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1939-1945, l'un des affrontements les plus meurtriers que l'histoire ait jamais connus. Charli Ackerman part à la guerre au sein de l'un des régiments de l'Armée rouge. Découvrant les horreurs et les dérives humaines du front à travers terres et mers, le combat de la jeune fille pour défendre sa nation pourrait bien se retrouver bouleversé par une étrange troupe allemande lancée à ses trousses, mais aussi par le poids d'un lourd secret familial. Charli réussira-t-elle à sauver sa vie ?
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Seitenzahl: 250
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Article L-122-4
Vladivostok, août 1939
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Remerciements
Note de l’auteur
L’auteur et son roman
Article L-122-4
Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayant droit ou ayant cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou un procédé quelconque.
1
C’était peut-être la dernière fois qu’elle voyait sa chambre. Charli Ackerman tira la fermeture de son sac. Quelques vêtements et affaires pratiques lui suffiraient. De toute manière elle avait reçu l’ordre de ne pas emporter grand-chose. C’était officiel : la guerre était déclarée et l’URSS était engagée. La jeune fille avait dit de son plein gré vouloir y participer.
- Au revoir, fit-elle au lapin en peluche posé sur son lit.
Elle tira ses rideaux, ferma la porte et se regarda une dernière fois dans le miroir. Elle passa une main dans ses cheveux bruns et croisa le regard perçant de ses yeux noirs. Elle souffla un grand coup en resserrant sa veste autour de sa taille fine puis descendit les escaliers de sa maison de Vladivostok. En arrivant en bas, elle vit sa mère préparer à manger, un repas que la jeune fille ne partagerait pas avec ses parents. Son père, lui, était assis et lisait un journal. Mme Ackerman se tourna vers fille.
- Tu vas me manquer, fit-elle en essuyant ses mains sur son tablier.
Elle s’approcha de Charli et la serra dans ses bras.
- N’oublie pas de nous revenir vivante, fit sa mère, arrachant un petit rire à sa fille.
- Je vais y aller, il ne faut pas que je manque ce train. Ne vous inquiétez pas, je vous écrirai ! Les personnes qui se chargent du courrier sauront où se trouvent les soldats, donc vous pourrez aussi me répondre !
- Tu ferais mieux de te dépêcher, lança son père sans lever les yeux de sa lecture.
Charli se mordit la lèvre. De toute manière, cela faisait des années qu’il était comme ça. Mais aujourd’hui, cette attitude l’affectait plus que d’habitude. C’est comme-ci il ne réalisait pas dans quoi son propre enfant s’engageait.
- Tu es sûre que tu ne veux pas que je t’accompagne ? demanda sa mère.
- Ça va aller, ne t’en fais pas, fit Charli en hissant son petit sac sur son épaule.
Elle quitta la maison et prit donc le chemin de la gare seule.
- Bon courage ! lui criait quelqu’un de temps en temps.
Environ une heure plus tard, elle arriva enfin à la gare et vit ceux qui allaient faire partie de son voyage.
- Charli ! cria une voix masculine
Elle se retourna et vit son meilleur ami, Vasil, qu’elle connaissait depuis des années.
- Ça va ? lui demanda-t-il.
- Oui ! Je suis soulagée de te voir, je craignais que l’on ne soit pas dans le même train.
- Moi aussi, mais nous sommes ensemble, c’est le principal. Tu veux manger ? demanda Vasil en lui tendant quelques fruits secs.
- Je veux bien !
Elle prit une noix dans le petit sachet. Soudain, un fort coup de sifflet retentit sur le quai de la gare. Le commandant de régiment venait d’arriver et commença à appeler le nom des combattants pour leur remettre quelques vêtements.
- Ackerman !
- Ah ! C’est ton tour ! fit Vasil en donnant un coup de coude à la jeune fille.
Charli avança vers la porte du train et le commandant lui mit un second sac dans les bras.
- Vêtements, couverture, nourriture et gourde. Bon voyage et bon courage ! Vos armes vous seront remises à l’arrivée.
Charli monta et s’installa en prenant soin de bien caler ses affaires sous le banc avant d’être rejointe par son meilleur ami dans le compartiment. Ce dernier était assez spacieux et comportait d’étroites couchettes pour passer la nuit.
- Je peux m’installer ici ? demanda une voix qu’ils n’avaient jamais entendue.
Les deux tournèrent la tête vers l’entrée où se dressait un autre jeune homme assez grand avec des cheveux noirs en désordre et arborant un sourire.
- Moi, c’est Salvador, fit le nouveau venu.
- Enchanté ! Vasil, et voici Charli !
Vasil tendit la main vers Salvador qui la serra en hochant la tête avant de se laisser tomber sur une place libre vers la fenêtre.
- J’aime voir le paysage !
- En route ! cria le commandant depuis l’extérieur.
Charli ressentit un pincement au cœur en pensant à sa maison, sa chambre et ses parents. Tout cela allait rester derrière elle dès que le train aurait quitté la gare, vers une destination encore inconnue. La guerre… Combien de temps allait-elle durer ? Un an ? Plus ? Des questions commencèrent à se bousculer dans la tête de la jeune fille, comme pour lui faire regretter son choix, qui était volontaire. Elle se laissa glisser au fond du siège abimé et sentit le train commencer, doucement, à s’éloigner du quai.
- Charli ? Ça va ? T’es blanche ! intervint Vasil en venant à côté d’elle.
- Oui, ne t’inquiète pas.
- Mange un truc, c’est l’émotion, fit une fille en entrant dans le wagon. Moi aussi, je suis morte de peur ! En plus, on ne sait même pas dans quelle ville on va descendre ! Sinon, moi, c’est Jasmine !
- Si on ne nous fait pas descendre du train avant d’arriver, intervint Salvador.
- N’abuse quand même pas, on est à peine partis, répondit la dénommée Jasmine en se glissant sur un siège. Bref, parlez- moi de vous, qu’on fasse connaissance !
- Moi je m’appelle Charli, ravie de te connaitre !
Charli vit Salvador lever les yeux au ciel et se tourner vers la fenêtre. Le jeune homme trouvait que Jasmine s’imposait beaucoup et ne comprenait pas en quoi Charli pouvait déjà l’apprécier.
- Alors lui…, commença Jasmine
- Je pensais que Charli plaisantait, car tu viens à peine d’arriver, mais bon, moi aussi, ravi de te connaître, chère demoiselle !
Tout le monde éclata de rire mais Charli sentit que les propos de Salvador étaient ironiques.
- Et toi, tu n’as pas encore dit un seul mot ! continua la nouvelle en pointant Vasil du regard.
- Euh, eh bien alors moi, c’est Vasil !
- Sur ce, je vais me permettre de dormir un peu, puisque que je ne sais pas quand on arrive ! conclut Jasmine.
- Sans problème, fit-il en passant la main dans ses cheveux blonds.
Charli se replaça au fond de son siège et soupira.
- Tu vas dormir ? lui demanda son meilleur ami. - Peut-être.
Les deux se regardèrent quelques secondes dans les yeux.
- Tout le monde descend ! Dépêchez-vous !
Charli ouvrit les yeux en sursaut. Depuis le temps qu’elle espérait entendre ces quelques mots ! Cela faisait cinq jours que le régiment avait quitté Vladivostok, et le temps avait paru interminable à la jeune fille.
La voix d’un homme dans le couloir du train venait de la tirer de son sommeil. Elle fixa le wagon quelques secondes : tout le monde s’était endormi, à part Salvador qui lisait un livre appuyé contre la fenêtre. Charli vit que le train était arrivé au terme du trajet, sur un nouveau quai de gare qu’elle ne connaissait pas du tout.
- On y est, déclara Vasil d’une voix encore endormie.
- Il faut sortir, dit Jasmine en pointant l’extérieur de son menton.
En effet, plusieurs futurs soldats se trouvaient déjà dehors, sac à la main, et l’homme qui les avait réveillés avait l’air assez agité. Les quatre jeunes prirent leurs affaires et quittèrent le wagon pour se mêler à l’agitation.
- Vous savez où on est ? fit une voix.
- J’espère pouvoir écrire à ma mère ! en fit une deuxième.
Une fois sortie du train, Charli se sentit tout à coup désorientée. Elle tourna la tête pour vérifier que Vasil était toujours près d’elle mais ne le vit pas, ni lui, ni Jasmine. La jeune fille commença à paniquer. C’était comme si son repère avait disparu. Soudain, une main se posa sur son épaule, l’arrachant à ses recherches.
- Hé !
Charli vit alors Salvador derrière elle. Elle fut un peu rassurée, mais au fond d’elle, c’était Vasil qu’elle voulait voir.
- Viens ! Il faut suivre le groupe !
- Mais où sont les autres ? demanda Charli.
- On les retrouvera plus tard.
À contrecœur, elle emboîta le pas de son nouvel ami pour rejoindre les véhicules dans lesquels grimpaient les jeunes soldats. Charli continuait désespérément de chercher son meilleur ami dans la foule, sans succès. Elle se mordit la lèvre en sentant une larme monter. Elle s’assit sur la banquette de la voiture aux côtés de Salvador et de deux autres personnes, dont une jeune fille blonde coiffée d’un chignon en bataille, qui tenait fermement un morceau de tissu dans sa main. Charli lui fit un léger sourire qu’elle se vit rendre. La voiture avançait sur les pavés de la ville inconnue, créant de légères secousses. Quelque temps plus tard, la voiture s’immobilisa devant un bâtiment en bois qui ressemblait à une grange. Le conducteur ouvrit la porte et fit sortir les sept passagers. Charli hissa ses sacs dans ses bras.
- Tu veux de l’aide ? demanda la fille blonde.
- Merci beaucoup, mais je vais me débrouiller, ne t’inquiète pas, fit Charli.
- Moi, c’est Olive, et toi ?
- Charli.
- Enchantée, répondit Olive en souriant, avant de nouer son morceau de tissu autour de son poignet.
- Approchez ! cria un homme.
Devant la lourde porte de bois se tenaient deux hommes au visage fermé.
- Bienvenue, commença l’un d’eux, et merci d’être là, même si je sais bien que certains d’entre vous n’ont pas eu le choix. Vous représentez le régiment numéro huit et serez donc sous mon commandement. Vous serez logés dans cet endroit jusqu’à nouvel ordre de déplacement, mais je sais que nous ne sommes ici que pour peu de temps.
L’homme continua à parler durant de longues minutes, mais Charli n’écoutait que d’une oreille. Bien que Salvador et Olive soient à ses côté, la jeune fille continuait d’essayer de trouver Vasil au milieu du groupe.
- Merci commandant Hopernsky, conclut le second homme. Maintenant, je vous demanderai de bien vouloir rejoindre les salles communes, l’une au rez-de-chaussée, la seconde à l’étage, l’escalier se trouve sur la gauche. Les listes d’attribution de chaque salle sont accrochées derrière la porte, merci de les respecter.
Le groupe pénétra dans le vieux bâtiment. Charli se vit sur la liste de la salle du bas, mais n’eut pas le temps de voir qui était avec elle à cause de la cohue. Quelques secondes plus tard, Olive entra dans la salle.
- On est ensemble ! cria cette dernière.
- Charli !
Charli reconnu aussitôt Vasil qui criait son nom. Elle se retourna et le vit entrant dans la salle commune.
- Je t’ai cherché partout !
- Ne t’en fais pas, c’était sûr que l’on se retrouverait ici, répondit Vasil.
- Je te présente Olive, dit Charli.
- Salut !
Jasmine et Salvador les rejoignirent dans la salle, suivis par une dizaine d’autres soldats.
- On a eu une de ces chances de se retrouver tous ensemble ! lança Jasmine.
- Tu peux le dire ! lui répondit Salvador.
Chère maman,
Je ne sais pas à quelle heure ni quand tu liras cette lettre, mais ici, c’est la nuit à l’heure où moi je t’écris. Nous sommes bien arrivés et Vasil est avec moi. Nous nous sommes fait de nouveaux amis que j’espère te présenter un jour ! On nous a donné notre tenue de guerre : un pantalon et un haut ainsi que deux paires de chaussures. Au cas où tu te poserais la question, je suis armée maintenant.
J’espère que ma lettre ne sera pas censurée,
Je t’embrasse fort ainsi que papa.
Charli
Le lendemain matin, Charli se réveilla entortillée dans sa légère couverture. Tout le monde dormait encore dans la salle commune. La jeune fille prit le morceau de papier sur lequel elle avait écrit sa lettre puis se leva de son lit. Pas à pas, elle se dirigea vers la porte puis quitta la salle.
- Que faites-vous là, Ackerman ?
Charli se retrouva nez à nez avec Hopernsky. Il avait une mine fatiguée, comme s’il n’avait pas dormi.
- Je voulais envoyer une lettre à ma mère, dit-elle en présentant le papier.
- Donne, je vais m’en occuper.
Il prit le papier de Charli et s’en alla, la laissant là. « J’espère qu’elle recevra ma lettre » songea la jeune fille. Puis l’étrange expression du commandant surgit dans ses pensées et une drôle de conversation qu’elle avait entendue la veille entre le commandant Hopernsky et son acolyte lui revint.
- J’ai appris quelque chose, disait Hopernsky.
- Quoi donc, et quel est le degré d’importance ? avait répondu l’autre homme.
- J’ai obtenu des bribes d’informations comme quoi une troupe nourrissant de mauvaises intentions à notre égard se trouvait à seulement quelques kilomètres d’ici.
- Je vous demande pardon ? D’où vient-elle ?
- Je n’en n’ai pas la moindre idée pour le moment, mais nous devons rester aux aguets, c’est tout ce que je peux vous dire…
Le sergent Hopernsky avait ensuite disparu dans la pièce qui lui servait de bureau.
Pour elle, cette conversation et cette attitude étaient liées. Elle se leva pour aller prévenir Vasil, puis s’arrêta. « S’ils ne nous ont pas prévenus de quoi que ce soit, je ne dois pas en parler. » pensa-t-elle. Elle se rallongea sur son lit et essaya de se rendormir.
- Charli !
La jeune fille ouvrit les yeux : elle s’était effectivement rendormie et Olive était en train de la secouer. Elle constata que presque tout le monde avait quitté la pièce.
- Ils sont en salle de repas, fit Vasil, allons les rejoindre, je meurs de faim !
- On y serait déjà si Charli et Olive s’étaient déjà levées, lança Jasmine.
- De toute manière, je les aurais attendues, répondit le jeune homme.
Charli sauta de son lit et enfila un pull pris au hasard dans son sac, imitée par son amie, qui, cette fois-ci, noua son morceau de tissu dans ses cheveux. Cet objet intriguait beaucoup Charli qui se demandait pourquoi elle ne le quittait jamais. Elle mourait d’envie de lui demander mais elle s’abstenait de peur de la gêner. Les quatre sortirent de la pièce.
- Salvador est déjà parti, il nous attend, fit Jasmine.
La salle de restaurant se trouvait à l’étage. En s’engageant dans les escaliers, Charli croisa le regard froid et tendu d’Hopernsky. Son expression était étrange quand elle le croisait ou le regardait et cela ne manqua pas d’attirer l’attention de la jeune fille. Quelque chose ne tournait pas rond avec lui.
- Ça va ? lui fit Olive avec un petit coup de coude, tu as un drôle d’air.
Charli revint subitement à la réalité.
- Euh oui, oui ! tout va bien, j’étais juste pensive !
- Depuis ce matin tu as l’air tendue, mais c’est peut-être juste mon impression.
- J’ai juste faim, je pense, rien de grave, fit Charli.
Vasil poussa la porte du haut de l’escalier de bois qui débouchait sur un couloir au parquet grinçant. Des bruits de conversations et des rires les guidèrent vers la salle où le reste du régiment avait commencé à manger. Salvador leur fit signe depuis une table où était également assis un autre garçon qui devait avoir à peu près le même âge que Charli, c’est-à-dire tout juste dix-sept ans. Il avait les cheveux d’un noir de jais et un grain de beauté sur le nez.
- Je vous présente Ruben, fit Salvador pendant qu’ils s’installaient à table.
Soudain, ils virent l’homme qui accompagnait toujours le commandant s’approcher de leur table avec un plateau à la main, qu’il déposa devant eux sans prononcer un seul mot. Dessus se trouvaient quelques morceaux de pain.
- Eh bien, pas grand-chose, fit Jasmine, j’ai été habituée à mieux !
- Il faudrait que quelqu’un m’accompagne pour trouver le journal, coupa Charli.
- Pourquoi ? fit Vasil.
- Comme ça, il faut que je voie quelque chose.
Charli pensait que consulter le journal pourrait lui apporter les réponses à ses questions.
- Moi, je veux bien venir, proposa Ruben.
- Je vais venir avec vous, ajouta Vasil en prenant un morceau de pain.
- D’accord, nous resterons ici pour ne pas éveiller de soupçons, car je ne pense pas qu’Hopernsky nous laisserait sortir… dit Salvador.
- Oui, c’est plus prudent, dit Charli.
Soudain, les paroles de son ami semblant faire écho à ses réflexions sur Hopernsky lui firent penser qu’il avait peut-être également entendu quelque chose.
- Mais pourquoi tu penses qu’il ne nous laisserait pas sortir ?
- Je ne sais pas, il est strict et parle très peu, fit Salvador.
- Il faut que l’on y aille maintenant, tout le monde est à table, il ne se doutera de rien, proposa Ruben.
- C’est intelligent comme idée, mais il faut faire vite, coupa Vasil en se levant de table, venez !
Ruben, Vasil et Charli quittèrent la salle de repas sans attirer de regards. Dans le couloir jusqu’à la salle commune, Charli tournait régulièrement la tête afin de s’assurer que personne ne les suivait. Maintenant, le commandant ne lui inspirait plus du tout confiance.
- Il faut sortir et rentrer par la fenêtre, décida Ruben et posant ses deux mains sur le rebord, de là où on est, ça ne risque rien.
- Tu es sûr ? lui fit Vasil en passant la main dans ses cheveux clairs.
- Certain ! Passer par la porte d’entrée est beaucoup trop risqué, nous nous ferions prendre.
Il ouvrit la fenêtre, grimpa sur le rebord et sauta de l’autre côté, imité par Vasil qui tendit la main à la jeune fille pour l’aider quand ce fut son tour.
- En espérant que personne ne fermera la fenêtre… lança Charli.
Les trois amis prirent le sentier emprunté par leurs voitures la veille et, au bout de quelques minutes de marche, ils virent apparaître la ville. Des hommes, femmes et enfants marchaient, entraient dans des boutiques sans se soucier de leur présence malgré leur expression stressée. Charli scruta chaque enseigne : pas de vente de journal en vue.
- Il faudrait demander à quelqu’un où est-ce que l’on pourrait obtenir le journal, dit-elle à ses amis.
- C’est vrai que ça nous ferait gagner du temps, étant donné que l’on ne devrait pas être ici, répondit Ruben.
Une femme habillée d’une robe rose et d’un tablier à fleurs passa devant eux.
- Madame ? commença la jeune fille.
Elle s’arrêta et considéra les trois jeunes.
- Oui ?
- Est-ce que vous savez où il est possible d’acheter le journal ?
- Ah, malheureusement, ici ce n’est pas possible ! fit la femme, le seul kiosque à proximité se trouve dans le village d’à côté ! L’homme qui tenait le nôtre est parti à la guerre !
Charli se mordit la lèvre. Sans journal, elle ne pourrait pas être aidée.
- Désolée de vous avoir dérangée, commença la jeune fille quand la femme lui prit les mains.
- Ce n’est rien, ne t’en fais pas, lui dit-elle.
- Est-ce que vous avez entendu les dernières informations ? demanda Charli dont la question était le dernier espoir d’obtenir des réponses.
- Oh, mis à part que des régiments de soldats partent à la guerre, il ne se dit pas grand-chose !
Les trois amis saluèrent la femme qui reprit son chemin.
- Dommage, fit Charli.
- Pourquoi ? Tu espérais savoir quoi ? fit Vasil.
- Rien.
- Alors pourquoi tu dis ça ? Il y a quelque chose, je le vois bien !
- Non, il n’y a rien, répondit-elle.
- Dis- moi, Charli ! Tu ne me fais pas confiance ? s’emporta le jeune homme.
- Si ! Plus que personne, mais ce n’est pas ça…
- Alors, c’est quoi ? s’impatienta Vasil.
- Je t’en parlerai ce soir, coupa Charli.
- Hé, du calme, vous deux ! fit Ruben.
- Désolé, s’excusa Vasil.
Ils arrivèrent devant le bâtiment de bois au bout du sentier.
- Longez les murs, fit Charli, il ne faut pas qu’Hopernsky nous voie.
Elle vit Vasil ouvrir de grands yeux puis reprendre son expression normale. La fenêtre de la grange n’avait pas été refermée durant leur absence.
- Je suis redescendue quelques minutes après votre départ, fit Olive en se penchant par l’ouverture, quand j’ai vu la fenêtre j’ai tout de suite compris !
Elle aida ses amis à entrer pour retourner dans la salle commune.
- Pas de journal ? demanda-t-elle en plissant les yeux.
- Pas de kiosque ! fit Vasil en se laissant tomber sur son matelas.
Il prit sa montre et commença à la tourner dans ses mains. Le reste de la journée passa au ralenti. Toujours aucune information sur la suite de la guerre ni sur l’avancée de la mystérieuse troupe ennemie mentionnée dans le récit d’Hopernsky car il s’était enfermé dans son bureau. Charli l’entendait passer des coups de téléphone mais n’arrivait pas à comprendre quoi que ce soit. Le soir, elle s’assit sur l’escalier. « Pourquoi on ne nous dit rien ? » songeait-elle quand Vasil apparut devant elle.
- Tu voulais me dire quoi ? commença-t-il.
- Quand ?
- Tu sais, ce matin, tu as dit que tu m’en parlerais ce soir. Eh bien, c’est le moment.
Il prit place à côté d’elle sur l’escalier.
- C’est compliqué…
- Charli, je veux savoir.
- Tu ne préfères pas que je te le dise quand tout le monde dormira ? proposa la jeune fille.
- Non, maintenant, trancha-t-il.
- C’est à propos d’un pressentiment que j’ai sur…
Soudain, un énorme bruit de tir se fit entendre derrière le mur.
- Tu as entendu ? fit Charli d’un air paniqué.
D’autres projectiles touchèrent le mur, puis il y eut un bruit de verre brisé. Des cris sortirent de la salle commune, et les explosions se firent de plus en plus fortes.
- Lass alles knallen !
Charli et Vasil se regardèrent terrifiés.
- Ce sont des Allemands, lâcha Charli en se levant. Pourtant ils ne sont pas contre nous ! Je ne comprends pas !
Vasil lui attrapa la main et tous deux coururent dans la salle commune dont le mur du fond avait été détruit. Des débris de verre jonchaient le sol. Charli vit Salvador tirer sur un Allemand, qui tomba, mais elle vit aussi des dizaines de soldats de son régiment fuir sur le sentier de cailloux. Charli prenait l’arme qu’elle avait déposée sous son lit lorsqu’elle entendit Olive crier de l’autre côté. Elle quitta la pièce en courant.
- Charli ! Reste ! hurla Vasil.
Mais elle ne l’écoutait pas. Elle découvrit son amie face à face avec un des soldats allemands qui tenait son arme pointée sur elle. Charli fit de même avec lui. Hopernsky apparut derrière l’Allemand et posa sa main sur son épaule.
- Tu ne le feras pas, Ackerman, dit-il d’une voix mielleuse.
- Qui vous le dit ? cria-t-elle, je sais tout ! J’ai entendu votre conversation sur la fameuse troupe qui est en réalité la vôtre ! Vous êtes notre ennemi ! Vous êtes un traître et vous osez me dire ce que je vais faire ou non ?
À ces mots, la jeune fille ferma les yeux et appuya sur la détente. La balle sortit du canon et elle entendit l’Allemand crier. Sans regarder, elle agrippa le bras d’Olive et l’entraîna dans sa course en direction de la salle commune.
- Les filles ! hurla Salvador de l’extérieur.
Sans reprendre d’affaires, elles traversèrent la pièce au milieu des débris pour rejoindre leurs amis.
- Montez ! fit Vasil et les poussant dans une des voitures.
Salvador prit le volant et Jasmine monta à côté de lui.
- Où est Ruben ? demanda Olive, paniquée.
- Là-bas ! hurla Vasil, Salvador ! Démarre !
Ce dernier fit démarrer le moteur dans une violente secousse. Les entendant, Ruben voulut courir vers eux, mais un Allemand surgit derrière lui.
- Attention ! cria Vasil.
Ruben se retourna, mais trop tard, l’Allemand tira. Le corps de Ruben tomba au sol sur celui d’un Soviétique n’ayant pas survécu à l’attaque.
- Non ! hurla Salvador, dont les larmes roulèrent sur les joues.
Jasmine attrapa le volant. Soudain, un Allemand aux cheveux bruns en bataille tira sur l’assassin de Ruben.
- Jasmine ! Retourne vers le bâtiment ! hurla Charli.
Hopernsky venait de sortir. Il brandit son arme en direction de l’Allemand brun. Jasmine appuya sur la pédale de frein et la voiture s’immobilisa. Le jeune homme brun se mit à courir vers le véhicule quand Hopernsky tira en sa direction, le touchant au niveau du mollet. Charli sauta de la voiture et tira sans réfléchir sur l’ancien commandant qui bascula en arrière.
- Lève- toi ! fit-elle au jeune homme brun.
Celui- ci lui obéit et Vasil arriva en courant pour aider Charli à le soutenir. Les deux jeunes hissèrent le soldat à l’arrière de la voiture avant que Jasmine ne démarre, cette fois-ci sur le côté inconnu du sentier. Charli se retourna pour s’assurer qu’aucun soldat allemand n’était à leur poursuite, ni Hopernsky. Elle avait eu raison de penser que quelque chose ne tournait pas rond avec cet homme. C’était le moment de le dire à Vasil.
- Vasil ?
- Oui ?
- Il faut que je termine ce que j’avais commencé à te dire, c’est en rapport avec la situation, dit-elle. En fait, ça fait un moment que je ne faisais plus confiance au commandant.
- Mais pourquoi ? demanda-t-il en plissant les yeux.
- Je l’ai entendu parler de la venue des Allemands, alors qu’à nous, il ne nous disait rien, aucune information, comme s’il voulait s’assurer que l’on reste bien dans le bâtiment. Il nous a livrés à l’ennemi !
- C’était donc ça qui te travaillait ! Tu aurais dû m’en parler, tu peux me faire confiance, à moi ! dit Vasil.
- Tu as eu raison de douter de lui, intervint l’Allemand blessé.
- Quoi ? répondit alors Charli en se tournant vers lui.
- On m’a forcé à rejoindre les régiments de guerre, je n’en avais pas envie, surtout que les idées de mon pays ne me plaisent pas, commença-t-il, alors j’ai dû partir quand même à la guerre, et le commandant du groupe dont je faisais partie était en contact avec Hopernsky.
Charli et Vasil échangèrent un regard.
- Continue, dit Vasil à l’Allemand.
- Je ne sais pas grand-chose de plus, mais nous avons été chargés de partir en URSS sous les ordres d’Hopernsky… il travaille pour l’Allemagne… Mais dans de mauvais intérêts, comme la plupart des politiques là-bas. Le pacte… le pacte entre nos pays, c’est juste une signature pour des terres et de la sûreté ! Mais tout le monde ne le sait pas ou alors ne le souhaite pas…
À ces mots, le soldat porta sa main sur la blessure qu’il avait au mollet. Charli vit une larme sur sa joue, puis regarda la blessure. Le sang coulait beaucoup.
- Ça va ? fit-elle.
Il ne répondit pas. S’ils attendaient trop, ce serait fini pour lui. Vasil arracha une bande de tissu sur son gilet et l’enroula autour de la plaie. Il noua la bande pour lui faire un garrot et stopper le saignement.
- Ça ne suffira pas, dit le jeune homme.
- Il faut trouver des secours, on ne peut pas rester comme ça, intervint Olive.
Depuis le début, elle n’avait pas prononcé un mot. Elle fixait le nouveau venu et ses propres mains à tour de rôle, comme si elle cherchait quelque chose à lui dire. La voiture entra dans un petit village après une traversée de forêts et de paysages sauvages.
- Il faut que l’on s’arrête pour demander de l’aide ! cria Charli à l’intention de Jasmine qui conduisait encore.
Cette dernière appuya sur les freins et immobilisa le véhicule devant une petite maison.
- On va aller frapper à la porte, fit-elle en sortant, qui ne tente rien n’a rien !
Charli, Vasil et Olive descendirent à leur tour en portant le jeune Allemand. Salvador, qui avait séché ses larmes, sortit à son tour. Le petit groupe se dirigea vers la maison. Charli frappa timidement à la porte. Pas de réponse.
- Il n’y a peut-être personne, dit Jasmine.
Charli frappa à nouveau, plus fort que la première fois. La porte s’ouvrit sur une vieille femme. À la vue du blessé, elle les invita à entrer.
- Dépêchez-vous d’entrer, je vais m’occuper de lui !
Ils pénétrèrent dans la maison. L’ambiance était chaleureuse et une douce odeur de bois flottait dans l’air. La grand-mère les orienta vers le salon où elle allongea le blessé.
- Comment t’appelles-tu ? lui demanda-t-elle.
- G… Guzman, fit-il d’une petite voix.
- Je vais essayer de m’occuper de cette vilaine plaie.
Olive se mit à genoux à côté de lui et lui prit la main. La vieille femme dénoua le tissu du mollet et commença à nettoyer. Charli vit Guzman serrer les dents.
- Ça va aller, lui dit Olive.
La grand-mère positionna un nouveau bandage.
- Et voilà, maintenant il faut te reposer.
- Merci beaucoup, la remercia Guzman.
- Viens avec moi, lui fit la vieille femme.
Il lâcha la main d’Olive et se leva, aidé par la femme, qui l’emmena dans une pièce à l’étage. Quand elle fut redescendue, elle s’approcha des jeunes.
- Votre ami va se reposer. Si vous le souhaitez, vous pouvez rester dormir ce soir, proposa-telle.
- Merci ! Ce serait avec joie ! fit Jasmine.
- C’est entendu, prenez donc les autres chambres de l’étage, elles sont à mes fils qui sont partis à la guerre, alors elles ne servent pas !
- Vous savez donc où se trouve le régiment le plus proche ? demanda Charli.
- Pas vraiment, car ce n’est que le début et que je n’ai pas encore reçu de lettre, mais je pense qu’ils ne doivent pas être loin. Il faut prendre le train qui part de Tcheliabinsk jusqu’à Leningrad.
Charli hocha la tête. Tcheliabinsk… Cela voulait dire que depuis leur départ, ils avaient fait la traversée de la Sibérie. Cela expliquait donc pourquoi ils avaient passé plusieurs jours dans le train, même si Charli n’avait pas l’impression qu’elle avait quitté sa maison depuis seulement une semaine. La vieille femme retourna dans son fauteuil et reprit son tricot. Charli regarda Vasil qui était à la table de la cuisine avec Salvador. Les deux garçons parlaient mais la jeune fille n’entendait pas leur discussion. Elle eut soudain envie de prendre la main de Vasil, comme Olive avait eu le courage de le faire avec Guzman. Jasmine, quant à elle, s’approcha de la vieille femme et commença à la questionner sur ses créations au crochet.
- On monte ? demanda Charli à Olive.