Comment prier chaque jour ? - Laurent Landete - E-Book

Comment prier chaque jour ? E-Book

Laurent Landete

0,0

Beschreibung

La prière est essentielle à la vie de tout baptisé, nous dit l’Église. Certes. Mais concrètement, comment prier ? C’est pour y répondre que l’auteur a conçu cette « petite méthode pratique » de prière en quatre étapes. Simple, accessible, adaptée au rythme de chacun, elle permet à tous de débuter et de durer dans la prière.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 196

Veröffentlichungsjahr: 2014

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Dans la même collection

Alain BANDELIER, Se confesser. Pourquoi et comment ? (2014)

Bernard GALLIZIA, Le célibat des prêtres est-il justifié ? (2012)

Jean-Luc MOENS, Oser évangéliser aujourd'hui (2012)

Thérèse. Aimer c'est tout donner (2012)

Myriam TERLINDEN, Vivre ensemble ou se marier ? (2013)

Odile TERRA, Aimer jusqu'au bout. La compassion (2014)

Laurent LANDETE

Comment prier chaque jour ?

Petite méthode pratique

Préface du cardinal Jean-Pierre Ricard

Nihil obstat,

le 5 février 2014

G. PELLETIER

Imprimatur,

le 5 février 2014

M. VIDAL, Vic. Ep.

Composition : SoftOffice (38)

Conception couverture : © Christophe Roger

Images : © Artens-Shutterstock

Citations bibliques :

© AELF

© Éditions de l'Emmanuel, 2014

89, boulevard Blanqui, 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

ISBN : 978-2-35389-356-0

« Sans des moments prolongés d'adoration,de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens… »

Pape François

Préface

Au cours de mes rencontres pastorales, j'ai constaté que beaucoup de catholiques restaient très démunis pour leur prière personnelle. Ils avaient appris à réciter des formules de prière comme le Notre Père et le Je vous salue Marie mais n'avaient pas été vraiment initiés à entrer dans l'expérience vivante de la prière. Certes, cela ne veut pas dire qu'ils ne priaient pas, qu'il ne leur arrivait pas de dire merci à Dieu ou de le supplier à tel ou tel moment de leur vie, mais cela dénotait une certaine difficulté pour durer dans la prière. Chez certains, une insatisfaction s'exprimait. Chez d'autres, une attente. Beaucoup se seraient retrouvés dans la demande des disciples à Jésus : « Apprends-nous à prier » (Lc 11, 1).

C'est pour répondre à cette demande que Laurent Landete, Modérateur de la Communauté de l'Emmanuel, a rédigé ce livre qui sera fort utile : « Comment prier tous les jours ? » Le sous-titre du livre, « Petite méthode pratique », dit clairement le but poursuivi. Il ne s'agit pas de considérations générales sur la prière mais de l'offre d'une méthode, c'est-à-dire d'un guide pratique pour entrer dans l'expérience de la prière. L'auteur, dont on sent qu'il a expérimenté pour lui-même ce qu'il propose, ressemble au guide qui vous accompagne pour une course en montagne, ou au médecin qui vous prescrit avec précision un régime : il vous décrit l'itinéraire et vous conduit dans votre marche, sachant adapter son pas au vôtre.

La marche est exigeante mais progressive. L'ambition est de vous proposer, en neuf mois, d'arriver à une heure de prière par jour (bien sûr, si vous en avez le goût et le temps). Mais la proposition commence modestement : prendre la décision de dégager un petit quart d'heure dans sa journée (exactement, 16 minutes). Ce temps de prière est structuré en quatre moments qui vont se succéder. Il ne s'agit pas là de se donner coûte que coûte une structure mais d'apprendre à intégrer dans le mouvement même de la prière ces quatre composantes fondamentales que sont : le silence, l'écoute, l'adoration et l'intercession. Laurent Landete aide son lecteur à en découvrir toutes les harmoniques et à les déployer progressivement dans sa prière, en invitant à leur consacrer de plus en plus de temps. A la fin de chaque semaine, il propose une « démarche » qui accompagne et soutient la prière.

Ne nous trompons pas : ce petit guide de prière n'a pas qu'un objectif pratique et limité. Il vous introduit à toute la richesse d'une vraie vie spirituelle. Il vous fait revisiter la grande tradition spirituelle de l'Eglise et découvrir ce qui conduit sa prière. Au long des mois, il invite à approfondir la relation de chacun avec la Vierge Marie, l'Esprit Saint, la Parole de Dieu, l'Eucharistie et l'adoration eucharistique, la compassion, l'évangélisation, la vie des saints… Notre auteur agrémente la lecture par un certain nombre de citations, tirées de grands textes de la Tradition ecclésiale. Là aussi, plus d'un y trouvera de quoi nourrir sa propre méditation.

Ce livre est-il réservé à des débutants ? La présentation pourrait le laisser penser. En fait, il n'en est rien. Ce livre sera très utile à tous ceux qui veulent faire un vrai check-up de leur propre prière : en voir les points faibles mais aussi découvrir les dimensions qu'elle doit intégrer davantage pour s'enrichir et s'approfondir.

Ce livre vaut la peine d'être lu. Il a du souffle. Il sera certainement précieux à beaucoup.

Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Evêque de Bazas

Avant-Propos

« Si donc, dans l'Église, tous ne marchent pas par le même chemin, tous cependant sont appelés à la sainteté1. »

Tous les baptisés sont appelés à faire le choix de la constance dans leur vie de prière. Pourtant, la mise en place d'un temps quotidien consacré à Dieu constitue un véritable parcours du combattant pour beaucoup d'entre eux ; les activités professionnelles, les études, la vie sociale et familiale peuvent vite être perçues comme autant d'obstacles à cet appel. En effet, le mode de vie actuel offre très peu d'espace pour se poser et entrer en relation. Notre environnement est si bruyant, si agité qu'il n'est pas simple de trouver les moments de silence et de calme propices au recueillement et à la contemplation.

Néanmoins, l'absence de prière régulière est l'obstacle majeur à l'épanouissement d'une vie chrétienne solide. Celui ou celle qui a fait l'expérience de la présence de Dieu à un moment ou à un autre de son existence perçoit bien la nécessité de la prière. Car prier, ce n'est pas appliquer une règle, mais entretenir une relation avec le Christ, en se laissant rejoindre et conduire par Lui, librement, gratuitement. « La prière est une chose aussi essentielle pour nous que la terre qui nous porte, l'air que nous respirons, le pain qui nous rassasie, le cœur qui bat dans notre poitrine », nous dit saint Jean Eudes2.

De nos jours, beaucoup de chrétiens participent à des pèlerinages, des retraites, des sessions, des « temps forts » au cours desquels ils témoignent eux-mêmes d'une rencontre personnelle avec Dieu. Seuls ou en groupe, sur un chemin de Saint Jacques de Compostelle, lors d'un service auprès des malades à Lourdes, dans le silence d'un monastère ou lors de sessions à Paray-le-Monial, à Taizé, à Hautecombe, ou encore durant les JMJ, ils découvrent la joie de croire. Ils sont saisis par la beauté de la liturgie, l'espérance que donnent les Saintes Écritures, la puissance de la louange, les fruits de l'adoration eucharistique, la richesse de l'enseignement de l'Église, la force que donnent les sacrements, et la paix que procurent des lieux magnifiques et chargés d'histoire.

Mais après ? Que se passe-t-il dans la vie courante ? Que deviennent ces grands élans ? C'est généralement la chute libre qui est au rendez-vous du retour dans le monde réel. Ces moments de ressourcement sont bien souvent suivis de « no man's land » spirituels. Et finalement, « la culture du provisoire, du relatif pénètre aussi dans la vie de la foi3 ».

L'enjeu de notre relation à la personne du Christ est tellement grand que notre prière ne peut être occasionnelle ! Écoutons Jésus : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s'il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c'est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples (Jn 15, 1-8).

À la suite du Christ, l'apôtre saint Paul nous y exhorte aussi : « Soyez assidus à la prière » (Col 4, 2) ; « En toute circonstance, que l'Esprit vous donne de prier et de supplier […] soyez assidus à la supplication » (Ep 6, 18) ; « En toute circonstance, priez et suppliez […]. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu'on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Ph 4, 6-7).

Jean-Paul II, dans sa lettre aux laïcs en 1988, nous recentre sur cette nécessité : « Pour pouvoir découvrir la volonté concrète du Seigneur sur notre vie, les conditions indispensables sont : l'écoute de la parole de Dieu, et la prière fidèle et constante4 ». Benoît XVI va encore plus loin : « La prière est une question de vie ou de mort5 ». Et le pape François, enfin, insiste sur le fait que : « Seul le rapport fidèle et intense avec Dieu permet de sortir de ses propres fermetures. […] Sans la prière, notre action devient vide et notre annonce est sans âme, et n'est pas animée par l'Esprit6 ».

Parfois, nous nous sentons indécis, tristes, rigides, froids, nonchalants ; nous en voulons aux autres ; nous n'arrivons pas à aimer ; nous disons du mal de notre entourage, etc. Le découragement nous gagne et nous sommes logiquement tentés de donner de fausses raisons à nos prises de recul par rapport à la foi, à la vie en Église, ou en communauté. Dans de tels moments, où en est notre relation personnelle avec le Christ ? Notre prière est-elle fidèle et constante ? Notre désir de faire la volonté de Dieu peut demeurer, mais quelle est notre proximité avec Lui ? Écoutons-nous sa Parole ? Nous confions-nous à lui ? Nous adressons-nous à lui ?

Notre intimité avec Dieu favorise un juste rapport à nous-mêmes et aux autres. Pour approfondir cela, laissons-nous interpeller par le pape François : « Est-ce que je me laisse surprendre par Dieu, comme l'a fait Marie, ou est-ce que je m'enferme dans mes sécurités, sécurités matérielles, sécurités intellectuelles, sécurités idéologiques, sécurités de mes projets ? Est-ce que je laisse vraiment Dieu entrer dans ma vie ? Comment est-ce que je lui réponds ? Suis-je un chrétien “par à-coups”, ou suis-je un chrétien toujours7 ? »

Et nous pourrions poursuivre cette remise en question de la manière suivante : Suis-je pris par mes engagements ou est-ce que je me donne librement ? Suis-je seulement un serviteur ou aussi un ami de Dieu ? Jésus nous dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs […] je vous appelle mes amis » (Jn 15, 15). Est-ce que je raconte ma vie ou est-ce que je témoigne de l'œuvre de Dieu dans ma vie ? Est-ce que je prends la parole ou est-ce que je partage la parole d'un autre, la Parole de Dieu ? Est-ce que je me compose un personnage ou est-ce que je suis transparent, ouvert à la rencontre ? Ai-je un regard positif sur les autres ou est-ce que je les condamne sans essayer de les comprendre ? Est-ce que j'excuse du bout du cœur les fautes de mes frères, ou est-ce que je décide de pardonner sans retour ? Autant de questions que notre union à Dieu éclaire et auxquelles elle vient donner des perspectives évangéliques nouvelles et joyeuses ! Notre vie de prière est comme le rempart contre tout aveuglement dans les choix que nous avons à faire. Elle est l'assise de tout discernement. C'est par notre intimité avec le Christ que se fortifie notre foi, que naît l'espérance et que jaillit la charité. La constance de notre prière est la condition pour faire Sa volonté et connaître Son projet d'amour pour nous et pour nos proches.

Mais alors, si la prière est indispensable, pourquoi est-elle si difficile à mettre en pratique ? Parce que l'on ne montre peut-être pas assez le chemin concret de la prière. Il est nécessaire d'accompagner concrètement ceux qui débutent, de remotiver ceux qui n'arrivent plus à prier, et de redonner des points de repères à ceux qui veulent recommencer. Il ne suffit pas d'écrire de belles choses sur la prière, il faut également donner les clés de la régularité. On ne peut se contenter d'un discours spirituel. Ce serait alors comme si un guide de haute montagne faisait un magnifique exposé sur la beauté du paysage et sur les bienfaits de l'alpinisme sur la santé, mais ne donnait pas les moyens de pratiquer l'escalade : les outils pour grimper, les chaussures adaptées à la marche, la durée de la randonnée, les notions élémentaires de météo, etc.

Comme pour tout apprentissage, les questions sont en fait toujours élémentaires et correspondent à un besoin de formation adapté : Comment commencer ? Comment construire un temps de prière ? Comment durer ? Beaucoup de laïcs se sentent très démunis pour trouver les réponses à ces questions.

Toute notre vie chrétienne se résume à cette bataille contre notre inconstance. Or, il existe des armes toutes simples pour remporter la victoire, jour après jour.

Un ami prêtre me disait souvent : « Quand je vois ces personnes devant le Saint Sacrement, je me demande ce qu'elles font ». J'avais été interpellé par cette parole qui se voulait un peu provocatrice, mais qui révélait un vrai souci de pasteur : comment conduire simplement les baptisés vers un authentique cheminement spirituel et humain ? J'ai ainsi réalisé qu'aborder les choses par la dimension pastorale était la clé.

Dans notre monde qui change, il est urgent de donner un souffle nouveau à la vie de prière des laïcs ! Les personnes engagées dans la vie active ont besoin d'être soutenues dans leur union à Dieu. Au fond, il s'agit d'offrir à tous le trésor du Concile Vatican II. Cet événement ecclésial majeur, considéré par Jean-Paul II comme la boussole du troisième millénaire, a ouvert aux fidèles du Christ des champs spacieux, à habiter sans frilosité. Un passage d'un décret de ce Concile sur l'apostolat des laïcs le souligne : « Le saint Concile adjure donc avec force au nom du Seigneur tous les laïcs de répondre volontiers avec élan et générosité à l'appel du Christ qui, en ce moment même, les invite avec plus d'insistance, et à l'impulsion de l'Esprit Saint. […] C'est le Seigneur lui-même qui, par le Concile, presse à nouveau tous les laïcs de s'unir intimement à lui de jour en jour, et de prendre à cœur ses intérêts comme leur propre affaire (cf. Ph 2, 5), de s'associer à sa mission de Sauveur ; il les envoie encore une fois en toute ville et en tout lieu où il doit aller lui-même (cf. Lc 10, 1)8 ». Sans un soutien pratique, cela ne peut pas marcher ! En effet, la vocation des laïcs se trouve « sur la ligne la plus avancée de la vie de l'Église9 ». Leur mission est de « vivre en très étroite union avec les autres hommes de leur temps10 ». Ce sont les réalités qu'ils vivent qui constituent le domaine de la rencontre avec Dieu. Le Concile Vatican II insiste encore sur cela : « Cette spiritualité des laïcs doit revêtir des caractéristiques particulières suivant les conditions de vie de chacun : vie conjugale et familiale, célibat et veuvage, état de maladie, activité professionnelle et sociale. Chacun doit donc développer sans cesse les qualités et les dons reçus et en particulier ceux qui sont adaptés à ses conditions de vie, et se servir des dons personnels de l'Esprit Saint11 ».

Saint François de Sales, « qui a tant promu la spiritualité des laïcs […] présente d'une manière simple et splendide la vocation de tous les chrétiens à la sainteté et, en même temps, la forme spécifique dans laquelle la réalise chaque chrétien : “Dieu commanda à la création, aux plantes, de porter leurs fruits, chacune selon son genre (Gn 1, 11) : ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu'ils produisent des fruits de dévotion, chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée ; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier… C'est une erreur, même une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés… Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite”12 ».

Il est possible de proposer un mode de prière intégré au rythme de chacun. La vie des laïcs dans la société d'aujourd'hui ne peut pas être calquée sur un mode de vie religieux, qui a son propre rythme, ses propres horaires. Un tel mimétisme est un piège qui peut être à l'origine de nombreux découragements, éloignant finalement les chrétiens de la prière. Ils risquent alors de se réfugier dans l'activisme qui a, paradoxalement, pour compagne une forme d'oisiveté spirituelle. Une telle confusion ne favorise pas non plus la communion entre les différents états de vie. Cette unité trouve sa source dans une communion avec Dieu, chacun selon le mode de vie qui lui est propre. Nous sommes – là encore ! – face à un enjeu très important : témoigner de l'Église comme mystère de communion. Le fruit de cette harmonie dans la diversité, c'est la joie de la mission vécue comme un débordement de la charité qui jaillit du cœur de l'Église : « Voyez comme ils s'aiment !13 ».

Par ailleurs, il nous faut sortir des discours qui peuvent faire sombrer dans le piétisme ou l'angélisme. Répondre à des personnes qui ont besoin d'éléments pratiques : « Faites-vous bronzer devant le Saint-Sacrement, comme on se fait bronzer devant le soleil », offre une belle image mais pas une formation très profonde, reconnaissons-le ! Bien sûr, prier c'est entrer dans une démarche de gratuité, de « perte de temps ». Bien sûr, s'exposer à l'amour de Dieu nous fortifie et nous transforme. Bien sûr, nous sommes appelés à nous laisser regarder par le Christ qui nous aime. Mais ne nous étonnons pas si des conseils trop « spiritualisants » ne permettent pas de s'enraciner dans une vie de prière fidèle et constante. Ce « bronzing » spirituel ne peut avoir qu'un temps : celui de la chaleur d'une session d'été… Il disparaît avec les premiers frimas de l'hiver de l'inconstance. Beaucoup d'hommes, notamment, sont rebutés par ce genre de propos, l'esprit masculin se nourrissant plutôt de paroles concrètes, bien incarnées.

La grande question de celui qui veut commencer à prier, c'est : « Que dois-je faire, que dois-je dire ? » Elle vient comme en écho à celle posée à Jésus par l'un de ses disciples : « Seigneur, apprends-nous à prier ! » (Lc 11, 1).

Comment donc structurer nos temps de prière ? Si nous choisissons de prier dans notre chambre14, dans notre bureau, ou dans une Église, comment habiter ces quelques instants pour permettre la rencontre avec Dieu ?

Après avoir été confronté moi-même à cette question en tant que père de famille ayant une vie active, après avoir écouté de nombreuses personnes en difficulté, j'ai imaginé une « petite méthode » pour commencer et durer dans la prière15. J'en ai vu les fruits : cela m'a aidé personnellement et cela m'aide toujours. J'en ai vu également les effets à long terme chez ceux à qui je l'ai présentée : c'est pour cela que je voudrais la partager à travers ces quelques pages16.

L'objectif de cette petite méthode est de proposer un chemin de prière accessible à tous. Elle s'appuie particulièrement sur la lettre apostolique Novo Millennio Ineunte de Jean-Paul II, écrite au terme du grand Jubilé de l'an 2000. Il donne à mon avis, dans ce texte, des éléments essentiels pour avancer sur cette route.

Le Saint-Père nous enseigne « qu'il faut un christianisme qui se distingue avant tout dans l'art de la prière […], qui ne doit pas être considérée comme évidente17 ». « Il est nécessaire d'apprendre à prier18 », nous dit-il. Et il donne ensuite les bases de cet apprentissage pour nos communautés chrétiennes qui « doivent devenir d'authentiques “écoles” de prière19 ». Il insiste sur le fait que « seule l'expérience du silence et de la prière offre le cadre approprié dans lequel la connaissance la plus vraie, la plus fidèle et la plus cohérente de ce mystère peut mûrir et se développer20 ».

La rencontre avec le Christ « ne s'exprime pas seulement en demande d'aide, mais aussi en action de grâce, louange, adoration, contemplation, écoute, affection ardente, jusqu'à une vraie “folie” du cœur21 ». La prière n'est concevable, dit-il encore, « qu'à partir d'une écoute renouvelée de la parole de Dieu22 ». De cet appel du Saint Père, émergent quelques notions importantes qui peuvent caractériser cette invitation à la prière : Silence, Écoute, Adoration, Intercession (demande d'aide).

Ces quatre éléments seront le support de la petite méthode de prière proposée dans cet ouvrage.

1. CONCILE VATICAN II, Constitution dogmatique Lumen Gentium, n° 32.

2. SAINT JEAN EUDES, Œuvres Complètes, tome I, p. 191. Saint Jean Eudes (1601-1680) est un prêtre français, fondateur de la Congrégation de Jésus et de Marie. Sa spiritualité s'enracine dans la miséricorde du Cœur de Jésus et la compassion du Cœur de Marie.

3. PAPE FRANÇOIS, Homélie du 13 octobre 2013.

4. JEAN-PAUL II, Exhortation Apostolique Christifideles Laici, n° 58.

5. BENOÎT XVI, Angélus du 4 mars 2007.

6. PAPE FRANÇOIS, Audience générale du 22 mai 2013.

7. PAPE FRANÇOIS, Homélie du 13 octobre 2013.

8. CONCILE VATICAN II, Décret Apostolicam Actuositatem, Exhortation finale.

9. PIE XII, Discours du 20 février 1946.

10. CONCILE VATICAN II, Constitution Gaudium et Spes, n° 62.

11. CONCILE VATICAN II, Décret Apostolicam Actuositatem, n° 4.

12. JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique Christifideles Laici, n° 56. Le pape cite ici SAINT FRANÇOIS DE SALES, Introduction à la vie dévote, in Œuvres complètes, Monastère de la Visitation, Annecy, 1893, chap. III, 19-21.

13. TERTULLIEN, Apologeticum, chap. XXXIX, n° 7.

14. « Toi, quand tu pries, entre dans ta chambre » (Mt 6, 6).

15. En m'inspirant de tout ce que j'ai reçu de l'expérience de la Communauté de l'Emmanuel dans ce domaine.

16. Sans prétendre, bien sûr, concurrencer ou remettre en question d'autres méthodes qui ont fait leurs preuves, et sans vouloir imposer quoi que ce soit dans cette approche.

17. JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Novo Millenio Ineunte, n° 32.

18. Ibid.

19. Ibid., n° 33.

20. Ibid., n° 20.

21. Ibid., n° 33.

22. Ibid., n° 39.