères. En ce triste mois d’avril 2014, les aînées, Sahar, 42 ans, et Jawaher, 39 ans, le visage émacié, prennent leur courage à deux mains et diffusent sur YouTube une vidéo dans laquelle elles évoquent leur séquestration. Coupées de l’extérieur, elles n’ont aucun aliment frais, plus d’eau en bouteilles et se contentent de boîtes de conserve. Les dattes qui allaient mûrir dans le jardin ont été coupées de l’arbre ! Les souris colonisent la farine, raconte Sahar. Au fond du jardin, la mer est jonchée de filets pour les dissuader de fuir. Les filles racontent être droguées par leurs geôliers, souffrir de déshydratation, et l’une d’entre elles n’a plus d’inhalateur pour soigner son asthme. Sahar en appelle à l’ONU et au président américain.
Leur mère fait aussi entendre sa voix. Elle donne des interviews dans la presse et a même pris l’avocat Roland Dumas, l’homme aux chaussures hors de prix, pour tenter de plaider leur cause devant les grandes instances. Alanouz se sent responsable de cette situation. Mariée de force à 15 ans avec Abdallah, à qui l’on attribue neuf épouses et une trentaine d’enfants au total, elle a connu la violence et l’intimidation. Lui a divorcé plusieurs fois, la loi autorisant l’homme à répudier sa femme sans l’en avertir ! Lasse de ce couple, elle a fui à Londres, laissant là ses filles qu’elle croyait aimées de leur père.
En fait, en les séquestrant, Abdallah veut faire payer son ex-femme. Il lui reproche de n’avoir eu « que des filles », dans un pays patriarcal à l’extrême. Il condamne aussi les princesses pour leurs prises de position publiques, autrefois, sur le sort des femmes dans la société saoudienne. Abdallah se présente comme un souverain intransigeant et inflexible.
L’Arabie saoudite a pourtant signé deux conventions internationales : la Déclaration des Droits de l’Homme en 1948 ainsi que celle sur le Droit des Femmes trente ans plus tard. Mais, dans les faits, elles ne sont pas appliquées. Quant aux princesses, depuis la mort de leur père en janvier dernier, rien n’a changé : il a pris des dispositions pour que l’un de ses fils « gère » la séquestration. Leurs comptes Twitter ainsi que celui d’Alanouz ont été effacés. Une page Facebook, Free the Four, reste cependant ouverte.
À l’analyse, cette situation est troublante : comment se fait-il qu’aucune ONG n’ait su contraindre les États à lancer une enquête et former une commission rogatoire ? Pourquoi avoir laissé aux princesses l’accès à internet, si c’est pour les priver de liberté et, surtout, que penser des témoignages d’officiels de l’ambassade saoudienne à Londres qui crient à la manipulation, expliquant que les princesses sont bien libres de leur mouvement ?
En fait, on comprend aisément pourquoi la plupart des médias occidentaux reçoivent si peu d’images et de contenus vidéo en provenance d’Arabie saoudite. Là-bas, les affaires se règlent en famille, et moins on en montre, mieux cela vaut. Pour vivre heureux, vivons cachés. Une vision très personnelle de la démocratie.
ABDALLAH Roi de Jordanie
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Un souverain-surprise sur le trône
L’atmosphère est lourde en ce 7 février 1999 dans la grande salle du Parlement d’Amman. Les corps constitués jordaniens se sont réunis dans l’urgence, trois heures après le décès de leur bien-aimé souverain Hussein, pour entendre et surtout découvrir le nouveau chef d’État. En lieu et place du jeune trentenaire énergique que l’on devinait, c’est un garçon très posé qui entre, drapé du keffieh traditionnel rouge et blanc. Les applaudissements sont nourris, mélange d’encouragements et de nostalgie. Abdallah se recueille un instant devant le portrait en pied de son père, en grande tenue blanche de cérémonie. Ensuite, le nouveau souverain hachémite prête serment de fidélité, la main sur le Coran. C’est désormais lui le Guide de la nation. Et la tâche s’annonce ardue.
Car contrairement à bien des héritiers du Gotha, Abdallah n’a pas eu le temps de se préparer à sa fonction. Sentant sa fin approcher et avant de prendre l’avion pour intégrer une clinique du Minnesota aux États-Unis, Hussein convoque son fils aîné, qu’il a eu avec sa seconde épouse, Antoinette Gardiner, la fille d’un officier de l’Empire britannique. Il lui demande de prendre en main, après lui, la destinée du royaume.
Treize jours plus tard, le roi meurt, et c’est la surprise parmi le peuple qui ne s’attendait pas à ce choix. Certains jugent que le défunt souverain a fait preuve de beaucoup de sévérité envers son propre frère Hassan, Dauphin en titre depuis trente-quatre ans, congédié sans ménagement. Hassan avait été choisi dans le climat sécuritaire compliqué des années soixante. Craignant qu’il lui arrive quelque chose, Hussein n’allait pas mettre sur le trône son fils de 3 ans à peine.
Mais les choses ont changé. Abdallah est devenu un général reconnu au sein de l’armée. Il connaît bien la défense jordanienne, qu’il modernisera d’ailleurs considérablement. Marié à la belle Palestinienne Rania depuis 1993, il a quatre enfants. Un parcours sans faute qui justifie que le roi mourant décide de changer d’héritier, évitant ainsi de voir sa descendance éliminée du trône. Mais d’aucuns, à l’époque, songent aux liens très étroits de la Jordanie avec les États-Unis et sont convaincus que Bill Clinton a joué un rôle d’influence dans le choix d’Abdallah comme gage d’avenir.
Dans les milieux d’affaires, on est sévère envers le jeune roi. « Il ne fera pas le poids devant Assad, Saddam ou Moubarak ». La suite leur donnera tort. Car Abdallah II s’est emparé du « manteau royal » en quelques semaines à peine. Élément neuf et révolutionnaire dans ce pays traditionaliste, il élève son épouse au rang de reine trois mois après son avènement. Un pouvoir quasi partagé qui suscite l’adhésion du peuple et redore par la même occasion l’image de la femme.
Abdallah est loué pour son franc-parler. Il est sportif : parachute, course automobile. Très émotif, il rougit facilement en public, surtout devant les femmes, dont il a toujours adoré la compagnie. Passionné de télévision, il raffole de la série Star Trek Voyager ! Dans l’épisode 36 de la deuxième saison, Abdallah y joue un petit rôle muet, car il n’est pas affilié à la Société des acteurs !
Politiquement, le roi a réformé la fiscalité du royaume, il a introduit internet dans les écoles et mis l’éducation au rang de priorité nationale. Seuls les droits de l’Homme sont encore en souffrance en Jordanie. Au classement mondial de Reporters sans Frontières en 2018, le pays n’était que 132e.
Quelques mois avant la mort de son père, Abdallah avait lancé naïvement à un journaliste : Ce n’est pas toujours facile de marcher sur les traces d’une personnalité aussi prestigieuse. Si je pouvais réaliser ne fut-ce que le quart de ce que mon père a fait, alors je mourrai heureux. Sans le savoir, le futur souverain hachémite signait là son testament politique.
Un monarque qui se mouille pour son peuple
Il y a des rois qui règnent, d’autres qui agissent. Le souverain hachémite est de ceux-là. Si l’on fait mal à l’un des siens, Abdallah va s’avouer meurtri au plus profond de son être. Les « siens », c’est son peuple. Le peuple tout entier. S’il le pouvait, lui le chef des armées, il irait au combat en première ligne, dans le Panzer, pour fendre les sables et affronter l’ennemi.
Ce n’est pas pour rien qu’en sa qualité d’héritier, Abdallah de Jordanie a reçu les formations militaires les plus pointues. L’académie de Sandhurst d’abord. Comme son père Hussein. Ensuite, il en fait sa carrière, en commandant les forces spéciales, puis une unité d’élite antiterroriste, avec un rang de général de division, jusqu’à ce qu’il monte sur le trône.
Pas étonnant que, ce 4 février 2015, son sang ne fasse qu’un tour en découvrant, sur une vidéo du groupe terroriste État islamique, Maaz Al-Kassasbeh, un pilote jordanien de 26 ans, brûlé vif dans une cage en fer après avoir été capturé en Syrie. Cette scène, insoutenable, a fait le tour de la planète. Le sang de notre martyr ne sera pas vain et la riposte sera sévère, a déclaré ce souverain dont le visage rond au sourire gentil et aux yeux bleus s’est soudain assombri.
Le lendemain, l’allié historique des États-Unis envoyait des dizaines d’avions de chasse frapper des positions de l’État islamique en Syrie et en Irak, lançant l’opération Martyr Maaz. Abdallah a eu des mots que jamais il n’avait encore eu l’audace de prononcer. Il cite Clint Eastwood et sa célèbre réplique : Je ne vais pas seulement le tuer, je vais tuer sa femme, tous ses amis et brûler sa putain de maison, ajoutant que son seul problème sera d’avoir assez d’essence et de balles.
Si la Constitution lui interdit formellement d’aller au combat manu militari et personnellement, il a au moins le mérite de réveiller les consciences. Quelques heures plus tard, on verra le souverain hachémite au bord des larmes, auprès de la famille du jeune pilote, sous une tente, dans une chaleur étouffante, en plein désert, à 120 kilomètres de la capitale. Le terrain. Le peuple. Leurs souffrances.
Car pas question, pour Abdallah, de se draper dans une aura éthérée de roi distant, d’être enfermé sous les ors des palais, impuissant, car sans réel pouvoir. Le 10 juin 2017, il est sorti de chez lui en pantalon de training et en t-shirt pour aider à éteindre un feu qui ravageait une colline derrière le palais d’Amman ! Le souverain était l’un des premiers sur place. Il a débarqué, un énorme extincteur sur l’épaule, pour arroser les flammes qui grillaient la forêt. La vidéo prise par un autre volontaire au milieu des fumées a fait le tour de la toile, accompagnée par les messages de fierté de milliers de Jordaniens. Qui est comme notre chef ?Nous sommes fiers de vous. Ou encore : Un roi qui aide à éteindre le feu, vous ne trouverez cela qu’en Jordanie ! Ce n’est pas faux.
En 2013, ce n’était plus le feu, mais le froid qui paralysait la région. On n’avait jamais vu cela. La tempête Alexa avait recouvert la capitale d’un épais manteau neigeux. Sorti en jeep pour observer les dégâts dans la ville, il n’a pas hésité devant un véhicule embourbé. En blouson noir et coiffé d’un keffieh rouge, Abdallah s’est joint au groupe et, après plusieurs poussées franches, la voiture est repartie. Le garde du corps n’en menait pas large. Mais c’est la nature d’Abdallah : il veut bien régner, s’il peut être « physiquement » utile à son pays.
Grâce à ses passions, des lieux uniques voient le jour. Amoureux de Star Trek Voyager, il a commandité l’ouverture d’un immense parc d’attractions, le « Red Sea Astrarium » à Aqaba. Coût des travaux : 1 milliard et demi de dollars. Rien n’est trop beau pour ce peuple qui a vécu le pire, mais qui peut aussi être en droit de vivre le meilleur.
AKIHITO Empereur du Japon
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Le courrier interdit
Dans les jardins du palais Akasaka de Tokyo, ce 31 octobre 2013, on a pu assister à une scène qui, à nos yeux d’Occidentaux, semblerait banale, mais qui, là-bas, s’apparente à un sacrilège. La garden-party d’automne vient de démarrer. Avant l’ouverture des buffets, les convives font la file pour être présentés à l’empereur Akihito et à l’impératrice Michiko. Très solennellement, les députés avancent à petits pas, droits comme des « i », vers le Saint Graal, exécutant ensuite une parfaite révérence devant les souverains.
Le député Taro Yamamoto, bien qu’engoncé, lui aussi, dans une sombre jaquette, n’entend pas faire comme les autres. Dans ses mains, une lettre calligraphiée au pinceau sur du papier de riz traditionnel, pliée en accordéon. Elle est adressée à l’empereur. Lorsque Taro la tend au chef d’État, le personnel de sécurité se raidit. Impensable. Inimaginable. Insolent. On voit l’impératrice tenir son époux par le bras, fermement. Peut-être a-t-elle songé à un acte de violence.
À n’en pas douter, Taro Yamamoto a mis les pieds dans le plat. À 38 ans, cet acteur de cinéma et de télévision goûte depuis quelques mois à peine aux plaisirs de la politique. Il a plaqué les studios pour se lancer dans un combat humanitaire : le sort des enfants victimes de la radioactivité à Fukushima. Le 11 mars 2011, un accident nucléaire provoqué par un séisme suivi d’un tsunami a fait près de 20 000 morts et des milliers de déplacés. Par son courrier, l’activiste voulait simplement sensibiliser l’empereur à la situation sanitaire vécue dans la zone, deux ans après la catastrophe.
Cette « brûlante » missive va carrément pousser le jeune impudent devant une commission de la Chambre haute pour répondre de son acte ! Je voulais simplement faire connaître mes sentiments personnels sur la situation, rien de plus, a-t-il déclaré. Certains de ses camarades d’assemblée, dans l’opposition, sont allés jusqu’à demander sa démission. On l’accuse d’avoir voulu instrumentaliser l’empereur, lui qui doit rester en dehors des sphères du pouvoir et de tout jeu politique.
Jamais, en plus d’un siècle, pareil geste ne s’était produit dans cet empire aseptisé où pas une herbe ne dépasse, pas un mot n’est plus haut que l’autre. À une époque plus ancienne, il aurait été exécuté, affirmait l’un des cadres du Parti libéral-démocrate. Yamamoto sera tout de même sanctionné : privé de toute cérémonie en présence des souverains jusqu’à la fin de son mandat électif en 2019 !
Dans cette dynastie vieille de 2600 ans, on estime que l’empereur doit rester inaccessible, sauf lorsqu’il le décide, comme ce fut le cas au lendemain de… Fukushima. Akihito et Michiko s’étaient alors rendus au chevet des blessés. Une première.
Au lieu de le traîner devant les tribunaux, il aurait plutôt fallu dresser une statue à la gloire de Taro Yamamoto. Cet homme a eu le courage de briser les tabous, de renverser une situation de fait qui n’a plus de sens aujourd’hui. Tout ancien qu’il est, le trône Yamato doit urgemment s’ouvrir au monde. Cet univers corseté qu’il entretient avec tant de soin depuis des siècles a fait sombrer la princesse Masako, belle-fille de l’empereur, dans la dépression. Avec des conséquences sur la descendance. À sa manière, avec sa petite lettre, Taro Yamamoto a joué son rôle d’élu. Quoi qu’on en dise, nul n’est intouchable, et c’est au chef de l’État d’être à l’écoute du peuple. Il est grand temps que tombent les tours d’ivoire dans le pré carré du Chrysanthème. Il en va, peut-être, de la survie de l’empire.
ALBERT Ancien roi des Belges
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La vérité, les yeux dans les yeux
À l’aube des années quatre-vingt-dix, la presse belge aimait beaucoup écrire que l’avènement d’Albert II allait faire souffler sur le royaume un vent de fraîcheur, après le règne tout en sobriété de Baudouin. De fait, le Palais a commencé à s’ouvrir, en offrant une meilleure vue sur ses activités.
Toutefois, en matière de discours, le nouveau souverain s’inscrivait parfaitement dans la lignée de son frère. Jusqu’à cette veillée de Noël 1999, où le timbre royal a résonné autrement dans le grand bureau orné du traditionnel sapin. Nous sommes deux mois après la parution de la biographie de Mario Danneels consacrée à la reine Paola, dans laquelle l’auteur dévoile, en une ligne, que le roi a une fille illégitime avec la baronne Sybille de Selys Longchamps, mariée alors à l’industriel Jacques Boël.
Les Belges n’en croient pas leurs oreilles, lorsque le souverain évoque la crise que son couple a traversée il y a plus de trente ans. Ensemble, ajoute-t-il, nous avons pu surmonter ces difficultés et retrouver une entente et un amour profonds. Le roi a bien lu le livre de Danneels. Il a jugé indispensable d’y faire allusion, alors que le Palais avait préféré n’en dire mot. De façon intelligente, il a fait de son cas personnel une « expérience vécue », susceptible d’aider des compatriotes dans pareille situation. Contrairement à ce que l’on a tous cru lire entre les lignes, Albert ne fait allusion ni à l’idée d’un divorce envisagé dans les années soixante ni à l’enfant adultérin. En ce soir de Noël, à quelques heures du bug tant attendu de l’an 2000, le roi nous donnait là une subtile leçon d’intelligence et d’humilité.
Contrairement à l’idée que l’on peut parfois s’en faire, jamais Albert n’a fait du consensualisme sa marque de fabrique. Sur un ton délié et lors d’allocutions de près de douze minutes, un tantinet longues il est vrai, le roi a souvent activé la troisième de ses prérogatives monarchiques, outre le droit d’être informé et d’encourager : celle de mettre en garde. Le discours de Noël 2012 a fait beaucoup de bruit, lorsqu’Albert II a choisi d’évoquer les discours populistes de la N-VA qu’il ne nomme pas, appelant à la vigilance et nous rappelant la crise des années trente. Cette référence à la montée du fascisme se retrouvait pourtant déjà en ouverture du message de… juillet 2002, dans lequel le souverain évoquait la résurgence, en Europe, de certaines formes d’extrémisme, ajoutant, avec malice : Après avoir subi l’intolérance croissante des années trente, nous pensions être définitivement libérés de ce fléau. Cette position très ferme était alors passée inaperçue.
Un an plus tard, Albert II parlait de séparatisme feutré et ouvrait alors une brèche politique qu’il n’a jamais refermée.
Personne enfin n’a oublié l’été 2011 d’un roi affligé par une Belgique sans gouvernement depuis quatre cents jours. Le doigt levé, le poing sur la table, il rappelle aux Belges que le monde politique n’a pas de solution au problème. Des mots qui, de mémoire d’ingénieur du son, ont résonné dans l’enceinte de ce bureau royal peu habitué aux haussements de ton.
Si le texte est toujours soumis à l’approbation du Premier ministre, qui le lit et l’annote en présence du messager du Palais, souvenons-nous qu’il émane d’abord de la plume royale. Il naît des idées d’un homme qui, tout chef d’État qu’il est, observe du haut de son trône un pays qui se fissure. S’il y a des discours qui se ressemblent, il y en a d’autres qui marquent les esprits. Et méritent d’entrer dans la postérité.
Toute une population retient son souffle
Le temps est radieux sur Bruxelles en ce mercredi après-midi. Albert II vient d’achever un petit séjour aux Pays-Bas. Il a bien ri avec son amie Béatrix sur le bateau-mouche et surtout au dîner de gala où, par distraction, il a marché sur la traîne de sa royale collègue. Mais le sixième roi des Belges n’est pas en grande forme. Il se dit fatigué. Très fatigué même. Au point d’annuler, en dernière minute, la séance photo et le dîner d’État prévus avec Abdallah et Rania de Jordanie, en visite en Belgique.
La reine Paola est tracassée : son mari ressent de violentes douleurs à la poitrine. Elle appelle le médecin du roi, le docteur Groessens, qui procède à un électrocardiogramme. Décision est prise d’aller à Saint-Jean pour des examens complémentaires.
Le cardiologue du souverain, le docteur Lafontaine, est formel : une intervention urgente s’impose. Sans en avertir la presse, le couple royal se rend en ambulance à Alost. Albert II est aux soins intensifs. Il est 1 heure du matin, ce 13 avril 2000, lorsque débute une opération risquée, mais assez banale : le roi subit un quadruple pontage coronarien. À 4 heures, le Palais brise le silence : l’intervention est un succès, le roi va bien.
Le jour se lève et une meute de journalistes attend l’équipe médicale emmenée par le professeur Hugo Van Ermen qui annonce, soulagé : Nous avons dû arrêter le cœur quelques instants pour opérer. Le souverain s’est réveillé à 7 heures, il respire spontanément et a pu être extubé. Le roi, conscient, s’est entretenu avec la reine Paola.
S’ensuit, scruté par les caméras, le va-et-vient familial : rentrés des sports d’hiver en Suisse, Philippe et Mathilde sont refoulés le jeudi. Ils devront revenir quand leur père sera plus reposé.
Le Premier ministre Verhofstadt est rentré de Toscane. On ne sait jamais. Pourquoi ? Parce qu’Albert est un Cobourg. Et dans ce clan, le talon d’Achille se trouve entre l’aorte et les coronaires. Léopold III en est mort, son fils aîné Baudouin aussi et son cadet, Alexandre, en a souffert dès l’adolescence. Les rois ne sont guère immortels, et le débat sur la publication des bulletins de santé du chef de l’État refait surface.
Par un formidable pied de nez à l’Histoire, c’est Albert II lui-même qui finira par dire, un certain 3 juillet 2013 : Mon âge et ma santé ne me permettent plus d’exercer ma fonction. S’octroyant ainsi le dernier mot d’une fin que de bien mauvais esprits, au regard du passé, avaient déjà programmée.
ALBERT Prince de Monaco
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Alexandre et Jazmin, les enfants naturels du souverain
Les rencontres les plus banales sont souvent les plus décisives. C’est un vol très ordinaire entre Paris et Nice qui, ce 13 juillet 1997, doit ramener le prince héritier de Monaco auprès des siens. Albert a très faim. Nicole, 26 ans, sa voisine en business, lui tend son plateau-repas. Le courant passe. Au point que, l’un comme l’autre, ils tombent amoureux.
La jeune femme, sculptural mannequin d’origine togolaise, passe un premier weekend sur le Rocher. Puis un second. Une idylle qui va durer cinq ans, dans la pénombre d’une garçonnière située face au casino de Monte-Carlo, propriété du fils de Rainier III. Le souverain d’alors voit cette histoire d’un mauvais œil. D’autant qu’elle aboutira à une naissance, le 24 août 2003, dans un hôpital parisien. Le petit garçon s’appelle Alexandre, un prénom impérial pour un destin voué à l’anonymat.
Sans doute Albert a-t-il voulu que sa compagne avorte. Nicole avait « oublié » de prendre sa pilule. Mais l’héritier finit par assumer et reconnaît sa paternité devant notaire. L’enfant ne manquera de rien. Une pension de 10 000 euros mensuels est allouée à Nicole, un appartement à Paris ainsi qu’une villa en pierres du pays à Villefranche-Sur-Mer ! Seule condition : que la reconnaissance ne soit inscrite à l’état civil qu’après le décès du patriarche.
C’est ainsi que le 6 juillet 2005, trois mois jour pour jour après le dernier souffle de Rainier, Albert reconnaît publiquement qu’il a un fils. Mais Alexandre Coste Grimaldi ne sera jamais prétendant au trône, son grand-père ayant pris soin de modifier avant sa mort l’article 10 de la Constitution. Il stipule que seul un enfant issu d’une union maritale est héritier. Car Rainier était lui-même fils de bâtarde. La princesse Charlotte était née des amours illégitimes de Louis II avec une ancienne hôtesse de cabaret de Pigalle. Ce faisant, il avait, à sa façon, restauré la morale.
Naomi Campbell, Claudia Schiffer, Elle McPherson, Victoria Silvstedt, Gwyneth Paltrow : Albert aurait honoré les plus belles. Mais le prince cavaleur est aussi un prince imprudent. Qui aurait imaginé qu’après cela, Albert II déclarerait sur le plateau du 20 Heures que d’autres personnes se trouvant à peu près dans le même cas que Nicole Coste pourraient bien se manifester ?
De fait, sept mois plus tard, le magazine Voici publie l’acte de naissance d’une jeune femme de 14 ans, Jazmin Grace Rotolo, née à la suite d’une relation de quinze jours entre le prince Albert et une serveuse californienne en vacances sur la Riviera. À nouveau, le souverain reconnaît sa paternité et donne son nom à la jeune fille qui, bien qu’auréolée du prénom de son illustre grand-mère, n’en deviendra pas pour autant héritière du trône monégasque.
C’est donc un double père de famille que Charlène Wittstock épouse ce 1er juillet 2011 en la Salle du trône du Palais princier. Mais, sur ce rocher de légende, l’Histoire ne s’écrit qu’à partir du « oui » consenti.
Sans doute Albert s’est-il bien gardé de lui faire le récit de cette satanée malédiction qui pèse sur sa famille depuis trois cents ans, depuis qu’une bohémienne éconduite par un Grimaldi avait alors déclaré à ce dernier que jamais sa descendance ne serait heureuse en amour. Jusqu’ici, aucun Grimaldi n’a encore apporté la preuve du contraire.
La maison du bonheur
Tous les psychanalystes de la planète auraient intérêt à demander audience à Albert II de Monaco. Dans son bureau, on trouve à peu près tout ce dont rêvent les collectionneurs de souvenirs de feue la princesse Grace : des photos, des portraits peints de la jolie actrice américaine et même des effets personnels, comme un cendrier ou une raquette de tennis. Le prince voue un véritable culte à sa mère, disparue alors qu’il n’avait que 24 ans.
Cela faisait des années qu’il convoitait, discrètement, une vaste et belle demeure de Philadelphie, située sur la Henri Avenue dans le très chic quartier d’East Falls : la résidence où la jeune Grace a grandi avec ses trois frères et sœurs, construite par ses parents, Margaret et John, en 1935. Le prince n’y est allé que deux fois et se souvient parfaitement de ce qu’il a ressenti alors qu’il n’avait que 5 ans. Ma grand-mère m’avait installé dans une des chambres à l’étage. C’était une des premières fois où l’on ne m’avait pas mis avec ma sœur Caroline. Je suis resté à regarder passer les voitures par la fenêtre, appréciant le fait d’être seul.
Le 27 octobre 2016, en compagnie de quelques cousins, Albert visite la maison où flottent fièrement les drapeaux américain, monégasque et irlandais. De style géorgien, avec sa façade de briques et son perron à colonnes blanches, elle n’a pas tellement changé. La cuisine est restée celle des années cinquante. Il y a toujours les boiseries, les lambris de chêne illustrant des stries de coquillage dans la salle à manger et la cheminée dans le grand salon.
Le prince se souvient : Le tapis bleu a disparu, mais j’ai encore en mémoire l’image de mes roulades incessantes au pied du canapé ! Albert est nostalgique de cette jeunesse insouciante et pure, bercée par la musique country que chérissait son grand-père, John Kelly. Ce dernier, enivré par l’air iodé de la rivière Schuylkill en contrebas, s’y entraînait à ramer durant des heures, pour décrocher trois médailles d’or olympiques.
Durant sa visite, Albert II s’arrête un instant devant l’une des portes donnant sur une chambre du premier étage. Sur le côté, on peut encore voir des traces gravées dans le bois, représentant l’évolution des tailles des quatre enfants Kelly.
Un parfum de mélancolie plane encore sur la demeure où un destin s’est joué, le soir de Noël 1955. Rainier passait alors les fêtes chez la famille Kelly dans l’unique but de demander à John et Margaret la main de leur fille. Ce que le jeune souverain obtint sans difficulté, pedigree princier aidant.
Quelques mois plus tôt, les parents Kelly pensaient encore que leur fille allait leur présenter le « prince of Morocco », le confetti monégasque leur étant alors totalement inconnu ! Quelques photos sépia témoignent encore de la joie candide qui fut celle de Grace, future icône d’un micro-État devenu, grâce à elle, légendaire.
Estimée à un million de dollars, la maison d’East Falls fut achetée 775 000 dollars, soit 700 000 euros, par un prince Albert persuasif. Elle était en mauvais état, après quarante ans d’occupation par une drôle d’octogénaire qui y élevait une quinzaine de chats et de chiens, dans des conditions insalubres. Peu avant son décès en 2014, elle fut poursuivie pour cruauté envers les animaux, après que l’on ait retrouvé plusieurs cadavres décharnés.
La villa est aujourd’hui en réfection. Le prince compte y installer les bureaux de la Fondation Grace Kelly, ainsi qu’un musée à la gloire de sa mère. Et surtout, il nourrit l’espoir de la faire découvrir à ses jumeaux Jacques et Gabriella, qui, à leur tour, rouleront sur le tapis moelleux du salon.
Une façon, diraient certainement les psychanalystes, de boucler la boucle en « tuant la mère » pour de bon.
ALBERT Troisième roi des Belges
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Le « Roi Chevalier » a été tué !
Il y a des livres qui provoquent des séismes. Celui qu’a sorti en octobre 2004 Jacques Noterman est l’un d’eux, à n’en pas douter. Lorsqu’il se présente devant les journalistes à la conférence de presse, le sieur Noterman est observé par des yeux suspicieux. Ancien journaliste, volontiers enquêteur ‒ il aurait sans doute été un excellent commissaire ‒, il paraît sûr de lui. L’homme avait déjà rédigé en son temps La République du Roi, qui, avec un style bien à lui, présentait un panorama de la dynastie belge depuis 1831.
Autant dire qu’ici, les arguments doivent pleuvoir pour convaincre. Crime de lèse-majesté ? Restauration de la vérité historique ? Le doute subsistera toujours, mais les pistes avancées par l’écrivain-historien ont le mérite de susciter l’intérêt.
Après bien des obstructions judiciaires, l’auteur a eu accès au dossier ouvert par le parquet de Namur après le drame de Marche-les-Dames. Dans une enquête approfondie sur la mort du souverain, Noterman dénombre 95 anomalies, dont 58 dans le dossier judiciaire. De quoi remettre en question, selon lui, la thèse officielle d’un accident du roi Albert Ier au cours d’un exercice d’alpinisme au rocher du « Vieux Bon Dieu », sur une ascension qui, pourtant, est à la portée d’un débutant. À l’époque, la police n’a pas cru bon de demander une autopsie du corps : aucun médecin ni aucun magistrat n’a même pu voir la dépouille de la royale victime. Aucun procès-verbal n’a été dressé. Un cas sans doute unique dans l’histoire judiciaire, surtout pour un chef d’État en exercice. Même s’il est vrai que la police scientifique n’existait pas en 1934.
Pour l’acte de décès, il en va de même : celui-ci donne une heure précise de la mort, à savoir 16 heures, mais aucune mention relative au lieu, à la commune. Or, selon les experts, l’un ne va pas sans l’autre.
Acte isolé ? Crime perpétré par les services secrets allemands ? « Commande » passée par un Léopold III trop pressé de monter sur le trône ? Des rumeurs qui ne pèsent pas lourd, mais pour Noterman, le roi a bien été tué par balles. Une théorie déjà évoquée quelques jours après le drame par un alpiniste d’origine anversoise, qui n’a été entendu par aucun enquêteur !
Quant aux témoins, ils semblent avoir été muselés. Le fidèle valet de chambre d’Albert Ier, Théophile Van Dycke, affirmait que le roi lui avait demandé de s’éloigner de 50 mètres avant d’escalader le rocher. Pourquoi voulait-il ainsi « se cacher » ? Il en va de même pour Xavier de Grunne, un ami du souverain, qui gérait le Club alpin belge et qui s’est montré très incohérent quant aux circonstances de l’accident.
Restent enfin les « pièces » : la fameuse pierre de 55 kilos sur laquelle le roi aurait chuté a été emportée par un gendarme après le drame. À ce jour, elle est introuvable. Encore une incohérence, car le dossier fait état de trois pierres ensanglantées, qui auraient été à l’origine de la mort du troisième souverain belge.
Force est de constater que, onze ans après ce livre, la requête de Jacques Noterman n’a pas été entendue. En filigranes, il demandait l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire ainsi que l’exhumation de la dépouille royale, afin d’en analyser le crâne au scanner.
Poussé par la curiosité, je me suis plusieurs fois aventuré dans la région de Namur, à Marche-les-Dames, du côté de Beez, près des aiguilles et des falaises abruptes qu’affectionnent tant les alpinistes. Dans le coin, on évoque souvent l’histoire de l’hôtel « Brumagne », aujourd’hui disparu. Une immense bâtisse faisant face au rocher, de l’autre côté de la Meuse. On y raconte qu’un roi très amoureux y aurait affronté son rival, « sabre au clair », pour les beaux yeux d’une prétendante. Y laissant sa vie. Le rocher n’étant qu’une sinistre mise en scène pour conclure à l’accident malheureux.
De rumeurs en vraies-fausses vérités, quatre-vingt-un ans après, l’heure n’est pas encore venue de réécrire l’histoire.
ALEXANDRE Fils du roi Léopold III de Belgique
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Foudroyé en pleine séance sportive
Rarement dans ma carrière de journaliste, je fus pris d’émotion sur le terrain de mes reportages. À cet égard, le jour qui suivit le décès du prince Alexandre, le 29 novembre 2009, a valeur de symbole.
Je suis envoyé pour effectuer un duplex pour le journal de 13 Heures devant la grille de la vaste propriété de Landsrode, à Rhode-Saint-Genèse, où la veille, sans prévenir, le cadet du quatrième roi des Belges rendait son dernier souffle. L’espace d’une matinée, j’eus l’impression qu’un pan de l’histoire de mon pays venait de s’effondrer. Comment ai-je pu avoir autant de chagrin pour la disparition de cet homme que je n’avais jamais rencontré et pour lequel j’éprouvais un attachement quasi filial ? Peut-être parce qu’Alexandre faisait partie de ces êtres nimbés de mystère, égarés dans une discrétion que n’importe quelle curiosité aurait adoré percer.
En ce jour gris du 29 novembre 2009, le prince est sur son vélo, dans la salle de sport qu’il a aménagée dans la grande maison. Il devait retrouver ensuite l’un de ses amis pour une balade en forêt avec son fidèle teckel. Étonnée que son époux ne soit pas encore prêt, Léa l’appelle. Pas de réponse. La princesse demande alors à Renaud, 26 ans, son fils issu d’un premier mariage, d’aller le chercher. Le prince est allongé au pied du tapis roulant, inconscient. Fort de sa formation de premiers secours, Renaud tente alors de réanimer son père de cœur en pratiquant un massage cardiaque.
L’ambulance arrive très vite à Landsrode. Mais il est trop tard. Le prince Alexandre est emporté par une embolie pulmonaire foudroyante. Dans les heures qui suivent, les visites se succèdent. Je vois passer, conduite par son chauffeur, la reine Fabiola. Des voisins, très émus, viennent glisser un petit mot dans la boîte aux lettres.
Les funérailles du prince sont célébrées cinq jours plus tard, en présence de la famille royale, en l’église Notre-Dame de Laeken. Ne soyons pas tristes de l’avoir perdu. Soyons heureux de l’avoir rencontré, dira son beau-fils, qui était aussi son complice et son confident. Alexandre repose dans la crypte, auprès de ses parents, Léopold III et Lilian, sous cette dalle qu’il était venu fleurir quelques semaines plus tôt.
S’il n’a jamais pu se consacrer à son pays, privé de fonctions officielles, Alexandre s’est beaucoup donné, en revanche, à ses deux passions : tout d’abord, la lecture, dans cette très belle bibliothèque aménagée sur le modèle de celle d’Argenteuil, où il vécut durant trente ans, et ensuite, son épouse, Léa Wolman, rencontrée au milieu des années quatre-vingt sur la côte belge chez un ami commun. Il l’épouse en 1991 en Angleterre, dans le Suffolk, mais il ne l’annonce à sa mère que sept ans plus tard, en juillet 1998, à l’occasion du mariage de sa sœur Esméralda avec le professeur Moncada.
Dans la foulée, en septembre 1998, Alexandre et Léa « officialisent » leur mariage au cours d’un dîner chez leur ami Olivier de Trazegnies. Selon plusieurs proches, le prince est comme soulagé d’un secret : sa passion, il peut enfin la vivre au grand jour, mais à l’abri du murmure mondain.
Entre un livre de physique quantique et un autre de poésie, celui qui dévorait un ouvrage par jour se consacrait également à de nobles causes. Avec son épouse, il fonde, en 2006, le Fonds d’entraide Prince et Princesse Alexandre de Belgique qui soutient des projets sociaux. Le premier dîner de charité de leur Fonds d’entraide rapportera 30 000 euros, dont une partie sera versée au Télévie. Aujourd’hui encore, la princesse Léa rend hommage à son défunt mari en perpétuant son œuvre.
La dernière interview du prince Alexandre fut pour « Place royale », un an avant sa mort. Il nous confia son vœu le plus cher : que la mémoire de son père Léopold III demeure intacte auprès des Belges. Il reste un ange gardien, qui veille sur ma vie, dira-t-il à cette occasion.
Au moment de quitter Rhode-Saint-Genèse pour regagner la rédaction de RTL, en ce 29 novembre 2009, on me tend à travers la grille un courrier. Il est signé de la princesse Léa. Des photos d’Alexandre, et un mot, tout simple : Il était pour moi le meilleur homme du monde.
ALFONSO Prince de Hohenlohe
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Prince des stars et star des princes !
Il a enflammé les nuits de Marbella et connu les plus belles femmes. Son nom ne vous dit certainement rien, et pourtant, le « Petit prince », comme l’appelaient ses amis, était une véritable vedette dans le landerneau du tourisme ibère. Alfonso de Hohenlohe descend d’une des plus grandes familles de Bavière. À sa naissance en 1924, il est baptisé par le roi Alphonse XIII et la reine Victoire-Eugénie d’Espagne. Le petit garçon grandit, comme on dit, avec « une cuillère en argent dans la bouche ». Max Egon et Maria de Hohenlohe-Langenburg, ses parents, vivent des généreuses rentes de madame, dont le grand-père basque avait fait fortune au Mexique.
À 29 ans, Alfonso, du genre tête brûlée, mise beaucoup sur l’avenir d’une voiture de sinistre réputation durant la Seconde Guerre mondiale, mais au potentiel commercial élevé : la Volkswagen. Il en rachète la concession mexicaine. En Espagne où il vit, il acquiert également l’importation Volvo, histoire d’étendre sa toile et de garnir davantage encore son portefeuille.
Mais sa vie va prendre un tour nouveau, un matin de juin 1954, à bord d’une Rolls-Royce à charbon, sur une petite route entre Gibraltar et Malaga. Alfonso a faim et fait une halte dans un petit village de pêcheurs de neuf cents âmes, baptisé Marbella. Il a le coup de cœur. Lui le dandy voit le potentiel incroyable dont dispose ce petit coin ensoleillé pour attirer touristes et belles créatures. Il achète une ferme en ruine et 24 hectares de terrain pour une bouchée de pain.
Le rêve d’Alfonso : faire venir tous ses amis de l’aristocratie. Il fait construire le « Marbella Club Hôtel » et, en quelques années, il fait de cet endroit le nouveau « place to be » de la Costa del Sol.
Alfonso fait fortune. Son bar est plein tous les soirs de mai à octobre. Il faut dire que le pianiste qu’il a recruté est un fameux fêtard. Cigare, chapeau et costume blanc, il anime comme personne les nuits du club. Son nom ? Jaime de Mora Y Aragon… le frère de la reine Fabiola de Belgique !
Ainsi naît la discothèque le « Beach club », avec son DJ venu de Londres. Il y a des stroboscopes dans les arbres et des phares pour éclairer la mer. Des milliardaires avec leur yacht s’installent dans le tout nouveau port de Puerto Banus, ainsi que des stars telles Audrey Hepburn, Maria Callas, Sean Connery ou encore Michael Jackson ! Le port de pêche n’est plus qu’un vague souvenir. On vient à Marbella pour le soleil, les nuits, les fêtes… et les femmes.
Au printemps 1955, notre incorrigible Alfonso fait la connaissance d’Ira, princesse de son état et héritière du groupe Fiat. La Furstenberg n’a que 15 ans lorsqu’elle dit « oui » à cet hidalgo au charme moustachu d’un chauffeur de taxi sud-américain. Un mariage-scandale dont la réception va durer seize jours et rassembler quatre cents convives !
Le couple a deux enfants et divorce après cinq ans. C’est la guerre, mais le prince ne s’en laisse pas compter. Alors qu’Ira succombe plus tard à Rainier III, après la mort de Grace, Alfonso, lui, garnit son tableau de chasse de noms illustres tels Ava Gardner ou Kim Novak. Il se remarie deux fois. Sa dernière épouse, Marilys, est retrouvée sans vie à leur domicile en 2000. Elle venait d’apprendre qu’elle était atteinte d’un cancer.
Alfonso s’était retiré des affaires et vivait paisiblement de la production de fromage de brebis, d’huile d’olive et de vin, dans une finca de montagne à l’ouest de Malaga. Il est mort le 21 décembre 2003 des suites d’un cancer. Son neveu, Pablo, aime raconter ce jour où, mettant de l’ordre dans l’une des remises de feu son oncle, il tombe sur une vieille Ferrari décrépie. Derrière le siège passager, un drôle d’accessoire. Et telle une madeleine de Proust, Pablo s’est alors souvenu de cet homme qui, un demi-siècle plus tôt, se baladait, cheveux au vent, avec une toute jeune actrice du nom de Kim Novak qui, aujourd’hui encore, se demande où est passé son joli soutien-gorge.
ALOIS Prince héréditaire de Liechtenstein
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L’homme aux pleins pouvoirs
On parle si peu de cette principauté de 160 km2 coincée entre la Suisse et l’Autriche et, pourtant, elle est une des rares monarchies héréditaires dans laquelle le chef de l’État dispose de tous les pouvoirs. Il a même donné son nom à un pays, véritable paradis fiscal au cœur des Alpes.
Si vous pensez que les histoires de rois et de princesses sont du domaine des contes de fées, en mettant les pieds au Liechtenstein, vous devriez toucher le fantasme de tout près. Ouvrons le livre d’histoires : Au cœur d’une luxuriante vallée alpine nichée entre la Suisse et l’Autriche, à l’ombre des murs de son château accroché à la montagne vit un prince charmant. Avec sa princesse et leurs quatre enfants, ils sont heureux et contemplent de tout en haut les 36 000 sujets, tout entier dévoués à Leurs Majestés. Arrêtons là cette description d’Alois, prince héréditaire du Liechtenstein, et de Sophie, née Wittelsbach, duchesse en Bavière. D’autant qu’au château de Vaduz, ils sont quatre adultes : les héritiers vivent avec les parents du prince qui sont l’actuel souverain Hans-Adam II et son épouse Marie. Un pouvoir partagé entre les deux hommes.
Fait rarissime : le 15 août 2004, Hans-Adam II transmet les affaires courantes du pays à son fils Alois, afin de le préparer au pouvoir. Car le Liechtenstein, c’est un peu une gigantesque affaire familiale, qui a démarré il y a trois siècles déjà, en 1719, à la suite de la vente par les Habsbourg à la dynastie des Liechtenstein du territoire devenu principauté par la grâce de l’empereur Charles VI. Une possession personnelle comme il y en avait des centaines à l’époque. Au XVIIe siècle, on l’appelait le « pays des sorcières ». On raconte que le prince de l’époque était connu pour danser sur des musiques tonitruantes à la tombée de la nuit, afin de couvrir les cris des femmes torturées dans les cachots du château.
Des légendes et des deniers en or massif : aujourd’hui, la fortune du prince souverain s’élèverait à près de trois milliards d’euros. Hans-Adam possède un château en Autriche, un autre en Slovaquie, un palais à Vienne et une exploitation de riz basmati au Texas. Il réclame toujours devant la Cour européenne des Droits de l’Homme qu’on lui restitue deux forteresses situées en République tchèque dont sa famille a été dépossédée en 1945. Chez les puissants chefs d’État, business is business. Car, outre ses terres, Hans-Adam a fait de son pays un paradis pour banques d’affaires, grâce à une politique de défiscalisation massive. La plus grande banque, LGT, est en partie propriété des Liechtenstein.
Monarchie absolue, le Liechtenstein l’est sans aucun doute sur le plan du droit. Depuis un référendum en 2003 accroissant encore ses pouvoirs, le prince souverain peut nommer un nouveau gouvernement, même si l’ancien conserve la confiance du parlement. Le prince jouit d’une immunité totale, sans contrôle. Il peut mettre son véto à tout projet de loi ou de référendum. En clair : il est impossible d’abolir la monarchie par consultation populaire, puisque le souverain pourrait s’y opposer !
Légaliser l’avortement ? Alois, 46 ans, s’y oppose et son peuple le suit. Avorter est formellement interdit, et si l’acte est pratiqué à l’étranger, il est passible d’un an d’emprisonnement. Chaque année, des dizaines de femmes passent les frontières pour aller se faire opérer sous un faux nom en Suisse, à Saint-Gall ou à Coire.
Les couples homosexuels n’ont que des droits très réduits, et les femmes ont obtenu le droit de vote en… 1984 ! Bref, dans ce micro-État largement catholique, on vit comme au XIXe siècle et on en est fier. D’ailleurs, pour remercier ses fidèles sujets, les princes convient régulièrement tous les habitants au château pour une garden-party à l’occasion de la Fête nationale.
À Vaduz, il y a comme un parfum de nostalgie surannée, un décor sépia qu’entretiennent avec amour Alois et son père. Pour que ne meure jamais le joli « conte de fées » entamé voilà trois cents ans.
AMIN DADA Ancien président d’Ouganda
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Le dictateur qui défia la reine Elizabeth
On a beaucoup glosé sur le sanguinaire président d’Ouganda. Mais pourquoi donc s’est-il autoproclamé « roi d’Écosse » ? La vie entière d’Amin Dada est anglaise. Tout en lui est imprégné de ce « britannisme », dont il fut à la fois l’adorateur et l’ardent destructeur. Rejeton d’un soldat de l’armée coloniale et d’une mère chamane, il naît aux alentours de 1923 ou de 1925 ‒ on ne sait plus trop. Au sortir de la guerre, Idi Amin s’engage chez les King’s African Rifles. L’ancien gardien de chèvres est d’abord aide-cuisinier, puis soldat actif. Il va commettre ses premiers crimes dans l’écrasement de l’insurrection nationaliste au Kenya voisin, chez les Mau-Mau. Il a alors 29 ans et des envies de pouvoir.
De retour en Ouganda, il s’associe aux répressions locales et devient spécialiste en tranchage de pénis. D’une masse volumique de 120 kilos pour 1 mètre 90, Amin Dada en impose. Il boxe, au point de devenir neuf fois champion poids lourds. Malgré tout cela, le soldat ne dépasse pas le grade de sergent-chef.
Amin Dada n’est pas apprécié par les Anglais. Au rugby, on le prend dans l’équipe, mais en raison de sa couleur de peau, on lui interdit de fréquenter le club. L’indépendance de l’Ouganda en 1962 lui servira d’ascenseur social.
Avec l’aide du futur président Milton Obote, son ami puis son pire opposant, Amin devient en quelques années général, maréchal et « président à vie » dès 1971. L’« Ubu noir » est né. Le début d’un règne de terreur qui, selon les sources, fera en huit ans 300 000 victimes sur une population d’environ 10 millions d’habitants.
Plus rien n’arrête Idi, assoiffé de reconnaissance. Il va se faire confectionner des vêtements spéciaux pour pouvoir arborer ses décorations, bien souvent en toc. On y trouve toutes les médailles de la Seconde Guerre mondiale, dont la Military Cross et la Victorious Cross, pâle copie de la Victoria Cross britannique. Parmi les breloques, on trouve aussi… la médaille des moniteurs de ski suisses !
En 1977, les relations diplomatiques avec le régime ougandais sont rompues. Amin Dada considère alors avoir vaincu les Anglais et se déclare roi d’Écosse ! Il aime ce peuple dont il dit qu’ils sont les meilleurs, sans faire de discrimination. D’ailleurs, Dada ordonne à ses soldats de porter le kilt. Fasciné par Elizabeth II, il l’invite en Ouganda pour rencontrer un vrai homme. Sans réponse valable, l’Ubu noir envoie un courrier à la reine à Londres, lui demandant d’arranger une visite de l’Écosse, de l’Irlande et du Pays de Galles, pour lui permettre de rencontrer les chefs des mouvements révolutionnaires qui combattent son oppression impérialiste. Le nouveau patron de la « Perle africaine » se mêle carrément de politique interne, en proposant une conférence de paix sur l’Irlande à Kampala. Le dictateur offre même de verser de l’argent à la reine pour sauver sa couronne et lui signale qu’un camion rempli de fruits et de farine l’attend à Kigezi ! La farce devient grotesque. Mais Elizabeth II ne bronche pas. Never explain, never complain.
Persuadé qu’une guerre pourrait détourner l’attention du peuple de sa misère quotidienne, Amin Dada fera celle de trop. Lancés contre la Tanzanie voisine, ses soldats se rebellent. Kampala tombe le 11 avril 1979. L’Ubu noir fuit l’Ouganda et trouve refuge en Arabie saoudite, le paradis des dictateurs déchus. Il y vivra encore vingt-cinq ans, entouré de ses quatre femmes et de ses quarante-huit enfants reconnus.
Amateur d’accordéon et de pêche, il se balade, anonyme, en djellaba blanche, passant son temps dans les salons de massage des grands hôtels de Djeddah. Sa virilité déclinant, il se lance dans un régime survitaminé, en consommant jusqu’à trente oranges par jour.
À un journaliste venu le voir à la fin des années quatre-vingt-dix, Amin Dada s’est félicité de sa vie de rêve, ajoutant, en guise de sordide point final : Je n’ai pas de remords, seulement de la nostalgie.
ANANDA Ancien roi de Thaïlande
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Mort d’une balle entre les deux yeux
Le 13 octobre 2016 s’éteignait à 88 ans Bhumibol Adulyadej. Le monarque au règne le plus long a-t-il emporté avec lui un lourd secret ? Sept décennies d’un règne pérenne auront suffi à Bhumibol pour faire oublier ce qui restera à jamais l’une des plus grandes énigmes de l’histoire du royaume de Siam.
Car ce roi devenu recordman des monarques en exercice, élevé au rang de demi-dieu tant ses sujets le vénèrent, était loin de s’imaginer, du haut de ses 18 ans, prendre la succession de son frère, sur le trône depuis à peine onze ans, dont dix passés en Suisse.
En ce matin du 9 juin 1946, le palais royal de Bangkok se hâte pour préparer le départ du jeune roi Ananda. Il doit prendre un avion pour les États-Unis. Une visite officielle de treize jours à Washington puis New York, avant de rejoindre Lausanne pour poursuivre son programme d’études. Un déplacement qu’il attendait avec impatience, heureux de quitter la Thaïlande. Mais le jeune souverain ne se présente pas au petit déjeuner. Un domestique prend l’initiative d’aller le réveiller. Il est neuf heures du matin lorsque son corps est retrouvé, sur le dos, au milieu de la chambre, une balle entre les deux yeux. À sa gauche, un pistolet colt 45 automatique. Le sien. Car Ananda était un grand amateur d’armes à feu.
Son jeune frère Bhumibol est l’un des premiers à constater son décès. Ravagé par la douleur, il va veiller sur lui des heures durant dans la grande Salle des Rois. Un deuil d’un an est immédiatement décrété dans tout le pays.
L’enquête est ouverte, mais elle va vite montrer ses failles. Après analyse de la dépouille, plusieurs hypothèses émergent. Sur l’assassinat, aucune piste ne tient la route. Car il est à peu près aussi facile de s’infiltrer dans le palais de Bangkok que dans Fort Knox. À moins que le jeune homme ait été tué par un habitant du palais. Un employé jaloux, un domestique mandaté pour éliminer Ananda avant qu’il ne reparte pour la Suisse ou, plus simplement, un membre de la famille. Un accident consécutif à une erreur de manipulation de l’arme ? On ne saura jamais le prouver. Mais il paraît peu probable, l’arme ayant été retrouvée à sa gauche, or Ananda était droitier. De plus, il ne portait pas ses lunettes et était hypermétrope. Sans elles, il n’aurait jamais manié pareil engin. Le nom de son successeur sur le trône a même été cité par certains de ses opposants. Dans une rare interview donnée en 1980 sur la BBC, le roi Bhumibol parle de la mort de son frère comme d’un assassinat mystérieux, par des personnages puissants inconnus en Thaïlande. C’était politique. Toutes les preuves ont été effacées. Dont acte.
Reste la troisième hypothèse, celle du suicide : comment ce jeune homme que l’on disait plein de vie a-t-il pu avoir envie de se supprimer ? Il raffolait de musique, apprenait le saxophone. Il aimait la vitesse à bord de sa Jeep dans les jardins du Palais. Il adorait le bon air de la Suisse et ses balades. Il avait hâte de retourner là-bas, au grand dam du palais qui voulait un roi « à temps plein » à Bangkok. Au fil du temps, la croyance populaire va pourtant faire le ménage dans ce faisceau de certitudes et conclure à un suicide.
De l’avis de nombre de ses camarades de la faculté de Droit, Ananda était amoureux. Elle s’appelait Marylène Ferrari. C’était la fille d’un pasteur vaudois. Ils passaient tout leur temps ensemble : côte à côte au cours, à la bibliothèque. Elle l’appelait « Bicot », lui « Ooliram », anagramme de Maryloo. Bien qu’ensemble depuis trois ans, Marylène savait qu’aimer un roi d’Orient était voué à l’échec. Pourtant, Ananda s’accrochait. Sa dernière lettre, cinq jours avant sa mort, était enflammée. Elle n’était pas écrite par un dépressif, mais par un amoureux. Capable, peut-être, du pire.
